Catégorie : Notes de lecture

  • Riel Jorn, ‘La vierge froide et autres racontars’.

    Sortie : 1974, Chez : 10/18. Le récit déjanté de la vie au Groenland. La nuit d’hiver est très longue sous ces latitudes où les seules activités sont la chasse et la beuverie. Mais parfois débarquent pour une années quelques individus souvent marqués du sceau de l’originalité, voire de la folie, qui viennent mêler leur solitude à ces petites communautés d’hommes des grands froids. Riel, écrivain danois connaisseur de ces contrées arctiques, s’en est inspiré pour écrire une succession de petites nouvelles pleines d’humour qui nous disent quelque chose de la vie rude de ces hommes.

  • Ameisen Jean-Claude, ‘Sur les épaules de Darwin’.

    Sortie : 2012, Chez : LLL. La narration émerveillée, par Ameisen, médecin chercheur, du monde qui nous entoure : la nature, les animaux, le passé, la mémoire, les comportements, bref l’univers ou ce que l’on croit en savoir pour le moment. Il utilise des anecdotes scientifiques et parfois poétiques pour raconter toutes ces expériences menées depuis des décennies pour arriver à percer les secrets du Monde et de ses habitants. On découvre qu’il y a de l’intelligence et du mystère partout, pour un peu on croirait en Dieu…

  • COBAIN Kurt ‘Journal, musiques & cie’.

    Sortie : 2002, Chez : 10/18. Le journal décousu du leader du groupe grunge Nirvana, suicidé alors en pleine gloire après un nombre limité de disques météorites. L’idole d’une jeunesse désillusionnée, séduite par ce rock vigoureux et déprimant. Kurt écrit ce qui lui passe par la tête sur des bouts de papier éparts, dessine des esquisses qui se perdront, où deviendront les couvertures de ses disques les plus célèbres. Il y est question de musique bien sûr, mais aussi de sentiments un peu confus. L’œuvre est émouvante quand on sait ce qu’est devenu son auteur mais on préfère Nirvana sur scène plutôt qu’en librairie.

  • Carrère Emmanuel, ‘Limonov’.

    Sortie : 2011, Chez : POL. Un étrange récit où Emmanuel Carrère, fils d’Hélène Carrère d’Encausse historienne et soviétologue réputée, mêle autour de la vie de Limonov, la sienne et l’histoire de l’URSS contemporaine, devenue Russie.
    Limonov est un exalté ayant traîné ses guêtres de l’association des poètes soviétiques, à l’underground moscovite, mercenaire proserbe dans la guerre des Balkans, créateur-animateur du parti national-bolchevick (il faut quand même le vouloir…), il a passé deux ans dans les prisons du régime Poutine pour défendre plus ou moins les mêmes idées en faveur de la renaissance de la grande Russie, vécu à l’Ouest, aux Etats-Unis, puis à nouveau Moscou où il tente de faire vivre son parti.
    Carrère, admiratif de cette vie d’aventures et de convictions, la raconte, y mêlant sa sienne qui traverse à plusieurs instants ce destin de Limonov, tragique et tellement russe.

  • Parker Graham, ‘L’autre vie de Brian’.

    Sortie : 2003, Chez : Points P1786. Un nouveau roman de Graham Parker, rockeur britannique exilé aux Etats-Unis, racontant la vie de Brian Porker, rockeur britannique exilé aux Etats-Unis, lancé dans des tournées alimentaires au Groenland ou en Tasmanie, bref, loin de chez lui. S’y mêlent les ingés-son défoncés, les managers affairistes, les tourneurs malins, et les concerts réussis… tout un petit monde des tournées rock à la petite semaine. On sent le vécu.
    Et Graham Parker avec son imagination débridée y ajoute des animaux préhistoriques, des financiers comploteurs et un secte béate. Un roman rigolo et qui pulse.

  • Philipe Anne, ‘Les rendez-vous de la colline’.

    Sortie : 1971, Chez : Livre de Poche 3149. Quelques années après le sublime « Temps d’un soupir », Anne Philipe (femme de Gérard emporté par un cancer) nous revient avec son style tendre et doux, pour narrer l’histoire d’une mère et de sa fille dans les collines de Provence. Il n’y a pas vraiment de fil directeur mais juste le temps qui passe, sereinement, le sentiment de la tendresse qui unit une mère et sa fille alors que le mistral souffle sur les oliviers.
    Cette écrivaine impressione par le dénuement de son écriture et son extrême sensibilité. On comprend ce que veut dire la maîtrise des mots pour traduire la pensée et les sentiments.

