Catégorie : Asie

  • Le Proche-Orient toujours à feu et à sang

    Le Proche-Orient toujours à feu et à sang

    Les armes continuent de parler au Proche-Orient. Les combattants du Hamas, et sans doute aussi d’autres courants islamistes, se battent toujours contre l’armée israélienne dans la bande de Gaza. Contre toute attente, ces mouvements armés arrivent encore à survivre et à causer des pertes à Israël dans une bande de Gaza aplatie par le tapis de bombes qui y est déversé depuis six mois.

    Pour compléter sa guerre sur le terrain, Israël utilise aussi sa supériorité technologique contre les pays voisins soutenant plus ou moins ouvertement les Palestiniens. Une bombe précise a été lancée ce 1er avril contre une annexe du consulat iranien de Damas dans laquelle se déroulait une réunion de militaires iraniens de haut rang, et qui ne discutaient sans doute pas de la pluie et du beau temps… Il y aurait une quinzaine de morts dont la moitié d’officiers iraniens. Ces pertes ont été reconnues par Téhéran qui annonce une vengeance à venir. Tel-Aviv n’a pas revendiqué cette attaque sur le territoire syrien mais on voit mal quel autre pays aurait les moyens et intérêt à lancer une telle opération. Il s’agirait d’un bâtiment disposant d’un statut diplomatique ce qui équivaudrait donc à une attaque sur le territoire iranien, mais la question juridique est toujours en discussion car ce n’était pas le consulat mais une annexe de celui-ci. Il est vrai qu’en matière de statut diplomatique les Iraniens en connaissent un rayon après l’envahissement de l’ambassade américaine de Téhéran en 1977 et la prise en otages de 52 diplomates et civils américains, dont une quarantaine resteront prisonniers pendant plus d’un an. Au-delà de ces subtilités juridiques, le mieux pour ces officiers iraniens aurait sans doute été qu’ils soient restés chez eux.

    On reste étonné de la qualité des renseignements israéliens qui indiquaient précisément l’heure, le lieu et le statut des participants à cette réunion, sans parler de la « précision » des armes employées qui ont permis de pulvériser le bâtiment en pleine ville sans dommages collatéraux excessifs. Pour être aussi précis ce sont certainement des renseignements qui viennent de l’intérieur des organisations iranienne ou syrienne, d’agents doubles donc.

    Quelques jours plus tard un énième bombardement à Gaza tuait, entre autres, trois des fils du chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, réfugié au Qatar et plusieurs de ses petits-enfants. Tel-Aviv affirme que les fils étaient engagés dans le terrorisme sans se prononcer sur le statut des petits-enfants. Depuis Doha M. Haniyeh a déclaré :

    Je remercie Dieu pour l’honneur que nous fait le martyre de mes trois fils et de certains de mes petits-enfants.
    Le sang de mes fils n’est pas plus cher que le sang de notre peuple.

    Le Monde (11/04/2024)

    On mesure par ces mots le niveau d’engagement quasi mystique des mouvements palestiniens, Hamas et assimilés, qui, probablement, rend vain même une victoire israélienne par les armes, encore loin d’être acquise d’ailleurs. En tuant ainsi des officiers iraniens dans une ambassade ou en ciblant la famille du chef du Hamas, Israël joue avec le feu sans être certain que ces actions guerrières servent ses buts. Face à la détermination renforcée des ennemis ancestraux on a de plus en plus de mal à se faire une idée de ce que pourrait être la paix au Proche-Orient A moins que de l’enfer n’émerge un jour l’espérance ?

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  • Israéliens contre Arabes : une histoire éternelle

    Israéliens contre Arabes : une histoire éternelle

    Après plus de quatre mois de guerre intense menée par Israël sur la bande de Gaza en réaction aux attaques terroristes du 7 octobre du mouvement islamiste Hamas qui « gouverne » Gaza, les combats font toujours rage, démontrant par l’absurde que l’un des buts de guerre de Tel-Aviv, la « destruction du Hamas », ne pourra pas être atteint. Malgré le déluge de bombes et de munitions sophistiquées lâchées sur le territoire depuis le 7 octobre, le « cessez-le-feu temporaire » mis en œuvre quelques jours en novembre 2023, l’offensive terrestre des soldats israéliens, les mouvements de population, les tunnels inondés, bref, en dépit de tout cet arsenal moderne lâché sans retenue sur Gaza, il y a toujours des combattants palestiniens pour se colleter avec l’armée israélienne dans les rues des villes de ce vaste ghetto. On peut supposer qu’ils sont moins combattifs et organisés que le 8 octobre mais qui aurait pu croire qu’ils soient capables d’autant résister dans cette guerre « hybride » ?

    Beaucoup sont sans doute morts mais il en reste manifestement d’autres, possiblement nouvellement recrutés. Israël parlait au départ d’une armée de 30 000 combattants du Hamas ; même si la moitié ont été tués, on peut prévoir sans trop de risques de se tromper que la guerre en cours aura généré de nouvelles « vocations » en nombre largement suffisant pour remplacer les morts au combat. Le Hamas parle de plus de 30 000 morts palestiniens à ce jour et deux fois plus de blessés, sans préciser ce qui relève des combattants ou des civils. On s’aperçoit que la frontière entre ces deux catégories est parfois poreuse. Certains otages israéliens libérés lors de la trêve de novembre ont expliqué qu’ils avaient été détenus dans les logements de familles palestiniennes a priori non combattantes. Il semble que les civils rendent aussi des services aux combattants, contraints ou pas.

    On ignore aujourd’hui si des plans existent pour l’après-guerre mais ce qui semble assuré c’est que « l’esprit du Hamas » survivra quoi qu’il arrive, comme celui de la révolte palestinienne a survécu à tout depuis 1948, malgré les guerres, les attentats terroristes, les assassinats « ciblés », les résolutions des Nations Unies, les processus de paix d’Oslo, de Camp-David, les pressions diplomatiques diverses et variées, les changements d’interlocuteurs, de Begin à Netanyahou, d’Arafat à Haniyeh… l’échec est toujours au bout du chemin, le terrorisme et la guerre reviennent de façon récurrente bouleverser la région sans changer les objectifs irréconciliables des parties. Il n’y a hélas guère de raison d’espérer que la guerre en cours aboutira à un résultat différent.

    Peut-être est-il temps de penser à essayer de mettre en œuvre la solution de deux Etats qui est prônée par la communauté internationale depuis la résolution 181 des Nations Unies votée en 1947 ? C’est la seule solution qui n’a jamais été essayée. Il est sûr qu’elle effraie Israël notamment car elle a un caractère définitif. Si un Etat palestinien était créé et que cela n’apaise pas la situation au Proche Orient, il sera difficile de revenir en arrière. On aurait alors des guerres entre deux Etats au lieu, comme actuellement, d’une guerre entre un Etat et des mouvements non étatiques. Pas sûr que cela ne fasse une grande différence pour ceux qui subissent les attentats terroristes ou reçoivent les bombes…

  • De Wagner à l’Africakorps

    De Wagner à l’Africakorps

    Avec une grande subtilité les forces paramilitaires russes intervenant en Afrique sont en train de se rebaptiser « Afrikakorps » à la suite de la réorganisation de l’ancienne milice « Wagner » rendue nécessaire par « l’accident d’avion » (sans doute un attentat) qui a décimé son état-major dans la chute de l’avion qui l’emmenait de Moscou à Saint-Pétersbourg en septembre dernier.

    Lire aussi : La fin d’un clown sinistre

    La milice aurait été initialement nommée « Wagner » en référence au compositeur allemand dont la musique fascinait le chancelier Hitler et emportait l’enthousiasme des foules. Il se disait que l’un des cofondateurs de Wagner, décédé dans « l’accident », était acquis à la cause nazie et portait des croix gammées tatouées dans le cou. C’est lui qui aurait choisi le nom.

    Après la disparition de ces miliciens, l’Etat russe semble avoir repris la main sur l’organisation de ces soldats de fortune et trouvé le joli nom « Afrikakorps » pour les désigner. Afrikakorps c’était tout simplement la dénomination de l’armée nazie dans les déserts africains durant la IIe guerre mondiale. Initialement sous les ordres de Rommel, cette armée a conquis des territoires en Libye et en Egypte avant de devoir reculer face aux alliés, notamment à la suite de leur célèbre victoire à El-Alamein en novembre 1942. L’Afrikakorps déposa définitivement les armes en mai 1943.

