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  • Etc. etc.

    Etc. etc.

    Un nouveau tic verbal compulsif (TVC) envahit les plateaux télévisés et les dîners en ville. La locution « Et cetera », généralement doublée ou triplée en « Et cetera, Et cetera, Et cetera » à la fin de nombreuses phrases. Là encore le TVC vient combler une faiblesse de vocabulaire du locuteur ou un manque de temps pour exprimer la complétude de sa pensée. Alors il ajoute un « Et cetera, Et cetera » et passe à l’idée suivante. Cela devient très compulsif !

  • Youn Sun Nah au Carré Magique de Lannion

    Youn Sun Nah au Carré Magique de Lannion

    La chanteuse de jazz sud-coréenne Youn Sun Nah a donné ce soir un charmant concert au Carré Magique dans le cadre d’une tournée européenne. Fluette et délicate lorsqu’elle parle à son public, en (bon) français, elle a fait des études musicales et vit partiellement dans l’hexagone, sa voix devient puissante et lyrique lorsqu’elle interprète les standards inscrits à son répertoire. Sous son casque de cheveux teints en blond elle porte une longue chemise de soie bleue-turquoise et un pantalon noir. Elle est accompagnée par Bojan Z, un claviériste virtuose né à Belgrade.

    Elle chante Björk, Tim Buckley, Grace Slick (du groupe californien Jefferson Airplane dont elle interprète le classique White Rabbit), Tom Waits Elle reprend My Funny Valentine et la bouleversante chanson Just Sometimes écrite par Norma Windstone en rappel.

    I realize sometimes
    Just how I miss you

    Elle démarre le show en produisant une petite mélodie répétitive à partir de son téléphone mobile. Elle utilise également sur un morceau un mini-orgue de barbarie, réduit à la taille d’une machine à calculer, qu’elle tient dans une main pendant que l’autre tourne la manivelle qui déclenche la mélodie sur laquelle elle chante délicatement.

    Originale dans certains morceaux elle modifie parfois sa voix pour monter dans les trilles vocaux, se bouche le nez pour évoquer la tonalité rocailleuse de Tom Waits, ou pour produire des exercices de bouche en accompagnant Bojan qui joue de la batterie sur le capot et les cordes du piano à queue.

    Mais le plus souvent elle est juste une merveilleuse chanteuse, contrôlant parfaitement sa voix, pour interpréter des classiques éternels transcrits pour l’atmosphère jazzy dans laquelle elle excelle.

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  • GRAY Martin, ‘Au nom de tous les miens’.

    GRAY Martin, ‘Au nom de tous les miens’.

    Sortie : 1971, Chez : Robert Laffont & Livre de Poche 4203

    Martin Gray (1922-2016) est un écrivain né en Pologne. De confession juive il s’est sorti vivant de la deuxième guerre mondiale qu’il commença dans le ghetto de Varsovie pour finir à Berlin sous l’uniforme vainqueur des Soviétiques.

    Commençons par la polémique : la vie de Gray a été recueillie par l’historien-écrivain Max Gallo (1932-2017) qui aurait pris quelques libertés avec la réalité, mêlant un peu de fiction avec la vraie vie de son héros sans que l’on sache vraiment si ces « imprécisions » ont été ajoutées à la demande de ce dernier ou de Gallo. Le livre de poche n°4203 s’intitule « Récit ». Le doute existe notamment sur la réalité de son emprisonnement, et donc de son évasion, du camp d’extermination de Treblinka près de Varsovie dans lequel périt toute sa famille, ce qui est malheureusement historiquement avéré. A la limite ce n’est pas d’une importance considérable tant ce qui est raconté de Treblinka l’a également été par les survivants et doit donc se rapprocher de la réalité. Cela jette seulement un petit doute sur la qualité d’historien de Gallo qui a par ailleurs été impliqué dans d’autres polémiques similaires dans certains de ses ouvrages.

    Gray a traversé les tragédies de la Pologne avec beaucoup de courage et, sans doute, un peu de chance puisqu’il en est sorti vivant, mais pas indemne. Avec les juifs de Varsovie il a été forcé de s’installer dans le ghetto constitué et muré par les Allemand à partir de 1940. Son père étant entré dans la clandestinité, Martin cache sa famille dans de faux placards de leur appartement et se lance dans des opérations d’achat-revente de produits alimentaires qu’il va chercher illégalement dans la Varsovie « aryenne » pour les revendre dans le ghetto. Il assiste impuissant au dépérissement des juifs du ghetto soumis à la sauvagerie des Allemands, mais aussi de bande de voyous polonais, antisémites ou juste profiteurs, qui cherchent à exploiter leur misère.

    Et alors que le ghetto se vide de ses habitants qui sont transférés au camp de Treblinka, ce qu’on leur présente comme une opération de « repeuplement vers l’Est », les siens sont arrêtés et embarqués dans un train pour le camp. Il décide de se joindre à eux. S’en suivent les descriptions apocalyptiques de la survie dans ces camps pour ceux qui n’y sont pas exterminés dans les chambres à gaz immédiatement après leur arrivée. Il n’y a pas de fours crématoires à Treblinka, alors les corps de ces malheureux sont enfouis dans des fosses sableuses creusées en permanence par une excavatrice dont le bruit sonorise le camp jours et nuits.

