Catégorie : Russie

  • La guerre en Ukraine : un échec collectif

    La guerre en Ukraine : un échec collectif

    Alors que la guerre entre la Russie et l’Ukraine continue à faire rage et qu’aucune solution de cessez-le-feu ne semble poindre à l’horizon tant la détermination des belligérants est aussi forte que leur incapacité apparente à écraser l’autre pour obtenir sa reddition sans négociation, on mesure un peu mieux le cheminement qui a mené à ce désastre, qui semble un peu plus complexe que la présentation simpliste qui en est généralement faite d’un méchant, la Russie, attaquant le gentil, l’Ukraine.

    On s’aperçoit aujourd’hui que les Etats-Unis d’Amérique et le Royaume-Uni ont été très impliqués depuis 2014 (année de l’annexion de la Crimée par la Russie) dans le réarmement et la formation des forces de sécurité ukrainiennes, ce qui explique d’ailleurs en partie la capacité de résistance plutôt inattendue de l’armée de Kiev face à l’invasion russe. Cette occidentalisation à marche forcée de l’Ukraine ajoutée aux mirages d’entrée dans l’OTAN et d’adhésion à l’Union européenne (UE) de ce pays frontalier, ancien membre de l’ex-Union soviétique ne pouvaient que troubler la Fédération de Russie alors en pleine nostalgie de sa puissance déchue.

    On relève aussi que le « Protocole de Minsk » signés en 2014 sous les auspices de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), suivi des « Accords de Minsk II », n’a jamais été vraiment mis en œuvre par les parties. Ces accords prévoyaient notamment l’octroi d’un statut d’autonomie aux régions du Donbass et le retrait des forces militaires de ces zones.

    La Russie n’étant pas un pays réputé pour la subtilité de ses interventions, sa phobie de l’encerclement par les forces occidentales s’est muée en déclenchement d’une guerre stupide qui se déroule beaucoup moins bien pour elle qu’anticipé. C’est d’ailleurs la seule « bonne nouvelle » de ce conflit, l’ours russe est toujours très agressif mais finalement peut-être pas aussi fort que ses rugissements veulent le laisser croire.

    La géographie étant ce qu’elle est, il est probable que l’Ukraine restera voisine de la Russie pour longtemps. La politique étant ce qu’elle est, on voit mal la Russie évoluer à court terme vers un régime démocratique respectant le droit international et le bien des peuples. Il va donc falloir continuer à cohabiter entre voisins acariâtres, même une fois cette guerre terminée, et même si le Kremlin change ses dirigeants un jour ou l’autre. Cela crée des risques et des obligations qu’il faut bien prendre en compte pour une solution pacifique durable.

    On peut continuer à vitupérer contre les agresseurs russes mais, mêmes vaincus ce qui est encore loin d’être le cas, ils seront toujours là et resteront peu sensibles aux sirènes de l’occidentalisation et de la démocratisation avant des générations et des générations. Ils seront toujours adeptes de réactions qui paraissent primaires mais qu’ils ne sauront s’empêcher de manifester, sans parler de la nostalgie d’un retour à une puissance passée.

    Il faut bien tenir compte de cette situation, de ces différences d’appréciation qui peuvent se transformer en tirs de missile… Hélas pour elle, l’Ukraine est voisine de la Russie, ce qui ne lui laisse pas toute la liberté qu’elle souhaite pour définir son destin. Elle doit composer avec la force nuisible de ce voisin. C’est l’inégalité de la géographie. La France a dû cohabiter avec une Allemagne frontalière et agressive qui a déclenché trois guerres contre la France entre 1870 et 1939, dont deux sont devenues mondiales et ont déclenché une barbarie encore jamais vue sur la planète. Après des millions de morts, ces deux pays sont maintenant amis.

    C’est frustrant pour une partie de la population ukrainienne urbanisée qui se verrait bien adopter le mode de vie de Paris ou Berlin le plus rapidement possible, ça l’est sans doute un peu moins pour d’autres parties de sa population dans les régions frontalières avec la Russie. Car ce sont bien des Ukrainiens qui revendiquent le rattachement à la Russie de leurs Républiques « indépendantes » et ce sont bien des Ukrainiens séparatistes qui entretiennent la rébellion contre Kiev depuis 2014. La Russie trouve aussi des Ukrainiens qui gèrent les zones contrôlées par l’armée russe, L’Ukraine n’a pas seulement à gérer à l’agression extérieure de la Russie dont elle est victime, mais elle a aussi à affronter une rébellion interne d’une partie de sa population. L’indépendance unilatérale des « Républiques de Donetsk et de Lougansk » n’a pas été prononcée uniquement par les Russes, mais bien par des Ukrainiens séparatistes. Lorsque la guerre se terminera, il faudra aussi prendre en compte cette volonté séparatiste d’une partie de la population ukrainienne. Il faudra d’ailleurs sans doute considérer cette volonté dès les discussions de sortie du conflit.

    Si dans le cadre d’une autonomie bien gérée un processus référendaire sur le modèle de celui offert par la France à la Nouvelle-Calédonie (qui a duré des décennies) était mis en place il pourrait aboutir à une indépendance de ces régions du Donbass ou leur rattachement à la Russie d’une façon démocratique qui serait alors reconnue par la communauté internationale.

    Lorsque le statut de cette guerre passera du chaud au froid, ce dernier risquant de durer encore quelques siècles, il faudra trouver un compromis avec le voisin russe (et son allié biélorusse) pour que chacun reste à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues. Même si la Russie était défaite, elle serait toujours là et toujours aussi nuisible et haineuse pour tout ce qui se trouve sur son flanc ouest. Les pistes envisagées par le président ukrainien au début du conflit d’une neutralité, à définir, de son pays et d’un étalement sur plusieurs décennies des négociations sur la Crimée reviendront sur la table un jour ou l’autre. Elles méritent d’être considérées, le retour sur des accords de Minsk remodelés aussi.

    Ce sera long et douloureux, exigera des talents politiques et diplomatiques, non identifiés à ce stade, mais on peut penser que ce serait plus raisonnable et donc durable. Bref, faire parler l’intelligence plutôt que les canons !

  • De mystérieuses explosions sur des bases militaires russes en Crimée

    De mystérieuses explosions sur des bases militaires russes en Crimée

    Après la dislocation de l’Union soviétique et l’indépendance de l’Ukraine reconnue en 1997, un traité russo-ukrainien avait été signé donnant à bail à Moscou la base navale de Sébastopol où résidait la flotte russe de la mer Noire. L’annexion de la Crimée en 2014 par la Russie a bien entendu mis fin à cette « location » et Moscou s’étant réapproprié l’ensemble de la presqu’île a pu y implanter nombre d’autres installations militaires qui sont utilisées comme base arrière du front Sud de l’Ukraine dans la guerre d’invasion déclenchée depuis le 24 février dernier. La Crimée est également une destination très prisée des touristes russes qui y sont nombreux cet été.

    La semaine dernière de fortes explosions se sont produites sur une base aérienne russe, filmées par des touristes russes en goguette qui se sont empressés de les diffuser sur les réseaux dits « sociaux », ainsi que par les satellites occidentaux. Hier, d’autres explosions ont eu lieu sur une autre base militaire russe en Crimée. Les autorités de Moscou reconnaissent ces explosions mais les attribuent à des « incendies » accidentels. Les autorités ukrainiennes ne revendiquent rien mais ne se retiennent pas de faire un peu d’humour sur le sujet. C’est ainsi que le ministre de la défense ukrainien en déplacement dans un pays proche a recommandé aux soldats russes de « ne pas fumer » à proximité d’un dépôt de munitions…

    Moscou est empêtrée dans cette situation qui relève au mieux d’incompétence de son armée s’il s’agit « d’accidents », au pire de faiblesse si ce sont des attaques ukrainiennes. Kiev est plutôt maligne de laisser planer le doute sur une action de sa part, ou pas.