    Compte tenu de cette histoire pas vraiment glorieuse il n’est pas bien sûr que ce nouveau nom soit très approprié vu du côté russe… En tout cas, sa référence à l’armée nazie ne semble pas vraiment cohérente avec la mission de « dénazification » que s’est fixée la Russie pour l’Ukraine et le reste du monde !

  • Coopération « culturelle » avec l’Arabie Saoudite

    Coopération « culturelle » avec l’Arabie Saoudite

    Les lecteurs du journal Le Monde du 24 février ont découvert avec stupéfaction l’existence d’une structure « culturelle » créée en 2017 sous le doux nom d’Afalula (Agence française pour le développement d’Alula) qui est en affaire avec l’Arabie-Saoudite pour le développement du site touristique « Al-Ula » prévoyant la création sur un « site de la taille de la Belgique, d’un complexe archéologique, culturel et touristique, aux allures de musée vivant à ciel ouvert. Un investissement majeur qui ambitionne de faire d’Al-Ula l’une des capitales culturelles du Royaume. » Cette agence a été dotée que quelques dizaines de millions d’euros par les contribuables français pour faire fonctionner cette structure administrative dont le site web vante tous les mérites, du développement durable « pierre angulaire du projet » au « partage », en passant par la « bienveillance » et la « cohésion », et tout un gloubi-boulga insipide de « valeurs » qui sont sans doute le dernier des soucis des partenaires…

    Nous faisons du respect mutuel la valeur maîtresse de notre relation aux autres.

    Cette bienveillance est garante des liens de confiance qui sont les nôtres, au sein de l’Agence comme avec nos partenaires.

    L’écoute, la disponibilité et l’empathie doivent favoriser nos collaborations multiples et fructueuses.

    Voir : https://www.afalula.com/

    Des bisbilles sévères semblent déjà être intervenues entre la partie saoudienne qui vient d’emprisonner le président de la commission royale pour Al-Ula et l’Afalula qui se plaint que les marchés passés en Arabie Saoudite ne feraient pas la part assez belle aux entreprises françaises. Le premier président de l’agence française fut Gérard Mestrallet (74 ans aujourd’hui, ancien chef de Suez, puis de GDF-Suez) remplacé l’an passé par Jean-Yves Le Drian (76 ans aujourd’hui, ancien ministre socialiste), et ce dernier vient de commander un audit interne de l’institution à l’Inspection des finances. On peut supposer qu’il subodore quelques irrégularités dans la gestion de son prédécesseur… Vouloir faire des affaires dans cette région, même sous couvert de coopération culturelle est et restera œuvre complexe et hautement risquée. On y laisse généralement des plumes, voire plus, surtout lorsque l’on est un Etat ou l’un de ses représentants. C’est ce qui semble se vérifier sur le site saoudien Al-Ula, au détriment de la France bien entendu. L’histoire n’est pas terminée, bien heureusement, mais on peut tout de même se demander si notre pays n’avait pas d’autres priorités plus importantes que d’aller se jeter dans la gueule du loup au risque de se faire dévorer par des Saoudiens qui ont globalement assez peu d’estime pour l’Europe.

  • Dmitri Medvedev tout en subtilité

    Dmitri Medvedev tout en subtilité

    Traduite par Microsoft, la prose de l’ancien président russe durant la période 2008-2012 et toujours président du parti « Russie unie », pro-poutinien, depuis plus de dix ans, fait toujours dans la nuance… C’est étrange cette obsession du nazisme aujourd’hui chez les Russes. Leurs références à l’Ukrainien Bandera (1909-1959) pour justifier la guerre menée contre Kiev est permanente. Bandera fut un nationaliste ukrainien qui, durant la seconde guerre mondiale, s’est retourné contre l’Union soviétique avec l’aide des Allemands. Comme nombre d’Ukrainiens il n’avait pas gardé que de bons souvenirs de la soviétisation de son pays par Moscou…

    Dans la même période, le général de l’armée rouge Vlassov, fait prisonnier par les Allemands en 1942, est retourné par eux et se rallie à leur cause. Il fonde « l’armée russe de libération » qui combat aux côtés de la Wehrmacht. En France, nombre de volontaires ont également combattu aux côtés des Allemands. L’internationalisation de la révolution russe n’avait tout de même pas emporté l’enthousiasme de tous les peuples au point que certains d’entre eux se sont compromis avec l’idéologie nazie contre le « judéo-bolchevisme ». Beaucoup eurent des comptes à rendre après la défaite allemande. Le Français Jacques Doriot, ancien communiste qui a porté l’uniforme nazi, est mort lors du mitraillage de son auto par un avion en 1945 alors qu’il avait fui en Allemagne. Vlassov a été livré aux Soviétiques par les alliés après la défaite de Berlin, emprisonné, torturé, condamné et pendu avec ses généraux en 1946. Bandera réussit à échapper aux soviétiques juste après la guerre et à se réfugier en Suisse puis en Allemagne où il est retrouvé mort un jour de 1959, sans doute assassiné par les services secrets soviétiques du KGB.

    Durant ce conflit de la deuxième guerre mondiale, tous les pays alliés ont connu la dérive de certains de leurs citoyens, la Russie (ex-Union Soviétique) comme les autres. La justice est plus ou moins passée sur ces évènements peu brillants, des règlements de comptes ont également eu lieu, plus ou moins publics et étalés dans le temps. La Russie qui eut à déplorer environ 25 millions de morts dans ce conflit continue à en faire l’un des éléments fondateurs de son existence aujourd’hui, bien au-delà de la révolution bolchévique ou de son histoire tsariste. Le problème pour la partie occidentale est qu’elle utilise aussi cette référence pour justifier son invasion de l’Ukraine en février 2022.

    Dans son message, Medvedev assimile le président ukrainien Zelenski à Bandera et le chancelier allemand Scholz à Hitler. Le président russe Poutine, commandant en chef des armées russes, s’exprime généralement en public de façon plus mesurée mais sa pensée intime ne doit pas être très éloignée de celle de son âme damnée Medvedev. A moins que le nazisme supposé des dirigeants ukrainiens ne soit pour lui qu’un prétexte, qu’il n’en pense pas un mot mais l’utilise pour justifier sa soif de conquête de ses voisins, surtout quand ils furent intégrés à un moment ou un autre à l’Empire russe ou soviétique.

    On ne semble en tout cas pas vraiment sur la voie de l’apaisement dans la guerre d’Ukraine qui perturbe sérieusement l’ensemble de la planète…

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  • Des Palestiniens au Congo ?

    Des Palestiniens au Congo ?

    La guerre entre Israël et le Hamas dure maintenant depuis plus trois mois avec son cortège de destruction et de barbarie et quelque chose entre 10 et 20 000 morts des deux côtés, très majoritairement palestinien. Après la libération d’une centaine de citoyens qui avaient été pris en otage et emprisonnés à Gaza, il resterait environ 130 israéliens toujours « disparus » depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre. Une partie est probablement gardée en otage par le Hamas et ses groupes affiliés. Il est en effet traditionnel que ces groupes se revendent leurs otages entre eux. On ne sait pas bien le nombre de ces « disparus » qui seraient encore vivants, sans doute pas la totalité.

    En attendant, l’armée israélienne continue à bombarder méthodiquement cette enclave au bord de la Méditerranée avec le but de guerre affiché de « détruire le Hamas ». Trois mois plus tard ledit Hamas continue à envoyer des missiles sur Israël et ses membres à se battre contre l’armée israélienne sur le terrain. Le mouvement doit certes être affaibli, on le serait à moins, mais il est toujours là. Il est probable que quelle que soit l’étendue des destructions effectuées dans la bande de Gaza, l’idée anti-israélienne subsistera et survivra sous une forme ou sous une autre à l’issue de la guerre, voire renaîtra renforcée tant la haine entre les deux peuples, ravivée par ces évènements, est féroce.

    Hélas, il n’y avait sans doute pas d’autre issues envisageables que de laisser parler les armes après le pogrom lancé par les Palestiniens ce 7 octobre tant ses réminiscences de Shoah parlent aux juifs israéliens. La simple question « qui a commencé ? » est impossible à poser et à trancher puisque chacun se relance la balle sans vouloir compromettre le moins du monde avec la parie adverse. La force brute d’Israël a les moyens de détruire les infrastructures gazaouis, ce qui est effectivement en cours en ce moment, de tuer un certain nombre de dirigeants du Hamas, mais elle ne suffira pas à éliminer l’idée de la résistance palestinienne à son encontre, pas plus qu’elle n’a réussi à neutraliser l’OLP ou le Hezbollah au cours des décennies passées malgré tous les efforts du peuple israélien en guerre quasi-permanente depuis sa création.