    Martin Gray aurait fait partie des « Sonderkommandos » qui charriaient les cadavres vers les fosses à la sortie du gazage. Et alors que tous les déportés ayant appartenu à ces équipes sont systématiquement exécutés pour éviter qu’ils ne témoignent un jour, il réussit à s’évader de Treblinka. C’est d’ailleurs dans le même esprit que le camp est démantelé en 1943 et transformé en ferme agricole, pour ne pas laisser de traces. Il y eut entre huit cent mille et un million de juifs polonais exterminés à Treblinka en quelques mois.

    Evadé, Gray parcourt la campagne polonaise, cachant sa religion juive par peur de l’antisémitisme toujours aigu dans le pays. Il parvient à rejoindre le ghetto où il retrouve son père avec lequel il participe aux combats de l’insurrection de ce ghetto à partir d’avril 1943, les résistants juifs polonais pressentant que les Allemands voulaient exterminer les derniers survivants. Son père meurt, il survit. Il est alors recruté par l’armée soviétique et enrôlé dans les troupes du NKVD (ancêtre du KGB/FSB) qu’il suit jusqu’à Berlin pour réaliser la vengeance de « tous les siens » en chassant les traîtres et les dénonciateurs. Après les Allemands, les Ukrainiens sont particulièrement en ligne de mire car nombre d’entre eux constituaient des équipes de tortionnaires dans les camps au service des Nazis.

    Et puis la guerre se termine, il n’est pas très enthousiaste à l’idée de poursuivre le « rêve » soviétique d’un monde nouveau dont il a déjà vu les limites. Il rejoint sa grand-mère installée à New York, y fait des affaires, s’enrichit, se marie et vient avec sa femme s’installer dans l’arrière-pays varois où sa femme, leurs quatre enfants et leurs deux chiens… meurent pris dans un incendie de forêt en 1970, après avoir vécu dix ans de bonheur total dans ce qui semblait une juste retour après la dévastation de sa famille polonaise et de « tous les siens » au cours de la Iie guerre mondiale.

    Le lecteur est ébranlé devant le sort qui s’est acharné contre Martin Gray durant ce siècle de toutes les horreurs. Un incroyable instinct de survie lui a permis de surmonter toutes ces tragédies toujours animé par une vocation : être celui qui pourra témoigner. Ainsi il a dit, parmi tant d’autres voix, ce que furent la barbarie nazie et l’antisémitisme européen au mitan du siècle. Et, après le décès tragique de sa nouvelle famille en France il a témoigné pour faire vivre le souvenir des siens et s’est engagé dans des actions bénévoles à vocation écologique, notamment contre les incendies de forêt. Une personnalité exceptionnelle animée d’une vitalité inébranlable, que même l’accumulation des malheurs n’a pas stoppée et qui lui a sans doute permis de survivre sans sombrer.

    Il est décédé en 2016 à 94 ans.

  • MORIN Edgar, ‘Journal de Californie’.

    MORIN Edgar, ‘Journal de Californie’.

    Sortie : 1970, Chez : Editions du Seuil.

    Edgar Morin, philosophe-sociologue-anthropologue, né en 1921, est parti s’installer en Californie à San Diego à l’été 1969 pour mener des recherches au Salk Institute sur les liens entre sociologie et biologie. Il tient le journal de son séjour qui sera publié un an plus tard.

    L’auteur nous fait partager sa fascination pour la Californie et ses (jeunes) habitants qui sont en pleine remise en cause de leurs certitudes ébranlées par les protestations contre la guerre du Vietnam, pour les droits civiques, l’échec déjà perceptible de l’idéologie marxiste-léniniste à laquelle ils ont cru, l’émergence de la violence des « Black Panthers », des « Hell’s Angels, mais aussi de l’écologie, et la dévastation des âmes et des corps que provoquent les drogues largement consommées dans cet Etat à cette époque. Même la fille de Staline, Svetlana Allilouïeva, a fui l’URSS et son tyran de père pour venir s’installer en 1969 aux… Etats-Unis. C’est le temps des désillusions.

    Le mode de vie communautaire qui tente de survivre intéresse Morin au plus au point et on le sent attiré par la culture underground qui s’y pratique encore dans une ambiance « peace & love » qui vit ses derniers instants. Les concerts de Janis Joplin auxquels assiste l’auteur sont pleins mais l’artiste meurt d’une overdose d’héroïne en octobre de cette année 1970, deux semaines après Jimi Hendrix… C’est le symbole de cette Californie si intensément productive (artistiquement, scientifiquement, humainement) mais aussi tellement mortifère à cette époque de tous ses renoncements.

    Morin croise ces communautés sans véritablement les intégrer, il a 50 ans à l’époque. Alors il les fréquente, les étudie sociologiquement, fume des joints avec les jeunes lors de soirées festives sur les plages du Pacifique, mais rentre dans sa confortable villa le soir. Son temps est un peu passé, sa génération est aussi compromise dans les effondrements idéologiques de l’époque. Il regrette, culpabilise, mais reste fasciné par cette jeunesse fondamentalement déçue tout en restant inventive.

