Catégorie : Notes de lecture

  • GARY Romain, ‘Adieu Gary Cooper’.

    GARY Romain, ‘Adieu Gary Cooper’.

    Sortie : 1969, Chez : Gallimard.

    C’est le roman emblématique de nos vingt ans, délivré par Romain Gary (1914-1980), écrivain flamboyant, homme multiple, héros incandescent jusque dans son suicide en 1980. Il raconte ici l’histoire de Lenny, un jeune américain qui a fui le matérialisme et l’impérialisme incarné par son pays (engagé dans la guerre du Vietnam). Il vit dans la montagne en Suisse avec une bande de jeunes « rebelles » qui ont tous dédié leur vie au ski d’altitude, à la recherche d’une espèce de pureté originelle qui les éloigne de la noirceur du monde « d’en bas ». Ils risquent leurs vies pour monter à pieds des parois improbables à des températures glaciaires, skis à l’épaule, et s’offrir quelques minutes de descente, sur la neige immaculée, quelques instants d’absolu qui justifient toute leur existence.

    Lenny s’est isolé avec ses potes dans une bulle de naïveté et, pensent-ils, d’innocence. Lors de la « mauvaise » saison, l’été, ils sont un peu obligés de descendre en-dessous du « niveau de la m… », à Genève qui les répugne, pour y travailler et gagner quelques sous avant de remonter vers leur solitude dans les sommets. Beau et athlétique, il profite de ses séjours au bord du lac pour séduire des femmes en prenant surtout bien soin de les quitter rapidement dès qu’elles s’attachent. Au passage il fréquente quelques révolutionnaires, jeunes et tendance « mondaine », qui s’ingénient à compromettre quelques bourgeois pour les racketter gentiment, avant de remonter dans leur nid d’aigle où ils écrivent des poèmes :

    « Pour changer vraiment le monde
    Faut attendre que ça fonde.
    Fahrenheit, cent mille degrés
    Il sera changé après. »

    Et puis il rencontre Jess, fille du consul américain devenu alcoolique en réaction aux dérives de son pays. Elle s’occupe de son père mais aussi de prendre Lenny en charge, un autre handicapé de la société américaine, qui a tout quitté dans sons pays pour s’exiler bien loin avec une photo de Gary Cooper, l’Américain des bonnes causes, qu’il garde dans son portefeuille, comme seul lien avec la patrie. Ils vont mêler, lui son désespoir et elle son pragmatisme pour poursuivre leur histoire qui se termine bien après quelques ultimes épisodes.

    Sans doute Gary, qui a lui aussi cohabité sa vie durant avec le désespoir, a-t-il placé dans son personnage certaines de ses utopies de jeunesse. Il présente le refus de Lenny des conventions de ce monde barbare dans un style adolescent et avec un humour noir comme l’histoire de parler la même langue ce qui vous confronte à « l’obstacle de la langue » car n’importe qui peut venir vous parler et vous envahir…

    Dans la vraie vie, Romain Gary a exorcisé ses doutes par l’action et la création, sans renoncer à ses utopies : enfant émigré de Russie avec sa mère, naturalisé français en 1934, officier observateur dans l’aviation, résistant Compagnon de la Libération et gaulliste « compulsif » durant la dernière guerre, diplomate en Bulgarie, en Suisse puis aux Etats-Unis, écrivain prolixe récipiendaire de deux Prix Goncourt, le premier pour « Les racines du ciel« , le second sous le pseudonyme d’Emile Ajar, cinéaste… Mais il a toujours refusé de compromettre quitte a sombrer dans l’excès, une attitude qui l’amène à mettre fin à ses jours un an après le probable suicide en 1979 de Jean Seberg, actrice américaine de la Nouvelle vague qui fut sa femme. Le roman a été commencé à Baja en Basse-Californie (Mexique) en novembre 1963, quelques mois après son divorce de Jean.

    Lenny, lui, aura compromis avec ses envies d’absolu en se laissant emporter par l’amour de Jess pour une suite que le lecteur rêve heureuse. Le point final au roman a été porté à Paris en 1968 bien avant les heures sombres traversées par Gary et Seberg dix ans plus tard !

  • LE GOFF Hervé, ‘La Ligue en Bretagne – Guerre civile et conflit international (1588-1598)’.

    LE GOFF Hervé, ‘La Ligue en Bretagne – Guerre civile et conflit international (1588-1598)’.

    Sortie : 2010, Chez : Presses Universitaires de Rennes.

    Hervé Le Goff, né en 1946, est un universitaire qui a écrit de nombreux ouvrages sur l’histoire de la Bretagne. Il narre ici la fin des guerres de religion en France qui se sont poursuivies en Bretagne, après avoir ravagé le pays, jusqu’à la signature de l’Edit de Nantes en 1698.

    On suit dans cet ouvrage universitaire la rébellion du duc de Mercœur (1558-1602), fils du prince Nicolas de Lorraine, régent du duché de Lorraine et cousin des Guise. Il fut nommé gouverneur de Bretagne par Henri III en 1582 et fut le dernier « ligueur » (la Ligie rassemblait les catholiques en lutte contre les protestants) à se rallier à Henri IV, ancien huguenot converti à la religion catholique.

    Avant ce ralliement il était à la tête de la Ligue bretonne qui luttait contre les armées d’Henri IV et réussit à asseoir son pouvoir rebelle sur une partie de la Bretagne avec l’aide de la très catholique Espagne qui avait des vues sur les installations portuaires bretonnes comme points de soutien à sa guerre contre l’Angleterre (d’où la « Pointe des Espagnols » dans la rade de Brest, port que les Espagnols échouèrent toujours à conquérir). Alors que les ligueurs abandonnaient le combat partout ailleurs en France, Mercœur rendit finalement les armes devant Henri IV qui se déplaçât à Nantes pour y signer le fameux Edit d’avril 1598 mettant fin à ces guerres de religion. Les troupes espagnoles rembarquèrent dans la foulée peu après avec la signature de la paix de Vervins.

    Quelques années plus tard le « Bon Roi Henri » sera assassiné en 1610 par un catholique radicalisé, Ravaillac. Le duc de Mercœur était lui décédé en 1602 de fièvre maligne à Nuremberg après être parti combattre les Ottomans qui occupaient la Hongrie ainsi que d’autres pays européns.

  • PIO Régis, ‘Universalisme noir’.

    PIO Régis, ‘Universalisme noir’.

    Sortie : 2025, Chez : L’Harmattan.

    Récit-roman plus ou moins autobiographique, ce livre raconte le périple d’un homme engagé dans l’économie sociale et solidaire (ESS). C’est son long cheminement pour faire exister une organisation avec des volontaires qui ne sont pas habitués à ce genre de structures, certes solidaires mais devant aussi se soumettre aux règles de fonctionnement d’une entreprise devant gérer un effectif et équilibrer un budget, sans perdre de vue son objet affiché : solidarité et justice sociale. Alors il raconte la recherche permanente de financements, souvent publics, dans la jungle des structures politico-administratives, la gestion des hommes et femmes qui composent l’organisation, sans déroger à l’aspect solidaire de l’affaire, les combats de tous les jours pour faire du « social » dans un monde libéral…

    Mais ce livre est aussi l’occasion pour son rédacteur d’exprimer ses idées sur « l’universalisme noir » et c’est sans doute le plus intéressant. Lui-même issu de parents immigrés du Bénin, l’auteur-narrateur développe ses sentiments sur la matière sensible de sa double-appartenance, française et béninoise, blanche et noire. Il y a de l’ambivalence dans ses mots : se sent-il béninois ou français ? C’est pour essayer de répondre à cette question qu’il lit Franz Fanon, Bukowski ou James Baldwin, admire Angela Davis, Nelson Mandela et Aimé Césaire, et fréquente avec émotion et respect les lieux du calvaire de ses ancêtres, de Harlem à l’ile de Gorée. Il manifeste une admiration perceptible pour Fanon, Malcom X ou les Black Panthers qui furent des combattants de la Cause avec leurs méthodes pas toujours très orthodoxes.

