Catégorie : Notes de lecture

  • Soljénitsyne Alexandre, ‘L’archipel du Goulag (tome 1)’.

    Sortie : 1973, Chez : .

    La description par le menu détail de l’univers concentrationnaire soviétique dans lequel tout le monde est ou sera « coupable ». L’explication d’un système à nul autre pareil où le « coupable » doit signer ses « aveux » et où tout est bon pour les obtenir au nom du parti du Peuple. Le récit trace une vaste fresque de la répression et des procès, des années post révolution jusqu’à l’après deuxième guerre mondiale (l’auteur a été arrêté par la police politique sur le front quelques mois avant la victoire). On y chemine de camps en cellules, de train de prisonniers en fourgons pénitentiaires à travers ce si vaste pays que l’on croirait tout entier dédié à la répression. Malgré le coté effrayant des descriptions, le style de Soljénitsyne est plein d’un humour grinçant et d’une vision cynique du système soviétique qu’il a grandement contribué à faire connaître et à combattre de l’intérieur.

  • Besson Patrick, ‘Mais le fleuve tuera l’homme blanc’.

    Sortie : 2009, Chez : Fayard Roman. Un roman palpitant où s’entremêlent l’Afrique, des femmes, des histoires d’espionnage, dans la moiteur de Brazzaville. Les différents personnages racontent chacun le même récit vu par leurs yeux. Les rwandais hutus et tutsis remettent les pendules à l’heure sur l’origine d’un génocide, la DGSE manipule une ex-agent du KGB à qui Sassou a fait un fils, un ancien militant du PCF n’ayant toujours pas digéré sa culpabilité de colonisateur agit contre sa patrie. Il y a du sang, du sexe, des enjeux politiques, du cynisme, fort peu de sentiments et du vécu.

  • Bruguière, entretiens avec Pontaut Jean-Louis & Jean-Marie, ‘Ce que je n’ai pas pu dire’.

    Sortie : 2009, Chez : Robert Laffont. Une hallucinante plongée au cœur des grands dossiers du terrorisme de ces 30 dernières années, instruits par le juge Bruguière. On y découvre effarés l’hydre terroriste qui grouille au milieu de nous tous, d’Action Directe au djihad, poussée par des Etats ou des intelligentsia, mondialisée et au fait des technologies, sans remord et bardée de certitudes. L’action terroriste vit son rythme dans la violence, affronte des Etats et des systèmes. Bruguière détaille les mérites du système français qui a bâti un arsenal légal pour lutter contre le terrorisme avec les armes de la Loi, avec l’aide de l’action diplomatique et politique (quelque soit la couleur du gouvernement en place d’ailleurs) et des services secrets afin d’être présent sur les mêmes terrains que ceux qu’il a combattu. On y suit en détail le déroulement, les implications et le jugement d’affaires comme l’assassinat en France de l’ancien premier ministre iranien Bakhtiar ou l’explosion criminelle du DC10 d’UTA dans le Ténéré. C’est affolant d’entre-apercevoir jusqu’où ont pu aller ces organisations terroristes (avec le soutien d’Etats) et… rassurant de savoir que dans une vieille (et riche) démocratie comme la France il y a un Droit et des hommes capables de combattre en son nom pour la sécurité publique. Il reste que le juge, fin politique, peut aussi avoir dit « sa » vérité et manipulé quelque peu la réalité pour en faire de la littérature ou de la politique. Le lecteur anonyme ne peut pas trancher, mais juste constater que les attentats et crimes narrés ont bien existé et, parfois, été condamnés au nom de la Loi en France et dans d’autres pays.

  • Mailer Norman, ‘Un Château en Forêt’.

    Sortie : 2007, Chez : Plon – Feux croisés. Dernier roman sorti de l’immense écrivain avant sa mort en 2007 : l’histoire fantasmée du jeune Adolphe Hitler racontée par un diablotin chargé de manipuler les humains pour les pousser vers le Mal. Dans l’Autriche-Hongrie de la fin du XIXème siècle se croisent inceste, violence paternelle, amour maternel, sexualité ambiguë, bref, tous les ingrédients qui peuvent aboutir à une personnalité frustrée et avide de vengeance. Le roman s’arrête à l’adolescence du jeune Adolphe, il n’aura sans doute pas de suite. Mailer termine son exceptionnelle carrière littéraire sur un livre déroutant, une espèce de conte noir comme un dernier point d’interrogation sur ce siècle de toutes les barbaries qu’il a tant dépeintes.

  • Anonyme, ‘Une femme à Berlin’.