    Malgré le désenchantement ambiant ses recherches scientifiques en Californie le plongent dans un état extatique. Il relate des bribes de conversation avec les intellectuels de l’époque qui fréquentent la Californie : Jacques Monod, Herbert Marcuse, Alain Tourraine, Jonas Salk (l’inventeur du vaccin contre la polio qui dirige l’institut accueillant Morin pour son séjour californien)… Les théories sont complexes pour le lecteur non-averti, mêlant l’hérédité, la génétique et l’héritage culturel pour tenter de définir l’humain, analysant si l’intelligence peut dépendre de déterminations culturelles ou génétiques, voire les deux. Il mêle la chimie avec la biologie pour aboutir aux idéologies, l’indétermination et le pouvoir créateur… On n’est pas sûr de tout comprendre de ses pensées fulgurantes mais on sait que cette intelligentsia post-hippie a participé à l’élaboration de la révolution biologique en cours aujourd’hui.

    La clé de la vie : cette unité duelle entre le présent et le devenir, cette double temporalité fondée sur la dualité génotype-phénotype.

    Edgar Morin – entretiens avec Salk (Journal de Californie)

    Edgar Morin a participé à cette révolution culturelle californienne d’un nouveau genre, avec tous ses excès dont le monde occidental affronte aujourd’hui les retours de flamme pas toujours très positifs, jusqu’à reprendre l’objectif « d’abolir la mort ». Mais n’est-ce pas ainsi que progresse la pensée, même lorsqu’elle relève des sciences dites « humaines » ?

    La nouvelle relation individu/société/espèces, qui caractérise l’homme, va appeler le contrôle et l’exploitation (par l’individu et/ou la société) des puissances biologiques auto-régénératrices inhibées sous une répression spécifique de dix à vingt millions de siècles. L’humanité va poursuivre son évolution historique en faisant évoluer par la science son propre système biologique.

    La tragédie de l’organisation, c’est l’antagonisme entre la répression et la créativité qui lui sont l’une et l’autre nécessaires. La répression frappe toujours en aveugle la créativité. La créativité totalement libérée détruirait l’organisation.

    Edgar Morin (Journal de Californie)

    C’est un plaisir de lire ce journal foisonnant tant on y ressent l’enthousiasme et la vitalité de cette vie intellectuelle à laquelle participa Edgar Morin. On se rêve dans « Easy Rider » et on suppose qu’avec de tels penseurs la fin sera plus heureuse que dans le film. Aujourd’hui il a 103 ans et s’est retiré de la vie publique mais il publie encore. La Californie reste une terre de contraste où l’avant-garde de mêle à « l’underground » mais gageons que « le meilleur » l’emportera sur « le pire ».

  • Dissolution des partis politiques au Mali

    Dissolution des partis politiques au Mali

    Le fil d’information sur « X » de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) publie la décision du conseil des ministres du Mali qui a dissous aujourd’hui tous les partis et associations politiques et interdit toute réunion politique. C’est plus simple ainsi. Le général Assimi Goïta, ancien colonel qui s’est fait nommer général d’armée à 5 étoiles en octobre dernier, préside le pays depuis le coup d’Etat de 2020, il aura ainsi les mains libres pour gouverner selon ses idées avec l’aide de son nouveau partenaire russe.

    D’ailleurs une réaction publiée à 18h41 marque le soutien d’un citoyen à cette mesure.

    Cette décision a été prise en application des recommandations des « assises nationales de la refondation » qui ont d’ailleurs aussi préconisé que le Général Goïta soit « nommé » président de la République pour les cinq années à venir ce qui éviterait de passer par la case élection et tous les soucis conséquents.

    AES INFO avait réalisé un sondage sur « X » le 30 avril montrant que 73% des sondés étaient « très favorable » ou plus simplement « favorable » à cette dissolution des partis.

    Souhaitons donc bonne chance au Mali qui entame un nouveau parcours à l’ombre de ses galonnés !

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  • Le fouteballe décérébrant a encore sévi

    Le fouteballe décérébrant a encore sévi

    A la suite de la victoire d’un club français de fouteballe dans une compétition de pousseurs de baballe, leurs supporters se sont déchainés le 7 mai au soir dernier pour dévaster tout ce qu’ils pouvaient casser à Paris et s’en prendre aux forces de l’ordre malgré la mise en place d’un dispositif sécuritaire important. Une voiture a foncé dans la foule dans des circonstances troubles, il y a des blessés, 40 arrestations, des feux d’artifice utilisés contre la police.

    Bref, cela devient un rituel post-match de fouteballe, que la France, ou un club français, gagne ou perde, les gangs de délinquant cassent.

  • Le rejet de la démocratie par les nouveaux empires

    Le rejet de la démocratie par les nouveaux empires

    Les systèmes démocratiques mis sur pieds après les errements tragiques de la seconde guerre mondiale en Occident ont été progressivement étendus à d’autres régions du monde. L’Inde, les pays d’Europe de l’Est, certains pays asiatiques ont adopté des critères démocratiques : élections, liberté des partis politiques, respect des droits de l’homme, justice indépendante, Etat de droit… avec plus ou moins de succès et de durabilité. Après la chute de la dictature communiste soviétique et l’émancipation de certaines de ses anciennes « Républiques socialistes » on a même théorisé la « fin de l’Histoire » ! La démocratie semblait le seul système politiquement viable et économiquement efficace. Elle avait donc vocation à s’étendre naturellement à l’ensemble de la planète à la demande des peuples concernés et donc atténuer, voire faire disparaître, les conflits idéologiques.