    Dans les rues de Harlem il visite le « Center for research in black culture », se prend en photo devant l’Apollo theater où tous ses héros musicaux se sont produits, sur Time Square il discute avec un marchand ambulant probablement sénégalais, venu vendre des sandwichs dans les rues de New York car la pêche ne lui permettait plus de faire vivre sa famille au pays, et qui l’envie d’être né Français en France mais le narrateur lui répond :

    Toi, tu as de la chance de ne pas te poser toutes ces questions sur qui tu es. Moi, je suis constamment dans ce tiraillement. Ici, je ne me sens ni vraiment français, ni vraiment béninois. Parfois, je sens que mes racines africaines sont plus proches de moi, mais en même temps je ne me sens jamais vraiment à ma place, ni en France ni ailleurs. C’est un sentiment constant.

    C’est un échange un peu surnaturel entre un travailleur de rue sénégalais aux Etats-Unis (probablement en situation illégale) tourné vers sa survie et celle de sa famille restée au pays, et un Français d’origine béninoise en villégiature à New York pour se pencher sur le passé douloureux de ses ancêtres.

    Lors d’une visite mémorielle sur l’Ile de Gorée, point de départ de milliers d’esclaves africains arrachés à leur continent pour être déportés vers l’Amérique durant des siècles, le narrateur rencontre un vieux sage sénégalais qui lui dit :

    C’est bien de commémorer, de se souvenir, mais qu’est-ce qu’on en fait, de cette mémoire ? Si c’est juste pour pleurer sur les cendres de l’Histoire, on n’avancera jamais. Nos ancêtres ont lutté, ils ont survécu. A nous de reprendre le flambeau, pas pour pleurer, mais pour agir.

    Mamadou Kébé (historien sénégalais)

    Action versus lamentation, c’est le dilemme dans lequel se débat une partie de la population française « issue de la diversité », venue vivre dans le pays qui a fait le commerce de la traite négrière jusqu’à ce que l’esclavage soit définitivement aboli en France en 1848. Cet incongruité génère un mal être parfois revendicatif dans cette diaspora postcoloniale, remuée parfois aussi par les théories « décolonialistes » véhiculées par la pensée « woke ».

    Cette ambiguïté est exprimée ici par Régis Pio avec modération mais sans cacher ses interrogations qui nourrissent son mal-être, heureusement pas forcément universel.

  • JENNI Alexis, ‘Miscellanées du Quai d’Orsay’.

    JENNI Alexis, ‘Miscellanées du Quai d’Orsay’.

    Sortie : 2024, Chez : Les Editions du Sonneur.

    Alexis Jenni (62 ans), écrivain prolixe, récompensé du prix Goncourt pour son premier roman en 2011, « L’Art français de la Guerre », commet ici un essai léger sur le ministère français des affaires étrangères, le « Quai d’Orsay », décrivant de l’intérieur ses méandres et ses couloirs, ses poètes-ambassadeurs et ses espions et, surtout, ses traditions nées à une époque où la France était une grande puissance qui participait à l’organisation diplomatique de la planète. Un temps désormais révolu…

    « Le Quai » à la tête de plus de 170 ambassades et représentations dans autant de pays et d’institutions multilatérales gère aussi des kilomètres-linéaires d’archives sur lesquels s’entassent les traités et les accords fruits d’un passé glorieux, mais avec parfois quelques trous. C’est ainsi que l’on apprend que le Traité de Versailles original qui mis fin à la Ière guerre mondiale a littéralement disparu. Mis à l’abri en province au début de l’occupation allemande de la IIe guerre mondiale il a quand même été déniché par les occupants qui l’aurait rapatrié à Berlin où il n’a jamais été retrouvé. Peut-être a-t-il brûlé avec la ville en 1945, peut-être a-t-il été récupéré par les troupes soviétiques et archivé par le NKVD (ancêtre du KGB/FSB) et ressortira un jour ? L’histoire le dira, la diplomatie est un art du temps long.

    Elle est aussi surtout un art de la négociation utilisé pour essayer d’éviter aux gens de mourir au combat.

    Le problème dans les conflits, c’est que tout le monde a ses raisons, que chacun croit aux siennes et ignore celles de l’autre. Plus l’affrontement est violent, militarisé, mortel, et plus les raisons de chacun sont étanches… à la raison. Un conflit armé est toujours chargé d’imaginaire, de passions, d’irrationnel, lesté aussi du poids d’une mémoire historique, et du compte des souffrances supplémentaires issues du conflit lui-même.

    Avec le retour des guerres impériales en ce premier quart du XXIe siècle le temps des diplomates semble s’éloigner au profit de celui des armes, mais après tout Talleyrand (1754-1838) ne réussit-il pas à sauver les intérêts de la France au congrès de Vienne (1814-1815) qui consacre une nouvelle organisation de l’Europe sous Louis XVIII après la première abdication de Napoléon face aux Empires anglais, prussien, autrichien et russe.

    Tout n’est pas perdu, l’heure des diplomates reviendra bien un jour et la France dispose d’un outil diplomatique expérimenté qui pourra s’avérer utile si elle arrive à le conserver.

  • SANSAL Boualem, ‘Le serment des barbares’.

    SANSAL Boualem, ‘Le serment des barbares’.

    Sortie : 1999, Chez : Gallimard / Folio 3507.

    Encore un livre jouissif de Boualem Sansal, publié en 1999 à la fin de la « décennie noire » durant laquelle des terroristes religieux ont affronté les autorités algériennes. Ils se sont finalement inclinés mais la bataille a fait des dizaines de milliers de morts, souvent dans des conditions de barbarie effroyables.

    Le roman suit l’enquête d’un inspecteur de police, Si Larbi, proche de la retraite qui enquête sur un meurtre étrange, par égorgement, aux ramifications improbables. C’était une époque où un mort de plus ou de moins passait plutôt inaperçu mais l’enquêteur décide… d’enquêter. Il va alors mettre à jour des liens de la victime avec un passé dans les troupes de Messali Hadj, fondateur du Mouvement national algérien (MNA), décapité par le Front de libération national (FLN), durant la guerre d’indépendance, avec des années au service d’un colon agriculteur, d’abord dans l’Algérie française puis en France, avant de revenir à Alger, Rouïba plus exactement, se colleter avec la corruption endémique régnant dans le pays, le pouvoir confisqué par une caste militaro-politique inefficace, la population désabusée et passive, et, surtout, les petits arrangements entre les islamistes et les puissants.