    La guerre continue, hélas, mais les touristes russes en Crimée rentrent chez eux !

  • Chine et Russie : les nouveaux bons amis

    Chine et Russie : les nouveaux bons amis

    On se souvient que le président russe avait visité son homologue chinois à l’occasion des jeux olympiques organisés à Pékin en février dernier, deux semaines à peine avant le déclenchement de la guerre de la Russie contre l’Ukraine. La Russie ayant été exclue des compétitions internationales par suite du système de dopage institutionalisé ayant été mis à jour quelques temps auparavant, les athlètes russes présents se présentaient sous les couleurs olympiques, les drapeaux russes étant bannis des enceintes de ces jeux. Le président russe en a donc profité pour papoter de deux ou trois choses avec son hôte. Le résultat fut un communiqué commun, daté du 04/02/2022, de sept pages sur la nouvelle ère dans les relations internationales et du « développement durable mondial » qui a été alors diffusé et dont la relecture est particulièrement intéressante à l’aune de « l’opération militaire spéciale » engagée quelques jours plus tard par la Russie contre l’Ukraine.

    On y lit comment ces deux puissances contestent la prééminence occidentale « représentant la minorité à l’échelle internationale », et particulièrement celle des Etats-Unis d’Amérique, tout en confirmant leur adhésion à l’ordre multilatéral mis en place après la seconde guerre mondiale.

    Le chapitre I est consacré à la démocratie, « une valeur humaine universelle » mais les impétrants s’accordent sur le fait qu’il n’existe pas de modèle unique et que chaque pays doit suivre sa propre voie pour aboutir à la démocratie et au respect des droits de l’homme en fonction de « ses propres caractéristiques nationales, son histoire, sa culture… »

    Dans un deuxième chapitre les deux dirigeants abordent les sujets de la coopération économique, scientifique, climatique dans des conditions « ouvertes, égales, équitables et non discriminatoires » en mentionnant les institutions multilatérales préexistantes (ONU, OMC…) mais aussi les organisations plus récentes centrées sur l’Asie qui sont évidemment plus dominées par les pays de la région, au premier rang desquels la Chine, que par l’Occident.

    Le troisième chapitre est le plus intéressant car concernant la vision de la sécurité mondiale sur laquelle se rejoignent Chine et Russie :

    Les parties réaffirment leur ferme soutien mutuel à la protection de leurs intérêts fondamentaux, de la souveraineté de l’État et de l’intégrité territoriale, et s’opposent à l’ingérence de forces extérieures dans leurs affaires intérieures.

    Cette introduction ne manque pas d’ironie venant de Moscou qui se préparait à envahir l’Ukraine quelques jours plus tard mais marque une nouvelle fois la vision politique russe que l’Ukraine relève de ses propres « affaires intérieures ». Ce sentiment est donc également partagé par Pékin qui a grosso-mode le même sentiment vis-à-vis de Taïwan.

    L’Alliance de l’Atlantique nord est explicitement citée comme « recourant à des pratiques de concurrence déloyale, en intensifiant les rivalités géopolitiques, en alimentant l’antagonisme et la confrontation, et en sapant gravement l’ordre de sécurité international et la stabilité stratégique mondiale ». Puis les différents accords multilatéraux (désarmements, nucléaires, biologiques…) sont passés en revue pour vanter leur utilité si ce n’était le rôle néfaste des Etats-Unis sur leur efficacité.

    Le dernier et quatrième chapitre trace la voie de la fructueuse collaboration sino-russe à renforcer à l’avenir au profit de la planète entière, au besoin en réinterprétant l’Histoire :

    Les parties ont l’intention de défendre fermement les résultats de la Seconde Guerre mondiale et l’ordre mondial existant d’après-guerre, de défendre l’autorité des Nations Unies et la justice dans les relations internationales, de résister aux tentatives de nier, de déformer et de falsifier l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.

    Afin d’éviter que la tragédie de la guerre mondiale ne se reproduise, les parties condamneront fermement les actions visant à nier la responsabilité des atrocités commises par les agresseurs nazis, les envahisseurs militaristes et leurs complices, saliront et terniront l’honneur des pays victorieux.

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    Ce long communiqué marque la conscience revenue à ces deux pays de leur puissance économique et militaire (pour la Chine) ou d’une forte capacité de nuisance (pour la Russie) afin de se pousser du col pour revenir au sommet du pouvoir sur le monde après près de 70 ans de domination occidentale. C’est de bonne guerre, si l’on ose dire, mais l’Occident n’a sans doute pas dit son dernier mot. En revanche, il confirme leur ferme intention de refuser le chemin vers la démocratie tel que proposé dans l’architecture de la planète post-1945.

    Malgré quelques rodomontades pro-démocratiques de circonstance en introduction du texte, Moscou et Pékin posent leur ferme volonté de maintenir les méthodes autoritaires de gouvernance de leurs peuples telles que pratiquées actuellement. Et les peuples seront probablement les juges de paix dans cette histoire. S’ils continuent à se satisfaire de cette gouvernance comme cela semble être le cas aujourd’hui, il n’y a guère de raison d’imaginer une évolution à court ou moyen terme et cette « nouvelle ère des relations internationales » restera conflictuelle du type de la « guerre froide », que les plus optimistes ont cru terminée après la fin de l’Union soviétique, mais en plus intense compte tenu du rééquilibrage des puissances en faveur des pays autoritaires. C’est l’hypothèse la plus probable pour les années à venir. Le gagnant n’est pas désigné d’avance, un dérapage militaire n’est pas exclu !

  • Le Kremlin toujours malin

    Le Kremlin toujours malin

    Avec pas mal de perversité et une plutôt bonne efficacité le Kremlin mène sa guerre contre l’Ukraine, non seulement sur le terrain mais en utilisant le soft power à sa main, en troublant le jeu occidental.

    Alors que l’Occident se demandait s’il fallait utiliser « l’arme du gaz » pour ralentir ou stopper ses achats d’hydrocarbures à Moscou, c’est en fait la Russie qui prend la décision de fermer progressivement le robinet vers l’Europe, l’augmentation considérable des prix compensant largement l’éventuelle baisse des volumes. Le Kremlin observe avec un sourire en coin l’affolement des gouvernements occidentaux devant l’inflation sur les produits énergétiques, désorganisant la stabilité sociale dans ces pays.

    La décision de la Russie d’exiger le paiement des ventes de pétrole et de gaz russes dans leur devise locale, le rouble, et non plus en euros ou en dollars, est techniquement très avisée et a permis le maintien de la valeur du rouble, de façon un peu superficielle certes mais qui offre à Moscou l’occasion de triompher. La gouverneure de la banque centrale russe semble avoir été de bons conseils et la politique monétaire de crise mise en place très rapidement après le début du conflit a permis d’éviter une crise financière pour ce pays par ailleurs peu endetté et à la balance des paiements largement excédentaire, guerre ou pas guerre.

    La Russie explique que les difficultés sur le marché des céréales sont liées aux sanctions occidentales ce que nombre de pays émergents sont tout à fait disposés à croire. Des popes orthodoxes russes bénissent les avions et les missiles avant qu’ils ne fassent feu sur l’Ukraine. Des images de militaires tchétchènes barbus expliquant en territoire occupé que si M. Poutine le leur demande ils iront jusqu’à Berlin, ponctuant leurs sorties tonitruantes de cris de gloire à Allah. Quant à la télévision officielle russe, ses analyses auraient fait pâlir d’envie la Pravda de l’époque soviétique. Cerise sur le gâteau, différents dirigeants russes font valoir d’autres revendications territoriales, notamment sur l’Alaska américain, des villes dans les pays baltes, etc.

