Catégorie : Notes de lecture

  • BADINTER Robert, ‘Idiss’.

    Sortie : 2018, Chez : fayard.

    Idiss est le nom de la grand-mère de Robert Badinter, ancien ministre de la justice sous François Mitterrand, à la stature morale incontestable et qui mit en musique l’abolition de la peine de mort en France voulue par le président. Idiss est aussi le titre du livre hommage à sa grand-mère que M. Badinter vient de publier.

    Issue d’une famille juive d’Europe orientale, de Bessarabie plus exactement (aujourd’hui la Moldavie) la grand-mère et ses enfants, dont la future mère de Robert, encore enfant à cette période, décident d’émigrer vers l’Ouest devant la multiplication des pogroms antisémites dans l’empire russe. Et c’est finalement à Paris qu’ils poseront leurs sacs et leurs destinées. Ils y vivront les affres d’un XXème siècle tragique et paieront un lourd tribu à cette barbarie qui les poursuivit jusqu’en Europe occidentale.

    Ce livre raconte de façon émouvante le destin de cette famille et tout particulièrement le parcours d’Idiss qui n’avait jamais quitté son « yiddishland », ne parlait bien sûr pas un mot de français, mais qui, poussée par sa foi, son étoile et une inébranlable énergie déplaça sa famille vers la patrie des droits de l’Homme qu’elle croyait un abri sur pour les siens.

    Tout ce petit monde se lança dans des activités diverses à une époque où la volonté suffisait généralement pour subvenir, même modestement, aux besoins des siens. Les enfants intégrèrent l’école de la République avec le destin que l’on sait pour Robert. Plus que tout ils étaient attachés à la République et ses valeurs, leur choc fut rude lorsqu’ils la virent s’effondrer en 1940. Leur confiance dans la France les rendit incrédules devant les persécutions de juifs qui commençaient à se mettre en place sous l’aval du gouvernement français.

    Ils pensaient trouver la paix et la laïcité sous la bannière tricolore mais il n’en fut pas ainsi, le gendre d’Idiss, Simon Badinter, le père de Robert, mourut en déportation ainsi, que son fils Naftoul. Elle-même s’éteignit à Paris durant la guerre alors que sa fille chérie et ses deux petits-fils étaient passés en zone « libre » où régnait encore une sécurité précaire pour les juifs.

    Ce récit reconstitué par Robert à partir des souvenirs de sa famille et les siens propres (il est né en 1928) est la touchante histoire d’une famille malmenée par l’Histoire qui traversa l’Europe pour fuir la barbarie mais s’y heurta néanmois ce qui n’empêcha pas ses membres survivants de… survivre et de réussir. C’est un bel hommage à cette grand-mère qui mena sa tribu vers la vie.

  • SMITH Patti, ‘Dévotion’.

    Sortie : 2018, Chez : Gallimard.

    Patti Smith continue ses incursions dans le roman avec cette nouvelle : « Dévotion » , consacrée à l’histoire d’une jeune patineuse passionnée, dans l’Europe du Nord où elle échoua après que ses parents la firent fuir de l’Estonie où ils habitaient, en proie aux misères soviétiques. Elevée par une tante belle et généreuse, elle est pure comme la glace qu’elle hante lorsque l’hiver gèle le lac à coté de sa maison, jusqu’à ce qu’un homme plus âgé la prenne sous son aile et l’emmène sur les traces de Rimbaud à la poursuite de ses phantasmes de poésie vers l’Est de l’Afrique. Elle en reviendra seule, toujours à la recherche de ses origines qu’elle pensait trouver sur la glace. La fin est ouverte à l’imagination du lecteur, probablement tragique.

    Patti Smith illustre ce livre de ses habituelles photos noir-et-blanc et une longue introduction-divagation sur le processus de l’écriture dans lequel elle convoque ses souvenirs et les écrivains, poètes et philosophes de sa vie.

    La nouvelle n’est que la dernière étape de cette longue et poétique pérégrination que suit Patti Smith depuis « Horses », qui l’a menée de la scène rock-underground de New-York des années 70′ à la maison Gallimard en ce XXIème siècle déjà bien entamée. C’est aussi l’histoire de nos vies et elle nous fait la grâce de nous accepter avec elle !

  • DJIAN Philippe, ‘Marlène’.

    Sortie : 2017, Chez : folio 6537

    35 ans après la sortie de ’37°2 le matin’, Philippe Djian publie toujours, en utilisant un peu les mêmes recettes qui ont fait son succès, et pourquoi pas ? Toujours fasciné par les Etats-Unis le voici avec deux militaires des forces spéciales de retour des guerres du XXIème siècle au Moyen-Orient (Afghanistan, Irak…) affrontant des familles un peu déglinguées. Marlène débarque dans cet environnement où les haines et les solidarités se percutent, elle y fait difficilement son chemin, parant presque tous les coups. Bien sûr, tout ceci se termine (très) mal.

