Étiquette : Migration

  • Jeunes sans frontières et sans contraintes

    Jeunes sans frontières et sans contraintes

    Dans les dîners en ville la jeunesse s’émeut qu’il faille obtenir et payer une Autorisation de voyage électronique (ETA) pour entrer au Royaume-Uni, même pour un court séjour. Pire encore, les Etats-Unis d’Amérique envisageraient de rendre obligatoire la mention de ses comptes sur les réseaux dits « sociaux » lors de la demande de visa pour entrer sur ce territoire ; elle est pour le moment facultative. Il s’agirait pour les autorités douanières américaines de pouvoir refuser l’entrée à des étrangers qui auraient dit ou écrit du mal des Etats-Unis ou de ses dirigeants.

    C’est ce qu’on appelle des frontières ! Evidemment, nos jeunes dopés aux programmes Erasmus qui n’ont jamais rien connu d’autre que la libre circulation des biens et des personnes entre les pays membres de l’Union européenne (UE) et la presque-disparition des frontières entre les pays membres et signataires des accords de Schengen, ont un peu oublié le concept même de frontière. Ils comprennent difficilement pourquoi ils doivent demander l’autorisation du gouvernement britannique et payer 20 livres pour aller à Londres, ou donner les références de leurs comptes TikTok à la douane américaine pour rentrer, éventuellement.

    A une époque où une grande partie des citoyens et de la classe politique se lamentent au sujet des « abandons de souveraineté » que la France, comme tous les pays-membres, a consenti au profit de l’UE, le retour des frontières et des visas donnent un aperçu de ce que pourrait être la récupération de certains de ces éléments de souveraineté. Demander un visa ou un ETA n’est pas bien pénalisant même si légèrement contraignant. L’Autorisation de voyage électronique demandée par les autorités britanniques n’est en fait que la version moderne des petites fiches cartonnées que les anciens remplissaient dans l’avion avant le débarquement pour remise au douanier avec son passeport. Si malgré tout on ne veut pas se soumettre à ces formalités trop « intrusives », il suffit de ne pas se rendre au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis.

    Ces petites contraintes devraient permettre d’éclairer la réflexion de chacun sur les avantages et inconvénients pour un pays comme la France à faire partie, ou pas, d’une alliance politique et commerciale comme l’UE. Comme chaque décision il y a du pour et du contre, le bilan consiste à faire la somme des « + » et des « – » et de se positionner en conséquence. Le Royaume-Uni a montré qu’il était possible de quitter l’Union européenne si le peuple le voulait. On peut aussi rétablir les frontières intra-européennes, après tout, les accords de Schengen qui les ont abolis ne datent que de 1985 et l’Europe a vécu pendant des siècles avec des frontières dont les franchissements furent plus ou moins fluides selon les époques et les pays. Mais dans ce cas il vaut mieux être cohérents et arrêter de se lamenter sur les « contraintes » que représenteraient les visas ou les ETA.

  • PIO Régis, ‘Universalisme noir’.

    PIO Régis, ‘Universalisme noir’.

    Sortie : 2025, Chez : L’Harmattan.

    Récit-roman plus ou moins autobiographique, ce livre raconte le périple d’un homme engagé dans l’économie sociale et solidaire (ESS). C’est son long cheminement pour faire exister une organisation avec des volontaires qui ne sont pas habitués à ce genre de structures, certes solidaires mais devant aussi se soumettre aux règles de fonctionnement d’une entreprise devant gérer un effectif et équilibrer un budget, sans perdre de vue son objet affiché : solidarité et justice sociale. Alors il raconte la recherche permanente de financements, souvent publics, dans la jungle des structures politico-administratives, la gestion des hommes et femmes qui composent l’organisation, sans déroger à l’aspect solidaire de l’affaire, les combats de tous les jours pour faire du « social » dans un monde libéral…

    Mais ce livre est aussi l’occasion pour son rédacteur d’exprimer ses idées sur « l’universalisme noir » et c’est sans doute le plus intéressant. Lui-même issu de parents immigrés du Bénin, l’auteur-narrateur développe ses sentiments sur la matière sensible de sa double-appartenance, française et béninoise, blanche et noire. Il y a de l’ambivalence dans ses mots : se sent-il béninois ou français ? C’est pour essayer de répondre à cette question qu’il lit Franz Fanon, Bukowski ou James Baldwin, admire Angela Davis, Nelson Mandela et Aimé Césaire, et fréquente avec émotion et respect les lieux du calvaire de ses ancêtres, de Harlem à l’ile de Gorée. Il manifeste une admiration perceptible pour Fanon, Malcom X ou les Black Panthers qui furent des combattants de la Cause avec leurs méthodes pas toujours très orthodoxes.

    Dans les rues de Harlem il visite le « Center for research in black culture », se prend en photo devant l’Apollo theater où tous ses héros musicaux se sont produits, sur Time Square il discute avec un marchand ambulant probablement sénégalais, venu vendre des sandwichs dans les rues de New York car la pêche ne lui permettait plus de faire vivre sa famille au pays, et qui l’envie d’être né Français en France mais le narrateur lui répond :

    Toi, tu as de la chance de ne pas te poser toutes ces questions sur qui tu es. Moi, je suis constamment dans ce tiraillement. Ici, je ne me sens ni vraiment français, ni vraiment béninois. Parfois, je sens que mes racines africaines sont plus proches de moi, mais en même temps je ne me sens jamais vraiment à ma place, ni en France ni ailleurs. C’est un sentiment constant.

    C’est un échange un peu surnaturel entre un travailleur de rue sénégalais aux Etats-Unis (probablement en situation illégale) tourné vers sa survie et celle de sa famille restée au pays, et un Français d’origine béninoise en villégiature à New York pour se pencher sur le passé douloureux de ses ancêtres.

    Lors d’une visite mémorielle sur l’Ile de Gorée, point de départ de milliers d’esclaves africains arrachés à leur continent pour être déportés vers l’Amérique durant des siècles, le narrateur rencontre un vieux sage sénégalais qui lui dit :

    C’est bien de commémorer, de se souvenir, mais qu’est-ce qu’on en fait, de cette mémoire ? Si c’est juste pour pleurer sur les cendres de l’Histoire, on n’avancera jamais. Nos ancêtres ont lutté, ils ont survécu. A nous de reprendre le flambeau, pas pour pleurer, mais pour agir.

    Mamadou Kébé (historien sénégalais)

    Action versus lamentation, c’est le dilemme dans lequel se débat une partie de la population française « issue de la diversité », venue vivre dans le pays qui a fait le commerce de la traite négrière jusqu’à ce que l’esclavage soit définitivement aboli en France en 1848. Cet incongruité génère un mal être parfois revendicatif dans cette diaspora postcoloniale, remuée parfois aussi par les théories « décolonialistes » véhiculées par la pensée « woke ».

    Cette ambiguïté est exprimée ici par Régis Pio avec modération mais sans cacher ses interrogations qui nourrissent son mal-être, heureusement pas forcément universel.

  • L’Algérie ne lâche rien dans son combat contre la France

    L’Algérie ne lâche rien dans son combat contre la France

    Lancée le 1er novembre 1954 par une nuit d’attentats contre les intérêts de la France coloniale en Algérie, qui a été appelée par la suite la « Toussaint rouge », la guerre d’indépendance s’est légalement terminée après huit années de sauvageries par la victoire de l’Algérie qui obtint en 1962 son indépendance politique et l’évacuation de l’armée et des fonctionnaires français. Conséquence directe pas complètement anticipée : environ un million de colons, parfois installés sur place depuis des générations, repartirent pour la France en quelques mois ; conséquence cette fois-ci plus prévisible, des dizaines de milliers de supplétifs algériens locaux de l’armée française, considérés comme des traîtres par les nouvelles autorités, les « harkis », furent massacrés sur place, souvent dans des conditions épouvantables.

    Nous sommes soixante ans plus tard, on pourrait croire les relations au mieux apaisées ou, au pire, distantes, après tant de temps et la disparition en cours des derniers acteurs de cette période mortifère. Mais non, les relations sont exécrables entre les deux ex-belligérants qui poursuivent le combat avec des moyens d’action certes moins guerriers mais qui restent très nuisibles. Cette guerre de décolonisation a laissé tant de traces que l’acrimonie entre les deux pays est toujours très vive avec des montées de tension régulières : menaces, injures, retours permanents à l’histoire qui décidément ne passe pas, rappels d’ambassadeurs puis retour de ceux-ci, voyages présidentiels reportés avant d’être effectués, réduction des visas délivrés par la France puis rétablissement de ceux-ci, affrontements mémoriels puis réconciliation, etc. Le dernier avatar de cette relation volcanique est la reconnaissance par Paris de la souveraineté du Maroc sur la Sahara espagnol, à contrecourant de la position des Nations-Unies qui prônent depuis toujours « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » et l’organisation d’un référendum d’autodétermination dans ce territoire. Bien entendu l’Algérie soutient le mouvement indépendantiste du Sahara espagnol contre les visées du Maroc. La raison pour laquelle Paris a pris parti n’est toujours pas très claire, on se demande si c’est bien dans l’intérêt de la France.