    Dans les territoires ukrainiens occupés par la Russie, le Rouble est mis en place pour remplacer la devise ukrainienne, les réseaux de téléphonie mobile russes remplacent leurs homologues ukrainiens, la nationalité russe est octroyée sans vergogne aux citoyens restés sur place dont une partie semble plutôt russophile, la piste du référendum est envisagée pour russifier définitivement ces territoires. Une stratégie similaire avait été mise en place en 2014 lors de l’annexion de la Crimée. A défaut de victoire militaire majeure sur le terrain, la Russie utilise tous les moyens à sa disposition pour rendre définitive les conquêtes déjà réalisées

    Quelle que soit l’issue de la guerre, on voit mal aujourd’hui comment on pourrait revenir en arrière sur cet état de fait à moins que l’Occident ne rentre en guerre totale contre la Russie, hypothèse peu probable. Nous rentrons dans un nouveau genre de guerre froide dont ne connaît pas encore bien les conditions. Ce qui semble très probable est que la fâcherie avec la Russie va durer longtemps et que l’un des enjeux sera la lutte entre les régimes démocratiques et les régimes autoritaires. C’était déjà un peu le cas lors de la première guerre froide contre l’Union soviétique de la seconde moitié du XXème siècle, mais à l’époque la puissance économique se trouvait sans conteste du côté des démocraties ce qui n’est plus vraiment le cas aujourd’hui où elle est désormais partagée. Le vainqueur de ce nouveau combat n’est pas désigné d’avance.

    On assiste également à l’effondrement d’une des thèses défendues par l’Occident qui voulait que le développement économique, la mondialisation du commerce, poussent les pays de la planète à s’entendre et à s’unir. Cela n’a pas été le cas en ce début de XXIème siècle où la puissance économique acquise par des pays comme la Chine ou la Russie a été utilisée pour remettre en cause l’ordre établi au profit de l’Occident après la deuxième guerre mondiale. Le monde rentre dans l’inconnu et bouleverse ses fondamentaux, en commençant par le réarmement des démocraties pour rattraper le retard pris à l’égard du monde autoritaire. L’heure des révisions déchirantes a sonné, dans l’incertitude !

  • Le Kremlin malin

    Le Kremlin malin

    Alors que la guerre russe contre l’Ukraine est appelée à durer plus que prévu lorsqu’elle a été déclenchée le 28/02/2022, les conséquences économiques du conflit sont planétaires et avaient elles-aussi été largement sous-estimées par les commentateurs. On s’aperçoit notamment que la Russie et l’Ukraine sont parmi les plus gros exportateurs de céréales. Les sanctions économiques occidentales prises contre la Russie excluent les produits agricoles mais, néanmoins, leurs effets collatéraux pénalisent les flux commerciaux de ces produits. L’Ukraine quant à elle exporte la grande majorité de ses céréales destinées aux pays tiers à partir de la mer Noire qui est sous blocus de la marine russe et en partie minée par les deux belligérants.

    L’armée russe détruit consciencieusement les infrastructures ukrainiennes pour pénaliser le transport des grains et même des dépôts où est stockée une partie de la récolte ukrainienne de l’an passé. On ignore ce que sera la récolte de cette année compte tenu des conditions actuelles. Et même si celle-ci pouvait être récoltée, on ne saurait pas où la stocker puisque les entrepôts sont soit pleins, soit détruits.

    De ce fait, les cours des céréales explosent. A court terme, les pays importateurs s’émeuvent et les pays exportateurs se réjouissent ; à plus long terme l’inquiétude est grande que cette situation ne déclenche des famines et des troubles politiques dans nombre de pays en développement. L’Afrique est l’un des continents qui dépend le plus de ces importations en provenance de Russie et d’Ukraine, le président de l’Union africaine s’est donc déplacé à Moscou pour y rencontrer le président Poutine qui lui a affirmé que la Russie ferait tout pour assurer les exportations fluides vers l’Afrique si… l’Occident levait une partie des sanctions prises contre ce pays, le message subliminal étant que c’est l’Occident qui est responsable des troubles actuels sur le marché des céréales, en aucun cas la Russie qui a déclenché cette « opération militaire spéciale pour préserver les intérêts populations russophiles de l’Ukraine victimes d’un génocide »… Ce retournement de responsabilités au profit du pays envahisseur ne manque pas de sel

    Les dirigeants russes mentent comme ils respirent, c’est de bonne guerre, si l’on ose dire, et ce n’est pas nouveau. Les contre-vérités sont assénées sans vergogne dans un pays où la presse est muselée, donc plus c’est gros plus cela passe d’autant plus que la moitié de la planète est toute prête à entendre ce discours antioccidental.

    L’Occident n’est pas en reste non plus en termes de propagande même si exercée avec un peu plus de subtilité. Les services secrets de plateaux télévisés annoncent sans relâche que le président russe est en phase finale d’un cancer ou que des coups d’Etat ont été fomentés contre lui. A ce jour, il est toujours au Kremlin, ne semble pas vraiment handicapé par la maladie et continue à diriger d’une main de fer une guerre dévastatrice en Ukraine où des villes entières sont détruites.

    Si les exportations et la production de céréales continuent à être freinées depuis les deux pays en conflit et que la famine rode dans les pays pauvres cela va être un jeu du « je te tiens par la barbichette » entre la Russie et l’Occident sur qui lâchera le premier. Compte tenu du peu de cas que fait Moscou des peuples tiers et du sentiment de culpabilité qui ronge l’Europe occidentale, si elle y est acculée il est probable que celle-ci n’opte pour un allègement des sanctions plutôt que de voir la famine se développer au Sud.

    Dans tous les cas, la meilleure façon d’avancer est de mettre un terme à cette guerre dévastatrice sur la base d’une négociation et d’un traité qui devra forcément entériner des concessions des deux parties. La seule alternative serait que l’Ukraine écrase la Russie jusqu’à obtenir une reddition sans condition, ou vice-versa. Cette hypothèse nécessiterait une guerre mondiale et, probablement, l’apocalypse nucléaire. Elle n’est donc pas souhaitable, même si l’Ukraine doit céder quelques régions à la Russie qui les aura conquises par la force.

  • Une guerre dévastatrice

    Une guerre dévastatrice

    Après plus de trois mois de la guerre initiée par la Russie contre l’Ukraine la réalité de ce conflit apparaît comme celle d’une guerre d’un autre siècle. Les reportages montrent des villes dévastées rappelant les images de Dresde ou de Berlin en 1945. La guerre éclair de frappes chirurgicales s’est transformée en une guerre d’artillerie et de tranchées où l’assaillant noie l’Ukraine sous un tapis de bombes pour casser les infrastructures et briser le moral des Ukrainiens. Rien ne leur est épargné, des écoles, des gares, des hôpitaux ont été bombardés ; des crimes ont été commis dans les villes occupées (viols, exécution de civils, mises en scène de prisonniers…). Les troupes ukrainiennes sont également accusées d’avoir commis certaines exactions, bien qu’en nombre plus réduit.

    Bref, le voile est tombé, sur le mythe d’une guerre éclair qui aurait provoqué l’effondrement rapide de l’Ukraine. Les prévisionnistes de tous bords qui ont déjà été surpris de voir la Russie franchir le Rubicon le 24 février en lançant ses troupes à l’assaut de l’Ukraine, sont encore plus ébahis de constater la résilience de la Russie face aux sanctions occidentales et sa capacité à détruire son « pays-frère » sans vergogne et sans remords, sûre de son bon droit impérial, avec pour objectif de le mettre au pas.

