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  • « Chopin au Jardin – 2025 » au Parc Montsouris (Weronika Chodakowska, piano)

    « Chopin au Jardin – 2025 » au Parc Montsouris (Weronika Chodakowska, piano)

    C’est le dernier concert parisien du festival « Chopin au Jardin – 2025 » qui poursuit sa route cette fois-ci à Varsovie pour le mois de juillet avant de revenir en Franc, nous l’espérons tous, l’année prochaine. La programmation est aujourd’hui moins axée sur la virtuosité des précédents dimanches que sur la douceur et le romantisme. Tellement Chopin ! Weronika excelle dans cet exercice et ses trilles s’envolent dans les tilleuls du parc et le cœur des spectateurs.

    « Chopin au Jardin – 2025 » au Parc Montsouris (Weronika Chodakowska, piano)

    Quelle merveilleuse initiative que ce festival, qui de mieux pour représenter la Pologne que Chopin, ce génie qui a vécu une bonne partie de sa vie à Paris où il est d’ailleurs enterré. Parfois la musique réunit les peuples, aussi !

    Programme

    • Polonaise n° 1 en ut dièse mineur, op. 26
    • Nocturne n° 1 en mi mineur, op. 72 posth.
    • Prélude n° 7 en la majeur, op. 28
    • Prélude n° 15 en ré bémol majeur, op. 28
    • Prélude n° 20 en do mineur, op. 28
    • Valse en mi bémol majeur (Sostenuto), WN 53
    • Ballade n° 2 en fa majeur, op. 38
    • Mazurka n° 1 en si bémol majeur, op. 7
    • Mazurka n° 4 en la mineur, op. 17 Mazurka n° 4 en fa mineur, op. 68

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    Institut polonais de Paris

  • Ayo – 2025/06/25 – Paris L’Olympia

    Ayo – 2025/06/25 – Paris L’Olympia

    Ayo c’est la coolitude totale, et encore plus depuis la crise sanitaire de la covid où elle s’est retrouvée confinée à Tahiti. Elle a aimé les charmes de la Polynésie alors elle y a posé son sac et y vit depuis 2020. Elle fait du surf et a adopté les tatouages tribaux, dont deux bandes noires sur ses omoplates qui apparaissent ce soir au-dessus du décolleté de la longue robe moulante beige qu’elle porte pour ce concert.

    Comme elle le raconte elle a commencé sa carrière il y a vingt ans avec sa guitare dans le métro parisien, en sautant les portillons car elle n’avait pas de sous pour acheter des tickets. Aujourd’hui elle remplit régulièrement l’Olympia, a sorti sept albums studio et continue à séduire avec une musique soul-jazz-reggae aux intonations tropicales et une personnalité attachante.

    Elle est cool Ayo lorsqu’elle entre en scène avec ses deux musiciens (contrebasse et claviers) et son grand et désarmant sourire. Elle démarre le show en frappant un djembé, histoire de rappeler ses origines nigérianes, pour Mami wata. Grande tige, elle ondule sur les rythmes doux et tropicaux et déjà sa voix stylée, un peu fluette dans les aigues, nous envoute de son vibrato délicieux.

    Elle est trop cool Ayo quand elle dédie Beautiful à Nina, une jeune femme de Tahiti dont on comprend qu’elle affronte une maladie mentale et qu’elle nous explique dans son français joyeux que « nous sommes parfaits de nos imperfections, nous sommes beaux », qu’il ne faut pas se laisser pervertir par le show des apparences. Et de nous expliquer qu’elle-même, cédant à une mode africaine, a cherché à faire défriser ses cheveux à force de produits chimiques avant de revenir à une coupe naturelle afro, qu’elle porte en chignon ce soir…

    Elle est coolisisme Ayo quand elle entame Ghandi, une nouvelle chanson sur la paix, et rend hommage au sage indien qui fut raciste à ses débuts lorsqu’il travailla en Afrique du Sud avant de devenir l’homme de paix que tout le monde connaît ! Elle chante cette chanson en s’aidant d’un papier pour se souvenir des mots en précisant qu’à « 44 ans on a plus sa mémoire d’antan… » Et à la fin de cette longue ode à Ghandi, Ayo descend au milieu des spectateurs, en continuant à chanter, pour échanger de long hugs avec certains d’entre eux.

    Un peu trop bavarde, un peu trop naïve, Ayo enchante un public familial et bon enfant. Mais un peu d’innocence ne peut pas faire de mal dans un monde de brutes.

    Warmup : Badie, un auteur-compositeur-interprète français au look rasta qui chante un folk-assuré, en jouant de la guitare et un peu d’électronique.

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    Ayo – 2012/06/13 – Paris le Café de la Danse

  • « Bouquet final ! » par le Chœur et l’Orchestre philharmonique de Radio-France

    « Bouquet final ! » par le Chœur et l’Orchestre philharmonique de Radio-France

    C’est la dernière prestation du chef d’orchestre finlandais Mikko Franck à la tête de l’Orchestre philharmonique de Radio-France dont il assure la direction musicale depuis 2015. Alors il y a de l’émotion ce soir, du brio et une surprise. La présidente de la radio publique vient même prononcer un discours d’adieu avant le concert. Petite faute de goût elle lit celui-ci sur un papier. Pour un discours de trois minutes avec quatre dates à mémoriser on aurait ou s’attendre à un peu plus de naturel de sa part.

    La première partie commence avec un choral de Gustav Holst (1874-1934), compositeur britannique peu connu, puissamment chanté par un chœur de 80 chanteurs. Cette œuvre « Choral Hymns from the Rig Veda » est inspiré par la tradition hindoue et son texte fondateur le Rig Veda. La musique est moderne, inhabituelle, un peu dérangeante, écrite pour mettre en valeur la très belle partie chantée.

    Le concerto pour piano n°5 « L’Egyptien » de Saint-Saëns (1835-1921) est interprété ensuite par Jean-Yves Thibaudet qui entre en scène vêtue d’une veste noire scintillante dont on apprend dans le programme qu’elle a été créée par Viviane Westwood, styliste égérie du mouvement punk-rock dans les années 1970, décédée en 2022. C’est elle notamment qui a habillé les Sex Pistols avec ces fameux T-shirts déchirés, parfois bariolés de croix gammées… Bref, les costumes de cette créatrice sont assez inhabituels dans le milieu de la musique classique.

    Cette tenue flamboyante inspire le soliste qui interprète le concerto avec virtuosité. Ce joyau de la musique française est un enchantement. Le public en redemande et le pianiste revient pour interpréter « Pavane pour une Infante défunte ». De Saint-Saëns à Ravel, la transition est sublime.

    La seconde partie démarre par une pièce non mentionnée au programme. Mikko annonce et accueille une violoncelliste « amie » qui interprète avec l’orchestre « Elégie » de Gabriel Fauré. C’est un sommet d’émotion et de déchirement. La composition et son interprétation brisent le cœur de l’assistance.

