Catégorie : Notes de lecture

  • Petitfils Jean-Christian, ‘Louis XVI – 1754-1786 (tome 1)’.

    Sortie : 2005, Chez : Tempus 357. L’accession au trône et les premières années de règne de Louis XVI : la monarchie déjà ébranlée par les Lumières continue sa route et commence à se colleter à des exigences du peuple sans pour autant délaisser une politique étrangère complexe. On y retrouve aussi tous les balbutiement d’une Histoire qui est un éternel recommencement. La France surendettée ne sachant plus comment séduire les prêteurs et qui émet des emprunts viagers dont l’échéance est liée à la durée de vie de groupes humains prédéterminés, les manigances de courtisans sans foi ni loi, les luttes entre les empires, la guerre de conquête contre l’Anglais, l’aide à l’Amérique en voie d’indépendance, l’argent dépensé pour emporter l’adhésion, le casse-tête de l’impôt. Une épopée historique qui annonce la République pour le deuxième tome…

  • Aron Raymond, ‘L’opium des intellectuels’.

    Sortie : 1955, Chez : Pluriel. La réédition d’un livre complexe et réjouissant dans lequel Aron démonte, dès 1955, les contradictions de l’intelligensia française en adoration coupable devant le soviétisme, voire le maoïsme. Philosophe, véritable spécialiste de Marx, il en connaît parfaitement la pensée et les théories, mieux que tout autre il est bien placé pour analyser les dérives de leur application à Moscou comme à Pékin. S’appuyant sur des faits il démontre l’irresponsabilté et la trahison des intellectuels dans leur soutien sans condition à la pratique soviétique. Un livre courageux qui a déclenché une polémique extrêmement violente lors de sa publication mais finalement peu de véritable constestation fondée sur le raisonnement tant la puissance de celui d’Aron était percutante.

  • Economistes Atterrés , ‘Manifeste d’économistes atterrés’.

    Sortie : 2010, Chez : LLL (Les Liens qui Libèrent). Une très réjouissante lecture que ce Manifeste rédigé en 60 pages par un collectif d’économistes qui démontent 10 idées préconçues post-crise financière de 2008, la première étant que le Marché est parfait et se trouve le meilleur outil pour affecter les capitaux aux secteurs les plus productifs, les autres que le Marché est favorable à la croissance économique ou un bon outil de mesure de la solvabilité des Etats, etc. Au total 10 billevesées diffusées en boucle par le monde néolibéral contre les évidences amenées par l’explosion de la planète financière en 2008/2009.
    Après chaque idée sont proposées des pistes de réflexion qui malheureusement ne seraient efficaces que si et seulement si tous les pays les appliquaient en même temps et de la même façon. Tout ceci est un peu naïf, purement intellectuel, mais au moins ces idées sont exprimées et les gouvernants ne pourront pas faire semblant de les découvrir lors de la prochaine crise financière dont la survenance est déjà inscrite dans l’Histoire, reste juste à en découvrir la date. La maison d’édition s’appelle LLL – Les Liens qui Libèrent. Tout est dit !
    Les atterrés ont créés leur site web sur https://atterres.org/ dont la lecture est très vivement recommandée ici.

  • Hessel Stéphane, ‘Indignez vous !’.

    Sortie : 2011, Chez : Indigène. Le cri du cœur d’un homme bon et âgé. Il a participé aux grands mouvements du XXème siècle : la lutte contre le nazisme et le fascisme, la déclaration universelle des droits de l’Homme, et il continue du haut de ses 93 années à se battre avec ses moyens et sa sincérité. Ce pamphlet est beau comme un arc-en-ciel sur une goutte de rosée, il n’éclabousse que fort peu le monde du XXIème siècle, mais tout n’est pas perdu tant que des intellectuels de sa trempe continuent à se battre.

  • SMITH Patti, ‘Babel’.

    Sortie : 1981, Chez : .

    Après son retrait de la scène rock à la fin des années 70’s, Patti Smith a passé une dizaine d’années « à la campagne », histoire de faire deux enfants et de vivre d’autres histoires loin de la frénésie du rock marquée par son disque de légende « Horses ». Elle est revenue, Dieu merci, a déjà commis quelques nouvelles perles discographiques, photographiques et littéraires. Babel est un long monologue poétique peuplé des phantasmes et visions de Patti. C’est ardu et porteur, délirant et réjouissant. Le bonheur de ce genre de texte c’est la liberté de leur écriture, un déluge de mots dévalant la pente raide de l’esprit d’un créateur !