    L’enquête de Si Larbi est en fait pour Sansal un prétexte pour parler de son pays d’origine et il le fait de façon cinglante et pleine de dérision, sa plume trempée dans l’acide. Le style est riche et foisonnant, utilisant à profusion la répétition de la même expression mais en des termes différents, faisant parfois un peu étalage de son vocabulaire. On a l’impression que ce livre relève de l’autothérapie d’un citoyen algérien désespéré par l’état de son pays et, surtout, des comportements de ceux qui la dirige et de ceux qui aspirent à prendre le pouvoir. Il n’épargne pas non plus, loin de là, ses concitoyens qui sont au mieux passifs, sinon acteurs, de l’effondrement moral, économique et politique de l’Algérie.

    Le mal a de beaux jours devant lui dans ce pays de cocagne malade de ses maux qui cherche gloire sur les chemins de la perdition.

    C’est sans doute ce livre de 1999 qui a fondé le divorce entre Boualem Sansal et son pays qui, vingt-cinq ans plus tard, le condamnera à cinq ans de prison pour « intelligence avec des parties étrangères ». Sansal, titulaire de la double nationalité franco-algérienne, commit l’imprudence de revenir en Algérie en 2024 et il est toujours en prison à l’heure qu’il est. Les dirigeants de ce pays semblent avoir beaucoup moins le sens de l’humour que Sansal.

  • SANSAL Boualem, ‘Le village de l’Allemand’.

    SANSAL Boualem, ‘Le village de l’Allemand’.

    Sortie : 2008, Chez : Gallimard / folio 4950.

    C’est un livre jouissif que ce roman de Boualem Sansal sur les pérégrinations de deux fils, Français, immigrés algériens de la deuxième génération, à la recherche du passé de leur père. Celui-ci, Allemand, a fait la IIe guerre mondiale sous les couleurs de la SS, avant de se retrouver en Algérie durant la guerre d’indépendance, de devenir un combattant moudjahid dans les rangs du FLN, puis un chef de village respecté dans l’Algérie indépendante avant de finir égorgé par des terroristes islamiques avec sa femme et une partie du petit village où il passait ses vieux jours.

    Son fils aîné, ingénieur, parti à la recherche de ce sombre passé, repasse par tous les lieux fréquentés par son père, d’Auschwitz à Istanbul, pour reconstituer le parcours de ce père inconnu. Il ne supportera pas tout ce qu’il découvre. Son petit frère, gamin de la banlieue parisienne envahie par l’islamisme rampant des cités, reprend le flambeau de son frère à la poursuite de l’histoire de ce père trouble. Les deux frères ont rédigé un journal de leurs recherches et le roman s’articule autour de ces documents, le plus jeune découvrant celui de son aîné et le commentant.

    Par la voix des deux frères, Sansal ne manque pas de faire un parralèle entre le nazisme et l’islamisme, entre les meurtres des camps d’extermination et ceux des terroristes religieux qui ont mis l’Algérie à feu et à sang durant les années 1990 (avec des conséquence délétères en France). La description de la vie dans les cités de banlieue françaises est souvent désopilante quand on la prend au premier degré, un peu plus inquiétante au second.

    Le style de l’écriture est enlevé. La voix du frère aîné est tragique au fur et à mesure où il découvre le passé criminel de son père. Celle du cadet est plus légère et insouciante. Le mélange des deux journaux fait alterner le douloureux et le burlesque, c’est ce qui fait aussi la grande qualité de ce livre sur le sujet éternel des relations franco-algériennes.

    Quand on referme l’ouvrage après sa dernière page, on comprend mieux l’acharnement des autorités algériennes d’aujoud’hui contre l’auteur qui a la double nationalité franco-algérienne et qui se rend coupable de lèse-majesté en critiquant ainsi son pays d’origine…

    Lire aussi

    Boualem Sansal emprisonné à Alger – Total Blam-Blam

  • GREENE Graham, ‘Le troisième homme’.

    GREENE Graham, ‘Le troisième homme’.

    Sortie : 1954, Chez : Robert Laffont / Livre de Poche 46.

    On oublie généralement que derrière le célèbre film éponyme sorti en 1949 il y avait un roman de Graham Greene. L’atmosphère de l’après-guerre dans une ville, Vienne, à moitié détruite, occupée et administrée par les alliés, est particulièrement propice la propension de l’auteur à édifier des histoires policières et d’espionnage mystérieuses.

    Nous sommes au cœur de la capitale autrichienne, la guerre froide a déjà commencé, les troupes occidentales regardent leurs homologues soviétiques en chien de faïence. La ville est l’objet de tous les trafics de la part de ses habitants, certains pour survivre, d’autres pour s’enrichir. Les soldats occupants ne sont pas en reste. C’est alors qu’un auteur britannique vient y retrouver un de ses collègues pour découvrir qu’il vient de décéder dans un accident de voiture. Il mène l’enquête, tire le fil de la pelote et découvre la vie trouble de celui qu’il croyait son ami. Haletant !

    L’édition de 1954 est suivie d’une nouvelle : « Première désillusion », sur les pérégrinations d’un fils de bonne famille à Londres, livré à lui-même en l’absence de ses parents, seul avec le personnel. So british.

  • BARBUSSE Henri, ‘Le Feu – Journal d’une Escouade’.

    BARBUSSE Henri, ‘Le Feu – Journal d’une Escouade’.

    Sortie : 1916, Chez : Flammarion.

    Cet ouvrage d’Henri Barbusse (1873-1935) est l’un des classiques sur la « Grande Guerre » qui a ravagé l’Europe de 1914 à 1918. Engagé volontaire dans l’infanterie en 1914 à 41 ans malgré une santé fragile et une conviction pacifiste marquée, il va vivre les affres de la ligne de front durant presque deux années et les restituer dans ce récit marquant qui est publié et récompensé du prix Goncourt en 1916 alors que les horreurs de la guerre sont encore loin d’être terminées.

    La première partie décrit le monde des « poilus », ces soldats venus de la France entière, plus ou moins gradés, chacun avec son patois (retranscrit dans les dialogues du livre, pas toujours faciles à suivre…), son histoire, son humour, ses racines. Tout ce petit monde vit, cerné par les bombardements et la mort, dans la solidarité des tranchées, l’héroïsme des individus, alternant les montées en première ligne avec le repos dans des villages de l’arrière. Où qu’ils soient, les conditions de vie sont dures mais les poilus papotent entre eux de l’air du temps, des « boches », des disparus, de la fin de la guerre. C’est un peu le Café du commerce des tranchées rapporté par l’auteur.

    On en vient ensuite à la vie dans les tranchées en première ligne dans les conditions dantesques de la pluie d’acier des obus, ceux reçus des boches, ceux envoyés par l’artillerie française, les tués qui restent parfois des jours entiers là où ils ont été touchés, au milieu des survivants (« En attendant, ils ne sont enterrés que dans la nuit. »), les blessés souvent dans des conditions atroces. Comme Maurice Genevoix dans « Ceux de 14 », l’auteur détaille longuement l’envahissement de la boue dont personne n’arrive à se protéger, qui envahit les guitounes où les soldats essayent de se reposer malgré le bruit continu des bombes, qui recouvrent les cadavres, noie les blessés… Les soldats se perdent parfois dans les méandres du réseau de ces tranchées boueuses et peuvent se retrouver… du côté allemand. C’est un enfer qui s’ajoute à l’angoisse de cette guerre sinistre qui voit la mort et la peur roder partout.