    Les conséquences économiques sont déjà sensibles dans le reste de la planète, les impacts politiques à terme risquent d’être significatifs pour des générations en opposant L’Est et l’Ouest. Le pire n’est pas exclu, conflit nucléaire ou crise économique mondiale mortifère. Pour l’instant c’est l’Ukraine qui en fait surtout les frais. La décision russe du Kremlin ce 24 février va rester dans l’histoire comme génératrice d’un cataclysme qui va faire pour encore longtemps un sujet d’études pour les politistes et les écoles de sciences politiques.

  • Le risque de l’hubris

    Le risque de l’hubris

    Alors que l’armée russe rencontre une franche résistance de l’armée ukrainienne dans sa tentative de mettre au pas ce « pays frère », voire affronte quelques défaites majeures comme l’abandon de son objectif de conquérir Kiev ou la destruction de son navire amiral « Moskva », l’Ukraine et ses soutiens occidentaux commencent à afficher des comportements un peu trop optimistes quand on voit la réalité militaire sur le terrain et la situation politique prévalant dans ces deux pays.

    La guerre est sans doute loin d’être terminée et l’égo des dirigeants, voire le nationalisme exacerbé des deux populations, rendent pour le moment improbables toute négociation pour mettre fin à cette guerre et, dans le même temps, font que les deux parties refusent toute concession possible.

    La raison devrait pousser les belligérants à tout faire pour négocier et convenir d’un cessez-le-feu dans les meilleurs délais, mais elle est pour l’instant hors de portée des parties qui préfèrent laisser parler les armes. L’Ukraine et ses soutiens occidentaux seraient bien avisés de ne pas trop parader derrière une évolution du conflit qui semble en leur faveur. Discrétion et modestie devraient guider leur attitude. L’action sans triomphalisme devraient guider leur politique en laissant l’hubris au vestiaire.

  • Retour en fanfare de la faucille et du marteau à Moscou

    Retour en fanfare de la faucille et du marteau à Moscou

    A Moscou ce 9 mai, la Russie célèbre la victoire de l’Union soviétique dans la deuxième guerre mondiale. Pour ce faire, le fameux drapeau siglé de la faucille et du marteau est ressorti du placard et défile fièrement sur la Place rouge. Voici qui va rappeler des souvenirs à de nombreux citoyens de l’ancien empire déchu !

  • Une guerre d’un autre âge

    Une guerre d’un autre âge

    La guerre russe contre l’Ukraine (qualifiée officiellement d’« opération militaire spéciale ») se poursuit. L’armée russe semble avoir abandonné, au moins provisoirement l’idée d’occuper tout le pays et d’en changer le gouvernement élu, pour se concentrer sur la région du Donbass, frontalière de la Russie, à l’est de l’Ukraine, et déjà partiellement occupé depuis 2014.

    A Moscou c’est toujours le même défilé de galonnés qui expliquent dans les médias que « l’opération spéciale » suit son cours selon les plans initiaux. Le président russe et son ministre des affaires étrangères continuent à évoquer la menace d’une guerre nucléaire contre l’Occident. La Russie ne semble pas gênée outre-mesure par les sanctions économiques prises par les pays occidentaux même s’il est probable que l’impact ne manquera pas d’être négatif à moyen terme. Pour autant que l’on sache, l’opinion russe n’est pas majoritairement opposée à cette guerre ni à la volonté de leur président à rendre à la Russie son statut de grande puissance.

    L’Ukraine fait profil bas sur ses opérations militaires contre la Russie qui semblent être plutôt bien menées à l’aide d’importantes fournitures d’armes occidentales. Les images diffusées par les médias sont terrifiantes quant au niveau de destruction des villes qui ont été attaquées par Moscou. Marioupol en est le symbole où tous les immeubles civils semblent avoir été visés par des bombardements qui ont tout détruit. On se demande même ce que fera Moscou de cette ville si elle arrive à la garder dans son escarcelle : ses habitants ukrainiens l’ont en grande partie désertée, il n’y a plus ni infrastructures ni habitat possible pour le moment. Est-ce que la Russie la coloniserait en y faisant venir des Russes « de souche » et la reconstruirait ? Il est peu probable que l’Occident paye pour réhabiliter une ville ukrainienne qui resterait occupée par la Russie. Le cas de Marioupol n’est pas unique et d’autres villes ukrainiennes ont connu le même sort même si de façon moins extrême semble-t-il.

    Cette guerre est un désastre humain, politique et financier. Elle relève d’un autre âge, du temps où l’Union soviétique envoyait l’Armée rouge reprendre le contrôle des « pays frères » communistes qui, déjà, cherchaient à prendre la tangente avec la doxa du Kremlin. Elle va laisser des traces pour des siècles. Les haines et les rancunes vont peser durablement, non seulement entre les deux belligérants, mais aussi entre la Russie et l’Occident. C’est le retour à l’atmosphère de la guerre froide avec des risques de confrontations directes probablement plus importants compte tenu des comportements plus irresponsables et populistes des dirigeants d’aujourd’hui.

    L’après-guerre risque d’être aussi une période de confrontations ardues, mais sur le tapis vert ce qui généralement provoque moins de morts que la guerre « chaude ». La Russie s’est déjà éloignée du monde occidental et va vivre son destin, probablement asiatique. L’illusion d’une compatibilité de ce pays avec l’Europe a fait long feu. Il restera Chostakovitch et Tolstoï, et pour la réconciliation, on en reparle dans trois cents ans !

  • L’incroyable destruction du navire amiral russe en mer Noire

    L’incroyable destruction du navire amiral russe en mer Noire

    Touché le 13 avril, le navire amiral de la flotte russe « Moskva » a coulé le 14 avril. Officiellement la Russie a annoncé que par suite d’un incendie dans ce vieux croiseur, une explosion s’était produite qui avait provoqué la perte du bâtiment. L’Ukraine a discrètement affirmé qu’elle avait tiré deux missiles, de fabrication ex-soviétique, améliorés par l’industrie ukrainienne, sur la « Moskva », ce que les Etats-Unis ont ensuite confirmé.

    Il n’a bien sûr pas été possible d’éviter la publication de photos de l’évènement qui n’a pas été démenti par Moscou. La capitale Russe avait d’abord annoncé que tous les marins avaient été évacués avant d’admettre qu’il y eut un mort et une vingtaine de disparus.

    Les Ukrainiens remportent un certain nombre de succès militaires contre l’armée russe qui a revu ses buts de guerre en les limitant : renoncement au moins provisoire à conquérir et occuper tout le pays, et recentrage sur la partie Est de l’Ukraine, le Donbass, qui n’est toujours pas conquis à l’heure qu’il est. Personne ne donnait bien cher de la capacité de résistance de l’Ukraine face à Moscou et la surprise fut plutôt grande de voir le successeur de l’Armée rouge butter ainsi contre l’obstacle. Les avions et hélicoptères russes continuent à tomber et la maîtrise du ciel n’est pas acquise à Moscou. Le volume et la qualité des armements fournis par l’Occident montent en gamme de jour en jour. Il faut bien admettre que l’Ukraine résiste plutôt bien et fait preuve d’une discrétion plutôt avisée sur sa stratégie. C’est plutôt malin : aucun journaliste n’est admis par l’armée ukrainienne pour couvrir ses opérations, très peu de communication est faîte sur les succès militaires de Kiev, aucune information sur les armes reçues, pas plus sur la stratégie mise en œuvre. L’Ukraine déroule sa feuille de route et avance ses pions dans la discrétion et la modestie. L’Occident augmente sa participation indirecte au conflit et l’idée d’une défaite russe n’est plus complètement hors de propos, même si toujours improbable.

