Étiquette : Les guerres russes

  • La marche des forbans vers l’inconnu

    La marche des forbans vers l’inconnu

    Le déclenchement de la guerre américano-israélienne de février 2026 contre l’Iran est politiquement comparable à l’invasion russe de l’Ukraine lancée en février 2022. Les deux sont le fait de régimes qui ont décidé que le concept de « droit international » ne s’appliquait plus à elles car bridant leur ambitions historiques et civilisatrices. Etats-Unis et Russie ont lancé leurs forces armées contre leurs ennemis en pensant qu’elles n’en feraient qu’une bouchée et que les régimes politiques gouvernant l’Ukraine comme l’Iran tomberaient comme des fruits mûrs en quelques semaines de combat.

    L’ex-empire soviétique pensait que les citoyens ukrainiens accueilleraient les soldats de l’armée rouge comme des libérateurs venant les sortir des griffes du régime de « nazis drogués » qui les gouverne. Le nouvel empire américain s’attendait à ce que la population iranienne descende dans la rue pour achever le travail de déstabilisation déjà bien entamé par des campagnes de bombardement intenses. Dans les deux cas, jusqu’ici, la réalité ne s’est pas déroulée comme les plans le prévoyaient. Après plus de quatre années de guerre l’Ukraine se défend toujours avec vaillance et l’armée russe n’a que peu progressé au-delà de la province du Donbass depuis trois ans. En Iran, malgré les rodomontades du gouvernement américain et ses communiqués de victoire, le régime tient bon, les dirigeants assassinés ont été remplacés, l’armée religieuse continue à lancer missiles et drones à tout-va, bloque partiellement le détroit d’Ormuz créant ainsi une crise économique mondiale et, surtout, attaque les pays arabes du Golfe persique ruinant sans doute pour longtemps leur réputation de havre de paix particulièrement attractif pour les touristes blingblings du monde entier, les narco-trafiquants et le recyclage de capitaux de toutes origines.

    Ce chaos guerrier aux forts relents post-coloniaux, néo-impérialistes, risque de laisser des traces durables dans la géopolitique mondiale, sans parler de la crise économique qui sourd sur la planète entière. Les pays agresseurs n’arrivent pas pour le moment à mettre fin aux guerres qu’ils ont initiées. Ils présentent l’un et l’autre des revendications pour le moment inacceptables par les pays agressés. Comme ceux-ci continuent de résister militairement contre vents et marées, ou, à tout le moins, d’être en mesure de déployer une capacité de nuisance certaine, ils ne sont pas acculés à signer leurs redditions comme le furent l’Allemagne ou le Japon en 1945. Alors ils continuent à faire valoir leurs « arguments » et leur volonté de survivre à coups de missiles ou de canons, et surtout à force de beaucoup d’ingéniosité, comme inspirés par le désespoir.

    Evidement tout est relatif : vu de « l’Occident collectif » on préfèrerait que l’Ukraine s’en sorte et que l’Iran tombe. Ce serait une espèce de revanche pour toutes les attaques subies en provenance de l’ex-empire soviétique depuis la révolution bolchevique de 1917, et d’Iran depuis la chute du Shah, plutôt prooccidental, en 1979. Mais du côté du « Sud global » c’est exactement la position inverse et on ne serait pas mécontent que les Etats-Unis avalent leur chapeau comme revanche contre « l’impérialisme occidental », dont ils furent les leaders depuis la fin de IIe guerre mondiale, comme gage d’un certain rééquilibrage géopolitique du monde du XXIe siècle.

    Les grandes puissances émergentes, voire déjà significativement émergées, comme la Chine et l’Inde penchent nettement en faveur de ce rééquilibrage et le font savoir. Le plus édifiant dans cette affaire est que les deux forbans qui gouvernent aux destinées de la Russie et des Etats-Unis semblent creuser leurs propres tombes. Les années à venir diront si l’occident continuera vers ce déclin déjà maintes fois annoncé depuis cinquante ans, ou si un ultime sursaut lui permettra de repousser cette échéance. Désormais « Sud global » et « Occident collectif » utilisent les mêmes méthodes en cherchant à obtenir par la force ce qu’elles échouent à convenir par la diplomatie. Toujours membre de cet occident tant rejeté par une partie de la planète, l’Europe reste l’une des dernières entités à défendre l’Etat de droit et les valeurs internationales telles que définies par l’Organisation des Nations Unies, notions en grave danger d’extinction. Elle est bien seule dans ce combat.

    Quoi qu’il en soit il est peu probable que tout revienne comme avant, un « avant » où le système international avait été bâti, par et pour l’URSS et les Etats-Unis, sur les ruines de l’Europe de 1945. Les deux guerres en cours, dont on ignore encore quand et comment elles se termineront, semblent avoir déjà sérieusement entamé le crédit de la Russie et des Etats-Unis. L’avenir à court terme dira si, en plus, elles ont affaibli ces deux Etats hégémoniques au profit des nouvelles puissance mondiales dominées par l’Inde et la Chine, plutôt avec brio, et où le concept de démocratie est relayé aux oubliettes.

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  • La Russie telle qu’en elle-même

    La Russie telle qu’en elle-même

    Alors que la guerre d’Ukraine va bientôt célébrer son 4e anniversaire une frange d’intellectuels russes publient régulièrement des essais et réflexions qui prônent la poursuite assumée, voire l’approfondissement, de la politique actuelle basée sur un nationalisme exacerbé, une volonté de conquête territoriale et le phantasme de rétablir l’empire soviétique, politiquement et géographiquement.

    L’interview donnée par Sergueï Karaganov en juin 2025 au site d’information Le Grand Continent va dans ce sens. M. Karaganov est qualifié « d’architecte de la géopolitique de Poutine » par le site. Plus factuellement il dirige un institut d’analyse en politique étrangère et de défense et participe à différents Think Tanks russes. Il est à l’origine d’une doctrine qui porte son nom et qui inspirerait le pouvoir actuel de Moscou.

    On suppose que la traduction française de l’interview est correcte. Il y développe la théorie que la guerre d’Ukraine est économiquement bénéfique aux Etats-Unis qui chercheraient aussi à l’utiliser pour « écraser » la Russie et qui n’ont donc pas intérêt à y mettre fin. Il préconise donc l’option nucléaire :

    La défaite totale de l’Ukraine — avec sa capitulation pure et simple qui pourrait avoir un effet domino sur l’Europe — reste notre objectif, mais elle sera extrêmement coûteuse, voire prohibitive, car elle conduirait à la mort de plusieurs milliers de nos meilleurs enfants, si elle n’était pas renforcée par un recours plus actif à la dissuasion nucléaire, ce que je préconise pour sortir de cette impasse.

    Le penseur est bien obligé de reconnaître que Moscou n’arrive pas à conquérir l’Ukraine aves des moyens militaires conventionnels, pas plus qu’un élan populaire ne porte les Ukrainiens de l’ouest à une annexion par la Russie, d’où sa volonté de casser cette résistance, quoi qu’il en coûte.

    L’idéologue détaille ainsi sa pensée sur la difficulté qu’il y aurait pour son pays à s’entendre avec les Etats-Unis ou avec l’Europe contre laquelle il marque encore plus d’agressivité que contre Washington :

    Je suis affligé par la trajectoire qu’empruntent les pays européens et l’Union européenne.

    À cause de la déchéance morale de ses élites, le projet européen est aujourd’hui dans l’impasse, après avoir atteint un certain apogée. La génération politique actuelle échoue sur tous les fronts et cherche son salut dans l’entretien d’une hostilité croissante, voire dans une préparation à la guerre contre la Russie, ce qui est proprement sidérant, une sorte de préparatif à un suicide rapide. Je pense que l’Europe collective est inévitablement amenée à se dissoudre. Il ne me semble pas qu’elle puisse tenir longtemps en tant qu’entité sans se désagréger.

    Je rappelle que je suis un Européen russe, bien qu’eurasiatique. Mais cela ne retire rien au fait que l’Europe a été la source des principales calamités de l’humanité au cours de ces cinq derniers siècles. 

    Il renouvelle la position largement diffusée en Russie et dans le « Sud global » que l’Europe est la puissance hostile à la Russie, voir l’entité qui l’attaque. Il se félicite que la guerre d’Ukraine ait provoqué le départ des citoyens russes européanisés, corrompus par les valeurs occidentales, attirés par la déchéance morale des élites européenne et par « l’eurofascisme ». La Russie est ainsi purifiée de ces traîtres qui ne reviendront jamais plus à la mère patrie.

    À la faveur de l’opération militaire, nous nous sommes débarrassés en un temps record d’une quantité considérable de personnes que je désigne comme de la « racaille ».

    Les Etats-Unis qui souhaiteraient la poursuite de la guerre d’Ukraine par intérêt, l’Europe qui « a été le berceau des pires courants idéologiques, de guerres monstrueuses, de génocides de masse » et qui est en pleine déliquescence, l’Alliance atlantique (OTAN) qui est un cancer qui va « crever », l’arme nucléaire comme seule porte de sortie pour vaincre l’Ukraine, l’homme ne mâche pas ses mots et il n’est pas le seul.

    Lire aussi : La Russie constante dans sa volonté de nuire à l’Occident

    Il est difficile de mesurer l’audience de ces théories radicales en Russie mais il est probable qu’elles sont inspirantes au moins pour les stratèges du Kremlin qui les mettent en œuvre avec « enthousiasme » dans les frontières russe reconnues internationalement mais aussi dans les territoires occupés en Ukraine, en Moldavie ou en Géorgie. On ne sait pas bien non plus si ces idéologues pensent vraiment ce qu’ils affichent ou s’ils élaborent ce discours paranoïaque et victimaire uniquement pour justifier leur soif de conquêtes, leur besoin de vengeance par suite de l’humiliation subie lors de l’effondrement de l’Union soviétique au siècle dernier. Quel que soit l’hypothèse, la Russie est devenue un pays hostile à « l’Occident collectif », avec une forte capacité de nuisance et sans doute pour longtemps encore.

