Catégorie : Notes de lecture

  • FOREST Philippe, ‘Tous les enfanst sauf un’.

    Sortie : 2007, Chez : .

    Après la mort tragique de sa fille il y a dix ans emportée par un cancer foudroyant, Philippe Forest a écrit deux romans sur la barbarie révoltante que représente la mort d’une enfant de trois ans. Cette fois-ci il s’attaque à un essai où dans un style plutôt froid il démonte les mécanismes de la douleur et son environnement : l’hôpital, le refus de la mort dans notre monde moderne, la commercialisation de la douleur, l’anormalité du malheur, le sens d’écrire (comme une fidélité et non une thérapie). Toute entier, et pour toujours, habité par cette tragédie, il a titré son livre de la phrase extraite de Peter Pan :

    Tous les enfants, sauf un, grandissent.

    inscrite sur la tombe de sa fille.

  • Assouline Pierre, ‘Lutetia’.

    Sortie : 2005, Chez : . L’histoire du responsable de la sécurité de l’hôtel Lutetia, juste avant, pendant et juste après la seconde guerre mondiale. On y croise la vieille noblesse européenne qui fuit les nazis, l’abwehr qui y a établi son quartier général et enfin le défilé hallucinant des déportés de retour des camps. Roman historique ou se mêlent des personnes réelles et imaginaires, où le drame n’exclut pas l’humour dans la narration des ambigüités entre résistance passive et collaboration, mais où surtout explose l’absurde tragédie de notre XX° siècle. On a le cœur bouleversé lorsque reviennent les fantômes de Nuit et Brouillard, qui retrouvent, ou pas, les leurs sous les ors du Lutetia marqué à jamais par cette année 1945.

  • McNeil David, ‘Angie ou les douze mesures d’un blues’.

    Sortie : 2007, Chez : . Les années 60 et le swinging London, les blueseux du Mississippi se percutent avec de jeunes anglais nommés The Rolling Stones et Angie est le fil conducteur de ce road-roman. Angie, belle et absente, promène sa morgue entre poudre et rock. Dans la vraie vie, Angie était la première femme de David Bowie. On dit que tous les rockers étaient amoureux et que Mick Jagger et Keith Richards ont écrit leut chanson éponyme pour elle.

  • McCarthy Cormac, ‘Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme’.

    Sortie : 2005, Chez : . Le retour de McCarthy avec un roman sombre et violent au cœur de l’Amérique d’aujourd’hui empêtrée dans ses racines conquérantes, son actualité guerrière et toujours la voix des armes qui fait partie du langage quotidien. Un policier philosophe évolue dans une incroyable histoire de drogue, d’argent et de meurtre entre Texas et Mexique. Il y laissera son âme mais y sauvera sa vie sans pouvoir défaire ce qui a été fait.

  • Roth Philip, ‘La Tâche’.

    Sortie : 2000, Chez : . Un roman puissant sous la plume d’un grand écrivain américain. On y retrouve les cotés sombres de l’Amérique, le traumatisme de la guerre Vietnam, l’influence de la ségrégation, qui forment l’environnement dans lequel évoluent des personnalités complexes dans une petite ville universitaire des Etats-Unis. Un héros qui renie ses origines et court après la reconnaissance. Un roman haletant qui se termine par l’anéantissement des protagonistes.

  • Peyrelevade Jean, ‘Le capitalisme total’.

    Sortie : 2005, Chez : .

    Une excellente analyse du capitalisme moderne : efficacité économique et mondialisation financière mises au service de l’argent roi sans contre-pouvoir autre qu’une intelligentsia politique ou intellectuelle repliée sur la nation et ses illusions de puissance. Face à la « gouvernance » boursière et ses rêves d’enrichissement permanent l’auteur essaye de conclure sur une note optimiste en citant Raymond Aron et son respect des « valeurs politiques ». Il faut y croire…

  • Conroy Pat, ‘Saison Noire’.