    La guerre est encore loin d’être terminée et les destructions à haute intensité en Ukraine se poursuivent. Il faut l’arrêter et cela ne va pas être facile. Il faudra bien pour y arriver que les deux belligérants envisagent des concessions. Le référendum organisé par la Russie après sa reconquête de la Crimée, certes illégal au regard du droit international mais dont le résultat fut néanmoins instructif, a clairement montré que cette presqu’île souhaite très majoritairement rester russe. Qui peut d’ailleurs raisonnablement imaginer que la Crimée puisse revenir sous la tutelle de Kiev, mis à part quelques extrémistes ukrainiens ? L’acceptation du fait accompli russe sur la Crimée ne pourrait-il pas être un gage de bonne volonté de Kiev pour trouver un accord de paix ? Il vaut probablement mieux envisager des concessions, sans doute inévitables, lorsque l’on est en position de force plutôt que de se les faire imposer quand on est défait.

    Une seule certitude : les contribuables européens vont devoir payer les centaines de milliards nécessaires pour reconstruire l’Ukraine et, probablement, l’Europe devra l’inclure dans son Union pour panser ses plaies provoquées par l’invasion russe. Inutile de préciser que les armes actuellement vendues à l’Ukraine ne seront très probablement jamais payées. Voici quelques raisons supplémentaires de mettre fin au plus vite au conflit.

  • Merci Monsieur le président

    Merci Monsieur le président

    Le président russe souhaite « bonne santé et du bonheur » à son homologue français Emmanuel Macron à l’occasion de sa réélection acquise hier soir.

    Bonne nouvelle : malgré la guerre les amabilités diplomatiques continuent !

  • La Pologne n’aime pas la Russie

    La Pologne n’aime pas la Russie

    La Pologne s’est récemment frottée avec le président de la République française, lui reprochant de vouloir continuer à négocier avec le Kremlin dont elle qualifie le chef de « criminel » posant la question de savoir si on « négocierait avec Hitler, Staline ou Pol-Pot ? »

    Evidemment, la Pologne a des raisons historiques de redouter la Russie. L’existence même de la Pologne a été niée depuis le XIXème siècle, et même avant, par les empires centraux et Moscou. Même Napoléon qui était attendu comme un sauveur a vassalisé ce pays, recruté nombre de soldats polonais dans la « Grande armée » en les embarquant dans le désastre de ses guerres européennes. Il y a même choisi une maîtresse, Marie Walewska, dont il eut un fils.

    Dans un temps plus contemporain, la Pologne a souffert très directement de l’Union soviétique. Après la guerre russo-polonaise de 1920 est arrivée la seconde guerre mondiale. L’URSS, comme l’Allemagne nazie, a toujours considéré la Pologne comme un « non-pays », une plaine de passage, un peu comme Moscou apprécie aujourd’hui l’Ukraine qu’elle voit comme son arrière-cour et non pas comme un Etat souverain. Les clauses secrètes du pacte germano-soviétique signé en 1939 stipulent que ce pays est à partager entre Berlin et Moscou. Aussitôt signé aussitôt appliqué et la Pologne est envahie par les deux puissances totalitaires, l’invasion nazie étant d’ailleurs l’élément déclencheur de l’entrée en guerre de la France et du Royaume-Uni contre l’Allemagne.

    Dès 1939 les Allemands installent en Pologne un « gouvernorat général », une sorte de statut colonial, dirigé par le tristement célèbre Hans Frank condamné à mort par le tribunal de Nuremberg puis exécuté. Ils construisent en Pologne des camps d’extermination qui joueront un rôle majeur dans la Shoah, dont Auschwitz-Birkenau, Treblinka, Sobibor…

    Les soviétiques de leur côté ne veulent pas être en reste et annexent la partie du pays qui leur échoit, y instaurent le communisme, déportent en masse au Goulag, incorporent de force dans l’Armée rouge, livrent aux nazis les Polonais occidentalisés, assassinent l’élite (massacre de Katyn, 15 000 officiers tués d’une balle dans la nuque par le NKVD – services secrets soviétiques), entre autres joyeusetés. Dans les années 1980, le régime communiste polonais réprime durement les mouvements populaires de révolte, avec l’assentiment de Moscou bien entendu même s’il n’a pas été nécessaire d’envoyer l’Armée rouge pour rétablir l’ordre comme ce fut fait à Berlin-Est en 1953, à Budapest en 1956 ou à Prague en 1968, le pouvoir communiste polonais se débrouillant fort bien tout seul avec l’aide de son armée.

    Tout ceci a laissé des souvenirs à Varsovie. L’Allemagne a été défaite en 1945, démocratisée, puis réunifiée et ne présente plus de grands dangers militaires à court terme pour la Pologne. Berlin continue d’essayer de se racheter mais une méfiance bien compréhensible régit les relations diplomatiques entre les deux pays. L’URSS, et son successeur la Fédération de Russie, n’a jamais fait amende honorable de ses exactions en Pologne durant le XXème siècle. Il a fallu attendre 2010 pour que le parlement russe reconnaisse que Staline avait ordonné l’exécution des officiers polonais, et non les Nazis comme le répétait Moscou depuis 60 ans.

    Varsovie n’oublie rien et sait de quoi la Russie a été capable. Dès la chute de l’URSS et la libération des pays d’Europe de l’Est, elle a regardé vers l’Ouest et intégré l’alliance militaire atlantique en 1999 et l’Union européenne en 2004 afin d’installer un vrai fossé politique en principe infranchissable entre elle et la Russie. Les invasions russes contre la Géorgie, la Crimée et l’Ukraine n’ont fait que la renforcer dans son rejet définitif de la Russie et considérer que le fossé n’était peut-être plus aussi infranchissable que souhaité à l’origine, d’où l’attaque contre le président français qui n’a pas rompu la discussion avec le Kremlin dans l’espoir de favoriser une négociation entre les belligérants pour finir cette guerre insensée contre l’Ukraine. A moins que l’un d’eux ne soit écrasé par l’autre comme le fut l’Allemagne en 1945 il faudra bien négocier un accord entre eux pour arrêter les combats et convenir des relations futures. Il faudra donc parler à celui d’en face.

    La Pologne reste tellement hérissée contre la Fédération de Russie qui lui a fait tant de mal dans l’histoire qu’elle se refuse à toute diplomatie avec Moscou. Ne reste comme seule alternative que la poursuite la guerre jusqu’à la reddition sans conditions de la Russie, hypothèse improbable à court terme, ou qui ne serait envisageable que dans le cadre d’une troisième guerre mondiale aboutissant à l’anéantissement d’un protagoniste voire même de la planète Terre. Ce n’est pas une solution raisonnable, le mieux est de continuer à garder le contact avec l’ennemi même en se pinçant le nez. En revanche il faudra aussi se souvenir des obsessions de la Russie et la laisser durablement en dehors de tout dialogue politique avec l’Occident même une fois les sanctions économiques levées, car elles vont bien être levées un jour. On fera du business avec la Russie mais pas plus, il faudra exclure ce pays du cercle des amis de l’Occident et le laisser retourner vers l’Asie à laquelle, après tout, appartient la très grande majorité de son immense territoire. Moscou se souvient par ailleurs que toutes les armées qui l’ont attaquée ont dû se retirer dans les affres d’une piteuse défaite, Napoléon et Hitler pour les plus récents.

    A l’avenir, une fois cette guerre terminée, veillons à ce que chacun reste de son côté sans empiéter sur le voisin et cessons les grands raouts à Versailles ou au G8 pour se donner l’illusion que la Russie est un pays ami, ce qu’elle ne souhaite pas être. C’est d’ailleurs un des travers de la démocratie que de croire que tous les pays tiers veulent être en bons termes avec nous. La France de Chirac a reçu le fiston syrien Assad (le président français ayant été le seul chef d’Etat occidental à se rendre aux obsèques de son père en 2000), celle de Sarkozy a reçu le libyen Kadhafi, celle de Hollande a reçu le pouvoir malien et la France de Macron a reçu le président russe avec maints égards. A chaque fois les visiteurs ont été édifiés avec le discours occidental sur la démocratie et les droits de l’homme, et après chaque visite ils ont montré combien ils étaient rétifs à traduire ces principes dans leur gouvernance. N’oublions pas les leçons de l’histoire et ne rêvons pas de transformer ces pays en démocraties apaisées ce qu’ils ne seront jamais.

