Catégorie : No Europe

  • France-Sénégal

    France-Sénégal

    A l’occasion d’un match de fouteballe entre les équipes nationales de la France et du Sénégal dans le cadre de la coupe du monde de ce sport de ballon qui se déroule en Amérique du Nord, le président du parlement sénégalais, Ousmane Sonko, déclare :

    Quel que soit le vainqueur, c’est l’Afrique qui aura battu l’Afrique.

    Il fait sans doute allusion aux origines africaines de nombre de joueurs français mais il est assez ironique que ce soit un dirigeant sénégalais qui souligne ce fait politiquement « incorrect » que l’on entend généralement plutôt dans la bouche des tenants français de la réduction des flux migratoires que de celles de dirigeants du continent africain.

    Ousmane Sonko était candidat à l’élection présidentielle de 2024 contre l’ancien président Macky Sall mais fut finalement empêché de se présenter après avoir été déclaré inéligible. C’est l’un de ses poulains, M. Bassirou Diomaye Faye, qui fut élu président et qui nomma premier ministre… M. Sonko. Sorti par la porte ce dernier est revenu par la fenêtre avant de se fâcher avec M. Faye, de démissionner puis de se faire élire président du parlement, place depuis laquelle il a commis cette sortie fouteballistique qui va sans doute rester dans les annales sportives et politiques.

    Le match France-Sénégal de ce jour a été gagné 3-1 par l’équipe française.

  • Une politique extérieure américaine plutôt singulière

    Une politique extérieure américaine plutôt singulière

    L’avènement du président américain Trump pour son deuxième mandat depuis janvier 2025 a amené un changement assez considérable dans les formes que prend aujourd’hui la politique étrangère des Etats-Unis d’Amérique. Elle est désormais composée d’un mélange de fébrilité, d’enfantillages et d’insultes.

    Les relations avec les pays tiers, alliés ou pas de Washington, sont beaucoup menées sur les réseaux dits « sociaux » (dont « Truth Social », propriété du président) ou par le duo de négociateurs Steve Witckoff et Jared Kuschner, tous deux investisseurs immobiliers, ami du président pour le premier, son gendre pour le second. Ils sont envoyés sur tous les fronts où la diplomatie semble servir les intérêts de leur mandant mieux que le secrétariat d’Etat (dénomination américaine du ministère des affaires étrangères) dont les membres sont en principe payés pour mener cette politique étrangère qui a tendance à devenir étrange.

    La guerre actuelle entre la coalition américano-israélienne et l’Iran donne lieu à une accélération de la communication présidentielle via son réseau dit « social » ou celui de la Maison Blanche. Il y a beaucoup d’images, plus faciles à comprendre…

    Mais aussi des menaces :

    « Une civilisation entière [celle de l’Iran] va mourir ce soir, sans jamais pourvoir réémerger. » C’était un message du 7 avril et, bonne nouvelle, à ce jour la civilisation perse existe toujours puisque Washington négocie avec ses représentants pour trouver une solution qui mette fin à la guerre.

    Et des injures :

    Le même jour le président américain exige de ces « fous furieux » de rouvrir ce « p… de détroit [d’Ormuz] » qui à ce jour est toujours bloqué, sa réouverture semblant être l’un des points principaux des négociations pour mettre fin à la guerre.

    Et si jamais ces messages n’étaient pas suffisamment lus, ils sont parfois rediffusés par le compte « X » de la Maison Blanche, on n’est jamais si bien servi que par soi-même :

    Evidemment, la génération des « boomers » est un peu effarée devant la forme de ces messages signés par un président des Etats-Unis d’Amérique. Plus habituée aux navettes diplomatiques d’un Kissinger, d’une Madeleine Albright, ou aux débats policés des Nations-Unies, cette population désormais âgée, et moins influente, a tendance à se dire « c’était mieux avant » mais doit se résigner à regarder les nouvelles générations prendre en mains la conduite du monde avec leurs propres méthodes.

    Il est encore un peu tôt pour trancher sur l’efficacité diplomatique des uns ou des autres. L’Histoire sera seule juge. Rendez-vous dans 100 ans pour arbitrer sur l’efficacité entre les méthodes de gougnafier et les pratiques de dirigeants bien élevés.

  • La marche des forbans vers l’inconnu

    La marche des forbans vers l’inconnu

    Le déclenchement de la guerre américano-israélienne de février 2026 contre l’Iran est politiquement comparable à l’invasion russe de l’Ukraine lancée en février 2022. Les deux sont le fait de régimes qui ont décidé que le concept de « droit international » ne s’appliquait plus à elles car bridant leur ambitions historiques et civilisatrices. Etats-Unis et Russie ont lancé leurs forces armées contre leurs ennemis en pensant qu’elles n’en feraient qu’une bouchée et que les régimes politiques gouvernant l’Ukraine comme l’Iran tomberaient comme des fruits mûrs en quelques semaines de combat.

    L’ex-empire soviétique pensait que les citoyens ukrainiens accueilleraient les soldats de l’armée rouge comme des libérateurs venant les sortir des griffes du régime de « nazis drogués » qui les gouverne. Le nouvel empire américain s’attendait à ce que la population iranienne descende dans la rue pour achever le travail de déstabilisation déjà bien entamé par des campagnes de bombardement intenses. Dans les deux cas, jusqu’ici, la réalité ne s’est pas déroulée comme les plans le prévoyaient. Après plus de quatre années de guerre l’Ukraine se défend toujours avec vaillance et l’armée russe n’a que peu progressé au-delà de la province du Donbass depuis trois ans. En Iran, malgré les rodomontades du gouvernement américain et ses communiqués de victoire, le régime tient bon, les dirigeants assassinés ont été remplacés, l’armée religieuse continue à lancer missiles et drones à tout-va, bloque partiellement le détroit d’Ormuz créant ainsi une crise économique mondiale et, surtout, attaque les pays arabes du Golfe persique ruinant sans doute pour longtemps leur réputation de havre de paix particulièrement attractif pour les touristes blingblings du monde entier, les narco-trafiquants et le recyclage de capitaux de toutes origines.

    Ce chaos guerrier aux forts relents post-coloniaux, néo-impérialistes, risque de laisser des traces durables dans la géopolitique mondiale, sans parler de la crise économique qui sourd sur la planète entière. Les pays agresseurs n’arrivent pas pour le moment à mettre fin aux guerres qu’ils ont initiées. Ils présentent l’un et l’autre des revendications pour le moment inacceptables par les pays agressés. Comme ceux-ci continuent de résister militairement contre vents et marées, ou, à tout le moins, d’être en mesure de déployer une capacité de nuisance certaine, ils ne sont pas acculés à signer leurs redditions comme le furent l’Allemagne ou le Japon en 1945. Alors ils continuent à faire valoir leurs « arguments » et leur volonté de survivre à coups de missiles ou de canons, et surtout à force de beaucoup d’ingéniosité, comme inspirés par le désespoir.

    Evidement tout est relatif : vu de « l’Occident collectif » on préfèrerait que l’Ukraine s’en sorte et que l’Iran tombe. Ce serait une espèce de revanche pour toutes les attaques subies en provenance de l’ex-empire soviétique depuis la révolution bolchevique de 1917, et d’Iran depuis la chute du Shah, plutôt prooccidental, en 1979. Mais du côté du « Sud global » c’est exactement la position inverse et on ne serait pas mécontent que les Etats-Unis avalent leur chapeau comme revanche contre « l’impérialisme occidental », dont ils furent les leaders depuis la fin de IIe guerre mondiale, comme gage d’un certain rééquilibrage géopolitique du monde du XXIe siècle.

    Les grandes puissances émergentes, voire déjà significativement émergées, comme la Chine et l’Inde penchent nettement en faveur de ce rééquilibrage et le font savoir. Le plus édifiant dans cette affaire est que les deux forbans qui gouvernent aux destinées de la Russie et des Etats-Unis semblent creuser leurs propres tombes. Les années à venir diront si l’occident continuera vers ce déclin déjà maintes fois annoncé depuis cinquante ans, ou si un ultime sursaut lui permettra de repousser cette échéance. Désormais « Sud global » et « Occident collectif » utilisent les mêmes méthodes en cherchant à obtenir par la force ce qu’elles échouent à convenir par la diplomatie. Toujours membre de cet occident tant rejeté par une partie de la planète, l’Europe reste l’une des dernières entités à défendre l’Etat de droit et les valeurs internationales telles que définies par l’Organisation des Nations Unies, notions en grave danger d’extinction. Elle est bien seule dans ce combat.

    Quoi qu’il en soit il est peu probable que tout revienne comme avant, un « avant » où le système international avait été bâti, par et pour l’URSS et les Etats-Unis, sur les ruines de l’Europe de 1945. Les deux guerres en cours, dont on ignore encore quand et comment elles se termineront, semblent avoir déjà sérieusement entamé le crédit de la Russie et des Etats-Unis. L’avenir à court terme dira si, en plus, elles ont affaibli ces deux Etats hégémoniques au profit des nouvelles puissance mondiales dominées par l’Inde et la Chine, plutôt avec brio, et où le concept de démocratie est relayé aux oubliettes.

