Catégorie : Russie

  • La Russie, l’Ukraine et l’Histoire

    La Russie, l’Ukraine et l’Histoire

    Les périodes de guerre sont assez peu propices aux analyses historiques subtiles, on le voit aujourd’hui avec les bagarres de communiqués en cours. La Russie annone depuis le début que l’un de ses buts de guerre est de « dénazifier » l’Ukraine, faisant ainsi allusion à l’attitude d’une partie de ce pays durant la deuxième guerre mondiale. En réalité le « grand frère » russe reproche aussi à l’Ukraine de s’être toujours opposée à l’Union soviétique. Face aux tentatives d’autonomie, voire d’indépendance, l’Armée rouge soviétique a toujours eut à batailler sévèrement en Ukraine pour la maintenir dans l’ordre bolchévique et s’opposer à toutes tentatives « d’ukrainisation ».

    L’application forcenée de la collectivisation des terres par le pouvoir de Staline a déclenché de terribles famines au début des années 1930 qui ont provoqué entre 3 et 5 millions de morts en Ukraine. Lors des grandes purges staliniennes les Ukrainiens n’ont pas été les derniers à souffrir des exécutions et des déportations de masse qui ont touché encore quelques millions de citoyens supplémentaires à la fin des années 1930. Ça laisse des souvenirs…

    Durant la seconde guerre mondiale, après la rupture du pacte germano-soviétique signé en 1939 par l’Allemagne et l’Union soviétique, Berlin envoie ses troupes vers Moscou, l’opération « Barbarossa », en traversant l’Ukraine. L’armée allemande est alors accueillie comme un sauveur libérant le pays de l’oppression stalinienne. Le fort antisémitisme régnant alors dans cette République, comme dans toute l’Europe centrale ainsi d’ailleurs qu’en France, va entraîner des collaborations nauséabondes entre les Nazis et des groupes locaux. Certains Ukrainiens qui ont été utilisés comme gardiens dans les camps de concentration allemands étaient réputés parmi les plus brutaux d’un personnel qui ne faisait généralement pas dans la poésie. Il y eut même une division SS « Galice » crée avec des volontaires ukrainiens. Les Russes ne sont pas en reste à ce sujet puisque l’un des héros de l’Armée rouge, soutien indéfectible à Staline dans les années 1930, le général Vlassov, qui s’illustra du côté soviétique durant la guerre civile mais aussi à l’occasion du siège de Léningrad où après avoir estimé que Staline avait abandonné l’armée qu’il dirigeait en rase campagne, capturé par les Allemands, il passa à l’ennemi et fonda « l’Armée russe de libération » qui aida la Wehrmacht à lutter contre l’Union soviétique. A la fin de la guerre, capturé par les alliés il fut remis à Moscou puis jugé, torturé et exécuté avec une dizaine de ses officiers supérieurs.

    Evidemment, lors du reflux des Allemands, quand l’Armée rouge a retraversé l’Ukraine vers l’Ouest pour arriver à Berlin en 1945, les Russes se sont vengés de la collaboration germano-ukrainienne. Moscou et Kiev n’ont pas su mener une réconciliation comme l’ont fait en leur temps de Gaulle et Adenauer en France et en Allemagne, l’animosité actuelle entre la Russie et l’Ukraine s’explique aussi par cette histoire.

    Dans un rapprochement osé, le président Poutine a même expliqué récemment avoir déclenché la mise au pas de l’Ukraine en février dernier pour ne pas renouveler les erreurs du pacte germano-soviétique.

    Rappelons que ce pacte signé en 1939 entre les Allemands et les Soviétiques (voir photo) a permis, notamment, aux Nazis et aux Soviétiques de se partager la Pologne plus quelques autres territoires. Cette signature entre fascistes et bolchéviques a en tout cas fondé l’anticommunisme de plusieurs générations d’Européens. Poutine affirme que ce pacte était destiné à retarder l’agression allemande et permettre ainsi à l’armée soviétique de se renforcer car elle n’était pas encore prête à combattre efficacement en 1939, mais que ce fut un échec puisque durant les deux années que dura ce pacte, de nombreux territoires et des millions de personnes ont été perdus. Il ne veut pas renouveler cette « erreur » une deuxième fois et il lui a donc fallu envahir l’Ukraine avant qu’elle ne soit trop forte. C’est évidemment une interprétation toute personnelle de l’Histoire et il est plus probable que le pacte germano-soviétique, idéologiquement inattendu, n’était qu’un rapprochement entre dictateurs félons qui était fait pour durer.

    Il reste certainement des groupes d’extrême droite à tendance pronazi en Ukraine comme il en existe dans tous les pays, y compris d’ailleurs en Russie ou en France, mais il ne semble pas que le pouvoir ukrainien soit significativement influencé par l’idéologie nazie.