    Les derniers chapitres sont plus réflexifs sur la pensée de ces glorieux poilus quant à la paix, l’éventualité de nouvelles guerres après celle-ci, leurs propres interrogations sur les morts qu’ils ont tués, sont-ils aussi des « tueurs » ?

    Deux armées qui se battent, c’est comme une grande armée qui se suicide.

    Un livre hommage aux frères d’armes d’Henri Barbusse qu’ils ont mérité au prix de leur sang et de leurs souffrances. Heureusement que des écrivains comme lui ou Genevoix ont aussi participé à cette guerre pour avoir pu nous en rendre compte avec tant de réalisme. Ils ont écrit l’indicible avec tout leur talent (peut-on employer ce mot en de telles circonstances ?).

    Il fait dire à l’un de ses camarades :

    …Non, on ne peut pas s’figurer. Toutes ces disparitions à la fois excèdent l’esprit. Il n’y a plus assez de survivants.. Mais on a une vague notion de la grandeur de ces morts. Ils ont tout donné ; ils ont donné petit à petit , toute leur force, puis finalement, ils se sont donnés, en bloc. Ils ont dépassé la vie ; leur effort a quelque chose de surhumain et de parfait.

    Cette guerre à la fois moderne et moyenâgeuse l’aura profondément marqué. D’une santé fragile, il s’engagea volontairement à 41 ans en 1914 et fut réformé deux ans plus tard. D’inspiration pacifiste avant la guerre il voulut malgré tout participer au combat pour la défense de la patrie. Après l’armistice il renforça ses convictions pacifistes et se rapprocha du parti communiste français. Il fit de fréquents voyages en Union soviétique, fréquenta Lénine et Gorki. Il meurt d’ailleurs en 1935 à Moscou et n’aura pas le temps de vivre les dérives du régime communiste soviétique ni les barbaries de la IIe guerre mondiale.

    Certaines pages sont crépusculaires, celles décrivant l’aube sur les bois aux arbres déchiquetés par les « marmites boches », les tranchées inondées, la nuit qui envahit les âmes et le champs de bataille. Elles révèlent le véritable talent littéraire de Henri Barbusse par ailleurs auteur de poésies et de romans. Après guerre il mettra aussi ce talent au service du journal L’Humanité et, emporté par son admiration pour le communisme, sera impliqué dans quelques causes nauséabondes soutenues par le Parti communiste français.

    « Le Feu » est un témoignage poignant de la terrible expérience vécue par un pacifiste confronté à la réalité de la guerre. Il est dédié « A la mémoire des camarades tombés à côté de moi à Crouy et sur la cote 119 », à tous ces hommes qu’il sut décrire avec tellement de vérité.

    Ce ne sont pas des soldats : ce sont des hommes. Ce ne sont pas des aventuriers, des guerriers, faits pour la boucherie humaine -bouchers ou bétail. Ce sont les laboureurs et des ouvriers qu’on reconnait dans leurs uniformes. Ce sont des civils déracinés. Ils sont prêts. Ils attendent le signal de la mort et du meurtre ; mais on voit, en contemplant leurs figures entre les rayons verticaux de baïonnettes, que ce sont simplement des hommes.

    Lire aussi

  • YOURCENAR Marguerite, ‘Mémoires d’Hadrien’.

    YOURCENAR Marguerite, ‘Mémoires d’Hadrien’.

    Sortie : 1951, Chez : Librairie Plon (Livre de Poche 221-222).

    C’est un monument de la littérature française du XXe siècle écrit par Marguerite Yourcenar (1903-1987) que ces « Mémoires d’Hadrien ». L’auteure a retracé la vie de l’empereur romain Hadrien (76-138) qui est le narrateur via une longue lettre adressée à Marc (121-180) qui deviendra l’empereur Marc-Aurèle.

    Dans cette correspondance écrite à la fin de sa vie, Hadrien revient sur son parcours personnel et son pouvoir d’empereur romain qui rayonnait à l’époque sur une bonne partie de la planète, en cercles concentriques autour de la Mer Méditerranée. C’est une longue méditation sur la vie, la guerre, la paix, les relations entre les humains, les amours (en l’occurrence homosexuels car l’empereur était épris d’un jeune éphèbe mort tragiquement), le pouvoir et ceux qui se battent pour l’exercer et le conserver.

    Du jeune enfant né en Espagne au guerrier ambitieux visant à succéder à son oncle Trajan, en passant par ses voyages incessants à travers l’Empire, pour pacifier mais aussi vaincre lorsqu’il n’y avait pas d’autres solutions, et son amour violent pour Antinoüs, c’est un récit prenant sur la comédie humaine, qui n’a guère évolué depuis 2000 ans… Le ton de l’écriture que lui attribue Yourcenar est celui d’un homme apaisé mais nostalgique, qui voit la maladie remplacer les victoires, la fin arriver. Il repasse sa vie en revue pour en garder le nostalgique souvenir dans l’au-delà tout en laissant quelques conseils à Marc qui est amené à lui succéder un jour à la tête de ce gigantesque empire.

    Le style de Yourcenar est puissant, son lecteur traverse le récit de la vie de l’empereur Hadrien avec passion, comme dans un roman et non un livre d’histoire. Pourtant il apparait que l’auteure a collé à la vraie Histoire ou, tout au moins, à ce qu’on en sait aujourd’hui. Dans un court épilogue elle explique les quelques personnages qu’elle a inventés et ce sur quoi elle s’est fondée pour les rendre réels. C’est du grand art qui, accessoirement, replonge le lecteur dans la civilisation romaine qui a largement influencé ce qu’est devenu la civilisation occidentale depuis.

  • de PERETTI Camille, ‘L’inconnue du portrait’.

    de PERETTI Camille, ‘L’inconnue du portrait’.

    Sortie : 2024, Chez : Calmann-Levy / Livre de Poche 37896.

    Camille de Peretti a construit ce roman réjouissant autour d’un vrai fait divers, le vol en 1997 du tableau « Portrait d’une dame » de Gustave Klimt, peint en 1916. Elle crée sa fiction à l’aide de courts chapitres qui mêlent les époques et les personnages avant de converger vers l’issue finale, la remise anonyme du tableau volé à un musée (comme cela s’est passé dans la vraie vie).

    C’est l’imagination débordante d’une romancière qui est à l’œuvre, pour le plus grand plaisir des lecteurs. Elle mixe les histoires de réfugiés aux Etats-Unis, de ceux qui font fortune et d’autres pas, des familles reconstituées, des romances, des enfants reconnus ou cachés, des histoires de famille restées secrètes qui remontent à la surface, des ambitions, des amours, des pertes.

    Bref, la vie magnifique et rêvée que le roman permet de construire au hasard de la créativité de son auteure, qui, ici, se percute avec la réalité du cheminement suivi par une célèbre et mystérieuse œuvre d’art.

  • VINCELET Patrick, ‘Simone Rabatel 1910-1999’.

    VINCELET Patrick, ‘Simone Rabatel 1910-1999’.

    Sortie : 2024, Chez : L’Harmattan.