    Lire aussi : Paris franchit le Rubicon de la discorde

    Un nouvel incident vient de se produire quand la France a tenté cette semaine d’expulser un citoyen algérien en situation légale sur le territoire avec famille et emploi mais qui consacrait une partie de ses loisirs à diffuser des messages de haine sur les réseaux dits « sociaux ». En l’occurrence il menace des opposants au régime algérien, qu’ils résident en France ou en Algérie. Ce n’était qu’un parmi bien d’autres mais il est tombé au mauvais moment. Dans une procédure expresse le ministère de l’intérieur l’a arrêté, révoqué son titre de séjour, puis mis dans un avion pour Alger, sous escorte policière. Arrivé à l’aéroport de la capitale algérienne, les autorités locales l’ont déclaré « interdit de territoire » et l’ont remis dans l’avion retour vers Paris. L’homme qui se fait appeler « Doualemn » semblait disposer d’un passeport algérien en règle mais Alger ne s’embarrasse pas de ce genre de détails lorsqu’elle peut faire la leçon à Paris. Dans un long communiqué le ministère « des affaires étrangères et de la communauté nationale à l’étranger » a du mal à cacher sa jubilation :

    …le ressortissant objet de l’expulsion vit en France depuis 36 ans. Il y dispose d’un permis de séjour depuis 15 ans. Il est père de deux enfants nés de son union avec une ressortissante française. Enfin, il est socialement intégré dans la mesure où il exerce un emploi stable depuis 15 ans.

    …en violation des dispositions pertinentes de la Convention consulaire algéro-française du 24 mai 1974, la partie française n’a cru devoir informer la partie algérienne ni de l’arrestation, ni de la mise en garde à vue, ni de la détention, ni encore de l’expulsion du ressortissant en cause. Bien plus, elle n’a pas donné suite à la demande de la partie algérienne d’exercer sa protection consulaire au profit du ressortissant concerné à travers le droit de visite.

    Et d’ajouter :

    Au vu de tous ces dépassements et de toutes ces violations des droits acquis par le ressortissant algérien sur le territoire français, la décision algérienne dans cette affaire est animée par le souci de lui permettre de répondre aux accusations qui sont portées contre lui, de faire valoir ses droits et de se défendre dans le cadre d’un processus judiciaire juste et équitable sur le territoire français.

    htttps://www.mfa.gov.dz/fr/announcements/ministry-of-foreign-affairs-statement-far-right-in-france

    Depuis cet incident les ministres se menacent par-dessus la Méditerranée mais à ce petit jeu Alger semble plus efficace. Sur la forme on se demande comment Paris a pu se mettre dans un tel imbroglio diplomatique. « Doualemn » a été placé dans un centre de rétention administrative en France mais il est très probable qu’il en sortira rapidement.

    Sur le fond rien n’est réglé et des citoyens algériens installés en France diffusent une propagande haineuse sans que Paris, engoncé dans un cadre légal et démocratique, ne puisse faire grand-chose, ou alors des tentatives vaines comme celle menée contre ce « Doualemn ». Paris soupçonne Alger de manipuler ces idiots numériques installés sur son territoire pour accentuer le chaos dans l’hexagone. C’est possible mais n’est pas démontré à ce stade. Hélas, il y a suffisamment de ressentiment de ces citoyens algériens contre le pays qui les accueillent pour ne pas avoir besoin de les inciter à lui nuire par tous les moyens à leur disposition. On touche ainsi du doigt le non-dit de cette haine : entre 4 et 6 millions de Français sont d’origine algérienne et des centaines de milliers d’Algériens, double-nationaux ou pas, y résident en permanence. C’est une espèce de syndrome de Stockholm dans lequel les anciens colonisés ont choisi de s’implanter dans le pays qui les a colonisés et contre lequel ils, ou leurs parents, ont combattu les armes à la main. Dans le lot, il y a quelques individus qui poursuivent le combat avec les armes de XXIe siècle et cherchent à nuire.

    Au Café du commerce et sur les plateaux des médias conservateurs à courte vue (les deux ensembles se recouvrent souvent) on se demande comment une telle situation est possible et comment la France peut être ainsi « humiliée » par Alger ? Tous prônent la fermeté en s’agitant sur leurs fauteuils et Mme. Michu est prête à réenvahir l’Algérie derrière la bannière tricolore. La situation est plus subtile. D’abord il y a des intérêts économiques réciproques importants, dont la vente de gaz et de pétrole par Alger ainsi que des flux de business significatifs entre les deux pays. Y renoncer est techniquement possible mais il faudrait alors mettre en œuvre des solutions de remplacement qui ne sont pas à portée de main. Mais surtout la diaspora importante qui représente près de 10% de la population française rend inextricables les relations entre les deux pays qu’il est désormais quasi-impossible de détricoter. C’est la principale conséquence du fait colonial français. Par ailleurs, malgré les grandes espérances postindépendance, la mauvaise gouvernance des anciennes colonies poussent leurs citoyens à s’exiler. Et le plus simple, pour de nombreuses raisons, est encore de partir s’installer dans l’ancienne puissance coloniale. La tentation qui ronge certains sur les plateaux télévisés d’en finir des relations avec l’Algérie, de fermer l’ambassade de France dans ce pays, de stopper la délivrance de tous les visas et d’en reparler dans soixante ans n’est sans doute plus viable.

    On se souvient qu’après l’invasion par le Vietnam du Nord, communiste, du Vietnam du Sud, pro-occidental, et la réunification forcée des deux entités en 1975 sous la bannière d’une république « socialiste », en violation des accords de paix dits « de Paris » en 1973, les Américains ont rompu leurs relations diplomatiques avec le Vietnam, fermé leur ambassade et mis le Vietnam sous embargo commercial. Il fallut attendre 1995 pour que ces relations soient timidement rétablies et le premier ambassadeur américain envoyé en 1997 était un ancien pilote de bombardier de l’US-Air Force qui a servi durant la guerre du Vietnam et fut prisonnier durant six années. Tout un symbole… Aujourd’hui les Etats-Unis et la Vietnam sont plutôt considérés comme alliés dans cette région d’Asie du Sud-Est où la Chine fait figure d’épouvantail impérialiste.

    La France n’a pas choisi cette voie ferme avec l’Algérie et préféra tenter de construire des relations amicales avec ce pays immédiatement après son indépendance en 1962, malgré le lourd passif qui continue de flotter entre les deux nations. Il n’est pas sûr que ce fut une bonne option mais il est de toutes façons trop tard pour en changer. Cette situation paradoxale condamne les deux pays à s’entendre en faisant preuve d’intelligence et de subtilité, ce qui est loin d’être le cas ces dernières années des deux côtés de la Méditerranée… La tâche est rude et les deux capitales sont à cran. Avec un peu plus de discrétion et moins de tohu-bohu médiatique, on peut sans doute arriver à mieux maîtriser les nuisances d’une relation toxique entre l’Algérie qui n’aime définitivement pas la France et croit fermement que tout lui est dû puisqu’elle a été colonisée dans les conditions extrêmement brutales que l’on connait.

  • ONFRAY Michel, ‘Immigrations – éviter le naufrage (FRONT-POPULAIRE n°4)’

    ONFRAY Michel, ‘Immigrations – éviter le naufrage (FRONT-POPULAIRE n°4)’

    Sortie : 2021.

    Quel étrange parcours que celui suivi par Michel Onfray (né en 1959), philosophe qui se définit lui-même « libertaire et proudhonien » et qui réjouit les auditeurs de la radio France-Culture, des années durant, qui diffusait sa Contre-histoire de la philosophie qu’il enseignait à l’Université populaire de Caen. Il avait une vision plutôt hétérodoxe de la philosophie tout en se mettant à la portée d’un auditoire non spécialisé. On se souvient notamment de ses conférences sur la psychanalyse et ses descriptions ironiques des pratiques professionnelles de Freud et Lacan. Onfray est un moulin à paroles qui a la remarquable qualité de savoir exprimer sa pensée de façon claire. Il possède une connaissance véritablement encyclopédique de la philosophie depuis l’antiquité et la faisait partager dans le cadre de cette « Université populaire ». Il est par ailleurs à l’origine d’une production littéraire impressionnante.

    Depuis la fin des années 2010 il se pique de politique, n’intervenant plus à l’Université populaire de Caen, diffuse ses idées sur les plateaux télévisés dont il est devenu bon client. Très critique à l’encontre des politiques suivies par les dirigeants français, de leur opposition et du concept européen, il publie la revue « Front Populaire » depuis mi-2020 où s’expriment différents intellectuels sur un sujet donné, la tendance générale étant à la critique et au conservatisme.