    Aujourd’hui, et quelle que soit l’issue de la guerre en cours, la Russie et l’Ukraine sont séparées pour longtemps. Et puis, le temps passera…

  • Le président russe n’est certainement pas tout seul

    Juin/Charlie Hebdo (02/03/2022)

    Les commentateurs bon clients de plateaux télévisés reprennent d’une seule voix que le président russe Vladimir Poutine serait l’unique responsable de la guerre en cours déclenchée par la Russie contre l’Ukraine. Certes il est le premier responsable puisqu’il est le grand chef mais il semble assez peu probable que le président ait pu prendre le chemin de la guerre sans l’étroite participation de son entourage, voire sans le soutien d’une bonne partie de la population russe biberonnée au nationalisme depuis des décennies. On se souvient d’ailleurs que lors de l’annexion de la Crimée par Moscou en 2014 la cote de popularité de Poutine avait connu un fort regain tant cette reconquête territoriale a semblé assez naturelle pour nombre de citoyens. Les sondages russes ne sont sans doute pas des modèles du genre mais il est probable qu’ils reposent sur une certaine réalité. Il n’est pas exclu qu’une partie de la population russe ne soit pas fondamentalement en désaccord avec l’idée d’un retour de l’Ukraine sous tutelle russe. Le complexe militaro-industriel doit certainement aussi approuver ce concept.

    Cette guerre ne semble pas la meilleure décision prise récemment par la Russie mais seule l’Histoire dira si elle aura servi ses intérêts ou pas. La réponse n’est pas aussi évidente que ce qu’on en dit au Café du Commerce. Il faut encore attendre pour en connaître le dénouement. Et même si le président Poutine était déchu de son poste dans la tourmente, il est probable qu’il serait remplacé par un clone. Il faut bien l’admettre, malgré Chostakovitch, Dostoïevski et Soljenitsyne, la Russie n’aime pas l’occident comme elle le confirme dans ses actes depuis des siècles. Il y a assez peu de raisons logiques d’imaginer que cette situation puisse changer un jour, que le Kremlin soit occupé par Poutine ou par un autre. Il faudra en tenir compte une fois cette tragédie guerrière terminée : nous ne sommes pas amis et nous avons des conceptions opposées sur quasiment tout : l’organisation de nos sociétés, le corpus de valeurs qui les fondent, l’analyse du passé, la vision de l’avenir… Mais nous pouvons nous parler, faire du business ensemble, simplement la Russie n’a jamais changé sa méthode qui est plutôt du genre dure et sauvage. L’Occident s’est illusionné sur la compatibilité de ce pays avec l’Europe, c’était un leurre. Le mérite de la guerre en cours sera probablement de remettre les pendules à l’heure en attendant le prochain ramollissement occidental.

  • L’Empire colonisateur

    Dans ses vœux pour l’année 1961, publiés notamment dans le journal de l’armée « Bled », MonGénéral expliquait :

    L’empire soviétique colonise
    Nous espérons fermement que, chez tous ces peuples, s’instaureront en définitive l’ordre et le progrès, malgré l’Empire soviétique, qui, non content de coloniser 40 millions de musulmans asiatiques et caucasiens et d’asservir une bonne douzaine de peuples qui lui sont complètement étrangers, encourage et exploite toutes les secousses afin de prendre pieds dans les pays troublés. Bref, nous ne nous laisserons pas paralyser par cette odieuse agitation.

    Aider l’Ouest et l’Est à en venir à la détente et au désarmement, pour peu que l’Empire soviétique cesse de manier des torches incendiaires tout en lançant, pour la montre, des vols de colombes épouvantées.

    « Bled » 05/01/1961

    En remplaçant « Empire soviétique » par « Fédération de Russie » on a ici une analyse pas très éloignée de la situation actuelle en Europe.

  • Il va falloir payer

    Félix/Charlie Hebdo (26/01/2022)

    La Russie a lancé sa guerre contre l’Ukraine avec des buts pas vraiment clairs. La conquête en cours amène à des milliers de morts (des deux côtés), des millions de réfugiés, des sièges de villes et des destructions significatives des infrastructures ukrainiennes, y compris des immeubles civils. Les bombardements ne sont pas massifs comme ceux pratiqués par la Russie en Tchétchénie ou en Syrie, les villes ne sont pas rasées, mais les dommages sont importants. Une fois les hostilités terminées il va falloir payer pour la reconstruction. Que la Russie soit perdante ou gagnante de cette guerre, il est peu probable qu’elle sera candidate pour financer la reconstruction de l’Ukraine. C’est sans doute à l’Europe et aux Etats-Unis d’Amérique que va échoir cette charge, des pays déjà surendettés après deux années de crise sanitaire.