    C’est ensuite « Inlandsis » qui est interprété par l’orchestre. Ecrit par Camille Pépin (née en 1990), cette œuvre révèle la jeune compositrice française qui dédie son inspiration à la sauvegarde de la terre et de la nature. Ainsi, « Inlandsis » (terme qui désigne les immenses étendues de glace pouvant atteindre des milliers de mètres d’épaisseur) est inspiré par la fonte préoccupante des glaces. La pièce est à la hauteur de l’enjeu : tragique et glaçante. Avec cette sonorité moderne et ses accents liquides, « Inlandsis » est l’archétype de ce que la puissance du sentiment musical peut évoquer dans l’âme des auditeurs. Une remarquable composition. Camille Pépin est dans la salle, bien sûr, et est appelée sur la scène par Mikko pour partager le triomphe.

    Voir aussi Camille Pépin

    La dernière œuvre est le « Don Juan » de Richard Strauss (1864-1949). Cette composition, plus classique, retrace la vie du séducteur, de la frénésie de sa période conquérante à l’angoisse de sa fin qui approche. Elle est menée tambour battant par un orchestre joyeux qui se surpasse sous la baguette de son chef inspiré.

    Cette belle programmation dans le très agréable auditorium de Radio-France à taille humaine rencontre un triomphe. Mikko Franck est acclamé pour cette soirée et ses dix ans de direction de l’orchestre. Alors qu’il revient sur scène pour la énième fois sous le tonnerre des applaudissements il fait signe aux musiciens de se lever pour partager ceux-ci, ils refusent, restent assis pour eux aussi applaudir le Maître et le laisser ainsi seul au firmament. Bel hommage.

    Le chef finlandais, petite taille, cheveux blonds coupés courts et coiffés en brosse, grosses lunettes, toujours un t-shirt noir sous son smoking, un peu rondouillard, qui dirige le plus souvent assis, va donc aller poursuivre sa carrière sous d’autres cieux tout en revenant certainement à Paris comme chef invité de temps en temps. Il est réputé pour accorder une grande importance au fait de pouvoir se ressourcer dans la nature pour y forger sa créativité. Sans doute les prochains mois lui offriront cette opportunité.

    L’auditorium de Radio-France, une espèce d’igloo de bord de Seine, à taille humaine, va continuer à nous ravir, cette fois-ci sous la baguette du chef néerlandais Jaap van Zweden pour l’Orchestre symphonique de Radio-France. Rappelons que Radio-France entretient un deuxième orchestre : l’Orchestre National de France. Pas sûr que les budgets publics de cette maison lui permettent encore longtemps de maintenir ce luxe…

  • SOLIGNY Jérôme, ‘David Bowie – Rainbow+’.

    SOLIGNY Jérôme, ‘David Bowie – Rainbow+’.

    Sortie : 2024, Chez : GM Editions.

    Jérôme Soligny, journaliste musical, fan français numéro 1 de David Bowie, recycle ici des articles et interviews majoritairement publiés dans Rock & Folk dont il fut l’une des plumes de talent. Rainbow+ est la suite de deux volumes « Rainbowman » parus en 2019 et 2020. Il a par ailleurs publié des poèmes et des romans. Il a aussi écrit de la musique et sorti quelques disques.

    Ce livre est destiné exclusivement aux fans-spécialistes de Bowie qui n’apprennent pas grand-chose à sa lecture mais qui se font toujours plaisir en revenant sur la carrière, la personnalité et les pensées de l’artiste britannique décédé en 2016 qui a marqué son époque.

    Le seul problème après avoir fermé la dernière page est qu’il faut maintenant se précipiter pour acquérir les deux premiers volumes « Rainbowman » qui couvrent les périodes 1967-1980 et 1983-2016.

  • Sémantique guerrière, toujours

    Sémantique guerrière, toujours

    On ne dit plus une guerre « préventive » mais on parle maintenant de guerre « préemptive ». Là on touche vraiment à la querelle de mots pour noyer le gogo.

    Dans les deux cas il s’agit de lancer une guerre pour éviter un évènement qui ne s’est pas encore produit et dont on veut justement éviter qu’il ne se produise. Le « préemptif » concerne surtout le champ juridique ou fiscal. Lors d’une transaction immobilière par exemple l’Etat peut « préempter » le bien vendu et se substituer à l’acheteur dans certaines conditions.

    Lorsqu’il s’agit de guerre, la logique suivie est d’attaquer le premier pour éviter d’être attaqué soi-même. D’après les « spécialistes » de plateaux télévisés il semble que si l’attaque redoutée est vraiment imminente et documentée le droit international serait plus conciliant avec l’attaque « préemptive » que la guerre « préventive » qui est, elle, se réfèrerait à une menace plus générale et moins précise.

    Dans tous les cas on se fait plaisir en jouant sur les mots dans les enceintes médiatiques. Dans les deux cas on lance une guerre le premier, on plonge dans l’incertitude et advienne que pourra ! Les exemples récents de guerres « préventives » ou « préemptives » menées par l’Occident n’ont pas été couronnées de succès et l’après-guerre a réservé de très mauvaises surprises.

  • « Chopin au Jardin – 2025 » au Parc Montsouris (Mateusz Dubiel, piano)

    « Chopin au Jardin – 2025 » au Parc Montsouris (Mateusz Dubiel, piano)

    21 ans, filiforme, cheveux noirs bouclés, des chaussures noires vernies qui brillent sous le soleil du Parc Montsouris, Mateusz Dubiel a interprété Chopin ce soir avec toute la fougue de ses jeunes années. Il est déjà lauréat de moulte concours internationaux, dont deux fois le concours Frédéric Chopin à Varsovie. Le programme était plus enlevé que celui de dimanche dernier aux nuances plus romantiques.

    « Chopin au Jardin – 2025 » au Parc Montsouris (Mateusz Dubiel, piano)

    Mais quel bonheur d’entendre ces kyrielles de notes qui s’échappent du piano à queue comme une pluie de diamants, quelle fascination de suivre les doigts du pianiste qui remontent et descendent le clavier avec une stupéfiante dextérité, fruit d’années de travail. Un compositeur de génie, lui-même pianiste virtuose, interprété par un jeune artiste né 200 ans après son maître. Bravo et longue carrière à Mateusz ! Merci Chopin !!

    Programme

    • Grande valse brillante en la bémol majeur, op. 34 n° 1
    • Nocturne n° 2 en mi bémol majeur, op. 55
    • Quatre mazurkas, op. 41
      • n° 1 en do dièse mineur
      • n° 2 en mi mineur
      • n° 3 en si majeur
      • n° 4 en la bémol majeur
    • Scherzo n° 4 en mi majeur, op. 54
    • Étude n° 11 en la mineur, op. 25
    • Berceuse en ré bémol majeur, op.57
    • Polonaise-Fantaisie en la bémol majeur op. 61

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  • Le Hamas et ses affidés sont toujours là !

    Le Hamas et ses affidés sont toujours là !