    Varsovie devait se rendre à Moscou le 24 mars pour un match de qualification contre la Russie pour la coupe du monde de fouteballe, elle a refusé de le faire. Il va falloir faire un peu plus peur si l’on veut vraiment obtenir la reddition de Moscou dans sa guerre contre l’Ukraine…

  • L’Eglise orthodoxe russe dans la guerre

    La religion est aussi un point de divergence entre la Russie et l’Ukraine, deux pays majoritairement orthodoxes. L’organisation de l’église orthodoxe est particulièrement complexe et il faut être un spécialiste pour s’y retrouver dans l’organigramme et comprendre la sémantique propre à cette religion : l’autocéphalie, le primat, le métropolite, le tomos, etc. On comprend malgré tout qu’il s’agit d’une religion chrétienne au sein de laquelle le port de la barbe est signe de pouvoir.

    En 2018, à l’issue d’un processus un peu mystérieux pour les néophytes l’Eglise orthodoxe d’Ukraine devient la 15ème église autocéphale orthodoxe, c’est-à-dire indépendante de l’église de Moscou, sans que l’on sache vraiment ce que cela change pour les croyants sinon leur procurer un sentiment d’indépendance vis-à-vis du patriarcat la Russie. C’est le patriarche de Constantinople, le grand chef de tous les orthodoxes, qui a accordé ce nouveau statut.

    Le chef de l’église orthodoxe russe, le patriarche Kirill, est plutôt proche du Kremlin ce qui ne manque pas de sel quand on sait que le président russe est un ancien officier du KGB de l’ère soviétique, période où la religion était considérée comme une idéologie « opium du peuple » incompatible avec le dogme marxiste… Aujourd’hui Monsieur Kirill apporte sa caution religieuse la guerre de la Russie contre l’Ukraine, contre « les forces du mal ». Il voit dans cette offensive la possibilité de rétablir « l’unité spirituelle » des Russes et des Ukrainiens qui seraient « un seul peuple ».

    Lire aussi : Lire aussi : https://rehve2.fr/2022/02/le-president-russe-et-lhistoire/
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    Une église engagée dans une guerre c’est un peu le retour au Moyen-Age, comme d’ailleurs cet affrontement entre la Russie et l’Ukraine. Nous en sommes là !

  • Des oligarques clinquants

    Les « oligarques » russes sont l’une des cibles des sanctions occidentales prises contre la Russie à la suite de sa guerre menée contre l’Ukraine. Ces sanctions consistent pour le moment à geler leurs actifs identifiés en Occident.

    Ces affairistes russes ont créé des fortunes considérables en rachetant à vil prix les entreprises d’Etat privatisées à la suite de la dissolution de l’URSS, principalement sous l’ère du président Eltsine. Reconnaissons-leur qu’ils semblent avoir réussi à gérer correctement les entreprises acquises même si le prix d’achat largement sous-évalué permettait d’absorber quelques erreurs de gestion, au moins dans les premières années. Notons qu’un processus assez similaire s’est déroulé en Ukraine dont l’économie est toujours largement dans les mains d’oligarques qui n’ont pas grand-chose à envier à leurs collègues russes en termes de corruption et de prévarication.

    Ce qui est assez comique c’est que nombre de ces affairistes, un peu m’as-tu-vu, sont allés acquérir et domicilier leurs actifs de prestige en… Occident. En gros, les usines polluantes sont en Russie et les yachts clinquants sont à Monaco. Il est vrai qu’ils y sont plus visibles que sur la mer Noire mais les « oligarques » sont ainsi punis par où ils ont péché.

    Un site web a été mis en place pour répertorier les biens qui ont pu être rattachés à ces affairistes sanctionnés. On peut leur faire confiance pour avoir caché leurs actifs autant qu’ils le pouvaient sous des montages leur assurant un anonymat, mais comme ils n’aiment rien mieux que parader sur leurs joujoux clinquants la piste de leurs biens n’est souvent pas très compliquée à remonter comme l’illustre le site web monté à cet effet : https://cdn.occrp.org/projects/russian-asset-tracker/en/

    L’un des plus flamboyants est Roman Abramovich, que l’on a vu d’ailleurs participer aux négociations menées au début du conflit entre l’Ukraine et la Russie comme conseiller du Kremlin semble-t-il. Le garçon qui aurait trois nationalités (russe, israélienne et portugaise) est à la tête d’un empire dans les hydrocarbures et la sidérurgie, en Russie, mais aussi d’une société de capital-investissement basée à Londres prenant des participations un peu partout, y compris aux Etats-Unis d’Amérique. Il a acheté, entre autres « danseuses » un club de fouteballe britannique performant dont il peut difficilement cacher qu’il en est le propriétaire puisqu’il parade dans les stades les jours de match. Sentant venir le vent du boulet lors du déclenchement de la guerre en Ukraine il a annoncé officiellement qu’il mettait en vente son club alors qu’il n’était pas encore sous sanction et espérant pouvoir conclure la transaction rapidement. Hélas pour lui, le Royaume-Uni a rapidement gelé ses actifs et le club fait partie du gel. Cependant, il aurait eu le temps d’amarrer deux de ses yachts en Turquie, pays qui n’applique pas les sanctions occidentales.

    La morale de l’histoire est qu’un investissement en dehors du pays dont on détient la nationalité présente toujours un risque politique supplémentaire par rapport à son propre pays. Les « oligarques » sont en train de confirmer ce principe élémentaire de l’économie. Pas sûr qu’ils en comprennent bien les tenants et aboutissants puisqu’il semble qu’ils soient en train de réorienter massivement leurs investissements de prestige vers les pays du Golfe persique, pour le moment plus conciliants avec la Russie et ses affairistes.

    La vraie question qui se pose est de savoir pourquoi ces oligarques préfèrent localiser leurs résidences secondaires princières, et autres actifs tape-à-l’œil, à Nice ou Londres, plutôt que dans l’Oural ou sur les bords de mer d’Azov. Cela relève probablement d’un manque de confiance dans la Russie pour préserver la valeur de ces biens (un peu comme ces français qui avaient des comptes bancaires en Suisse à la fin du siècle précédent) mais aussi par leur besoin de parader et de briller ce qu’il est plus valorisant de faire à Monaco qu’à Sotchi.

    Dur d’être russe et riche !

  • L’armée russe a ses limites

    Juin/Charlie Hebdo (02/03/2022)

    Ce sera sans doute l’un des enseignements de cette guerre déclenchée par la Russie contre l’Ukraine : la puissance militaire de l’ours russe n’est finalement peut-être pas si invincible qu’on pouvait le craindre. Hier soir, le navire amiral de la flotte russe en mer Noire, un croiseur lance-missiles datant de l’ère soviétique la « Moskva », a été coulé comme l’ont reconnu les autorités de Moscou qui expliquent cet évènement par un incendie qui aurait déclenché une explosion de munitions alors que les Ukrainiens disent avoir tiré deux missiles (de fabrication ex-soviétique) sur le navire. Les personnels du bord auraient pu être évacués et il n’y aurait pas de victimes.

    Les experts semblent privilégier la seconde explication en ajoutant que ce croiseur était non seulement le bateau de commandement, donc avec une forte charge symbolique, mais assurait également la protection électronique de la flotte de la mer Noire, posant ainsi un problème au reste des bâtiments, d’autant plus que le détroit du Bosphore étant fermé par la Turquie au trafic des navires militaires, la Russie ne pourra pas faire venir un nouveau pour remplacer la « Moskva », à moins d’obtenir une dérogation d’Ankara, ou… de passer en force.