    Le XXIe siècle a douché les espoirs des pays occidentaux qui croyaient avoir inventé le système politique vainqueur. Avec un peu d’arrogance ils ont pensé que celui-ci allait s’étendre naturellement au reste de la planète et qu’ils allaient pouvoir continuer à dominer celle-ci en tant que concepteur de cette organisation politique. Cela ne s’est pas passé tout à fait ainsi. Il y eut d’abord l’émergence économique de la Chine que l’on peut dater de son entrée à l’organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001 lui donnant ainsi accès au système capitaliste multilatéral régissant le commerce mondial à l’époque. Grâce à une redoutable efficacité ce pays a montré sa capacité à s’intégrer dans le système commercial libéral mondial, puis à le dominer, tout en restant gouverné par un parti (unique) communiste aux méthodes dictatoriales assez classiques. Vint ensuite la Russie qui elle n’a pas vraiment performé économiquement mais a refusé l’instauration de tout système démocratique, pour elle et ses anciens vassaux proches, agissant grosso-modo avec les mêmes méthodes dictatoriales que l’ex-URSS, en y ajoutant une volonté de reconquête, au besoin par les armes comme le montre la guerre en cours de Moscou contre l’Ukraine.

    Le temps des dirigeants occidentaux en costumes bien coupés, formés à Harvard ou à l’ENA, aux propos mesurés, cherchant à concilier les intérêts nationaux avec un minimum de morale, promouvant le système multilatéral au-dessus des égoïsmes nationaux…, ce temps se termine avec l’arrivée des nouveaux forbans, mal élevés, vantards, sans foi ni loi, bien entendu peu intéressés par la démocratie et raisonnant en termes de force brute, les forts ayant vocation à écraser les faibles. Et malheur à ceux qui appartiennent à cette catégorie des faibles sans arriver à en sortir !

    C’est une page qui se tourne, celle de l’après IIe guerre mondiale. Les générations futures vont avoir à gérer ce nouveau paradigme qui n’est pas tombé du ciel mais a été produit par la génération actuelle et ses idéologies parfois délétères. C’est aussi le relatif échec des générations précédentes qui n’ont pas su convaincre. L’avenir dira sans doute assez rapidement si le système promu par ces nouveaux empereurs sera aussi durable et productif que celui qu’il prétend remplacer.

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  • Changement de boss au Vatican

    Changement de boss au Vatican

    Le nouveau boss du Vatican nommé aujourd’hui, juste avant les journaux télévisés de 20h, a choisi comme nom de scène le prénom de Trotski ce qui en fera à coup sûr un pape « progressiste » !

  • « Pink Floyd : live at Pompéi – MCMLXXII » de Adrian Maben

    « Pink Floyd : live at Pompéi – MCMLXXII » de Adrian Maben

    C’est la réédition d’un légendaire concert du Pink Floyd… sans public, tourné dans les arènes de Pompéi en 1971. Déjà diffusé en plusieurs versions depuis cinquante ans, cette nouvelle sortie, disponible au cinéma et en DVD, a fait l’objet des restaurations, son et image, permises par la technologie modernes appliquées sur le négatif original en 35mm retrouvé récemment. C’est Steven Wilson qui a été chargé du mixage-son.

    Michka Assayas nous a dévoilé les petits secrets du tournage dans son émission Very good trip sur France Inter. Aucun concert n’avait jamais été organisé dans ce site, mais un jour qu’Adrian Maben le visitait, il s’aperçut à la sortie qu’il y avait perdu ses papiers. Il obtint l’autorisation d’y retourner alors que l’amphithéâtre était vide de ses visiteurs et là lui vint l’idée d’un concert dans ce théâtre de plein air millénaire. Ce ne fut pas simple de convaincre le groupe, alors en pleine session d’enregistrement de Dark side of the moon, d’obtenir les autorisations nécessaires des autorités puis d’organiser la logistique nécessaire pour le film. On ne voit dans l’enceinte que les quatre musiciens britanniques et leur équipe de techniciens.

    L’enregistrement fut interrompu à de nombreuses reprises par des coupures de courant ce qui laissa quelques loisirs aux musiciens pour se promener sur les pentes du Vésuve au milieu des nappes de lave glougloutantes, et au réalisateur de tourner les images du site et du volcan qui ponctuent le film. Compte tenu de ces difficultés techniques, une partie des morceaux furent joués et enregistrés au retour à… Paris. Cela se remarque clairement même si des images de Pompéi sont diffusées en fond d’écran de la prestation parisienne. Mais qu’importe tant les musiciens et leur musique sont exceptionnels !

    Le film est superbe et, si vous n’avez que 10 mn à y consacrer, regarder/écoutez Echoes – part I, extrait du disque Meddle, qui sortit quelques semaines plus tard. On y voit les musiciens torse-nu sous le soleil italien, concentrés sur leur musique, indifférents aux aller-et-venues des techniciens tout autour d’eux. Ils paraissent complètement pénétrés de leur musique psychédélique qu’ils ont interprétée live en une prise unique. La prestation du guitariste David Gilmour, qui vient de remplacer Syd Barrett l’un des cofondateurs du groupe, est impressionnante. Cheveux longs au vent, tel une statue romaine, il extrait de sa guitare et assène le nouvel évangile de ces années 1970 au cours desquelles le Pink Floyd a révolutionné une partie du rock. La partie chantée en duo entre Gilmour et Wright est une vague de douceur après la stridence des solos de guitare. Du grand art !