  • Philipe Anne, ‘Le Temps d’un Soupir’.

    Sortie : 1969, Chez : Livre de Poche 2690. Il faut lire et relire cet émouvant récit des derniers jours de Gérard Philipe, mort d’un cancer dans la force de l’âge et de son art d’acteur. Quelques années plus tard, sa femme Anne a écrit une longue médiation sur la vie et la mort, inspirée par l’immense amour qui a soudé ce couple. Cette histoire est triste et pure. Le style de l’écrivaine amoureuse est plein de douceur et de délicatesse. Les descriptions de la douleur, de l’absence et de la rémission, qui viendra avec le temps, sont d’un réalisme bouleversant.
    Le temps d’un soupir est décidément l’un des plus beaux récits d’amour de la langue française.

  • Delbo Charlotte, ‘Auschwitz et après – III. Mesure de nos jours’.

    Sortie : 1971, Chez : Les Editions de Minuit. Sans doute le volume le plus bouleversant des trois tomes de « Auschwitz et après » ! Les deux premiers parlaient de l’horreur des camps et décrivaient l’instinct de survie de l’auteur. « Mesure de nos jours » raconte l’après, le retour à la vie normale, la gestion du souvenir dans un environnement de gens qui n’ont pas connu Auschwitz. L’étrange sentiment que l’expérience vécue vous a porté dans un monde à part de celui des humains et puis cette insondable amitié-solidarité avec celles qui en sont aussi revenues, et ce jusqu’à la fin des temps. Après les premiers jours du retour à Paris à la sortie de Ravensbrück, Charlotte Delbo parle, toujours avec cette douceur désespérée, de la vie d’après, la sienne et celles de certains de ses camarades, se mettant dans leur peau pour raconter. Celles qui se sont plongées dans l’hyperactivité, celles qui ont retrouvé une famille, celles qui n’en n’ont plus, celui qui a été accusé d’avoir trahi son réseau… Des tranches de vie de ces martyrs qui ont du continuer à exister quoi qu’il leur en ait couté. L’ineffaçable souvenir cauchemardesque de l’horreur qui marque le restant de leur vie.
    « Quand on a regardé la mort/ à prunelles nues/ c’est difficile de réapprendre/ à regarder les vivants/ aux prunelles opaques »
    « Ce que je veux dire quand je dis qu’ils ne comprennent pas, personne ne peut comprendre. Au moins doivent-ils savoir. »
    « Je ne suis pas vivante. Je suis morte à Auschwitz et personne ne le voit. »
    « Qu’il nous ait fallu une volonté surhumaine pour tenir et revenir, cela tout le monde le comprend. Mais la volonté qu’il nous fallu au retour pour revivre, personne n’en a idée. »

  • Delbo Charlotte, ‘Auschwitz et après – II. Une connaissance inutile’.

    Sortie : 1970, Chez : Les Editions de Minuit. Le tome 2 des 3 volumes de « Auschwitz et après ». Plus personnalisé que « Aucun de nous ne reviendra », l’auteur y parle d’elle et de ses compagnes, de leur vie de tous les jours, si tant que l’on puisse parler de vie à Auschwitz ou Ravensbrück. Leur volonté à continuer de vivre encore un jour de plus, leur touchante solidarité, l’objectif de ne pas s’effondrer, de garder leur mémoire pour ne pas « se perdre soi-même ». Le texte est entrecoupé de poèmes en prose sur les morts qui s’en vont, la beauté qui se dissous, l’ignominie des conditions de la survie…
    Et puis Georges est évoqué, ce mari à qui elle eut quelques minutes pour dire adieu dans une cellule de la prison de la Santé avant son exécution, puis son propre départ vers les camps pour faits de résistance.
    Ce journal se termine sur la sortie de Ravensbrück en avril 1945 lorsque que quelques milliers de survivantes sont remises à la Croix-Rouge suédoise, la difficulté qui déjà affleure de retourner au monde d’en dehors le camps, et un dernier poème « Prière aux vivants pour leur pardonner d’être vivants » :… Je reviens/ d’au-delà de la connaissance/ il faut maintenant désapprendre/ je vois bien qu’autrement/ je ne pourrais plus vivre.
    Une lecture glaçante qui rend muet de douleur et de respect devant ces martyrs de l’idéologie nazi.

