Étiquette : Les guerres russes

  • La Russie mobilise pour reconstituer son armée en guerre contre l’Ukraine

    La Russie mobilise pour reconstituer son armée en guerre contre l’Ukraine

    Confrontée à de sérieux déboires militaires et à quelques milliers de morts en son sein, l’armée russe semble reculer dans son invasion de l’Ukraine. Pour reconstituer ses forces, le président russe a annoncé une mobilisation « partielle » de ses citoyens, limitée à ceux ayant des compétences militaires, bref, la réserve. Le chiffre de 300 000 nouveaux soldats est avancé mais cette mobilisation déclenche des vagues d’émigration de citoyens russes mobilisables qui s’enfuient pour se mettre à l’abri dans d’autres pays. Cela rappelle les flux de jeunes américains qui, dans les années 1970, fuyaient leur mobilisation, notamment au Canada voisin, pour éviter d’aller guerroyer au Vietnam.

    Evidemment, cette mobilisation n’est pas excessivement populaire ni auprès des populations urbaines favorisées de Moscou et Saint-Pétersbourg qui ont les moyens de s’exiler pour fuir la conscription, ni auprès de populations des Républiques dites « périphériques » qui contribuent à constituer la « chair à canon » beaucoup plus que proportionnellement à leur nombre, comme les afro-américains et les latinos allaient plus faire la guerre du Vietnam sous la bannière étoilée que les WASP des universités de la côte Est.

    Il n’en reste pas moins que la mobilisation, même partielle, est une étape de plus vers une guerre généralisée et ce n’est pas un bon signe.

  • La retraite de Russie ?

    La retraite de Russie ?

    Alors que la guerre se poursuit entre la Russie et l’Ukraine, les forces de Kiev ont lancé une contre-offensive depuis quelques jours qui semble rencontrer un franc succès devant des forces russes à la dérive à tel point qu’une reconquête des territoires ukrainiens occupés semble maintenant concevable. Même les médias officiels et quelques dirigeants russes conviennent de l’échec de leurs troupes, évoquant à demi-mots des erreurs stratégiques de leur gouvernement. Il convient sans doute de ne pas se réjouir trop vite tant la Russie a des ressources et la volonté de nuire à l’Ukraine et à l’Occident mais elle ne s’avance pas depuis six mois que dure cette guerre vers une franche et nette victoire.

    Evidemment, sans trop triompher publiquement, tout le monde se réjouit à l’Ouest de voir l’ours russe trébucher dans son invasion de l’Ukraine. Tout le monde se rassure en Occident de constater que l’armée russe supposée invincible et de haute technologie trébuche sur les rives du Dniepr. Tout le monde ne peut que constater que les armes occidentales fournies en masse à l’Ukraine sont plus dommageables que celles d’en face.

    Localement le Kremlin est toujours soutenu par un fan-club d’ultranationalistes comme l’ancien président Medvedev très disert sur Telegram :

    L’avenir est incertain, le président russe commençant à être mis en cause intérieurement va sans doute devoir réagir pour sauver son poste, voire sa tête. Sans doute l’invasion de l’Ukraine a été le pas de trop de la Russie après ses invasions « réussies » de la Transnistrie (1992), la Géorgie (2008), de la Syrie (2013), du Donbass et la Crimée (2014), sans doute la Russie a eu les yeux plus gros que le ventre en s’attaquant à son « frère » ukrainien.

    La Russie n’a pas dit son dernier mot dans cette volonté de puissance et de nuisance qui l’anime depuis des siècles. On reste confondu de constater comment la décision d’un clan de quelques individus enfermés derrière les murs du Kremlin, étouffés par leurs égos, peut à ce point bouleverser durablement la situation du monde, dans son économie et sa géopolitique. Cela rappelle aussi a contrario, pour ceux qui en doutent, l’un des mérites des démocraties dont les institutions rendent improbables de telles folles et mortifères décisions.

    A suivre…

  • La Russie et ses nouveaux amis

    La Russie et ses nouveaux amis

    La Russie organise en ce moment un Forum économique oriental (Eastern Economic Forum) à Vladivostok dans l’extrême orient russe. Le président russe y accueille certains de ses partenaires comme le Myanmar (ex-Birmanie), l’Arménie, la Mongolie, la Chine, l’Inde, la Malaisie ou le Vietnam.

    Le président Poutine a fait un discours d’accueil et est bien sûr revenu sur les effets de la guerre encours dont il fait porter la responsabilité à l’Occident :

    I am referring to the Western sanctions frenzy and the open and aggressive attempts to force the Western mode of behaviour on other countries, to extinguish their sovereignty and to bend them to its will. In fact, there is nothing unusual in that: this policy has been pursued by the “collective West” for decades.

    What I am saying is, many European countries today continue to act as colonisers, exactly as they have been doing in previous decades and centuries. Developing countries have simply been cheated yet again and continue to be cheated.

    Russia is coping well with the economic, financial and technological aggression of the West. I am talking about a real aggression; there is no other word for it. Russia’s currency and financial market has stabilised, inflation is going down, as I have already mentioned, and the unemployment rate is at an all-time historical low of less than 4 percent. The assessments and forecasts of our economic performance, including by businesspeople, are more optimistic now than in early spring.

    It is important for Russia that the economy of the Russian Far East grows together with Asia Pacific economies, that this region provide modern living conditions, boost people’s incomes and well-being, and that it create high-quality jobs and cost-effective production facilities.

    Etc, etc, etc.

    http://en.kremlin.ru/events/president/news/69299

    M. Poutine décline ensuite longuement les réussites économiques de l’Asie, dont celles de la Russie, les difficultés que l’Occident est en train de s’infliger en soumettant la Russie à des sanctions et les avantages mutuels dont la Russie et l’Asie vont bénéficier en coopérant désormais ensemble. L’avenir dira si les nouveaux amis de Moscou investissent suffisamment pour remplacer les anciens que sont les occidentaux qui ont cessé tout investissement en Russie et même poussé nombre de leurs entreprises à y désinvestir en fermant leurs filiales locales.

    La semaine prochaine une rencontre entre les présidents Russe et Chinois aura lieu dans le cadre d’un sommet de l’Organisation de coopération de Shangaï à Samarcande en Ouzbékistan. Moscou se détourne de l’Europe pour se tourner vers l’Est. C’est une page qui se tourne et sans doute pour longtemps. Personne ne sait bien aujourd’hui si ces nouvelles alliances seront bénéfiques. Elles auront au moins le mérite de la clarté : les démocraties libérales basées sur le droit d’un côté, les régimes autoritaires fondés sur un parti ou un dictateur de l’autre. Les dernières illusions d’un monde réconcilié et mondialisé post-guerre froide sont en train de tomber.

  • Désarmement industriel

    Désarmement industriel

    La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine depuis le 24 février dernier divise le monde entre l’Occident qui se place plutôt du côté de l’Ukraine et le reste du monde qui soutient la Russie, même si c’est parfois du bout des lèvres. Le soutien occidental se traduit par des ventes d’armement importantes à Kiev (dont il est d’ailleurs probable qu’elles ne seront jamais payées par l’acheteur mais financées par les impôts des contribuables des pays vendeurs). Ces transferts d’équipements militaires semblent être efficaces sur le terrain où l’armée ukrainienne a bloqué le rouleau compresseur russe mais seraient en train d’atteindre leurs limites par… insuffisance de stocks !