  • Parker Graham, ‘Pêche à la carpe sous Valium’.

    Sortie : 2000, Chez : Points P2400. Graham Parker, légendaire héraut du rock britannique qui n’a jamais connu qu’un succès d’estime auprès des initiés, se commet aussi à l’écriture. Dans ce petit livre déjanté chaque chapitre est comme une nouvelle mais il y a un lien entre chaque, un lien qui pourrait être le fil de vie de Graham. De l’enfance dans les zones industrielles à chômage de l’Angleterre aux tournées de fin de carrière devant des salles de province américaines à moitié vides, en passant par la rencontre avec Keith qui lui propose de remplacer Mick Jagger récemment écrasé bar un bus. Et chaque ligne est truffée de références au monde du rock, ses visions comme ses violences.

  • SMITH Patti, ‘Just Kids’.

    Sortie : 2010, Chez : Denoël.

    Patti Smith dont on connaît l’amour-amitié partagé tout une vie avec Robert Mapplethorpe (qui a composé quelques-unes des plus belles photos des pochettes des disques de Patti) lui a promis sur son lit de mort qu’un jour elle écrirait leur histoire. Ce jour est venu et le résultat est un livre émouvant écrit avec beaucoup de tendresse et de subtilité, retraçant leurs années new-yorkaises alors que jeunes artistes ils fondaient leur inspiration sur leur amour et traçaient leur vocation dans ce New-York des année 60-70 qui a enfanté une culture Rock’n’roll qui continue d’irriguer les veines des gens de ma génération.

    Patti est poète et dessinatrice, Robert compose des collages dessins-photos. Elle deviendra la rockeuse que l’on sait réussissant la fusion du rock et de la poésie, il deviendra un photographe mondialement connu. Le livre racontent comment à force d’inspiration et de conviction dans leur destin artistique ils ont ensemble vaincu les fins de mois difficiles, les partis-pris de l’establishment et accompli leur rêve : une vie consacrée à l’art et à la création.

    L’épisode Chelsea Hotel est foisonnant de rencontres (Janis Joplin, Jimmy Hendrix, Susan Sontag, Bob Dylan, Todd Rundgren, Lou Reed, Allen Ginsberg et bien d’autres) et vertigineux de tous les possibles. Patti raconte ses premiers concerts au CBGB et au Max’s Kansas. Mais toujours fidèles à leur romantique promesse des premières années de se suivre et s’aimer, même lorsque la vie et leurs choix les sépareront, ils resteront comme deux jumeaux. Robert va mourir du sida en 1989 et Patti l’accompagner dans son agonie. Il en reste une très bouleversante et productive relation artistique et amoureuse, et ce livre exceptionnel et nostalgique.

  • Coe Jonathan, ‘La pluie avant qu’elle tombe’.

    Sortie : 2007, Chez : Folio 5050. Une vieille dame enregistre un dernier témoignage avant de se donner la mort. Elle parle pour décrire vingt photos, quarante années de vie, à une jeune femme aveugle afin qu’elle ne perde pas la mémoire visuelle de ces tranches de vie auxquelles elles ont été mêlées, douloureusement. Ces photos sont l’occasion de revenir sur des années où des destins se sont entremêlés, se sont combattus mais parfois retrouvés. Le style est émouvant, comme l’histoire, humaine, tout simplement.

  • Coetzee J. M., ‘Disgrâce’.

    Sortie : 1999, Chez : Points. Le démon de midi d’un professeur quinqua du Cap le ramène subrepticement vers sa fille qui vit une expérience de brousse comme un boers des origines, et gère comme elle peut sa culpabilité de « l’homme blanc » dans un pays dévasté par la violence post-apartheid. Le thème et le ton font immanquablement penser aux romans d’André Brink.

  • Lanzmann Claude, ‘Le lièvre de Patagonie’.

    Sortie : 2009, Chez : Folio 5113. Un livre exceptionnel, l’autobiographie de Claude Lanzmann : le récit de l’incroyable destin d’un homme d’action et de conviction. Résistant contre les nazis au lycée, philosophe, intellectuel un temps proche du parti communiste, compagnon de route de Sartre, compagnon de cœur (et de pensée) de Simone de Beauvoir, défenseur d’Israël contre vents et marées, auteur du film Shoah ; on se sent bien peu de choses face à un tel personnage.