    Sortie : 2002, Chez : FOLIO 4653. Un journal quotidien tenu 3 mois durant par une jeune femme, sur la chute de Berlin fin avril 1945 et les premiers moments de l’occupation soviétique. Les petits arrangements pour survivre dans une ville dévastée, les viols en série par l’armée vainqueur, les derniers soubresauts du parti nazi qui ne génèrent que l’indifférence de la population blottie dans les caves pour se protéger des vague de bombardiers alliés, les rumeurs sur les méfaits de l’armée allemande qui se diffusent dans les gravats, le retour de soldats des fronts… Bref, le récit froid et hallucinant de l’effondrement d’une nation symbolisé par les ruines de la ville et la vengeance des vainqueurs. Publié une première fois au milieu des années 50 et plutôt mal reçu en Allemagne, il est ensuite republié en 2002, selon le désir de son auteur, toujours anonyme, après sa mort. Un témoignage unique.

  • Saga Junichi, ‘Mémoires d’un Yakuza’.

    Sortie : 1991, Chez : Picquier poche. Au crépuscule de sa vie, un vieux (et malade) yakuza raconte son ascension dans le milieu du jeu au Japon jusqu’à devenir chef d’une confrérie. Rapines, tripots, femmes, meurtres, prisons ont été son quotidien mais toujours encadré par le code d’honneur de sa corporation.

  • Oz Amos, ‘Une histoire d’amour et de ténèbres’.

    Sortie : 2002, Chez : Folio 4265. Les tribulations d’une famille juive emportée par l’Histoire terrible du XXème siècle, narrée par Amos Oz, par ailleurs militant de la paix au Proche-Orient. Un grand livre, foisonnant, passionnant, centré sur la vie de la famille Klausner à Jérusalem juste avant et après la création de l’Etat d’Israël, mais avec d’innombrables digressions sur les branches de la famille issue d’Europe centrale. 850 pages drôles et tragiques, haletantes, riches et terriblement humaines ; débordantes de détails puissants, de couleurs et de senteurs, comme l’étal dans un souk de la vieille Jérusalem. On y croise Ben Gourion, les grands intellectuels juifs, la vie au kibboutz, la guerre d’indépendance, les souvenirs atroces de ceux qui sont revenus d’Europe, l’espoir fou d’un peuple martyrisé, les petites histoires de famille, l’amour, la mort, bref, une gigantesque ode à la vie.

  • Beevor Antony, ‘La chute de Berlin’.

    Sortie : 2002, Chez : . Dernier épisode de la 2ème guerre mondiale en Europe, la chute de la capitale du Reich narrée par l’historien vulgarisateur Beevor. On y voit la folie des derniers dirigeants nazis, Staline qui attise la compétition entre ses généraux pour aboutir au plus vite, l’Union Soviétique qui manipule les alliés occidentaux, les civils allemands écrasés sous les bombes et la vengeance de l’armée rouge, les militaires allemands décimés partagés entre le jusqu’auboutisme et la reddition, bref on y découvre l’ultime soubresaut d’une Europe défaite qui ne s’en remettra plus.

  • FOUREST Caroline, ‘La Tentation obscurantiste’.

    Sortie : 2005, Chez : .

    La colère de Caroline Fourest contre la complaisance dont fait preuve l’intelligensia française à l’égard des « avancées » de l’islamisme. Des débordements antisémistes du sommet de Durban, aux écrits discutables de certains paragons de l’islam extrémiste, l’auteur cite avec précision (références, adresses de sites web, bibliographie, etc.) les idées qu’elles discutent et ceux qui les diffusent. Elle développe un cri du cœur polémique et vivifiant.

  • Denoël Yvonnick, ‘Le livre noir de la CIA’.

    Sortie : 2007, Chez : J’AI LU. 60 ans de coups bas des services secrets américains, au moins pour ceux qui ont pu être identifiés et dévoilés. Sur bases de rapports officiels, d’interviews d’anciens agents et d’analyses personnelles, l’auteur racontent les dérapages de l’Agence, commandités par le gouvernement ou initiés par l’ambition de certains de ses dirigeants qui naviguent au plus près entre agir ou respecter la Loi. De l’OSS à la Baie des cochons, du Nicaragua au Chili, du Watergate à Ben Laden, on y parle surtout des échecs de la CIA accompagnés d’atteintes contre la démocratie. Sans doute y-eut-il également des actions gagnantes mêlées à toutes ces dérives et abus de pouvoir ?

  • Montaldo Jean, ‘Lettre ouverte aux bandits de la finance’.