    Anticipant justement l’inefficacité de la guerre actuelle sur le long terme, certains des ministres religieux de la droite dure du gouvernement israélien prônent la recolonisation de Gaza par Israël et la déportation de la majorité de ses 2,2 millions d’habitants vers un autre pays. Les pays arabes avoisinants, Egypte ou Jordanie, n’envisageant pas une seconde d’accueillir un nouveau flux de réfugiés palestiniens, des négociations seraient menées entre Israël et… le Congo à ce sujet, c’est du moins ce qu’affirment les ministres en question. On a du mal à croire à la réalité d’une telle négociation avec le Congo (il semble s’agir de la République populaire du Congo, ex-Zaïre, pas du Congo Brazzaville), on voit mal un pays africain, ni quelque pays que ce soit d’ailleurs, s’engager dans un tel marchandage d’êtres humains au XXIème siècle, parfaitement irréalisable, sans compter la volonté des Gazaouis qui n’est sûrement pas de s’exiler où que ce soit ce qui ne serait pas sans rappeler la « Nakba », le grand exil des Palestiniens en 1948 après la création de l’Etat d’Israël et la guerre qui s’ensuivit. On ignore comment les promoteurs de cette idée saugrenue feraient pour transporter de force 2 millions de personnes sur un autre continent ?

    Tout ceci est parfaitement incongru et même nauséabond venant d’Israël. On se souvient que dans les années 1940, l’un des projets allemands, avant d’adopter la « solution finale » (l’extermination), était de déporter les juifs sur l’île de Madagascar pour les éloigner des territoires « aryens »… Mais aujourd’hui, l’idée d’une négociation avec le Congo, dont on ne sait même pas si elle a connu un début de réalisation (Kinshasa ne semble pas avoir démenti une telle hypothèse), confirme que la frange dure et religieuse de la politique israélienne n’a plus aucune volonté d’aller vers une solution politique et pacifique du conflit et n’envisage que la force pour régler ses problèmes de cohabitation avec ses voisins. Ces gens aux idées guerrières sont élus lors d’élections démocratiques et reflètent sans doute les idées d’une partie de la population ce qui n’est pas une bonne nouvelle pour l’avenir de cette région qui empoisonne la planète depuis plus de 70 ans, ainsi que leurs propres populations. Cette croyance aveugle en la force pour régler un problème de territoire se heurte à la vraie vie. Depuis 70 ans, malgré les guerres, les actions antiterroristes, les assassinats ciblés, les résolutions des Nations Unies, les murs construits, la technologie mise en œuvre pour parquer les Palestiniens derrière des barrières électroniques, et même malgré les accords de paix avec l’Egypte et la Jordanie, il y a toujours des terroristes palestiniens pour se lever un matin comme celui du 7 octobre et aller massacrer 1 200 juifs. La simple recherche d’efficacité devrait pousser à chercher une solution politique à ce conflit qui va bientôt devenir centenaire. Des pistes avaient pourtant été initiées avec les accords d’Oslo de 1983 mais jamais suivis d’effets, emportés par les errements des extrémistes des deux bords, Yitzhak Rabin, le premier ministre israélien signataire de l’accord fut même assassiné en 1995 par un étudiant juif israélien extrémiste.

    Le pogrom anti-israélien qui s’est passé le 7 octobre, et ce qui se déroule depuis, a rechargé la haine entre Israéliens et Palestiniens pour plusieurs générations. Difficile de rester optimiste sur le court terme, la mésentente entre ces deux peuples va continuer à polluer la planète pour encore longtemps !

  • Des nouveaux venus dans la lutte contre l’Occident

    Des nouveaux venus dans la lutte contre l’Occident

    Voici un nouveau venu sur la scène actuellement très active de la communication d’états-majors : Yahya as-Saree, sanglé dans un uniforme rutilant, le verbe haut, fort et saccadé, il est le porte-parole de « l’armée Houthi », la rébellion yéménite pro-iranienne qui contrôle la moitié du Yémen, y compris sa capitale officielle Saana. Le Yémen fut un terrain de conquêtes coloniales menées par les empires Ottoman et Britannique jusqu’au XXème siècle et sur lequel l’Arabie-Saoudite frontalière au nord a toujours gardé un œil attentif. Après les décolonisations le pays est resté divisé en deux. Il y avait un Yémen du sud, constitué en République populaire et démocratique du Yémen autour du port d’Aden, pro-soviétique, et la République arabe du Yémen, mieux intégrée dans la région arabe environnante.

    De guerres civiles en rébellions, de tribus en protectorats, de prébendes en famines, les deux Yémen n’ont cessé de se chamailler, parfois par les armes, situation largement attisée par les puissances environnantes dont l’Arabie-Saoudite pas vraiment raccord avec l’idéologie « révolutionnaire » prônée à Aden. C’est la raison pour laquelle Ryad a pris la tête d’une coalition arabe-sunnite en 2015 pour « libérer » le Yémen de l’emprise houthi à grand renfort d’armes achetées à l’Occident. Ce fut un échec comme l’illustre les actions encours des Houthis contre Israël.

    Les deux Yémen se réunissent pour fonder la République du Yémen en 1990 mais la paix ne dure que quelques années et dès 1994 la bataille reprend entre les marxistes et les unionistes et n’a quasiment pas cessé depuis. La rébellion Houthi est largement soutenue par la République islamique d’Iran. Les Houthi sont plus ou moins musulman-chiite, comme leur protecteur, mais il semble que ce soit une version particulière de cette tendance. Ils ont en tout cas pris le parti de la cause palestinienne dans la nouvelle guerre qui oppose Israël au Hamas depuis le pogrom commis par ce dernier mouvement le 07/10/2023 (plus de 1 200 morts israéliens, dont beaucoup de civils assassinés dans la plus grande barbarie). Leurs moyens d’action sont le lancer de missiles en direction d’Israël et de bateaux militaires ou commerciaux occidentaux navigant en Mer Rouge en direction du canal de Suez. Ils ont même réussi à prendre des navires en otage en déposant des commandos amenés en hélicoptère sur le pont.

    Cette tactique porte ses fruits puisque le trafic vers le, et en provenance du, canal de Suez est perturbé ce qui oblige les navires à faire le tour de l’Afrique. Les armateurs expliquent que l’augmentation des coûts de transport générée par cette route plus longue est à peu près compensée par l’économie des droits de passage sur le canal. Les à-coups sur la fluidité de la chaîne internationale de transport sont néanmoins patents ce qui réjouit les Houthis.

    Le problème du jour est que ces milices Houthi que l’on assimilait jusqu’il y a peu à une bande de va-nu-pieds dépenaillés sont maintenant organisées en armée presque nationale (la prise du pouvoir et de la capitale par cette rébellion n’est pas officiellement reconnue par les Nations Unies) et capable d’envoyer des missiles balistiques vers Israël ou l’Arabie-Saoudite, ce qu’elles ne se privent pas de faire. Si les guerres claniques internes sont millénaires, les armes utilisées ont évolué… Pour bien comprendre ce pays, il est recommandé de relire « Fortune carrée » de Joseph Kessel, écrit en 1932 ; rien n’a vraiment changé sur le fond si ce n’est la portée des missiles.

    Selon Wikipédia, la traduction de la devise du mouvement est :

    Dieu est le plus grand, Mort à l’Amérique, Mort à Israël, Maudits soient les juifs, Victoire à l’islam.

    Vaste programme ; il y a encore quelques progrès à faire pour ramener la paix dans la région semble-t-il…

    L’ambassade de France au Yémen est fermée, comme celle au Niger, ce qui apparaît comme une mesure raisonnable. Il semble en revanche que l’ambassade du Yémen en France soit toujours opérationnelle dans le XVIème arrondissement parisien. On peut se demander si elle est bien utile, voire opportune ?