    Patrick Vincelet, écrivain, essayiste, ethnopsychiatre et psychanalyste, a écrit cette courte biographie de sa mère, Simone Rabatel (1910-1999). C’est en fait plutôt un ouvrage passant en revue les multiples attaches intellectuelles de cette philosophe qui a forgé sa pensée au contact des chantres de la négritude, Césaire, Senghor, auprès des philosophes Mournier, Gabriel Marcel, en prenant la suite de Sartre comme enseignante en philosophie au lycée du Havre.

    Ponctué de références philosophiques pas toujours très abordables pour les non-spécialistes, ce livre est un bel hommage à une mère qui a connu un destin remarquable, traversant et s’associant aux grandes idées du XXe siècle : la résistance, la décolonisation, le féminisme, l’enseignement.

  • NGOZI ADICHIE Chimamanda, ‘L’hibiscus pourpre’.

    NGOZI ADICHIE Chimamanda, ‘L’hibiscus pourpre’.

    Sortie : 2003, Chez : Gallimard – Folio.

    C’est le premier roman de l’auteure Chimamanda Ngozi Adiche née en 1977 au sud-est du Nigeria en pays igbo. On y reconnaît nombre d’éléments autobiographique, le ville d’Enugu où elle est née, celle d’Abba dont est originaire sa famille, le milieu universitaire à Nsukka, l’exil vers les Etats-Unis, etc.

    L’intrigue suit deux branches de la même famille : celle de la narratrice, Kambili, riche et rigide, installée à Enugu, catholique traditionnaliste, mais aussi généreuse et engagée dans la contestation du pouvoir militaire ; celle de sa tante et de ses cousins à Nsukka, accueillante, sans-le-sou, débordant d’affection et de désordre. Kambili et son frère Jaja alternent entre ces deux mondes qui sont aussi opposés que l’eau et le feu.

    Les deux natifs d’Enugu sont tiraillés entre l’attirance vers la vie joyeuse de leurs cousins, cousines et tante tout en restant viscéralement marqués par l’éducation dramatiquement stricte et religieuse qu’ils ont reçue. Il faudra que la rigidité de leur père tourne à la violence pour qu’ils réalisent à quel point elle est excessive. Les deux enfants et leur mère prendront alors de décisions définitives pour sortir de ce carcan. Le lecteur a l’impression qu’ils vont réussir, mais à quel prix !

    Le roman est peuplé de tous ces petits détails que reconnaîtront avec le sourire ceux qui ont vécu en Afrique. Des coups d’Etat militaires aux contrôles de police sur les bords des routes défoncées, du joyeux chaos des marchés à la mendicité envahissante, y compris au sein des familles, du vent d’harmattan qui souffle le sable du Sahara qui envahit tout à la préparation des plats d’igname, des Fanta tiédasses aux sauces gluantes, des coupures d’électricité à la pénurie d’eau… Bref, nous sommes bien au cœur de l’Afrique que Chimamanda narre avec humour et attachement.

    Un premier essai réussi qui sera transformé avec les romans suivants.

  • HOESS Rudolph, ‘Le commandant d’Auschwitz parle’.

    HOESS Rudolph, ‘Le commandant d’Auschwitz parle’.

    Sortie : 1947, Chez : La Découverte Poche n°193 (2010)

    Rudolph Hoess (1901-1947) fut un officier SS dont le plus haut fait d’arme est d’avoir étendu et dirigé le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau durant la IIe guerre mondiale. Il organisa la montée en puissance du processus d’extermination des prisonniers condamnés par le régime nazi, majoritairement juifs. Il fut ensuite membre de l’administration des camps jusqu’à la fin de la guerre où il continua son œuvre maléfique avant d’être arrêté, condamné à mort le 2 avril 1947 par la justice polonaise puis pendu à Auschwitz sur les lieux mêmes de ses crimes.

    Le livre a été écrit durant son emprisonnement en 1946 entre les quatre murs d’une geôle polonaise où il reconnut avoir été bien traité, ce qui ne fut pas le cas après son arrestation en Allemagne par les forces britanniques le 11 mars 1946. Caché dans une ferme allemande, il est dénoncé par sa femme sur qui les alliés exercent une forte pression pour savoir où se trouve son mari qui a été identifié come l’un des personnages clé du fonctionnement des camps d’extermination.

    La réaction du lecteur dès les premières pages est que ce livre est bien écrit. Curieusement on ne s’attend pas à une certaine fluidité littéraire de la part d’un barbare. Hoess fut manifestement bien éduqué et avait l’esprit construit. Il introduit d’ailleurs ce mémoire en revenant sur sa jeunesse au cœur d’une famille allemande catholique et ultra-rigide où la vie n’était pas franchement tournée vers la douceur et le bien-être. Il s’engage, à 16 ans, en 1914 dans l’armée impériale qui l’envoie sur le front en Orient. Au retour, après la défaite, il s’engage dans les corps francs, une milice nationaliste et plus ou moins d’extrême-droite, qui combat dans les pays baltes contre une possible invasion des bolchéviques qui ont mené la révolution en URSS. C’est au cours de cette expérience qu’il forge ses valeurs de nationalisme, de la camaraderie des armes et de l’obéissance aveugle aux ordres. Il est condamné à 10 ans de prison par la justice allemande pour le meurtre d’un militant communiste dont il s’accuse pour couvrir ses hommes.

    Libéré après cinq ans dans le cadre d’une amnistie générale, il gardera en mémoire sa connaissance fine de l’organisation d’une prison, des relations entre gardiens et prisonniers, des réseaux qui se créent entre les prisonniers eux-mêmes, expérience qui lui sera ensuite utile pour comprendre comment gérer les camps dont il sera responsable, avec un effectif limité et des milliers de prisonniers.

    Le récit décrit ensuite avec minutie les réflexions et actions de Hoess pour exécuter les instructions de son chef suprême, Himmler, à le tête des SS et responsable de la mise en œuvre de « la solution finale » visant à exterminer les juifs, mais aussi les opposants au régime, les tsiganes, les témoins de Jéhovah, les « asociaux », bref, toutes les communautés pouvant faire de l’ombre aux folies du pouvoir hitlérien. Sans trop d’états d’âme il va mettre toute son ingéniosité au service de cette œuvre mortifère. Sa plus grande réalisation sera bien entendu l’édification du camp de Birkenau, gigantesque usine de mort accolée à Auschwitz qui va permettre d’industrialiser le processus d’extermination avec une redoutable « efficacité ».

    C’est Hoess qui aurait fait afficher sur la grille d’entrée du camp la tristement célèbre slogan « Arbeit macht frei » (le travail rend libre). Il explique dans son mémoire que :

    Le travail représente pour les prisonniers non seulement une punition efficace… mais aussi un excellent moyen d’éducation pour ceux d’entre eux qui manquent de fermeté et d’énergie…

    Rudolph Hoess

    Son antisémitisme ne fait aucun doute, c’est la politique du régime qu’il soutient aveuglément, il n’a donc pas de raisons de la contester. Il ne la théorise pas particulièrement dans son mémoire, il l’applique, tout simplement. Mais il manifeste quand même quelques réserves sur le processus d’extermination qu’on lui demande d’appliquer et qui met à l’épreuve son humanité et celle de ses hommes. La construction des chambres à gaz industrielles de Birkenau est présentée aussi comme le moyen de contourner les réticences qu’affrontent mêmes les SS les plus endurcis à assassiner à la chaîne de leurs propres mains 24 h sur 24. Avec ces installations les tueries sont plus « productives » et plus anonymes.