    Sortie : 2002, Chez : . L’année 1966/67 de Pat Conroy comme capitaine de l’équipe de basket de l’université militaire où il faisait ses études. C’est l’histoire d’une jeunesse américaine qui décline ses ambitions d’absolu dans les affrontement sportifs et la discipline militaire. Il y apprend la vie et ses désillusions. 30 ans plus tard, lors de l’écriture de cet ouvrage autobiographique, il retrouve la sororité de son ancienne université, quelques vies brisées par le Vietnam et beaucoup d’américains aux existences forgées à l’école du sport et de l’amitié virile. Comme toujours, il y règle encore quelques comptes avec son père. On se noie parfois un peu dans les comptes-rendus de matchs mais on y retrouve la lumineuse évidence de sa plume de grand écrivain « sudiste ».

  • Pamuk Orhan, ‘Le Livre Noir’.

    Sortie : 1990, Chez : . Le somptueux récit de Galip à la recherche de sa femme partie retrouver son demi-frère, chroniqueur célèbre. 700 pages denses et intenses, où l’histoire ottomane s’entrechoque avec l’actualité turque. Tout se passe dans la nuit d’Istanbul et le froid des hivers neigeux. C’est foisonnant comme le bazar de la vieille ville. C’est une histoire d’amour, une quête d’admiration et une ode à l’écriture comme unique consolation devant le temps qui passe et les êtres chers qui disparaissent. Un ouvrage superbe du récent prix Nobel turque de littérature.

  • DJIAN Philippe, ‘Impuretés’.

    Sortie : 2005, Chez : . Les déambulations d’un gamin cerné par trop de richesse, de drogue, de morts et de fuite. Djian décrit avec brio les enfants de la génération de bourgeois soixante-huitards. Ils n’ont retenu de leurs parents que le mauvais exemple de la facilité, de l’apparence et de la poudre. Ils s’en sortiront moins bien. Le style cynique et hyper-réaliste de l’auteur fait merveille pour décrire un tel milieu en pleine décrépitude.

  • Mimouni Rachid, ‘Le Fleuve détourné’.

    Sortie : 2000, Chez : . Le roman amer d’un combattant de l’indépendance de retour en Algérie. Il découvre la faillite de ses idéaux et de son pays. Tout le monde l’avait cru mort, il recherche sa femme et son fils. La première a compromis pour sauver le second qui sombre dans le désespoir d’une adolescence pleine de rage.

  • Ellis Bret Easton, ‘Moins que zéro’.

    Sortie : 1985, Chez : . On a crié au génie quand ce premier roman d’un jeune auteur américain a été publié. Il ne faut tout de même rien exagérer ! Des phrases de trois mots, des dialogues d’onomatopées, pas d’histoire, bref, un grand vide pour narrer la vie ordinaire d’une jeunesse friquée de Los Angeles, qui dénomme ses doberman de compagnie Hanoi et Saigon et dont le seul souci est le nombre de rails de cocaïne qu’elle s’enfile en une heure ou le modèle de Porsche qu’elle demandera à ses parents pour son petit Noël. Sans parler de dérives sexuelles plus sordides. Le monde abordé est fort peu intéressant, l’absence de style littéraire n’arrange pas les choses.

  • Ellis Bret Easton, ‘Les lois de l’attraction’.

    Sortie : 1987, Chez : . Sur la même veine que « Moins que zéro », on suit ici les déambulations d’un groupe d’étudiants sur un campus de la cote Est. Cocktail de cocaïne, de fainéantise et de coucheries. Cela donne très envie de faire ses études aux Etats-Unis dans les 80’s !

  • Giesbert Franz-Olivier, ‘Le viel homme et la mort’.

    Sortie : 1996, Chez : . Les derniers jours de François Mitterrand, rongé par son cancer, racontés par l’un de ses fils spirituels, fasciné par le personnage. Alors que la vie s’essouffle, le vieil homme continue à proférer coups bas et analyses brillantes, continuellement tourné vers l’Histoire de France dans laquelle il désespère de laisser une trace.

  • McGuane Thomas, ‘Rien que du ciel bleu’.

    Sortie : , Chez : . L’histoire d’un ancien hippie du Montana reconverti, sans joie, dans les affaires. Sa femme et sa fille vont « planter leurs choux ailleurs » et du coup il perd le moral et son sens du business, passant ses journées à la pêche. Ses deux femmes qui continuent de l’aimer le remettront dans le droit chemin. C’est raconté avec humour et « le détachement lucide de l’authentique désespoir ». Un genre Philippe Djian des grands espaces des montagnes rocheuses. Distrayant.

  • Boyle T.C., ‘Water Music’.