  • Dévastation au Moyen-Orient

    Dévastation au Moyen-Orient

    Alors que la guerre fait rage entre Israël et la Hamas gazaoui, le gouvernement israélien annonce tous les matins que les combats vont s’intensifier dès le lendemain… Lorsque l’on voit l’état des destructions dans la bande de Gaza depuis deux mois et demi de conflit on se demande comment il est encore possible « d’intensifier » quoi que ce soit au sein de cette guerre !

    La presse française répète ce mantra de « l’intensification » sans se poser la moindre question sur son sens réel ni sa traduction dans les faits. En réalité cette guerre est « intense » depuis le départ et tous les moyens à disposition sont utilisés, sauf la bombe atomique que détiendrait Israël sans que ce pays n’ait d’ailleurs jamais officiellement admis l’avoir mise au point (avec l’aide de la France en son temps). Après les assassinats de près de 1 200 israéliens par le Hamas le 7 octobre, souvent dans des conditions de barbarie atroces, Tel-Aviv s’est mis en tête de « détruire » le Hamas. Il est probable qu’il n’y arrivera pas plus que lors des guerres précédentes puisque le Hamas comme le Hezbollah, comme le fut autrefois l’OLP, sont des concepts qui repoussent comme les têtes de l’hydre à qui l’on en coupe une. L’histoire l’a constamment montré depuis 1948.

    Les acteurs de cette région ne veulent pas compromettre et empoissonnent la vie du reste du monde depuis plus de 70 ans. Il est à craindre que ce qui se passe depuis le 7 octobre entre Israël et Gaza ne relance la machine de guerre pour les deux ou trois prochaines générations. Quel dirigeant, israélien ou palestinien, pourrait émerger et proposer un plan de paix sur un tel tapis de cendres ?

  • Double victoire de la Russie contre l’occident

    Double victoire de la Russie contre l’occident

    La Russie a le vent en poupe dans le conflit qui l’oppose à l’Ukraine et à l’Occident. Hier le Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement a entériné l’ouverture des négociations d’adhésion à l’Union européenne (UE) pour l’Ukraine, la Moldavie et la Bosnie-Herzégovine. Certes il reste encore de nombreuses étapes à franchir avant que ces adhésions ne soient opérationnelles, l’exemple de la Turquie est là pour le rappeler, mais on peut imaginer que pour l’Ukraine en guerre contre la Russie l’Union sera moins exigeante pour accélérer cette adhésion comme prix des sacrifices endurés par Kiev pour défendre les frontières Est de l’Europe contre l’agressivité de la Russie.

    L’ouverture des négociations d’adhésion déclenche le déblocage de fonds européens en faveur des candidats pour les aider à se mettre à niveau et il va bien falloir que ces fonds soient prélevés quelque part, c’est-à-dire dans les poches des Etats membres actuels ce qui risque de déclencher frustrations et difficultés. L’entrée de ces pays dans les instances de l’UE va significativement changer ses objectifs et ses règles, probablement en les dégradant car l’aspect politique de l’Union va progressivement être dissous dans l’immense capharnaüm que va devenir le conseil européen réunissant les chefs d’Etat et de gouvernement. Essayons d’imaginer la table du conseil demain avec les pays fondateurs, les pays de l’Est adhérents post-dislocation de l’URSS, certains pays balkaniques, sans parler de l’Albanie, la Géorgie et d’autres qui lorgnent vers un siège à Bruxelles. La confrontation de tant d’intérêts divergents, de niveaux de développement économique différents, de cultures et de religions parfois opposées va immanquablement entraîner la dilution de l’aspect politique que les pères fondateurs ont voulu donner à l’Union. La question budgétaire va également être au centre de conflits sans fin tant les besoins financiers de ces candidats sont gigantesques. Les probables difficultés à financer cette mise à niveau des candidats va immanquablement entraîner une baisse des flux financiers vers les pays qui en sont aujourd’hui bénéficiaires. Il va bien falloir trouver les sous quelque part…

    Lire aussi : Le syndrome de l’adhésion

    Les pays dits « illibéraux », mais aussi certains partis nationalistes aux Etats-Unis et dans des pays occidentaux se frottent les mains devant cette déliquescence annoncée du projet européen tant ils rejettent ses « valeurs » démocratiques et libérales, la Russie au premier chef !

    Deuxième victoire de Moscou face à l’Occident, le refus, ou le report dans le meilleur des cas, des aides financières que prodigue l’Union à l’Ukraine après que les Etats-Unis ont adopté la même position. Depuis deux ans que dure la guerre d’Ukraine, les pays occidentaux qui finance l’Etat ukrainien et le fournisse en armes commencent à affronter la lassitude de leurs citoyens. Evidemment c’est du pain béni pour la Russie dont les capacités de résistance à l’adversité ne sont plus à démontrer et qui est largement aidées par ses pays amis. Voir l’aide occidentale à son ennemi ukrainien se déliter ne peut que renforcer la position de Moscou dans ce conflit.

    La semaine qui se termine a été excellente pour le pouvoir russe engagé dans un combat féroce contre l’Occident mais la lutte n’est pas encore terminée !

    Lire aussi : La guerre en Ukraine : un échec collectif

  • Décompte macabre au Proche-Orient

    Décompte macabre au Proche-Orient

    Une trêve « humanitaire » a été signée entre Israël et le Hamas Palestinien qui, lors de son attaque du 7 octobre ramené dans la bande de Gaza environ 250 otages, majoritairement israéliens mais aussi d’autres nationalités, en plus d’avoir assassiné environ 1 200 personnes lors de l’incursion réalisée lors de cette journée. La trêve a été convenue sous l’égide d’une médiation menée sous l’égide du Qatar semble-t-il, la Croix rouge et d’autres pays arabes. Elle prouve au moins que des négociations sont possibles entre les deux belligérants même s’il faut des intermédiaires pour cela.

    Durant cette pause, les combats cessent et les otages du Hamas sont échangées contre des prisonniers palestiniens en Israël. Un ratio de 1 pour 3 a été retenu pour ces échanges et le choix des personnes échangées a été crucial. Côté otages il apparaît les femmes et les enfants ont été privilégiés, côté prisonniers, Israël a annoncé vouloir refuser de relâcher ceux qui auraient « du sang sur les mains ». On ne sait pas bien ce qui a finalement été décidé.

    On imagine la sensibilité de ce dossier surtout qu’Israël ne sait sans doute pas exactement le nombre des otages détenus ni ceux qui sont déjà morts. La libération des otages est bien sûr mise en œuvre sous les caméras du Hamas et l’on voit des miliciens masqués, en uniformes rutilants, Kalachnikov en bandoulière, bardés de cartouchières, tenant par la main un enfant pour le faire monter dans une ambulance de la Croix rouge… Le retour des prisonniers palestiniens est aussi largement filmé, les bus qui les ramènent sont acclamés par la foule et des cris à la gloire d’Allah sont scandés par tous. En Israël les otages libérés sont orientés sur des hôpitaux. Outre leur détention durant deux mois dans des conditions que l’on peut imaginer difficiles, il va falloir apprendre à certains des enfants que leurs parents ont été décimés, souvent sauvagement …

    L’attaque du 7 octobre a relancé la haine entre Israéliens et Palestiniens pour des générations. Les plus optimistes imaginent que ce traumatisme pourrait au contraire déclencher un mouvement vers la paix entre Israël et la Palestine pour éviter la reproduction d’une telle situation. Pas facile de les suivre !

  • L’impossible dialogue

    L’impossible dialogue

    Alors que la guerre est relancée au Proche-Orient entre Israël et le mouvement Hamas qui « gouverne » la bande de Gaza, la France s’enferre dans ses habituelles querelles entre les pro-israéliens et les propalestiniens. Les chaînes de télévision se régalent en convoquant des débats stériles pour savoir s’il faut qualifier le Hamas de « terroriste » ou de « résistant », si les massacres du Hamas en Israël le 7 octobre sont plus « génocidaires » que les bombardements d’Israël sur Gaza, si la « Cisjordanie » doit s’appeler la « Judée et Samarie » ou non, si un fermier israélien installé en Cisjordanie est un « colon » ou pas, si la Bible donne le droit à Israël d’occuper la Cisjordanie ou pas, etc., etc. Vouloir mettre d’accord des pro-israéliens avec des propalestiniens est juste impossible, chacun développe son argumentation, ponctuée d’emportements voire d’insultes, personne ne convainc personne et tous se quittent en se haïssant un peu plus qu’au début du débat. C’est un peu comme chercher à réconcilier un descendant de harki avec un partisan du FLN algérien, c’est une perte de temps mais de l’audience garantie pour des médias racoleurs.