    Au cœur de la machine SS chargée de faire « le sale boulot », Hoess a fait massacrer quand on le lui a demandé, a fourni de la main d’œuvre à l’industrie allemande quand c’était nécessaire, évacué les camps quand la défaite est devenue évidente début 1945. Il a appliqué les ordres comme on lui avait appris à le faire, sans les discuter. Comme il a été dit au procès de Nuremberg : « Hitler aurait été bien inoffensif sans des exécutants aussi doués » !

    Cette autobiographie n’est pas vraiment une justification, elle détaille froidement le chemin vers l’inhumanité suivi par le régime nazi, par conviction. Elle montre combien la barbarie est au cœur de l’Homme et peut relativement facilement prendre le dessus sur son humanité si l’intelligence est écrasée par des idéologies malfaisantes.

    Les historiens juge le récit de Hoess assez honnête, son auteur ne cherche pas particulièrement à se dédouaner comme tentèrent de le faire nombre de dignitaires nazis, mais juste à expliquer les objectifs et la réalisation des exterminations menées sous son autorité. Il fera de même en témoignant à Nuremberg ou lors de son propre procès à Cracovie. Il présente d’ailleurs la froideur dont il a toujours fait preuve, dans l’exécution de ses tâches comme dans ses témoignages ou dans son livre, comme une nécessité, un devoir. Cacher tout sentiment est ce qu’on lui a toujours commandé depuis sa plus tendre enfance. Il le fera jusqu’au bout lorsqu’il est monté sur la potence sans dire un mot.

    Ce récit plonge le lecteur dans un abyme de perplexité sur l’émergence du Mal, les méfaits de la discipline lorsqu’elle est appliquée sans discernement, l’inhumanité qui peut s’emparer de l’Humanité malgré les philosophes, les lumières, malgré l’intelligence… Hélas cette barbarie s’est de nouveau exprimée au XXIe siècle avec d’autres génocides dans les Balkans et au Rwanda. C’est une histoire sans fin !

    Hoess termine son récit par un aveu :

    Que le grand public continue donc à me considérer comme une bête féroce, un sadique cruel, comme l’assassin de millions d’êtres humains : les masses ne sauraient se faire une autre idée de l’ancien commandant d’Auschwitz. Elles ne comprendront jamais que, moi aussi, j’avais un cœur…


    Rudolph Hoess – Cracovie, février 1947

    Bien entendu la publication de ce mémoire a donné lieu à des controverses car il contient des erreurs et certaines approximations, volontaires ou pas, qui ont fait la joie des négationnistes de tous bords. Il ne s’agit pas d’un travail d’historien mais d’une biographie rédigée dans une cellule, sans aucune documentation, uniquement basée sur le souvenir, après que son auteur ait été condamné à mort. Mais l’essentiel est dit et le lecteur est en mesure de se faire une idée suffisamment précise de l’état d’esprit d’un homme qui a dirigé l’extermination de populations entières durant la Iie guerre mondiale. Les vrais historiens ont eu ensuite tout leur temps pour corriger ce qu’il était nécessaire de rectifier.

    Le commandant d’Auschwitz-Birkenau a fait l’objet d’une fascination certaine tant son dévouement à une cause barbare fut total. Nombre d’ouvrages et de films ont été écrits et réalisés mettant en exergue son personnage maléfique.

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    « Nacht und Nebel »

  • SANSAL Boualem, ‘Poste restante : Alger – lettre de colère et d’espoir à mes compatriotes’.

    SANSAL Boualem, ‘Poste restante : Alger – lettre de colère et d’espoir à mes compatriotes’.

    Un court livre réjouissant et décapant de Boualem Sansal, écrivain algérien né en 1944 qui fut d’abord haut-fonctionnaire de son pays puis se consacra à l’écriture à partir de la fin des années 1990. D’abord tournés contre l’islamisme en Algérie, ses romans se sont de plus en plus transformés en une critique acerbe et ironique du régime plus ou moins militaire aux commandes du pays depuis son indépendance en 1962. A tel point que beaucoup de ses livres sont censurés localement et publiés en France.

    « Poste restante » est rédigé sous forme d’une lettre adressée à « Sœurs et frères, Mes chers compatriotes, mes bons amis, » et dans laquelle M. Sansal se fait un malin plaisir de mettre le doigt sur toutes les contradictions dans lesquelles s’enferre le régime qui le gouverne. Celles-ci, nombreuses, sont passées à la paille de fer de son œil acerbe qui fait dans la dérision tout en ne manquant pas d’humour. Ceux qui connaissent un peu ce pays savent que les Algériens pratiquent beaucoup l’auto-dérision. Ils n’apprécient par contre que modérément la critique quand vient de l’étranger, d’autant moins si elle provient de France, l’ancienne puissance coloniale chassée avec perte et fracas en 1962, mais ils aiment se régaler en critiquant les puissants et les moins puissants qui transforment depuis quelques décennies ce pays en un aimable foutoir dont sa jeunesse est prête à tout pour émigrer.

    Dans un style que ne renierait pas le « Canard Enchaîné », Boualem se régale en s’attaquant à toutes les vaches sacrées de l’imaginaire de ce pays défendues par les « GAT » (gardiens autoproclamés du temple) : l’arabité unique du peuple algérien alors qu’il est composé d’une mosaïque de Kabyles, de Mozabites, de Touaregs, de Turcs, d’Africains, de Juifs… ; l’Islam comme religion dans un pays où subsistent bien d’autres croyances et l’athéisme ; la langue arabe classique comme langue nationale alors que cohabitent partout dans le pays le kabyle, le tamashek, l’arabe dialectal, le petit français colonial et de conclure « L’arabe classique est la langue de l’Algérie mais les Algériens parlent d’autres langues » ; la guerre de libération devenue la « propriété exclusive » du FLN (parti au pouvoir depuis l’indépendance) alors que bien d’autres mouvements ont participé à la lutte anticoloniale ; l’amnistie décrétée en 2005 à l’issue de la décennie noire pour blanchir en masse « des islamistes névrosés et [leurs] commanditaires »…

    Et comme le dit le dicton « qui aime bien châtie bien », Sansal s’en prend aussi aux Français, sans cesse en train de se lamenter sur la dette, la sécurité sociale, les faillites de l’école, de l’hôpital, de la Sécurité Sociale, les grèves, les multinationales…

    Mon Dieu, mais dans quel pays vivent ces pauvres Français ? Une République bananière, un pays en guerre civile, une dictature obscure, une République préislamique ?
    A leur place, j’émigrerais en Algérie, il y fait chaud, on rase gratis et on a des lunettes pour non-voyants.

    Mais les généraux et les services de sécurité algériens n’ont manifestement pas le même sens de l’humour que leur compatriote, qui vient d’ailleurs d’acquérir la double nationalité française, et qui commit l’imprudence de retourner en Algérie fin 2024. Il est depuis en prison à Alger où il purge une peine de 5 années de prison pour « atteinte à l’unité nationale » après avoir déclaré qu’une partie de l’ouest algérien était auparavant marocain et aurait été algérianisé durant la colonisation française.

    Circonstance aggravante il avait cité Ferhat Abbas dans « Poste restante ».