    En prologue de ce numéro, Onfray met en exergue une phrase qui explique sans-doute sa conversion intellectuelle. Aurait-il abandonné ses utopies ?

    L’idéalisme judéo-chrétien repris et augmenté par l’idéalisme marxiste-léliniste, sous couvert de matérialisme dialectique, voilà qui a failli. De part et d’autre, christianisme ou lélinisme, cette course à l’utopie a tué des millions d’hommes.

    Ce numéro 4 sorti au printemps 2002 était consacré à l’immigration, avec plus ou moins de bonheur. On y lit des intellectuels qui réfléchissent à la question mais aussi des polémistes qui assènent des slogans en dévalorisant quelque peu la crédibilité de l’ensemble. Globalement la ligne éditoriale est plutôt de mettre en avant les effets délétères de « l’arrivée massive » de populations étrangères en France, avec nombre de raisonnements qui méritent d’être entendus, et d’autres un peu plus polémiques. Il est bon en tout cas que tout ceci puisse être écrit.

  • Des élus à la double nationalité

    Des élus à la double nationalité

    La France avait déjà Manuel Valls, ancien maire, ancien ministre et même ancien premier ministre de la République, titulaire d’une double nationalité franco-espagnole ce qui lui permit d’aller tenter de planter ses choux à Barcelone lorsqu’il estima la politique française ne lui réservait pas la place qui lui revenait, puis, de revenir en France lorsqu’il échoua à se faire élire maire de Barcelone en 2019, où il échoua de nouveau à se faire élire député des « français de l’étranger » en 2022, avant « d’abandonner la vie politique française » une énième fois.

    Elle a maintenant Meyer Habib, citoyen franco-israélien, député des « français de l’étranger », ami du premier ministre israélien et de la frange dure des partis au pouvoir à Tel-Aviv, de celle qui considère que la Bible est son titre de propriété et l’autorise donc à occuper Gaza et la Cisjordanie, le concept du « grand Israël », puisque c’est écrit ainsi dans la Genèse de l’ancien testament qui se place au-dessus des résolutions des Nations Unies, bien entendu.

    Le député Habib, né à Paris, est originaire d’une famille juive de Tunisie. Il a fait des études supérieures en Israël. A la tribune de l’assemblée nationale française il prend fait et cause pour Israël dans la guerre en cours à Gaza et prend bien soin de ne jamais parler de « Cisjordanie » ni de colonies israéliennes dans cette région, comme cela est reconnu par la communauté internationale, mais de « Judée et Samarie » comme cette région est désignée dans la Bible. Comme il est polémique et ultra, il est devenu un bon client des plateaux télévisés en ces temps de guerre au Proche-Orient où il expose ses vues partisanes et extrémistes sans vergogne.

    Lire aussi : Des Palestiniens au Congo ?

    Il a bien entendu le droit de croire que la Bible s’impose au droit international mais son cas pose une nouvelle fois la question du concept de double nationalité. Que ce soit Manuel Valls ou Meyer Habib, à qui ces doubles nationaux font-ils vraiment allégeance ? Comment se dépatouillent-ils de cette double appartenance ? Plutôt mal si l’on en juge leurs prises de position dans le cadre des responsabilités politiques pour lesquelles ils ont été élus. Au mieux ils défendent les positions d’un de leur Etat d’appartenance dans le cadre du mandat pour lequel ils ont été élus dans l’autre Etat dont ils ont la nationalité, au pire ils utilisent cyniquement les avantages que leur procurent leurs deux Etats, se faisant élire dans l’un ou l’autre au gré de leurs intérêts.

    La France devrait réfléchir sur la compatibilité de la double nationalité avec le statut d’élu français, à l’image du Sénégal qui n’autorise pas la double nationalité, notamment pour se présenter à l’élection présidentielle, et où Karim Wade, candidat au scrutin de 2024 a dû renoncer à sa double nationalité française pour se présenter. Il a été « libéré de son allégeance à l’égard de la France » par un décret paru aujourd’hui :

    Fils de l’ancien président sénégalais, il est né à Paris et a donc choisi d’être « uniquement » sénégalais pour essayer de succéder à son père. La lecture de ce décret qui montre 17 pages d’individus naturalisés français et deux noms seulement renonçant à ladite nationalité, semble indiquer que la France reste un pays attractif et accueillant.

  • L’alliance entre des forbans de droite et des irresponsables de gauche contre le gouvernement en place

    L’alliance entre des forbans de droite et des irresponsables de gauche contre le gouvernement en place

    Le parti de droite Les Républicains (LR) a franchi le rubicond en s’alliant avec les extrêmes de gauche et de droite pour empêcher l’examen d’un projet de loi sur l’immigration déjà amendé et approuvé par le sénat. Un mystérieux article du règlement intérieur de l’assemblée nationale permet en effet de rejeter l’examen d’un texte si une majorité se rassemble en faveur de ce rejet, ce qui fut le cas aujourd’hui. Le gouvernement a alors le choix de retirer le texte ou de convoquer une « commission mixte paritaire » composée de députés et de sénateurs pour tenter de se mettre d’accord sur une nouvelle version du projet de loi. C’est cette dernière option qui a été choisie.

    Cet incident procédurier n’est pas dramatique, après-tout la France peut sans doute se passer de cette énième loi sur l’immigration. Il faudrait déjà pouvoir appliquer intégralement les précédentes, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, avant de légiférer de nouveau. En revanche, cette bataille juridique picrocholine a permis d’assister au consternant spectacle de députés de gauche (plutôt pro-immigration) brailler et applaudir avec des députés de droite (plutôt anti-immigration) devant la défaite du gouvernement qu’ils avaient provoquée. En s’associant à ce combat LR s’est acoquiné avec des forbans sans foi ni loi et a fait basculer la décision.

    Une nouvelle fois la France brille par son incapacité à compromettre pour gouverner au profit du pays, privilégiant les petites haines personnelles et des idéologies au rabais. Après tout, la représentation nationale représente bien la Nation qui l’a élue : des bandes de voyous s’écharpent à coups de couteau dans la rue et leurs représentants se battent à coups d’articles de règlements intérieurs. C’est moins sanglant dans le deuxième cas, mais tout aussi inefficace pour freiner la chute du pays dans une décadence dont on se demande si elle prendra fin un jour.

  • « Immigrations est et sud-est asiatiques depuis 1860 » au Musée de l’histoire de l’immigration

    « Immigrations est et sud-est asiatiques depuis 1860 » au Musée de l’histoire de l’immigration

    Le Palais de la Porte Dorée retrace, rapidement, l’histoire des migrations est-asiatiques vers la France à travers deux salles. La première relate l’histoire de ces flux depuis 1860 jusqu’à nos jours : colonisation/décolonisation, guerres, communisme, dictatures. La seconde permet de revenir sur quelques faits divers qui ont touché la communauté asiatique en France dans les années 1990-2000, notamment la mort violente d’un des leurs lors d’une « bavure policière ». Ces évènements avaient déclenché à l’époque des manifestations de la communauté asiatique réclamant le droit de pouvoir vivre en paix en France sans être l’objet de discriminations racistes. Une petite dizaine d’écrans diffusent des interviews de citoyens d’origine asiatique parlant de leurs propres expériences en France, présentées comme plutôt bénéfiques d’ailleurs.

    L’exposition insiste sur les « stéréotypes » qui collent à la diaspora asiatique, positifs comme négatifs. L’épisode de la pandémie du Covid19 a aussi marqué la communauté, les « Chinois » étant parfois qualifiés de virus lors de cette pandémie qui a démarré en Chine. Mais globalement, ces stéréotypes sont généralement plutôt favorables ; on parle d’une bonne intégration, des succès scolaires des enfants, d’un ascenseur social qui fonctionne encore, alors faut-il vraiment s’ingénier à voir des problèmes migratoires là où il y en a finalement peu pour le moment ?

    On voit d’ailleurs dans les étages supérieures l’exposition « J’ai une famille » proposant aux visiteurs les œuvres contemporaines de dix artistes d’origine chinoise installés en France, dont celles de Yan Pei-Ming :

    Yan Pei-Ming (sa mère)

    Figure 1 – Yan Pei-Ming (sa mère)

    D’autres installations sont un peu plus obscures mais le thème général de la famille évoque celle que ces artistes ont constituée en France, poussés vers l’exil par des convictions et des talents communs.

    Transexpérience : un mot qui résume de manière vivante et profonde les expériences complexes que l’on vit quand on quitte son pays natal et que l’on va de pays en pays.