    Le mur de la dette occidentale est à peu près aussi vertigineux que l’incompréhension occidentale face aux agissements actuels de la Russie. Les conséquences financières des désordres mondiaux actuels risquent d’être aussi dévastatrices que la guerre actuelle, l’accumulation gigantesque des dépenses, d’abord sanitaires puis maintenant guerrières, sans recettes en face sinon la création monétaire va ébranler le système financier mondial. On voit mal comment la planète pourra éviter une sévère restructuration financière dans les mois à venir qui devrait se traduire, au mieux par une inflation sévère et durable, ou pire par des défauts de paiement publics et privés, et le cortège de faillites qui ira avec.

  • La facture présentée par Moscou à la Syrie

    Riss/Charlie Hebdo (02/03/2022)

    La présidence russe vient d’annoncer qu’elle lançait le recrutement de mercenaires syriens pour renforcer ses troupes en guerre contre l’Ukraine. On ne sait pas encore bien quel sera le profil de ces supplétifs : djihadistes, rebelles non-djihadistes, miliciens pro-régime Assad, militaires démobilisés… sans doute un peu de tout mais certainement pas des poètes romantiques. Ils viendront appuyer aussi les troupes tchétchènes également appelées à la rescousse par Moscou et connus pour leur sauvagerie.

    Après le sauvetage du régime El-Assad en Syrie par l’armée russe, Moscou présente l’addition et demande l’aide de Damas. Celle-ci devrait lui être octroyée sans trop de difficultés d’autant plus que cela fournit des emplois (et des salaires) à des citoyens syriens vivant dans un pays à l’économie dévastée. Des supplétifs syriens seraient déjà utilisés par la Turquie en Lybie, et même à l’intérieur de la Syrie contre les Kurdes dans la bande territoriale nord occupée par Istanbul. Le mercenariat est en train de devenir une activité économique complémentaire pour la Syrie.

    L’utilisation de mercenaires par les Etats est aussi vieille que la guerre elle-même. Dans l’histoire récente on a vu les Etats-Unis d’Amérique y recourir significativement en Irak et en Afghanistan, il s’agissait de sociétés privées, dont la fameuse compagnie Blackwater, mettant en œuvre des salariés américains. La Françafrique eut aussi recours à des mercenaires dans les années 1960 pour mener ses coups tordus dans son précarré, dont le fameux Bob Denard impliqué dans des coups d’Etat au Bénin, aux Comores, des participations à des guerres au Yémen, au Katanga, au Congo belge et bien d’autres. Denard c’était un mercenariat d’opérette dans les années 1960 qui n’a jamais dû faire beaucoup de victimes sinon de détrôner quelques satrapes locaux. En revanche, comme à leur habitude les Américains ont industrialisé le processus et très largement amélioré sa « productivité » lors des guerres du Proche-Orient. L’arrivée de supplétifs syriens et tchétchènes sur un terrain de guerre est-européen risque de réserver quelques surprises et innovations. L’une des questions qui se posera à la fin des hostilités est de savoir si et comment ces Syriens rentreront chez eux ?

  • Une première victoire de la Russie

    Une première victoire de la Russie

    La guerre déclenchée par la Russie contre l’Ukraine va être difficile à conclure, militairement comme diplomatiquement, mais Moscou engrange déjà une première victoire : la revue accélérée de la demande d’adhésion à l’Union européenne (UE) de l’Ukraine, de la Moldavie et de la Géorgie. L’UE est déjà très sérieusement bloquée dans son fonctionnement du fait de l’impossibilité de travailler en bonne entente à 27 pays aux niveaux de développement socio-économiques si différents, y ajouter les trois pays précités, plus évidement les pays balkaniques (Serbie, Albanie, Macédoine du nord, entre autres) qui frappent à la porte depuis plusieurs années, est la garantie du blocage complet des institutions politiques de l’UE.

    Au mieux cette Europe se transformera en marché commun sans plus d’ambitions politiques, au pire elle tombera dans cet état de « mort cérébrale » dont le président Macron taxait récemment l’Alliance atlantique. Une telle perspective emportera l’agrément des empires actuels que sont la Russie, les Etats-Unis d’Amérique ou la Chine qui préfèrent évidemment avoir à traiter en direct avec l’Albanie, par exemple, plutôt qu’avec une entité politique établie et opérationnelle comme l’UE.