    J’ai cherché le peuple algérien partout, jusque dans les cimetières, je ne l’ai pas trouvé, la nation algérienne est née avec la colonisation.

    Ferhat Abbas fut l’éphémère président du gouvernement provisoire puis de l’assemblée nationale constituante avant de se retirer en 1963 en opposition avec la « soviétisation » du pays, d’être exclu du FLN et de replonger dans un anonymat agrémenté de quelques séjours en prison et d’assignations à résidence.

    En Algérie mieux vaut ne pas provoquer un pouvoir qui n’a définitivement ni le sens de l’humour, ni celui de la démocratie !

  • MISHIMA Yukio, ‘Confession d’un masque’.

    MISHIMA Yukio, ‘Confession d’un masque’.

    Sortie : 1958, Chez : Gallimard.

    Mishima (1925-1970) est un grand écrivain japonais et un personnage sulfureux. Nationaliste convaincu il tenta en 1970 de persuader l’armée de rétablir le pouvoir impérial, et son statut divin, via un coup d’Etat d’opérette qui échoua. Devant cette situation il se suicida en commettant la méthode japonaise traditionnelle du seppuku (ou encore hara-kiri, auto-éventration suivie d’une décapitation exécutée par un tiers). Il n’en a pas moins écrit une œuvre importante qui fit de lui l’un des grands écrivains de langue japonaise du XXe siècle.

    Le présent roman apparaît largement autobiographique et raconte la prise de conscience par un enfant de son homosexualité. On le suit jusqu’à son état de jeune adulte dans les quelques années après la reddition du Japon qui marqua la fin de la IIe guerre mondiale. A une époque et dans un pays on l’on abordait pas les questions de sexualité il prend conscience de sa non-attirance pour les femmes comme cela semble être la norme autour de lui. Il cherche à contrecarrer cette situation en essayant de tomber amoureux d’une jeune femme, Sonoko, à laquelle il est sincèrement attaché. Mais cela n’aboutit évidemment pas.

    Le livre est une longue introspection sur lui-même, une auto-analyse extrêmement détaillée des sentiments du narrateur dans un environnement qui l’effraie. D’abord élevé par et chez sa grand-mère, il rejoint le domicile de ses parents et de ses deux sœurs vers l’âge de 10 ans pour se rapprocher de sa mère, son père étant souvent absent. Il se découvre un intérêt esthétique et mythologique pour Saint-Sébastien dont les représentations montrent un corps sculptural, ligoté à un tronc d’arbre, qui attise son attirance et dont le martyr, il est criblé de flèches, fascine le narrateur qui rêvera à différentes reprises de pratiquer ce supplice sur des camarades pour lesquels il ressentait une attirance.

    Ce roman-récit nous emmène au plus profond de la complexité d’un être torturé par le sentiment de sa singularité, notamment sexuelle, et sa volonté d’être malgré tout dans la norme, son échec à atteindre cet objectif le poussant à des pensées souvent morbides. Le style de Mishima est quasi-proustien avec un sens du détail impressionnant et, surtout, une capacité à se centrer sur son personnage, c’est-à-dire lui-même, qui tourne au narcissisme, mais sans ennuyer le lecteur.

  • QUEMPER Edouard, ‘Mémoires’.

    QUEMPER Edouard, ‘Mémoires’.

    Sortie : 1996, Chez : Imprimerie Yves Jacq.

    Les mémoires d’un militant communiste breton dans les Côtes d’Armor (ex-Côtes du Nord), Edouard Quemper (1925-2015) qui fut jeune résistant durant la guerre dans l’organisation Francs-tireurs et partisans (FTP, affiliée au Parti communiste [PC]). Il mena ensuite une longue carrière de permanent du parti et fut élu dans différentes assemblées : conseil général, mairie de Saint-Brieuc (adjoint aux sports), fédération communiste du département…

    Engagé dans la lutte contre la guerre coloniale française en Indochine, il est arrêté avec son groupe alors qu’ils bloquaient un train transportant des armes pour le corps expéditionnaire en 1950. Ils passent sept mois en prison avant d’être acquittés par la Justice.

    Ce récit relève du journal familial pour laisser quelques souvenirs aux enfants Quemper sur qui fut leur ancêtre. Il est touchant sur l’engagement du personnage en faveur des thèmes habituels du communisme : la paix, l’impérialisme américain, la lutte des classes, etc. Il est inquiétant quant on voit l’aveuglement du militant qui a ressassé sa vie durant les vieilles lunes du marxisme. Le chapitre sur la résistance ne fait pas mention du pacte germano-soviétique de 1939, pas plus que ne sont cités les règlements de compte après la guerre entre les mouvements de résistance communiste et non communistes. Aujourd’hui encore il est des sujets qu’il vaut mieux ne pas aborder au Café du commerce de certains villages bretons.

    Le chapitre sur la déstalinisation admet des retards dans la prise de conscience du parti communiste français pour « connaître et comprendre ce qui se passait réellement en U.R.S.S. et pour dénoncer ce qui n’allait pas… J’ai souffert comme tous les communistes français, en apprenant la vérité : la blessure n’est pas encore cicatrisée ; on a toujours beaucoup de mal à croire que cela fut possible.« 

    Il raconte qu’un jour en rangeant sa cave il retrouva l’éloge de 1953 qu’il prononca à la maison du peuple de Saint-Brieuc en hommage à Staline qui venait de mourir.

    J’avais honte de moi. Lorsque j’ai prononcé ce discours j’étais sincère mais je l’étais aussi lorsque je l’ai déchiré.

    Mais Edouard Quemper conclut :

    Si je n’avais pas connu le P.C.F. ma vie aurait sans doute été insignifiante, une petite vie égoïste, ne vivant que pour soi, pour son confort quotidien. Une vie en réalité qui n’aurait pas mérité d’être vécue.

    Lire aussi : MERVIN Yves, ‘Joli mois de mai 1944 – La face cachée de la Résistance en Bretagne’.

  • CONRAD Joseph, ‘Lord Jim’.

    CONRAD Joseph, ‘Lord Jim’.

    Sortie : 1900, Chez : Gallimard (folio n°1403).

    Joseph Conrad (1857-1924) est un écrivain de langue anglaise, né dans une ville de l’actuelle Ukraine qui était alors dans l’empire russe. Grand écrivain de langue anglaise il acquit les nationalités polonaise et britannique. Il a mené une carrière dans la marine marchande et nombre de ses écrits sont inspirés par le monde maritime. L’histoire de Jim fait partie de ceux-ci.

    Suite au naufrage du navire dont il était le commandant en second, Jim connait un moment de faiblesse et a une attitude manquant de noblesse face à ce drame. Il va passer le reste de sa vie à tenter d’expier ce moment fâcheux. Ne pouvant plus naviguer il mène sa vie comme commis maritime en Asie, de port en port, avant d’échouer comme représentant de commerce dans une île isolée peuplée de tribus plus ou moins musulmanes, on est sans doute dans l’archipel indonésien, et toujours entre deux batailles, généralement arbitrées par les sages avant qu’elles ne fassent trop de dégâts. Après avoir franchi différentes étapes initiatrices Jim, le seul blanc sur l’ile, y est reconnu comme un demi-Dieu. C’est là qu’il décide d’enterrer sa vie pour expier son péché originel, loin de ceux qui connaissent son passé.