    Djian tient toujours son lecteur en haleine avec un style court et tranchant consistant à dévoiler les intrigues et les personnages par bribes. On s’y perd un peu et il ne faut pas hésiter à revenir en arrière pour resituer exactement qui est qui, le temps de se familiariser avec les situations. C’est la marque de fabrique de l’auteur, ce court roman ne sera pas inoubliable dans sa bibliographie mais il se lit facilement et avec plaisir.

  • COLETTE, ‘L’ingénue libertine’.

    Sortie : 1909

    Pour ceux qui ont refermé les aventures de Claudine avec un petit regret d’abandonner là cette allégresse littéraire, « L’ingénue libertine » permet de prolonger encore un peu le plaisir avec quelques pages supplémentaires, toujours sur le même ton et avec une égale maîtrise littéraire.

    L’aventure commence alors que Minne et Antoine, cousins adolescents, découvrent le monde et la sensualité. Elle se poursuit quelques années plus tard alors qu’ils sont mariés et que Minne est à la recherche du plaisir physique que ne lui procure pas son mari, ni d’ailleurs quelques amants de rencontre.

    Colette parle avec beaucoup de subtilité et d’ironie des choses dont on ne parle pas à l’époque, et encore moins dans le monde bourgeois du début du XXème siècle où se passe l’intrigue. Mais cette quête de Minne est irrépressible, son couple en chavire puis finalement tient bon. L’absence de jouissance était le problème, après bien des errements dans les bras des uns et des autres, c’est avec Antoine que le problème va être réglé…

    La sexualité est centrale au cœur de l’œuvre de Colette (et particulièrement la bisexualité dont il n’est pas question ici) « L’ingénue libertine » en est un nouvel épisode, toujours aussi délicat et bien écrit.

  • COLETTE, ‘Claudine 5/5 – La retraite sentimentale’.

    Sortie : 1907

    Le temps a passé, Claudine a retrouvé son amie Annie et partage avec elle une maison isolée à la campagne au milieu de la nature avec une chatte et Toby-chien le dogue d’Annie. Renaud, l’amour de Claudine est en sanatorium depuis de longs mois. Les deux femmes partagent une vie paisible à l’aune d’une attirance sentimentale réciproque à laquelle elles n’ont finalement jamais cédé.

    Elles échangent et devisent sur cette étrange objet qu’est l’amour. Claudine avec l’homme de sa vie qui est loin, Annie qui raconte ses obsessions et troubles tentations, poussées dans ses retranchements par son amie. Et elles se rejoignent pour découvrir la neige tombée dans le jardin une nuit d’hiver ou le printemps qui revient dans une nature toujours peinte avec émerveillement par Colette.

    Et Renaud revient et meurt rapidement, puis Annie laisse Claudine à sa solitude dans cette jolie maison dans le jardin de laquelle est enterré son mari et où baguenaudent ses amis les animaux.

    Le lecteur referme avec regret ce cinquième et dernier volume de la série des Claudine dont on aurait aimé qu’elle se poursuive encore tant fut réjouissante la découverte de Colette par son intermédiaire. Heureusement il reste encore quelques milliers de pages à lire de la collection des œuvres complètes de cette auteure qui écrivit comme elle respira, de façon légère, soignée et tellement à l’écoute des sentiments humains, en tout cas ceux du monde qui était le sien à l’époque.

  • COLETTE, ‘Claudine 4/5 – Claudine s’en va’.

    Sortie : 1903

    Claudine a quitté son mari qui la trompait avec Rézi, également amante de… Claudine, mais c’est maintenant via le journal d’Annie que nous continuerons à suivre ses exploits en même temps que les aventures de la rédactrice.

    Annie se morfond avec un mari voyageur qu’elle n’aime pas. Ecrasée par le sens du devoir et de la bienséance elle supporte, apparemment avec fatalité, le sort qui lui est fait. A l’occasion d’un déplacement au festival de Bayreuth avec sa belle sœur, elle rencontre Claudine rabibochée avec Renaud et tenant sa chatte Fanchette en laisse dans les jardins de l’hôtel. Ensemble elles échangent sur leurs conceptions de l’amour, pérorent avec humour sur leur environnement et les entractes de Parsifal où se retrouvent toutes les pipelettes de la bonne société.

    Ensemble elles jouent avec prudence au jeu de la séduction et lorsque qu’Annie découvre que son mari, qui est en train de revenir d’un long voyage en Argentine, l’a trompée elle décide de le quitter après avoir pris conseils avec une Claudine mi-amoureuse mi-maternelle.

    Quel plaisir de dévorer ces romans où derrière le style d’apparence léger et primesautier de Colette se cache un sens de l’analyse des sentiments humains redoutable et perspicace, nappé d’un humour aimable sur la comédie humaine où évoluent ses personnages.

  • MARCEL Gabriel, ‘En chemin vers quel éveil ?’.

    Sortie : 1971, Chez : Voies ouvertes – Gallimard

    Gabriel Marcel (1889-1973 ) est un philosophe, dramaturge, critique littéraire et musicien (à ses heures perdues). Auteur de nombreuses œuvres philosophiques et de pièces de théâtre, au crépuscule de sa vie il a décidé d’écrire non pas ses mémoires mais des pensées lui venant lorsqu’il jette un regard sur toutes ces années passées à réfléchir, analyser, écrire sur le sort de l’Homme.