    Cette guerre d’Ukraine a déjà bouleversé l’environnement géopolitique planétaire, et pas dans le sens du monde apaisé vers lequel l’Occident croyait avoir tracé une ligne droite depuis 1945. Personne ne sait bien quelle direction va prendre maintenant cette nouvelle route à l’heure où le système international, laborieusement construit depuis 80 ans, basé sur le droit et le consensus, au moins s’agissant d’un certain nombre de sujets communs (décolonisation, prévention des guerres, droits de l’homme, commerce, santé, réfugiés, culture, etc.) est en train de disparaître au profit d’un environnement sauvage et violent, où des camionneurs bas du front remplacent des diplômés de Harvard pour diriger les grandes puissances de ce monde. Les choses changent et bien malin qui peut prédire aujourd’hui si ce sera profitable ou non pour les générations futures, celles de nos enfants. Les « boomers » nés au cours des « trente glorieuses » craignent que non, mais les générations suivantes qui scrollent dans le métro des vidéos d’influenceuses à forte poitrine et faux-ongles extra-longs, résidant à Dubaï, ne sont pas forcément de cet avis. Sont-ils inquiets d’ailleurs ? Ils prennent progressivement les commandes du monde au fur et à mesure où les boomers le quittent. L’avenir dira ce qu’ils en feront.

  • La Géorgie regarde vers l’Est

    La Géorgie regarde vers l’Est

    La Géorgie, ex-république Soviétique (Staline est d’ailleurs né en Géorgie), à qui l’Union européenne a bien imprudemment délivré le statut de candidat à l’adhésion à l’UE, est confrontée à une contestation interne entre les proeuropéens et les prorusses. À la suite de la guerre de Géorgie en 2008, la Russie occupe deux régions géorgiennes et ne compte pas les rendre. Celles-ci, russophones et russophiles, ne semblent d’ailleurs pas très intéressées par quitter le parapluie russe.

    Lire aussi : La Géorgie et la Moldavie tiraillées entre l’Est et l’Ouest

    Pour le reste de la Géorgie toujours souveraine, le gouvernement en place affiche ses tendances prorusses et les sondages locaux, pour autant que ceux-ci soient fiables, montrent que seule une petite moitié de la population regarde vers l’ouest et serait intéressée par une adhésion à l’Union européenne (UE) qui impliquerait leur éloignement du monde russe.

    Ce pays, instable et pauvre, de 4 millions d’habitants, toujours entre un coup d’Etat et une invasion russe n’est clairement pas en mesure de remplir les conditions d’adhésion à l’UE. Il ne représente pas vraiment d’intérêt pour l’Union elle-même mais plutôt une source potentielle d’ennuis assez considérable si son adhésion devenait effective un jour. La motivation de sa population pour une adhésion semblant plus que modérée le mieux serait de ne pas insister et de laisser ce pays vivre sa vie, sans bien sûr s’empêcher de coopérer avec lui. Mais en faire un membre à part entière de l’UE est un défi hors de portée des deux parties. Quel besoin avait alors l’UE de délivrer un statut de candidat à l’adhésion à la Géorgie ? Il va être difficile de s’en défaire comme on n’a pas su l’annuler dans le cas de la Turquie même si plus grand monde ne pense que ce pays pourrait un jour devenir membre de l’UE. Juridiquement la candidature à l’adhésion tient toujours, comme pour l’Ukraine d’ailleurs.

    Lire aussi : Le syndrome de l’adhésion

  • La Russie constante dans sa volonté de nuire à l’Occident

    La Russie constante dans sa volonté de nuire à l’Occident

    En juillet 2021 le président russe a signé un long article de 15 pages qui justifiait comment l’Ukraine et la Russie ne formeraient qu’un seul et même pays que seules les forces maléfiques de « l’Occident collectif » s’évertuent à vouloir diviser pour monter la première contre la seconde.

    Je suis convaincu que c’est en partenariat avec la Russie que la véritable souveraineté de l’Ukraine est possible. Nos liens spirituels, humains, civilisationnels se sont tissés depuis des siècles, remontent aux mêmes sources, se sont endurcis par les épreuves, les réalisations et victoires communes. Notre parenté se transmet de génération en génération. Elle est dans les cœurs, dans la mémoire des personnes vivant dans la Russie et l’Ukraine modernes, dans les liens du sang qui unissent des millions de nos familles. Ensemble, nous avons toujours été et serons bien plus forts et performants. Après tout, nous sommes un seul peuple.

    Huit mois plus tard, en février 2022, les troupes russes envahissaient le voisin ukrainien et, presque quatre années plus tard la guerre fait toujours rage. Une partie de l’Ukraine est détruite ; on parle de centaines de milliers de morts et blessés des deux côtés ; on déplore les centaines de milliards d’euros déjà partis en fumée dans les chars et les canons ; on envisage avec crainte les centaines de milliards qu’il faudra dépenser pour reconstruire ce qui a été pulvérisé par les bombes et les obus.

    Lire aussi : Le président russe et l’Histoire

    Contre toutes attentes les troupes russes n’ont pas réussi à progresser en Ukraine au-delà de la partie est du pays, le Donbass frontalier avec la Russie. Elles occupent environ 20% du territoire, y compris la Crimée qui elle a été envahie en 2014. Depuis le déclenchement du conflit par Moscou le discours officiel russe consiste à asséner que c’est la Russie qui est attaquée et qu’elle est bien obligée de se défendre contre « l’Occident collectif », bien que ce soient des militaires russes qui stationnent sur le territoire ukrainien et non l’inverse.

    Un certain nombre d’idéologues nationalistes, voire slavophiles, appuient largement ce discours en l’assortissant de menaces pas du tout voilées contre cet Occident qui les obsèdent. L’hebdomadaire Le Point a publié en mars 2025 une interview de Vladislav Sourkov, l’inspirateur des premières années de la stratégie déroulée par le président Poutine. Son personnage avait été repris dans le roman de Giulano da Empoli « Le Mage du Kremlin » sorti en 2022. Dans son interview Sourkov explique qu’une victoire pour la Russie serait :

    L’écrasement militaire ou militaro-diplomatique de l’Ukraine. Le partage de ce quasi-Etat artificiel en ses fragments naturels. Il pourra y avoir, en cours de route, des manœuvres, des ralentissements ou des pauses. Mais cet objectif sera atteint.

    Plus inquiétant il développe l’idée que « Le monde russe est partout où l’on trouve une influence russe, sous une forme ou une autre : culturelle, informationnelle, militaire, économique, idéologique ou humanitaire… C’est-à-dire qu’il est partout. […] Nous nous étendrons donc dans toutes les directions, aussi loin que Dieu le voudra et que nous en aurons la force. » C’est en termes plus sophistiqués le slogan russe que M. Poutine a repris à de nombreuses reprises : « La Russie n’a pas de frontières, c’est là où des soldats russes ont posé leurs bottes. »

    Pour M. Sourkov l’Ukraine a été entraînée dans sa rébellion contre la Russie par les deux coups d’Etats soutenus par l’Occident en 2005 et 2014. La partie antirusse de sa population est minoritaire selon lui. Il prédit par ailleurs que la culture du Grand Nord unissant la Russie, l’Europe et les Etats-Unis s’affirmera comme seul gage de survie face au développement démographique insoutenable du Sud, mais cette unité sera faite au prix de conflits et de tragédies.

    Sinon, pour vous faire une idée de l’avenir de la France et des autres, vous n’avez qu’à lire Soumission, de Michel Houellebecq.

    Aujourd’hui ce sont trois diplomates russes qui publient un article intitulé « Brûler jusqu’à la Manche ? Quelles garanties de sécurité efficaces à l’heure d’un affrontement historique entre la Russie et l’Occident ». Le « Brûler jusqu’à la Manche » fait référence au refrain d’une chanson écrite par un groupe de rock pro-régime. L’article se réfère à l’histoire de la Russie et des multiples conflits dans lesquels elle fut impliquée. Le ton retenu par les rédacteurs est celui de la victimisation de la Russie sous les coups de l’Occident. De Napoléon à Hitler, les ennemis historiques de la Russie restent les mêmes et sont à l’œuvre aujourd’hui pour tenter de détacher l’Ukraine de la Russie et, plus généralement, de coloniser la Russie et de « déslaviser » la région. Alors la seule façon pour la Russie de négocier sa survie est d’abord de vaincre militairement l’Occident.

    Les expériences passées montrent que les pays occidentaux sont toujours mieux disposés à écouter nos propositions de refonte de l’architecture de sécurité (ou de simples garanties de sécurité) lorsque les troupes russes mettent le pied à Paris ou à Berlin.

    Les rappels historiques de ce papier passent sous silence les conquêtes territoriales russes obtenues par les armes sous la dynastie des Romanov (1613-1917) période durant laquelle le territoire russe s’est significativement agrandi gagnant des accès à la mer Baltique et à la mer Noire, et vers le sud. L’Union soviétique qui lui succéda ne fut pas en reste non plus et, au-delà des conquêtes territoriales, son impérialisme fut aussi idéologique en tentant d’élargir le champ d’action du communisme et de son « avenir radieux ». Alors tous ces conflits ont opposé la Russie à l’Occident (mais aussi au Japon) se sont terminés par des victoires ou des défaites, militaires ou idéologiques, des uns et des autres. Les Russes en concluent qu’ils ont été la victime permanente de ces tragédies de l’Histoire, c’est leur vision des choses et elle semble justifier pour eux à « redoubler d’agressivité ».