    Chen Zen
  • L’erreur tragique de 1974 sur Mayotte, ses conséquences inextricables

    L’erreur tragique de 1974 sur Mayotte, ses conséquences inextricables

    Depuis l’erreur tragique commise en 1974 par la France en manipulant le référendum d’autodétermination de l’archipel des Comores de façon que le scrutin soit décompté par île et non pas pour l’archipel d’un seul bloc, la République française compte un territoire perdu dans le canal du Mozambique, Mayotte, et ce confetti va de Charybde en Scylla, s’enfonçant toujours plus dans la misère et la violence sans guère de solutions pour sortir de ce marasme. La départementalisation proposée par un gouvernement stupide en 2010 via un référendum local qui fut bien entendu approuvé à plus de 95%, n’a rien changé sinon accroître encore les attentes et les frustrations des mahorais.

    Ces dernières années, l’île de Mayotte s’est transformée en plateforme d’immigration illégale de migrants venant des autres îles de l’archipel des Comores devenues indépendantes en 1974, attirés par le niveau de vie français et la possibilité d’être un jour régularisés en obtenant la nationalité française. Nombre de parturientes comoriennes viennent accoucher à Mayotte afin que leurs enfants y bénéficient du droit du sol et obtiennent automatiquement un passeport français, rendant ainsi plus difficile l’expulsion des parents en situation illégale. Ce droit « du sol » a même été restreint par l’administration pour tenter de décourager les candidats à la traversée des Comores vers Mayotte qui ne fait qu’une petite centaine de kilomètres mais durant laquelle plusieurs milliers de migrants ont déjà péri en mer.

    Ces derniers mois une violence endémique s’est développée sur ce caillou où la simple compréhension des lois de la République par les citoyens relève du rêve, et leur application strictement s’avère impossible. Les Comores indépendantes passent des accords avec la France en contrepartie d’aides financières mais savonnent consciencieusement la planche de Paris puisqu’elles ont pour objectif de réunifier Mayotte à sa mère patrie, d’autant plus que la France n’a pas laissé que des bons souvenirs aux Comores. On se souvient des « exploits » du mercenaire Bob Denard que Paris a laissé co-diriger le pays pendant des années avant de mettre fin à cette galéjade par une opération militaire qui permit d’arrêter le mercenaire et sa troupe de pieds nickelés en 1995.

    La communauté internationale va dans le même sens et l’Organisation des Nations Unis (ONU) a inscrit Mayotte dans la lite des pays à décoloniser. Dans différentes résolutions, systématiquement renouvelées, son l’Assemblée générale rappelle « la nécessité de respecter l’unité et l’intégrité territoriale de l’archipel des Comores, composé des îles d’Anjouan, de la Grande Comore, de Mayotte et de MohéliRéaffirme la souveraineté de la République fédérale islamique des Comores sur l’île de Mayotte » et « prie instamment le Gouvernement français d’accélérer le processus de négociation avec le Gouvernement comorien en vue de rendre rapidement effectif le retour de l’île de Mayotte dans l’ensemble comorien ». Cela va de soi.

    Lire aussi : UN_Mayotte_1994.pdf

    A chaque assemblée générale de l’ONU le président comoriens réaffirme sa volonté de réunification de Mayotte soutenu par les pays membres.

    Devant l’exaspération des mahorais en situation légale et la récupération politique à laquelle de se livrent les partis d’opposition en métropole avec gourmandise afin de stigmatiser « le laxisme » du gouvernement, le ministre de l’Intérieur déclenche cette semaine une opération « nettoyage » prévoyant la destruction des bidonvilles construits par les migrants et l’expulsion des illégaux. Comme ils viennent à plus de 90% des îles proches des Comores, les dirigeants de pays ont déjà averti qu’ils refuseraient de réadmettre leurs citoyens… C’est grosso-mode le genre de refus qu’essuie la France de la part de toutes ses anciennes colonies lorsqu’elle veut y expulser leurs ressortissants en situation illégale ou, pire, condamné pour délinquance. C’est la revanche des anciens damnés de la terre. Bienvenue dans le monde des relations post-coloniales !

    En réalité la France n’a aucune autre solution pour se sortir de ce bourbier que de restituer cette île colonisée à sa « maison-mère ». Personne n’ose le dire mais tout le monde le pense (sauf les mahorais bien sûr). Ce sera évidemment tragique, une sorte d’indépendance algérienne en modèle réduit. Le problème serait essentiellement humain puisque les citoyens français installés sur l’île, d’origine mahoraise ou expatrié, s’opposeraient à cette décolonisation. Il faudrait pouvoir leur donner le choix : soit rester sur place, soit émigrer dans un autre territoire français. Il y doit y avoir aujourd’hui environ 300 000 habitants à Mayotte dont 1/3 d’illégaux. Il faudrait donc pouvoir accueillir au maximum 200 000 citoyens en France si Mayotte était restituée aux Comores.

    Ce ne sera pas simple à réaliser mais ce serait conforme au droit international et la seule solution pour se débarrasser du problème sans trop nuire aux habitants français de l’île qui auraient ainsi la possibilité de garder cette nationalité s’ils le souhaitent. Continuer sur la voie actuelle ne fera qu’amener de nouveaux déboires, et probablement des drames bien plus graves que ceux rencontrés jusqu’ici. Le statuquo ne fera qu’empirer la situation et plus on attendra, plus le passif à régler sera lourd. Aller sur cette voie sera long et demandera un courage politique à la hauteur de celui que MonGénéral a déployé en 1962 pour conclure l’indépendance de l’Algérie. Espérons pour les générations futures qu’un dirigeant français osera initier ce processus d’indépendance de Mayotte. A défaut, le problème sera reporté sans fin sur nos enfants.

    La devise du Département : « Ra Hachiri » signifie « Nous sommes vigilants », on ne saurait mieux dire !

    Lire aussi : Mayotte… encore et toujours

  • L’inénarrable Rokhaya Diallo

    Rokhaya Diallo, fringante journaliste, adepte des théories féministes-décolonialistes-genrées-… et autres, en vogue dans le nouveau monde « déconstruit et non binaire », s’est exprimée dans Le Washington Post, journal américain de référence, où elle est chroniqueuse, sur le traitement différencié des réfugiés selon leur région d’origine et leur région de destination.

    L’article déplore que les migrants venant de du Moyen-Orient (Afghanistan, Syrie) ou d’Afrique ont été moins bien accueillis en Europe que les migrants ukrainiens actuellement chassés par la guerre menée par la Russie dans ce pays. Mme. Diallo note que ces derniers bénéficient d’une vague de solidarité unanime parce qu’ils sont « blancs et européens » et que la mentalité « colonialiste » qui imprègnerait toujours l’Occident lui fait penser que la guerre et la misère sont un « état normal » pour les populations noires alors qu’elles sont choquantes lorsqu’elles touchent les « Blancs ». Elle exhorte les dirigeants européens à octroyer le même traitement à tous les réfugiés, quelles que soient leurs origines.

    Les faits dénoncés semblent réels : oui les migrants venant d’Ukraine sont mieux traités que ceux venant d’Afrique ou du Moyen-Orient. On voit même à l’intérieur des flux venant d’Ukraine des tris effectués entre les populations ukrainiennes « Roms » ou les étudiants africains qui faisaient des études en Ukraine et les autres, les premiers étant moins bien reçus dans les pays d’accueil.

    Ce traitement différencié est-il équitable ? Non. Est-il évitable ? Difficilement car il relève surtout de la réaction des populations plutôt que de décisions politiques. Rokhaya Diallo développe un discours sans surprise, un peu naïf et, évidemment, culpabilisateur à l’encontre des Occidentaux. Le passé colonial européen a certainement laissé des traces dans les esprits et est l’une des explications de ces comportements mais il est loin d’être la seule malgré ce qu’assènent les « décolonisalistes ».

    Ce qui est sûr c’est que quelque soient les pays de départ des flux migratoires convergent vers l’Europe de l’Ouest (sauf quand ils sont bloqués dans leur migration par des pays comme la Turquie ou le Maghreb), les populations semblant ainsi voter avec leurs pieds en faveur des régimes occidentaux et être moins sensibles au discours « décolonialiste » que Rokhaya Diallo.

  • Les facilités accordées à l’immigration des citoyens algériens en France

    Les facilités accordées à l’immigration des citoyens algériens en France

    La proximité des élections présidentielles françaises en avril 2022 relance les débats sur l’immigration en France de personnes issues d’un certain nombre de pays tiers, dont l’Algérie.