  • Supervielle Jules, ‘L’Enfant de la Haute Mer’.

    Sortie : 1931, Chez : Livre de Poche 1965. Huit contes poétiques de cet écrivain uruguayen adopté par la France. Le premier, qui donne son nom au recueil, est l’histoire d’une jeune fille vivant seule dans un village perdu au milieu de l’océan. Occupant sa vie comme elle le peut, elle-même et son environnement disparaissent mystérieusement chaque fois qu’un bateau approche. Elle est le fruit du désespoir de son père marin qui ne se résous pas à sa mort. Les autres contes sont à l’avenant, doux et un peu tristes.

  • Coatalem Jean-Luc, ‘Nouilles froides à Pyongyang’.

    Sortie : 2013, Chez : Grasset. Le récit ironique du séjour en Corée du Nord d’un journaliste déguisé en représentant d’agence de voyages. Il en ressort un reportage halluciné sur ce pays congelé dans un communisme d’un autre âge, déifiant à un niveau jamais connu dans l’Histoire de l’humanité la famille Kim, terrorisant sa population maintenue dans un niveau extrême de sous-développement par refus de toute ouverture à l’extérieur, figée dans la haine du Japon, de la Corée du Sud et des Etats-Unis.
    Notre auteur et son comparse sont baladés dans le pays par une équipe de « guides » locaux, organisant leurs visites, imposant les commentaires, invoquant à tous moments la grandeur éternelle des Kim, le tout dans des sites vides de touriste et de toute activité. La description de la visite au mausolée où est présenté le cadavre embaumé de Kim Il sung est stupéfiante.
    Au-delà des anecdotes pathétiques sur la situation de ce pays, on reste comme toujours sidéré qu’un tel système subsiste au XXIème siècle. Les intérêts géopolitiques régionaux n’ont pas forcément intérêt à une réunification de la Corée très complexe à concevoir, et trop couteuse à financer. Alors le pays reste ainsi, nous rappelant l’absurdité des idéologies portées au pouvoir.

  • Piketty Thomas, ‘Le capital au XXI° siècle’.

    Sortie : 2013, Chez : Seuil. Un monument de ce chercheur en sciences sociales, proche du parti socialiste, qui explique les forces de répartition des richesses dans notre monde grâce à des analyses claires et abordables, et des séries statistiques dont certaines remontent à l’an 0 ; un peu de mathématique financière également, mais simple et pleine de bon sens.
    Il en ressort principalement que depuis les origines de l’humanité le capital a été mieux rémunéré que le travail et que cette différence entraîne un enrichissement par définition plus rapide de ses détenteurs versus ceux qui ne font que prester leur force de travail. La conséquence est que le différentiel d’accumulation évolue de façon quasi-exponentielle, surtout en nos périodes de faible croissance et de démographie à l’arrêt. Sans porter de jugement moral sur ce fait, Piketty illustre simplement qu’à atteindre la démesure dans le capital détenu et les revenus encaissés par une minorité on atteint un stade d’inefficacité où les plus riches ne savent plus comment dépenser et la plèbe n’a plus de quoi consommer.
    L’accumulation de la Belle Epoque a été stoppée par les deux guerres mondiales et leur cortège de destruction. La période de rattrapage qui s’en suivit a pu faire croire à une sorte d’autorégulation du capitalisme avec l’apparition d’une classe moyenne. Il n’en est rien et l’analyse de la répartition des richesses en occident par décile/centile de la population montre que l’on est revenu aux niveaux du début du XX° siècle.
    S’y intègrent développements et démonstrations sur l’influence des successions dans les flux de revenus d’un pays, eux-mêmes dépendant de la fiscalité retenue pour les successions qui peut être très variable d’un pays à l’autre ; sur le fait que depuis l’origine de l’humanité la croissance a été entre 0 et 1% l’an et que les taux de croissance de l’Europe après ses guerres, de la Chine aujourd’hui sont dus au rattrapage et tendront à s’égaliser vers le 1% sur le long terme ; que cette croissance est le fait de la diffusion des connaissances et du partage du savoir, et non le produit d’un mécanisme de marché ; que les Etats sociaux et fiscaux ont été constitués au cours du XX° siècle par augmentation des prélèvements fiscaux pour financer l’éducation et la santé, autant dans les pays anglo-saxons que latins ; que l’un des avantages de l’impôt est également la connaissance des patrimoines et des revenus qui sont censé éclairer les décisions politiques ; que le diffusion automatique d’informations bancaires d’Etat à Etat pour lutter contre la fraude fiscale est techniquement possible si la politique l’exige, et comme le montrent actuellement les Etats-Unis ; que le libre échange ne doit pas se transformer en entreprise de siphonage des bases fiscales d’un Etat par un autre ; etc., etc.
    Au chapitre (court) des propositions, Piketty ne se satisfaisant pas du statuquo qui conduit de nouveau vers une inégalité de répartition des richesses du niveau de ce qui existait à la Belle Epoque, propose un impôt progressif mondial sur le capital qui gommerait quelque peu les excès atteints aujourd’hui qui boquent le développement économique. Bien évidemment un tel projet ne pouvant aboutir que dans la transparence financière, il table sur une généralisation de l’exemple américain qui impose ses contribuables sur ses revenus mondiaux et pousse, de gré ou de force, les paradis fiscaux à communiquer de façon automatique de l’information financière et bancaire sur les citoyens américains.
    Un livre plein de réflexion et bon sens dans sa partie explicative qui rappelle quelques vérités que l’on a parfois tendance à passer sous le tapis de nos certitudes, ou de nos intérêts particuliers, pour justifier la non réforme. Il est vrai que la matière fiscale, prônée comme instrument politique de nos démocraties par Piketty, est très délicate à manier (cf. la France de 2014 avec son grand soir fiscal, toujours annoncé, jamais mis en œuvre…). Une idée d’impôt mondial progressif sur le capital sans doute très ambitieuse, mais le chercheur est à sa place de conclure cette vaste fresque des revenus mondiaux par une proposition, fut-elle agressive !