    Le citoyen néophyte constate que les armées occidentales semblent être à peu près équipées pour une guerre de « haute intensité » (une guerre totale en français dans le texte) de deux ou trois mois mais guère plus. L’armée russe disposerait toujours de stocks d’armes et de munitions datant de la période soviétique, certes moins sophistiquées que les armements occidentaux mais plus disponibles.

    Les processus de production d’armes ont probablement été relancés en Occident et les budgets d’argent public nécessaires débloqués. Il est désormais plus que probable que la Russie va rester un ennemi de l’Occident pour des générations, sinon pour toujours, quelle que soit l’issue de sa guerre d’invasion en cours. Il va falloir réarmer, les industriels du secteur doivent déjà se frotter les mains, et les Français ne sont pas les moins bien placés. Simplement il va bien falloir arbitrer entre les dépenses publiques. Un pays comme la France ne pourra pas tout se payer : des jeux olympiques (par exemple) et refaire ses stocks d’armes. Il va falloir arbitrer dans les dépenses et la France n’est vraiment pas compétente dans ce jeu, le montant de ses dettes publiques est d’ailleurs là pour l’attester.

    Espérons que les ogres russes ou leurs amis asiatiques ne vont pas attaquer l’Occident avant que celui-ci n’ait remis ses stocks au niveau nécessaire pour affronter ce nouveau péril !

  • On n’y comprend plus rien

    On n’y comprend plus rien

    On ne comprend plus grand-chose à l’imbroglio sur la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia. Depuis le déclenchement de la guerre de la Russie contre l’Ukraine, cette installation (la plus grande d’Europe) qui comporte six réacteurs électriques est occupée par l’armée Russe. Il semble que les techniciens qui la font fonctionner sont ukrainiens mais que des ingénieurs russes ont également été installés sur place. L’opérateur nucléaire ukrainien Energoatom continue à diffuser des communiqués sur le (mauvais) fonctionnement de la centrale qui serait sous contrôle russe… Bref, on ne sait plus bien qui a les commandes, ce qui n’est pas particulièrement rassurant s’agissant d’une centrale nucléaire.

    Située au milieu d’une zone de combat, elle est l’objet de bombardements dont Kiev et Moscou se renvoient la paternité. On a du mal à comprendre qui tire sur qui compte tenu du fait qu’il y a des personnels (plusieurs milliers) à la fois russes et ukrainiens sur le site, et que tout accident nucléaire provoqué par cette guerre touchera en tout premier la Russie et l’Ukraine, modulo le sens du vent ! C’est juste de la géographie.

    L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) vient d’y envoyer une mission d’inspection conduite par son directeur général. Seule la télévision russe a été autorisée à médiatiser l’évènement. La délégation a été guidée par un responsable russe, et encadrée par des soldats, russes également. On voit sur les images des camions militaires russes, des bouts de missiles plantés dans des toits en béton, des trous dans les murs. Le chef de mission a pudiquement déclaré que « l’intégrité de la centrale avait été violée à plusieurs reprises ».

    Des réacteurs sont branchés ou débranché du réseau électrique au hasard des bombardements dont on ignore exactement la provenance. L’alimentation électrique des réacteurs est importante car c’est elle qui, en premier niveau, assure le refroidissement du cœur des réacteurs sans laquelle ceux-ci risquent de fusionner (comme ce fut le cas à Three Mile Island [Etats-Unis en 1979], Tchernobyl [Union soviétique en 1986] et Fukushima [Japon en 2011]) et de rejeter des nuages radioactifs dans l’atmosphère.

    Further underlining the fragile nuclear safety and security situation, there had been continued shelling of the site from 29 August up to the day before the Director General and his team arrived at the ZNPP. There was damage to the facility’s solid radioactive waste storage, the ventilation pipe of special building 1, and the ZNPP training building.

    https://www.iaea.org/newscenter/pressreleases/update-97-iaea-director-general-statement-on-situation-in-ukraine

    Voilà qui est encore moins rassurant…

  • Le combat idéologique de la Russie

    Le combat idéologique de la Russie

    Les réalités du champ de bataille de la guerre entre la Russie et l’Ukraine sont ce qu’elles sont et ne semblent pas aussi brillantes que ce à quoi s’attendait l’armée russe en franchissant la frontière pour « libérer » ses « frères » ukrainiens.

    En revanche, sur le terrain du « softpower », la Russie démontre toujours témérité et efficacité. Depuis le début de la guerre, une dizaine d’oligarques (ceux qui se sont approprié l’outil industriel soviétique lors des privatisations de l’ère Eltsine) sont morts dans des conditions mystérieuses, parfois violentes et accompagnés de membres de leurs familles, parfois même en dehors de Russie. Des officiers supérieurs des services de sécurité auraient aussi disparu suite à leurs performances jugées insuffisantes au cours de cette guerre, sans parler des généraux russes tués eux sur le champ de bataille, en principe, par les forces ukrainiennes.

    La disparition des oligarques semble relever plus de la restructuration de l’économie que de la guerre en Ukraine, mais l’occasion fait le larron et le pouvoir russe n’a pas laissé passer la situation de chaos provoquée par la guerre en cours pour régler ses propres comptes. L’assassinat récent de la fille d’un idéologue nationaliste dans l’explosion de son véhicule près de Moscou semble aussi relever de cette logique. Elle-même journaliste engagée dans la promotion des idées de son père, la victime aurait décidé au dernier moment de prendre la voiture paternelle, il n’est donc pas exclu que ce fût le père qui était visé et non sa fille.

    Pus pernicieuse et potentiellement inextricable est la politique de russification et de déportation des populations appliquée dans les territoires ukrainiens « libérés » par l’armée russe. Aussitôt installée une administration prorusse dans ces zones, le rouble remplace la monnaie ukrainienne, idem avec les réseaux de téléphonie mobile et les chaînes de télévision. Les programmes et les manuels scolaires sont réécrits par la Russie et il est question que des référendums soient organisés de façon express pour rendre définitif le rattachement de ces territoires à la Russie, sur le modèle appliqué avec la Crimée en 2014.

    La Russie a par ailleurs accueilli quelques millions de citoyens évacués des zones de guerre, y compris des enfants isolés. Ceux-ci sont présentés comme des « réfugiés » par Moscou mais qualifiés de « déportés » par Kiev. Evidemment, personne ne leur a demandé où ils souhaitaient se rendre. Pas sûr qu’ils aient choisi la Sibérie si on leur avait proposé la Pologne, mais la Russie présente ce flux d’Ukrainiens vers son territoire comme une opération humanitaire, même si cela rappelle furieusement les mouvements massifs de population pratiqués en Union soviétique pour une raison ou pour une autre.

    Tout ceci va être difficile à défaire dans l’hypothèse où cette guerre se terminerait un jour. Moscou le sait bien et ne se gêne pas pour avancer ses pions et marquer « son territoire ». Après tout, en 1945, l’Occident avait bien dû entériner les territoires conquis par l’Armée rouge au jour du cessez-le-feu, et avait même dû en restituer quelques-uns à Staline dans le cadre de la reddition allemande. Il est vrai qu’à l’époque l’Union soviétique faisait partie des vainqueurs de la IIème guerre mondiale, mais il n’est pas encore écrit qu’elle soit vaincue dans son conflit contre l’Ukraine !