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    Du Rubicon au Golfe persique

  • Du rififi au Mali

    Du rififi au Mali

    Le pouvoir galonné au Mali tremble sous les coups de boutoir des religieux terroristes. Ceux-ci ont renoué leur alliance improbable avec les indépendantistes Touareg sahariens. Ensemble ils viennent de reconquérir Kidal, leur bastion du nord, qui leur avait été repris en 2023 après le coup d’Etat militaire de 2020 avec l’aide de troupes russes. Ils ont aussi assassiné le ministre de la défense, et numéro 2 du gouvernement, lors d’un attentat suicide contre son domicile à Katy, commune située à une vingtaine de kilomètres de la capitale où résident la plupart des ministres sous forte protection militaire.

    Depuis qu’ils ont pris les rênes à Bamako, et mis fin aux accords de coopération militaire avec la France, l’ex-puissance coloniale, les galonnés maliens ont installé leur pouvoir, pas vraiment démocratique mais vraisemblablement pas pire que le précédent. Celui qui s’annonce sera religieux et prévoit l’établissement de la charia sur le pays. En novembre 2025, un groupe affidé avait enlevé et exécuté publiquement une jeune « influenceuse » à Tonka, une ville du nord du pays où les djihadistes semblent évoluer assez librement. Personne ne pourra dire qu’il n’était pas informé de ce qui risque d’arriver. Il n’est d’ailleurs pas sûr que cette perspective inquiète beaucoup la population en dehors de la capitale… Comme au Proche-Orient les religieux armés semblent avoir su se faire apprécier à l’intérieur du pays en délivrant les services sociaux que l’Etat défaillant rend peu ou mal.

    Les forces russes qui appuient les forces armées maliennes (FAMA) n’ont pas réussi à contrer efficacement cette tentative de déstabilisation. Il semble même que la garnison russe stationnée à Kidal aurait rendu les armes en échange de l’engagement des rebelles de les laisser évacuer leur base et quitter la ville. Cela étant dit il ne faut pas exclure un sursaut des FAMA appuyées par leurs amis russes mais ce serait sans doute éphémère.

    Ces évènements militaro-politiques confirment, si besoin en était, que l’expulsion des forces militaires françaises en 2022 fut finalement une bonne chose. Certes l’armée française a dû gérer une blessure d’égo, ne serait-ce qu’en mémoire de la soixantaine de soldats morts au combat contre les djihadistes au Mali, mais l’intervention de forces armées étrangères au Sahel est sans espoir de réussite et la garantie de risquer des vies et de dépenser l’argent public à fonds perdus. L’armée française a bien mieux à faire sur le front est de l’Europe et aux frontières de la France.

    Il existe une communauté nombreuse de binationaux franco-maliens et un nombre important d’émigrés maliens en France rendant délicate une rupture complète des relations diplomatiques entre les deux pays. On ignore à ce stade si la politique française d’octroi de visas et de la nationalité a été revue en fonction de la dégradation actuelle des relations entre les deux pays. Les ambassades respectives continuent de fonctionner avec des effectifs réduits. Le régime malien retient toujours en prison un agent français de la DGSE qui était pourtant accrédité. En rétorsion Paris a expulsé quelques diplomates de l’ambassade malienne mais n’a pris personne en otage. Il n’est pas sûr qu’en cas de changement de pouvoir cet otage d’Etat serait libéré mais une négociation serait peut-être plus facile. Le business des otages est assez prisé de la partie Touareg de l’alliance rebelle qui dispute le pouvoir aux galonnés maliens.

    Lire aussi : Le ministre malien de la défense bénéficie de la nationalité française

    La France a colonisé le Mali sous le nom de « Soudan français » à la fin du XIXe siècle jusqu’à son indépendance en 1960. Comme souvent Paris a tenté de maintenir l’illusion d’un lien « fraternel » avec son ancienne colonie. Cela n’a pas fonctionné comme attendu, elle en paye le prix aujourd’hui. Le mieux désormais est de laisser aller le Mali vers son destin en s’en mêlant le moins possible. Ce destin l’éloigne de la France depuis déjà quelques années, il faut l’admettre et s’y résigner. Ainsi va la vie des nations.

    Lire aussi : Le Mali se plaint de la « junte française » !

  • Du Rubicon au Golfe persique

    Du Rubicon au Golfe persique

    Une coalition américano-israélienne a franchi le Rubicon et lancé un assaut militaire aérien important contre l’Iran ce 28 février dernier. Dès la première nuit de l’intervention armée le « guide suprême », sorte de grand chef religieux qui préside à la destinée du pays depuis 1989, est bombardé et y laisse la vie avec une partie son équipe dirigeante. Depuis un mois les raids aériens coalisés se succèdent nuits et jours et les destructions matérielles semblent assez importantes à Téhéran comme dans d’autres villes. En principe ne sont visées que les infrastructures liées au pouvoir et à ses forces de sécurité mais il est à craindre d’inévitables dommages collatéraux. D’ores et déjà une école de jeunes filles située à côté d’une installation militaire aurait été bombardée « par erreur » et les autorités iraniennes parlent de 150 fillettes mortes.

    Quoi qu’il en soit, cette guerre déclarée contre le régime religieux iranien est un coup de tonnerre dans un monde déjà sérieusement bouleversé par les errements des nations et, surtout, par le désir de revanche du « Sud global » contre « l’Occident collectif ». L’Iran fait partie du premier groupe et a su liguer contre lui nombre de pays occidentaux à force d’avoir favorisé ou mené des actions terroristes qui ont fait des milliers de morts dans ces pays, ou de citoyens occidentaux tués dans des pays proche ou moyen-orientaux. La France n’est pas en reste qui a vu se déchaîner le terrorisme sur son territoire depuis les années 1980 via des attentats d’inspiration, ou d’exécution directe par des religieux iraniens, sans parler des attentats contre ses troupes au Liban en 1983 (58 morts militaires français et 241 morts militaires américains).

    L’Iran n’est donc pas vraiment un pays ami de l’Occident ni d’Israël (« l’Etat sioniste » comme il est appelé dans la doxa iranienne officielle), sur qui il déverse sa haine et ses menaces d’anéantissement depuis des décennies. Après avoir été porté au pouvoir dans l’enthousiasme en 1979 par une révolution populaire pour mettre fin au régime autocratique du Chah d’Iran, le régime religieux est désormais régulièrement contesté de l’intérieur par une partie de sa population mais le pouvoir exerce une répression féroce pour se maintenir aux commandes, avec succès jusqu’ici. Comme toujours dans les dictatures, une autre partie de la population vit de celle-ci et lui apporte son soutien. La haine ancestrale entre les Arabes et les Perses fédère également nombre de pays voisins du Golfe persique contre ce pays et vice versa.

    Fort de son histoire millénaire et de ses ambitions islamiques plus récentes, le pouvoir iranien affiche sa volonté d’imposer un modèle politique et religieux à sa population (90 millions d’habitants) et au reste du monde. Pour assurer sa survie et accroître son « influence » le pays développe un programme nucléaire militaire qui effraie considérablement le reste de la planète tant imaginer un bouton nucléaire au bout des doigts d’un descendant de Prophète laisse craindre le pire.

    Depuis un mois que dure cette guerre les dirigeants politiques américains, et surtout le président Trump, paradent dans les médias en assénant des communiqués militaires de victoire décousus, les militaires sont beaucoup plus discrets, mais, surtout, l’Iran ne semble pas vraiment à genoux et riposte contre ses agresseurs et les pays arabes avoisinants, tout spécialement ceux abritant des structures militaires américaines. Accessoirement le détroit d’Ormuz est bloqué. Des avions américains ont été abattus ou détruits au sol, des morts civils sont à déplorer dans les pays de Golfe et en Israël. Les milices alliées du pouvoir iranien attaquent les intérêts américains et israéliens partout où elles peuvent. Les bombardements respectifs touchent maintenant les installations pétrolières et gazières de ces pays dont les économies sont plus ou moins à l’arrêt. Dans le reste du monde les prix de l’énergie augmentent significativement. On découvre par ailleurs que les pays du Golfe persique produisent des produits sidérurgiques et des engrais dont les exportations sont actuellement impossibles du fait du blocage du détroit d’Ormuz. La crise économique mondiale couve.

    Une nouvelle fois, « l’Orient compliqué » perturbe le reste de la planète, cette fois-ci avec la participation active des Etats-Unis d’Amérique. La religion plane au-dessus de ce nouveau conflit, même les dirigeants américains invoquent Dieu dans leurs communiqués. L’incertitude est totale ce qui ne présage rien de bon.