  • Moitessier Bernard, ‘Cap Horn à la voile – 14 000 milles sans escale’.

    Moitessier Bernard, ‘Cap Horn à la voile – 14 000 milles sans escale’.

    Sortie : 1974, Chez : Arthaud.

    Moitessier fut le poète de l’océan, un grand navigateur doublé d’un romantique, qui sait nous faire partager avec émotion les humeurs de son bateau au cœur des quarantièmes rugissantes, et ses émerveillements devant la beauté de la mer et de ses paysages. En 1965 après avoir construit son voilier, Joshua, il emmène sa jeune épouse, de Marseille à Alicante, en passant par les Galapagos, la Polynésie et le Cap Horn. Ce livre passionnant est le journal de cette aventure vécue par un grand marin.

  • Grossman David, ‘Voir ci-dessous : amour’.

    Sortie : 1991, Chez : POINTS P152.

    Un roman métaphorique et complexe sur le souvenir de la Shoah. On y suit les parcours croisés, à des époques différentes, d’un gamin en Israël dans les années 50 dans une famille de survivants, d’un écrivain juif réincarné en poisson dans un banc qui erre dans les océans, et l’incroyable dialogue entre un nazi chef de camp de concentration et un détenu juif créateur de bande dessinée.

    Par ce moyen original, Grossman poursuit son parcours à la poursuite de la mémoire du grand traumatisme que fut le génocide juif durant la seconde guerre mondiale. Le livre se termine par une sélection de définitions de mots ayant un rapport avec les chapitres précédents, dont certaines permettent d’y revenir et d’en conclure l’histoire.

  • de Vigan Delphine, ‘Rien ne s’oppose à la nuit’.

    Sortie : 2011, Chez : Livre de Poche 32835. Une plongée autobiographique où l’auteur raconte sa mère au sein d’une famille, complexe… Il est question d’inceste, de suicides, d’accidents, de dépressions, mais aussi de joyeuses assemblées dans de chaleureuses demeures. Mais c’est un douloureux retour interrogatif sur la souffrance d’une mère et la culpabilité impuissante de sa fille. Le livre alterne entre les évènements eux-mêmes et la difficulté de leur narration. Décidé après la mort de sa mère, ce livre plein d’émotion et de tristesse est une thérapie pour son auteur et un moyen de dire ce que fut cette famille, principalement destiné à ses membres d’ailleurs.

  • Grubb Davis, ‘La nuit du chasseur’.