    Nous n’oublierons pas les leçons du passé. L’Occident n’a jamais voulu de la Russie en qualité de partenaire puissant et indépendant ; s’il la tolère, c’est comme victime ou comme trophée. L’heure est venue d’agir avec fermeté, assurance et détermination : c’est seulement alors que nous parviendrons à garantir notre sécurité et obtenir une paix durable à des conditions avantageuses pour nous. Toute hésitation et tout signe de compromis seront interprétés par nos ennemis comme une invitation à redoubler d’agressivité.

    On voit que l’invasion en cours de l’Ukraine n’est qu’un élément de la stratégie russe de lutte contre l’Occident, sans doute pas le dernier. Il est probable que la Russie va faire reparler d’elle tant elle affiche une volonté « d’agir avec fermeté, assurance et détermination ». Ces « actions » seront très certainement dirigées majoritairement contre l’Occident collectif qui doit s’y préparer et, pour ce faire, accepter de sortir du confort douillet dans lequel s’endorment les nations qui le composent. L’avenir risque de secouer un peu le cocotier de son immobilisme. Les pays voisins de l’ogre russe seront sans doute les plus « secoués ».

    Les sources

    L’article « Brûler jusqu’à la Manche ? Quelles garanties de sécurité efficaces à l’heure d’un affrontement historique entre la Russie et l’Occident » (décembre 2025)

    L’interview de Vladislav Sourkov (mars 2025)

  • Les Etats-Unis se fatiguent de la guerre d’Ukraine

    Les Etats-Unis se fatiguent de la guerre d’Ukraine

    La guerre d’Ukraine bat son plein, la Russie reste ferme sur ses positions agressives et ne bouge pas d’un iota sur ses exigences de transformer l’Ukraine en une zone tampon entre elle et l’Europe pour envisager de commencer à discuter de cesser les combats. Bien au contraire, Moscou a envoyé il y a deux jours une salve d’une vingtaine de drones et missiles sur la Pologne. Il est peu probable qu’il s’agisse d’une erreur vu le nombre d’aéronefs en question. Ils n’étaient a priori pas explosifs. Certains ont été abattus par des chasseurs polonais et néerlandais loin à l’intérieur du territoire polonais mais il semble que la majorité n’a pas pu être détruite, ce qui est moyennement rassurant quant à l’efficacité de la défense aérienne des forces de l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique nord) chargées de défendre l’Europe…

    Depuis son intronisation au début de cette année le président des Etats-Unis essaye, avec un peu de dilettantisme, de mettre fin à cette guerre. Les résultats sont plutôt modestes devant le refus de tout compromis exprimé par la Russie qui développe le même rationnel depuis 2014 : l’Ukraine est une province de la Russie. Les différents envoyés spéciaux américains, et jusqu’au président Trump lui-même qui vient de recevoir son alter-ego russe sur un tapis rouge déployé sur le territoire américain en Alaska, se sont heurtés au même mur infranchissable de la volonté russe malgré des concessions assez significatives que les Etats-Unis se sont montrés prêts à faire à Moscou… au nom de l’Ukraine à qui on n’a guère demandé son avis.

    Ce matin le président Trump a publié une lettre sur son réseau dit « social ». Il rappelle son mantra dans cette affaire à savoir que cette guerre n’aurait jamais été déclenchée en février 2022 s’il avait été président et il qualifie ce conflit de « guerre de Biden [son prédécesseur] et Zelensky [le président ukrainien] ». Il ne fait pas mention de la Russie qui est tout de même le pays dont l’armée a franchi la frontière de l’Ukraine. C’est la vision du patron de la Maison Blanche et d’une bonne partie de ses électeurs. Ils ont le droit de défendre cette position. Hélas, elle va à l’encontre des valeurs et systèmes sur lesquels l’Europe s’est construite depuis la fin de la IIe guerre mondiale. Les positions bougent et il va bien falloir en tenir compte, à défaut d’être en position de faire valoir les aspirations européennes à la démocratie et l’Etat de droit, sujets qui deviennent bien minoritaires dans le monde !

    Par la voix de leur président, les Etats Unis mentionnent dans cette lettre qu’ils sont prêts à envisager de nouvelles sanctions contre Moscou pour tenter de favoriser la fin du conflit si les pays de l’OTAN cessent d’acheter du pétrole russe et s’ils imposent des droits de douane de 50 à 100%. Il faut bien dire qu’il y a du bon sens dans ces demandes. Il semble qu’il subsiste encore des achats d’uranium russe par des entités américaines mais il n’en est point question dans la missive trumpiste.

    Quoi qu’il en soit, les exigences russes comme américaines accentuent la position de faiblesse l’Europe, démunie face à deux ogres sans foi ni loi. On a du mal à imaginer un sursaut possible, militaire et politique, des capitales européennes face aux ambitions impériales russes et au repli des Etats Unis. Il nous est quand même permis de l’espérer en étant réalistes sur l’ampleur des sacrifices qu’il faudra consentir pour recouvrer un niveau de puissance suffisant pour faire reculer les ogres !

  • La Russie campe sur ses positions conquérantes

    La Russie campe sur ses positions conquérantes

    Avec une constance qui forcerait l’admiration s’il ne s’agissait d’une guerre fratricide contre l’Ukraine, le pouvoir russe continue à bombarder sans relâche son voisin et à exiger la cession des territoires du Donbass que Moscou a déjà juridiquement annexés sans les avoir encore totalement conquis, pour faire taire ses armes. Et on ne parle même pas de la Crimée qui, elle, est déjà conquise et annexée depuis 2014 par la Russie.

    Une partie de l’Europe continue à s’opposer politiquement à ces pratiques de voleurs mais n’a que des moyens limités pour ce faire et n’est pas prête à « mourir pour Kiev ». Les Etats-Unis et leur président populiste-conservateur font plus ou moins « ami-ami » avec la Russie et veulent en finir avec ce conflit qui les empoisonne et coûte cher. La malheureuse Ukraine continue à se battre vaillamment avec les armes et l’argent… des autres, même si son industrie militaire se renforce, mais elle recule sur le terrain. Et la guerre dure depuis 3 ans ½…

    Le texte fondateur de l’idéologie russe publié en 2021 pour justifier l’invasion est toujours d’actualité. Persévérance et mauvaise foi sont les armes déployées depuis trois ans par Moscou pour mettre œuvre ses conclusions.

    Je suis convaincu que c’est en partenariat avec la Russie que la véritable souveraineté de l’Ukraine est possible. Nos liens spirituels, humains, civilisationnels se sont tissés depuis des siècles, remontent aux mêmes sources, se sont endurcis par les épreuves, les réalisations et victoires communes. Notre parenté se transmet de génération en génération. Elle est dans les cœurs, dans la mémoire des personnes vivant dans la Russie et l’Ukraine modernes, dans les liens du sang qui unissent des millions de nos familles. Ensemble, nous avons toujours été et serons bien plus forts et performants. Après tout, nous sommes un seul peuple.

    Lire l’article complet (10 pages) : Le président russe et l’Histoire

    Tout le monde est fatigué de ce conflit et voudrait passer à autre chose. Il est à craindre que l’Ukraine ne soit le dindon de la farce et que l’Europe en sorte fragilisée avec une frontière russe qui se rapprochera des siennes. La Russie restera une puissance nuisible et antioccidentale pour encore des générations. Une espèce de nouveau « rideau de fer » va être tiré, tout de même plus à l’est que le précédent issu de la guerre froide, mais sans doute plus dangereux encore. Les mois à venir diront où il va être tiré exactement, à la frontière du Donbass ou sur celle de la Pologne avec l’Ukraine ?

    Les leçons qu’il va falloir bientôt tirer de cette guerre de conquête russe risquent d’être douloureuses pour « l’occident collectif » !

  • La sagesse de Metternich

    La sagesse de Metternich

    Alors qu’il représentait l’empire d’Autriche au congrès de Vienne après la défaite cuisante de la France de Napoléon à la bataille de Waterloo, Metternich (1773-1859) annonça à l’ouverture de celui-ci en septembre 1814, alors que les troupes opposées à la France occupaient Paris :

    Ou bien la paix sera dictée par le désir de se venger de la France ou bien elle sera inspirée par le désir d’établir un équilibre aussi que parfait que possible entre les puissances.

    In « Grands diplomates » sous la direction d’Hubert Védrine – 2024

    L’Europe de cette époque était guerrière et sanguinaire, Napoléon fut d’ailleurs l’un de ses représentants les plus violents, elle avait en revanche des diplomates de talent. Pas sûr que ce ne soit toujours le cas aujourd’hui où les prémices de la cessation des combats qui s’annonce entre l’Ukraine et la Russie ne semblent pas reposer sur cette vision d’un équilibre mais plutôt sur celle de la vengeance.

  • La Géorgie et la Moldavie tiraillées entre l’Est et l’Ouest

    La Géorgie et la Moldavie tiraillées entre l’Est et l’Ouest

    En Géorgie (4 millions d’habitants) ce week-end les électeurs ont donné une majorité de 53% au parti prorusse Rêve géorgien laissant un peu dépités les minoritaires plutôt proeuropéens.

    En Moldavie (3 millions d’habitants) le week-end dernier, un référendum sur l’Union européenne (UE) a abouti à une courte majorité en faveur de l’adhésion de 50,43%.

    Dans les deux pays la tradition démocratique est assez récente et on peut facilement imaginer que le processus électoral n’a pas été d’une parfaite objectivité. L’influence russe est aussi évidente, en Géorgie comme en Moldavie qui toutes deux, non seulement partagent une frontière avec la Russie mais ont une partie de leur territoire occupé par la Russie. Ces deux pays firent partie de l’Union soviétique et Moscou voit d’un mauvais œil leur éventuel rapprochement avec l’UE. C’est pour rappeler fermement sa position que Moscou a déployé son armée dans deux provinces de Géorgie par suite de la guerre éclair de 2008 et n’a jamais lâché son occupation de la Transnistrie depuis son intervention militaire dans cette partie de la Moldavie en 1992.