  • La Russie telle qu’en elle-même

    La Russie telle qu’en elle-même

    Alors que la guerre d’Ukraine va bientôt célébrer son 4e anniversaire une frange d’intellectuels russes publient régulièrement des essais et réflexions qui prônent la poursuite assumée, voire l’approfondissement, de la politique actuelle basée sur un nationalisme exacerbé, une volonté de conquête territoriale et le phantasme de rétablir l’empire soviétique, politiquement et géographiquement.

    L’interview donnée par Sergueï Karaganov en juin 2025 au site d’information Le Grand Continent va dans ce sens. M. Karaganov est qualifié « d’architecte de la géopolitique de Poutine » par le site. Plus factuellement il dirige un institut d’analyse en politique étrangère et de défense et participe à différents Think Tanks russes. Il est à l’origine d’une doctrine qui porte son nom et qui inspirerait le pouvoir actuel de Moscou.

    On suppose que la traduction française de l’interview est correcte. Il y développe la théorie que la guerre d’Ukraine est économiquement bénéfique aux Etats-Unis qui chercheraient aussi à l’utiliser pour « écraser » la Russie et qui n’ont donc pas intérêt à y mettre fin. Il préconise donc l’option nucléaire :

    La défaite totale de l’Ukraine — avec sa capitulation pure et simple qui pourrait avoir un effet domino sur l’Europe — reste notre objectif, mais elle sera extrêmement coûteuse, voire prohibitive, car elle conduirait à la mort de plusieurs milliers de nos meilleurs enfants, si elle n’était pas renforcée par un recours plus actif à la dissuasion nucléaire, ce que je préconise pour sortir de cette impasse.

    Le penseur est bien obligé de reconnaître que Moscou n’arrive pas à conquérir l’Ukraine aves des moyens militaires conventionnels, pas plus qu’un élan populaire ne porte les Ukrainiens de l’ouest à une annexion par la Russie, d’où sa volonté de casser cette résistance, quoi qu’il en coûte.

    L’idéologue détaille ainsi sa pensée sur la difficulté qu’il y aurait pour son pays à s’entendre avec les Etats-Unis ou avec l’Europe contre laquelle il marque encore plus d’agressivité que contre Washington :

    Je suis affligé par la trajectoire qu’empruntent les pays européens et l’Union européenne.

    À cause de la déchéance morale de ses élites, le projet européen est aujourd’hui dans l’impasse, après avoir atteint un certain apogée. La génération politique actuelle échoue sur tous les fronts et cherche son salut dans l’entretien d’une hostilité croissante, voire dans une préparation à la guerre contre la Russie, ce qui est proprement sidérant, une sorte de préparatif à un suicide rapide. Je pense que l’Europe collective est inévitablement amenée à se dissoudre. Il ne me semble pas qu’elle puisse tenir longtemps en tant qu’entité sans se désagréger.

    Je rappelle que je suis un Européen russe, bien qu’eurasiatique. Mais cela ne retire rien au fait que l’Europe a été la source des principales calamités de l’humanité au cours de ces cinq derniers siècles. 

    Il renouvelle la position largement diffusée en Russie et dans le « Sud global » que l’Europe est la puissance hostile à la Russie, voir l’entité qui l’attaque. Il se félicite que la guerre d’Ukraine ait provoqué le départ des citoyens russes européanisés, corrompus par les valeurs occidentales, attirés par la déchéance morale des élites européenne et par « l’eurofascisme ». La Russie est ainsi purifiée de ces traîtres qui ne reviendront jamais plus à la mère patrie.

    À la faveur de l’opération militaire, nous nous sommes débarrassés en un temps record d’une quantité considérable de personnes que je désigne comme de la « racaille ».

    Les Etats-Unis qui souhaiteraient la poursuite de la guerre d’Ukraine par intérêt, l’Europe qui « a été le berceau des pires courants idéologiques, de guerres monstrueuses, de génocides de masse » et qui est en pleine déliquescence, l’Alliance atlantique (OTAN) qui est un cancer qui va « crever », l’arme nucléaire comme seule porte de sortie pour vaincre l’Ukraine, l’homme ne mâche pas ses mots et il n’est pas le seul.

    Lire aussi : La Russie constante dans sa volonté de nuire à l’Occident

    Il est difficile de mesurer l’audience de ces théories radicales en Russie mais il est probable qu’elles sont inspirantes au moins pour les stratèges du Kremlin qui les mettent en œuvre avec « enthousiasme » dans les frontières russe reconnues internationalement mais aussi dans les territoires occupés en Ukraine, en Moldavie ou en Géorgie. On ne sait pas bien non plus si ces idéologues pensent vraiment ce qu’ils affichent ou s’ils élaborent ce discours paranoïaque et victimaire uniquement pour justifier leur soif de conquêtes, leur besoin de vengeance par suite de l’humiliation subie lors de l’effondrement de l’Union soviétique au siècle dernier. Quel que soit l’hypothèse, la Russie est devenue un pays hostile à « l’Occident collectif », avec une forte capacité de nuisance et sans doute pour longtemps encore.

    Cette guerre d’Ukraine a déjà bouleversé l’environnement géopolitique planétaire, et pas dans le sens du monde apaisé vers lequel l’Occident croyait avoir tracé une ligne droite depuis 1945. Personne ne sait bien quelle direction va prendre maintenant cette nouvelle route à l’heure où le système international, laborieusement construit depuis 80 ans, basé sur le droit et le consensus, au moins s’agissant d’un certain nombre de sujets communs (décolonisation, prévention des guerres, droits de l’homme, commerce, santé, réfugiés, culture, etc.) est en train de disparaître au profit d’un environnement sauvage et violent, où des camionneurs bas du front remplacent des diplômés de Harvard pour diriger les grandes puissances de ce monde. Les choses changent et bien malin qui peut prédire aujourd’hui si ce sera profitable ou non pour les générations futures, celles de nos enfants. Les « boomers » nés au cours des « trente glorieuses » craignent que non, mais les générations suivantes qui scrollent dans le métro des vidéos d’influenceuses à forte poitrine et faux-ongles extra-longs, résidant à Dubaï, ne sont pas forcément de cet avis. Sont-ils inquiets d’ailleurs ? Ils prennent progressivement les commandes du monde au fur et à mesure où les boomers le quittent. L’avenir dira ce qu’ils en feront.

  • Talking Heads et Mamdani à New York

    Talking Heads et Mamdani à New York

    La ville américaine de New York a élu un maire de 43 ans, d’origine indienne, né en Ouganda, ancien rappeur, Zohran Mamdani. Il a été naturalisé américain en 2018 et été élu sur la base d’un programme socialisant mêlant le contrôle des loyers de cette ville, celui des expulsions abusives, la promotion des énergies renouvelables, le soutien propalestinien, ou la lutte contre les discriminations, etc. Le profil est plutôt inhabituel pour un maire de la capitale financière mondiale.

    Il a investi son poste ce 1er janvier lors d’une cérémonie organisée dans une station de métro désaffectée, puis a prêté serment, la main sur le Coran, sur les marches de l’hôtel de ville où il a fait jouer les Talking Heads sur la sono avant d’accueillir sur scène des musiciens divers. Pour les plus jeunes, Talking Heads est un groupe américain des années 1970-1980, phare de la new-wave, mené et inspiré par l’inventif guitariste-chanteur David Byrne qui continue à mener une brillante carrière solo et à se produire sur scène.

    Bref, on peut être un maire « de gauche » américain et avoir bon goût musical !

  • FRANCHINI Philippe, ‘Continental Saïgon’.

    FRANCHINI Philippe, ‘Continental Saïgon’.

    Sorti : 1976, Chez : Equateurs (2015).

    Philippe Franchini est né à Saïgon en 1928. Son père, Mathieu, né en 1900 à Ajaccio en Corse, s’est installé en Indochine au temps de la présence française. Sa mère est vietnamienne, issue d’une riche famille locale. Mathieu est arrivé dans le pays à la suite d’un oncle pour y monter une petite affaire de mécanique automobile en 1924 avant d’acheter l’Hôtel Continental quelques années plus tard. L’établissement construit en 1880 dans la célèbre rue Catinat, en face du théâtre, présente un style colonial aujourd’hui un peu suranné. Il devint assez rapidement le centre du petit monde colonial français et de la grande bourgeoisie vietnamienne.

    Enfant à Saïgon Philippe découvre cet univers colonial, pas toujours très brillant, entre soirées mondaines dans la capitale et plantations dans les deltas, entre le business de l’opium et une armée en lutte contre différents mouvements de rébellion. Durant la deuxième guerre mondiale il apprend les compromissions du pouvoir colonial avec les forces de l’Axe pour conserver une illusion d’indépendance de l’Empire colonial français en Asie, jusqu’à ce que les Japonais occupent finalement le pays.

    Lui-même métis il est victime du racisme ambiant autant de la part des colons que des « indigènes ». Lorsqu’il reprend le Continental en 1965 des mains de son père, après quelques années passées en France, la défaite militaire française de Dien Bien Phu de 1954 a marqué la fin de la colonie indochinoise et l’indépendance du Viêt Nam qui reste divisé en deux entre le Sud et le Nord avec les germes de la guerre civile entre ces deux parties, l’une d’obédience communiste, l’autre pro-occidentale, division qui s’atténuera en 1975 avec la conquête du Viêt Nam du Sud par les forces communistes du Nord.