    Sortie : 1955, Chez : Folio Policier 354. Au coeur de l’Amérique profonde de la crise de 1929, un prédicateur pervers a tatoué L-O-V-E et H-A-T-E sur les doigts de ses mains pour illustrer le message de Dieu. Accesoirement c’est plutôt la haine qui guide ses pas. Il pille et tue comme il respire. Il va jeter son dévolu sur deux enfants innocents et le romancier nous tenir en haleine 340 pages durant avant de savoir qui, du bien ou du mal, va vaincre.
    Robert Mitchum a joué le rôle du prêcheur dans le film éponyme et célèbre.

  • Delbo Charlotte, ‘Auschwitz et après – I. Aucun de nous ne reviendra’.

    Sortie : 1970, Chez : Les Editions de Minuit. Un livre bouleversant de Charlotte Delbo, résistante communiste, déportée en 1943 à Auschwitz puis Ravensbrück avec un groupe de 230 femmes françaises déportées politiques dont 49 s’en sortiront, avec une obsession partagée : témoigner. C’est ce que fait Charlotte Delbo avec cet ouvrage tragique mais poétique, intemporel. C’est un long murmure sur l’horreur, il n’y a pas d’histoire, pas de personnage, juste quelques prénoms parfois évoqués. Les mots percutent pour dire ce que fut l’inhumanité de cette période terrible, la prose provoque le malaise et l’admiration du lecteur, il y a une pureté maléfique dans cette écriture. Avec ce livre court et simple on croit approcher l’insondable traumatisme moral et physique de ces déportés.

  • Hugo Victor, ‘Notre-Dame de Paris 1482’.

    Sortie : 1831, Chez : Le Club Français du Livre MCMLXX. Un roman flamboyant du grand écrivain et poète français sur le Paris du XVème siècle où cohabitent les truands de la cour des miracles, le Roi vieillissant Louis XI dans son donjon de la Bastille, les bourgeois dont les fenêtres donnent sur le parvis de Notre-Dame et, enfin et surtout, l’archidiacre et le sonneur (Quasimodo) de la cathédrale, tous deux amoureux d’Esméralda. Un roman foisonnant sur le bien et le mal, la pureté et le péché. Hélas le démon va gagner et la mort sera la conclusion logique pour tous les acteurs, même à l’aune de l’ultime et définitive preuve d’amour de Quasimodo pour la Esmeralda.

  • Spiegelman Art, ‘Maus’.

    Sortie : 1991, Chez : Flammarion. Spiegelman est un dessinateur de BD, fils d’un couple de juifs polonais survivants d’Auschwitz. Après le suicide de sa mère en 1968, cherchant à exorciser le passé, il fait parler son père et raconte le parcours de ses parents dans une bande dessinée émouvante où les juifs sont des souris et les nazis sont des chats. Des premières mesures anti-juives dans la Pologne des années 30 jusqu’à l’arrivée aux Etats-Unis, on passe par les camps de prisonniers des militaires polonais défaits, à la séparation familiale, la débrouille dans Auschwitz et Birkenau, la libération des camps, le fils qui ne reviendra pas, les retrouvailles avec sa femme en Pologne en 1945. Et la vie d’après aux Etats-Unis avec tout ce passif… qui nécessitera bien des thérapies.
    Tout est dit et croqué avec émotion, l’horreur n’est pas moins tragique en BD, l’Histoire est connue, hélas. Le fils rend un hommage touchant à sa famille décimée, au passé si pesant.

  • Grossman Vassili, ‘Vie et destin’.

    Sortie : 1962, Chez : Le Livre de Poche 30321. La suite (1 200 pages supplémentaires) de « Pour une juste cause » où l’on suit les pérégrinations de la famille Chapochnikov des ruines de Stalingrad en 1942 à Moscou, les aventures du commissaire politique aux armées Krymov, des champs de bataille aux cellules de la Loubianka, où l’on confronte les tireurs d’élite allemands et russes qui errent comme des loups dans Stalingrad dévastée, où l’on voit l’essence des partis totalitaires (nazi et communiste-staliniste) continuer à répandre leur venin même au cœur de l’enfer…
    Grossmann développe ici une analogie entre les totalitaismes acteurs morbides de cette deuxième guerre mondiale qui lui valut bien des critiques et l’interdiction de son livre en URSS. C’est sans doute seule la mort de Staline en 1953 qui l’a sauvé du goulag pour crime de lèse-majesté.
    Cette suite de deux romans est une œuvre majeur pour comprendre le Xxème siècle, une véritable épopée vécue par Grossmann qui était alors correspondant de guerre au plus près des combats.