    Comme l’Ukraine, ces deux ex-Républiques soviétiques restent tiraillées entre l’Est et l’Ouest. Même si ces élections ont sans doute été entachées de fraude celle-ci n’a certainement pas fondamentalement changé le fait que les populations sont sérieusement divisées sur le sujet et quelle que soit l’orientation qui sera prise par ces pays elle montera la moitié de la population contre l’autre.

    L’UE peut aussi se poser légitimement la question de son intérêt à intégrer un jour ces pays comme le souhaite une partie de leurs peuples. Mis à part une espèce de victoire « morale » sur la Russie qui a succédé à l’ennemi soviétique, l’adhésion de la Moldavie et de la Géorgie est une mine de difficultés (et de coûts substantiels) à venir. Faire adhérer des pays occupés par une armée étrangère est déjà arrivé avec l’intégration en 2003 de Chypre occupée par la Turquie. Est-ce une raison pour renouveler l’erreur qui est d’ailleurs en contradiction avec les règles de l’Union qui requièrent des « institutions stables » avant l’adhésion ? Difficile de plaider la stabilité quand des pays sont occupés par la Russie. Au-delà, les intérêts européens commerciaux, industriels ou financiers que rapporteraient leur adhésion sont difficiles à identifier.

    Malgré tout l’UE, plus diplomatique que pragmatique, ne sait pas dire non et dès qu’un pays fait mine de se diriger vers elle, bonne mère, elle lui ouvre les bras et ses poches, négligeant ses propres intérêts le cas échéant. Et c’est ainsi que l’UE a attribué le statut de candidat à la Macédoine du Nord, le Monténégro, la Serbie, l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine avant donc de l’octroyer récemment à l’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie. Il suffit d’imaginer demain la table du conseil européen avec les 27 pays actuels plus les 8 candidats pour avoir au mieux, une vision d’un blocage institutionnel total, et, au pire, une idée de l’enfer politique sur terre.

    Il est sans doute trop tard pour inverser le mouvement avec l’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie à qui le statut de candidat a été accordé en 2023 et, pour les deux premiers, avec qui les négociations ont officiellement démarré le 25 juin dernier. Mais pour les quatre autres (dont la Serbie prorusse, ennemie affichée de la Croatie, sans parler du Kosovo qui n’est pas encore candidat) il n’est pas sûr que leur désir d’adhésion soit tellement partagé par les populations locales et, même s’il l’était, faut-il quand même envisager les négociations ? Celles-ci ne sont pas forcé d’aboutir favorablement, le cas de la Turquie est là pour le confirmer, mais généralement, une fois engagées elles débouchent quasi mécaniquement sur l’adhésion. Pour Chypre par exemple où une « ligne rouge » de la résolution de conflit avec la Turquie avait été posée par l’UE, cette réserve de bon sens a finalement été balayée devant la faiblesse des diplomates. La Grèce qui avait bien évidement annoncé son veto a finalement été poussée à le lever et Chypre est entrée dans l’UE en 2003 avec… la moitié de son territoire occupé par la Turquie qui a créé la République turque de Chypre du Nord (RTCN). Vous remplacez Turquie par Russie et vous avez une situation très similaire avec la Géorgie et la Moldavie. Il est à craindre que les choses se terminent de la même façon, c’est-à-dire de manière défavorable aux intérêts de l’Union européenne.

    L’importation du chaos au sein de l’UE est une première victoire pour la Russie. Même si sa conquête de l’Ukraine est poussive et ne concernera probablement que le Dombass, l’adhésion de l’Ukraine résiduelle sera néfaste pour l’Europe ce dont ne pourra que se réjouir le « Sud global ». Compte tenu de la guerre en cours entre Russie et Ukraine on voit mal comment les pays-membres actuels pourraient s’opposer à l’adhésion. Les obstacles structurels qui ne manqueront pas de se présenter seront probablement balayés pour des « raisons politiques ».

    L’article 88.5 de la constitution française stipule :

    Tout projet de loi autorisant la ratification d’un traité relatif à l’adhésion d’un État à l’Union européenne est soumis au référendum par le Président de la République.

    Toutefois, par le vote d’une motion adoptée en termes identiques par chaque assemblée à la majorité des trois cinquièmes, le Parlement peut autoriser l’adoption du projet de loi selon la procédure prévue au troisième alinéa de l’article 89.

    [cet article n’est pas applicable aux adhésions faisant suite à une conférence intergouvernementale dont la convocation a été décidée par le Conseil européen avant le 1er juillet 2004]

    Le moment venu, et si cet article n’est pas modifié d’ici là, le peuple, par référendum, ou le parlement, à la majorité des trois-cinquièmes, devront valider une éventuelle adhésion de l’Ukraine, comme celles de tous les autres candidats. L’UE imposant pour le moment l’unanimité pour approuver l’adhésion, en théorie le peuple français, ou ses représentants, pourraient s’y opposer.

    Il sera intéressant de voir comment ces adhésions seront soumises à l’article 88.5 et les réponses qui seront apportées à ces projets d’adhésion !

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  • L’Ukraine engagée au Mali ?

    L’Ukraine engagée au Mali ?

    Il semble que les mercenaires russes qui appuient l’armée malienne contre les terroristes religieux aient subi une défaite dans le désert, au village de Tinzawaten. Une soixantaine de cadavres d’hommes blancs auraient été répertoriés. L’Ukraine aurait fourni du renseignement aux terroristes sahariens pour faciliter leur victoire suivant le grand principe : « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ». Un responsable militaire ukrainien a plus ou moins confirmé cet engagement de son pays contre les mercenaires russes au Sahel. Vu le pédigré des terroristes maliens en question, une association de circonstance entre des islamistes et des indépendantistes touareg, il n’est pas bien sûr que l’Ukraine ait misé sur le bon cheval mais on peut imaginer que tout ce qui peut nuire à la Russie intéresse Kiev. On peut se demander de quel type de renseignements pouvait bien disposer l’Ukraine sur le Sahel pour aider à cette défaite russe ? Le Sahara est tout de même assez éloigné des plaines ukrainiennes et sans doute pas au cœur des préoccupations de Kiev pour le moment…

    Bien entendu le vieux réflexe des anciens pays colonisés par la France d’accuser Paris d’être responsable de tous leurs malheurs joue encore aujourd’hui et l’Alliance des Etats du Sahel (AES), qui réunit le Mali, le Niger et le Burkina-Faso après que ceux-ci ont eu quitté la CDEAO et se soient rapprochés de la Russie, publie le communiqué rageur ci-dessus le 5 août.

    La France impliquée dans un jeu dangereux au Mali, aux côtés de l’Ukraine et de groupes terroristes !

    AES (https://x.com/AESinfos/status/1820574117269241994)
    Lire aussi : Le Mali, le Burkina-Faso et le Niger se retirent de la CEDEAO
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    La présence de l’Union soviétique et de son allié cubain a marqué les pays africains après leurs indépendances dans les années 1960. Nombre d’entre eux ont d’ailleurs adopté le communisme comme programme politique sous couvert du « non-alignement » qui était en fait le faux-nez de Moscou contre les prétentions occidentales dans les pays nouvellement indépendants. Le Bénin, le Mali, la Guinée, l’Ethiopie, le Congo-Brazzaville, l’Egypte de Nasser, le Congo-Zaïre de Lumumba, l’Algérie, notamment, ont pactisé avec le grand frère soviétique et érigé parfois des dictatures sanguinaires, parfois des régimes qui n’avaient de communiste que le nom. A Moscou, l’université baptisée « Patrice Lumumba » a accueilli, et accueille toujours, nombre de cadres africains.

    Le retour de la Russie en Afrique n’est pas véritablement une surprise puisqu’elle y fut très présente jusqu’à la dissolution de l’URSS en 1991. Ce qui est nouveau en revanche est que l’ex-Union soviétique, maintenant réduite à la simple Fédération de Russie, qui reste tout de même en surface le pays le plus grand de la planète, s’y affronte avec l’Ukraine son ancien vassal. L’idéal serait tout de même que l’Afrique, après s’être débarrassée de ses colonisateurs, avoir abrité les conflits de la guerre froide, arrive à concevoir désormais son avenir sans plus d’interventions extérieures. Elle n’en prend pas le chemin, hélas.

    Pour le moment la Russie a perdu une bataille dans le désert, mais sans doute pas la guerre. Son plus grand défi reste d’ailleurs de ne pas être de nouveau rejetée par les populations comme le fut l’URSS à peu près partout sur le continent. Rendez-vous dans trente ans pour faire le bilan de ce nouvel activisme russe en Afrique.

  • Le président ukrainien fait un discours devant une assemblée nationale aux rangs clairsemés

    Le président ukrainien fait un discours devant une assemblée nationale aux rangs clairsemés

    Invité en Normandie pour le 80e anniversaire du débarquement du 6 juin 1944, le président ukrainien Zelensky a fait ensuite une étape par Paris, la veille du scrutin incertain des élections européennes pour prononcer un discours devant l’assemblée nationale française. Il est venu demander plus de sous et plus d’armes pour « gagner la guerre contre l’agresseur Russe ». Ce fut une prestation un peu pathétique car le nombre de députés présents était assez faible et cela se traduisait par des rangs clairsemés dans l’hémicycle. On ne peut pas dire que ces absences étaient très respectueuses à l’égard du président d’un pays allié en guerre. Certes, les élus avaient sans doute l’esprit plus tourné vers les élections du lendemain, mais sans doute le désintérêt de nombre d’entre eux marque aussi leur fatigue devant un conflit qui dure et dont on ne voit pas vraiment comment le terminer.