    Malgré tout, le rideau de fer s’était ouvert cinquante ans plus tard et nombre des « pays frères » de l’Union soviétique en avaient profité pour renier aussitôt la protection ex-soviétique et rejoindre l’Occident. C’est d’ailleurs l’une des origines de la guerre en cours : comment empêcher les dernières républiques soviétiques qui n’ont pas déjà pactisé avec l’Occident de le faire ? L’ours russe utilise ses méthodes habituelles qui ne sont pas empreintes de beaucoup de subtilité et n’ont jamais produit de succès durable !

  • Gazprom n’aime plus la France

    Gazprom n’aime plus la France

    Le producteur de gaz russe aurait informé le distributeur français Engie de la coupure du robinet à compter de jeudi comme communiqué sur le réseau dit « social » Telegram :

    Le motif affiché serait une dette française impayée. Il doit s’agir plutôt du refus de payer le gaz en rouble comme exigé par le russe depuis la guerre en Ukraine. Qu’importe, le Kremlin joue avec ses clients occidentaux sur le thème « je te tiens, tu me tiens par la barbichette, rira bien qui rira le dernier ». On ne sait pas encore qui dépend le plus de qui et qui rira le dernier. L’hiver qui approche devrait bientôt permettre de statuer sur cette question un peu existentielle.

    La hausse des cours du gaz semble compenser la baisse des volumes mais il va bien arriver un jour ou si le robinet est coupé pour tout le monde il n’y aura plus de recettes. On entend dire que les flux de gaz et de pétrole qui ne sont plus vendus par Moscou à l’Ouest le serait désormais vers l’Est, mais on dit aussi que ces nouveaux acheteurs en profitent pour obtenir de sérieux rabais…

    Une inquiétude certaine commence à diffuser en Europe sur la perspective de devoir baisser le chauffage en cas de pénurie, voire pire. Nous n’étions plus très habitués à ça. Après la moutarde, le gaz pourrait lui aussi être en rupture de stock à l’arrivée des frimas. On ne sait pas si la Russie peut encore gagner sa guerre contre l’Ukraine mais elle a en tout cas réussi à très sérieusement tournebouler l’Occident son ennemi en désorganisant le marché mondial de l’énergie, en mettant sa croissance économique en péril et en menaçant le confort de ses habitants. Quelle que soit l’issue du conflit, Moscou aura déjà atteint cet objectif ce que même l’Union Soviétique au plus fort de la guerre froide n’avait pas réussi.

    Pendant ce temps, l’ancien président russe Medvedef, et ex-premier ministre du président Poutine, inonde les réseaux dits « sociaux » de messages narquois et infantiles, se moquant de la faiblesse occidentale et prévoyant l’effondrement de l’ennemi ukrainien. La traduction automatique du russe est un peu hasardeuse mais suffit à appréhender le ton du message :

    On est loin de la Russie de Tolstoï…

  • La guerre en Ukraine : un échec collectif

    La guerre en Ukraine : un échec collectif

    Alors que la guerre entre la Russie et l’Ukraine continue à faire rage et qu’aucune solution de cessez-le-feu ne semble poindre à l’horizon tant la détermination des belligérants est aussi forte que leur incapacité apparente à écraser l’autre pour obtenir sa reddition sans négociation, on mesure un peu mieux le cheminement qui a mené à ce désastre, qui semble un peu plus complexe que la présentation simpliste qui en est généralement faite d’un méchant, la Russie, attaquant le gentil, l’Ukraine.

    On s’aperçoit aujourd’hui que les Etats-Unis d’Amérique et le Royaume-Uni ont été très impliqués depuis 2014 (année de l’annexion de la Crimée par la Russie) dans le réarmement et la formation des forces de sécurité ukrainiennes, ce qui explique d’ailleurs en partie la capacité de résistance plutôt inattendue de l’armée de Kiev face à l’invasion russe. Cette occidentalisation à marche forcée de l’Ukraine ajoutée aux mirages d’entrée dans l’OTAN et d’adhésion à l’Union européenne (UE) de ce pays frontalier, ancien membre de l’ex-Union soviétique ne pouvaient que troubler la Fédération de Russie alors en pleine nostalgie de sa puissance déchue.

    On relève aussi que le « Protocole de Minsk » signés en 2014 sous les auspices de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), suivi des « Accords de Minsk II », n’a jamais été vraiment mis en œuvre par les parties. Ces accords prévoyaient notamment l’octroi d’un statut d’autonomie aux régions du Donbass et le retrait des forces militaires de ces zones.

    La Russie n’étant pas un pays réputé pour la subtilité de ses interventions, sa phobie de l’encerclement par les forces occidentales s’est muée en déclenchement d’une guerre stupide qui se déroule beaucoup moins bien pour elle qu’anticipé. C’est d’ailleurs la seule « bonne nouvelle » de ce conflit, l’ours russe est toujours très agressif mais finalement peut-être pas aussi fort que ses rugissements veulent le laisser croire.

    La géographie étant ce qu’elle est, il est probable que l’Ukraine restera voisine de la Russie pour longtemps. La politique étant ce qu’elle est, on voit mal la Russie évoluer à court terme vers un régime démocratique respectant le droit international et le bien des peuples. Il va donc falloir continuer à cohabiter entre voisins acariâtres, même une fois cette guerre terminée, et même si le Kremlin change ses dirigeants un jour ou l’autre. Cela crée des risques et des obligations qu’il faut bien prendre en compte pour une solution pacifique durable.

    On peut continuer à vitupérer contre les agresseurs russes mais, mêmes vaincus ce qui est encore loin d’être le cas, ils seront toujours là et resteront peu sensibles aux sirènes de l’occidentalisation et de la démocratisation avant des générations et des générations. Ils seront toujours adeptes de réactions qui paraissent primaires mais qu’ils ne sauront s’empêcher de manifester, sans parler de la nostalgie d’un retour à une puissance passée.

    Il faut bien tenir compte de cette situation, de ces différences d’appréciation qui peuvent se transformer en tirs de missile… Hélas pour elle, l’Ukraine est voisine de la Russie, ce qui ne lui laisse pas toute la liberté qu’elle souhaite pour définir son destin. Elle doit composer avec la force nuisible de ce voisin. C’est l’inégalité de la géographie. La France a dû cohabiter avec une Allemagne frontalière et agressive qui a déclenché trois guerres contre la France entre 1870 et 1939, dont deux sont devenues mondiales et ont déclenché une barbarie encore jamais vue sur la planète. Après des millions de morts, ces deux pays sont maintenant amis.