    Evidemment la destruction de ce navire amiral ne provoque pas une immense peine côté occidental mais il vaut mieux cacher sa joie et ne pas enterrer trop rapidement la Russie qui dispose encore d’une très forte capacité de nuisance. Cela ne nous aide toujours pas beaucoup pour imaginer comment terminer cette guerre inutile et couteuse qui est plutôt en phase d’escalade que de décrue. Les coqs aux ergots acérés se battent sur leur tas de fumier, comme il est peu probable que l’un arrive à mettre l’autre définitivement à terre, nous en sommes toujours au même point : comment sortir de là ? Ah si, une chose a évolué significativement : le niveau des destructions en Ukraine du fait des bombardements et exactions russes suite auxquelles les contribuables occidentaux vont devoir payer la reconstruction et plus la guerre durera plus le coût sera considérable.

    Alors bien sûr, à l’issue de ce nouvel évènement de guerre révélant une petite faiblesse de Moscou, tout le monde se demande : et si la puissance nucléaire russe était finalement aussi un « ours de papier » ! C’est une hypothèse qu’il vaut mieux ne pas essayer de tester… C’est le principe même de la dissuasion : faites-vous peur mais ne touchez pas !

  • La Russie est loin d’être isolée dans la guerre qu’elle mène contre l’Ukraine

    Les dirigeant européens qui défilent à Kiev se gargarisent du soutien international dont bénéficierait l’Ukraine face à la Russie. Cette vision angélique et occidentalo-centrée est incorrecte et pour s’en convaincre il suffit de regarder les résultats de différents votes qui se sont déroulés à l’assemblée générale des Nations Unies, les débats au conseil de sécurité étant systématiquement bloqués par la Russie qui en est un membre permanent et dispose à ce titre d’un droit de veto qu’elle utilise pour repousser toute condamnation ou décision la concernant.

    Le 02/03/2022 l’assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution « déplorant dans les termes les plus énergiques « l’agression » commise par la Russie contre l’Ukraine et exigeant que la Russie retire immédiatement ses forces militaires du territoire ukrainien. » par 141 voix pour, 5 contre (Biélorussie, Corée du Nord, Erythrée, Fédération de Russie et Syrie) et 35 abstentions dont la Chine.

    Lire aussi : https://news.un.org/fr/story/2022/03/1115472
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    Le 07/04/2022 l’assemblée générale a adopté une résolution pour suspendre la Russie du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. 24 pays ont voté contre : Algérie, Biélorussie, Bolivie, Burundi, République Centrafricaine, Chine, Congo, Cuba, Corée du Nord, Érythrée, Ethiopie, Gabon, Iran, Kazakhstan, Kirghizstan, Laos, Mali, Nicaragua, Fédération de Russie, Syrie, Tadjikistan, Ouzbékistan, Vietnam, Zimbabwe. 93 pays ont approuvé et 58 se sont abstenus dont l’Inde, le Pakistan, le Brésil, nombre de pays du Golfe persique et l’Arabie Saoudite.

    Lire aussi : https://news.un.org/fr/story/2022/04/1117912
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    Indépendamment de la guerre en Ukraine, le statut de la Russie comme membre d’un comité des « droits de l’homme » laisse pantois, mais après tout de comité qui comprend 47 Etats intègre également l’Arabie-Saoudite, le Bahreïn, Cuba, le Salvador, l’Ethiopie, le Kazakhstan, la Turquie, la Chine… dont le moins que l’on puisse dire est que leur conception des « droits de l’homme » n’est pas vraiment celle partagée par Paris ou Washington. Alors ces conceptions différentes se sont affrontées et il s’en est fallu de peu que Moscou puisse rester dans ce comité des « droits de l’homme » malgré sa guerre déclenchée contre l’Ukraine.

    En vérité, nombre de pays trouvent dans cette guerre l’occasion de marquer leur anti-occidentalisme, fruit d’un XXème siècle de domination et de réussite de l’Ouest face au reste de la planète, et malgré deux guerres mondiales qui ont ravagé plusieurs pays occidentaux et nombre de guerres coloniales qui les ont impliqués, sans parler de conflits postcoloniaux vains et perdus, en Afghanistan, en Irak, au Sahel. Le soutien à la Russie face à l’offensive occidentale est un peu la revanche des non-occidentaux qui, entre temps, se sont musclés économiquement et militairement et pour qui envahir un pays tiers ou bombarder des populations civiles ne représente pas un problème moral significatif.

    C’est le nouveau paradigme et l’Occident doit s’habituer à vivre dans cet environnement où il n’est plus l’instance dominante unique. C’est ainsi. Il n’en reste pas moins que la liberté défendue comme valeur fondamentale de l’Occident continue à attirer : les réfugiés qui en font leur destination ultime, les oligarques russes qui y installent leurs yachts clinquants plutôt que sur la mer Noire, ou les investisseurs chinois qui adorent acheter des grands crus classés à tour de bras. Tout n’est donc pas perdu pour les valeurs occidentales qui ne sont pas si dévalorisées que ça.

  • La haine de l’Occident

    La Chine, comme la Russie, n’aime pas l’Occident et la démocratie, et le fait savoir. Les deux pays cherchent à surmonter la frustration du statut qui fut le leur au cours du XXème siècle durant lequel la démocratie triomphante fit la leçon au reste de la planète et crut avoir emporté le combat idéologique après la chute du communisme soviétique. Trente ans plus tard l’Occident est moins triomphant et doit faire face à la capacité de nuisance de ces deux pays, militaire pour la Russie, économique et militaire pour la Chine. Deux pays dans lesquels la notion de démocratie n’est pas forcément l’objectif de la majorité de la population, mais reste le concept à abattre pour leurs pouvoirs respectifs

    La guerre en cours de la Russie contre l’Ukraine est condamnée par l’Occident, mais pas vraiment par le reste de la planète. Certes la Chine, l’Inde et d’autres n’applaudissent pas l’initiative russe qui perturbe l’ordre du monde, mais ils ne vont pas jusqu’à s’associer aux sanctions économiques prises par l’Occident et ne condamnent pas vraiment le Kremlin. Ils auraient certainement préféré ne pas avoir à affronter ce chaos, mais celui-ci étant là, il présente quelques avantages à court terme puisqu’il ennuie l’Ouest et perturbe son économie.

    Il est de plus assez facile pour eux d’insister sur les incohérences occidentales, voire les propres guerres extérieures menées par l’Occident de façon plus ou moins légale, en Irak, en Lybie, en Serbie, en Afrique… L’ambassade de Chine en France a pris un malin plaisir à publier le message suivant sur son compte Twitter :

    « 10 guerres, 0 sanction » écrit l’ambassade. C’est factuellement vrai mais rien n’empêchait Moscou ou Pékin de prendre alors des sanctions contre les Etats-Unis d’Amérique, ce qui n’a pas été fait, sans doute pas uniquement par sentiment humanitaire. Et il n’est même pas mentionné la célèbre séance du Conseil de sécurité en 2003 quand le ministre américain des affaires étrangères avait brandi une fiole censée contenir des produits chimiques ou biologiques que l’Irak produirait en masse ce qui justifiait l’entrée en guerre du monde sous mandat des Nations Unies. Il y eut guerre mais le mandat fut refusé !

    L’acceptation tacite de la Chine, l’Inde, l’Afrique… de l’intervention russe est une sorte de revanche prise contre l’arrogance de l’Ouest depuis presqu’un siècle. C’est sans doute une position à courte vue car il est probable que cette guerre de la Russie se terminera comme celles, perdues, menées par l’Occident en Irak, en Afghanistan, en Lybie ou en Afrique : la débâcle.