    Sortie : 1980, Chez : . 700 pages foisonnantes et délirantes sur un XVIII° siècle finissant, éclaté entre une Afrique en putréfaction explorée par un écossais candide et volontaire, et un Royaume-Uni où seule la rage permet de survivre. La violence de ces deux mondes est décrite avec profusion et cynisme. Cette violence implacable est élevée au rang de mode de fonctionnement, elle inspire merveilleusement Boyle dont la vision romanesque éblouissante nous emmène au bout de ces aventures humaines entrecroisées. La fiction est haletante, le style flamboyant, et le tout repose sur une reconstitution historique définitivement crédible. Un grand roman !

  • Wolfe Tom, ‘L’Etoffe des héros’.

    Sortie : 1979, Chez : . L’histoire passionnante de la conquête de l’espace dans l’Amérique des années Kennedy : le mythique Chuck Yeager qui passe le mur du son dans son X1 au-dessus du désert de Californie à l’héroïque John Glenn qui se promène en orbite dans une capsule Mercury. C’est l’Amérique conquérante et naïve, alors que tout était encore possible, racontée par un Tom Wolfe au style haletant, précis et ironique. Une tranche de vie à jamais révolue alors que le cynisme et le business ont maintenant recouvert notre planète d’un voile sombre et efficace.

  • AUSTER Paul, ‘Mr Vertigo’.

    Sortie : 1994, Chez : .

    Quelle verve ce Paul Auster ! Il nous emmène cette fois-ci au cœur de l’Amérique de la Grande dépression de 1929 au travers les yeux d’un gamin doué du pouvoir de lévitation, à qui un Maître enseigne son art et les choses de la vie. C’est aussi une occasion de traverser l’Amérique profonde avec deux personnages attachants à la poursuite de reconnaissance. Après un périple de 50 années, notre héros qui ne lévite plus depuis bien longtemps, revient à la maison de son éducation. On a vécu avec lui la fin tragique du Maître, ses aventures, sa vengeance et sa fidélité. Et finalement, le besoin du retour au bercail après tant de tumultes. Un grand roman, souple et brillant, où l’héroïsme s’affronte avec l’ordinaire et où la composition des personnages est miraculeuse.

  • Pessoa Fernando, ‘Lettres à la fiancée’.

    Sortie : , Chez : . Les lettres du grand poète portugais du Livre de l’Intranquillité à la seule femme qu’on lui ait connu dans sa vie. Il écrivait à sa fiancée notamment que « Les lettres sont des signes de séparation… Les lettres sont pour les gens à qui nous n’avons plus envie de parler. » Rien de bouleversant dans ces textes, une idylle épistolaire sur deux périodes de douze mois, séparées de dix années, qui montre que Pessoa, tel le goéland dans les cieux, était plus à l’aise dans les choses de l’esprit qu’avec le bric-à-brac de l’amour.

  • Houellebecq Michel, ‘Extension du Domaine de la Lutte’.

    Sortie : 1994, Chez : . Les chemins de la dépression ordinaire d’un homme solitaire, racontés avec un cynisme politiquement incorrect mais tellement réaliste. On a tous traversé et pensé un jour ce que Houellebecq écrit ici, dépassant les inhibitions habituelles de 2000 ans d’influences judéo-chrétiennes. Un régal d’amertume !

  • Bensaïd et Leloup Catherine et Jean-Yves, ‘Qui aime quand le t’aime ? De l’amour qui souffre à l’amour qui s’offre’.

    Sortie : , Chez : . Une psychiatre et un prêtre philosophe mènent une analyse de concert de la relation amoureuse : de la parabole de la Samaritaine à la métaphore de l’échelle, ils détaillent scrupuleusement et avec évidence le fait amoureux, ses étapes, des dérives, ses illusions, ses quêtes, ses brûlures, ses objectifs, ses transcendances, ses apaisements… Les auteurs déroulent leur raisonnement avec la rigueur impressionnante de ceux qui ont scruté la vie, la simplicité naturelle de ceux qui savent mettre leurs pensées à la portée de lecteurs seulement riches de leurs expériences. On les suit au long de ces lignes qui s’entrechoquent avec nos propres vies et déclenchent de salutaires réflexions et, parfois, avancent des clefs pour essayer d’entrouvrir le voile du mystère.