    Franchini raconte dans ce récit la vie en ex-Indochine (Viêt Nam, Cambodge et Laos) qui a fasciné tant d’apprentis colons, d’expatriés, de Corses ou de militaires : de la beauté des « congaï » à la langueur des fumeries d’opium, de la douceur des apéritifs mondain au Continental quand la chaleur humide de l’après-midi commence à baisser aux business douteux d’affairistes européens ambitieux, sans oublier un concept de domination coloniale dépassé mais qui n’abdiquera que par la force des armes rebelles.

    Durant l’épopée coloniale française, et même après, les Corses ont souvent été en bonne place en Asie et en Afrique, pour de bonnes et moins bonnes causes. A Bangui (République Centrafricaine) par exemple il existe encore une « rue des Corses » où est domicilié… le casino de la ville. Certains clans corses ont investi les colonies puis les ex-colonies, dans un environnement plus « souple » pour y dévelloper leurs affaires. Franchini les décrit d’ailleurs comme une communauté spécifique en Indochine.

    Enfant métis issu des deux mondes, il est aussi imprégné par les traditions vietnamiennes que lui enseigne la famille de sa mère décédée alors que Philippe n’avait que quelques années. Il raconte les séjours enchanteurs dans l’ile Ngu Hiêp propriété de ses grands-parents dans la région de Mytho mais aussi les relations un peu moyenâgeuses qui lient les différentes communautés vietnamiennes.

    Bien sûr le récit revient sur la guerre américaine quand le Continental était devenu le point de rencontre de la presse internationale couvrant ce conflit. On voyait alors se presser dans cette institution journalistes, écrivains, espions, « congaïs, barbouzes, militaires et idéalistes. Nombre d’auteurs ont cité ou mis en scène le Continental dans leurs œuvres, Graham Green (Un Américian bien tranquille), Malraux, Schoendoerffer, Lucien Bodard, Michael Herr (Putain de mort)… Mais l’aventure a pris fin en 1975 avec l’arrivée du Viêt-Cong à Saïgon pour rétablir l’unicité du pays sous la bannière communiste. L’Histoire a montré que le pays s’en est plutôt bien tiré et est devenu aujourd’hui l’un des farouches dragons asiatiques.

    « Continental Saïgon » a été publié pour la première fois en 1976, un an après la réunification. Philippe Franchini était revenu en France en 1975 juste avant la chute de Saïgon, sans doute plein des souvenirs encore prégnants de toute une époque qui a disparu alors que les Bô Dôi nord vietnamiens en pyjamas noirs, juchés sur leurs chars, défonçaient la grille du palais du président Thieu pour s’y installer. Franchini garde manifestement une certaine mélancolie de la vie asiatique qu’il a menée à la tête d’un hôtel devenu mythique, qu’il narre avec douceur et subtilité, et beaucoup de réalisme sur ce melting-pot de populations si fascinantes. Fin lettré il utilise dans son récit la graphie Viêt Nam qui fleure bon l’Indochine française, et non le Vietnam anglicisé comme adopté désormais aux Nations Unies ou sur le site de l’ambassade de ce pays en France…

    Franchini a repris le chemin de la France avec sa femme chinoise et leurs enfants. Il est devenu écrivain, historien et peintre, entre Ajaccio Paris.

  • Les vœux de Noël du président des Etats-Unis

    Les vœux de Noël du président des Etats-Unis

    Le président américain a souhaité un joyeux Noël à ses concitoyens. Microsoft les traduit ainsi :

    Joyeux Noël à tous, y compris à la racaille radicale de gauche qui fait tout son possible pour détruire notre pays, mais échoue lamentablement. Nous n’avons plus de frontières ouvertes, d’hommes dans le sport féminin, de transgenre pour tous, ni de forces de l’ordre faibles. Ce que nous avons, c’est un record boursier et des 401K, les chiffres de criminalité les plus bas depuis des décennies, aucune inflation, et hier, un PIB de 4,3, deux points de mieux que prévu. Les tarifs nous ont donné des milliers de milliards de dollars en croissance et prospérité, ainsi que la sécurité nationale la plus forte que nous ayons jamais eue. Nous sommes à nouveau respectés, peut-être comme jamais auparavant. Que Dieu bénisse l’Amérique !! Président DJT
    (Traduction Microsoft)

    Le terme « scum » est traduit par Microsoft en « racaille ». Une autre traduction possible est « ordure ». Bref, on reste dans le style agressif et autosatisfait désormais habituel du président américain. Il a pourtant fait des études dans une école de commerce états-unienne privée, la Wharton School, l’une des plus prestigieuses du pays dont les valeurs affichées sur son site web :

    Our strategic plan guiding us towards greater influence, innovation, and engagement for the advancement of business, education, and society at large.

    M. Trump devait sécher les cours lorsqu’on parlait de l’avancement de l’éducation ou de la société.

    Juin / Charlie Hebdo (09/03/2016)
  • La Géorgie regarde vers l’Est

    La Géorgie regarde vers l’Est

    La Géorgie, ex-république Soviétique (Staline est d’ailleurs né en Géorgie), à qui l’Union européenne a bien imprudemment délivré le statut de candidat à l’adhésion à l’UE, est confrontée à une contestation interne entre les proeuropéens et les prorusses. À la suite de la guerre de Géorgie en 2008, la Russie occupe deux régions géorgiennes et ne compte pas les rendre. Celles-ci, russophones et russophiles, ne semblent d’ailleurs pas très intéressées par quitter le parapluie russe.

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    Pour le reste de la Géorgie toujours souveraine, le gouvernement en place affiche ses tendances prorusses et les sondages locaux, pour autant que ceux-ci soient fiables, montrent que seule une petite moitié de la population regarde vers l’ouest et serait intéressée par une adhésion à l’Union européenne (UE) qui impliquerait leur éloignement du monde russe.

    Ce pays, instable et pauvre, de 4 millions d’habitants, toujours entre un coup d’Etat et une invasion russe n’est clairement pas en mesure de remplir les conditions d’adhésion à l’UE. Il ne représente pas vraiment d’intérêt pour l’Union elle-même mais plutôt une source potentielle d’ennuis assez considérable si son adhésion devenait effective un jour. La motivation de sa population pour une adhésion semblant plus que modérée le mieux serait de ne pas insister et de laisser ce pays vivre sa vie, sans bien sûr s’empêcher de coopérer avec lui. Mais en faire un membre à part entière de l’UE est un défi hors de portée des deux parties. Quel besoin avait alors l’UE de délivrer un statut de candidat à l’adhésion à la Géorgie ? Il va être difficile de s’en défaire comme on n’a pas su l’annuler dans le cas de la Turquie même si plus grand monde ne pense que ce pays pourrait un jour devenir membre de l’UE. Juridiquement la candidature à l’adhésion tient toujours, comme pour l’Ukraine d’ailleurs.

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  • La Russie constante dans sa volonté de nuire à l’Occident

    La Russie constante dans sa volonté de nuire à l’Occident

    En juillet 2021 le président russe a signé un long article de 15 pages qui justifiait comment l’Ukraine et la Russie ne formeraient qu’un seul et même pays que seules les forces maléfiques de « l’Occident collectif » s’évertuent à vouloir diviser pour monter la première contre la seconde.

    Je suis convaincu que c’est en partenariat avec la Russie que la véritable souveraineté de l’Ukraine est possible. Nos liens spirituels, humains, civilisationnels se sont tissés depuis des siècles, remontent aux mêmes sources, se sont endurcis par les épreuves, les réalisations et victoires communes. Notre parenté se transmet de génération en génération. Elle est dans les cœurs, dans la mémoire des personnes vivant dans la Russie et l’Ukraine modernes, dans les liens du sang qui unissent des millions de nos familles. Ensemble, nous avons toujours été et serons bien plus forts et performants. Après tout, nous sommes un seul peuple.

    Huit mois plus tard, en février 2022, les troupes russes envahissaient le voisin ukrainien et, presque quatre années plus tard la guerre fait toujours rage. Une partie de l’Ukraine est détruite ; on parle de centaines de milliers de morts et blessés des deux côtés ; on déplore les centaines de milliards d’euros déjà partis en fumée dans les chars et les canons ; on envisage avec crainte les centaines de milliards qu’il faudra dépenser pour reconstruire ce qui a été pulvérisé par les bombes et les obus.

    Lire aussi : Le président russe et l’Histoire

    Contre toutes attentes les troupes russes n’ont pas réussi à progresser en Ukraine au-delà de la partie est du pays, le Donbass frontalier avec la Russie. Elles occupent environ 20% du territoire, y compris la Crimée qui elle a été envahie en 2014. Depuis le déclenchement du conflit par Moscou le discours officiel russe consiste à asséner que c’est la Russie qui est attaquée et qu’elle est bien obligée de se défendre contre « l’Occident collectif », bien que ce soient des militaires russes qui stationnent sur le territoire ukrainien et non l’inverse.