    Les accords de cessez-le-feu en Algérie du 18/03/1962

    Il est régulièrement fait référence aux accords de cessez-le-feu de 1962 dits « d’Evian » comme ayant octroyé un statut spécifique à l’immigration algérienne, hors du droit commun. Une relecture rapide de ces accords, qui comportent onze articles et des déclarations annexes permet de relever la mention suivante dans le chapitre « Déclaration de garantie », 1ère partie, 2ème paragraphe :

    Sauf décision de justice, tout Algérien muni d’une carte d’identité est libre de circuler entre l’Algérie et la France. Les Algériens sortant du territoire algérien dans l’intention de s’établir dans un autre pays pourront transporter leurs biens mobiliers hors d’Algérie. Ils pourront liquider sans restrictions leurs biens immobiliers et transférer les capitaux provenant de cette opération dans les conditions prévues par la Déclaration de principes relative à la coopération économique et financière. Leurs droits à pension seront respectés dans les conditions prévues dans cette même déclaration.

    Un statut similaire est également prévu pour les Français résidant en Algérie en qualité d’étrangers, 3ème partie, 1er paragraphe :

    Les ressortissants français pourront entrer en Algérie et en sortir sous le couvert, soit de leur carte d’identité nationale française, soit d’un passeport français en cours de validité. Ils pourront circuler librement en Algérie et fixer leur résidence au lieu de leur choix. Les ressortissants français résidant en Algérie, qui sortiront du territoire algérien en vue de s’établir dans un autre pays, pourront transporter leurs biens mobiliers, liquider leurs biens immobiliers, transférer leurs capitaux, dans les conditions prévues au titre III de la Déclaration de principes relative à la coopération économique et financière et conserver le bénéfice des droits à pension acquis en Algérie, dans les conditions qui sont prévues dans la Déclaration de principes relative à la coopération économique et financière.

    Mais la complication extrême de ces accords fut de régir le statut des Français « pieds noirs » résidant en Algérie avant mars 1962, qu’ils souhaitent rester sur place (une minorité) ou s’exiler (la grande majorité).

    En outre, des articles stipulent également l’établissement d’une amnistie pour tous (qui ne fut pas respectée pour les « harkis » qui n’ont pas pu embarquer pour la France et dont beaucoup ont été exécutés), d’une coopération économique et culturelle, la location par la France du port militaire de Mers-el-Kébir pour quinze années, le maintien d’une préférence accordée à la France pour l’exploitation pétrolière dans le Sahara. On sait maintenant qu’existait aussi un protocole annexe secret pour la poursuite des essais nucléaires français dans ce même Sahara.

    Le pouvoir des vainqueurs, mais pas toujours…

    Nombre de ces engagements n’ont pas été respectés par les parties, chacun devait d’ailleurs le savoir en signant les accords, mais il s’agissait de sortir impérativement du bourbier de cette guerre coloniale. Le Traité de Versailles mettant fin à la première guerre mondiale, les Accords de Paris signés entre le Vietnam et les Etats-Unis d’Amérique, ne l’ont pas plus été. Dans ces contextes de fin de guerre, bien entendu, le vainqueur militaire a bien plus tendance que le vaincu à prendre des libertés avec les engagements qu’il a signés, mais dans le cas du Traité de Versailles c’est pourtant le vaincu qui a violé les accords…

    Dans une situation plus pacifique et récente, on voit que le Royaume-Uni n’aura pas mis plus de quelques mois à refuser d’appliquer le volet irlandais des accords de sortie de l’Union européenne qu’il avait pourtant signés peu auparavant.

    Ainsi va la vie dans le monde des traités internationaux !

    Le décret français de 1969 relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles 

    Pris six années après la fin de la guerre d’Algérie, un décret du 18/03/1969 signé de MonGénéral, du premier ministre Maurice Couve de Murville et de son ministre des affaires étrangères Michel Debré précise les conditions du statut spécifique accordé aux migrants algériens en France.

    Ce texte relatif à « la circulation, à l’emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles » institue un contingent pluriannuel de travailleurs algériens entrant en France « en vue d’y occuper un emploi fixe ». Ils disposent d’une période de neuf mois pour trouver un emploi, période à l’issue de laquelle leur est délivré un titre de séjour (certificat de résidence) renouvelé gratuitement et automatiquement. Le regroupement familial est également autorisé par ce décret. Les détenteurs de titre de séjour sont ensuite dispensés de visas d’entrée en France.

    Evidemment, ce texte datant de 1968 a été amendé au cours du temps mais les citoyens algériens continuent à bénéficier à ce jour de conditions dérogatoires, et plus favorables, au droit commun comme le mentionne le site internet du ministère français des affaires étrangères :

    L’entrée des Algériens en France est facilitée (condition d’entrée régulière, et non de visa de long séjour, pour la délivrance de certains titres de séjour). ;

    Les Algériens bénéficient de la liberté d’établissement pour exercer une activité de commerçant ou une profession indépendante ;

    Les ressortissants algériens peuvent accéder plus rapidement que les ressortissants d’autres États à la délivrance d’un titre de séjour valable 10 ans.

    https://www.immigration.interieur.gouv.fr/Europe-et-International/Les-accords-bilateraux/Les-accords-bilateraux-en-matiere-de-circulation-de-sejour-et-d-emploi/L-accord-franco-algerien

    Il semble que certains dirigeants français, y compris l’ex-président Sarkozy, aient envisagés de rouvrir la négociation sur ce statut privilégié accordé aux citoyens algériens. Le faire reviendrait à remettre en cause les accords de cessez-le-feu de 1962 et, finalement, personne n’a osé s’y frotter. Eh oui, Alger a aussi des moyens de pression sur Paris et la crise actuelle déclenchée, entre autres, par la liaison faite entre la délivrance de visas (ne pas confondre visa et titre de séjour) et la bonne volonté des pays d’origine à réadmettre leurs ressortissants en situation illégale en France est là pour le rappeler.

    Nous verrons sous peu si le prochain pouvoir français issu des élections d’avril 2022, s’il était issu de la « droite dure et décomplexée » osera s’attaquer à ce statut mais il est plus probable que personne ne le fera, préférant laisser le sujet sous le tapis tant il y a de coups à prendre à le sortir de l’oubli. D’ailleurs aucun des candidats ne parle vraiment des accords d’Evian, au-delà des slogans de circonstance sur le « 0 immigration ».

    Ce qui ne manque pas d’ironie c’est que l’immigration algérienne est aussi l’un des produits de la guerre coloniale perdue par la France. Il a bien fallu consentir des faveurs pour mettre fin « aux évènements » comme on disait à l’époque. Outre le droit à l’autodétermination accordé en 1962 au « département français » qu’était l’Algérie, les négociateurs français, sous l’autorité de MonGénéral, ont facilité l’accès des ressortissants du pays vainqueur au territoire du pays vaincu ! L’histoire ne dit pas si la demande en avait été faîte par la partie algérienne, mais c’est probable, ce qui accentuerait encore le paradoxe de la situation : le vainqueur veut continuer à pouvoir accéder librement au pays qu’il a défait.

    La relecture des accords « d’Evian » permet de penser qu’ils constitueraient un excellent modèle de négociation pour un accord d’accès à d’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, évidemment sans le volet « cessez-le-feu » puisque la France n’est pas à proprement parlé en guerre avec Nouméa, mais tous les autres chapitres seraient quasiment duplicables en l’état pour une relation future entre la France et une Nouvelle-Calédonie indépendante.

  • Moscou se régale

    Avec ironie et cynisme, Moscou donne des leçons de « droit-de-l’hommisme » aux pays occidentaux en les morigénant sur le caractère inhumain de la façon dont ils traitent les réfugiés moyen-orientaux à la frontière de la Biélorussie. C’est facile, alors le président russe ne s’en priva pas :

    « Voyons comment les forces de sécurité polonaises se comportent aujourd’hui à la frontière. […] Il y a des petits enfants… tout de même, ils leur projettent de l’eau, jettent des grenades lacrymogènes. Pendant la nuit, des hélicoptères volent le long de la frontière, ils mettent en marche des sirènes. »

    Président Poutine cité par RT France

    Et il est bien relayé par son ministre des affaires étrangères :

    « Ils ne peuvent pas ne pas comprendre qu’ils sont en train de violer toutes les normes imaginables du droit international humanitaire et d’autres accords de la communauté internationale. Bien sûr qu’ils le comprennent ! »

    Sergueï Lavrov cité par RT France

    C’est un peu la réponse du berger à la bergère : à force de faire des remontrances à la planète entière sur les principes démocratiques qu’elle devrait suivre, l’Occident donne des cordes pour se faire battre et, Moscou, et d’autres capitales, se font un plaisir d’insister sur ces contradictions.

    Avec la montée en puissance impressionnante de pays non démocratiques comme la Chine ou la Russie, l’Occident se trouve confronté à la remise en cause de certains principes défendus au cours du XXème siècle, notamment, la démocratie ne serait plus la voie unique pour un développement « heureux ». On voit même depuis plusieurs années des démocraties voter sciemment pour des dirigeants dits « illibéraux » dont Donald Trump aux Etats-Unis d’Amérique fut l’exemple le plus frappant, sans doute favorisé par des actions de soft power russes ! C’est d’ailleurs la plus éclatante victoire des « démocratures » qui réussissent à favoriser l’émergence de pouvoirs leur ressemblant dans les démocraties, élus lors de suffrages démocratiques.