    Alors que la guerre entre Israël et le Hamas qui gouverne la bande de Gaza, continue de faire rage, ce dernier est toujours actif malgré la lutte à mort engagée par Tel Aviv dont l’un des objectifs de guerre est la « destruction du Hamas ». Ces derniers jours des soldats israéliens sont encore morts au combat, des roquettes étaient encore tirées depuis Gaza contre Israël le jour « anniversaire » de l’attaque du 7 octobre 2023 et, surtout, les otages israéliens sont toujours détenus dans les fameux tunnels creusés depuis des années par les forces du Hamas sous le territoire de la bande de Gaza sans que l’armée israélienne pourtant présente sur le terrain n’arrivent à les localiser et encore moins à les libérer.

    Certes le Hamas est sans doute considérablement affaibli au niveau militaire mais ses dirigeants sont remplacés les uns après les autres au fur et à mesure de leur élimination par Israël et l’idéologie du Hamas semble survivre à tout ce chaos. Malgré toute sa force brute et sa technologie de pointe Israël n’arrive pas pour le moment à vaincre cette idéologie. Et d’ailleurs, encore aujourd’hui, les Etats-Unis et Israël négocient avec… le Hamas pour obtenir la libération des otages détenus par celui-ci lui reconnaissant une certaine légitimité.

    Depuis le déclenchement de la guerre de Gaza au lendemain de l’attaque contre Israël des mouvements palestiniens terroristes en octobre 2023 qui a causé la mort de plus 1 200 israéliens, souvent dans des conditions effroyables, les forces armées israéliennes ont considérablement détruit les bâtiments et infrastructures de Gaza, éliminés sans doute une bonne partie des forces palestiniennes mais au prix de dizaines de milliers de morts gazaouis, de déplacements de populations civiles importants et de l’émergence d’une crise humanitaire sans précédent sur ce territoire minuscule sous blocus israélien et égyptien depuis des années.

    En tentant de faire abstraction de considérations morales on peut se demander si la politique israélienne actuelle envers Gaza (et la Cisjordanie) est efficace, en d’autres termes, met-elle fin à la menace palestinienne contre Israël ? La réponse est probablement négative. Elle ne fait que repousser le problème à plus tard. L’affaiblissement du Hamas n’implique pas son élimination et même si celle-ci était effective, les idées qu’il porte pourront aisément se réincarner sous une autre forme mais ne semble pas en voie de disparaître. L’ampleur des destructions constatées à Gaza et les violences silencieuses en cours dans les colonies de Cisjordanie ne devraient pas affaiblir les revendications palestiniennes.

    Les Etats-Unis proposent « d’évacuer » sans espoir de retour le peuple gazaoui (2 millions de personnes tout de même) et de transformer la bande de Gaza en « riviera méditerranéenne ». Les ministres israéliens religieux extrémistes veulent eux-aussi un « transfert définitif » des palestiniens vers un « Etat musulman » pour recoloniser Gaza. Pour le moment il y a assez peu de pays arabes qui se soient montrés volontaires pour accueillir cette population, c’est le moins que l’on puisse dire…

    La France et quelques pays raisonnables continuent à promouvoir la solution des Nations-Unies prévoyant de créer un Etat palestinien à côté de celui d’Israël. La faisabilité d’une telle restructuration s’éloigne de jour en jour tant que parlent les armes.

    On ne sait pas ce qu’Israël et la communauté internationale compte faire de cette bande de gaza dans les mois à venir. Il n’y reste plus grand-chose à détruire mais plus de 2 millions de personnes à nourrir. Il est des problèmes pour lesquels il faut se résoudre à ce qu’il n’y ait pas de solution, ni à court ni à moyen terme. Après tout ce conflit dure militairement depuis 1948, et religieusement depuis 4000 ans, depuis que « le peuple élu » est sorti d’Egypte pour traverser la Mer Rouge derrière les bras tendus de Moïse qui séparaient les eaux de la mer.

    La loi du plus fort va continuer de prévaloir au moins pour quelques générations mais sur la durée, la force peut aussi changer de camp, un jour, c’est l’inconvénient des conflits non résolus politiquement.

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  • Sémantique guerrière

    Sémantique guerrière

    On ne dit plus « mener une attaque militaire contre un pays tiers en violation du droit international » mais on assène « mener une guerre existentielle ». C’est grosso-modo le même concept mais la deuxième formulation est moins culpabilisante pour l’attaquant.

  • Massive Attack – 2025/06/09 – Paris Le Zénith

    Massive Attack – 2025/06/09 – Paris Le Zénith

    On ne se lassera jamais des concerts de Massive Attack qui provoquent toujours un embrasement de tous nos sens, mais il va falloir commencer à faire évoluer le format et renouveler la musique. Le groupe trip-hop semble un peu négliger la nouveauté et se transforme progressivement en groupe politique, privilégiant ses engagements à la musique, ou transformant celle-là en véhicule de celle-ci. Leur dernier CD, Heligoland, date de 2010, quelques rares EP sont venus meubler le vide depuis, le site web est inaccessible, leurs pages Facebook et Instagram sont converties en organes de soutien à la cause propalestinienne et de lutte pour la transition écologique. Toutes ces convictions du groupe ne sont pas vraiment inédites mais seraient d’autant mieux défendues avec une inspiration musicale renouvelée.

    Qu’importe, laissons à ces sombres créateurs la sélection de leurs choix artistiques et politiques. Leurs shows restent un brasier sur lequel s’enflamment nos sens depuis des années, même sur une musique et des mots que nous connaissons par cœur. Leurs messages politiques, eux, évoluent au gré des tristes évènements qui agitent notre monde. Cette année ils sont tournés contre les effets nauséabonds des outils numériques utilisés pour contrôler les individus et, bien sûr, vers l’insoluble et mortifère conflit au Proche-Orient.

    C’est d’ailleurs un groupe palestinien qui assure la première partie : 47SOUL ; un trio composé d’un guitariste, un claviériste (sur un instrument petit modèle), un batteur jouant sur un kit électronique. Mi-rap mi-rock, le groupe chauffe la salle plus que correctement !

    Le show des Massive Attack débute ensuite sur un mode classique après que les écrans ont fait défiler un déluge de fakenews qui dégoulinent sur l’immense écran en courtes lignes comme les annonces des avions dans un hall d’aéroport, dénonçant ainsi l’insondable océan de cochonneries dans lequel se noient les gogos avec délices. Elles sont sans doute en partie prélevées sur les réseaux dits « sociaux » mais aussi « créées » pour l’occasion pour illustrer l’absurdité de ce monde de la connaissance qui allie la réflexion la plus élaborée avec la bêtise la plus crasse.

    Défilent également des slogans de circonstances : Am I real? Can I know? Do I matter? Can I feel? Is choice real? certains en français : Puis-je craindre l’inexistence ? Tous un peu simplistes.