  • Une armée de forbans

    Le retrait des troupes russes des alentours de Kiev, la capitale ukrainienne qu’elles n’ont renoncé semble-t-il à conquérir, dévoile des exactions commises par les occupants sur les populations civiles. Les commentateurs de tous bords s’emparent des grands mots : « crimes de guerre », « crime contre l’humanité » …, la propagande russe explique que les cadavres retrouvés sont le fait d’une mise en scène des autorités ukrainiennes. Le côté ukrainien réactive ses accusations de « génocide » …

    Bref, l’émotion et la mauvaise foi submergent les parties et se déversent sur les plateaux télévisés. Le mieux est de laisser travailler les experts légistes qui vont mettre à jour et documenter ces exactions dont la responsabilité pourra certainement être clairement établie, sans doute assez rapidement. Les troupes russes sont une armée de forbans laissés à eux-mêmes et engagés dans une opération militaire douteuse, épaulés par des supplétifs tchéchènes et, probablement, syriens. Tout ce petit monde ne semble pas animé par des considérations humanitaires très développées ni par les contraintes légales du droit de la guerre alors il est probable que d’autres exactions seront commises par les troupes d’occupation, attisées par le discours de leurs dirigeants sur les « nazis drogués » qui dirigent à Kiev !

    On ne sait pas combien de temps durera cette guerre sordide ni sur quelles bases elle se terminera, mais elle nous fait apprécier tous les jours les avantages de nos systèmes démocratiques d’Europe de l’Ouest face aux errements mortifères des régimes autoritaires. C’est sans doute aussi la raison pour laquelle les oligarques russes (comme ukrainiens d’ailleurs) viennent amarrer leurs yachts clinquants à Nice plutôt que sur la mer Noire.

  • La Russie face aux conséquences de sa guerre

    Biche/Charlie Hebdo (13/03/2022)

    Les experts militaires de plateaux télévisés, officiers en retraite ou journalistes de champs de bataille sur petit écran, affirment unanimes que le Kremlin et son président élu sont surpris de ne pas avoir conquis l’Ukraine, « pays frère », en quelques jours grâce à leur puissante armée qui n’aurait pas été véritablement accueillie en « libératrice » de « l’oppression » du pouvoir ukrainien « génocidaire » dirigé par « une bande de nazis drogués ».

    Ce que l’on peut savoir des faits diffusés par les propagandes respectives de l’Ukraine et de la Russie semble aller dans leur sens. Au-delà, les élucubrations de « spécialistes » de Café du commerce sont à prendre avec des pincettes tant la capacité de nuisance de la Russie éternelle est encore forte et dirigée contre l’Ukraine et l’Occident. Des images diffusées par Kiev montrent des chars russes détruits et laissés à l’abandon sur les bords des routes, un gros navire de transport militaire en flammes après avoir été atteint par un missile qui pourrait être ukrainien dans le port de Berdiansk (mer d’Azov) en principe contrôlé par les troupes russes, un dépôt de pétrole en feu sur le territoire russe suite à une attaque d’hélicoptères, et, depuis quelques jours, le retrait de l’armée russe des environs de Kiev, la capital jamais conquise par Moscou. Il apparaît que la Russie n’a pas réussi à acquérir la domination de l’espace aérien au-dessus de l’Ukraine malgré son armée de l’air bien dotée en avions de combat, que plusieurs de ses généraux ont été tués sur le front, que l’utilisation des fameux missiles « hypersoniques » n’a pas vraiment changé le cours des choses, que son armée est animée d’une motivation limitée, etc. etc.

    Bref, si tout ceci se confirme, la nouvelle est appréciable, l’ours russe serait toujours aussi méchant mais peut-être pas aussi musclé qu’il semblait vouloir le faire croire. En tout cas, pas au point d’être capable d’asservir un pays souverain de grande dimension en quelques jours. L’aide militaire délivrée par l’Ouest et la Turquie à l’Ukraine apparaît quant à elle relativement efficace, comme quoi les démocraties « décadentes » selon le récit de Moscou ne sont pas encore complètement assoupies par le cholestérol et le « wokisme ». L’armée russe a annoncé se concentrer désormais sur l’Est de l’Ukraine, frontalier de son propre territoire, pour, sans doute, essayer d’y pérenniser et renforcer ses conquêtes.

    L’Occident serait toutefois bien avisé d’avoir le triomphe modeste, la Russie n’a pas fini de nuire aux démocraties occidentales, ni à tous ses vassaux s’il leur prenait l’idée saugrenue de vouloir adopter un régime démocratique en renversant les satrapes qui les gouvernent. Et d’abord il va falloir payer pour reconstruire l’Ukraine une fois les hostilités terminées. Les destructions semblent importantes et nombre de villes ont été substantiellement dévastées par les bombardements russes. Il est peu probable que Moscou envisage de financer la reconstruction, tâche qui va donc probablement revenir aux contribuables occidentaux pour les décennies à venir.

    L’urgence est maintenant de finir cette guerre. Des pourparlers directs se déroulent entre ces deux pays et chaque partie communique sur les progrès réalisés. Kiev vient même de préciser qu’une rencontre entre les deux présidents serait possible à court terme. Elle risque d’être intéressante bien qu’un peu réfrigérante…

    Voyons les compromis qui seront entérinés. Quels qu’ils soient, la Russie risque d’être durablement éloignée de l’Occident qui se méfiera de Moscou pour encore quelques générations, au moins jusqu’à ce que les contribuables de l’Ouest aient finis de payer pour reconstruire ce que Moscou a cassé. Mais est-ce vraiment un problème ?

  • La Russie continue sa guerre contre l’Ukraine

    Riss/Charlie Hebdo (03/03/2022)

    La guerre bat son plein en Ukraine où les troupes russes grignotent centimètre après centimètre face à la défense militaire et civile ukrainienne. Certaines villes sont significativement détruites, il y aurait 10 millions d’Ukrainiens déplacés dont près de 3 millions réfugiés en dehors du pays. Le nombre des morts et blessés des deux côtés fait l’objet de propagande mais l’unité de compte est en milliers de victimes. La guerre insensée que les gens raisonnables pensaient impossible est à l’œuvre, menée par un clan de dirigeants sauvages soutenu par une partie de la population russe.

    Les sanctions économiques de l’Occident contre Moscou produisent progressivement leurs effets, mais en tout cas pas au point de faire reculer le pouvoir russe qui se barricade dans sa tactique d’invasion et censure toute l’information non locale. Les oligarques font preuve d’inventivité pour empêcher le gel de leurs actifs clinquants imprudemment localisés en Occident. Le reste du monde affiche une prudente position de réserve en attendant sans doute de voir dans quelle direction tourne le vent.

    On ne sait pas dans quelles conditions l’objectif de la Russie de neutraliser l’Ukraine « menée par une bande de nazis et de drogués » pourra être considéré comme atteint par Moscou. On imagine mal ce pays occuper durablement l’Ukraine, d’abord parce que l’hostilité des habitants semblent se renforcer de jour en jour, ensuite parce qu’il faudra payer pour reconstruire et on sait que la Russie est généralement assez réticente à financer ce genre de chose. Détruire, oui, reconstruire beaucoup moins, on préfère laisser ça à l’Occident… Et on n’imagine pas plus la Russie accepter d’arrêter le désastre sans pouvoir afficher une victoire, au moins partielle.

    Mais c’est encore un raisonnement de gens raisonnables. Il va falloir que les diplomates fassent preuve d’inventivité pour trouver un accord de sortie de cette guerre honorable pour les deux parties, à moins qu’un cataclysme général soit déclenché et anéantisse les protagonistes et leurs voisins.