    Ce qui est cependant bien visible ce sont les coûts engagés par les alliés de l’Ukraine pour tenir ce pays à bout de bras face à l’ogre russe et, surtout, ce qu’il faudra payer pour reconstruire le pays et dont la charge reviendra probablement majoritairement sur l’Europe. Quelle que soit l’issue du conflit, il est assez peu probable que Moscou participe aux frais…

  • De Wagner à l’Africakorps

    De Wagner à l’Africakorps

    Avec une grande subtilité les forces paramilitaires russes intervenant en Afrique sont en train de se rebaptiser « Afrikakorps » à la suite de la réorganisation de l’ancienne milice « Wagner » rendue nécessaire par « l’accident d’avion » (sans doute un attentat) qui a décimé son état-major dans la chute de l’avion qui l’emmenait de Moscou à Saint-Pétersbourg en septembre dernier.

    Lire aussi : La fin d’un clown sinistre

    La milice aurait été initialement nommée « Wagner » en référence au compositeur allemand dont la musique fascinait le chancelier Hitler et emportait l’enthousiasme des foules. Il se disait que l’un des cofondateurs de Wagner, décédé dans « l’accident », était acquis à la cause nazie et portait des croix gammées tatouées dans le cou. C’est lui qui aurait choisi le nom.

    Après la disparition de ces miliciens, l’Etat russe semble avoir repris la main sur l’organisation de ces soldats de fortune et trouvé le joli nom « Afrikakorps » pour les désigner. Afrikakorps c’était tout simplement la dénomination de l’armée nazie dans les déserts africains durant la IIe guerre mondiale. Initialement sous les ordres de Rommel, cette armée a conquis des territoires en Libye et en Egypte avant de devoir reculer face aux alliés, notamment à la suite de leur célèbre victoire à El-Alamein en novembre 1942. L’Afrikakorps déposa définitivement les armes en mai 1943.

    Compte tenu de cette histoire pas vraiment glorieuse il n’est pas bien sûr que ce nouveau nom soit très approprié vu du côté russe… En tout cas, sa référence à l’armée nazie ne semble pas vraiment cohérente avec la mission de « dénazification » que s’est fixée la Russie pour l’Ukraine et le reste du monde !

  • Dmitri Medvedev tout en subtilité

    Dmitri Medvedev tout en subtilité

    Traduite par Microsoft, la prose de l’ancien président russe durant la période 2008-2012 et toujours président du parti « Russie unie », pro-poutinien, depuis plus de dix ans, fait toujours dans la nuance… C’est étrange cette obsession du nazisme aujourd’hui chez les Russes. Leurs références à l’Ukrainien Bandera (1909-1959) pour justifier la guerre menée contre Kiev est permanente. Bandera fut un nationaliste ukrainien qui, durant la seconde guerre mondiale, s’est retourné contre l’Union soviétique avec l’aide des Allemands. Comme nombre d’Ukrainiens il n’avait pas gardé que de bons souvenirs de la soviétisation de son pays par Moscou…

    Dans la même période, le général de l’armée rouge Vlassov, fait prisonnier par les Allemands en 1942, est retourné par eux et se rallie à leur cause. Il fonde « l’armée russe de libération » qui combat aux côtés de la Wehrmacht. En France, nombre de volontaires ont également combattu aux côtés des Allemands. L’internationalisation de la révolution russe n’avait tout de même pas emporté l’enthousiasme de tous les peuples au point que certains d’entre eux se sont compromis avec l’idéologie nazie contre le « judéo-bolchevisme ». Beaucoup eurent des comptes à rendre après la défaite allemande. Le Français Jacques Doriot, ancien communiste qui a porté l’uniforme nazi, est mort lors du mitraillage de son auto par un avion en 1945 alors qu’il avait fui en Allemagne. Vlassov a été livré aux Soviétiques par les alliés après la défaite de Berlin, emprisonné, torturé, condamné et pendu avec ses généraux en 1946. Bandera réussit à échapper aux soviétiques juste après la guerre et à se réfugier en Suisse puis en Allemagne où il est retrouvé mort un jour de 1959, sans doute assassiné par les services secrets soviétiques du KGB.

    Durant ce conflit de la deuxième guerre mondiale, tous les pays alliés ont connu la dérive de certains de leurs citoyens, la Russie (ex-Union Soviétique) comme les autres. La justice est plus ou moins passée sur ces évènements peu brillants, des règlements de comptes ont également eu lieu, plus ou moins publics et étalés dans le temps. La Russie qui eut à déplorer environ 25 millions de morts dans ce conflit continue à en faire l’un des éléments fondateurs de son existence aujourd’hui, bien au-delà de la révolution bolchévique ou de son histoire tsariste. Le problème pour la partie occidentale est qu’elle utilise aussi cette référence pour justifier son invasion de l’Ukraine en février 2022.

    Dans son message, Medvedev assimile le président ukrainien Zelenski à Bandera et le chancelier allemand Scholz à Hitler. Le président russe Poutine, commandant en chef des armées russes, s’exprime généralement en public de façon plus mesurée mais sa pensée intime ne doit pas être très éloignée de celle de son âme damnée Medvedev. A moins que le nazisme supposé des dirigeants ukrainiens ne soit pour lui qu’un prétexte, qu’il n’en pense pas un mot mais l’utilise pour justifier sa soif de conquête de ses voisins, surtout quand ils furent intégrés à un moment ou un autre à l’Empire russe ou soviétique.

    On ne semble en tout cas pas vraiment sur la voie de l’apaisement dans la guerre d’Ukraine qui perturbe sérieusement l’ensemble de la planète…

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  • Double victoire de la Russie contre l’occident

    Double victoire de la Russie contre l’occident

    La Russie a le vent en poupe dans le conflit qui l’oppose à l’Ukraine et à l’Occident. Hier le Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement a entériné l’ouverture des négociations d’adhésion à l’Union européenne (UE) pour l’Ukraine, la Moldavie et la Bosnie-Herzégovine. Certes il reste encore de nombreuses étapes à franchir avant que ces adhésions ne soient opérationnelles, l’exemple de la Turquie est là pour le rappeler, mais on peut imaginer que pour l’Ukraine en guerre contre la Russie l’Union sera moins exigeante pour accélérer cette adhésion comme prix des sacrifices endurés par Kiev pour défendre les frontières Est de l’Europe contre l’agressivité de la Russie.

    L’ouverture des négociations d’adhésion déclenche le déblocage de fonds européens en faveur des candidats pour les aider à se mettre à niveau et il va bien falloir que ces fonds soient prélevés quelque part, c’est-à-dire dans les poches des Etats membres actuels ce qui risque de déclencher frustrations et difficultés. L’entrée de ces pays dans les instances de l’UE va significativement changer ses objectifs et ses règles, probablement en les dégradant car l’aspect politique de l’Union va progressivement être dissous dans l’immense capharnaüm que va devenir le conseil européen réunissant les chefs d’Etat et de gouvernement. Essayons d’imaginer la table du conseil demain avec les pays fondateurs, les pays de l’Est adhérents post-dislocation de l’URSS, certains pays balkaniques, sans parler de l’Albanie, la Géorgie et d’autres qui lorgnent vers un siège à Bruxelles. La confrontation de tant d’intérêts divergents, de niveaux de développement économique différents, de cultures et de religions parfois opposées va immanquablement entraîner la dilution de l’aspect politique que les pères fondateurs ont voulu donner à l’Union. La question budgétaire va également être au centre de conflits sans fin tant les besoins financiers de ces candidats sont gigantesques. Les probables difficultés à financer cette mise à niveau des candidats va immanquablement entraîner une baisse des flux financiers vers les pays qui en sont aujourd’hui bénéficiaires. Il va bien falloir trouver les sous quelque part…

    Lire aussi : Le syndrome de l’adhésion

    Les pays dits « illibéraux », mais aussi certains partis nationalistes aux Etats-Unis et dans des pays occidentaux se frottent les mains devant cette déliquescence annoncée du projet européen tant ils rejettent ses « valeurs » démocratiques et libérales, la Russie au premier chef !

    Deuxième victoire de Moscou face à l’Occident, le refus, ou le report dans le meilleur des cas, des aides financières que prodigue l’Union à l’Ukraine après que les Etats-Unis ont adopté la même position. Depuis deux ans que dure la guerre d’Ukraine, les pays occidentaux qui finance l’Etat ukrainien et le fournisse en armes commencent à affronter la lassitude de leurs citoyens. Evidemment c’est du pain béni pour la Russie dont les capacités de résistance à l’adversité ne sont plus à démontrer et qui est largement aidées par ses pays amis. Voir l’aide occidentale à son ennemi ukrainien se déliter ne peut que renforcer la position de Moscou dans ce conflit.

    La semaine qui se termine a été excellente pour le pouvoir russe engagé dans un combat féroce contre l’Occident mais la lutte n’est pas encore terminée !

    Lire aussi : La guerre en Ukraine : un échec collectif

  • Le multilatéralisme à la dérive, l’Occident face à ses contradictions !

    Le multilatéralisme à la dérive, l’Occident face à ses contradictions !

    Depuis 2014 les alliés de l’Ukraine se basent officiellement sur la violation du droit international pour condamner la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine commencée par l’annexion de la Crimée et poursuivie en février 2022 par l’invasion décidée par Moscou, réchauffant ce conflit qui est toujours en cours et ne semble pas en voie de règlement. L’annexion en 2022 par la Russie de quatre nouvelles régions ukrainiennes dans le Donbass, à la frontière entre les deux pays a été une nouvelle atteinte au concept de l’intangibilité des frontières reconnues par les Nations Unies. Celui-ci peut toutefois être remis en cause si les parties concernées y ont convenance comme ce fut le cas en 2011 avec la partition du Soudan en deux Etats distincts. Ou comme cela aurait pu se produire si la Nouvelle Calédonie avait voté « oui » au référendum d’indépendance qui lui avait été proposé par la France.