    Alors que les musiciens s’installent la vidéo d’intro montre et commente un singe à qui la société Neuralink (détenue et dirigée par Elon Musk) a greffé deux puces dans le cerveau, connectées à un ordinateur. En manipulant un joystick le singe accède à un smoothie à la banane. Son activité neuronale est alors enregistrée, décodée, puis l’ordinateur est débranché et le code est diffusé sans fil vers les puces Neuralink du singe qui continue à actionner le joystick comme si l’ordre venait toujours de l’ordinateur, laissant imaginer sans trop de difficultés ce que pourrait donner cette technologie si elle aboutissait dans des mains malveillantes…

    Deux batteries, un claviériste épisodique, le bassiste d’anthologie, deux guitaristes qui remplacent feu Angelo Bruschini, 3D (Robert del Naja) et Daddy G (Grant Marshall), les deux chanteurs-compositeurs historiques du groupe, Horace Andy le rasta au grand cœur et, en appui, Elisabeth Fraser et Deborah Miller pour les morceaux à composantes féminies. 3D porte un t-shirt siglé PRESS sous sa veste noire avec son habituel brassard au bras gauche. Daddy G, longiligne, dégingandé sous son blouson de cuir noir, affiche une démarche chaloupée. Horace, 74 ans, intégralement vêtu de cuir noir, ses dreadlocks gris dégoulinant sur les épaules et une croix autour du cou, toujours chéri par le public, est acclamé sur Angel.

    Le concert démarre (et se clot), sur In My Mind, une reprise du DJ italien Gigi D’Agostino dont il n’est joué ici que le premier couplet chanté par 3D avec une voix traitée qui la fait ressembler à celle d’un petit chanteur à la croix de bois…

    And in my mind, in my head
    This is where we all came from
    The dreams we have, the love we share
    This is what we’re waiting for
    In my mind, in my head

    In My Mind (Gigi D’Agostino)

    S’en suivent Risingson et un concert qui est grosso-modo le même que celui que nous avons eu l’été dernier au festival Rock en Seine 2024. A défaut de surprises, la musique urbaine des Massive Attack reste fascinante et ténébreuse. C’est le son de l’underground, le rythme halluciné de la ville et la noirceur des temps de ce XXIe siècle qui voit monter les angoisses, revenir les peurs et enfler les périls.

    Les mots prêtent à toutes interprétations, les écrans flashent de lumières aveuglantes, des vidéos guerrières dénoncent les violences. Sur Black Milk les écrans montrent les rues de Gaza, les champs de bataille ukrainiens, des chaînes d’usines d’armement… La « célèbre » séquence où l’on voit Yahya Sinouar cheminer avec des enfants dans les tunnels de Gaza est acclamée, l’apparition de Netanyahou sur les écrans est sifflée, celle de Staline laisse froid… et la musique obsédante continue à marteler les esprits, sans répit ni espoir et à déverser son métal en fusion sur nos âmes.

    Rockwrock, reprise d’Ultravox est un déchaînement de pur rock. Mais les Massive Attack savent aussi revenir vers une mélancolique douceur avec la simplicité instrumentale et la voix sublime d’Elisabeth Fraser (ex-Cocteau Twins) sur Teardrop et ses mots d’amour dont on ne sait pas s’ils sont rêve, désir ou cauchemar.

    Love, love is a verb
    Love is a doing word
    Feathers on my breath
    Gentle impulsion
    Shakes me, makes me lighter
    Feathers on my breath

    Teardrop on the fire
    Feathers on my breath

    Night, night of matter
    Black flowers blossom
    Feathers on my breath
    Black flowers blossom
    Feathers on my breath

    Teardrop on the fire…

    Teardrop

    Sur Karmacoma, 3D et Daddy G se passent la parole, leurs voix surnagent dans le beat de bass et de la double batterie, leurs silhouettes se dessinent en contre-jour sur un éclairage tournoyant d’un blanc des plus froids. L’audience est muette de plaisir ou inquiétée par le tempo lent et sauvage. Et c’est avec ce désormais classique du trip-hop qu’ils nous emmènent vers un In My Mind, susurré dans les vocodeurs qui termine le concert. Il n’y aura pas de rappel, les musiciens applaudissent le public et se retirent discrètement laissant les spectateurs abasourdis.

    La fin d’un concert de Massive Attack c’est comme refermer la dernière page de La Route de McCarty, nous savons maintenant que nous ne nous en sortirons pas !

    Setlist

    In My Mind (Gigi D’Agostino cover)/ Risingson/ Girl I Love You (with Horace Andy)/ Black Milk (with Elizabeth Fraser)/ Take It There/ Future Proof/ Song to the Siren (Tim Buckley cover) (with Elizabeth Fraser)/ Inertia Creeps/ Rockwrok (Ultravox cover)/ Angel (with Horace Andy)/ Safe From Harm (with Deborah Miller)/ Unfinished Sympathy (with Deborah Miller)/ Karmacoma/ Teardrop (with Elizabeth Fraser)/ Levels (Avicii cover)/ Group Four (with Elizabeth Fraser)/ In My Mind (Gigi D’Agostino cover)

    Warmup : 47Soul

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  • SCHULMANN Florence, ‘L’oiseau de Bergen-Belsen’.

    SCHULMANN Florence, ‘L’oiseau de Bergen-Belsen’.

    Sortie : 2025, Chez : Grasset.

    Florence Schulmann est née le 24 mars 1945 dans le camp de concentration de Bergen-Belsen où sa mère avait été déportée, enceinte. La famille Schulmann est originaire de Brzeziny, près de Lodz en Pologne. De confession juive elle été largement massacrée durant la IIe guerre mondiale et peu de ses membres ont survécu à l’extermination. Son jeune frère Yaakov a été arraché des bras de sa mère par un soldat nazi alors qu’ils étaient encore dans le ghetto de Brzeziny. Personne n’eut plus jamais de nouvelles de cet enfant, même le lieu de son assassinat reste ignoré. Il avait trois mois. Son père a été déporté au camp d’Auschwitz. De façon un peu miraculeuse, Florence et ses deux parents ont pu revenir vivants en France après la guerre. Vivants mais pas indemnes bien sûr.

    Comme dans beaucoup de familles de rescapés de la Shoah, les parents Schulmann restent muets devant leur fille, désormais unique, sur les épreuves qu’ils ont traversées et auxquelles elle a participé « involontairement ». Sur son passeport était écrit qu’elle était née à « Bergen-Belsen », autour d’elle, enfant, elle disait qu’elle était de « Bergen »… en Norvège. Elle percevait la souffrance de ses parents et respectait leur besoin de silence. Ce n’est que sur son lit de mort en 1996 que sa mère lui a narré leur vraie histoire.