    Overhead the albatross hangs motionless upon the air
    And deep beneath the rolling waves
    In labyrinths of coral caves
    The echo of a distant tide
    Comes willowing across the sand
    And everything is green and submarine

    Toute une époque, dont la musique n’a rien perdu de son intérêt. D’ailleurs David Gilmour reviendra en solo donner un concert dans ce théâtre en 2016 où, bien sûr, il rejouera des morceaux de choix des Pink Floyd en plus de ses propres compositions.

    Ce Live at Pompeii est un chef d’œuvre !

  • En passant dans un petit hôpital de province

    En passant dans un petit hôpital de province

    Dans les couloirs d’un centre de soins de suite et de réadaptation (SSR) rattaché à un petit hôpital de province, les panneaux d’affichage dans les couloirs font un peu de pédagogie à l’attention des patients et de leurs visiteurs.

    Et le personnel expose ses oeuvres sur les murs pour apporter un peu de bienveillance dans ce lieu où ne règne pas toujours le bonheur.

  • NGOZI ADICHIE Chimamanda, ‘Americanah’.

    NGOZI ADICHIE Chimamanda, ‘Americanah’.

    Sortie : 2013, Chez : Gallimard / folio 6112.

    C’est le grand roman de Chimamanda, sans doute un peu autobiographique, qui raconte l’histoire d’une jeune femme nigériane émigrant de son pays natal vers les Etats-Unis d’Amérique avant de revenir au Nigeria. L’aventure est légère, s’y mêlent histoires d’amour, de migrations et de politique. Ifemelu, l’héroïne, volète d’un pays à l’autre, d’un amant vers un nouveau, change de travail, de maison, parle avec ses parents quand elle est aux Etats-Unis, avec ses ex américains quand elle est au Nigeria…

    Le fond du roman est plus tragique, c’est celui de l’immigration vers les pays riches de citoyens de pays pauvres. Et c’est aussi la chronique de l’insatisfaction permanente des migrants où qu’ils soient, dans leur pays d’accueil comme lorsqu’ils rentrent au pays. Aux Etats-Unis Ifemelu rédige un blog sur « la race » dans lequel elle tient la chronique des désagréments d’être noir dans ce pays, afro-américain comme immigré d’Afrique. Au Nigéria est rouvre ce blog pour raconter avec une ironie mordante le comportement clinquant de ses pairs de retour au pays.

    La métaphore de cette insatisfaction permanente est celle de la coiffure. Défriser ses cheveux crêpus semble être une étape incontournable de l’intégration chez les blancs. Ifemelu y renonce, rentre dans son pays et retrouve son amour de jeunesse dans la splendeur de sa coiffure afro. L’histoire semble bien se terminer pour elle et ses contradictions.

    Chimamanda quant à elle truste les honneurs littéraires en Occident, et surtout aux Etats-Unis, pour ses livres et ses engagements pour le féminisme et contre le racisme.

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    Docteur Honris Causa de Sorbonne unversité (2025)

  • Règlements de comptes en Syrie

    Règlements de comptes en Syrie

    Depuis le renversement en décembre 2024 du régime Al-Assad en Syrie un nouveau satrape dirige le pays, Ahmed al-Charaa. Celui-ci est issu du mouvement terroriste religieux Al-Qaïda dont il a appliqué l’idéologie mortifère durant la guerre civile syrienne, conflit interne qui est d’ailleurs loin d’être terminé. Depuis sa prise du pouvoir il essaye d’afficher une image plus lisse de sa personnalité ; il a coupé ses cheveux, ajusté sa barbe et porte des costumes-cravate sombres à l’occidentale. Son implication passée dans le mouvement terrorisme Al-Quaïda qui a été à l’origine d’une campagne de terrorisme d’une violence jamais vue, faisant des milliers de morts sur tous les continents de la planète, de l’effondrement des tours du World Center à New York en 2001 aux attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper-Cascher à Paris en 2015, devrait en faire un personnage indésirable à tout jamais.

    Il n’en reste pas moins qu’il est arrivé au pouvoir à Damas et se retrouve à la tête d’un pays dans un état de décomposition avancée dans lequel les tribus, les factions, les communautés religieuses, les intérêts économiques s’affrontent violemment. Quelle-que soit l’idéologie que le nouveau président auto-proclamé compte mettre en œuvre il va lui falloir gérer ces antagonismes. Il est à craindre que les règlements de compte entre communautés soient inévitables. Depuis quelques semaines ce sont les Alaouites qui sont massacrés par les autres communautés. Cette branche du chiisme est minoritaire dans le pays, le clan Assad en était issu. Il eut été étonnant qu’après 50 années de dictature barbare menées par les Assad les Alaouites puissent reprendre leurs habitudes comme si de rien n’était et sans que le reste de la population ne leur demande des comptes… Les forces religieuses officielles soutien de M. al-Charaa seraient directement impliquées dans les attaques contre les Alaouites mais leur dirigeant appelle à l’apaisement. C’est hélas une étape souvent inévitable dans ce genre de situation. La France a elle-même eu à faire face à une épuration extra-judiciaire après la libération entre 1944 et 1945 qui aurait fait dans les 10 000 morts. Certaines estimations parlent de 100 000 victimes…

    La pacification du pays ne sera pas facile après un demi-siècle de dérives sanguinaires. Les influences troubles de pays tiers, occidentaux comme arabes, dans le passé comme aujourd’hui ne vont pas faciliter cette tâche.