    C’est ainsi, la roue tourne, et le rééquilibrage des puissances mondiales n’est d’ailleurs pas forcément une mauvaise nouvelle. Malgré tout, il fait toujours bon vivre dans les démocraties dont la créativité économique et culturelle, ainsi que la conception de la liberté, constituent toujours une force d’attraction significative.

    On dirait que les migrants sont plutôt d’accord car ils se dirigent dans une très grande majorité plus vers l’Ouest que vers l’Est pour tenter de trouver refuge. Alors, l’Occident voudrait utiliser les mêmes méthodes que la Biélorussie en utilisant les flux migratoires comme « arme hybride », il ne le pourrait guère en l’absence de migrants « volontaires » pour aller se réfugier en Biélorussie… Rappelons que ce pays, comme la Fédération de Russie, est signataire de Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et/ou à son protocole de 1967.

  • La Biélorussie menace

    Mécontent des sanctions européennes qui frappent les dirigeants de son pays, le satrape biélorusse menace l’Europe de couper le robinet du gaz russe, dont une partie transite par son pays pour arriver en Europe, en cas de nouvelles sanctions. Les médias rabâcheurs affichent cette information en tête de gondole afin d’inquiéter Mme. Michu pour son chauffage cet hiver. Si cette menace était mise en œuvre cela couperait aussi illico le robinet des dollars reçus par la Biélorussie pour le transit du gaz et la Russie pour la vente de cette matière première. Il n’est pas sûr que la Biélorussie pourrait tenir très longtemps sans cette ressource dans une telle hypothèse. Le grand frère russe pourrait sans doute l’aider un peu mais serait lui-même soumis à l’amputation de ses revenus.

    Il est donc peu probable que la menace ne soit jamais mise à exécution. Moscou a d’ailleurs officiellement annoncé qu’il n’y aurait pas de coupure par la voix du porte-parole de son ministère des Affaires étrangères :

    « Il s’agit d’une déclaration du président de la Biélorussie. Je tiens tout de même à rappeler la déclaration du président Poutine selon laquelle la Russie a toujours rempli ses obligations contractuelles. Et que cela plaise ou non à qui que ce soit, la Russie a toujours été, est et restera potentiellement un pays garant de la sécurité énergétique du continent européen. »

    RT France

    Lire aussi : La Russie aux avant-postes du soutien à la Biélorussie

  • La Russie aux avant-postes du soutien à la Biélorussie

    Avec sa morgue habituelle, la diplomatie russe affirme que ni la Biélorussie, ni la Russie bien entendu, n’ont la moindre responsabilité dans le fait que des migrants moyen-orientaux se retrouvent massés à la frontière entre la Biélorussie d’une part, la Pologne et la Lituanie d’autre part. Bien au contraire, son chef accuse l’Europe d’être responsable de ce nouvel afflux de candidats à l’exil sur ce continent.

    « Cela a commencé avec la politique que les pays occidentaux, dont l’OTAN et les pays de l’Union européenne, mènent depuis de nombreuses années vis-à-vis du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, en essayant de leur imposer une vie meilleure selon les modèles occidentaux, la démocratie sous la forme sous laquelle l’Occident l’interprète et a tenté de l’imposer agressivement dans le monde entier, se lançant dans des aventures militaires lorsqu’il rencontrait la moindre résistance »

    Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères (RT-France)

    On dirait tout de même que les migrants et candidats au statut de réfugié sont plutôt intéressés par « les modèles occidentaux » puisque les flux actuels se dirigent tous vers les pays de l’Union européenne (UE) ou les Etats-Unis d’Amérique…, assez peu vers la Russie ou la Corée du Nord.

    Mais qu’importe cette réalité, le russe pousse le bouchon encore un plus loin en rappelant que l’ancien ministre italien de l’intérieur Mattéo Salvini, est actuellement traduit en justice pour avoir refusé à des bateaux chargés de migrants de les débarquer dans un port italien, et que les dirigeants polonais et lituaniens devraient subir le même sort :

    « Aujourd’hui, [Matteo] Salvini est jugé pour avoir mis en danger la vie de ces réfugiés qui tentaient d’échapper à des conditions sanitaires désastreuses. Quelle est donc la différence entre les mesures prises par les pays baltes et la Pologne et celles qui ont amené l’ancien ministre du gouvernement italien à être traduit en justice ? »

    Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères (RT-France)

    Plus c’est gros plus ça passe et Moscou sait utiliser avec efficacité une mauvaise foi de première catégorie et une langue de bois en chêne massif. On se souvient de l’inoubliable déclaration du président russe Poutine lors de l’aide apportée à la rébellion dans la région ukrainienne du Donbass en 2014, russophone et russophile, par des combattants russes dont les uniformes ne portaient aucun insigne distinctif, mais dont la nationalité russe fut attestée par les passeports saisis sur certains prisonniers, déclaration qui disait en substance : « si des citoyens russes veulent aller passer leurs vacances en Ukraine à titre privé, je n’y peux rien ».

    Lire aussi : Les nouvelles « attaques hybrides »

    « Accessoirement », un avion civil malaysien fut abattu par un missile au-dessus de cette région le 17/07/2014 faisant 298 morts. Les forces en présence se rejettent la responsabilité du tir du missile et Moscou a mis son veto au Conseil de sécurité de l’ONU sur le principe de l’établissement d’un tribunal international afin de poursuivre les responsables de cet abattage d’un avion civil.

    La Russie tape contre l’Occident, ce qu’elle fait depuis 1918, nie l’évidence, agit avec cynisme, utilise avec efficacité soft et hard power contre la démocratie libérale, son ennemi. Cela fonctionne plutôt bien pour le moment tant le rejet de la démocratie occidentale est désormais partagé par les pays autoritaires de la planète. Seuls les migrants semblent donner quelque crédit à cette utopie en menant leurs pas vers l’Europe plutôt que vers la Biélorussie…

    Pour en savoir plus sur la politique russe et la vision de Moscou sur le reste du monde, il est bon de consulter la chaîne « RT France » qui est très éclairante : https://francais.rt.com.

  • Les nouvelles « attaques hybrides »

    Une nouvelle montée de tension migratoire illustre combien les flux de réfugiés et de migrants sont désormais utilisés par certains pays pour en perturber d’autres. Le dernier avatar de cette tactique revient au satrape qui gouverne la Biélorussie depuis 1994 sous l’œil protecteur du grand-frère russe. Son pays (et certains de ses dirigeants intuitu personae) est l’objet de sanctions occidentales par suite d’élections présidentielles au résultat douteux et de la répression contre les oppositions locales.

    Frontalière, notamment, de la Pologne et de la Lituanie qui ont donné refuge à certains de ses opposants, la Biélorussie a poussé quelques milliers de réfugiés moyen-orientaux vers ses frontières ouest pour forcer Pologne et Lituanie à les accepter. Ces réfugiés et migrants qui ne résidaient pas préalablement en Biélorussie auraient été transportés à dessein par des lignes aériennes commerciales (russes, biélorusses et turques ?) vers ce pays afin de constituer cette nouvelle arme qualifiée « d’hybride » par différentes instances dont l’OTAN. Pour le moment les Polonais ont déployé leur armée devant leur frontière assaillie et refusent de laisser entrer ces réfugiés sur son territoire. Bien entendu, les forces biélorusses empêchent les réfugiés de refluer. Ils sont donc bloqués dans une forêt inhospitalière et il y aurait déjà eu une dizaine de morts parmi eux du fait du froid notamment.

    Ce n’est pas la première fois que les réfugiés sont utilisés comme moyen de pression contre les pays occidentaux, pour obtenir de l’argent, ou tout simplement pour leur nuire puisque l’on sait que ce sujet des migrations est une préoccupation majeure pour le plupart d’entre eux. La Libye, la Syrie et la Turquie pratiquent ce genre de tactique. Cela semble en revanche une innovation de faire venir des réfugiés exprès sur son territoire pour les lancer ensuite sur ceux des voisins. Au moins peut-on reconnaître aux trois pays moyen-orientaux précités qu’ils avaient déjà lesdits réfugiés à l’intérieur de leurs propres frontières. L’innovation du satrape biélorusse est qu’il a fait venir à ses frais en Biélorussie, y compris la délivrance de visas biélorusses, les migrants moyen-orientaux afin de les pousser ensuite à l’assaut de la Pologne et de la Lituanie représentantes de la démocratie honnie et à abattre.