    Un certain nombre d’idéologues nationalistes, voire slavophiles, appuient largement ce discours en l’assortissant de menaces pas du tout voilées contre cet Occident qui les obsèdent. L’hebdomadaire Le Point a publié en mars 2025 une interview de Vladislav Sourkov, l’inspirateur des premières années de la stratégie déroulée par le président Poutine. Son personnage avait été repris dans le roman de Giulano da Empoli « Le Mage du Kremlin » sorti en 2022. Dans son interview Sourkov explique qu’une victoire pour la Russie serait :

    L’écrasement militaire ou militaro-diplomatique de l’Ukraine. Le partage de ce quasi-Etat artificiel en ses fragments naturels. Il pourra y avoir, en cours de route, des manœuvres, des ralentissements ou des pauses. Mais cet objectif sera atteint.

    Plus inquiétant il développe l’idée que « Le monde russe est partout où l’on trouve une influence russe, sous une forme ou une autre : culturelle, informationnelle, militaire, économique, idéologique ou humanitaire… C’est-à-dire qu’il est partout. […] Nous nous étendrons donc dans toutes les directions, aussi loin que Dieu le voudra et que nous en aurons la force. » C’est en termes plus sophistiqués le slogan russe que M. Poutine a repris à de nombreuses reprises : « La Russie n’a pas de frontières, c’est là où des soldats russes ont posé leurs bottes. »

    Pour M. Sourkov l’Ukraine a été entraînée dans sa rébellion contre la Russie par les deux coups d’Etats soutenus par l’Occident en 2005 et 2014. La partie antirusse de sa population est minoritaire selon lui. Il prédit par ailleurs que la culture du Grand Nord unissant la Russie, l’Europe et les Etats-Unis s’affirmera comme seul gage de survie face au développement démographique insoutenable du Sud, mais cette unité sera faite au prix de conflits et de tragédies.

    Sinon, pour vous faire une idée de l’avenir de la France et des autres, vous n’avez qu’à lire Soumission, de Michel Houellebecq.

    Aujourd’hui ce sont trois diplomates russes qui publient un article intitulé « Brûler jusqu’à la Manche ? Quelles garanties de sécurité efficaces à l’heure d’un affrontement historique entre la Russie et l’Occident ». Le « Brûler jusqu’à la Manche » fait référence au refrain d’une chanson écrite par un groupe de rock pro-régime. L’article se réfère à l’histoire de la Russie et des multiples conflits dans lesquels elle fut impliquée. Le ton retenu par les rédacteurs est celui de la victimisation de la Russie sous les coups de l’Occident. De Napoléon à Hitler, les ennemis historiques de la Russie restent les mêmes et sont à l’œuvre aujourd’hui pour tenter de détacher l’Ukraine de la Russie et, plus généralement, de coloniser la Russie et de « déslaviser » la région. Alors la seule façon pour la Russie de négocier sa survie est d’abord de vaincre militairement l’Occident.

    Les expériences passées montrent que les pays occidentaux sont toujours mieux disposés à écouter nos propositions de refonte de l’architecture de sécurité (ou de simples garanties de sécurité) lorsque les troupes russes mettent le pied à Paris ou à Berlin.

    Les rappels historiques de ce papier passent sous silence les conquêtes territoriales russes obtenues par les armes sous la dynastie des Romanov (1613-1917) période durant laquelle le territoire russe s’est significativement agrandi gagnant des accès à la mer Baltique et à la mer Noire, et vers le sud. L’Union soviétique qui lui succéda ne fut pas en reste non plus et, au-delà des conquêtes territoriales, son impérialisme fut aussi idéologique en tentant d’élargir le champ d’action du communisme et de son « avenir radieux ». Alors tous ces conflits ont opposé la Russie à l’Occident (mais aussi au Japon) se sont terminés par des victoires ou des défaites, militaires ou idéologiques, des uns et des autres. Les Russes en concluent qu’ils ont été la victime permanente de ces tragédies de l’Histoire, c’est leur vision des choses et elle semble justifier pour eux à « redoubler d’agressivité ».

    Nous n’oublierons pas les leçons du passé. L’Occident n’a jamais voulu de la Russie en qualité de partenaire puissant et indépendant ; s’il la tolère, c’est comme victime ou comme trophée. L’heure est venue d’agir avec fermeté, assurance et détermination : c’est seulement alors que nous parviendrons à garantir notre sécurité et obtenir une paix durable à des conditions avantageuses pour nous. Toute hésitation et tout signe de compromis seront interprétés par nos ennemis comme une invitation à redoubler d’agressivité.

    On voit que l’invasion en cours de l’Ukraine n’est qu’un élément de la stratégie russe de lutte contre l’Occident, sans doute pas le dernier. Il est probable que la Russie va faire reparler d’elle tant elle affiche une volonté « d’agir avec fermeté, assurance et détermination ». Ces « actions » seront très certainement dirigées majoritairement contre l’Occident collectif qui doit s’y préparer et, pour ce faire, accepter de sortir du confort douillet dans lequel s’endorment les nations qui le composent. L’avenir risque de secouer un peu le cocotier de son immobilisme. Les pays voisins de l’ogre russe seront sans doute les plus « secoués ».

    Les sources

    L’article « Brûler jusqu’à la Manche ? Quelles garanties de sécurité efficaces à l’heure d’un affrontement historique entre la Russie et l’Occident » (décembre 2025)

    L’interview de Vladislav Sourkov (mars 2025)

  • « Election » d’un nouveau président en Guinée-Bissau

    « Election » d’un nouveau président en Guinée-Bissau

    En Guinée-Bissau, quelques jours seulement après des élections présidentielles dont on attendait le résultat, un galonné, le général Horta N’Tam, s’est déclaré président de la transition et du « haut commandement militaire pour la restauration de la sécurité nationale et de l’ordre public », pour une durée d’un an. Il était auparavant chef d’Etat-major de l’armée de terre. Le président sortant, ancien militaire passé civil, serait assigné à résidence. Ancienne colonie portugaise, indépendante depuis 1973, ce pays de petite taille et d’environ deux millions d’habitants est un habitué des coups d’Etat, surtout depuis que le pays serait devenu une plaque tournante du trafic international de drogue, entre les producteurs d’Amérique latine et les consommateurs européens. C’est plus simple ainsi, pas d’élection mais des coups d’Etat. Les populations semblent assez indifférentes à ce retour aux années postindépendance où les galonnés trustaient le pouvoir sur le continent dans des pays qui découvraient la liberté.

    Plus le temps passe plus les illusions de l’instauration de la démocratie en Afrique s’effondrent avec la montée en puissance des coups d’Etat militaires. Comme il en va un peu de même dans le reste du monde, il est à craindre que l’Europe ne reste sous peu le dernier îlot où survit encore la démocratie alors que même les Etats-Unis semblent évoluer volontairement vers moins de démocratie au profit de plus d’autoritarisme et d’arbitraire.

    Certaines rumeurs indiquent que ce putsch serait en fait une manœuvre politique du président civil qui, se voyant perdre l’élection, aurait ouvert la porte du pouvoir à l’armée pour interrompre le processus électoral et mieux revenir dans un an. Cela reste à confirmer mais le pari serait risqué car de mémoire d’africaniste il est assez rare que des galonnés remettent volontairement le pouvoir à des civils.

  • Le président Trump tout en poésie

    Le président Trump tout en poésie

    On connaissait déjà la célèbre incise du président américain, ressortie à l’occasion de sa première campagne électorale, « les femmes il faut les attraper par la ch… », ce qui ne l’avait pas empêché d’être élu en 2017. On a aujourd’hui une envolée lyrique de ce dirigeant qui marque son goût pour la poésie, particulièrement passionné quand il s’adresse aux femmes, ou parle d’elles.

    Dans son avion de fonction qui transporte également un groupe de journalistes accrédités il aime venir papoter avec eux durant le voyage. Lors d’un de ces déplacements aéroportés récents une journaliste l’a interrogé sur ses liens avec le financier pédo-criminel Epstein (qui s’est suicidé en prison en 2019). Refusant de répondre à la question il a clos le sujet d’un :

    Tais-toi petite truie !

    Si on ne veut pas d’un président mal-élevé, il suffit de ne pas voter pour lui.

  • Le Mali entre djihadistes et galonnés

    Le Mali entre djihadistes et galonnés

    Les nouvelles du Mali ne sont pas excellentes. Les gouvernements occidentaux ont demandé à leurs ressortissants de quitter le pays au plus vite devant les risques de coup d’Etat que font courir les bisbilles entre galonnés et la pression exercée par les groupes religieux et les rebelles Touaregs, ces derniers agissant souvent de concert avec les précédents. L’Etat a dû céder du terrain aux terroristes sur une bonne partie de l’immense territoire malien. Les religieux ont par ailleurs décidé l’instauration d’un blocus de la capitale sur les carburants. Ils incendient la majorité des camions citernes ravitaillant Bamako qui se trouve en pénurie de carburant.