    La France serait bien avisée de ne pas s’impliquer politiquement dans ce processus où il n’y a que des coups à prendre. Après le désastre des expériences Kadafi et Assad reçus avec faste par la République avant de devoir être combattus militairement par Paris via des coalitions internationales, il serait opportun à l’avenir de ne considérer la Syrie et ses nouveaux dirigeants qu’avec des pincettes. Ne pas oublier le passé des dirigeants devrait être un mantra de la politique étrangère française. On peut rétablir des relations diplomatiques avec la Syrie, participer à la reconstruction du pays et son accompagnement via les organisations internationales de l’ONU et assimilées, mais surtout pas s’impliquer directement.

    Lire aussi : Syrie : un barbu pour remplacer une canaille

  • Les pronostics de « Valeurs Actuelles »

    Les pronostics de « Valeurs Actuelles »

    La magazine « Valeurs Actuelles » affiche en couverture le portrait du déplorable trublion Cyril Hanouna en en faisant un candidat pour les élections présidentielles de 2027. Ce serait une situation intéressante si elle était confirmée, prometteuse d’une campagne électorale encore plus affligeante que d’habitude.

    L’intéressé a démenti tout idée de candidature en 2027 comme pour les campagnes suivantes. « Valeurs Actuelles », habitué des unes tonitruantes va sans doute devoir fiabiliser ses sources d’information !

  • Les tics verbaux compulsifs en forte croissance

    Les tics verbaux compulsifs en forte croissance

    Sur les plateaux télévisés et dans les dîners en ville le « on va dire » continue à tenir la corde des tics verbaux compulsifs (TVC) les plus usités. Mais récemment le « effectivement » remonte dans le classement et s’insère tous les trois mots dans le langage commun. Il n’est pas encore au niveau du « voilà » mais il s’en rapproche. La compétition promet d’être rude entre ces deux adverbes qui jouent un rôle identique de comblement de la pauvreté sémantique des piliers de plateaux médiatiques.

  • Il ne fait plus bon avoir la nationalité française en Afrique

    Il ne fait plus bon avoir la nationalité française en Afrique

    La Côte d’Ivoire organise des élections présidentielles pour la fin de l’année. On ne sait pas si leur président actuel, Alassane Ouattara, 83 ans, en poste depuis 13 ans, envisage de se représenter pour un nouveau mandat, ce qui serait déraisonnable vu son âge, mais ce qui est sûr c’est que son principal opposant, Tidjane Thiam, 62 ans, vient d’être déclaré inéligible car il ne serait plus considéré comme ivoirien, suite à l’acquisition de la nationalité française, au titre d’un vieil article de loi exhumé par une juge et quasiment jamais appliqué, sauf pour l’occasion permettant ainsi d’éliminer le patron du premier parti d’opposition.

    L’homme a fait une longue et plus ou moins brillante carrière à la tête ou dans les équipes dirigeantes de grandes entreprises européenne, dont le Crédit Suisse. Il habite à Paris et ne semble pas particulièrement imprégné de la Côte d’Ivoire, bien que favori dans les « sondages » locaux. Il vient de renoncer à cette nationalité française ce qui fait de lui un apatride puisqu’il n’est plus considéré comme ivoirien mais il affirme rester dans la course pour l’élection présidentielle de cette fin d’année.

    Au-delà de son cas personnel, l’ironie de cette situation est le retour de flammes subi par ces très nombreux citoyens africains, du Maghreb à l’Afrique centrale, qui bénéficient de la nationalité française, généreusement distribuée par Paris depuis des décennies, en plus de la leur. Cette nationalité française était autrefois un gage de sécurité et de supériorité pour les élites locales qui en bénéficiaient, c’est devenu un boulet depuis que nombre de pays africains sont fâchés avec la France.

    On avait ainsi découvert avec stupeur en 2023 que le ministre malien de la défense avait la double nationalité en pleine crise entre son pays et la France. La même année c’est le président malgache qui était pris dans un imbroglio politico-juridique du fait de sa double nationalité. La moitié du conseil des ministres des Comores bénéficierait également de la nationalité française alors que l’archipel agit depuis des années contre les intérêts de Paris dans le cadre de sa revendication du territoire « français » de Mayotte.

    Lire aussi : Le ministre malien de la défense bénéficie de la nationalité française

    La logique et un minimum de cohérence voudraient que ces dirigeants en conflit idéologique avec l’ancienne puissance coloniale renoncent à leur nationalité française et en fassent la publicité. Ils ne l’ont fait que très exceptionnellement ou alors, poussés par les évènements comme récemment M. Thiam. Dans un autre domaine, certains des Etats qu’ils dirigent n’arrivent toujours pas à quitter la zone Franc tant honnie, au moins dans leur communication. Ces pays continuent donc à bénéficier de la liaison de leur devise avec l’Euro, tout en la critiquant.

    Il n’est pas toujours facile de mettre ses actes en accord avec ses idées, dans la vie comme en politique. Mais en ce qui concerne certains pays africains en opposition frontale avec la France le grand écart parait intenable mais contre toute attente il est maintenu. Le sens des responsabilités est une qualité qui n’est pas donné à tout le monde.