    On voit là une nouvelle illustration de l’énergie déployée par des dictatures ou, au mieux, des « démocratures », pour nuire à l’Occident et tenter d’abattre son modèle économique et démocratique par tous les moyens possibles, leur évitant de rentrer en confrontation militaire directe, conflit qu’elles ne seraient pas bien certaines de gagner, mais pour combien de temps encore ? On a vu l’utilisation du soft power via des intrusions numériques dans les élections présidentielles en France, aux Etats-Unis d’Amérique notamment. Il n’est pas exclu que l’élection du président américain Trump en 2016 ait été favorisée par des interventions numériques russes plus ou moins soutenues ou initiées par le Kremlin. L’utilisation des réfugiés comme arme « hybride » se rapproche un peu plus du hard power. Toute cette énergie (et cet argent) consacrée à nuire à l’extérieur serait sans doute bien mieux employée à développer l’intérieur, mais on ne refait pas l’humain et son besoin de domination. C’est l’éternelle histoire du concours de celui qui fait pipi le plus loin dans la cour de l’école…

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2021/05/lotan-a-livres-ouverts/

    La capacité de nuisance décomplexée des pays non-occidentaux est de plus en plus forte, c’est une nouvelle donne de la géopolitique moderne. L’Occident n’est plus seul maître à bord après Dieu sur la planète comme au XIXème siècle et la première partie du XXème, il est confronté maintenant avec d’autres puissances, c’est d’ailleurs une bonne nouvelle tant la domination d’une partie du monde sur l’autre aboutit à des excès dont l’Histoire fut féconde. Il y a 50 ans le Pacte de Varsovie pointaient ses chars et ses missiles vers l’Ouest depuis Berlin-Est. Aujourd’hui des geeks russes ou chinois postent des fausses informations sur Facebook et des Etats envoient des immigrés contre les frontières. Dans un cas comme dans l’autre c’est un danger pour l’Occident, une volonté de mettre son modèle de société à bas, pas sûr que l’un soit plus dangereux que l’autre !

  • Il faut restituer les confettis de l’Empire

    Quelques milliers de migrants marocains ont envahi l’enclave espagnol de Ceuta en territoire marocain. Il semble que les autorités marocaines reprochent à l’Espagne d’avoir accueilli pour raisons sanitaires le chef du front POLISARION, le mouvement indépendantiste du Sahara dit « espagnol » sur lequel le Maroc affirme sa souveraineté. L’impétrant aurait la Covid.

    On connaît le cynisme de certains Etats qui n’hésite pas à utiliser les flux migratoires pour des raisons politiques. La Turquie à cet égard a montré de quoi elle était capable en incitant les réfugiés syriens sur son territoire à entrer en Grèce par la frontière terrestre. Dans le cas du Maroc on franchit une étape supplémentaire puisque ce pays envoie sa propre population comme immigrés illégaux à Ceuta. L’Espagne a déployé son armée sur place et aurait expulsé immédiatement la moitié des 8 000 migrants ayant pris d’assaut Ceuta.

    La manipulation des flux de migrants est devenue une arme à la disposition des Etats les plus cyniques, il faut s’y faire. Les Etats agressés de la sorte, généralement plus « occidentaux », hésitent à employer des armes similaires en retour, comme celle des visas par exemple. C’est la comédie humaine rapportée à la géopolitique !

    Plus important, ces incidents de Ceuta soulignent une nouvelle fois l’aberration de ces confettis d’empires répartis un peu partout sur la planète. Citons également Melilla, toujours espagnole, au Maroc, mais aussi le britannique Gibraltar en Espagne, les territoires français à Jérusalem-est, la française Mayotte dans l’archipel des Comores, etc. A l’exemple de Hong-Kong qui a été restitué par le Royaume-Uni à la Chine, la raison voudrait que l’on profite de ces évènements pour lancer les négociations de rétrocession des enclaves de Ceuta et Melilla au Maroc. Ces verrues espagnoles en territoire étranger n’ont plus aucun sens et sont source de problèmes sans fin. Les populations sont estimées à 78 000 pour la première et 72 000 pour la seconde. Même si la totalité de cette population souhaitait être rapatriée, l’Espagne devrait pouvoir le faire sans trop de difficultés en regard des bienfaits que représenteraient la restitution de ces territoires qui semble une évidence géographique lorsqu’on regarde une carte de la région.

  • Double nationalité, l’éternelle ambiguïté

    On se souvient qu’après les attentats religieux de novembre 2015 en France un projet de réforme constitutionnelle avait été élaboré afin d’étendre la déchéance de la nationalité française aux binationaux nés français lorsqu’une telle personne avait été « condamnée pour un crime constituant une atteinte grave à la vie de la Nation ». Par suite de discussions politiciennes, le projet avait été finalement retiré après avoir provoqué beaucoup de remous et notamment la démission du ministre de la Justice de l’époque : Christine Taubira.

    On apprend aujourd’hui que l’Algérie a envisagé un projet de même nature et vient de le retirer par suite des « incompréhensions » comme l’a annoncé le président de la République.

    De même nature juridique, les objectifs recherchés n’étaient pas tout à fait similaires. La France visait des binationaux commettant des crimes sur son territoire, en clair des actes terroristes exécutés en France par des binationaux français alors que l’Algérie ciblait des binationaux algériens de la diaspora, coupables d’avoir commis des actions contraires à la « sécurité de l’Etat » à l’étranger.

    Dans un cas, la France, il s’agissait de rendre expulsables des citoyens français binationaux, dans l’autre, l’Algérie, il fallait empêcher de revenir en Algérie des citoyens algériens binationaux.

    Plus subtil, jusqu’à récemment, l’Algérie ne reconnaissait pas la double nationalité. Elle ne pouvait toutefois pas empêcher un Etat tiers de délivrer sa propre nationalité à un natif algérien et nombre de citoyens algériens possédaient une ou plusieurs autres nationalités, notamment française. Supprimer la nationalité algérienne à un citoyen qui, officiellement, ne peut pas en avoir une autre revenait à le rendre apatride, ce qui pose d’autres problèmes. Toutefois, depuis 2005 la pluri-nationalités est tolérée en Algérie, le Parlement ayant ainsi admis la réalité.

    Toucher aux questions de nationalité est toujours un exercice délicat. Paris et Alger l’ont réalisé, chacun pour des motifs différents.

  • Division du travail et immigration

    Menacé de se voir refuser la délivrance de son statut de réfugié, un immigré soudanais a assassiné son conseiller du centre d’accueil du coin de sa rue à Pau. Aussitôt se multiplient les réactions pavloviennes des élus et polémistes opposés à l’immigration. Leur argumentation est connue et une bonne partie de celle-ci est d’ailleurs recevable. Il est assez probable que les réglementations régissant l’immigration en France vont aller se durcissant (pour les candidats à l’immigration) quelles que soient les futurs majorités politiques qui vont gouverner la France après les prochaines élections présidentielles de 2022.

    Mais il reste un point qui, comme toujours, n’est jamais abordé, un point qui ne devrait pas faire polémique mais qui est pourtant soigneusement passé « sous le tapis » par les parties, celui des emplois occupés par les immigrés. Il n’est pas besoin d’être un grand clerc pour constater assez facilement que nombre d’emplois sous-qualifiés, physiquement durs à exercer et socialement dévalorisés (notamment parce que payés dans le bas de l’échelle des salaires) sont exercés par des travailleurs immigrés. Les cuisines des restaurants, les entreprises de travaux publics ou les camions d’éboueurs sont peuplés de travailleurs immigrés qui occupent des emplois dont ne veulent plus les citoyens français aux racines hexagonales plus anciennes. Réduire les flux d’immigration, voire les stopper complètement, posera à terme la question de savoir qui occupera alors ces emplois.

    On se souvient que lors du premier confinement en France de mars et avril 2020, la fédération de l’agriculture FNSEA avait lancé un appel aux chômeurs et étudiants français pour qu’ils s’inscrivent afin de participer aux récoltes de printemps habituellement réalisées par des travailleurs venant du sud ou de l’est européen empêchés de voyager du fait de la crise sanitaire. De nombreuses personnes s’étaient portées volontaires mais avaient abandonné après quelques jours, fatiguées ou découragées, et en tout cas bien loin d’avoir délivré la productivité de ceux qu’ils étaient censés remplacer.

    Bien évidemment souligner cette division du travail en France peut être considérée comme « politiquement incorrecte » mais c’est une réalité et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle, généralement, les syndicats patronaux en France sont plutôt favorables à l’immigration qui permet notamment d’éviter une inflation salariale dans ces métiers à forte intensité de main d’œuvre. Si demain ces emplois sont redéployés il est assez probable que ce ne sera pas au même coût.

    Expliquer à Mme. Michu que l’on va arrêter l’immigration, c’est bien, lui dire qu’il faudra peut-être que son mari chômeur ramasse les poubelles ce serait aussi plus honnête ! Mais sortir du simplisme est sans doute hors de la portée des polémistes de plateaux télévisés.