    Publié le 07/11/2025

    Depuis plusieurs semaines, le contexte sécuritaire se dégrade au Mali, y compris à Bamako. Il est recommandé aux ressortissants français de prévoir un départ temporaire du Mali dès que possible par les vols commerciaux encore disponibles.

    Les déplacements par voie terrestre restent déconseillés, car les routes nationales sont actuellement la cible d’attaques de groupes terroristes.

    Pour rappel, il reste formellement déconseillé de se rendre au Mali, quel que soit le motif.


    https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/conseils-par-pays-destination/mali/

    Les terroristes du Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (GSIM) viennent de fusiller en place publique dans un village près de Tombouctou, début novembre, une gamine qui s’était rendue « coupable » de diffusion sur ses réseaux dits « sociaux » de vidéos sur lesquelles elle dansait ou marquait son soutien à l’armée malienne. Elle avait plus de 100 000 abonés. Son assassinat a provoqué beaucoup d’émotion dans le pays. Elle n’est, hélas, qu’un mort célèbre parmi une masse de morts anonymes tués lors des attaques du GSIM et de ses affidés sur les casernes ou les villages.

    Dans la capitale, les galonnés au pouvoir à la suite du double coups d’Etat de 2020 et 2021 s’observent en chiens de faïence, s’arrêtent et s’emprisonnent les uns les autres. Les partis politiques ont été dissous et les réunions politiques interdites. A ce jour le Général Goïta est toujours président et les forces russes « Africa Corps » sont toujours sur place pour le protéger.

    Lire aussi : Dissolution des partis politiques au Mali

    Au passage le gouvernement a fait arrêter en août dernier un agent français de la DGSE qui bénéficiait de l’immunité diplomatique et était accrédité sur place pour participer à la coopération anti-terroriste. Aux dernières nouvelles il est toujours en prison. En réponse la France a expulsé deux agents des services de sécurité maliens qui étaient en poste à l’ambassade du Mali à Paris, mais elle ne les a pas arrêtés, respectant ainsi leur immunité diplomatique.

    Le pays continue sa lente dérive vers le chaos. Le départ un peu « forcé » des forces militaires française qui stationnaient au Mali s’avère en fait la meilleure chose qui pouvait arriver, ces forces étant bien plus utiles en Europe, surtout par les temps qui courent. La France n’aurait sans doute jamais dû stationner des forces armées si longtemps, dix ans, au Mali (puis au Sahel) après son intervention de 2013. Cette présence néocoloniale de son armée n’a fait que reporter l’inéluctable arrivée d’un pouvoir religieux et renforcer le rejet de l’ancienne puissance coloniale par les populations locales.

    Il reste maintenant au Mali et à ses voisins que sont le Niger et le Burkina-Faso, également gouvernés par des galonnés à la suite de coups d’Etat militaires, à mener leur destin avec les alliés qu’ils se sont choisis. Comme avec l’Algérie cette dégradation des relations rend plus risquée la situation des citoyens français dans ses pays, dont nombre sont des double-nationaux. Les individus et les entreprises français doivent désormais prendre en compte ce changement lorsqu’ils se rendent dans ces pays et, malheureusement, le traitement des otages d’Etat comme cet agent de la DGSE emprisonné au Mali ou celle d’un journaliste emprisonné à Alger va être plus difficile à résoudre.

    Lire aussi : Le Mali en pleine guéguerre avec l’Algérie

  • Tentative risquée de réhabilitation de la Syrie

    Tentative risquée de réhabilitation de la Syrie

    Après avoir été reçu à la présidence de la République française avec gardes républicains au garde-à-vous dans la cour de l’Elysée le chef d’Etat syrien par intérim Ahmed al-Charaa a pu afficher sa barbe noire dans le bureau ovale de la Maison Blanche en compagnie du président américain. Au vu du pédigré terroriste du personnage, dont il ne s’est jamais caché, on frémit un peu de voir les pays occidentaux lui déployer le tapis rouge. Certes il faudra bien renouer un jour avec la Syrie, pays clé du Moyen-Orient, à l’histoire millénaire, mais qui aussi été à l’origine de bien des déconvenues pour les pays occidentaux qui ont tenté d’entretenir des relations d’Etat à Etat. Une nation dirigée par des forbans, une économie menée par des voyous, un pouvoir central contesté les armes à la main par les Kurdes toujours entre deux sécessions, les Alaouites, les Druzes et bien d’autres, des clans politico-religieux qui s’entretuent depuis des décennies, un territoire occupé par la Turquie au nord, par Israël sur le plateau du Golan, par des bases militaires américaines et russes plus ou moins sollicitées, une population ballotée au milieu de ces canailles, entre corruption, idéologies religieuses et pauvreté, qui a même été attaquée avec des gaz de combat par le pouvoir Assad (père puis fils) pour réprimer les contestations populaires, ce pays n’a quasiment jamais vécu en paix depuis son indépendance et s’est retrouvé un peu contre son gré au centre d’enjeux moyen-orientaux qui le dépassent.

    Cerise sur le gâteur, Alois Brunner, officier nazi qui fut un élément clé dans l’extermination des juifs durant la IIe guerre mondiale s’est réfugié en Syrie où il fut protégé par le régime d’Hafez el Assad et aurait même œuvré comme conseillé des services de sécurité syriens, services réputés pour leur barbarie. Lâché par Bachar, le fils d’Hafez qui a repris le pourvoir à la mort de celui-ci, il serait mort en prison dans les années 1990 ou 2000. Le gouvernement syrien n’a jamais collaboré avec les pays occidentaux qui demandaient l’extradition du chef nazi, ce qui n’empêcha le président français Chirac d’être le seul chef d’Etat occidental venu à Damas en 2000 assister aux obsèques d’Hafez el-Assad.

    La Syrie a elle-même toujours revendiqué sa prééminence sur le Liban dont elle n’a jamais véritablement accepté l’indépendance. Son armée a occupé ce pays et y a commis moulte attentats dont l’assassinat du premier ministre libanais Rafiq Hariri en 2005. Damas a copiné avec l’Iran de nombreuses années, participant activement au business diplomatique des otages, soutenant les mouvements terroristes de tous ordres pour nuire à l’Occident coupable de tous les maux ce qui n’empêchait ses dirigeants d’acquérir des biens immobiliers luxueux sur l’avenue Foch à Paris, à Londres et ailleurs.

    C’est en Syrie que le groupe terroriste religieux « Etat islamique » a installé ses bases dans les années 2010 et organisé, notamment, les massacres de novembre 2015 à Paris. La guerre civile durant ces années entre les groupes religieux syriens et le régime Assad a été terrible (plusieurs centaines de milliers de morts, souvent torturés dans des conditions effroyables), le pays grandement détruit et il faudra encore longtemps pour évaluer les conséquences financières, politiques et sociales de cette guerre sauvage !

    C’est la Syrie qui a majoritairement alimenté la crise migratoire des années 2020 durant lesquelles entre un et deux millions de réfugiés ont fuit leurs pays pour l’Europe. C’est aussi la Syrie du clan el-Assad qui a développé une industrie productrice du Captagon, une drogue dont elle a inondé le marché international et dont le pouvoir post-Assad chercherait à se débarrasser.

    Bref, au cœur de « l’Orient compliqué », la Syrie est un cauchemar pour les pays occidentaux et il existe une très forte probabilité pour qu’elle continue à l’être dans les décennies à venir. Un premier réflexe voudrait que les pays occidentaux se retirent définitivement de ce bourbier pour se consacrer à l’Europe où les défis militaires et financiers s’accumulent. Les dirigeants français et américain viennent d’en décider autrement en recevant le président syrien intérimaire, avec son lourd passé de terrorisme religieux, en déployant les flonflons de leur protocole. Notons tout de même que M. al-Charaa est entré à la Maison-Blanche par la porte de service et non par l’entrée officielle.

    Peut-être les Etats-Unis et la France font-ils preuve de vision en pariant sur ce dirigeant barbu, qui a au moins eu le mérite de faire tomber le clan el-Assad par les armes, mais on a du mal à être optimistes après des décennies de dérives dictatoriales et d’échecs dans tous les domaines des relations avec ce pays maudit.