    Chacun défend son camp sur ce qui s’est passé le 7 octobre et se passe depuis. Personne n’envisage ni le compromis ni l’avenir. En réalité le Proche-Orient perturbe le monde depuis 1947, déclenchant des passions mortifères et des non-solutions sans avenir. Alors pour le moment comme depuis 70 ans ce sont les armes qui parlent. Israël n’a jamais réussi à annihiler le terrorisme palestinien et le camp arabe n’a jamais rencontré de succès en cherchant à éliminer l’Etat d’Israël. Nous en sommes toujours là aujourd’hui. C’est triste et inefficace.

    Des espoirs sont tout de même apparus au cours des évènements récents : le voyage de Sadate en Israël en 1977, la paix entre Israël et l’Egypte (1979) d’une part, et la Jordanie (1994) d’autre part, les accords d’Oslo (1994), les accords d’Abraham (2020). Ces accords, qui ont été le fait de dirigeants à la hauteur de leurs tâches, ont délivré quelques avancées mais aussi de grandes déceptions, autant au Proche-Orient que dans le reste du monde. 70 ans après la partition de la Palestine prononcée par les Nations-Unie, le cas de la Palestine n’est toujours pas traité conformément aux résolutions de la communauté internationale et il n’a pas plus été résolu par aucune des autres tactiques mises en œuvre par les parties : guerres, colonisation, terrorisme, prises d’otages, assassinats ciblés… alors c’est la barbarie qui continue de régenter cette région pour le moment.

    Aujourd’hui Israël règle ses comptes avec le Hamas après l’attaque du 7 octobre qui a fait 1 400 morts sur son territoire, souvent dans des conditions d’une sauvagerie exceptionnelle. Comme lors des précédentes campagnes militaires contre le Hamas, Tel-Aviv élimine quelques dirigeants de ce mouvement terroriste mais n’arrivera évidemment pas à annihiler son idéologie ni de nouveaux volontaires pour en porter le message de violence. Les armes vont se taire un jour, il serait opportun de saisir alors l’occasion pour avancer vers la solution à deux Etats qui n’est probablement pas idéale mais la « moins mauvaise de toutes ». Si l’on pousse l’absurde à son terme et que l’on imagine un schéma mono-Etat, soit sous forme fédérale, soit après annexion par Israël de la Cisjordanie et de la bande de Gaza pour reconstituer le territoire biblique, l’Etat juif se retrouverait être un Etat avec une majorité de citoyens arabes et musulmans, la négation même de ce qu’Israël veut être… Si on élimine l’annihilation complète d’une des parties qui est moralement inadmissible et techniquement irréalisable, le schéma de deux Etats tel que décidé par les Nations-Unies en 1947 semble le seul à pouvoir être tenté. Il faut donc se remettre à l’ouvrage, faire preuve d’imagination et de bonne volonté dès que ce conflit sera terminé.

  • Le multilatéralisme à la dérive, l’Occident face à ses contradictions !

    Le multilatéralisme à la dérive, l’Occident face à ses contradictions !

    Depuis 2014 les alliés de l’Ukraine se basent officiellement sur la violation du droit international pour condamner la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine commencée par l’annexion de la Crimée et poursuivie en février 2022 par l’invasion décidée par Moscou, réchauffant ce conflit qui est toujours en cours et ne semble pas en voie de règlement. L’annexion en 2022 par la Russie de quatre nouvelles régions ukrainiennes dans le Donbass, à la frontière entre les deux pays a été une nouvelle atteinte au concept de l’intangibilité des frontières reconnues par les Nations Unies. Celui-ci peut toutefois être remis en cause si les parties concernées y ont convenance comme ce fut le cas en 2011 avec la partition du Soudan en deux Etats distincts. Ou comme cela aurait pu se produire si la Nouvelle Calédonie avait voté « oui » au référendum d’indépendance qui lui avait été proposé par la France.

    Vu de l’Ouest il ne fait pas de doute qu’au regard du « droit international », les frontières d’un Etat souverain, l’Ukraine, ont été violées par l’agression d’un autre Etat, la Russie, qui, de plus, a annexé les régions du Donbass, modifiant sa constitution pour les accueillir. Mais vu de Moscou, l’histoire est bien différente et la Russie se dit agressée par « l’Occident décadent » et les « nazis-drogués » ukrainiens. Durant la guerre froide l’Occident et l’URSS se mettaient à peu près d’accord sur quelques grands principes pour imposer leurs vues à leurs affidés, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui où cela tire à hue et à dia dans les enceintes internationales où chacun veut sa part de pouvoir. Le multilatéralisme qui a fait ses preuves est remis en cause par ceux qui en ont été les perdants pendant la deuxième moitié du XXème siècle. Progressivement le corpus de règles qui constituait le droit international et faisait l‘objet d’un consensus au sein de l’organisation des Nations Unies et de ses agences annexes est en train de s’effondrer. Ce n’est même plus la question d’une interprétation différente des règles comme au temps de la guerre froide, c’est la nature même de celles-ci qui est désormais contestée par les pays non-occidentaux, que l’on appelle désormais le « Sud global ».

    Pas toujours très habile, l’Occident est pris à son propre piège pour avoir lui-même agit en contradiction avec le droit international. Pour ne reprendre que ces dernières années, l’action la plus notable fut celle menée en 2003 par une coalition menée par les Etats-Unis pour envahir l’Irak soupçonnée de détenir des armes de destruction massive. Cette invasion a été menée sans l’aval de l’ONU (la France avait mis son veto au conseil de sécurité statuant sur l’opportunité de cette intervention) et s’est terminée dix ans plus tard en désastre pour toutes les parties impliquées et bien au-delà si l’on prend en compte le chaos créé au Moyen-Orient dont le monde n’est toujours pas sorti.

    Les bombardements menés en 1999 contre la Serbie par l’OTAN durant presque deux mois pour mettre fin aux agissements serbes dans la guerre du Kosovo ont également été initiés sans aval de la communauté internationale et la création de l’Etat kosovar qui suivit s’est faite contre la volonté de la Serbie et de ses soutiens, dont la Russie (cet Etat n’est d’ailleurs toujours pas reconnu par l’ONU). L’Occident qualifiait « d’exactions contraire au droit de la guerre » la répression menée par les Serbes contre les Kosovars que le camp slave ex-soviétique appréciait comme du maintien de l’ordre nécessaire à la défense légitime du territoire serbe…

    Plus ancien mais tout aussi récurrent, la non-application des résolutions successives de l’ONU dans le conflit israélo-palestinien depuis 1947 et la colonisation continue réalisée par Israël en contradiction avec le droit international montre que, aujourd’hui, chacun voit celui-ci à l’aune de ses convictions et de ses intérêts.

    C’est la vie nous dira-t-on et dans ce chaos il faut choisir son camp. On peut concevoir que les pays occidentaux préfèrent le non-respect du droit international avec les Etats-Unis ou Israël plutôt qu’avec Moscou ou Belgrade. Leur position serait bien sûr mieux défendable si les dérives précitées n’avaient pas eu lieu et si les résolutions de l’ONU concernant le Proche-Orient étaient appliquées comme elles ont été votées par la communauté internationale. Ce n’est pas le cas et chaque partie, Occident comme Sud-global, défend ses raisons de ne pas respecter le « droit international » ou de l’interpréter à sa façon. Chacun est persuadé d’avoir raison et personne ne convainc personne, des règles communes sont de moins en moins reconnues ni respectées. Pour autant que l’on puisse en juger, les citoyens vivant dans les pays occidentaux plutôt d’orientation libérale (au sens « liberté » du terme) ne semblent pas forcément envier le sort des citoyens vivant dans les pays autoritaires du Sud-global et, si l’on se base sur les courants migratoires et les flux d’investissements qui traversent la planète, l’Occident démocratique et son interprétation de l’Etat de droit restent encore attractifs pour le moment.