    Le narrateur est lui aussi un homme de mer, qui s’est pris d’affection pour Jim mais le croise rarement au cours de ses pérégrinations maritimes. Alors il se fait raconter son histoire par ceux qui l’ont partagée avec Jim ce qui donne une tournure indirecte du récit un peu particulière. Le style est celui d’un écrivain du XIXe siècle, ample et détaillé. Les thèmes de ce livre sont ceux propres à Conrad : le bien et le péché, la présence et les actes des hommes blancs au cœur des empires coloniaux, et surtout : l’exil.

    Conrad a aussi écrit « Au cœur de ténèbres », roman flamboyant sur lequel s’est appuyé le scénario du film « Apocalypse now ». Dans ce roman c’est encore l’histoire de l’exil d’un homme, en Afrique centrale, transporté au Vietnam pour les besoins du film américain, où l’exilé frôle les limites de la déraison au cœur de tribus locales sur lesquelles il exerce un pouvoir surnaturel, une étrange domination, entre colonialisme mal assumé et volonté de faire le bien.

    Au cours de sa carrière dans la marine marchande Conrad a beaucoup navigué dans les empires coloniaux britannique et français. Ses récits sont imprégnés de l’atmosphère de cette époque et en donnent une image que l’on imagine réaliste bien que pas vraiment positive. C’est un de leur grand intérêt. « Lord Jim » ne déroge pas cette règle.

  • EPSTEIN Fabrice, ‘Rock’n’Roll Justice : une histoire judicaire du rock’.

    EPSTEIN Fabrice, ‘Rock’n’Roll Justice : une histoire judicaire du rock’.

    Sortie : 2021, Chez : La Manufacture de Livres.

    Fabrice Epstein est un avocat, chroniqueur chez Rock & Folk, qui raconte ici quelques affaires judiciaires se rapportant plus ou moins au monde du rock. Dans un style un peu particulier fait de courtes phrases, incisives, pleines de références diverses, mêlant des informations parfois sans lien, tentant les jeux de mots sans toujours qu’ils soient drôles, il déroule ses histoires en quelques pages chacune. Des droits d’auteur des Beatles aux désillusions de Robert Fripp sur le solo de guitare qu’il commit dans « Heroes » de Bowie, en passant par les exhibitions de Jim Morisson condamnées en Floride ou les démêlés de Daft Punk avec la SACEM, on parcourt la chronique judiciaire de rockers dont ce n’était pas véritablement le domaine favori.

    C’est par contre celui d’Epstein qui va jusqu’à imaginer des procès qui n’ont pas eu lieu, généralement du fait de la mort des accusés : Sid Vicious sans doute coupable du meurtre de sa fiancée américaine Nancy Spungen, Jean de Breteuil, l’homme qui aurait fourni sa dernière dose, mortelle, d’héroïne à Jim Morisson dans une boîte parisienne…

    Un livre pour spécialistes, uniquement !

  • McEWAN Ian, ‘Leçons’.

    McEWAN Ian, ‘Leçons’.

    Sortie : 2022, Chez : Gallimard (folio n°7518).

    Un nouveau roman-récit jouissif de l’auteur britannique Ian McEwan, né en 1948, qui retrace la traversée du siècle de Roland, un apprenti-poète, moitié loser, moitié romantique, balloté entre les femmes de sa vie, le fils laissé par l’une d’elle qui a tout plaqué pour devenir une écrivaines célèbre en Allemagne, ses poèmes, ses parents et les grandes tragédies du XXe, des décolonisations à la chute du communisme.

    Plutôt dépassé par les évènements de sa vie bohème, un peu jaloux de la mère de son fils qui rencontre un succès mondial avec ses livres alors que ses propres poème sont publiés dans la discrétion, accaparé par son fils dont il s’occupe seul et que sa mère refuse de rencontrer, il trouve du réconfort dans des dîners alcoolisés avec ses amis mais, surtout, en se retournant sur son enfance qui s’est passée entre la Libye où son père, sous-officier, était en garnison dans le désert avec sa famille, et son adolescence dans un collège anglais stricte dans lequel sa professeur de piano l’initie aux délices de l’amour.

    On suit avec amusement et tendresse la vie dans le siècle (le XXe) de ce personnage attachant auquel beaucoup de lecteurs sexa et septuagénaires peuvent se reconnaître. Et lorsqu’arrive la vieillesse vient le moment où il faut se confronter avec la disparition et l’absence, la mémoire de ceux qui ont quitté le monde, mais aussi le réconfort de sa famille qui s’agrandit et des générations suivantes qui, contre vents et marées, vont assurer la continuité de cette vie qui perdure !

  • GOLDSMITH Lynn, ‘Patti Smith Lynn Goldsmith – Avant Easter Après’.

    GOLDSMITH Lynn, ‘Patti Smith Lynn Goldsmith – Avant Easter Après’.

    Sortie : 2024, Chez : Rizzoli New York.

    Lynn Goldsmith, née en 1948, est une photographe américaine qui a réalisé des photos inoubliables des plus grands artistes du monde du Rock ‘n’ Roll de la seconde moitié du XXe siècle. Elle a aussi composé nombre de pochettes de disques célèbres, dont celle de « Easter » de P. Smith, sorti en 1978, et dont la série est publiée dans l’ouvrage. Elle a noué une relation d’amitié avec Patti que ce livre dévoile par la sensibilité et la qualité de photos qu’il contient. Celles-ci couvrent majoritairement la deuxième moitié des année 1970 alors que Patti Smith est déjà une artiste reconnue et a produit des disques rock de légende avec le Patti Smith Group dont les musiciens lui resteront fidèles durant des décennies et qui figurent sur des clichés dans cet ouvrage.

    Les photos de Lynn Goldsmith sont soigneusement posées et travaillées. Tout est pris en compte du décor aux vêtements, en passant par les attitudes. Mais le visage virginal de Patti est au centre de tout. Elle est belle, pure, charismatique, et on sait combien ses mots, ses musiques et ses concerts ont inspiré et guidé plusieurs générations. Seuls quelques textes illustrent ces photos. Ils sont signés Sam Shepard (son ami qui lui apprit la guitare), Fred Sonic Smith(son mari qui lui apprit la clarinette), Lynn Goldsmith et, bien sûr, quelques chansons-poèmes de l’auteure-compositrice-poète.

    Tous ces clichés retracent le monde de Patti Smith : ses musiciens, ses amis (souvent les mêmes), sa famille (son frère Todd qui fut son manager et décéda brutalement en 1994, l’année de la disparition de son mari Fred Sonic Smith [fondateur du groupe MC5]), ses inspirateurs (Rimbaud, William Blake, William Burroughs). Bref, l’atmosphère qui a entouré cette artiste exceptionnelle au visage aussi bouleversant que sa vie fut, et continue d’être, tendue vers ses combats poétiques.

    Ask the angels who they’re calling
    Go ask the angels if they’re calling to thee
    Ask the angels while they’re falling
    Who that person could possibly be

    And I know you got the feeling
    You know, I feel it crawl across the floor
    And I know it got you reeling
    And honey honey the call is for war
    And it’s wild wild wild wild…

    Ask the Angels – Patti Smith 1976

    Des photos remarquables, un livre émouvant.

    Voir aussi

    https://lynngoldsmith.com/wordpress/galleries/musicians/