    Sortie : 2009, Chez : Albin Michel. La chronique par le menu détail d’un désastre financier annoncé. Dans son style polémique et provocateur habituel, Montaldo décrit avec exactitude et précision tous les éléments de la dérive actuelle du secteur financier et de ses acteurs, qui ont mis la planète à genoux. Bataille d’égos surdimensionnés, incompétence généralisée de banquiers qui ont joué avec des instruments auxquels ils ne comprenaient rien, aveuglement des analystes et agences de notation, rapacité de forbans payés à des niveaux jamais atteints dans le capitalisme pour des salariés jouant avec l’argent des autres, et enfin, escroqueries gigantesques (Kerviel, Madoff) qui ont été rendues possibles grâce au climat de laisser-aller global. Un dernier chapitre pour Messier qui a le culot de revenir faire la morale en expliquant ce qu’il aurait fallu faire…
    Tout est vrai et bien expliqué dans cet ouvrage. Il faut se pincer pour être sûr de ne pas rêver devant la reconstitution de la chronologie des faits. Il faut s’accrocher pour ne pas tomber de sa chaise quand on redécouvre jusqu’où peut mener la voracité de l’Homme qui laisse libre cours à sa créativité !
    Un chapitre aurait pu être ajouté à l’ensemble lui donnant ainsi un peu plus d’objectivité, c’est celui concernant le consommateur qui a tout de même profité d’une façon ou d’une autre de ces années de crédit facile. Certes il paye désormais ces excès, son portefeuille de titres a perdu la moitié de sa valeur et les impôts de plusieurs générations vont s’en ressentir pour remettre la barque à flot, mais il en a tout de même été bénéficiaire de ces années « fric ».

  • Mendelsohn Daniel, ‘Les Disparus’.

    Sortie : 2006, Chez : . Daniel Mendelsohn, juif new-yorkais, né en 1960, part à la recherche d’une branche de sa famille massacrée par les nazis en Europe centrale entre 1941 et 1942, qui n’avait pas pu/su émigrer aux Etats-Unis à temps comme le reste de la famille Jager. Au contact des rares survivants juifs de ce petit village de Pologne, Bolechow (devenu ukrainien par la suite), qu’il retrouve à travers la planète, il reconstitue les dernières années de Shmiel, sa femme et leurs quatre filles dans une Pologne livrée à la barbarie. Un retour émouvant sur un passé douloureux que la génération américaine de Shmiel ne semblait pas vouloir/pouvoir faire remonter à la surface. Les multiples entretiens menés avec les rares survivants juifs de Bolechow et leurs descendants, des voyages dans le village lui ont permis d’approcher de ce qu’a du être la fin des Jager. Et c’est aussi l’occasion de revenir sur l’antisémitisme local, la police juive, l’action des justes et surtout la fin définitive de l’existence des juifs en Europe centrale.

  • Mitterrand Frédéric, ‘La Mauvaise Vie’.

    Sortie : 2005, Chez : . Frédéric dévoile ses aventures homosexuelles, cela va de « l’adoption » de jeunes garçons nord-africains qu’il loge et dont il finance les études à Paris (« rien d’ouvertement sensuel » sic), à des passes payantes dans des bordels à jeunes hommes à Djakarta ou Bangkok (on ne connaît pas l’âge des intéressés), un retour sur ses émois adolescents et les évocations de quelques amours déçus. C’est bien écrit, nostalgique et dépourvu d’ambigüités. On se demande ce qui pousse cet homme à mettre sa « Mauvaise vie » sur la place publique ? Sans doute un fond de culpabilité, une recherche de libération, à la poursuite d’un bonheur qu’il ne semble pas avoir trouvé.

  • Dugain Marc, ‘Une exécution ordinaire’.

    Sortie : 2007, Chez : . Dugain donne ici sa thèse romancée de la tragédie du sous-marin russe Kourks dans une Russie en pleine déliquescence après l’effondrement de l’Union soviétique. On suit le parcours d’un jeune sous-marinier, de son mentor à bord, de leurs familles respectives après la catastrophe, des pressions exercées sur eux par l’Etat pour gérer la communication officielle sur cette affaire. Cela se lit comme un roman d’espionnage mais une fois le livre refermée on n’est pas certain que cette version soit celle de la vérité !

  • Fallada Hans, ‘Seul à Berlin’.

    Sortie : 1965, Chez : .

    Ecrit par un écrivain allemand, publié en 1947 l’année de sa mort. La chronique d’un immeuble berlinois durant les années de guerre et l’itinéraire solitaire d’un couple de vieilles personnes entré en résistance, entouré d’un melting pot de citoyens ordinaires, des bons et des mauvais, comme toujours en ces périodes troublées. Le sujet est grave mais le ton est enlevé. Cela se termine mal pour les gentils mais nous savons heureusement que l’Histoire a triomphé des méchants en 1945.

  • Hilberg Raul, ‘La destruction des juifs d’Europe’.