    Vu de l’Ouest il ne fait pas de doute qu’au regard du « droit international », les frontières d’un Etat souverain, l’Ukraine, ont été violées par l’agression d’un autre Etat, la Russie, qui, de plus, a annexé les régions du Donbass, modifiant sa constitution pour les accueillir. Mais vu de Moscou, l’histoire est bien différente et la Russie se dit agressée par « l’Occident décadent » et les « nazis-drogués » ukrainiens. Durant la guerre froide l’Occident et l’URSS se mettaient à peu près d’accord sur quelques grands principes pour imposer leurs vues à leurs affidés, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui où cela tire à hue et à dia dans les enceintes internationales où chacun veut sa part de pouvoir. Le multilatéralisme qui a fait ses preuves est remis en cause par ceux qui en ont été les perdants pendant la deuxième moitié du XXème siècle. Progressivement le corpus de règles qui constituait le droit international et faisait l‘objet d’un consensus au sein de l’organisation des Nations Unies et de ses agences annexes est en train de s’effondrer. Ce n’est même plus la question d’une interprétation différente des règles comme au temps de la guerre froide, c’est la nature même de celles-ci qui est désormais contestée par les pays non-occidentaux, que l’on appelle désormais le « Sud global ».

    Pas toujours très habile, l’Occident est pris à son propre piège pour avoir lui-même agit en contradiction avec le droit international. Pour ne reprendre que ces dernières années, l’action la plus notable fut celle menée en 2003 par une coalition menée par les Etats-Unis pour envahir l’Irak soupçonnée de détenir des armes de destruction massive. Cette invasion a été menée sans l’aval de l’ONU (la France avait mis son veto au conseil de sécurité statuant sur l’opportunité de cette intervention) et s’est terminée dix ans plus tard en désastre pour toutes les parties impliquées et bien au-delà si l’on prend en compte le chaos créé au Moyen-Orient dont le monde n’est toujours pas sorti.

    Les bombardements menés en 1999 contre la Serbie par l’OTAN durant presque deux mois pour mettre fin aux agissements serbes dans la guerre du Kosovo ont également été initiés sans aval de la communauté internationale et la création de l’Etat kosovar qui suivit s’est faite contre la volonté de la Serbie et de ses soutiens, dont la Russie (cet Etat n’est d’ailleurs toujours pas reconnu par l’ONU). L’Occident qualifiait « d’exactions contraire au droit de la guerre » la répression menée par les Serbes contre les Kosovars que le camp slave ex-soviétique appréciait comme du maintien de l’ordre nécessaire à la défense légitime du territoire serbe…

    Plus ancien mais tout aussi récurrent, la non-application des résolutions successives de l’ONU dans le conflit israélo-palestinien depuis 1947 et la colonisation continue réalisée par Israël en contradiction avec le droit international montre que, aujourd’hui, chacun voit celui-ci à l’aune de ses convictions et de ses intérêts.

    C’est la vie nous dira-t-on et dans ce chaos il faut choisir son camp. On peut concevoir que les pays occidentaux préfèrent le non-respect du droit international avec les Etats-Unis ou Israël plutôt qu’avec Moscou ou Belgrade. Leur position serait bien sûr mieux défendable si les dérives précitées n’avaient pas eu lieu et si les résolutions de l’ONU concernant le Proche-Orient étaient appliquées comme elles ont été votées par la communauté internationale. Ce n’est pas le cas et chaque partie, Occident comme Sud-global, défend ses raisons de ne pas respecter le « droit international » ou de l’interpréter à sa façon. Chacun est persuadé d’avoir raison et personne ne convainc personne, des règles communes sont de moins en moins reconnues ni respectées. Pour autant que l’on puisse en juger, les citoyens vivant dans les pays occidentaux plutôt d’orientation libérale (au sens « liberté » du terme) ne semblent pas forcément envier le sort des citoyens vivant dans les pays autoritaires du Sud-global et, si l’on se base sur les courants migratoires et les flux d’investissements qui traversent la planète, l’Occident démocratique et son interprétation de l’Etat de droit restent encore attractifs pour le moment.

    D’ailleurs, nombre des dirigeants et oligarques de ces Etats autoritaires envoient leurs enfants faire leurs études en Occident, de la Russie au Sénégal, de l’Algérie à la Chine, les universités occidentales (surtout anglo-saxonnes d’ailleurs) sont pleines des rejetons de leur nomenklatura et les quartiers chics des capitales et des rivieras de l’Ouest sont massivement investies par les fortunes amassées plus ou moins légalement par les oligarques du Sud-global, comme les clubs de fouteballe européens. On a appris que même le dictateur nord-coréen actuel, Kim Jong-un, et sa sœur Kim Yo-jong, ont fait leurs études en Suisse. Ainsi, pendant que leur père lançait le programme nucléaire nord-coréen pour se défendre contre l’Occident, ses deux rejetons étudiaient calmement au cœur de l’Europe et à la succession de son père, Kim Jong-un a finalisé ledit programme.

    La question est de savoir pourquoi un oligarque russe préfère investir dans une villa clinquante à Saint-Jean Cap-Ferrat plutôt que sur les bords de la mer Noire mais on dirait que l’herbe est encore un peu plus verte dans la vieille Europe que dans les empires asiatiques autoritaires.

  • La fin d’un clown sinistre

    La fin d’un clown sinistre

    C’est une fin violente qui a finalement été réservée au Russe Evgueni Prigojine : l’avion privé dans lequel il était monté avec tout son état-major pour voyager entre Moscou et Saint-Pétersbourg est « tombé » en flammes au milieu du chemin. Personne ne se fait guère d’illusions sur l’origine de cet « accident » très probablement voulu et provoqué par le Kremlin. L’homme avait en effet mené, à la tête de son armée de mercenaires, une tentative de putsch le 24 juin à laquelle il met fin dans la journée après que sa troupe de forbans marchant vers Moscou abatte quelques avions et hélicoptères de l’armée russe officielle qui cherchaient à l’arrêter et sans que l’on ne connaisse vraiment les dessous de la négociation menée entre Prigogine et le pouvoir russe pour aboutir à cette issue inattendue.

    Prigogine était un repris de justice (12 ans de prison pour brigandage et escroquerie) qui s’était recyclé dans la restauration ce qui lui permit de se rapprocher du président russe Poutine et d’emporter des contrats importants pour le catering de l’armée. A partir de 2014, il crée une société de mercenaires qui s’implante en Afrique, prestant un service de sécurité aux Etats locaux en échange de concessions minières octroyées à ses sociétés. Il a créé ce business avec un associé, également tué dans l’avion « tombé » en flammes, admirateur de l’idéologie nazi et arborant des croix gammées tatouées sur le cou, se faisant appeler « Wagner » de son nom de guerre en hommage au compositeur allemand chéri des hitlériens et qui sera également retenu pour désigner les mercenaires de Prigojine : « les Wagner ». Lorsque la guerre d’Ukraine s’aggrave avec l’invasion de février 2022, une partie de ses troupes sont rapatriées sur le front ukrainien où elles se distinguent par leur violence et leur sauvagerie.

    On se souvient notamment de l’exécution d’un de ses mercenaires, coupable de trahison, à coup de masse sur la tête, dont les images ont été abondamment diffusées sur les réseaux dits « sociaux » et au sujet de laquelle M. Prigogine avait publié ce commentaire :

    Il n’a pas trouvé le bonheur en Ukraine et a fini par rencontrer des gens durs mais justes. Ce film devrait s’appeler “une mort de chien pour un chien”. Excellente réalisation, qui se regarde d’un souffle. Aucun animal n’a souffert durant le tournage.

    Evgueni Prigogine

    Par suite de cette communication du genre cynique, le Kremlin lui avait sans doute demandé d’être un peu plus discret dans ses commentaires car il déclarait quelques jours plus tard que, finalement, « les Wagner » respectaient la loi… La masse est devenue ensuite l’emblème du « groupe Wagner ».

    Prigojine s’est aussi distingué durant la participation de son groupe à la guerre d’Ukraine car il avait reçu le pouvoir de recruter ses troupes dans les prisons russes en échange d’une amnistie. On le voit ainsi sur des vidéos publiques dans les cours de prison proposer ce choix aux prisonniers dont certains criminels condamnés à de lourdes peines. Beaucoup sont morts au combat car Wagner ne ménageait pas trop ses hommes selon les vieilles habitudes soviétiques, les combattants n’étant que des inputs comme les autres. On a aussi beaucoup vu le chef de Wagner se mettre en scène en tenue de combat, arme à l’épaule, faire des sorties à l’encontre de l’armée officielle russe dont il accusait l’état-major et le ministre de la défense d’être incompétents et responsables de la mort de ses hommes par leur refus d’approvisionner suffisamment en armes et en munitions.

    Bref, Evgueni Prigojine n’était pas vraiment un poète et il est mort par où il a péché : la violence et la félonie. Après avoir trahi le président Poutine et son pouvoir en marchant sur Moscou, personne ne donnait bien cher de sa survie tant la traîtrise n’est pas tolérée en Russie pas plus qu’elle ne l’était en Union soviétique.

  • Des chroniqueurs de guerre inconséquents

    Des chroniqueurs de guerre inconséquents

    Le microcosme médiatique qui commente la guerre d’Ukraine depuis plus d’un an connaît des hauts et des bas au gré des avancées et reculades du front. Reporters de salon pour la plupart, renforcés par une escouade de généraux en retraite, « experts » en stratégie et différentes armes, ils commentent sans vraiment savoir grand-chose ce qui se passe au cœur de cette guerre et de ses états-majors. On se souvient de la guerre de libération du Koweït en 1991 qui fut le premier conflit filmé en direct par la chaîne américaine CNN. C’était l’apparition des chaînes d’information en continu et de la censure que les armées contrôlaient afin d’éviter le désastre informationnel de la guerre du Vietnam où les reporters de guerre avaient accès à tous les terrains de combats de leur choix, étaient même véhiculés gratuitement par les hélicoptères des Marines et pouvaient en diffuser toute l’horreur sans aucun contrôle militaire mais avec tout de même le délai nécessaire au rapatriement des bandes du Vietnam vers les Etats-Unis avant qu’elles ne soient diffusées sur les poste de télévision de l’Amérique moyenne.