    Elle avait déjà entrepris une plongée dans la mémoire juive de cette époque, voyagé en Israël à 17 ans, visité Yad Vashem. Elle raconte la stupeur du douanier de l’aéroport Ben Gourion lorsqu’il découvre son lieu de naissance sur son passeport. Grâce au récit de sa mère et à ses propres recherches elle a reconstitué la vie de ses parents et leur longue descente aux enfers concentrationnaires du ghetto de Brzeziny à celui de Lodz, puis Auschwitz, puis Bergen-Belsen où sa mère fait tout pour cacher sa grossesse de peur d’être assassinée par les Nazis qui ne voulaient pas s’embarrasser de nonourrissons, puis sa naissance au milieu du charnier quelques semaines avant la libération du camp par les troupes britanniques. Des années après, lors d’une cérémonie commémorative, elle rencontre un des officiers britanniques qui a libéré le camp, apprenant qui elle était il la prit dans ses bras et la « souleva de terre ».

    Toute son enfance elle fait face au silence de ses parents, ne comprenant pas le douloureux dialogue, murmuré par eux, qui s’échappait la nuit de leur chambre alors que toujours et toujours ils revenaient vers l’enfer de cette barbarie, à Yaakov (dont elle n’apprit l’existence qu’à 7 ans), mais en préservait Florence qu’ils choyaient la journée.

    Alors quand sa fille Karine est née, les parents de Florence l’ont accueillie dans un torrent d’émotion. Malgré tout, la vie reprenait… Et, plus tard, Karine eut trois enfants en Israël où elle réside et il est sans doute plus facile de vivre, voire de partager, un tel fardeau mémoriel.

    Toute sa vie Florence a suivi le long chemin pour aboutir à ce livre émouvant qu’elle a finalement écrit à 80 ans. Après des rencontres en Israël avec d’anciens déportés, des visites à Bergen-Belsen, des recherches à Yad Vashem, au Mémorial de la Shoah, des dialogues avec des historiens, des partages avec des familles touchées par la Shoah, l’alya de sa fille Karine et, tout simplement, le temps passé, elle a rédigé cet ouvrage avec la journaliste Géraldine Meignan qui l’a aidée à « clarifier et traduire des émotions longtemps restées sous silence ».

    Le prénom juif de Florence donné par sa mère était « Feiga » qui veut dire oiseau en yiddish. Après une vie de recherches et de réflexions sur l’impact de la barbarie européenne du XXe siècle sur sa vie, « l’oiseau » s’est lancé du nid pour laisser une trace derrière lui.

    Il lui aura fallu 80 ans pour murir ce projet. Ce livre est un cri, celui d’une femme qui a approché le pire sans vraiment le vivre directement, mais qui sa vie durant eut à porter le poids mortifère du souvenir de cette terrible histoire. Elle a décidé de rompre le silence et d’écrire pour sa communauté, pour sa famille, pour ses parents, pour sa fille et ses petits-enfants et, certainement, pour elle et son mari. Elle a bien fait !

  • « Chopin au Jardin – 2025 » au Parc Montsouris (Kamila Sacharzewska, piano)

    « Chopin au Jardin – 2025 » au Parc Montsouris (Kamila Sacharzewska, piano)

    La jeune pianiste polonaise Kamila Sacharzewska a ébloui le parc Montsouris pour le deuxième concert du festival « Chopin au Jardin » de cette année 2025. D’une radieuse jeunesse (elle est née en 2001) et d’un talent affirmé elle a interprété son programme à la perfection. Habillée d’une robe longue bleue nuit sur laquelle se déroulent ses longs cheveux châtain-clair, un fin bracelet d’or au poignet gauche, elle s’assoit devant son piano à 17h précises après une courte présentation du festival par la représentante de l’Institut polonais de Paris.

    Elle marque une dizaine de secondes de méditation silencieuse avant chaque pièce, le visage fermé tourné vers le clavier blanc et noir. On se demande où la mènent ces instants solitaires, peut-être demande-t-elle la force à Chopin ? Ou alors se récite-t-elle en accéléré les partitions qu’elle n’a pas sur son piano, tout sa prestation est bien entendu servie par cœur ? Kamila joue et vit sa musique avec son âme. Ses yeux bleus fermés elle affiche l’amorce d’un sourire sur les moments romantiques (la Valse brillante), dure et crispée sur les pièces plus énergiques (les Mazurkas) elle joue merveilleusement les compositions éternelles de son compatriote Frédéric Chopin. L’inspiration sans limite du compositeur polonais interprétée avec la grâce et le brio de cette jeune artiste de 24 ans suffisent à remplir de bonheur les spectateurs du Parc Montsouris.

    Programme

    • Grande valse brillante en mi bémol majeur, op. 18
    • Polonaise en fa dièse mineur, op.44
    • Quatre mazurkas, op. 24
      • n°1 en sol mineur
      • n°2 en ut majeur
      • n°3 en la bémol majeur
      • n°4 en si bémol mineur
    • Sonate pour piano n°2 en si bémol mineur, op. 35
    • Polonaise en la bémol majeur, op. 53 (Héroïque)

    Cette année le rose est la couleur choisie par le festival pour illustrer le programme et les affiches. Oui, définitivement oui, avec l’œuvre gigantesque de Chopin et des interprètes de cet acabit, on peut voir la vie en rose.

    Les grilles du parc sont décorées d’un parcours photographique retraçant la vie d’une autre héroïne polonaise : Maria Sktodowska Curie. Deux promenades seront organisées dans Paris sur les traces de Chopin le 15 juin et de Marie Curie le 22. Elles se termineront toutes deux devant le kiosque du parc Montsouris juste pour le démarrage du concert du dimanche.

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    Institut polonais de Paris

  • « Eugène Boudin le père de l’impressionnisme » : une collection particulière » au musée Marmottan

    « Eugène Boudin le père de l’impressionnisme » : une collection particulière » au musée Marmottan

    Eugène Boudin (1824-1898) est natif de Honfleur, c’est dire s’il fut baigné dans la splendeur des couleurs normandes qu’il sut si magnifiquement restituer dans ses tableaux. Inspirateur de Clause Monet (1840-1924) de vingt ans son cadet, le musée Marmottan-Monet présente très à-propos 80 œuvres de l’artiste réparties en 8 sections faisant chacune référence à une localisation géographique où Boudin frotta son talent.

    La côte Ouest est privilégiée par le peintre qui rendit ses lumières de façon unique. Des scènes de plage sur des plages paresseuses sous un ciel bleu cru seulement moucheté de quelques nuages, aux atmosphères plus inquiétantes des gris-verts d’une marée basse avec au loin une mer formée et moutonneuse, on reste définitivement en extase devant l’œil du peintre et sa maîtrise des couleurs, d’autant plus que l’on apprend qu’il ne restait que quelques jours sur site, le temps de croquer des esquisses, et que le tableau était ensuite finalisé en atelier selon sa mémoire chromatique.

    Eugène Boudin (Trouville)

    Marié à une Bretonne des Côtes d’Armor, il fit aussi de fréquents séjours en Bretagne d’où il rapporta de belles marines mais aussi de la vie paysanne locale qui l’intéressa. Il visita et peint également dans le Sud, Venise, Bordeaux, aux Pays-Bas. L’exposition Marmottan nous permet de suivre ces pérégrinations artistiques avec un grand bonheur.