    Au cœur d’une période si fertile en philosophes de tous bords, il a aussi développé un courant que l’on a appelé « existentialisme chrétien » pas vraiment compatible avec l’existentialisme de Sartre semble-t-il. Bref, l’Homme n’est pas déterminé par quiconque mais libre et responsable de son existence. Gabriel Marcel s’étant converti à la religion catholique il ajoute Dieu à son existentialisme et là commencent les problèmes conceptuels. Mais qu’importe, il explique ce qu’il croit et n’exclut rien, y compris le spiritisme dont certaines expériences l’ont marqué.

    La guerre de 14-18 a précédé sa conversion et l’a poussé vers l’existentialisme, quoi de plus symbolique de la liberté que celle prise par les hommes de s’entre-tuer ? Son passage au catholicisme en 1929 est sans doute le fait marquant de sa vie, et de sa pensée, sur lequel il ne cesse de s’interroger, voire de se justifier. Il reconnaît toutefois « le caractère hasardeux de l’engagement [souscrit] » et n’exclut pas totalement qu’il existe « une marge d’incertitude » quant à la réalité de la résurrection du Christ qui pourrait un jour être contredite. Malgré tout, création, compassion, universalité, mystère [« ce qui n’est pas problématisable »]… sont des concepts qu’il vit « charnellement » et qui nourrissent ses réflexions sur cette religion à laquelle il s’attache en pleine connaissance de cause, non comme à une bouée de sauvetage à ses angoisses mais qu’il reçoit comme une éclairante certitude intellectuelle. Pour lui les valeurs chrétiennes ne peuvent pas être vécues sans la foi et l’existence de cet humanisme semble justement lui confirmer l’existence de Jésus. Chacune de ses pièces de théâtre semble inspirée par ces réflexions. Il reste à les lire !

    Au-delà de ce retour sur des décennies de foisonnantes réflexions philosophiques il note quelques passages de l’Histoire et de son existence : le décès du Général de Gaulle qui après une vie de combats glorieux souhaite être enterré dans un petit village de France auprès de sa fille Anne handicapée et morte très jeune ; le procès des basques de Burgos par le régime de Franco en 1970 ; l’adoption de son fils « … une sorte de greffe spirituelle » ; la musique « …capable de traduire cette conjonction du chagrin et de la joie, qui ne se laisse pas exprimer dans un langage conceptuel [au sujet de l’armistice de 1918] » ; le décès de sa femme et d’autres proches…

    Gabriel Marcel connut une reconnaissance certaine de ses pairs, y compris à l’étranger. Docteur honoris causa dans nombre d’universités, récipiendaire de nombreux prix… ce livre retrace quelques étapes du parcours d’un humaniste du XXème siècle éclairé par la foi catholique. Les non-initiés ne comprendront pas tous les concepts abordés mais on pressent un humain qui participa à cette grande tâche de la Pensée et c’est bien là le plus fondamental.

  • TRUONG Nicolas, ‘Résister à la terreur’.

    Sortie : 2016, Chez : Le Monde – l’aube.

    Nicolas Truong est responsable des pages « Idées-Débats » du journal Le Monde. Dans les jours qui ont suivi les attentats religieux de 2015 à Paris, nombre de contributeurs ont écrit pour cette rubrique pour faire part de leurs analyses et sentiments suite à cette terreur. Cet ouvrage reprend les principaux textes de l’époque pour former un patchwork de pensées sur des évènements indicibles que l’on arrive toujours pas bien à expliquer ni à comprendre. Alors ces auteurs constatent cette barbarie qui est factuelle et avancent des théories inspirées de leurs propres parcours idéologiques :

    • les universitaires Kepel et Filiu démontent la chronologie des massacres et des évènements qui les ont précédés, en avançant quelques causes possibles dans le comportement occidental et prédisant de nouvelles vagues de terrorisme encore plus sauvages.
    • le philosophe Marcel Gauchet théorise le fondamentalisme comme une dérive propre à toutes les religions qui n’a pas, dans le cas de l’islam, la puissance de la modernité malgré le nombre de morts qu’il peut générer.
    • d’autres glosent sur le terme « guerre » employée alors par le président de la République.
    • certains (comme Edgar Morin) pensent que faire la paix au Moyen-Orient est la seule solution pour gagner la guerre contre l’Etat islamique.
    • Guy Sorman (essayiste défenseur de l’éco mie libérale) pensent que les inégalité économiques dans nos pays occidentaux forment les réservoirs de djihadistes ; il cite les effets pervers du « logement social » qui a abouti à des ghettos de « demi-citoyens », explique que la politique de l’emploi ne fait que favoriser ceux qui ont déjà un emploi. Bref, on dirait qu’il pense que si on avait laissé le « Dieu Marché » libre d’agir nous n’en serions pas arrivé là.
    • Etc.