    C’est frustrant pour une partie de la population ukrainienne urbanisée qui se verrait bien adopter le mode de vie de Paris ou Berlin le plus rapidement possible, ça l’est sans doute un peu moins pour d’autres parties de sa population dans les régions frontalières avec la Russie. Car ce sont bien des Ukrainiens qui revendiquent le rattachement à la Russie de leurs Républiques « indépendantes » et ce sont bien des Ukrainiens séparatistes qui entretiennent la rébellion contre Kiev depuis 2014. La Russie trouve aussi des Ukrainiens qui gèrent les zones contrôlées par l’armée russe, L’Ukraine n’a pas seulement à gérer à l’agression extérieure de la Russie dont elle est victime, mais elle a aussi à affronter une rébellion interne d’une partie de sa population. L’indépendance unilatérale des « Républiques de Donetsk et de Lougansk » n’a pas été prononcée uniquement par les Russes, mais bien par des Ukrainiens séparatistes. Lorsque la guerre se terminera, il faudra aussi prendre en compte cette volonté séparatiste d’une partie de la population ukrainienne. Il faudra d’ailleurs sans doute considérer cette volonté dès les discussions de sortie du conflit.

    Si dans le cadre d’une autonomie bien gérée un processus référendaire sur le modèle de celui offert par la France à la Nouvelle-Calédonie (qui a duré des décennies) était mis en place il pourrait aboutir à une indépendance de ces régions du Donbass ou leur rattachement à la Russie d’une façon démocratique qui serait alors reconnue par la communauté internationale.

    Lorsque le statut de cette guerre passera du chaud au froid, ce dernier risquant de durer encore quelques siècles, il faudra trouver un compromis avec le voisin russe (et son allié biélorusse) pour que chacun reste à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues. Même si la Russie était défaite, elle serait toujours là et toujours aussi nuisible et haineuse pour tout ce qui se trouve sur son flanc ouest. Les pistes envisagées par le président ukrainien au début du conflit d’une neutralité, à définir, de son pays et d’un étalement sur plusieurs décennies des négociations sur la Crimée reviendront sur la table un jour ou l’autre. Elles méritent d’être considérées, le retour sur des accords de Minsk remodelés aussi.

    Ce sera long et douloureux, exigera des talents politiques et diplomatiques, non identifiés à ce stade, mais on peut penser que ce serait plus raisonnable et donc durable. Bref, faire parler l’intelligence plutôt que les canons !

  • De mystérieuses explosions sur des bases militaires russes en Crimée

    De mystérieuses explosions sur des bases militaires russes en Crimée

    Après la dislocation de l’Union soviétique et l’indépendance de l’Ukraine reconnue en 1997, un traité russo-ukrainien avait été signé donnant à bail à Moscou la base navale de Sébastopol où résidait la flotte russe de la mer Noire. L’annexion de la Crimée en 2014 par la Russie a bien entendu mis fin à cette « location » et Moscou s’étant réapproprié l’ensemble de la presqu’île a pu y implanter nombre d’autres installations militaires qui sont utilisées comme base arrière du front Sud de l’Ukraine dans la guerre d’invasion déclenchée depuis le 24 février dernier. La Crimée est également une destination très prisée des touristes russes qui y sont nombreux cet été.

    La semaine dernière de fortes explosions se sont produites sur une base aérienne russe, filmées par des touristes russes en goguette qui se sont empressés de les diffuser sur les réseaux dits « sociaux », ainsi que par les satellites occidentaux. Hier, d’autres explosions ont eu lieu sur une autre base militaire russe en Crimée. Les autorités de Moscou reconnaissent ces explosions mais les attribuent à des « incendies » accidentels. Les autorités ukrainiennes ne revendiquent rien mais ne se retiennent pas de faire un peu d’humour sur le sujet. C’est ainsi que le ministre de la défense ukrainien en déplacement dans un pays proche a recommandé aux soldats russes de « ne pas fumer » à proximité d’un dépôt de munitions…

    Moscou est empêtrée dans cette situation qui relève au mieux d’incompétence de son armée s’il s’agit « d’accidents », au pire de faiblesse si ce sont des attaques ukrainiennes. Kiev est plutôt maligne de laisser planer le doute sur une action de sa part, ou pas.

    La guerre continue, hélas, mais les touristes russes en Crimée rentrent chez eux !

  • La propension à la guerre de différents régimes politiques selon Aron

    La propension à la guerre de différents régimes politiques selon Aron

    Dans la neuvième leçon (sur 19) du cours « Démocratie et totalitarisme » donné à la Sorbonne durant l’année universitaire 1957-1958, le philosophe politique Raymond Aron (1905-1983) explique la liaison entre la guerre de conquête et le régime politique des Etats.

    Entre 1933 et 1939 les régimes constitutionnels pluralistes [les démocraties] paraissaient absolument décadents parce qu’ils avaient en face d’eux des régimes dirigés par des hommes dont la façon de penser et le style d’action étaient essentiellement différents du style de pensée et de la méthode d’action des dirigeants parlementaires. Un dirigeant parlementaire croit au compromis, et de manière générale n’aime pas la violence, le chef d’un parti monopolistique croit en la violence et méprise les compromis. Les chefs des régimes fascistes pensaient que la guerre est l’état normal des collectivités et que la conquête est la fin normale de toutes les collectivités vivantes…

    Or, incontestablement les régimes pluralistes au XXème siècle sont mal adaptés à la conquête, et même jusqu’à un certain point à la préparation de la guerre.

    Au bout du compte, les régimes que nous étudions [pluralistes] au XIXème siècle ont conquis de grands empires, ajoutons qu’ils les ont perdus au XXème… Ces régimes sont de plus en plus dépourvus des moyens idéologiques de justifier leurs empires et ils ne possèdent ni la capacité de violence ni la capacité d’hypocrisie pour maintenir en permanence une politique contraire à leurs idées.

    On a ici la parfaite description de l’impossibilité du dialogue entre les dirigeants d’un parti monopolistique en poste au Kremlin et les pays occidentaux qui soutiennent l’Ukraine dans la guerre de conquête que lui a déclarée la Russie. La conquête reste un objectif de la Russie pour étendre ou reconstituer son Empire quand les démocraties occidentales se réfèrent à l’Etat de droit et à « l’intangibilité » des frontières, et donc au compromis pour ne pas déroger à ces principes. C’est un dialogue de sourds dans lequel la partie attaquante mise sur l’usure attendue des démocraties soutenant la partie attaquée. Le gagnant sera celui qui aura le plus de patience dans ce conflit délétère.

    Les tentatives de compromis ont échoué lorsque l’Occident a plus ou moins laissé faire les invasions de la Géorgie, de la Crimée ou la réduction sanglante de la réduction tchétchène par le Kremlin. Elles n’ont pas empêché de nouvelles guerres de conquête comme celle en cours contre l’Ukraine. L’histoire de l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’Allemagne en 1939 puis par l’Union soviétique en 1968 n’ont pas donné lieu à réactions militaires immédiates des « régimes constitutionnels pluralistes », elles ont néanmoins emmené les pays et régimes agresseurs vers leur défaite en liguant les démocraties contre ces envahisseurs.

    L’histoire dira si la Russie aura fait le pas de trop ce 24 février en envahissant militairement l’Ukraine !