    D’ailleurs, nombre des dirigeants et oligarques de ces Etats autoritaires envoient leurs enfants faire leurs études en Occident, de la Russie au Sénégal, de l’Algérie à la Chine, les universités occidentales (surtout anglo-saxonnes d’ailleurs) sont pleines des rejetons de leur nomenklatura et les quartiers chics des capitales et des rivieras de l’Ouest sont massivement investies par les fortunes amassées plus ou moins légalement par les oligarques du Sud-global, comme les clubs de fouteballe européens. On a appris que même le dictateur nord-coréen actuel, Kim Jong-un, et sa sœur Kim Yo-jong, ont fait leurs études en Suisse. Ainsi, pendant que leur père lançait le programme nucléaire nord-coréen pour se défendre contre l’Occident, ses deux rejetons étudiaient calmement au cœur de l’Europe et à la succession de son père, Kim Jong-un a finalisé ledit programme.

    La question est de savoir pourquoi un oligarque russe préfère investir dans une villa clinquante à Saint-Jean Cap-Ferrat plutôt que sur les bords de la mer Noire mais on dirait que l’herbe est encore un peu plus verte dans la vieille Europe que dans les empires asiatiques autoritaires.

  • « Immigrations est et sud-est asiatiques depuis 1860 » au Musée de l’histoire de l’immigration

    « Immigrations est et sud-est asiatiques depuis 1860 » au Musée de l’histoire de l’immigration

    Le Palais de la Porte Dorée retrace, rapidement, l’histoire des migrations est-asiatiques vers la France à travers deux salles. La première relate l’histoire de ces flux depuis 1860 jusqu’à nos jours : colonisation/décolonisation, guerres, communisme, dictatures. La seconde permet de revenir sur quelques faits divers qui ont touché la communauté asiatique en France dans les années 1990-2000, notamment la mort violente d’un des leurs lors d’une « bavure policière ». Ces évènements avaient déclenché à l’époque des manifestations de la communauté asiatique réclamant le droit de pouvoir vivre en paix en France sans être l’objet de discriminations racistes. Une petite dizaine d’écrans diffusent des interviews de citoyens d’origine asiatique parlant de leurs propres expériences en France, présentées comme plutôt bénéfiques d’ailleurs.

    L’exposition insiste sur les « stéréotypes » qui collent à la diaspora asiatique, positifs comme négatifs. L’épisode de la pandémie du Covid19 a aussi marqué la communauté, les « Chinois » étant parfois qualifiés de virus lors de cette pandémie qui a démarré en Chine. Mais globalement, ces stéréotypes sont généralement plutôt favorables ; on parle d’une bonne intégration, des succès scolaires des enfants, d’un ascenseur social qui fonctionne encore, alors faut-il vraiment s’ingénier à voir des problèmes migratoires là où il y en a finalement peu pour le moment ?

    On voit d’ailleurs dans les étages supérieures l’exposition « J’ai une famille » proposant aux visiteurs les œuvres contemporaines de dix artistes d’origine chinoise installés en France, dont celles de Yan Pei-Ming :

    Yan Pei-Ming (sa mère)

    Figure 1 – Yan Pei-Ming (sa mère)

    D’autres installations sont un peu plus obscures mais le thème général de la famille évoque celle que ces artistes ont constituée en France, poussés vers l’exil par des convictions et des talents communs.

    Transexpérience : un mot qui résume de manière vivante et profonde les expériences complexes que l’on vit quand on quitte son pays natal et que l’on va de pays en pays.

    Chen Zen
  • Annie Ernaux se voit refuser son visa pour l’Algérie

    Annie Ernaux se voit refuser son visa pour l’Algérie

    On ne peut s’empêcher de (légèrement) sourire lorsqu’on apprend qu’Annie Ernaux (83 ans), prix Nobel de littérature 2022, s’est vu refuser son visa pour l’Algérie où elle devait se rendre pour assister au Salon international du livre d’Alger. Ce refus n’est pas motivé par les autorités algériennes mais certaines mauvaises langues évoquent une tribune signée il y a quelques mois par l’auteure réclamant la libération d’un journaliste algérien emprisonné par le régime. De sensibilité plutôt « progressiste » elle est habituée des tribunes et pétitions prônant le combat social, le féminisme, la lutte des classes ou le refus de la politique sanitaire française durant la pandémie du Covid19. Elle est bien entendu concernée par le traumatisme « décolonial » des anciennes colonies françaises et il est savoureux que ce soit la première d’entre elle qui lui refuse l’accès à son territoire…

    Eh oui, il existe des pays qui peuvent priver de visa des intellectuels occidentaux qui ont, même ponctuellement, pris des positions contraires à ce qu’ils estiment être leurs intérêts. Ces pays sont généralement aujourd’hui dans le « Sud global » mais les plus anciens se souviennent qu’il fut un temps, pas si lointain dans les années 1970, où, pour obtenir un visa d’entrée aux Etats-Unis d’Amérique il fallait certifier n’être pas communiste. Georges Marchais (1920-1997), ex-chef du Parti communiste français (PCF) se faisait d’ailleurs une joie de préciser à tout bout de champ qu’il pouvait librement entrer en Union soviétique mais était interdit de voyage aux Etats-Unis, marquant ainsi le vent de liberté qui soufflait sur Moscou quand Washington était l’hydre capitaliste.

    Aujourd’hui Mme. Ernaux n’ira pas en Algérie où le gouvernement ne veut pas l’y voir. Alger a décidé qu’il pouvait choisir qui pouvait entrer ou pas sur son territoire. C’est ce qu’on appelle la souveraineté nationale, exercée pour de bonnes ou de mauvaises raisons, chacun en jugera. Mme. Ernaux n’a pas communiqué sur le sujet.

  • Sur les chemins de la guerre au Proche-Orient

    Sur les chemins de la guerre au Proche-Orient

    Israël est en pleine campagne de bombardement de la bande de Gaza avec l’objectif de « détruire » le mouvement terroriste religieux Hamas qui a mené les attaques du 7 octobre qui ont fait environ 1 400 morts côté israélien en une journée. 360 000 réservistes ont été rappelés et l’armée israélienne est en train de masser des troupes en nombre important autour de la bande de Gaza où les autorités de Tel-Aviv annoncent une prochaine incursion, sans doute à hauts risques.

    La diaspora israélienne rejoint son pays et l’on voit des reportages télévisés où de jeunes israéliens rallier leur pays en déployant leur drapeau national et chantant l’hymne israélien avec enthousiasme. C’est un peu effrayant et rappelle les soldats français qui partaient au front en chantant en 1914. La guerre s’est terminée quatre ans plus tard avec un bilan de 18 millions de morts…

  • D’un front à l’autre

    D’un front à l’autre

    Avec la réouverture du front du Proche-Orient ce 8 octobre, les guerres se multiplient suivant toute plus ou moins un modèle « l’Occident contre le Sud global ». Certaines sont très chaudes : l’Ukraine, Israël, voire un peu moins chaudes : Haut-Karabagh, Kosovo, d’autres sont civiles : Ethiopie, Yémen, Soudan. L’Occident est impliqué dans les plus graves et fournit armes et leçons de morale. Il semble que l’industrie militaire occidentale commence à s’essouffler à tenter de suivre ces conflits sans fin, réduisant ses propres stocks de munitions pour soutenir ses amis.

    On apprend que les Etats-Unis ont entamé ses stocks prépositionnés en Israël pour alimenter l’Ukraine et qu’ils sont en train de le reconstituer pour soutenir leur allié. On découvre que les pays européens ne seraient guère capables de tenir plus de quelques semaines en cas de guerre totale contre un ennemi qui pourrait être la Russie par exemple. Tous ces conflits font le bonheur des marchands d’armes mais effraient les citoyens.

    Le plus rationnel serait de mettre fin à ces conflits mais pour ce faire il faut que les belligérants acceptent de faire des concessions, et nous n’en sommes vraiment pas là, ni en Ukraine ni au Proche-Orient. C’est le propre d’une négociation de compromettre sauf si l’une des parties est complètement écrasée et n’a plus rien à exiger. Mais même dans ce cas, il vaut mieux de pas trop mettre le perdant plus bas que terre car il se relève toujours à un moment ou à un autre, comme l’illustre si bien la situation actuelle au Proche-Orient.

    Alors à défaut de peuples et de dirigeants responsables capables de conclure la paix comme ce fut le cas en 1945, on fournit des armes. Peut-être ces guerres s’épuiseront d’elles-mêmes un jour par manque de munitions ? En attendant cela commence à faire beaucoup de guerres au même moment !