    En fait, tout ce gratin intellectuel a la critique facile contre les gouvernants mais ne propose pas véritablement de solutions pragmatiques et réalistes. En réalité, pas plus le citoyen lambda que le chercheur de Sciences-Po n’a encore bien compris comment des gamins français, certains issus de l’immigration et d’autres convertis à l’islam, peuvent se laisser embobiner par cette idéologie mortifère, d’autant plus qu’ils ne sont pas tous issus de classes matériellement défavorisées. A la différences des mouvements violents d’extrême gauche des années 60/70′ qui se sont éteints d’eux-mêmes par manque de combattants, le djihadisme ne manque pas de nouvelles recrues. C’est sans doute la différence entre une idéologie politique qui n’échappe pas complètement à la raison et une idéologies religieuse qui elle n’est basée que sur le dogme.

    Ces intellectuels sont dans leur rôle, probablement les pouvoirs en charge de la sécurité des Etats attaqués font leur marché dans cette liste pour le moins diverse d’analyses et de conseils.

  • COLETTE, ‘Claudine 3/5 – Claudine en ménage’.

    Sortie : 1902

    Et voici Claudine mariée à 17 ans à un homme de 30 ans plus âgée qu’elle : Renaud le séducteur. Amoureuse de son mari qui lui offre une vie de château et de séduction à travers l’Europe du début du XXème siècle, elle laisse son père, qui a failli oublier se rendre à son mariage, à ses chères études et la garde de sa chatte Fanchette, de retour à Montigny. Elle redéfinit sa relation avec Marcel, le garçon féminin et grognon de Renaud, de séductrice en belle-mère.

    Lorsque dans une soirée mondaine elle croise Rézi avec qui elle va partager un amour passionné sous le regard tolérant et un peu inquiet de Renaud avant qu’elle ne découvre une liaison parallèle entre Rézi et Renaud. C’est alors l’explosion du rêve et le retour à Montigny chez les siens, loin de la dévastation parisienne.

    Avec ce troisième volume Colette continue à nous ravir par l’élégance de son style pour décrire les humains et leurs sentiments, tout en nuances et ironie. Elle prête à Claudine un regard cynique et humoristique sur son environnement et aborde par son intermédiaire le sujet de la bisexualité ce qui n’était sans doute pas courant à cette époque. Elle le fait avec délicatesse jusqu’à narrer des scènes d’amour physique sans l’ombre d’une vulgarité et en n’employant que des mots innocents. C’est du grand art !

  • PREVOT Sandrine, ‘Inde, comprendre la culture des castes’.

    Sortie : 2014, Chez : l’aube poche.

    Un livre malin et bien écrit sur l’organisation de la société indienne, qui se lit comme un guide de voyage « Lonely Planet ». Son auteur, Sandrine Prévot, anthropologue, connaît son sujet, le pays et ses habitants. Elle nous fait partager sa connaissance et son intérêt avec clarté.

    Mais quel étonnement que de plonger dans la complexité de cette société fondée sur l’inégalité des castes, sur laquelle se superpose celle des classes plus classique et mieux partagée sur le reste de la planète. Quelle frayeur également de découvrir à quel point le concept de « pureté » guide les comportements, un concept qui en d’autres temps a mené à des désastres humains considérables. L’Inde n’est d’ailleurs pas restée à l’abri de cette violence ces dernières décennies.

    Religiosité et inégalité semblent des valeurs régressives pour l’Occident mais n’empêchent pourtant pas l’Inde de progresser vers la modernité, tout au moins pour une partie de sa population. Gageons que, comme le reste de la planète, au fur et à mesure de son développement économique les habitants de ce grand pays rangeront ces références d’un autre âge au rayon du folklore traditionnel plutôt qu’au cœur de leurs faits et gestes. 

    Dans sa conclusion l’auteur anticipe d’ailleurs des évolutions probables tout en affirmant que « se moderniser n’est pas s’occidentaliser ni adopter les valeurs occidentales » ! Certes, mais le développement et l’épanouissement d’une population génèrent très souvent des revendications d’égalité. L’éducation et l’ouverture à la science entraînent en principe un éloignement de la religion, le Dogme n’étant que très peu compatible avec la Raison. Comme d’autres, l’Inde est « en marche ».

  • COLETTE, ‘Claudine 2/5 – Claudine à Paris’.

    Sortie : 1901

    Après des aventures hautes en couleurs dans son école de campagne, Claudine émigre à Paris pour suivre son père qui va s’y installer pour y poursuivre ses études nébuleuses.

    La jeune provinciale découvre la ville et regrette la campagne mais sa curiosité lui fera poursuivre son éducation sentimentale aux contacts de Marcel, lointain neveu de son âge au caractère féminin, dont finalement elle épousera le père.

    Colette décrit toujours avec l’élégante subtilité d’une langue française utilisée dans toute sa richesse la vie des salons de l’époque, des sorties au théâtre, des thés mondains où se percutent et se mêlent les sentiments et les vices dont son héroïne joue avec délices et souvent aussi avec succès.