  • Chine et Russie : les nouveaux bons amis

    Chine et Russie : les nouveaux bons amis

    On se souvient que le président russe avait visité son homologue chinois à l’occasion des jeux olympiques organisés à Pékin en février dernier, deux semaines à peine avant le déclenchement de la guerre de la Russie contre l’Ukraine. La Russie ayant été exclue des compétitions internationales par suite du système de dopage institutionalisé ayant été mis à jour quelques temps auparavant, les athlètes russes présents se présentaient sous les couleurs olympiques, les drapeaux russes étant bannis des enceintes de ces jeux. Le président russe en a donc profité pour papoter de deux ou trois choses avec son hôte. Le résultat fut un communiqué commun, daté du 04/02/2022, de sept pages sur la nouvelle ère dans les relations internationales et du « développement durable mondial » qui a été alors diffusé et dont la relecture est particulièrement intéressante à l’aune de « l’opération militaire spéciale » engagée quelques jours plus tard par la Russie contre l’Ukraine.

    On y lit comment ces deux puissances contestent la prééminence occidentale « représentant la minorité à l’échelle internationale », et particulièrement celle des Etats-Unis d’Amérique, tout en confirmant leur adhésion à l’ordre multilatéral mis en place après la seconde guerre mondiale.

    Le chapitre I est consacré à la démocratie, « une valeur humaine universelle » mais les impétrants s’accordent sur le fait qu’il n’existe pas de modèle unique et que chaque pays doit suivre sa propre voie pour aboutir à la démocratie et au respect des droits de l’homme en fonction de « ses propres caractéristiques nationales, son histoire, sa culture… »

    Dans un deuxième chapitre les deux dirigeants abordent les sujets de la coopération économique, scientifique, climatique dans des conditions « ouvertes, égales, équitables et non discriminatoires » en mentionnant les institutions multilatérales préexistantes (ONU, OMC…) mais aussi les organisations plus récentes centrées sur l’Asie qui sont évidemment plus dominées par les pays de la région, au premier rang desquels la Chine, que par l’Occident.

    Le troisième chapitre est le plus intéressant car concernant la vision de la sécurité mondiale sur laquelle se rejoignent Chine et Russie :

    Les parties réaffirment leur ferme soutien mutuel à la protection de leurs intérêts fondamentaux, de la souveraineté de l’État et de l’intégrité territoriale, et s’opposent à l’ingérence de forces extérieures dans leurs affaires intérieures.

    Cette introduction ne manque pas d’ironie venant de Moscou qui se préparait à envahir l’Ukraine quelques jours plus tard mais marque une nouvelle fois la vision politique russe que l’Ukraine relève de ses propres « affaires intérieures ». Ce sentiment est donc également partagé par Pékin qui a grosso-mode le même sentiment vis-à-vis de Taïwan.

    L’Alliance de l’Atlantique nord est explicitement citée comme « recourant à des pratiques de concurrence déloyale, en intensifiant les rivalités géopolitiques, en alimentant l’antagonisme et la confrontation, et en sapant gravement l’ordre de sécurité international et la stabilité stratégique mondiale ». Puis les différents accords multilatéraux (désarmements, nucléaires, biologiques…) sont passés en revue pour vanter leur utilité si ce n’était le rôle néfaste des Etats-Unis sur leur efficacité.

    Le dernier et quatrième chapitre trace la voie de la fructueuse collaboration sino-russe à renforcer à l’avenir au profit de la planète entière, au besoin en réinterprétant l’Histoire :

    Les parties ont l’intention de défendre fermement les résultats de la Seconde Guerre mondiale et l’ordre mondial existant d’après-guerre, de défendre l’autorité des Nations Unies et la justice dans les relations internationales, de résister aux tentatives de nier, de déformer et de falsifier l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.

    Afin d’éviter que la tragédie de la guerre mondiale ne se reproduise, les parties condamneront fermement les actions visant à nier la responsabilité des atrocités commises par les agresseurs nazis, les envahisseurs militaristes et leurs complices, saliront et terniront l’honneur des pays victorieux.

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    Ce long communiqué marque la conscience revenue à ces deux pays de leur puissance économique et militaire (pour la Chine) ou d’une forte capacité de nuisance (pour la Russie) afin de se pousser du col pour revenir au sommet du pouvoir sur le monde après près de 70 ans de domination occidentale. C’est de bonne guerre, si l’on ose dire, mais l’Occident n’a sans doute pas dit son dernier mot. En revanche, il confirme leur ferme intention de refuser le chemin vers la démocratie tel que proposé dans l’architecture de la planète post-1945.

    Malgré quelques rodomontades pro-démocratiques de circonstance en introduction du texte, Moscou et Pékin posent leur ferme volonté de maintenir les méthodes autoritaires de gouvernance de leurs peuples telles que pratiquées actuellement. Et les peuples seront probablement les juges de paix dans cette histoire. S’ils continuent à se satisfaire de cette gouvernance comme cela semble être le cas aujourd’hui, il n’y a guère de raison d’imaginer une évolution à court ou moyen terme et cette « nouvelle ère des relations internationales » restera conflictuelle du type de la « guerre froide », que les plus optimistes ont cru terminée après la fin de l’Union soviétique, mais en plus intense compte tenu du rééquilibrage des puissances en faveur des pays autoritaires. C’est l’hypothèse la plus probable pour les années à venir. Le gagnant n’est pas désigné d’avance, un dérapage militaire n’est pas exclu !

  • Les risques du compromis selon Raymond Aron

    Les risques du compromis selon Raymond Aron

    Dans la quatrième leçon (sur 19) du cours « Démocratie et totalitarisme » donné à la Sorbonne durant l’année universitaire 1957-1958, le philosophe politique Raymond Aron (1905-1983) explique le sens du compromis nécessaire en régime pluraliste moderne où cohabitent plusieurs partis. Outre le respect des règles et des lois, la notion de compromis est un principe clé du bon fonctionnement de la démocratie : « accepter le compromis est accepter la légitimé partielle des arguments des autres et essayer de trouver une solution qui ne soit agressive pour personne ».

    Malgré tout il y a des domaines où le compromis « est une catastrophe » comme dans le domaine de la politique étrangère où il faut choisir entre deux voies, chacune comportant des avantages et des inconvénients, mais si le choix se porte sur la politique intermédiaire « on ne divise pas les risques par deux, normalement on les multiplie par deux ou tout au moins on collectionne les inconvénients des deux politiques possibles ».

    Lorsque l’Italie de Mussolini a voulu faire la conquête de l’Ethiopie [en 1935]… la France et ses alliés avaient le choix entre laissez-faire Mussolini ou l’empêcher par l’usage de moyens militaires… En démocratie on n’aime pas prendre des risques d’opérations militaires, ce qui est d’ailleurs légitime à bien des égards, mais on ne peut pas non plus en politique extérieure atteindre des résultats sans prendre de risques.

    La politique choisie a consisté à imposer des sanctions mais des sanctions suffisamment inefficaces pour qu’il n’exista aucun risque de réplique militaire par l’Italie. La conséquence prévisible et inflexible fut que l’Italie fut suffisamment irritée par les sanctions pour glisser du côté de l’Axe [Allemagne-Japon] et ne fut pas suffisamment gênée dans ses entreprises pour être obligée de s’arrêter. Cela c’est l’exemple du mauvais compromis.