  • Un nouveau front ouvert en Israël

    Un nouveau front ouvert en Israël

    Le mouvement religieux Hamas qui détient le pouvoir dans la bande de Gaza et qui prône la disparition d’Israël a lancé une attaque significative contre Israël ce samedi 8 octobre. Des miliciens du mouvement ont franchi la frontière par air (à l’aide d’ailes volantes motorisées), par mer et, surtout, par terre pour commettre des exactions dans les villages et kibboutz alentour. Il apparait que les terroristes islamiques se sont déchaînés contre les civils qu’ils rencontraient les tuant, souvent dans des conditions barbares. Il y aurait plus de 1 000 morts israéliens et une centaine d’otages faits prisonniers et emmenés à Gaza.

    De façon assez incompréhensible, l’armée israélienne (« Tsahal ») semble avoir été débordée et en effectif insuffisant pour faire face à l’ennemi. Il lui a fallu 3 ou 4 jours pour reprendre le terrain et repousser l’ennemi. Dès le samedi, l’armée de l’air israélienne a déclenché une sévère campagne de bombardement, qui dure encore, contre cette bande de Gaza qui est un immense ghetto peuplé de 2,3 millions de palestiniens vivant dans des conditions impossibles. Ce minuscule territoire résulte de l’armistice de 1949 et a accueilli nombre des réfugiés palestiniens de l’époque qui ont fui la Palestine par suite de la création de l’Etat d’Israël en 1948 et de la guerre israélo-arabe qui s’en suivit. Elle a été occupée successivement par l’Egypte de 1948 à 1967, puis par Israël de 1967 (à la suite de la « Guerre des 6 jours ») à 2005, année où l’armée et les colons israéliens sont rapatriés à l’intérieur des frontières israéliennes reconnues par le droit international.

    Aucune des puissances occupantes n’a pu inverser le cours des choses dans ce territoire palestinien qui est devenu une marmite bouillonnante, non viable, sans aucun espoir d’avenir, terreau favorable au développement du terrorisme islamique. La non-application des accords de paix successifs et le désintérêt progressif de la cause palestinienne par le monde arabe a transformé cette question de Gaza en un problème insoluble. La communauté internationale est également impuissante, la décision initiale des Nations-Unies de 1947 d’un plan de partage de la Palestine prévoyant la création d’un Etat juif et d’un Etat arabe, n’a jamais pu être mise en œuvre, pas plus que les résolutions suivantes après différentes guerres. Le formidable espoir qu’avait causé le voyage en 1977 du président égyptien Sadate venu rendre visite en Israël au premier-ministre Menahem Begin s’est éteint avec l’assassinat de Sadate en 1981 par des terroristes islamiques égyptien. Il en reste tout de même l’accord de paix entre l’Egypte et Israël, qui tient toujours.

    Presque vingt ans plus tard, en 1993, sont signés les « accords d’Oslo » entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) qui stipulent le retour aux décisions des Nations Unies (notamment la fameuse « résolution 242 » de 1967), c’est-à-dire, en gros, la solution à deux Etats…

    Les dirigeants israéliens expliquent que le pays est en guerre et que « le Hamas va être détruit ». Une offensive terrestre contre la bande de Gaza est en cours de préparation. On ne sait pas comment elle risque de se terminer, sans doute mal. Evidemment en ces temps de retour aux conflits de territoire sanglants (Ukraine, Haut-Karabagh, « Kurdistan » …) celui-ci est particulièrement malvenu. L’Occident soutient plutôt Israël et le « Sud global » plutôt la partie arabe. Bien entendu l’Occident est accusé de « double-standard » en acceptant les bombardements et le blocus de Gaza par Israël ainsi que la non-application du « droit international » prévoyant la création d’un Etat palestinien, alors qu’il conteste les bombardements russes en Ukraine en se rangeant derrière le droit international… Que l’on soit dans un camp ou l’autre, il est difficile de contester ce « deux poids, deux mesures ». Dans le monde d’aujourd’hui où les organisations internationales censées éviter ou régler les conflits par consensus ne sont plus vraiment opérationnelles, chacun choisit son camp en étant persuadé d’avoir raison au regard de ses propres normes morales et de gouvernance.

    Le problème est que ces normes que l’on pensait devenues universelles sous l’égide des Nations-Unies une fois révélés les horreurs du nazisme au cœur de la vieille Europe, ne le sont plus vraiment. En réalité chaque pays voit midi à sa porte et s’estime en droit d’agir (ou de se retenir) selon son propre système de valeurs. Le concept de droit de l’homme n’est pas le même à Moscou qu’à Berne, même si tous les pays ont plus ou moins adopté en 1948 la Déclaration universelle des droits de l’homme dans le cadre des Nations Unies. D’ailleurs, l’Union soviétique et le bloc de l’Est s’étaient abstenus lors du vote de 1948 contestant le principe d’universalité, l’Arabie saoudite s’est également abstenue en opposition à l’égalité homme-femme, Israël n’existait pas encore et n’a donc pas voté. On voit déjà qu’à l’époque de leur fondation les « droits de l’homme » n’avaient pas le même sens partout dans le monde. La situation n’a fait qu’empirer depuis.

    L’évolution de la situation du Proche-Orient marque un échec collectif cinglant au regard de toutes les tentatives de règlement qui ont échoué. Les différentes parties sont aujourd’gangrenées par les extrémistes religieux, les hommes de paix ont été éliminés : le président égyptien Sadate a été assassiné par des islamistes, le premier ministre israélien Yitzhak Rabin a été assassiné en 1992 par un extrémiste religieux juif pour son rôle actif dans les accords d’Oslo (il avait serré la main du Palestinien Yasser Arafat à Washington dans le cadre des accords d’Oslo) ! Les religions juive et musulmane sont instrumentalisées pour pousser à des comportements d’un autre âge.

    Les armes sont en train de parler une nouvelle fois. Pas facile de rester optimiste !

  • L’affaire insoluble des frontières de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan

    L’affaire insoluble des frontières de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan

    Le conflit insoluble existant entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan depuis la chute de l’URSS dont elles composaient deux des républiques « socialistes » est en train de se décanter par application de la loi du plus fort et, ici, la force est du côté de Bakou. La situation des frontières entre ces deux pays est une hérésie et un imbroglio légal impossible à gérer. Il y a une enclave en territoire azerbaïdjanais peuplée de citoyens historiquement de souche arménienne, le Haut-Karabagh, qui appartient à l’Azerbaïdjan au point de vue du droit international mais qui a déclaré son indépendance, au mépris de ce même droit. Il existe une partie du territoire azerbaïdjanais détachée géographiquement, le Nakhitchevan, à l’ouest de l’Arménie à la frontière avec l’Iran. Pour ne rien arranger, l’Azerbaïdjan est turcophile et turcophone sur fond de génocide arménien de 1915, jamais reconnu en tant que « génocide » par la Turquie.

    Les armes ont parlé, l’Azerbaïdjan a reconquis sa pleine souveraineté sur le Haut-Karabagh en deux étapes, la guerre de 2020 et l’attaque de ce mois. Il y a 120 000 habitants au Haut-Karabagh qui se sentent arméniens bien que de nationalité azerbaïdjanaise, personne n’ayant reconnu la déclaration d’indépendance unilatérale de cette partie du territoire azerbaïdjanaise. Ils n’ont aucune confiance dans les annonces de Bakou qu’ils peuvent rester sur place et que leur sécurité sera assurée. Alors ils évacuent le Haut-Karabagh, sans doute pour toujours, pour rejoindre l’Arménie à quelques dizaines de kilomètres. Comme il y de plus des religions opposées, chrétienne pour le Karabagh et musulmane pour l’Azerbaïdjan, et des souvenirs d’exactions à leur encontre, on comprend la décision d’évacuer des habitants de ce territoire.

    Lire aussi : Résultat d’étape dans la guerre Azerbaïdjan-Arménie

    Dans un contexte politique radicalement différentes, on se souvient que les « pieds-noirs » en Algérie, les colons français de ce pays, n’ont fait aucune confiance en 1962 aux accords de paix dits « d’Evian » signés entre Paris et le FLN algérien (Front de libération nationale) qui leur accordaient des garanties de sécurité et un statut particulier pour une longue période, et ce sont près d’un million de personnes qui ont évacué l’Algérie indépendante en quelques mois pour rejoindre la France. Ce fut un énorme problème social à régler pour la France qui accueillit en si peu de temps un tel flux de population, mais l’impossible a finalement été réalisé avec son cortège d’insuffisances, d’injustices et de chaos. Erevan est aujourd’hui face à ce défi.