  • TESSON Sylvain, ‘Un été avec Homère’.

    Sortie : 2018, Chez : Editions des Equateurs.

    Sylvain Tesson, écrivain pérégrin, ne raconte pas cette fois-ci ses propres voyages mais commente L’Iliade et L’Odyssée d’Homère. Il s’agit en fait de la compilation de chroniques radiophoniques diffusées à l’été 2017 sur France-Inter. Pour les écrire il s’exila quelques semaines sur une ile de la mer Egée, au cœur du théâtre des exploits d’Ulysse.

    Evidemment, celui qui n’a pas lu Homère est un peu perdu dans toutes ces références aux Dieux et aux lieux de l’antiquité grecque. Pour beaucoup, le cheval de Troie n’est que le nom d’une technique permettant d’introduire des virus dans des systèmes informatiques… Mais qu’importe, Tesson nous remémore combien fut grande cette civilisation grecque polythéiste qui a largement autant fondé ce qu’est devenu l’Occident que la religion chrétienne monothéiste qui s’en suivit.

    L’histoire d’Homère n’est que bruit et fureur, force et beauté, guerre et amour, ambitions et massacres, c’est l’aventure de l’Homme qui n’a rarement été qu’une promenade de santé. On ne sait pas bien d’ailleurs si Homère a véritablement existé ou s’il n’est qu’un personnage conceptuel. Quoi qu’il en soit, ces longs poèmes que sont L’Iliade et L’Odyssée lui sont attribués et ont traversé les temps depuis le VIIIème siècle avant JC pour rester l’un des textes fondateurs de la littérature humaine.

    Ce que l’on découvre dans cette incroyable fresque des Dieux et des Hommes c’est que la nature humaine n’a guère évolué depuis bientôt 30 siècles. Difficile de dire s’il s’agit d’une bonne ou d’une mauvaise nouvelle, mais Tesson prend un malin plaisir à souligner ce constat par des rapprochements, parfois osés, avec l’Homme « moderne ».

    Accessoirement toutes ces références viennent nous rappeler, si besoin en était, le rôle créateur et destructeur du monde méditerranéen depuis ces 30 siècles, et la violence endémique qui s’attache à cette région. Là encore, rien n’a véritablement changé.

    En refermant cet ouvrage on a envie d’ouvrir L’Iliade, puis de poursuivre avec L’Odyssée, Tesson a donc atteint son but.

  • TESSON Sylvain, ‘Eloge de l’énergie vagabonde’.

    Sorti en : 2007, Chez : POCKET 13536

    Toujours à la recherche d’idées saugrenues pour justifier ses pérégrinations, Sylvain Tesson décide cette fois-ci de suivre à vélocipède la route des pipe-lines transportant le pétrole des Républiques d’Asie centrale vers l’Ouest. Ce chemin lui permet de vivre son attirance pour les pays de l’Est et de réfléchir sur l’importance de l’or noir pour l’économie de notre planète depuis plusieurs siècles.

    Parti de la mer d’Aral en Ouzbékistan il pédale jusqu’aux rives de la Turquie méditerranéenne, entre chaleurs et vents du désert, au cœur de pays déglingués mais parfois extrêmement riches, souvent dirigés par des satrapes soviétisant, il chemine sans peur et sans reproche, bivouac au milieu de nulle part, croise des personnages improbables : douaniers, exploitants de plateformes pétrolières, éleveurs…

    Le pétrole est le fil conducteur de ces errements à travers les steppes asiatiques, sa puissance, ses méfaits, la pollution engendrée, celle des paysages comme celle des âmes,

    « Il brûle comme le sang de Satan. Il pue le souffre. […] Les guerres, les tensions, les corruptions qu’il suscite sont les preuves de l’énergie obscure qu’il dégage. »

    Mais cette énergie est l’alpha et l’Omega du développement économique de la planète et les pipe-lines courent sur la surface de la terre comme les veines sous la peau de l’Homme pour irriguer la vie.

    Tesson en profite, bien sûr, pour évoquer l’homo-soviéticus dont il est si proche, fait d’un mélange de vodka, de désespoir, d’énergie créatrice et souvent destructrice. Des musulmans du Kazakhstan aux chrétiens de Géorgie, Tesson dresse une fresque humaine rocambolesque de ces populations disséminées sur sa route. Il le fait dans son style toujours percutant où ses observations se mêlent à ses références philosophiques et littéraires. Il a le sens de l’aventure définitive, il a la plume d’un Kessel pour la faire partager à ses lecteurs !

  • COLETTE, ‘Claudine 1/5 – Claudine à l’école’.

    Sortie : 1900

    Il importe à 60 ans passés d’avoir lu Colette, le chroniqueur s’y emploie depuis peu pour rattraper ce temps perdu. Auteure prolixe, éditrice, actrice, journaliste, présidente de l’Académie Goncourt, grand Officier de la Légion d’honneur, médaillée de de l’Académie Arts-Sciences-Lettres, consommatrice de (trois) maris et de bien plus d’amants et d’amantes, Sidonie-Gabrielle Colette n’est sans doute plus beaucoup étudiée dans notre monde moderne, et pourtant quel talent ! La série des Colette sera d’abord signée de « Willy » le nom de son premier mari, avant qu’elle n’en récupère la maternité après leur séparation.