    Lire aussi : L’éternel syndrome des citoyens d’anciennes colonies françaises

  • Anarchie à Rennes

    Anarchie à Rennes

    En passant par les toilettes des « Ateliers du Vent ».

  • Le populisme économique à l’épreuve des faits

    Le populisme économique à l’épreuve des faits

    La nouvelle politique économique mise en œuvre aux Etats-Unis sous l’impulsion du président Trump est intéressante en ce qu’elle déroule des principes de « Café du Commerce » largement diffusés dans les pays occidentaux par une classe politique, généralement dans l’opposition, qui braille contre l’Union Européenne et pour l’Europe des Nations, qui veut « rétablir les frontières », casser les pouvoirs des organismes multilatéraux qui, dans certains cas, surplombent les pouvoirs nationaux. Les Etats-Unis d’Amérique veulent réduire les déficits commerciaux considérables qu’ils affichent vis-à-vis du reste du monde et rapatrier sur leur sol la production industrielle qui a été largement délocalisée dans le « Sud global ».

    Ils sont en train de mettre très rapidement en pratique une série de mesures concoctées par l’équipe Trump avant l’intronisation au pouvoir de leur héros en janvier dernier. Ces décisions portent sur une hausse générale des droits de douane, tout particulièrement à l’encontre de la Chine, la sortie du pays de certains accords multilatéraux (Organisation mondiale de la santé [OMS], Accords de Paris sur le climat et d’autres certainement à venir). En parallèle, le gouvernement américain coupe drastiquement dans les dépenses fédérales, entraînant des milliers de licenciements de fonctionnaires et la fermeture brutale d’agences fédérales comme l’US-Aid, chargée de distribuer l’aide au développement américaine.

    Comme on l’apprend en première années d’études macroénomiques le déséquilibre du commerce extérieur ou des paiements n’est pas satisfaisant sur le long terme et le « coupable » n’est pas forcément celui qui affiche des déficits. Le rétablissement des équilibres doit être le fait des deux parties, celle en déficit comme celle en excédent. Evidemment la théorie ne prône pas de rétablir ces équilibres avec une telle brutalité mais elle recommande de les rétablir, de même qu’elle assure que les déficits budgétaires d’un Etat sont source d’endettement public et, possiblement à terme, de difficultés de trésorerie de l’Etat concerné.

    Sur un plan plus politique, le président américain et son équipe conservatrice se sont lancés dans un combat féroce contre l’immigration illégale et le « wokisme », ce dernier estiment-ils, gangrénant la vie intellectuelle du pays. Des expulsions assez significatives d’immigrés illégaux sont réalisés par des avions militaires américains vers les pays de provenance. Des coupes dans les budgets d’université et de programmes de recherche qui véhiculeraient les idées « woke » ont été pratiqués ainsi que des effacements massifs de données numériques des sites web gouvernementaux afin d’annihiler toutes traces de ces « dérives ». On peut penser que ces écrasements de données ne sont pas définitifs tant les grandes entreprises privées de la « Tec » les aspirent en continu et les gardent sur leurs serveurs d’où elles pourraient être exhumées s’il était nécessaire de le faire un jour.

    Lire aussi : L’éducation aux Etats-Unis

    Les premiers résultats des mesures économiques sont assez disruptifs pour le moment : chahut sur les marchés financiers et dans les flux commerciaux mondiaux, risque de baisse de la croissance mondiale, accroissement du chômage et de l’inflation pour le moment aux Etats-Unis mais avec diffusion rapide à d’autres régions de la planète. Il est sans doute encore trop tôt pour se faire une idée sur les effets d’une telle politique qui ne peuvent être jugés que sur le long terme. Les experts économiques prédisent le crash à court terme de l’économie mondiale mais ces « experts » se sont déjà beaucoup trompés dans le passé. En tout état de cause on ne peut pas changer aussi drastiquement de politique sans effets collatéraux qui peuvent être négatifs à court terme et favorables à plus longue échéance, et vice-versa, ou défavorables quel que soit le terme.

    Les populistes européens parangons de l’Etat-nation vont donc avoir tout loisir de mesurer en grandeur réelle l’application des mesures qu’ils recommandent depuis des années dans leurs programmes de « Café du commerce ». D’ailleurs, au moins en France pour le moment, on ne les entend plus beaucoup. Sans doute sont-ils un peu effrayés par Trump apprenti-sorcier qui précèdent leurs désirs les plus fous.

    Dans les faits, cette « mondialisation » tant décriée par les nationalistes aux petits pieds est celle qui a considérablement développé « l’Occident collectif » comme « le Sud global » depuis le mitan du XXe siècle. Dans ce dernier, l’apparition de classes moyennes de plusieurs centaines de millions de citoyens, encore inexistantes dans les années 1960-1970, a fait émerger des armées de consommateurs et c’est une bonne nouvelle pour tout le monde, en premier lieu pour les intéressés. Les nouvelles « chaines de valeurs » ont entraîné un Yalta économique : les usines dans le « Sud global », les services dans « l’Occident collectif ». Cette répartition des tâches était en train d’évoluer doucement à la demande des pays occidentaux voulant renforcer leur « souveraineté industrielle » d’une part, et du fait du développement de pays voulant passer dans le clan des producteurs de services à haute valeur ajoutée. Une nation performante et ambitieuse comme la Chine va d’ailleurs dans ce sens grâce à l’efficacité de son innovation et l’application des bonnes vieilles méthodes capitalistes par… le Parti communiste chinois ! Ce pays est désormais économiquement puissant, en mesure de faire face à « L’Occident collectif ». Le côté autoritaire de son gouvernement qui ne s’embarrasse guère de principes démocratiques lui permet sans doute aussi de monter plus vite vers la puissance.