    Sortie : 1985, Chez : .

    2 400 pages de plongée dans le processus d’extermination des juifs par les nazis. Raul Hilberg, citoyen américain a consacré sa vie à étudier cette catastrophe et à rédiger cette somme. Ce sont 3 volumes qui détaillent les étapes du génocide avec une terrifiante précision : la définition des victimes, l’expropriation, la concentration, les opérations mobiles de tuerie, les déportations, les centres de mise à mort. La totalité du mécanisme de destruction est mise à nu, depuis ses fondements idéologiques jusqu’à sa mise en œuvre. Rien n’est laissé au hasard, on y découvre l’arsenal juridique mis en place pour légaliser le massacre, la bureaucratie obéissante qui déroule les étapes, les tueurs et leurs réactions face à leur « job », l’acharnement nazi contre les juifs jusqu’aux dernières heures précédent la reddition, la participation plus ou moins active, plus ou moins contrainte, d’une grande partie de l’Europe, les réactions parfois désarmantes des communautés juives au cœur des massacres comme à l’extérieur.

    2 400 pages qui montrent froidement ce qui s’est passé, ceux qui ont poussé, ceux qui ont suivi, ceux qui ont subi. 3 volumes qui, jusqu’à la nausée, démontrent comment la vieille Europe, celle des lumières et de Brahms, a organisé l’un des pires massacres de l’Histoire de l’Humanité, au cœur d’une guerre qui a laissé un continent détruit, sur un charnier de 50 millions de morts. Une œuvre qui devrait ramener notre continent disqualifié a un peu plus d’humilité.

  • Le Clézio J.M.G., ‘L’Africain’.

    Sortie : 2004, Chez : Folio. Le parcours d’un père mauricien parti s’exiler comme médecin militaire de brousse au Nigéria et au Cameroun avant, pendant et après la dernière guerre mondiale. Sa femme et ses enfants partagent une partie de ces années sur une planète loin de toute modernité, parfois violente, souvent foisonnante et humaine. Après le retour définitif à Nice en 1948 ce père assiste, muré dans son silence et sa rigidité, aux indépendances des pays africains, à la sordide guerre du Biafra et aux jeux troubles des pays occidentaux. C’est l’histoire ordinaire d’une famille blanche en Afrique, qui restera marquée à jamais par cette excitante liberté tropicale. Le Clézio, éternel voyageur exilé dans la poésie, est l’enfant de ce continent, son œuvre en est le pur produit.

  • REED Lou, ‘Traverser le feu’

    REED Lou, ‘Traverser le feu’

    Sortie : 2008, Chez : Seuil.

    Lou Reed dans Le Monde des Livres pour la sortie de « Traverser le Feu » qui reprend l’intégrale de ses textes en anglais, avec une traduction française. Un livre bien entendu indispensable pour tout fan de Lou. La vendeuse chez Virgin qui emballe l’œuvre précise que l’artiste était là il y a quelques jours pour une séance de dédicace. Sacré Lou qui ne recule plus désormais devant quelques compromissions qu’il a dû assurer avec sa moue boudeuse…

  • Hachimi Alaoui Myriam, ‘Les Chemins de l’Exil – Les Algériens exilés en France et au Canada depuis les années 1990’.

    Sortie : 2007, Chez : L’Harmattan.

    Les parcours différenciés de citoyens algériens qui ont fuit la violence de leur pays. Souvent des intellectuels, menacés mais aussi plus aptes à se « recaser » à l’étranger. La langue française les conduit de préférence dans l’un de ces deux pays. Expériences croisées dans l’ancienne puissance coloniale et son cortège de remugles d’un passé agité, ou découverte d’un pays fondé sur l’immigration. Construit autour d’interviews d’un groupe d’exilés, ce livre universitaire raconte ces vies exilées et les sentiments partagés de ceux qui les vivent.

  • Roth Philip, ‘Le complot contre l’Amérique’.

    Sortie : 2004, Chez : . 1940 : Charles Lindbergh est élu président des Etats-Unis contre Roosevelt. Admirateur des nazis qui l’ont décoré et pacifiste convaincu, le célèbre aviateur mènera son pays sur une autre route que celle qu’heureusement il emprunta à cette époque. Derrière quelques pays de la vieille Europe, Washington adopte des mesures d’isolement des juifs… tout aurait pu très mal se terminer quand Roth fait se retrouver sa fiction et la vraie Histoire. Les personnages réels sont mêlés à ceux du roman et rappellent ainsi toute la noblesse du combat de Roosevelt qui n’a pas eu uniquement à affronter les puissances de l’Axe, mais aussi une opposition intérieure, pour mettre fin au désastre de la deuxième guerre mondiale.