    « Claudine à l’école » retrace la vie un peu fofolle d’une adolescente dans un village de province : Montigny, sans doute en référence au village de naissance de Colette dans l’Yonne. Ce roman certainement inspiré de la vie de son auteure (comme toute la série des Claudine) fit scandale lors de sa parution en 1900 ce que l’on peut comprendre compte tenu de sa description sans tabou des mœurs d’une époque, narrées pourtant avec élégance mais perspicacité, y compris la bisexualité, quand on avait plutôt tendance à les cacher, morale chrétienne et républicaine obligeant.

    C’est dans un style léger et soigné que l’on suit les apprentissages de Claudine à la vie. Un père scientifique, aimant et négligeant la laisse plutôt seule pour cette découverte. Elle saura exploiter sa liberté pour faire les 400 coups à l’école, tourner en bourrique sa maîtresse vivant une histoire d’amour avec son adjointe, décrire le cirque communal des élus visitant régulièrement et avec un peu trop d’empressement l’école de jeunes filles, les réunions électorales très prisées pour les copieux repas bien arrosés. Elle y décrit aussi avec tendresse l’attachement à sa région, ses grandes promenades dans les bois et forêts avoisinants, une maison aux multiples recoins secrets et sa chatte Fanchette que l’on retrouvera dans les autres volumes.

  • de BEAUVOIR Simone, ‘Le deuxième sexe – tome 2/2’.

    Sorti en : 1949, Chez : idées nrf.

    A la suite du Tome I qui retraçait la place de la Femme dans l’Histoire, ce deuxième volume aborde la situation de la femme au mitan du XXème siècle : l’épouse, la mère, la vie en société, la prostituée, la femme mature puis vieille. S’en vient ensuite l’analyse de la « justification » : la narcissiste, l’amoureuse, la mystique ; avant de conclure sur la Femme « vers la libération ».

    Les développements de Beauvoir sont toujours aussi fascinants par la puissance de cette pensée philosophique qui reste parfaitement logique et compréhensible par le lecteur.

    L’impérialisme de l’Homme est détaillé comme sa volonté de cultiver sa petite tyrannie sur terre car en plus d’être admiré et aimé il a besoin d’asséner sa puissance voire sa violence comme thérapie à l’accumulation des rancunes accumulées avant son mariage… La femme se soumet, ou pas, puis le couple se délite :

    « Le couple [devient] une communauté dont les membres ont perdu leur autonomie sans se délivrer de leur solitude ; ils sont statistiquement assimilés l’un à l’autre au lieu de soutenir l’un avec l’autre un rapport dynamique et vivant… »

    La situation de mère met encore plus en avant l’hypocrisie prévalant dans les rapports entre l’Homme et la Femme. On conteste à cette dernière toute capacité à l’action publique ou à une carrière professionnelle mais on lui confère la mission suprême : la formation d’un être humain. La grossesse, le contrôle des naissances, l’avortement sont passés au crible d’une analyse sans concession illustrant la sous-condition de la Femme et la mauvaise foi de courte vue avancée par la société pour justifier cette inégalité fondamentale :

    « Que l’enfant soit la fin suprême de la femme, c’est là une affirmation qui a tout juste la valeur d’un slogan publicitaire. »

    Et quand la vieillesse point, l’Homme perd de sa superbe car devenu totalement inutile alors que sa femme garde au moins la direction de la maison et se rend compte du jeu de dupes que fut sa vie d’épouse. Et c’est encore de l’amertume…

    Alors même lorsqu’il s’agit de libération, la femme de 1949 vue par de Beauvoir affronte encore « l’injuste malédiction attachée à la féminité ; se résignant à cette infériorité elle l’aggrave… »

    L’auteur conclue sur le fait que tant que l’Homme et la Femme ne se reconnaîtront pas comme « des semblables », c’est-à-dire tant que l’on maintiendra la spécificité de la féminité le conflit perdurera, et c’est là l’immense contradiction non résolue, même de nos jours, qui maintient l’oppression. Beauvoir se félicite que les hommes (déjà en 1949) aient évolué vers l’émancipation de la Femme, plus ou moins contre leur gré, mais dans le sens de leur intérêt. Elle prédit que le mouvement se poursuivra et que l’avenir sera réinventé malgré une relative perte de la féminité : même une fois l’égalité atteinte il restera bien sûr certaines différences, et d’abord son érotisme, donc son monde sexuel, une sensualité et une sensibilité singulière, son rapport à l’Homme et à l’enfant seront toujours spécifiques même si la Femme est émancipée.

    Le livre se termine sur un espoir :

    « … que par-delà leurs différenciations naturelles hommes et femmes affirment sans équivoque leur fraternité. »

    Allons, tout n’est pas perdu !

  • Duc de Castries, ‘Louis XVIII’.