  • Dely Bruno et Aurel, ‘Sarkozy et ses femmes’.

    Sortie : 2010, Chez :

    Désopilant : la BD « Sarkozy et ses femmes ». Rien de nouveau sous le soleil : des femmes avec lesquelles il est sorti, d’autres avec lesquelles il s’est battu, voire celle qui appartenaient aux deux catégories ; ou comment un petit bonhomme vulgaire, mal élevé, m’as-tu-vu et fort peu cultivé a pu pecho des beautés de première catégorie.

  • Bramly Serge, ‘Le premier principe Le second principe’.

    Sortie : 2008, Chez : Livre de Poche 31746.

    Passionnante histoire d’espionnage dans la France des années délétères de la fin de l’ère Mitterrand où se mêlent marchands d’armes, cabinets ministériels, supercheries des services, photographes people et manipulations diverses. Des faits réels (le « suicide » de Bérégovoy, la mort « accidentelle » de Lady Diana et d’autres) sont remis en perspective à l’aune des sales histoires de la République et de l’imagination débridée de l’auteur. On reste persuadé que tout ce qu’il invente aurait largement pu exister et a d’ailleurs peut-être été ! C’est ce qui donne à ce roman une actualité haletante de vérité.

  • le Carré John, ‘La Chant de la Mission’.

    Sortie : 2007, Chez : Points 2028. Les aventures d’un interprète originaire du Kivu, engagé pour ses talents dans une machination fomentée par de bons espions européens qui veulent « le bien » du Congo oriental et s’apprêtent à y organiser un coup d’Etat pour s’approprier ses richesses minérales, sous couvert de bons sentiments. Tout le monde en prend pour son grade dans un monde de corruption de fureur et de prévarication, les blancs comme les africains. Les tutsis rwandais ne sont pas les derniers à être épinglés pour leur férocité et leur machiavélisme. L’idée du personnage de l’interprète au courant de tout mais blanc comme neige est intéressante et permet à l’auteur de porter un regard perçant sur les autres personnages de ce roman hauts en couleurs.

  • Beigbeder Frédéric, ‘Un roman français’.

    Sortie : 2009, Chez : Livre de Poche 31879. Au cœur d’une (longue) garde à vue pour consommation de cocaïne, notre chevelu ex-fils de pub reconverti dans la littérature, revient sur son enfance. Celle d’un gamin errant dans un milieu socioculturel plutôt favorisé, baladé avec son grand frère, au gré du divorce de ses parents, de Neuilly à l’école Bossuet en passant par des voyages au long cours et la fréquentation du beau monde, apprenant l’anglais à New-York sur Dust in the Wind de Kansas, découvrant l’ivresse de la vitesse avec Jacques Laffitte conduisant l’Aston-Martin paternelle, et les grands auteurs dans la bibliothèque de la maison familiale au pays basque. L’itinéraire d’un enfant gâté de cette fin du XXème siècle qui s’est mis lui aussi à divorcer (deux fois) et, lorsque que les réjouissances du Polo club et de Castel ont cessé de l’intéresser, finalement, à se consacrer à l’essentiel, sa fille et les choses de l’esprit. C’est enlevé, bien écrit et plutôt charmant.

  • Rufin Jean-Christophe, ‘Katiba’.

    Sortie : 2010, Chez : Flammarion. Espionnage dans le Sahara, terrorisme au Quai d’Orsay, cœurs déchirés et conflit de civilisations, les recettes un peu faciles d’un roman d’été pas inoubliable. Rufin, écrivain reclassé dans la diplomatie avant d’en claquer la porte, a écrit ce livre alors qu’il était ambassadeur de France au Sénégal. On se demande s’il n’avait rien à faire comme représentant de la République sinon meubler son inactivité en écrivant, ou alors si ce livre un peu léger lui a pris tellement peu de temps qu’il n’a point nui à ses activités diplomatico-mondaines.

  • Powers Richard, ‘Le temps où nous chantions’.

    Sortie : 2003, Chez : 10/18_5053. Un roman fleuve (1100 pages en format poche) sur les aventures musicales d’une famille américaine qui traverse le 20ème siècle. Dans l’entre deux guerres mondiales, un juif allemand exilé aux Etats-Unis épouse une femme noire, ils ont trois enfants, deux suivront la voie de la musique et la petite dernière empruntera le chemin les Black Panthers. Leur père scientifique participe à la mise au point de la première bombe atomique, leur mère cherche à les élever comme des enfants « sans couleur » et doit compromettre avec la Cause défendue par sa propre famille. Les uns meurent, les autres luttent ; tout explose au cœur d’une Amérique violente et déchirée par ses guerres, ses races, ses rêves ; mais la musique rassemble cette famille improbable, fondée sur les ruines du massacre de deux peuples.