    Comme souvent Raymond Aron fut un visionnaire analytique et réfléchi sur le monde qui l’entourait dont nombre d’aspects sont toujours d’actualité. Rapportés à la guerre actuelle déclenchée par la Russie contre l’Ukraine, ses commentaires sur le compromis sont toujours frappants d’actualité.

    Lire aussi : Aron Raymond, ‘L’opium des intellectuels’.
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  • L’Ukraine croûle sous les bombes russes, la France manque de moutarde

    L’Ukraine croûle sous les bombes russes, la France manque de moutarde

    Alors que l’Ukraine croûle sous les bombes et les missiles russes qui semblent lancés un peu au hasard sur des objectifs civils comme militaires, la France et d’autres pays occidentaux manquent de matériels et de munitions à fournir à Kiev et… de moutarde pour assaisonner ses hamburgers.

    Les citoyens européens découvrent avec un peu de stupéfaction que leurs armées ne disposent que de quelques jours de stocks de munitions et pas assez de matériels pour leurs propres armées, encore moins pour en partager avec l’Ukraine. C’est l’effet de ce qu’on a appelé les « dividendes de la paix » qui ont poussé les gouvernements européens à désinvestir dans leurs forces militaires au profit d’autres dépenses publiques. En France, par exemple, on a adoré financer des compétitions sportives internationales ou des jeux olympiques plutôt que d’investir dans un deuxième porte-avions pour la Marine nationale.

    La réouverture de la guerre en Europe est en train de déciller les yeux des dirigeants comme d’une partie de leurs administrés. Il faut réarmer, cela va probablement coûter très cher et prendre du temps avant de pouvoir reconstituer une force susceptible d’impressionner les nouveaux conquérants du monde que sont la Chine, la Russie et leurs affidés. A défaut de les impressionner il faudrait a minima arriver à les dissuader de se lancer dans de nouvelles guerres comme celle actuellement menée par Moscou dont l’issue est encore incertaine.

    Mais il va falloir dépenser des sous, beaucoup de sous. Les ordres de grandeur nécessaires sont probablement incompatibles avec le niveau de dépenses publiques françaises auquel la population s’est habituée. L’heure des choix vitaux va bientôt sonner, les contribuables vont devoir payer et les bénéficiaires des prestations publiques vont voir celles-ci se stabiliser, voire décroître. La République va devoir arbitrer dans ses dépenses, ce qu’elle ne sait pas bien faire depuis son dernier budget à l’équilibre qui date de …1974.

    En attendant, le ketchup peut heureusement suppléer à la pénurie de moutarde, et les Etats-Unis compenser les défaillances européennes pour délivrer des armements à l’Ukraine.

  • Le Kremlin toujours malin

    Le Kremlin toujours malin

    Avec pas mal de perversité et une plutôt bonne efficacité le Kremlin mène sa guerre contre l’Ukraine, non seulement sur le terrain mais en utilisant le soft power à sa main, en troublant le jeu occidental.

    Alors que l’Occident se demandait s’il fallait utiliser « l’arme du gaz » pour ralentir ou stopper ses achats d’hydrocarbures à Moscou, c’est en fait la Russie qui prend la décision de fermer progressivement le robinet vers l’Europe, l’augmentation considérable des prix compensant largement l’éventuelle baisse des volumes. Le Kremlin observe avec un sourire en coin l’affolement des gouvernements occidentaux devant l’inflation sur les produits énergétiques, désorganisant la stabilité sociale dans ces pays.

    La décision de la Russie d’exiger le paiement des ventes de pétrole et de gaz russes dans leur devise locale, le rouble, et non plus en euros ou en dollars, est techniquement très avisée et a permis le maintien de la valeur du rouble, de façon un peu superficielle certes mais qui offre à Moscou l’occasion de triompher. La gouverneure de la banque centrale russe semble avoir été de bons conseils et la politique monétaire de crise mise en place très rapidement après le début du conflit a permis d’éviter une crise financière pour ce pays par ailleurs peu endetté et à la balance des paiements largement excédentaire, guerre ou pas guerre.

    La Russie explique que les difficultés sur le marché des céréales sont liées aux sanctions occidentales ce que nombre de pays émergents sont tout à fait disposés à croire. Des popes orthodoxes russes bénissent les avions et les missiles avant qu’ils ne fassent feu sur l’Ukraine. Des images de militaires tchétchènes barbus expliquant en territoire occupé que si M. Poutine le leur demande ils iront jusqu’à Berlin, ponctuant leurs sorties tonitruantes de cris de gloire à Allah. Quant à la télévision officielle russe, ses analyses auraient fait pâlir d’envie la Pravda de l’époque soviétique. Cerise sur le gâteau, différents dirigeants russes font valoir d’autres revendications territoriales, notamment sur l’Alaska américain, des villes dans les pays baltes, etc.

    Dans les territoires ukrainiens occupés par la Russie, le Rouble est mis en place pour remplacer la devise ukrainienne, les réseaux de téléphonie mobile russes remplacent leurs homologues ukrainiens, la nationalité russe est octroyée sans vergogne aux citoyens restés sur place dont une partie semble plutôt russophile, la piste du référendum est envisagée pour russifier définitivement ces territoires. Une stratégie similaire avait été mise en place en 2014 lors de l’annexion de la Crimée. A défaut de victoire militaire majeure sur le terrain, la Russie utilise tous les moyens à sa disposition pour rendre définitive les conquêtes déjà réalisées

    Quelle que soit l’issue de la guerre, on voit mal aujourd’hui comment on pourrait revenir en arrière sur cet état de fait à moins que l’Occident ne rentre en guerre totale contre la Russie, hypothèse peu probable. Nous rentrons dans un nouveau genre de guerre froide dont ne connaît pas encore bien les conditions. Ce qui semble très probable est que la fâcherie avec la Russie va durer longtemps et que l’un des enjeux sera la lutte entre les régimes démocratiques et les régimes autoritaires. C’était déjà un peu le cas lors de la première guerre froide contre l’Union soviétique de la seconde moitié du XXème siècle, mais à l’époque la puissance économique se trouvait sans conteste du côté des démocraties ce qui n’est plus vraiment le cas aujourd’hui où elle est désormais partagée. Le vainqueur de ce nouveau combat n’est pas désigné d’avance.

    On assiste également à l’effondrement d’une des thèses défendues par l’Occident qui voulait que le développement économique, la mondialisation du commerce, poussent les pays de la planète à s’entendre et à s’unir. Cela n’a pas été le cas en ce début de XXIème siècle où la puissance économique acquise par des pays comme la Chine ou la Russie a été utilisée pour remettre en cause l’ordre établi au profit de l’Occident après la deuxième guerre mondiale. Le monde rentre dans l’inconnu et bouleverse ses fondamentaux, en commençant par le réarmement des démocraties pour rattraper le retard pris à l’égard du monde autoritaire. L’heure des révisions déchirantes a sonné, dans l’incertitude !

  • Union européenne : le recul annoncé

    Union européenne : le recul annoncé

    Comme c’était prévisible, le conseil européen réunissant les chefs d’Etats et de gouvernements des vingt-sept pays membres de l’Union européenne (UE) a entériné le principe d’un nouvel élargissement vers l’Est. Dans les conclusions du conseil figurent :

    Point 10 : Le Conseil européen reconnaît la perspective européenne de l’Ukraine, de la République de Moldavie et de la Géorgie. L’avenir de ces pays et de leurs citoyens réside au sein de l’Union européenne.