    Eugène Boudin (Baie de Saint-Brieuc)

    La vogue des bains de mer lancée sous Napoléon III lui fait fréquenter Deauville où il acquiert une maison où il vivra jusqu’à son décès en 1898. Il rencontra un grand succès à partir des années 1870, participa à la première exposition des peintres impressionnistes en 1874 et fut qualifié de « père de l’impressionnisme ».

    Après un premier malaise subit à Paris en 1898 il se fit transporter à Deauville. Il voulait mourir face à cette mer à laquelle il avait consacré la majorité de son inspiration et de son œuvre. Son vœu fut exaucé.

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    https://rehve2.fr/2013/05/exposition-boudin-au-musee-jacquemart-andre/

  • Dans les allées arborées du XVIe arrondissement parisien

    Dans les allées arborées du XVIe arrondissement parisien

    Avenue Raphaël, séparée de la Muette par un agréable parc ombragé, les hôtels particuliers d’ambassades de pays improbables (République islamique d’Afghanistan, République du Surinam…) succèdent aux immeubles cossus de la bourgeoisie parisienne. Tous les bâtiments sont en retrait par rapport à la rue dont ils sont séparés par de larges trottoirs végétalisés sur lesquels cohabitent des rubans bitumés, l’un dédié aux « mobilités douces », l’autre aux piétons. Tout le monde a largement la place de circuler.

    Les bonnes philippines surveillent des enfants blondinets qui s’amusent sur les équipements urbains de jeux installés dans la verdure. Des jeunes filles font leur jogging en baskets Dior avant de rejoindre leurs amis pour un brunch avenue Mozart. Les arbres étendent leurs branches centenaires sur l’ensemble, lui donnant un caractère éternel et apaisé.

    Des immeubles modernes cassent un peu le style haussmannien qui reste majoritaire. Non seulement le trottoir est immense, mais les bâtiments ont aussi leurs propres espaces verts derrière des grilles en fer forgé. Tous, les anciens comme le plus récents, présentent une entrée de service sur le côté pour les fournisseurs ou le personnel de maison. Alors que les halls principaux d’entrée sont vastes et lumineux, généralement revêtus de marbre, les entrées de service sont étroites et modestes, donnant probablement sur des escaliers dédiés, eux-aussi « de service ».

    Les traditions perdurent : dans les immeubles haussmanniens comme dans ceux construits il y a 20 ans, on prend soin de ne pas mélanger les torchons et les serviettes.

  • Des hommes et des bijoux

    Des hommes et des bijoux

    Dans les dîners en ville et sur les plateaux médiatiques de plus en plus d’hommes affichent des bracelets multicolores et multiples à un ou deux poignets, généralement en tissu ou en cuir. Ici, un candidat conservateur à l’élection présidentielle de 2027, Edouard Philippe, porte de tels bracelets à son bras droit, avec même l’un d’entre eux qui a glissé dans son poignet de chemise. Ce politicien encore relativement jeune, 54 ans, cède à cette nouvelle mode masculine, peut-être par conviction, sans doute pour séduire une clientèle électorale. A moins que ce ne soit à la demande de son épouse et de ses enfants ?

    Lorsque l’occasion s’est présentée il nous est arrivé de demander aux intéressés si ces nouveaux bijoux avaient une signification particulière. La réponse est généralement vague faisant juste référence à l’esthétique. Dans des temps anciens des hommes portaient des gourmettes, plus lourdes et précieuses. La mode change, et cette nouvelle tendance a au moins le mérite d’être moins clinquante.

  • GREENE Graham, ‘Le rocher de Brighton’.

    GREENE Graham, ‘Le rocher de Brighton’.

    Sortie : 1947, Chez : Robert Laffont (Le Livre de Poche n°661/662)

    C’est un roman policier complexe se déroulant sur la côte de Brighton, le Deauville de Londres, qu’a écrit Graham Green (1904-1991) en 1947. Une histoire de gangs qui rackettent la ville pour mener leurs petites affaires qui passent par des meurtres en tant que de besoin. Le personnage principal, dit « le gamin », dirige l’un de ces gangs en perte de vitesse. Il a 17 ans et est épris d’une sorte d’absolu, de recherche de pureté malgré son mode de vie.

    Ses « affaires » le conduisent à croiser la route d’une femme, encore plus jeune que lui, qui tombe follement amoureuse de ce dur qu’elle croit capable de lui offrir le bonheur et de la sortir du milieu sordide auquel elle appartient. Le « gamin », encore vierge, consomme physiquement ce mariage avec dégoût. Devant les trahisons des siens et des batailles perdues contre une autre bande de voyous, le péché de chair qu’il a commis à l’occasion de ce mariage incongru, il pense que seule la mort peut l’amener à rédemption. D’autant plus qu’il est poursuivi et harcelé par une tierce personne, éprise de justice, qui cherche à percer sa culpabilité. Il persuade Rose d’un suicide commun sur une falaise de Brighton. Cela ne se termine pas tout à fait comme prévu mais la morale est à peu près sauvegardée.

    Ce roman policier mêle les sujets favoris de Greene, le bien et le mal, sous l’ombre du catholicisme. Pas sûr que dans la vraie vie les gangsters soient autant épris de rédemption que « le gamin »…

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  • Un jour de tristesse pour l’intelligence

    Un jour de tristesse pour l’intelligence

    A l’occasion de la victoire d’un club de fouteballe français dans une compétition internationale la France a fêté l’évènement comme l’armistice de la guerre de 1914-1918 : déchaînement de joie par des centaines de milliers de supporters dans de nombreuses villes, descente des Champs-Elysées par les héros de la baballe reçus ensuite à l’Elysée sous les ors de la République, émissions spéciales des chaînes de télévision des heures durant, des millions de téléspectateurs abimés devant leurs écrans, bref, la France entière s’est mise entre parenthèses, plus rien n’a existé durant trois jours. Oubliée le retour de l’âge légal de la retraite à 60 ans, envolés les déficits abyssaux des finances publiques, passé sous silence l’endettement colossal du pays nécessaire pour financer son fonctionnement ou la guerre d’Ukraine faisant rage pas si loin de Paris, discussions enflammées dans les dîners en ville… le fouteballe était le centre du monde de la vie des Français pour cette courte période.

    Des dizaines de milliers de maillots aux couleurs de l’équipe française ont été vendus à 149,99 EUR l’unité.

    Boutique du PSG (05/2025)

    Des hectolitres de bières ont été ingérés, des milliers de supporters se sont payé le déplacement en Allemagne où se déroulait la compétition, tous ont braillé, hurlé, éructé à la gloire de leurs fouteballeurs sous une tour Eiffel illuminée aux couleurs de l’équipe gagnante.