    Au Koweït les journalistes assistaient aux briefings des états-majors, plus tournés vers une propagande de bon aloi que vers de l’information et ils pouvaient diffuser les images des combats fournées par l’armée. Certains étaient « embeded », c’est-à-dire choisis par la hiérarchie militaire pour accompagner telle ou telle unité de combat et autorisés, ou pas, à diffuser des images de ce qu’on leur laissait filmer. Alors sur les plateaux parisiens, ou new-yorkais, les journalistes mondains n’avaient strictement rien à dire d’intelligent sinon de constater des départs de missiles ou les cibles atteintes dont ils ignoraient la plupart du temps la localisation de ces images, ni même si elles étaient réelles ou trafiquées. C’était de la pure propagande mais les téléspectateurs restaient fascinés par ces images de la guerre moderne, garantissant ainsi de bonne audience à ces émissions qui n’ont duré que quelques semaines, le temps de renvoyer l’armée irakienne dans ses pénates.

    C’était en 1991 ! Nous sommes aujourd’hui en 2023 et la situation n’a guère changé sinon que cette guerre est beaucoup plus longue et militairement plus « équilibrée » entre les parties, ce qui laisse aux « experts » le temps et la fantaisie de changer d’avis. Admiratifs devant la résistance ukrainienne des premiers mois, enthousiastes après la débandade russe de fin 2022 qui permit la reprise de Kharkiv et de Kherson, ils sont aujourd’hui plus dubitatifs devant les difficultés ukrainiennes à reprendre du terrain à l’armée russe solidement installée derrière ses lignes sur la partie du territoire ukrainien qu’elle occupe.

    En novembre 2022 la Russie avait déjà « perdu la guerre, quoiqu’il arrive » et celle-ci allait bientôt se terminer, aujourd’hui nos commentateurs en sont moins assurés et prédisent au contraire une guerre longue, avant qu’une éventuelle nouvelle percée ukrainienne ne les fasse revenir sur leur première prédiction ?

    La réalité est que les « experts » de plateaux télévisés ne savent pas grand-chose sur ce qui se passe réellement sur le front, et encore moins sur ce que mijotent les états-majors dans le secret de leurs bunkers. Le mieux serait qu’ils commentent les images que les belligérants leur laissent filmer, donnent éventuellement quelques éléments techniques pour expliquer la différence entre les canons Ceasar et les lance-roquettes IMARS, et encore, mais qu’ils s’abstiennent de toute prévision sur l’issue de ce conflit comme tout observateur intelligent devrait le faire.

    Mais il est vrai que nous sommes dans un pays, la France, où les campagnes électorales se font désormais en partie dans les émissions de variété de caniveau de Cyril Hanouna… alors exiger de l’intelligence dans la corporation des journalistes et « experts » télévisés est une vaste tâche !

  • Destruction du barrage de Kakhovka en Ukraine : la guerre fait des ravages, c’est son rôle

    Destruction du barrage de Kakhovka en Ukraine : la guerre fait des ravages, c’est son rôle

    Le barrage de Kakhovka en Ukraine sur le fleuve Dniepr a été détruit ce 6 juin. Il est situé juste sur la ligne de front entre les Ukrainiens et les Russes. Il était occupé par les forces russes, et ce qui en reste l’est toujours. L’inondation qui s’ensuit ravage des milliers de kilomètres carrés et entraîne l’évacuation de milliers d’habitants. On ne connaît pas encore le nombre de victimes et on ne sait pas qui a procédé à cette destruction, des Russes ou des Ukrainiens.

    Les plateaux télévisés européens désignent la Russie responsable mais le silence des autorités occidentales est troublant, il l’est tout autant pour ce qui concerne la responsabilité de la destruction des deux gazoducs Nord Stream dans le fond de la mer Baltique en septembre 2022. On sait que les deux parties sont capables d’exécuter de tels actes et on est capable de démontrer que chaque côté pouvait avoir intérêt à ces destructions et vice-versa. L’avenir dira bien un jour qui a ordonné et réalisé ces destructions.

    En attendant on constate que cette guerre joue le rôle habituel fixé à une guerre : la destruction des hommes et des matériels. C’est la raison pour laquelle il faut y mettre fin avant que l’on en perde complètement le contrôle et que le chaos soit total en Europe. Il est indéniable que le mieux aurait été de ne pas la commencer. Personne ne semblait vraiment croire à cette hypothèse jusqu’à quelques semaines avant qu’elle ne soit déclenchée, mais l’invasion a bien été lancée par la Russie qui occupe aujourd’hui une partie de l’Est de l’Ukraine. Aucune des parties ne souhaite aujourd’hui mettre fin à cette guerre puisque chacune espère encore améliorer ses positions.

    Arrêter la guerre maintenant voudrait dire accepter la partition du territoire ukrainien et l’acceptation du fait accompli de la conquête russe au détriment du concept de « droit international » sur lequel est basée l’organisation du monde depuis 1945 mais que ne reconnaissent désormais plus nombre de pays. L’ouverture de négociations avec Moscou serait une décision difficile à prendre, dont personne ne peut aujourd’hui anticiper les effets politiques internationaux qui seraient peut-être moins lourds que les inconvénients générés par la poursuite de la guerre, ou peut-être pas…

    Evidemment, les deux parties sont en principe déjà allés trop loin pour arrêter mais il faut pourtant l’envisager puisqu’aucune d’entre elles ne semble devoir écraser l’autre à court terme. Ce serait pourtant une position raisonnable. Imaginons un instant une victoire totale de l’Ukraine, elle serait suivie d’un chaos probablement dévastateur en Russie aux conséquences mondiales imprévisibles, et de règlements de compte sévères en Ukraine puisqu’une partie de la population de l’Est est pro-russe. A l’inverse, une victoire totale de Moscou verrait les troupes russes stationnées directement à la frontière est de l’Europe, un peu comme à Berlin avant la chute du mur, et l’Occident perdre sérieusement la face et donc de sa puissance, et le droit international définitivement enterré.

    Les accords de Minsk, hélas jamais appliqués par les parties, prévoyaient déjà d’octroyer une autonomie constitutionnelle aux régions ukrainiennes de Donetsk et de Lougansk. Pourquoi ne pas envisager de repartir sur une base similaire, en y ajoutant la Crimée, susceptible de prendre en compte la volonté des Ukrainiens prorusses. Un processus de consultation sous contrôle international des populations locales du style de celui qui aboutit à la partition du Soudan avec la création du Soudan du Sud en 2011, ou de celui mis en place par la France pour décoloniser la Nouvelle-Calédonie, pourrait permettre de faire s’exprimer de façon démocratique les populations locales sur leur volonté d’être rattachées à la Russie ou à l’Ukraine.

    Evidemment, il faudrait pour ce faire détricoter l’annexion de ces régions par la Russie qui pourrait demander en échange de détricoter aussi les processus d’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne et à l’OTAN. Bien sûr le processus serait long, douloureux, semé d’embûches, entraînant des déplacements de population une fois le choix entériné. Mais peut-être faut-il tenter l’expérience plutôt que de continuer à détruire.

    Le parallèle avec les accords de Munich de 1938 qui entérinèrent l’annexion des Sudètes (en Tchécoslovaquie où vivait une forte minorité d’origine allemande) par l’Allemagne nazie, sans éviter finalement la seconde guerre mondiale, est troublant. L’alternative à l’époque aurait été que les alliés entrent en guerre contre l’Allemagne dès 1938, et les Etats-Unis étaient loin d’y être prêts en 1938… Pas sûr que la suite aurait été fondamentalement différente. Aujourd’hui l’Occident, représenté par l’OTAN, a clairement énoncé son refus d’engager des soldats sur le terrain ukrainien pour éviter une confrontation directe avec l’armée se la Russie dotée de la puissance nucléaire. Ce choix se défend.

    En tout état de cause, la Russie est et restera une puissance malfaisante pour l’Occident, et vice-versa, qu’elle que soit l’issue de la guerre. Après les espoirs déçus d’intégration de la Russie au système international post-perestroïka/glasnost de la fin des années 1980, l’Occident sait de quoi est capable ce pays rongé par ses ambitions de puissance et ses frustrations post-Empire soviétique. Il se réorganise en conséquence et réarme de façon significative pour parer à toute aventure militaire de Moscou contre son propre territoire, quitte à reconstruire un mur, fictif ou réel, entre la frontière russe, quelle qu’elle sera à l’issue de potentielles négociations, et l’Occident.

    Alors que s’ouvre à Londres une deuxième conférence pour la reconstruction de l’Ukraine, on parle de plus de 400 milliards d’euros nécessaires à ce stade des destructions, il va bien falloir faire preuve à un moment ou un autre d’audace diplomatique et de sens de l’intérêt général. Qui en sera capable ?

    Rehve-06/2023
  • Un avion russe bombarde Belgorod par erreur

    Un avion russe bombarde Belgorod par erreur

    A la suite d’une forte explosion à Belgorod le 20 avril qui a laissé un cratère de 20 mètres dans une rue de la ville et qui aurait fait deux blessés et d’importants dégâts matériels, l’armée russe a admis qu’il s’agissait d’une erreur technique :

    Au cours du vol de l’avion Su-34 des forces aérospatiales au-dessus de la ville de Belgorod, une tombée anormale de munition d’aviation s’est produite.