    Point 11 : Le Conseil européen a décidé d’accorder le statut de pays candidat à l’Ukraine et à la République de Moldavie.

    Point 15 : L’Union européenne exprime son attachement total et sans équivoque à la perspective de l’adhésion des Balkans occidentaux à l’UE et appelle à accélérer le processus d’adhésion.

    Ce communiqué marquera pour longtemps le pivotement de l’UE vers l’Est et la décision librement choisie par les 27 d’initier le délitement de l’aspect politique de l’Union. Accessoirement c’est également le lancement d’un programme de dépenses qui va se chiffrer en centaines de milliards d’euros sur des décennies afin de mettre les pays candidats au niveau moyen des membres et, conjoncturellement, de reconstruire l’Ukraine lors la guerre avec la Russie sera terminée.

    Depuis l’adhésion des pays ex-affiliés à l’Union soviétique au début des années 2000 on a vu progressivement le processus de décision se gripper, particulièrement sur les aspects politiques concernant les concepts de démocratie, de droits de l’homme, de migration, de justice, de liberté de la presse et bien d’autres. La guerre russe n’a fait que mettre temporairement sous le boisseau les litiges en cours entre Bruxelles d’une part, la Pologne et la Hongrie d’autre part qui ne partagent ni ne respectent plus les notions d’Etat de droit tels que les envisageaient les pères fondateurs de l’Europe politique. On image ce que sera demain la situation lorsque l’Albanie, l’Ukraine ou la Moldavie siègeront à la table du conseil européen…

    Conçue à l’origine comme un club de pays démocratiques occidentaux riches, l’UE devient progressivement un accord commercial réunissant des pays dont les modes de gouvernement s’étalent entre la démocratie et l’autoritarisme, dont nombre peuvent être économiquement considérés comme émergeants et vont donc être pris en charge pour longtemps par les plus riches. Ce changement est désormais irréversible tant l’agression militaire dont pâtit l’Ukraine rend intenable la position de ceux qui, comme les Pays-Bas, l’Allemagne ou la France, considéraient la situation socio-économique de ce pays comme incompatible avec une adhésion. Autant il a été possible de laisser sur le côté la Macédoine du Nord ou l’Albanie tout en les rassurant sur « leur perspective d’adhésion » et bla-bla-bla, autant ce n’est plus envisageable pour l’Ukraine après le désastre qu’elle affronte.

    L’honnêteté intellectuelle voudrait que les citoyens soient informés de cette transformation irréversible de l’UE à la suite de son élargissement vers l’Est. Les Français quant à eux devront être consultés pour toute nouvelle adhésion par référendum au terme de l’article 88-5 de la constitution sauf en cas de vote d’une motion à la majorité des deux-tiers par l’Assemblée nationale et le Sénat. Le jour où l’adhésion de l’Albanie viendra devant le Parlement, nous verrons si deux-tiers des parlementaires l’approuvent, ou s’ils préfèrent prudemment se décharger de la décision sur le peuple, à moins que la constitution n’ait été changée entre temps…

    Autre problème qui se poser à court terme est le temps que prendra la mise à niveau aux normes de l’UE des pays candidats avant leur adhésion. Compte tenu de la situation très éloignée du standard européen de ces pays, c’est en décennie qu’il faut compter. Bien évidemment ils ne manqueront pas de demander des passe-droits pour pouvoir adhérer plus vite. L’alternative est, soit d’attendre que les pays atteignent le standard avant de les faire adhérez, ainsi il n’y a pas dilution du niveau de l’Union, soit d’accepter leur adhésion avant en diluant ainsi l’exigence des pays membres, outre le fait que l’on crée ainsi un régime préférentiel pour les nouveaux adhérents qui se traduira certainement par des revendications (sans doute financières) des anciens qui exigeront d’être compensés pour les efforts qu’ils ont menés alors qu’on ne les demande pas, ou partiellement, aux nouveaux !

    Lire aussi : Une première victoire de la Russie
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  • Une guerre dévastatrice

    Une guerre dévastatrice

    Après plus de trois mois de la guerre initiée par la Russie contre l’Ukraine la réalité de ce conflit apparaît comme celle d’une guerre d’un autre siècle. Les reportages montrent des villes dévastées rappelant les images de Dresde ou de Berlin en 1945. La guerre éclair de frappes chirurgicales s’est transformée en une guerre d’artillerie et de tranchées où l’assaillant noie l’Ukraine sous un tapis de bombes pour casser les infrastructures et briser le moral des Ukrainiens. Rien ne leur est épargné, des écoles, des gares, des hôpitaux ont été bombardés ; des crimes ont été commis dans les villes occupées (viols, exécution de civils, mises en scène de prisonniers…). Les troupes ukrainiennes sont également accusées d’avoir commis certaines exactions, bien qu’en nombre plus réduit.

    Bref, le voile est tombé, sur le mythe d’une guerre éclair qui aurait provoqué l’effondrement rapide de l’Ukraine. Les prévisionnistes de tous bords qui ont déjà été surpris de voir la Russie franchir le Rubicon le 24 février en lançant ses troupes à l’assaut de l’Ukraine, sont encore plus ébahis de constater la résilience de la Russie face aux sanctions occidentales et sa capacité à détruire son « pays-frère » sans vergogne et sans remords, sûre de son bon droit impérial, avec pour objectif de le mettre au pas.

    Les conséquences économiques sont déjà sensibles dans le reste de la planète, les impacts politiques à terme risquent d’être significatifs pour des générations en opposant L’Est et l’Ouest. Le pire n’est pas exclu, conflit nucléaire ou crise économique mondiale mortifère. Pour l’instant c’est l’Ukraine qui en fait surtout les frais. La décision russe du Kremlin ce 24 février va rester dans l’histoire comme génératrice d’un cataclysme qui va faire pour encore longtemps un sujet d’études pour les politistes et les écoles de sciences politiques.

  • Le risque de l’hubris

    Le risque de l’hubris

    Alors que l’armée russe rencontre une franche résistance de l’armée ukrainienne dans sa tentative de mettre au pas ce « pays frère », voire affronte quelques défaites majeures comme l’abandon de son objectif de conquérir Kiev ou la destruction de son navire amiral « Moskva », l’Ukraine et ses soutiens occidentaux commencent à afficher des comportements un peu trop optimistes quand on voit la réalité militaire sur le terrain et la situation politique prévalant dans ces deux pays.

    La guerre est sans doute loin d’être terminée et l’égo des dirigeants, voire le nationalisme exacerbé des deux populations, rendent pour le moment improbables toute négociation pour mettre fin à cette guerre et, dans le même temps, font que les deux parties refusent toute concession possible.

    La raison devrait pousser les belligérants à tout faire pour négocier et convenir d’un cessez-le-feu dans les meilleurs délais, mais elle est pour l’instant hors de portée des parties qui préfèrent laisser parler les armes. L’Ukraine et ses soutiens occidentaux seraient bien avisés de ne pas trop parader derrière une évolution du conflit qui semble en leur faveur. Discrétion et modestie devraient guider leur attitude. L’action sans triomphalisme devraient guider leur politique en laissant l’hubris au vestiaire.