    Et bien entendu, des délinquants ont profité de cette liesse populaire pour saccager tout ce qu’ils pouvaient. Le bilan de deux nuits d’émeute est édifiant : deux morts, des dizaines de policiers blessés, du mobilier urbain et des voitures incendiées, des magasins pillés, des rues dévastées, des centaines d’arrestations d’émeutiers. Comme c’est devenu la règle dans ces émeutes urbaines quelques drapeaux algériens et palestiniens sont venus apporter un peu de couleurs à l’ensemble.

    Cette compétition a une nouvelle fois démontré combien le fouteballe déclenche un consternant abrutissement des populations. Les neurones des citoyens se déconnectent dès que le ballon rond roule sur le gazon entre les mollets musclés et tatoués de joueurs surpayés. Même le président de la République a oublié sa brillante intelligence en signant un consternant message de félicitations commençant par « Champion mon frère ! ».

    Victoire du PSG, message d’Emmanuel Macron sur « X »

    Ce 31 mai, un jour de tristesse pour la pensée, un drame de la bêtise !

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  • L’illusion d’une écologie sans contrainte

    L’illusion d’une écologie sans contrainte

    Le monde politique français est en train de démonter les aspects écologiques de lois qu’il avait lui-même votées avec une mise en œuvre éloignée du moment du vote. A mesure que se rapprochent les échéances d’application de ces aspects on commence à réaliser qu’ils sont potentiellement contraignants et qu’ils vont donc obliger certaines corporations et même des citoyens à modifier leurs habitudes. Bien entendu ceux-ci se lèvent contre ces nouvelles obligations dont le respect entraînerait des coûts supplémentaires, ou, dans certains cas, seulement des modifications de leurs modes de vie. Bien évidemment, la situation « des plus précaires » est mise en avant pour contester la justification de ces mesures « d’écologie punitive ». Alors chacun utilise ses capacités de nuisance pour faire reculer le gouvernement et le parlement français est en train de démonter ce qu’il avait mis en place.

    On se souvient de la révolte dite des « bonnets rouge » en Bretagne en 2013 qui avait réussi à faire abroger le principe d’une « écotaxe », votée en 2008 dans le cadre d’un énième « Grenelle », celui de l’environnement. L’application de cette taxe avait été repoussée à plusieurs reprises avant d’être définitivement annulée devant la violence des agriculteurs et transporteurs bretons, largement soutenus par les autres régions.

    Aujourd’hui, dix ans plus tard, les élus sont en train d’abroger les ZFE (zones à faible émission) consistant à interdire les véhicules les plus polluants dans les centres de certaines villes, ou de réintroduire l’usage de certains pesticides dans l’agriculture. Une candidate aux élections municipales de Paris en 2026 (Rachida Dati) a annoncé qu’elle voulait rétablir la circulation automobile sur les voies sur berge transformées en espaces piétonniers depuis les années 2010. Et il en est de même pour toute une série de mesures législatives ou réglementaires de nature écologique.

    Ces revirements marquent le manque de constance de parlementaires qui votent des lois le lundi, s’aperçoivent le mercredi qu’elles vont provoquer du mécontentement chez certains de leurs électeurs à forte capacité de nuisance, puis votent leur abrogation le vendredi. Comme souvent en France, les intérêts particuliers priment sur l’intérêt général, un concept qui a à peu près disparu de la pensée des citoyens et de leurs représentants.

    Surtout, ils font définitivement tomber la fiction qu’évoluer vers une société plus écologique pourrait se faire sans contrainte. C’est le mensonge qui a été vendu par la politique : « non à l’écologie punitive, vous allez pouvoir continuer à vivre comme avant, rien ne changera et nous allons quand même sauver la planère. » Au pied du mur la France s’aperçoit que ce n’est tout simplement pas possible. Pour le moment on privilégie la facilité plutôt que l’effort. C’est un peu la même histoire avec les déficits des finances publiques…

  • 4ème enquête annuelle sur les atteintes sexistes et sexuelles au sein de la communauté étudiante de l’École polytechnique

    4ème enquête annuelle sur les atteintes sexistes et sexuelles au sein de la communauté étudiante de l’École polytechnique

    L’école polytechnique publie pour la quatrième année consécutive un curieux document au sujet des HDVS (situations de harcèlement, de discriminations et de violences à caractère sexuel ou sexiste). Un questionnaire a été envoyé à 3 167 élèves. 2 068 réponses partielles et 1 520 réponses complètes ont été reçues, ce qui fait un total de 3 588 réponses, soit plus que le nombre de questionnaires… Sans doute certains questionnaires ont circulé auprès de plusieurs élèves. Les réponses ont été apportées à 25% par des femmes, 74% par des hommes et 1% par des non-binaires.

    Il y a eu 1 039 HDVS déclarées (contre 788 en 2023) dont 16 viols (contre 24 en 2023). La surprise vient du fait que 54% des personnes déclarant avoir fait l’objet d’atteintes sexuelles en 2024 sont des hommes et que 70% des auteurs désignés sont des hommes. Si l’on compte correctement : 562 hommes ont donc été agressés de façon « sexuelle ou sexiste » et, en moyenne, 70% de leurs agresseurs seraient des hommes, les 30% restant se répartissant entre femmes et non-binaires.

    On ne sait pas bien ce que recouvrent les « atteintes » à caractère sexiste ou sexuel ? Des insultes, de l’ironie, des frôlements, des attouchements ? On n’apprend guère plus sur la réalité et la gravité de ces incidents. On croyait les élèves de cette école militaire, de jeunes adultes, plus préoccupés par les algorithmes et le drapeau de la République que par la gaudriole. Espérons qu’en cas de nécessité ils se montreront plus aptes à repousser les envahisseurs qu’ils ne le sont aujourd’hui pour éconduire leurs agresseurs « sexistes ou sexuels »

    On reste quand même un peu étonné par la transparence donnée à cet exercice d’autoflagellation, surtout venant d’une institution militaire, et dubitatifs sur sa nécessité.

  • KIEJMAN Claude-Catherine, ‘Svetlana, la fille de Staline’.

    KIEJMAN Claude-Catherine, ‘Svetlana, la fille de Staline’.

    Sortie : 2018, Chez : Editions Tallandier & Texto

    Il n’est sans doute pas facile d’être un enfant de Staline. Il en eut trois : Iakov issu d’un premier mariage avec Ekaterina Svanidzé, soldat de l’Armée Rouge, fait prisonnier par les Allemands durant le IIe guerre mondiale et que son père refusa d’échanger avec le maréchal von Paulus qui perdit la bataille de Stalingrad. Il se serait suicidé en se jetant contre les barbelés électrifiés du camp de concentration où il était détenu.

    Deux autres enfants issus de son second mariage avec Nadejda Alliloueva : Vassili, mort alcoolique dans les années 1960 après une vie tumultueuse, et Svetlana, sujet de cette intéressant biographie.

    Ekaterina est morte du typhus quatre ans après son mariage avec le dictateur. Nadejda s’est suicidée en 1932 probablement en raison de ses désaccords politiques avec son mari. Les belles-familles de Staline ont soit été liquidées soit enfermées de longues années dans les goulags du régime.