  • Que faire des terroristes islamiques nationaux

    Le débat interne français sur l’opportunité d’expulser, ou non, dans leurs pays d’origine les immigrés convaincus de visées terroristes, ou déjà emprisonnés en France pour en avoir commis, se déchaîne. Après les attentats religieux commis à Paris, Conflans-Sainte-Honorine et Nice ces dernières semaines par des étrangers, l’Etat a annoncé avoir lancé l’expulsion d’environ 200 personnes étrangères soupçonnées de terrorisme. La principale difficulté de ce processus est de forcer les pays d’origine à réadmettre des ressortissants dont ils ne veulent plus.

    Globalement il n’y a pas grand monde qui ne soit pas d’accord avec le principe de ces expulsions. Bien évidement les commentateurs de plateaux télévisés qui ont des solutions à tout balayent d’un revers de mains les difficultés d’exécution. Bien malheureusement personne sur ces plateaux mondains ne mentionne le lien avec les terroristes religieux français détenus dans des pays étrangers, au Moyen-Orient principalement.

    Le parallèle n’est pourtant pas très difficile à faire et les mêmes commentateurs expliquent doctement que les djihadistes français détenus en Irak ou en Syrie, lieux où ils commirent leurs crimes, doivent y être jugés et exécuter les peines auxquelles ils seront éventuellement condamnés pour surtout ne pas être rapatriés en France. On sait qu’une partie de ces terroristes de nationalité française détenus dans des camps kurdes du nord de la Syrie, à défaut d’avoir pu être expulsés vers la France ont été relâchés dans la nature après que la Turquie eut mené son offensive contre les forces kurdes dans cette région syrienne. Tout le monde espère que l’on entendra plus parler d’eux ; les analystes faisant leur métier savent qu’une partie d’entre eux ressurgira forcément un jour ou l’autre, et sans doute pas pour devenir des citoyens français modèles. Personne ne veut de cette catégorie de population aveuglée par la religion jusqu’à commettre les crimes que l’on sait au nom d’un Dieu, ni la France, ni les autres pays. Le problème est qu’elle est apparue un peu comme une génération spontanée dans tous les pays, développés ou pas, religieux ou pas, démocratiques ou pas et qu’aucun Etat ne sait vraiment comment gérer cette situation mondialisée. Chacun applique ses propres méthodes.

    La France cherche à convaincre les pays d’origine de réadmettre leurs citoyens terroristes (avec sans doute quelques arguments et moyens de pression) tout en refusant de reprendre les siens. C’est une question de rapports de force, comme souvent, où la cohérence politique n’a sans doute que peu à faire. En revanche, les plateaux télévisés pourraient expliquer à Mme. Michu l’ambivalence de la République qui veut expulser les terroristes étrangers tout en refusant de réintégrer les siens, non point pour critiquer l’Etat, mais pour édifier Mme. Michu sur la complexité de cette situation. Il y a des mesures de rétorsion possibles des Etats étrangers intéressés.

    Si on organise un référendum demain posant la question : « voulez-vous expulser les terroristes religieux étrangers dans leurs pays d’origine ? », il est probable que la réponse sera majoritairement « Oui ».

    Si en revanche la question était : « voulez-vous expulser les terroristes religieux étrangers dans leurs pays d’origine et réadmettre en France les terroristes religieux français arrêtés à l’étranger ? », il est probable que la réponse serait moins nette !

    Ensuite, c’est la grandeur et la noblesse du métier de politique dans une démocratie que d’arbitrer entre les solutions possibles et d’appliquer les décisions une fois prises. Nos dirigeants sont payés pour ça par nos impôts.

  • Des militants d’origine turque affrontent des citoyens d’origine arménienne sur le territoire… français

    Alors que la guerre s’intensifie entre l’Azerbaïdjan (soutenu par la Turquie) et l’Arménie au sujet de l’enclave du Haut-Karabagh en territoire azerbaïdjanais, mais peuplée d’habitants d’origine arménienne qui ont déclaré leur indépendance unilatéralement, des bandes rivales s’affrontent sur le territoire français en écho à ce conflit. Bien entendu le fait religieux n’est jamais loin, la population arménienne est chrétienne et l’azerbaïdjanaise est musulmane.

    Une forte communauté d’origine arménienne existe en France depuis le génocide arménien et y prospère de façon relativement silencieuse bien que toujours très tournée vers le pays d’origine qu’elle ne manque pas de soutenir à toutes occasions. Une diaspora turque existe également en France, de constitution plus récente, estimée entre 500 et 800 000 personnes, français issus de l’immigration comme citoyens turcs immigrés. Celle-ci a importé sa religion et ses conflits, largement inspirée par le gouvernement turc qui promeut ainsi une sorte de soft power pour faire de l’entrisme dans des pays cibles, dont la France.

    On avait déjà vu la communauté tchétchène régler ses comptes en juin dernier contre un groupe de trafiquants de drogue d’origine magrébine dans une banlieue de Dijon. On a aujourd’hui les turcs contre les arméniens à Lyon et à Dijon qui utilisent la liberté dont ils bénéficient en France pour importer leurs conflits nationaux dans leur pays d’accueil. Evidemment les membres de ces communautés jouent sur le fait que certains d’entre eux ont acquis la nationalité française… ce qui ne leur donne pas le droit pour autant de manifester sans autorisation ni de régler leurs comptes communautaires en dehors du système judiciaire. Imagine-t-on une minute des bretons affrontant des corses à Ankara en violant la loi turque ?

    Cette situation irrite au plus haut point la majorité des citoyens français, outrés par ces comportements qui pervertissent le fameux « Etat de droit » fondement de la République et la non-réciprocité vis-à-vis de pays qui veulent lui exporter leurs vues et leurs modes de fonctionnement. Le résultat de ces comportements va sans doute être l’instauration de nouvelles restrictions à l’Etat de droit, portant cette fois-ci sur les conditions d’immigration et du droit d’asile, après celles restreignant les libertés prises depuis plusieurs années pour lutter contre le terrorisme. C’est un peu le crépuscule de la démocratie occidentale face aux Etats religieux.

  • La République est généreuse

    A l’occasion de l’assassinat en France par décapitation d’un enseignant d’histoire et géographie par un terroriste islamique on apprend que le tueur, et une bonne partie de sa famille, sont des russes d’origine tchétchène ayant obtenu le statut de réfugié politique en France il y a plusieurs années. Plus intéressant, il s’avère que l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) leur aurait d’abord refusé ce statut, puis que ceux-ci ont fait appel devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) qui est une juridiction administrative crée en France comme outil de recours contre les décisions de l’OFPRA quand celles-ci ne satisfont pas les requérants.

    Dans le cas qui nous intéresse, la famille tchétchène s’étant fait débouter de sa demande de droit d’asile a tout simplement obtenu par la CNDA le « droit » qui lui avait été refusé par l’établissement public et administratif OFPRA.

    Lire aussi : Un enseignant tué par un terroriste religieux islamique

    La lecture du rapport d’activité 2019 de la CNDA nous apprend qu’elle compte 800 agents en 2019, année où elle eut à traiter 59 0921 recours et rendre 66 464 décisions. L’OFPRA ayant reçu environ 265 000 demandes d’asile, c’est donc environ 25% des décisions de l’OFPRA qui sont contestées en justice par les candidats réfugiés.

    Les dix premiers pays d’origine des étrangers initiant des recours sont mentionnés :

    Les deux pays les plus représentés à la Cour d’appel du droit d’asile sont l’Albanie, candidate à l’adhésion à l’Union européenne, et la Géorgie dans une situation politique et économique assez similaire. L’Albanie est listée comme « pays sûr » par le ministère de l’intérieur. La France peut-elle à la fois délivrer un statut de réfugié à des immigrants albanais et accepter de négocier avec l’Albanie pour son adhésion à l’Union, comprenant notamment l’acceptation de ses valeurs démocratiques ? L’immigration venant de ces pays semble plus causée par des considérations socio-économiques que politiques. Ce pays est le n°2 pour les demandes à l’OFPRA et le n°1 à la CNDA.

    La République est décidément bonne mère : elle examine les demandes d’asile quel que soit le pays l’origine, prend une décision via l’OFPRA et permet une voie d’appel à la CNDA si la décision initiale ne satisfait pas le demandeur. Il existe même une possibilité de pourvoi en cassation si la décision d’appel est rejetée par ce demandeur… On peut craindre qu’une telle générosité ne soit utilisée à des fins autres qu’humanitaires par certaines personnes mal intentionnées. Ce fut le cas du terroriste islamiste tchéchène de Conflans-Saint-Honorine ou de son prédécesseur pakistanais à Paris. La question du maintien de cet entassement de juridictions va certainement être posée à court terme.