    Les Etats-Unis veulent renverser cette tendance et se réaffirmer comme LA puissance mondiale face à la Chine et au reste du monde. Depuis l’intronisation de leur nouvelle administration républicaine ils appliquent dans ce but des méthodes brutales qui semblent parfois improvisées et dont il faudra encore quelques mois pour juger des effets. Beijing agit avec beaucoup moins d’effets de manche et beaucoup plus de finesse. L’Histoire devrait dire assez vite si cette « démondialisation » visée peut rester un objectif viable ou si l’intrication des économies et des peuples est désormais définitive, avec les inconvénients que l’on connaît.

  • « David Hockney 25 » à la fondation Louis Vuitton

    « David Hockney 25 » à la fondation Louis Vuitton

    Ce sont près de 400 œuvres de la production (mirifique) de David Hockney (87 ans) des 25 dernières années qui sont exposées par la fondation Louis Vuitton. Elles montrent toute l’inventivité de cet artiste britannique définitivement moderne : peintures à l’huile ou à l’acrylique, dessins à l’encre, au crayon et au fusain, mais aussi des œuvres numériques (dessins photographiques, à l’ordinateur, sur SmartPhone et sur Tablette) et installations vidéo.

    On a déjà vu nombre d’entre elles à diverses occasions à Paris où Hockney est célébré depuis longtemps. Mais elles supportent largement la répétition tant elles sont exaltantes. L’inventivité de cet artiste, jamais démentie, et son sens des couleurs tout à fait exceptionnel, fait voir le monde sous ses plus beaux atours.

    Un point-de-rendez-vous est installé au centre des plus grandes salles d’où part toutes les quinze minutes une visite-guidée flash concentrée sur certaines œuvres. Les informations données à cette occasion sont précieuses et laissent rêveur devant la créativité du personnage. Il s’est lancé l’un des premiers dans la conception de tableaux à l’aide de téléphone mobile et de tablette (souvent de la marque Apple…), d’abord avec des applications disponibles sur le marché, puis avec un logiciel conçu spécialement pour lui lors des confinements liés à la Covid, période particulièrement productive durant laquelle il était installé au Pays d’Auge en Normandie où il produit nombre d’œuvres désarmantes de simplicité, éblouissantes de couleurs. Evidemment tout est irréel dans sa vision du monde, son œil interprète et transforme l’environnement tel qu’on aimerait le voir, dans lequel on adorerait évoluer.

    Souvenez-vous, ni la mort ni le soleil ne peuvent se regarder fixement.

    David Hockney

    Certaines œuvres sont gigantesques. L’une représentant des arbres au bord d’une route anglaise occupe un mur entier où est accroché l’assemblage de 50 tableaux de taille classique. D’autres suivent le même principe mais sont constituées de multiples écrans où sont projetés des tableaux dessinés à la tablette numérique, ou ces compositions sont simplement imprimées et collées sur des plaques métalliques. Les écrans permettent également de présenter des tableaux dynamiques comme celui d’un crépuscule sur une paysage montagneux. On reste admiratif devant la quantité de travail nécessaire pour concevoir et coordonner toutes les parties individuelles de ces grands ensembles qui matérialisent l’imagination sans bornes du créateur sur toutes ces compositions.

    Une salle est consacrée aux tableaux, dessinés de nuit sur une tablette dans son jardin anglais du Yorkshire. Hockney ne nous avait pas habitué à l’obscurité mais là encore il brille et son œil capte la nuit avec la même flamboyance que le printemps. Dans cette salle, deux œuvres sont en acrylique ou aquarelle et s’inspirent manifestement de l’esprit des premiers, purement numériques

    Do remember they can’t cancel the Spring.

    David Hockney

    Ses séries sur les saisons sont remarquables de couleurs et de naïveté. L’artiste dessine des paysages répétitifs d’arbres qui évoluent au cours des saisons au milieu d’une nature parfaite. On a envie de se retrouver dans ce monde onirique et tout simplement beau que le peintre imagine et restitue avec son immense talent. Parcourir l’exposition nous fait plonger avec délices au cœur d’une sa vision rafraichissante, colorée et optimiste. Il ne faut surtout pas s’en priver.

    Au dernier étage, dans une grande salle haute de plafond sont projetés les décors d’opéra conçus par Hockney, sur les quatre murs et le plafond. De larges coussins permettent de s’allonger pour se laisser pénétrer de cet univers mouvant. C’est la conclusion musicale d’une rétrospective exceptionnelle.

    L’enthousiasme retombe un peu lorsque le visiteur, à la sortie, se retourne vers le bâtiment de la fondation qui apparaît toujours aussi incongru entre le jardin d’acclimatation et le bois de Boulogne. Sorte de gros scarabée balourd et informe, il s’oppose un peu tristement à la légèreté des œuvres de David Hockney que l’on vient d’y voir.