    Svetlana (1926-2011) était l’enfant préféré de son père et la traversée de tous les drames de son pays l’a durablement perturbée. Elle a été élevée jusqu’à l’adolescence dans le douillet confort d’un appartement au Kremlin et des datchas de la nomenklatura, situation à peine dégradée par la guerre contre l’Allemagne. Elle ignorait tout des purges sanguinaires menées par son père contre ses opposants et une grande partie du peuple soviétique, ni de la barbarie de la guerre mondiale.

    Elle découvre progressivement la tyrannie du régime soviétique mené d’une main de fer par son père en sortant de son cocon protégé et en arrivant à l’université pour y mener des études d’histoire sur « recommandation » de Staline qui refuse qu’elle suive une filière de lettres. Elle s’oppose à lui sur le choix de ses maris successifs. Son premier fiancé, bien plus âgé qu’elle, a été envoyé au goulag après que Staline ait forcé à leur rupture. Son premier mari était juif ce qui poussa Staline à refuser de le voir. Ils eurent un fils, Iossif, avant de divorcer rapidement. Un second mariage avec le fils d’un militaire de haut rang dans l’entourage direct du « petit père des peuples » dura à peine plus de temps et leur donna une fille, Ekaterina. Un troisième mariage en URSS fut anecdotique.

    1953 : Staline meurt au mois de février, le monde est troublé, le communisme mondial bouleversé et Svetlana se retrouve seule avec cette terrible hérédité. Des changements politiques apparaissent en URSS mais la nature profonde du régime ne varie guère. La fille du tyran reste sous la surveillance étroite du parti compte tenu du symbole qu’elle représente, surtout à l’extérieur du pays. Elle n’est pas vraiment libre de ses faits et gestes et doit se colleter avec les survivants de la répression ou les familles de ceux qui n’ont pas survécu. Le nom de « Staline » est tout de même lourd à porter, ce n’était d’ailleurs pas le vrai nom de son père. Elle obtient de reprendre celui de sa mère, « Allilouïeva », dont elle découvre d’ailleurs le suicide qui lui avait été caché au moment des faits.

    Elle poursuit des quêtes amoureuses sans lendemain jusqu’à ce qu’elle rencontre un communiste indien soigné en URSS qui meurt à Moscou quelques années plus tard. Elle est autorisés avec un visa « de sortie » de quelques mois à accompagner le rapatriement des cendres dans son village en Inde en 1967. C’est lors de ce voyage qu’elle demande l’asile politique aux Etats-Unis d’Amérique, ennemis jurés de l’URSS. C’est la stupeur, d’autant qu’elle laisse ses deux enfants à Moscou… Quelques mois après son transfuge à l’Ouest le premier ministre soviétique dira à l’occasion de son intervention à la tribune des Nations Unies :

    Svetlana est une personne moralement instable, une malade et nous ne pouvons avoir que de la pitié pour ceux qui l’utilisent pour discréditer l’Union Soviétique.

    Alexeï Kossyguine

    Elle publie alors une autobiographie « Vingt lettres à un ami » centrée sur la vie familiale avec son père qui crée quelques remous en pleine guerre froide, puis deux autres livres dont les droits d’auteur l’enrichissent avant qu’un nouveau mari américain et endetté ne la ruine. Ils ont une fille, Olga, et divorcent. Elle continue une vie d’errance dans différents Etats américains, assaillie par la nostalgie de la Russie et le souvenir de ses enfants restés sur place avec qui les liens sont quasiment coupés. Elle est aussi ballotée, voire manipulée, entre les intérêts géopolitiques de Moscou et de Washington. Elle n’arrive plus à écrire et voit ses rêves de devenir écrivaine s’envoler, comme d’ailleurs le reste de ses illusions.

    Elle est à la dérive lorsqu’en 1982 elle décide de revenir en URSS avec sa fille américaine, tant ses enfants russes lui manquent. Le régime est ravi de cette décision, lui réattribue la nationalité soviétique en lui faisant renoncer à l’américaine. Le retour est rude. Son fils, médecin, sombre dans l’alcool. Sa fille refuse de la rencontrer. En 1986 elle obtient l’autorisation (délivrée par Gorbatchev) de revenir aux Etats-Unis où elle meurt en 2011 après ses dernières années durant lesquelles elle vivait de l’aide sociale.

    Svetlana n’a pas réussi à s’extraire de sa terrible paternité ni de la dévastation qui l’entourait. Enfant elle a sauté sur les genoux de Beria, adolescente elle a assisté à des dîners-beuveries réunissant Staline, Molotov, Kroutchev, Boulganine et toute la fine-fleur de la barbarie soviétique. De multiples mariages, des enfants avec nombre de ces maris dont certains l’ont exploitée, d’autres l’ont quittée et, sans doute le seul avec lequel elle a pu partager un peu de sérénité, l’Indien, est mort de maladie. D’ailleurs le régime soviétique lui avait interdit de se marier avec lui. Fille adorée de Staline, sans doute le seul être humain pour lequel le tyran savait manifester de la tendresse, elle a été sa vie durant le jouet d’intérêts qui la dépassaient et dont elle n’a pas su se libérer. Comment l’aurait-elle pu d’ailleurs face à un père dont l’action et l’ambition l’ont amené à diriger la mort de vingt millions de personnes ? Comment ne pas se sentir plus ou moins complice d’un père à qui elle a été attachée dans sa tendre enfance ?

    Elle a cherché toute sa vie à devenir une russe « ordinaire » puis une américaine « comme tout le monde » et elle a échoué. C’était juste impossible lorsqu’on s’appelle Staline ! Elle mena à la place une vie d’errance sentimentale, géographique, familiale et politique. Un destin émouvant face au tumulte du monde dans lequel elle fut embarquée bien contre son gré. Il est définitivement difficile d’échapper à son hérédité !

  • « Partir un jour » d’Amélie Bonnin

    « Partir un jour » d’Amélie Bonnin

    Un joli film romantique sur une histoire ordinaire : une jeune lauréate de l’émission télévisée de cuisine « Top Chef ». Cécile doit ouvrir prochainement un restaurant avec son amoureux Sofiane mais elle est appelée dans son village natal auprès de son père victime d’un infarctus. Ses deux parents tiennent un restaurant routier ouvert non-stop et leur fille a été élevée entre cuisines et cabines de camions. Elle retrouve par hasard son amour de jeunesse et en est troublée, d’autant plus qu’elle vient de découvrir qu’elle est enceinte de Sofiane… Un rapide retour sur le passé lui fera retrouver le chemin de son avenir, avec quelques larmes et éclats…

    Le film est traité en partie sus forme de comédie musicale avec des reprises de classiques de la chanson française, Nougaro, Brassens… Cécile est jouée par la chanteuse Juliette Armanet, ça tombe bien. Sa mère est Dominique Blanc. La musique est de Keren Ann.