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    Syrie : un barbu pour remplacer une canaille

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  • Regrettable intervention française dans le changement de pouvoir à Madagascar

    Regrettable intervention française dans le changement de pouvoir à Madagascar

    Une jeunesse rebelle vient de pousser le président de Madagascar à fuir le pays. Des manifestations avaient lieu depuis plusieurs mois dans les rues pour se plaindre des habituels maux des pays du continent africain : sous-développement économique, corruption généralisée, autoritarisme du pouvoir, etc. Comme d’habitude en ce genre de circonstance c’est lorsqu’une partie de l’armée s’est placé du côté des manifestants que le pouvoir est tombé. Un colonel, Michaël Randrianirina, a remplacé un affairiste, Andry Rajoelina. Ce ne pourrait être qu’un changement de pouvoir comme un autres dans un pays plus habitué aux coups d’Etat qu’aux élections démocratiques si la France, une nouvelle fois, ne s’était cru obligée de s’ingérer dans cette affaire interne d’un pays tiers, fusse-t-il une ancienne colonie. Il semble que c’est un avion de l’armée française qui a exfiltré M Rajoelina vers l’Ile de la Réunion d’où l’impétrant a ensuite rejoint Dubaï où il s’est installé pour le moment comme nombre de forbans, de narcotrafiquants et d’influenceuses à forte poitrine.

    Lors de sa dernière réélection, M Rajoelina avait déclenché une polémique car l’opposition s’était aperçue qu’il bénéficiait de la double nationalité franco-malgache ce qui semblait inconstitutionnel, mais ne l’a pas empêché d’être réélu pour un deuxième mandat finalement un peu écouté par un quarteron de galonnés qui lui a arraché le pouvoir.

    Lire aussi : La nationalité française du président de Madagascar

    Une nouvelle fois la France est prise en défaut d’ingérence dans les affaires de ses anciennes colonies. Après son rejet ces dernières années par les pays du Sahel, par l’Algérie et d’autres, est-ce qu’en 2025 la France n’avait rien de mieux à faire que de s’ingérer dans la politique intérieure de Madagascar, pays avec lequel tous les comptes de la décolonisation sont encore loin d’avoir été réglés ? Cette intervention est assez incompréhensible pour le citoyen lambda d’autant plus qu’elle n’a été ni infirmée ni confirmée par les autorités françaises, mais semble avérée aux dires de la presse bien informée.

    Dès le 23/10/2025, l’ambassadeur de France à Madagascar a rencontré le colonel « Président de la Refondation de la République de Madagascar » et publié un communiqué dégoulinant de bonnes intentions :

    L’Ambassadeur de France a été reçu par le Président de la Refondation de la République de Madagascar, Monsieur Michaël Randrianirina, puis par le Premier Ministre, Monsieur Herintsalama Rajaonarivelo ce jeudi 23 octobre 2025. Il leur a présenté ses vœux de succès dans la mission importante qui les attend.

    Au cours d’échanges riches et constructifs, l’Ambassadeur a rappelé combien la France était attachée à la relation avec Madagascar et avec la nation malgache. Il a présenté la variété des projets menés par la France à Madagascar et souligné le souhait de la France d’orienter la relation selon les besoins exprimés par les nouvelles autorités et par la population. Les principaux domaines d’action discutés ont été l’accès à l’eau et l’électricité, l’éducation, l’enseignement supérieur et la formation ainsi que la lutte contre la corruption. De nouvelles propositions seront faites par la France dans les prochaines semaines, dans une logique d’intérêt mutuel et en lien avec nos partenaires internationaux.

    Les échanges ont également porté sur les défis politiques de la transition en cours et les perspectives de progrès démocratiques pour Madagascar. A cet égard, l’Ambassadeur a insisté sur la nécessaire prise en compte des aspirations démocratiques et légitimes exprimées avec force par la société civile et la jeunesse, qui a payé le plus lourd tribut lors des manifestations des dernières semaines. Il a souligné l’importance d’associer pleinement les civils au processus en cours et d’organiser des élections dans un délai raisonnable.

    https://mg.ambafrance.org/Communique-5092

    Cette permanence dans la politique française en Afrique est un peu désespérante.

  • Le Mali en pleine guéguerre avec l’Algérie

    Le Mali en pleine guéguerre avec l’Algérie

    La junte au pouvoir au Mali par suite des coups d’Etat de 2020 et 2021 continue à se brouiller avec tous ses anciens amis. On savait déjà depuis plusieurs mois que le torchon brûlait entre Bamako et Alger mais les choses ont significativement empiré depuis 2024 : révocation de l’accord d’Alger censé ramener la paix entre l’Etat malien et la dissidence Touareg, destruction par l’Algérie d’un drone malien à leur frontière commune, fermetures des espaces aériens respectifs, rappel des ambassadeurs en Algérie des trois pays composant l’Alliance des Etats du Sahel (AES – Mali, Burkina-Faso et Niger), dépôt d’une plainte du Mali contre l’Algérie devant la Cour internationale de justice, etc.

    AES-Info, l’agence de presse du triumvirat de juntes galonnées a publié un communiqué enflammé à l’encontre de son grand voisin du nord. Dans un style fleuri digne de l’agence Tass au temps de Staline, quand elle traitait les capitalistes de « vipères lubriques », un journaliste local déverse tout son fiel. Qu’on en juge :

    Le régime algérien, cette hydre vomie par l’enfer même, vient de franchir un nouveau seuil dans l’infamie et la lâcheté internationale. Dans un communiqué d’une puanteur morale insoutenable, les chiens hargneux d’Alger, acculés par leurs crimes, osent défier non seulement le Mali, mais la communauté internationale tout entière.

    Ou encore :

    L’Algérie entretient des relations symbiotiques avec les groupes armés terroristes. Leur rage à vouloir entraver les opérations militaires maliennes ne s’explique que par leur complicité active avec les ennemis de la stabilité régionale.

    On ne peut pas dire que ce langage soit bien diplomatique et on peut craindre qu’il ne permette guère de résoudre rapidement le litige entre les deux pays qui porte sur un vieux problème, celui de la dissidence Touareg pour laquelle Alger a tenté de jouer les médiateurs avec Bamako.

    Des différents accords signés entre les parties, Malienne et Touareg, depuis des décennies, aucun n’a véritablement donné de résultat, qu’ils aient été négociés sous l’égide la France dans le temps, ou sous celle d’Alger plus récemment. Entre temps les Touaregs se sont alliés avec les terroristes religieux avec qui ils partagent le même objectif : la lutte contre le gouvernement de Bamako. L’entrée en lice de la Russie en soutien militaire du Mali tout en restant amie de l’Algérie complique l’affaire… Et le terrorisme religieux prospère sur ces renversements d’alliances.

    Le fond du sujet est aussi historique, une partie des populations noires du Sahel ayant été réduites à l’esclavage durant des siècles par les populations arabes du nord de l’Afrique, et y compris par les Touearegs, ce qui laissé quelques traces. Il est urgent pour les pays occidentaux de ne pas se mêler de ces questions sensibles, surtout pour ce qui concerne la France, ancienne puissance coloniale du Mali. La sortie de la France de bourbier a certes été contrainte et forcée mais elle est bénéfique pour tous. Accessoirement elle a permis de redéployer les forces militaires françaises sur des terrains européens plus conformes à l’intérêt national du moment.

    Laisser l’Algérie et le Mali gérer leurs litiges avec l’aide de la Russie est donc une bonne politique !

    Le texte intégral du communiqué d’AES INFO

    @AESinfos

    Sep 19

    LA DÉCHÉANCE ALGÉRIENNE : UN RÉGIME DE CRIMINELS, DE TERRORISTES ET DE MENTEURS PATHOLOGIQUES OSE DÉFIER LA JUSTICE INTERNATIONALE

    Le régime algérien, cette hydre vomie par l’enfer même, vient de franchir un nouveau seuil dans l’infamie et la lâcheté internationale. Dans un communiqué d’une puanteur morale insoutenable, les chiens hargneux d’Alger, acculés par leurs crimes, osent défier non seulement le Mali, mais la communauté internationale tout entière.

    L’argumentaire algérien, d’une pauvreté consternante, se réfugie derrière des chicaneries procédurières sur les dates de dépôt de plainte. Une manœuvre désespérée qui trahit leur incapacité à contester le fond de l’affaire : l’abattage prémédité d’un drone malien en territoire malien.

    Leur communication révèle une schizophrénie diplomatique : d’un côté, ils prétendent respecter le droit international, de l’autre, ils refusent de se soumettre à sa plus haute instance judiciaire. Cette duplicité caractérise un régime en pleine déliquescence morale.

    Chaque mot de leur communiqué confirme ce que le Mali dénonce depuis des mois : l’Algérie entretient des relations symbiotiques avec les groupes armés terroristes. Leur rage à vouloir entraver les opérations militaires maliennes ne s’explique que par leur complicité active avec les ennemis de la stabilité régionale.

    En refusant de comparaître devant la CIJ, l’Algérie s’autodéclare hors-la-loi international. Ce rejet de la justice mondiale consacre sa transformation en paria des relations internationales.

    L’histoire retiendra que le 16 septembre 2025, l’Algérie a choisi le camp de l’obscurantisme contre celui du droit, du terrorisme contre la paix, du mensonge contre la vérité. Le Mali, quant à lui, continue imperturbablement son combat pour la souveraineté et la justice, porté par la légitimité de sa cause et le soutien de son peuple.