    Voilà qui laisse planer encore plus de doutes sur la compétence de l’armée russe après ses échecs répétés dans la guerre d’Ukraine. Alors que l’on croyait, avant ce conflit, que l’armée russe était redoutable, au dernier cri de la technologie, avec à sa disposition des armes redoutables et invincibles, on constate aujourd’hui que ce n’est pas le cas et, qu’en plus, elle est mal dirigée. Cela fait penser à l’armée irakienne qui était présentée comme « la quatrième armée du monde » lors de son invasion du Koweït en 1990 et qui fut assez rapidement renvoyée dans ses frontières par la coalition internationale menée par les Etats-Unis d’Amérique.

    C’est évidemment une nouvelle rassurante pour l’Occident de voir l’armée ex-soviétique en sérieuses difficultés face aux armes occidentales livrées à l’Ukraine. La capacité de nuisance de Moscou reste très forte même avec une armée limitée et elle se traduit de façon douloureuse actuellement pour l’Ukraine.

    Il ne faut toutefois pas s’endormir sur ses lauriers. Il est à craindre qu’à l’issue de cette guerre, la Russie de demain ne réagisse et tire les enseignements de ses insuffisances pour tenter de reconstituer une armée à la hauteur de ses ambitions. La véritable question est de savoir si un régime autoritaire comme celui de Moscou est capable de motiver et diriger une armée qui devrait être aux ordres de dirigeants politiques ? Depuis février 2022 et le lancement de l’invasion russe on voit une véritable valse des généraux à l’état-major qui sont changés tous les quatre matins, sans même avoir le temps d’assoir leur commandement sur des troupes à la dérive où se mêlent des mercenaires, des appelés et des professionnels.

    Toutefois, si l’Occident constate sa supériorité technologique en matière militaire, il déplore le désarmement général par lequel il s’est laissé séduire et qui a vu les budgets militaires européens baisser drastiquement, au point que les stocks de munition sont largement insuffisants pour fournir l’Ukraine. L’un des effets collatéraux de cette guerre est d’avoir fait prendre conscience à l’Europe de cette dérive. Le réarmement est général à l’Ouest mais il faudra quelques années avant qu’il ne produise pleinement ses effets.

    Avec cette guerre le monde est véritablement rentré dans une sérieuse période d’incertitude.

  • Fin de conflit en vue Yémen

    Fin de conflit en vue Yémen

    Le Yémen est un vieux pays dont on retrouve des traces plusieurs millénaires avant Jésus-Christ. Mais une nation à problèmes dans l’histoire contemporaine, sans arrêt entre deux guerres civiles et trois coups d’Etat, en permanence le jouet d’interventions extérieures pour des motifs idéologiques divers, dont religieux bien entendu. Placé géographiquement au sud de l’actuelle Arabie Saoudite, le Yémen a été dirigé par différents califats islamiques, puis colonisé par les Ottomans, les Britanniques, puis partitionné en deux Yémen distincts dans les années 1960, dont l’un d’inspiration communiste, puis de nouveau réuni en un seul pays en 1990.

    Depuis les années 2000 une énième rébellion agite les tribus, soutenue par l’Iran ennemi juré de l’Arabie Saoudite qui a toujours voulu exercer une sorte de tutelle sur le Yémen. Du coup, énervée par suite d’une tentative de coup d’Etat menée par la rébellion Houthis (pro-iranienne chiite), Ryad prend la tête d’une coalition arabe (sunnite, opposante à l’Iran) en 2015 et se met en tête de réduire la rébellion. Aussitôt décidée, l’opération « Tempête décisive » met en branle une armada arabe sunnite menée par l’Arabie Saoudite qui lance ses avions, ses chars, son artillerie et son infanterie contre les Houthis. Comme très souvent les guerres d’invasion à visée coloniale échouent. Celle-ci ne déroge pas à la règle. Sept ans plus tard le pays affronte l’une des plus graves crises humanitaires jamais endurée dans le monde selon l’ONU, des millions de déplacés, des destructions considérables, des milliers de morts de chaque côté, des hôpitaux bombardés, des cessez-le-feu non respectés, et, surtout, aucun but de guerre n’a été atteint par les uns ni par les autres, on est au point mort et le pays a régressé d’un siècle.

    Plusieurs trêves sont convenues en 2022, plus ou moins respectées. En 2023, sous les auspices de la Chine, l’Arabie Saoudite et l’Iran se parlent et rétablissent leurs relations diplomatiques. Sans doute le sort de la guerre du Yémen faisait partie de l’accord ? Conscientes que cette guerre est vaine et couteuse, les deux parrains de Ryad et Téhéran poussent leurs affidés à s’entendre. Ils ont déjà procédé à des échanges de prisonniers et la trêve semble durer. Peut-être un accord de paix sera la prochaine étape ?

    La fin d’une guerre au Yémen est une bonne nouvelle, même si elle est sans doute aussi fondée sur l’anti-occidentalisme de ses principaux acteurs. Elle pourrait inspirer les parties à la guerre d’Ukraine en cours, largement aussi meurtrière et, sans doute, sans plus d’avenir, que celle du Yémen. Et si la Chine est capable de mettre son grain de sel dans l’affaire ukrainienne pourquoi ne pas lui donner la main. Il faut mettre fin à ce conflit avant d’en perdre le contrôle et, si possible, sans attendre sept longues années comme au Yémen.

    Lire aussi : La Chine a proposé un plan de paix pour la guerre d’Ukraine

  • de SAINT PIERRE Michel, ‘Le drame des Romanov 3/3 « La Chute »‘

    de SAINT PIERRE Michel, ‘Le drame des Romanov 3/3 « La Chute »‘

    C’est le dernier acte de la trilogie de Michel de Saint Pierre consacrée à la dynastie des Romanov. Nous sommes en mars 1917 Nicolas II a abdiqué en faveur de son frère qui ne gardera le pouvoir que 24 heures et le laisse à un gouvernement provisoire dirigé par Kerenski sous l’autorité du Prince Lvov. L’armée russe est secouée sur le front est de la guerre de 1914-1918, la famille impériale est assignée à résidence, les révolutionnaires russes se chamaillent sérieusement sur le vaste territoire national, la guerre civile pointe son nez, Lénine, exilé en Suisse, est renvoyé à Saint Pétersbourg, ce qui ne va pas vraiment apaiser la situation…

    Il se dit que l’Allemagne a favorisé le retour de Lénine afin de renforcer le désordre en Russie et rendre moins dangereux ce pays dans la guerre mondiale en cours. On soupçonnera ensuite Berlin de financer Lénine avec le même objectif. Malgré ses talents oratoires Kerenski est progressivement emporté par l’impact du conflit sur sa politique intérieure. Le pays s’effondre progressivement et le parti bolchévique emmené par Lénine et Trotski cueille le pouvoir comme un fruit mur en octobre 1917 au terme d’une insurrection sanglante : « octobre rouge » et d’un coup d’Etat qui liquide les reste du pouvoir bourgeois flageolant.

    De façon inversement proportionnelle au renforcement du pouvoir bolchévique le sort de la famille impériale se dégrade en captivité. Elle est d’abord transférée du palais de Tsarskoïe Selo près de Petrograd (Saint Pétersbourg) à Tobolsk en Sibérie occidentale puis à Ekaterinbourg dans l’Oural où elle sera massacrée dans le sous-sol de la maison « à destination spéciale » Ipatiev le 16 juillet 1918, avec une partie de sa suite par une soldatesque enivrée par la vodka et l’odeur de la poudre. Leurs restes sont dissous dans l’acide, brûlés puis incinérés dans la forêt voisine. Il est probable que Lénine en personne signa l’ordre d’exécution.

    Les Romanov en 1913

    Saint Pierre déplore évidemment ce massacre royal que d’ailleurs pas grand monde ne défendit à l’époque excepté le nouveau pouvoir bolchévique qui voulait ainsi marquer son arrivée au pouvoir d’un acte fondateur et violent. Il décrit les premiers mois de gouvernement du duo infernal Lénine / Trotski de façon que l’on peut qualifier aujourd’hui de réaliste compte tenu de ce que l’on sait des travaux d’historiens sur la guerre civile russe de ces années et les dérives du pouvoir rouge qui aboutit à l’avènement de Staline qui succède à Lénine après sa mort en 1924, avant de faire assassiner son grand rival Trotski.

    Lénine est déjà décrit comme déployant une incroyable force idéologique et assez peu de sentiments sur les moyens à employer pur atteindre ses buts. Il considère que le « peuple » doit être mené à la force des baïonnettes et il crée la Tchéka (ancêtre du KGB) pour mener l’oppression qui, dès le départ, est nécessaire pour forcer les citoyens « analphabètes et stupides » à mener la révolution face au vieux monde capitaliste qui « s’effondre ». Alors massacrer la famille impériale dont cinq enfants n’est vraiment pas un obstacle qui puisse arrêter la course victorieuse du bolchévisme.

    On sait ce qu’il advint de ce régime révolutionnaire dont les scories continuent aujourd’hui de faire brûler la Fédération de Russie qui a pris la suite de l’empire soviétique, lui-même successeur de l’empire des tsars Romanov.

    Petite anecdote dans la grande Histoire, dans les années 1920, une femme psychiquement malade se fit passer pour Anastasia, la plus jeune fille du couple impérial, qui aurait survécu au massacre de sa famille. Le mystère n’a jamais été vraiment levé malgré nombre de tentatives, y compris judiciaires. Il semble peu probable que la jeune fille (elle avait 17 ans) ait pu échapper aux tueurs bolchéviques mais Michel de Saint Pierre tend à le croire, laissant plutôt parler son cœur que la science historique.

    Lire aussi :
    de SAINT PIERRE Michel, ‘Le drame des Romanov 1/3’.
    de SAINT PIERRE Michel, ‘Le drame des Romanov 2/3 « La menace »‘
    de SAINT PIERRE Michel, ‘Le drame des Romanov 3/3 « La Chute »‘