    Sortie : 1983, Chez : Editions de Crémille.

    L’histoire d’une ambition, celle du frère de Louis XVI qui endurera les affres de la révolution française de 1789, l’empire de Napoléon et son cortège de guerres et de massacres, les tentatives d’attentat contre sa personne et celles de sa famille, et 20 années d’exil dans des conditions parfois rocambolesques, avant d’arriver à réaliser son rêve et devenir roi de France de 1814 à 1824.

    Comte de Provence il se crut toujours mieux à même de régner que Louis XVI et n’eut de cesse sa vie durant que d’accéder au pouvoir suprême, au besoin en complotant contre son frère. Comme le Bourbon qu’il était, solidement assis sur ses privilèges, il ne vit pas venir la révolution. Alors que Louis XVI fuyait Paris avant d’être rattrapé, il eut plus de chance et commença son exil en 1791 à Coblence. Avec d’autres nobles il fuit la guillotine de Robespierre puis s’auto-octroya le titre de Régent alors que Louis XVI fut emprisonné, puis exécuté. Il chercha des années durant à fédérer l’aide des monarques européens pour revenir en force sur le territoire national afin d’y restaurer la monarchie des Bourbons.

    Il lui fallut attendre la défaite de l’expérience impériale menée par Napoléon l’inconséquent pour, enfin, réaliser en 1814 son objectif de toujours et s’installer sur le trône de France. La folie guerrière et mégalomaniaque de l’empereur ont fait considérer l’intronisation de Louis XVIII comme un moindre mal, par le peuple comme par les alliés européens vainqueurs de la France.

    Insatiable, Napoléon revint le temps des 100 jours avant d’être définitivement réduit à Waterloo et exilé à Sainte-Hélène. Louis XVIII et sa cour reprirent donc le chemin de l’exil le temps que l’affaire se règle, encore dans les flots de sang propres à l’action napoléonienne.

    Après toute cette furie, une fois sur le trône Louis XVIII eut à cœur de rétablir la paix en France et de mener des relations apaisées avec les autres puissances européennes qui occupèrent le pays quelques années après Waterloo.

    La monarchie, toujours de droit divin, était néanmoins devenue plus ou moins constitutionnelle et le roi eut à compromettre avec un parlement. Le pouvoir absolu n’était plus qu’un lointain souvenir. Louis XVIII sut s’adapter à ce nouvel environnement et louvoyer au milieu des complots, de la gauche, de la droite, de la presse, des envieux, des nobles quémandeurs, des exilés vengeurs, des napoléoniens déçus, de la guerre d’Espagne pour sauver un Bourbon, bref, il gouverna le pays sans doute pas plus mal qu’un autre et le prépara à la République qui n’allait plus tarder à revenir d’actualité. A sa mort en 1824, il laissa le pays à son frère dans un bien meilleur état que Napoléon le fit à son successeur ce qui est déjà un résultat notable. L’Histoire populaire a gardé le souvenir de l’Empereur et un peu oublié celui de Louis XVIII, c’est dommage mais la mémoire des peuples retient plus souvent le nombre des morts et des conquêtes au cours d’un règne que les résultats d’une saine administration. C’est ainsi !

    Le Duc de Castries (René de La Croix de Castries, 1908-1986) auteur de cet ouvrage fut membre de l’Académie française et historien. Son style est agréable et suranné, son appartenance à une grande famille de France ne l’empêche pas de prendre parti sur les évènements relatés, il le fait avec mesure et analyse, c’est l’essentiel.

  • ARASSE Daniel, ‘Histoires de peinture’.

    Sortie : 2004, Chez : folio essais 469.

    Ce livre est un recueil des scripts d’une vingtaine d’émissions diffusées en 2003 sur France-Culture dans lesquelles Daniel Arasse, historien d’art, a développé sa vision de la peinture. Spécialiste amoureux des peintres italiens de la renaissance, il analyse en 25 chapitres les techniques utilisées par les artistes de cette époque et les illustre par les photos de 45 œuvres reproduites au milieu de l’ouvrage.

    Arasse revient sur l’apparition de la perspective, les rapports entre la peinture et la nature, l’inspiration divine et la religiosité contenue dans certaines toiles, le maniérisme, Leonard de Vinci, Vermeer, l’anachronisme, le détail invisible dans les peintures, la diffusion populaire de l’art, la restauration des œuvres, et, finalement, le lien de cette époque avec l’art contemporain.

    Ces chapitres se déroulent comme des leçons inaugurales, c’est un élégant torrent d’érudition et de passion qui nous fait vivre les œuvres décrites et comprendre la technique et son évolution à travers le temps.

  • TESSON Sylvain, ‘Berezina’.

    Sortie : 2015, Chez : éditions Guérin

    Sylvain Tesson, raider professionnel, écrivain occasionnel, nous emmène cette fois-ci dans un remake de la retraite de Russie de l’Empereur Napoléon 1er. Russophile et admirateur de l’empereur, il va faire un Moscou-Paris (les Invalides) avec deux side-cars et une bande de potes, le tout en plein hiver, comme il se doit. Le drapeau de la Grande Armée est planté sur l’une des nacelles et le bicorne de l’empereur remplace le casque à l’étape.