    Les bonnes âmes en France s’émeuvent sur les plateaux télévisés « qu’on ne fait rien pour l’Arménie qui est à l’origine de la religion chrétienne en Orient »… Mais que veulent-ils ? Que Paris entre en guerre contre Bakou pour rétablir les habitants du Haut-Karabagh alors qu’elle n’a pas même reconnu l’indépendance auto-proclamée de ce territoire ? Après les équipées militaires occidentales en Iraq, en Afghanistan, en Afrique, ou russes en Ukraine, en Syrie, en Géorgie, l’interventionnisme a montré son inefficacité et s’est trop souvent soldé par le chaos. Non, la vérité est que même si ces deux pays s’étaient entendus diplomatiquement, les haines ancestrales générées entre les deux populations, doublés d’oppositions dans tous les domaines dont le religieux, l’inextricable imbrication des territoires, le mieux est d’en tirer les conséquences et d’évacuer les habitants d’origine arménienne vers l’Arménie qu’il faudra aider financièrement pour l’intégration de ceux-ci.

    Le ressentiment des uns contre les autres, et des habitants du Karabagh contre le gouvernement arménien qui ne les a pas défendus, va durer pour des générations avec un risque de déclenchement d’une nouvelle guerre si l’Arménie, un jour, se retrouve en position de la faire. En attendant, l’Azerbaïdjan risque de repartir en guerre pour obtenir un corridor terrestre pour joindre le Nakhitchevan à son territoire. Inextricable, on vous le dit, tout cela étant aussi le résultat du tracé des frontières réalisé sous l’empire de Staline ! L’Arménie est un petit pays de trois millions d’habitants entourés de pays puissants et sauvages, la Turquie, l’Iran, l’Azerbaïdjan, la Géorgie. Pas facile d’être un petit poucet au milieu des loups. On a cru au XXème siècle que le droit international était la voie à suivre sous l’égide des Nations Unis pour régler les conflits territoriaux. La méthode a fonctionné un temps mais n’est plus opérationnelle pour la majorité des pays de la planète, la force a pris le dessus. C’est dangereux et inquiétant. L’histoire est un éternel recommencement, gageons que l’intelligence et la négociation reprendront bien un jour le dessus.

    Lire aussi : Le discours de Jean Jaurès sur l’Arménie en 1896

  • Le retour de Felix Dzerjinski à Moscou

    Le retour de Felix Dzerjinski à Moscou

    Après avoir réhabilité le drapeau rouge de l’Union soviétique pour l’armée russe, Moscou a inauguré une statue de Felix Dzerjinski (1877-1926). Il fut l’un des chefs majeurs de la révolution bolchévique de 1917 et fut chargé de mettre en place une police pour lutter contre « l’ennemi de l’intérieur ». Le moins que l’on puisse dire est qu’il s’est acquitté de sa tâche avec conscience et efficacité. Il a été l’un des organisateurs de la « terreur rouge » durant la guerre civile et a été à l’initiative de la création de la Tcheka, devenue Guepeou, l’ancêtre du KGB de sinistre mémoire, devenu FSB après la chute de l’URSS. Membre du comité central du parti communiste de l’URSS il serait mort d’une crise cardiaque à la suite d’une réunion de cette institution particulièrement agitée en juillet 1926. Une autre hypothèse parle d’un empoisonnement sur ordre de Staline.

    C’est sous son autorité que la police politique soviétique a mené sur une très grande échelle les déportations et exécutions de masse. Il est coresponsable de dizaines de millions de morts et fut l’un des piliers sur lequel Staline assis la terreur soviétique dont les conséquences sont toujours visibles aujourd’hui. Sa statue a longtemps trôné Moscou devant le siège du KGB sur la place Loubianka. Après la dissolution de l’URSS en 1991 il a été estimé plus décent de déboulonner cette statue.

    Les années 2000 voient le retour à l’idéologie soviétique en Russie comme dans certains pays de son pré-carré sur fond d’antioccidentalisme. La guerre menée en Ukraine par Moscou depuis février 2022 s’accompagne d’une féroce campagne de retour aux idées et aux pratiques d’antan. C’est ainsi qu’une copie de la statue de la Loubianka vient d’être rétablie dans un quartier plus « discret » de Moscou. Dzerjinski peut être comparé dans l’histoire au Himmler du régime nazi, le réhabiliter dans sa « gloire » est un acte qui en dit long sur la volonté de Moscou de revenir en arrière.

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  • La fin d’un clown sinistre

    La fin d’un clown sinistre

    C’est une fin violente qui a finalement été réservée au Russe Evgueni Prigojine : l’avion privé dans lequel il était monté avec tout son état-major pour voyager entre Moscou et Saint-Pétersbourg est « tombé » en flammes au milieu du chemin. Personne ne se fait guère d’illusions sur l’origine de cet « accident » très probablement voulu et provoqué par le Kremlin. L’homme avait en effet mené, à la tête de son armée de mercenaires, une tentative de putsch le 24 juin à laquelle il met fin dans la journée après que sa troupe de forbans marchant vers Moscou abatte quelques avions et hélicoptères de l’armée russe officielle qui cherchaient à l’arrêter et sans que l’on ne connaisse vraiment les dessous de la négociation menée entre Prigogine et le pouvoir russe pour aboutir à cette issue inattendue.

    Prigogine était un repris de justice (12 ans de prison pour brigandage et escroquerie) qui s’était recyclé dans la restauration ce qui lui permit de se rapprocher du président russe Poutine et d’emporter des contrats importants pour le catering de l’armée. A partir de 2014, il crée une société de mercenaires qui s’implante en Afrique, prestant un service de sécurité aux Etats locaux en échange de concessions minières octroyées à ses sociétés. Il a créé ce business avec un associé, également tué dans l’avion « tombé » en flammes, admirateur de l’idéologie nazi et arborant des croix gammées tatouées sur le cou, se faisant appeler « Wagner » de son nom de guerre en hommage au compositeur allemand chéri des hitlériens et qui sera également retenu pour désigner les mercenaires de Prigojine : « les Wagner ». Lorsque la guerre d’Ukraine s’aggrave avec l’invasion de février 2022, une partie de ses troupes sont rapatriées sur le front ukrainien où elles se distinguent par leur violence et leur sauvagerie.

    On se souvient notamment de l’exécution d’un de ses mercenaires, coupable de trahison, à coup de masse sur la tête, dont les images ont été abondamment diffusées sur les réseaux dits « sociaux » et au sujet de laquelle M. Prigogine avait publié ce commentaire :

    Il n’a pas trouvé le bonheur en Ukraine et a fini par rencontrer des gens durs mais justes. Ce film devrait s’appeler “une mort de chien pour un chien”. Excellente réalisation, qui se regarde d’un souffle. Aucun animal n’a souffert durant le tournage.

    Evgueni Prigogine

    Par suite de cette communication du genre cynique, le Kremlin lui avait sans doute demandé d’être un peu plus discret dans ses commentaires car il déclarait quelques jours plus tard que, finalement, « les Wagner » respectaient la loi… La masse est devenue ensuite l’emblème du « groupe Wagner ».

    Prigojine s’est aussi distingué durant la participation de son groupe à la guerre d’Ukraine car il avait reçu le pouvoir de recruter ses troupes dans les prisons russes en échange d’une amnistie. On le voit ainsi sur des vidéos publiques dans les cours de prison proposer ce choix aux prisonniers dont certains criminels condamnés à de lourdes peines. Beaucoup sont morts au combat car Wagner ne ménageait pas trop ses hommes selon les vieilles habitudes soviétiques, les combattants n’étant que des inputs comme les autres. On a aussi beaucoup vu le chef de Wagner se mettre en scène en tenue de combat, arme à l’épaule, faire des sorties à l’encontre de l’armée officielle russe dont il accusait l’état-major et le ministre de la défense d’être incompétents et responsables de la mort de ses hommes par leur refus d’approvisionner suffisamment en armes et en munitions.

    Bref, Evgueni Prigojine n’était pas vraiment un poète et il est mort par où il a péché : la violence et la félonie. Après avoir trahi le président Poutine et son pouvoir en marchant sur Moscou, personne ne donnait bien cher de sa survie tant la traîtrise n’est pas tolérée en Russie pas plus qu’elle ne l’était en Union soviétique.