  • Conroy Pat, ‘Charleston Sud’.

    Sortie : 2009, Chez : Albin Michel. Le nouveau roman-fleuve de Pat Conroy ; comme les précédents c’est une histoire sur le Sud dans lequel se déchirent les familles sur fond de senteurs tropicales et de déchaînements climatiques, de douceur de vivre et de réglements de compte, de bonne éducation affichée et de perversions introverties, de nobles traditions et de haines ancestrales. Un groupe d’amis de l’université qui ont survécu aux barrières raciales et sociales, partent à la recherche de l’un d’entre eux, mourant du Sida à San-Francisco. Ils le ramènent à Charleston où ils auront à affronter les remugles du passé. L’histoire est haletante, l’écriture simple, comme toujours s’y mêlent naïveté de certains sentiments et noirceur de la vision du Monde et de la famille. Un bon cru.

  • Hatzfeld Jean, ‘La stratégie des antilopes’.

    Sortie : 2007, Chez : Points – P1993. Dernier volume de sa trilogie consacrée au génocide au Rwanda, Jean Hatzfeld a obtenu le prix Médicis pour « La stratégie des antilopes » dans lequel il poursuit le dialogue avec tueurs et rescapés, maintenant de nouveau réunis sur les mêmes collines. Quelques années de prison pour les uns, la poursuite de la misère et des doutes pour les autres, et Hatzfeld continue à plonger au cœur de cette tragédie comme pour essayer d’exorciser sa propre horreur. Cela s’est passé quoique l’on pense et dise, personne n’a pas pu arrêter la machine infernale de la barbarie et tout le monde s’interroge ensuite sur pourquoi et comment. L’Occident reste muet de culpabilité quand le paysan rwandais raconte l’indicible avec ses mots simples, ceux des assassins comme ceux des survivants. Le reste de l’Afrique est absent. Ce dialogue est désarmant de naïveté et effrayant par le Mal ou la résignation qui exsudent de chaque parole. Cette trilogie de Hatzfeld est un témoignage rare sur la face sombre de l’Humanité.

  • Hatzfeld Jean, ‘Une saison de machettes’.

    Sortie : 2003, Chez : Points – P1253. La suite du « Nu de la vie » et cette fois-ci un dialogue avec les tueurs et la plongée hallucinée au cœur de la terreur qu’ils ont déchaînée, racontée avec une désarmante candeur par des hutus emprisonnés dans un pénitencier logé sur une colline au centre de la région où ils ont opérés. Poussés par l’idéologie des autorités ayant décrété le génocide, pris en main par les milices venus sur place pour motiver les troupes, encouragés par l’alcool et le pillage, ils ont passé trois mois à massacrer à la machette les tutsis de leur voisinage avant de fuir vers le Congo dans un incroyable exode toujours mené par le pouvoir hutu, deux années dans des camps de réfugiés puis un retour piteux poussé violemment au retour par le nouveau pouvoir tutsi soucieux de leur faire rendre des comptes et mettre fin à la guérilla qu’ils avaient organisée depuis l’Est congolais. Ils expliquent comment et pourquoi avoir agi ainsi, ils laissent entrevoir l’impulsion mortelle insufflée par une idéologie terrifiante sur des esprits simples, investis par la haine depuis des générations.

  • Hatzfeld Jean, ‘Dans le nu de la vie – Récits des marais rwandais’.

    Sortie : 2000, Chez : Points – P969. Hatzfeld écoute les rescapés du génocide rwandais qui avec des mots simples, souvent ponctués d’expressions comme seul le langage africain sait en créer de touchantes et illustrées, l’horreur qu’ils ont vécu toisa mois durant. Les rythmes de fonctionnaires des tueurs qui travaillaient en chantant de 9h à 17h30 revenant chaque matin avec régularité dans les marais où se cachaient les victimes pour éviter d’être « coupées », les détails sordides sur les massacres, les âmes dévastées des survivants, les cohortes d’enfants « non accompagnés » dont toute la famille a été tuée, le terrible déchaînement de terreur entre deux ethnies vivant sur les mêmes collines. Les photos des interviewés ont été prises par Raymond Depardon.