    C’est l’occasion de retracer l’épopée dramatique de la Grande Armée défaite par l’hiver et les soldats russe de Koutouzov : des centaines de milliers de morts des deux côtés pour en revenir à la situation frontalière de départ et au renversement des alliances, finalement la Russie s’alliera à l’Anglais pour faire tomber Napoléon définitivement.

    Tesson profite de chaque étape de ses side-cars pour revenir sur la fuite dantesque des officiers et soldats de Napoléon, melting-pot de nombreuses nationalités. Il s’agit du froid glacial, de pillages, de massacres, de déroute, mais surtout d’énergie vitale pour essayer de sauver sa peau et de rallier la France.

    200 ans plus tard le péril est moindre, il s’agit plutôt d’éviter les camions sur les routes enneigées que d’échapper aux raids de Koutouzov. Notre joyeuse bande de raiders franco-russe ingurgite des quantités de vodka gargantuesque (« cristalline comme l’eau de Savoie ») et se réchauffe à l’évocation de la fuite éperdue de Napoléon. La petite bande voue une admiration sans borne à l’empereur, les russes car il leur a permis de le battre, Tesson car il est un symbole de l’aventure tragique et inutile. En nos temps d’individualisme forcené il rend hommage au sens du sacrifice de ces hommes, enthousiastes à l’idée de mourir « … pour une idée abstraite supérieure à nous-mêmes, pour un intérêt collectif et -pire- pour l’amour d’un chef ».

    Et puis il vénère l’âme russe, « une capacité à laisser partout des ruines, puis à les arroser par des torrents de larmes », bref, une défaite militaire au cœur de la grande Russie est le cadre idéal pour un récit de Tesson, conquérant de l’inutile.

    Le final se passe aux Invalides où la petite bande gare ses side-cars après 4 000 km de route, rejointe par quelques amis. Sous la statut de son héros, Tesson clos son ouvrage :

    « Qui était Napoléon ? Un rêveur éveillé qui avait cru que la vie ne suffisait pas. Qu’était l’Histoire ? Un rêve effacé, d’aucune utilité pour notre présent trop petit. »

    puis rentre prendre une douche. Un livre sympathique pour mieux connaître un auteur orignal.

  • BINET Laurent, ‘La septième fonction du langage’.

    Sortie : 2015, Chez : Grasset.

    L’itinéraire déjanté d’un commissaire de police dans le milieu intello-marxisant parisien des années 80. Roland Barthes est mort renversé par une camionnette et un crime est soupçonné. L’enquête mènera notre Sherlock Holmes des cours de Michel Foucault à Vincennes, aux réunions des Brigades Rouges à Bologne, des bars gays aux ors de l’Elysée, des fumeurs de crack aux espions de l’Est. Ce qui ressemble à un complot serait mené pour s’assurer l’exclusivité de la connaissance de la septième fonction du langage, permettant à son détenteur la domination du monde.

    L’auteur plonge avec ironie dans le microcosme de la sémiologie et de la philosophie, où Deleuze, Eco, Derrida, Althusser, Sarthe se croisent et s’affrontent, avec des mots que d’autres interprètent avec des bombes. Philippe Sollers et son épouse bulgare psychanalyste Julia Kristeva sont les héros malfaisants de cette histoire burlesque qui se termine en apothéose.

    La caricature de ce monde intellectuel est sans doute un peu excessive, elle est en tout cas franchement désopilante. L’auteur malin tient ses lecteurs en haleine avec ce polar où les malfrats sont des penseurs du Collège de France.

  • SHIFFTER Frédéric, ‘Journées perdues’.

    Sortie : 2017, Chez : Séguier.

    L’auteur est professeur de philosophie, né et vivant à Biarritz. Cet ouvrage est son journal de nonchalance de janvier 2015 à décembre 2016. Il ne travaille plus, a priori en congé de maladie longue durée il obtient au milieu du livre sa réforme définitive de l’enseignement et s’en réjouit. Soulagé de cette charge professionnelle qui avait l’air de le traumatiser sans vraiment l’occuper, il papillonne depuis entre dîners en ville, interventions philosophiques grand-public sur France Culture, signatures de livres, siestes coquines ou séances de surf doux. Et il devise sur cette inactivité qu’il promeut avec ferveur.

    Grand admirateur de Cioran, il peine à égaler son modèle qu’il cite abondamment. Un peu narcissique, un peu auto-satisfait, Shiffter a rédigé un livre inutile mais léger, ponctué de petites phrases de son cru plutôt bien tournées :

    « La nostalgie est aussi la conscience d’un futur sans avenir. »

    « Si Dieu existait il nous épargnerait le fanatisme, ce scepticisme mal vécu. »

    « On commence à se sentir vieux quand on a l’impression de tracter un corbillard chargé des années défuntes de son enfance et sa jeunesse. »

    Tout ceci est un peu facile, comme la vie de l’auteur au pays basque.