  • Pendant la guerre, le gaz à flots continus

    Pendant la guerre, le gaz à flots continus

    La guerre de la Russie contre l’Ukraine remet au goût du jour la dépendance énergétique de nombreux pays européens à l’égard de Moscou mais le plus étonnant est l’espèce d’équilibre de fait, accepté par les belligérants et l’Europe. Alors que les combats font rage avec leur cortège d’exactions, de civils et militaires tués de part et d’autre, de villes dévastées par les bombes, la Russie continue à envoyer son gaz dans les pipelines en direction de l’Ouest, y compris le pipeline traversant l’Ukraine.

    L’utilisation de l’arme d’un embargo/coupure de l’approvisionnement du gaz russe effraie tout le monde : la Russie qui du coup verrait disparaître les revenus correspondants, les pays européens qui devraient demander à leurs citoyens de réduire leur consommation. Alors les bombardements russes comme ukrainiens prennent bien soin de ne pas risquer d’endommager les pipelines qui sont à leur portée sur le territoire de l’Ukraine, les autres tuyaux d’approvisionnement se trouvant dans d’autres pays. Le gaz circule joyeusement et il est payé rubis sur l’ongle à des cours extravagants compte tenu de la loi du marché. Le gaz passe d’Est en Ouest et les sous font le chemin inverse. On voit même la Russie payer à l’Ukraine les droits de passage dus au titre du transit de son gaz par les oléoducs traversant ce pays…

    En voyant cet accord tacite inattendu entre des nations qui ne se parlent plus qu’à coups de bombes, on se dit que la guerre mondiale n’est pas encore pour tout de suite !

    Les bonnes âmes occidentales qui n’osent toujours pas dire à Mme. Michu qu’il va falloir qu’elle diminue sa consommation et que, même après restriction, elle paiera plus cher pour se chauffer, parlent de « diversifier » les approvisionnements c’est dire d’aller acheter des hydrocarbures au Qatar ou en Arabie-Saoudite, pays guère plus recommandables que la Russie et tout aussi capables de couper le robinet si leurs intérêts le commandaient.

    On parle de « diversifier » la consommation d’hydrocarbures et non de la diminuer, c’est bien là le problème. Les programmes électoraux présidentiels français d’avril dernier de nombre de candidats misaient sur l’arrêt des projets éoliens, notamment :

    Protection de nos paysages : pas d’éolien sans accord des populations.

    Mesure 24 de Valérie Pécresse

    Interdire tout nouveau projet d’éoliennes.

    Eric Zemmour

    Et sans parler de l’inénarrable Stéphane Bern qui a pris la tête d’une croisade contre les éoliennes en 2021 en les qualifiant de « supercherie ». Par les temps qui courent, tous ces pourfendeurs d’énergie non carbonées vont peut-être devoir ravaler leurs arguments de « bobos en circuits courts ». Certes, l’énergie éolienne n’est sans doute pas exempte de défauts et ne va pas tout résoudre, mais c’est probablement une diversification aussi intéressante que d’aller acheter du pétrole au Qatar qu’il convient de ne pas négliger. La diversification doit concerner non seulement l’origine mais aussi la nature de l’énergie. D’ailleurs on entend beaucoup moins M. Bern ces derniers temps ce qui est de toute façon une bonne chose.

    Lire aussi : Le goût de la polémique
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  • Retour en fanfare de la faucille et du marteau à Moscou

    Retour en fanfare de la faucille et du marteau à Moscou

    A Moscou ce 9 mai, la Russie célèbre la victoire de l’Union soviétique dans la deuxième guerre mondiale. Pour ce faire, le fameux drapeau siglé de la faucille et du marteau est ressorti du placard et défile fièrement sur la Place rouge. Voici qui va rappeler des souvenirs à de nombreux citoyens de l’ancien empire déchu !

  • La Commission européenne a choisi

    La représentation de la Commission européenne à Paris est installée face à l’assemblée nationale dans ce très bel immeuble arrondi qui fait l’angle du boulevard Saint-Germain et du Quai Anatole France. Son balcon du premier étage est pavoisé de drapeaux bleu européen frappés des douze étoiles jaunes. Le drapeau central, beaucoup plus grand que les autres est à double-faces : au recto les couleurs européennes, au verso les couleurs ukrainiennes.

    On le sait, la Commission européenne est largement en faveur d’une adhésion de l’Ukraine le plus vite possible à l’Union européenne. D’une manière générale, la Commission a toujours promu les élargissements de l’Union. Comme un chef d’entreprise qui n’aime rien tant que voir grossir son business, la Commission qui exécute les décisions prises par les Etats mais avec une forte capacité d’influence, voire une totale indépendance pour les questions commerciales, accroit son pouvoir à chaque fois que de nouveaux pays entrent dans son périmètre. C’est humain.

    Outre l’Ukraine, aujourd’hui la Serbie, l’Albanie et la Macédoine du Nord sont sur la liste des candidats ; la Géorgie et la Moldavie viennent de s’y inscrire dans la suite de Kiev. On imagine aisément ce que serait un Conseil européen avec ces 6 pays en plus des 27 préexistants : un capharnaüm indescriptible et ingérable dans lequel serait sans doute impossible tout décision politique, une espèce d’ONU à 33 pays, sans équivalent du Conseil de sécurité permettant à un petit groupe de pays privilégiés d’imposer leurs décisions aux autres.

    Ce serait sans doute la fin de l’Europe politique telle que voulue par ses pères fondateurs, sans parler des pratiques mafieuses pratiquées dans ces pays candidats et sans doute pas en voie de disparition sur le court terme… L’invasion russe contre laquelle se bat courageusement aujourd’hui l’Ukraine lui vaudra sans doute son ticket d’entrée sans trop de discussions et, dans ces conditions, il sera difficile de le refuser aux 5 autres.

    Quoi qu’il en soit, ce n’est pas la Commission européenne qui décide d’accepter les candidats mais les Etats-membres. En France, la constitution stipule dans son article 88-5 que :

    Tout projet de loi autorisant la ratification d’un traité relatif à l’adhésion d’un État à l’Union européenne est soumis au référendum par le Président de la République.

    Toutefois, par le vote d’une motion adoptée en termes identiques par chaque assemblée à la majorité des trois cinquièmes, le Parlement peut autoriser l’adoption du projet de loi selon la procédure prévue au troisième alinéa de l’article 89.

    https://www.conseil-constitutionnel.fr/le-bloc-de-constitutionnalite/texte-integral-de-la-constitution-du-4-octobre-1958-en-vigueur

    Ce qui signifie que l’adhésion de l’Albanie ou de l’Ukraine devront être approuvées par un référendum, sauf si elle était approuvée dans les mêmes termes par le sénat et l’assemblée nationale à une majorité des 3/5. Compte tenu des conséquences prévisibles sur l’avenir de l’Union, il est peu probable qu’une telle majorité puisse être atteinte. Le référendum devrait en principe être inévitable si le texte constitutionnel n’est pas modifié et est appliqué. Voilà qui promet des débats animés.

    Lire aussi : Une première victoire de la Russie
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