    Que Dieu confonde les menteurs et protège le Mali éternel !

    Malick Doucoure – AESinfo

  • Les Etats-Unis se fatiguent de la guerre d’Ukraine

    Les Etats-Unis se fatiguent de la guerre d’Ukraine

    La guerre d’Ukraine bat son plein, la Russie reste ferme sur ses positions agressives et ne bouge pas d’un iota sur ses exigences de transformer l’Ukraine en une zone tampon entre elle et l’Europe pour envisager de commencer à discuter de cesser les combats. Bien au contraire, Moscou a envoyé il y a deux jours une salve d’une vingtaine de drones et missiles sur la Pologne. Il est peu probable qu’il s’agisse d’une erreur vu le nombre d’aéronefs en question. Ils n’étaient a priori pas explosifs. Certains ont été abattus par des chasseurs polonais et néerlandais loin à l’intérieur du territoire polonais mais il semble que la majorité n’a pas pu être détruite, ce qui est moyennement rassurant quant à l’efficacité de la défense aérienne des forces de l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique nord) chargées de défendre l’Europe…

    Depuis son intronisation au début de cette année le président des Etats-Unis essaye, avec un peu de dilettantisme, de mettre fin à cette guerre. Les résultats sont plutôt modestes devant le refus de tout compromis exprimé par la Russie qui développe le même rationnel depuis 2014 : l’Ukraine est une province de la Russie. Les différents envoyés spéciaux américains, et jusqu’au président Trump lui-même qui vient de recevoir son alter-ego russe sur un tapis rouge déployé sur le territoire américain en Alaska, se sont heurtés au même mur infranchissable de la volonté russe malgré des concessions assez significatives que les Etats-Unis se sont montrés prêts à faire à Moscou… au nom de l’Ukraine à qui on n’a guère demandé son avis.

    Ce matin le président Trump a publié une lettre sur son réseau dit « social ». Il rappelle son mantra dans cette affaire à savoir que cette guerre n’aurait jamais été déclenchée en février 2022 s’il avait été président et il qualifie ce conflit de « guerre de Biden [son prédécesseur] et Zelensky [le président ukrainien] ». Il ne fait pas mention de la Russie qui est tout de même le pays dont l’armée a franchi la frontière de l’Ukraine. C’est la vision du patron de la Maison Blanche et d’une bonne partie de ses électeurs. Ils ont le droit de défendre cette position. Hélas, elle va à l’encontre des valeurs et systèmes sur lesquels l’Europe s’est construite depuis la fin de la IIe guerre mondiale. Les positions bougent et il va bien falloir en tenir compte, à défaut d’être en position de faire valoir les aspirations européennes à la démocratie et l’Etat de droit, sujets qui deviennent bien minoritaires dans le monde !

    Par la voix de leur président, les Etats Unis mentionnent dans cette lettre qu’ils sont prêts à envisager de nouvelles sanctions contre Moscou pour tenter de favoriser la fin du conflit si les pays de l’OTAN cessent d’acheter du pétrole russe et s’ils imposent des droits de douane de 50 à 100%. Il faut bien dire qu’il y a du bon sens dans ces demandes. Il semble qu’il subsiste encore des achats d’uranium russe par des entités américaines mais il n’en est point question dans la missive trumpiste.

    Quoi qu’il en soit, les exigences russes comme américaines accentuent la position de faiblesse l’Europe, démunie face à deux ogres sans foi ni loi. On a du mal à imaginer un sursaut possible, militaire et politique, des capitales européennes face aux ambitions impériales russes et au repli des Etats Unis. Il nous est quand même permis de l’espérer en étant réalistes sur l’ampleur des sacrifices qu’il faudra consentir pour recouvrer un niveau de puissance suffisant pour faire reculer les ogres !

  • Du bling-bling à la Maison Blanche

    Du bling-bling à la Maison Blanche

    On savait le président américain Trump amateur de décoration bling-bling et l’aménagement de son appartement new-yorkais dans la « Trump Tower » montré à l’occasion de sa campagne électorale présidentielle 2016 avait confirmé son goût pour les choses plutôt dorées et chargées.

    Lors de son premier mandat 2017-2020 il n’avait pas fait significativement modifier l’apparence du bureau ovale de la Maison Blanche. A l’occasion de son nouveau mandat 2025-2028 il s’est lâché et on se croirait désormais dans une « Trump Tower » ou dans un showroom d’ameublement clinquant.

    On voit sur ces deux photos l’ajout de breloques dorées un peu partout. Des coupes dorées sont désormais posées sur la cheminée. On ne sait pas bien ce qu’elles représentent, peut-être des trophées sportifs ? Des dorures ont également été ajoutées sur la façade de la cheminée et sur le mur. Les tables en acajou simple de chaque côté des fauteuils et celles sur lesquelles sont posés deux bustes ont été remplacées par des tables beaucoup plus voyantes avec bordures dorées et, pour celles supportant les bustes, des pieds également dorés représentant l’aigle américain ailes déployées. Plus incongru, la table située devant les fauteuils est désormais marquée d’un grand cercle doré, représentant sans doute le logo de la présidence, sur lequel est posé une maquette de Boeing 747, modèle d’avion désormais ancien mais que la Maison Blanche continue d’utiliser pour déplacer son président dans le fameux « Air Force One ». Curieusement la maquette n’est même pas décorée du bleu ciel qui est la robe de l’avion présidentiel. On ne sait pas encore bien à quoi correspond cette maquette.

    Les goûts du président sont du genre clinquant, et il entend le montrer au monde ! C’est un mauvais goût décomplexé mais après tout son rejet de l’élite W.A.S.P. washingtonienne était un élément fondateur de son programme électoral. Il en met en place les symboles dans son bureau ce qui devrait satisfaire son électorat et symbolise finalement assez bien sa méthode politique faite de coups médiatiques et d’outrances verbales. On est bien loin des habitudes policées des diplômés d’Harvard, passant leurs vacances à Martha’s Vineyard, qui ont gouverné jusqu’ici. On passe de l’acajou aux dorures, il n’est pas dit que ces pratiques soient moins efficaces dans le monde d’aujourd’hui. Si cela ne plait pas il ne fallait pas voter pour lui !

    Lire aussi : Un dirigeant balourd

  • La Russie campe sur ses positions conquérantes

    La Russie campe sur ses positions conquérantes

    Avec une constance qui forcerait l’admiration s’il ne s’agissait d’une guerre fratricide contre l’Ukraine, le pouvoir russe continue à bombarder sans relâche son voisin et à exiger la cession des territoires du Donbass que Moscou a déjà juridiquement annexés sans les avoir encore totalement conquis, pour faire taire ses armes. Et on ne parle même pas de la Crimée qui, elle, est déjà conquise et annexée depuis 2014 par la Russie.

    Une partie de l’Europe continue à s’opposer politiquement à ces pratiques de voleurs mais n’a que des moyens limités pour ce faire et n’est pas prête à « mourir pour Kiev ». Les Etats-Unis et leur président populiste-conservateur font plus ou moins « ami-ami » avec la Russie et veulent en finir avec ce conflit qui les empoisonne et coûte cher. La malheureuse Ukraine continue à se battre vaillamment avec les armes et l’argent… des autres, même si son industrie militaire se renforce, mais elle recule sur le terrain. Et la guerre dure depuis 3 ans ½…

    Le texte fondateur de l’idéologie russe publié en 2021 pour justifier l’invasion est toujours d’actualité. Persévérance et mauvaise foi sont les armes déployées depuis trois ans par Moscou pour mettre œuvre ses conclusions.

    Je suis convaincu que c’est en partenariat avec la Russie que la véritable souveraineté de l’Ukraine est possible. Nos liens spirituels, humains, civilisationnels se sont tissés depuis des siècles, remontent aux mêmes sources, se sont endurcis par les épreuves, les réalisations et victoires communes. Notre parenté se transmet de génération en génération. Elle est dans les cœurs, dans la mémoire des personnes vivant dans la Russie et l’Ukraine modernes, dans les liens du sang qui unissent des millions de nos familles. Ensemble, nous avons toujours été et serons bien plus forts et performants. Après tout, nous sommes un seul peuple.

    Lire l’article complet (10 pages) : Le président russe et l’Histoire

    Tout le monde est fatigué de ce conflit et voudrait passer à autre chose. Il est à craindre que l’Ukraine ne soit le dindon de la farce et que l’Europe en sorte fragilisée avec une frontière russe qui se rapprochera des siennes. La Russie restera une puissance nuisible et antioccidentale pour encore des générations. Une espèce de nouveau « rideau de fer » va être tiré, tout de même plus à l’est que le précédent issu de la guerre froide, mais sans doute plus dangereux encore. Les mois à venir diront où il va être tiré exactement, à la frontière du Donbass ou sur celle de la Pologne avec l’Ukraine ?

    Les leçons qu’il va falloir bientôt tirer de cette guerre de conquête russe risquent d’être douloureuses pour « l’occident collectif » !