    Sans doute la Russie aura du mal à sortir grand vainqueur de la confrontation en cours avec l’Ukraine, mais si l’un des effets de cette guerre slave est une paralysie durable de l’UE, Moscou devrait s’en réjouir. A partir du moment où le statut de candidat sera attribué à ces pays, il sera très difficile d’y revenir même si l’adhésion formelle pourrait prendre des années. Le cas de la Turquie est exemplaire : sa « vocation à l’adhésion » a été reconnue dans le Traité de Rome et à l’heure qu’il est, bien que les négociations soient au point mort depuis plusieurs années, cette « vocation à l’adhésion » ne lui a toujours pas été juridiquement reprise. Il en ira de même pour l’Ukraine et les cinq autres pays de l’est dont il est question.

    Ces adhésions ne sont pas techniquement ni financièrement souhaitables pour l’Union. L’attitude russe les rend malheureusement presque inévitables !

  • L’imposture du génocide

    La guerre en cours entre la Russie et l’Ukraine donne lieu à l’utilisation abusive du terme de génocide porté par l’un contre l’autre et vice-versa.

    L’article II de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide approuvée par l’assemblée générale de Nations unies du 09/12/1948 stipule :

    Dans la présente Convention, le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :

    a) Meurtre de membres du groupe ;
    b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;
    c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ;
    d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;
    e) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.

    https://www.ohchr.org/FR/ProfessionalInterest/Pages/CrimeOfGenocide.aspx

    Depuis quelques années, dès que l’on déplore trois morts assassinés dans un village de brousse à l’autre bout du monde, les parties impliquées crient au « génocide ». C’est évidement incorrect et ne devrait pas tromper n’importe qui capable d’un minimum de réflexion.

    Les Russes accusent les Ukrainiens d’être coupables de génocide dans les provinces russophiles du Donbass à l’est du pays et les Ukrainiens taxent les Russes de génocidaires depuis leur invasion de l’Ukraine. Ces accusations ne sont pas documentées et ressemblent plus à de la communication qu’à de l’information. Il y a la guerre entre ces deux nations. Cette guerre entre deux Etats souverains a une petite saveur de guerre civile tant les peuples sont proches. Il y a évidemment des règlements de comptes entre armées, entre milices, entre citoyens, il y a certainement des forbans des deux côtés mais il n’y a pas à ce stade de preuves flagrante de génocide en cours au sens de la définition de l’ONU.

  • La Russie ferme sur ses exigences

    Juin/Charlie Hebdo (02/03/2022)

    L’armée russe continue à avancer en Ukraine par l’est, le sud et le nord. 1,5 million d’Ukrainiens auraient quitté le pays par l’ouest et quelques millions seraient déplacés à l’intérieur du pays pour fuir les combats. Des « négociations » russo-ukrainiennes se déroulent mais a priori sans véritables avancées sinon la mise en place de couloirs d’évacuation humanitaire pour sortir les civils de zones de combat qui ne sont pas véritablement opérationnels. Le président russe maintient ses exigences pour envisager un cessez-le-feu :

    1. Reconnaissance de l’annexion de la Crimée
    2. Démilitarisation de l’Ukraine
    3. « Dénazification » du pays (signifiant probablement mise en place d’un gouvernement pro-russe)

    La Russie veut reprendre le contrôle de l’Ukraine « pays frère » que le président russe considère comme une « création bolchévique » signifiant ainsi que ce pays n’a jamais eu d’existence historique et encore moins de profondeur politique.

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2022/02/a-lest-rien-de-nouveau-la-russie-naime-pas-loccident/
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    Les réactions et sanctions occidentales ne semblent pas le faire démordre de ses demandes. Il continue à parler aux uns et aux autres : MM. Macron, Erdogan (Turquie), Bennett (Israël)… pour leur répéter la même chose. Les « experts » militaires de plateaux télévisés glosent sur les difficultés rencontrées par l’armée russe face à l’opposition de l’armée ukrainienne et de la défense civile. La Russie n’a pas encore pris de sanctions économiques contre l’Occident en réaction à celles dont elle est victime, le gaz continue à circuler dans les tuyaux de la Sibérie vers l’Europe qui peut ainsi se chauffer ce qui est plus confortable pour manifester son opposition à la guerre. Le président ukrainien continue à faire porter la responsabilité à l’Ouest des morts ukrainiens du fait de son refus de s’engager militairement contre la Russie. L’Alliance atlantique (OTAN) maintient effectivement son refus de confronter ses troupes directement avec celles de la Russie, puissance nucléaire.

    Bref, la guerre continue et personne ne sait bien par quelles compromissions elle pourrait se terminer. Pourtant, les combats vont s’arrêter un jour, il y aura bien un compromis et l’Ukraine risque d’en être la victime.

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2022/02/le-president-russe-et-lhistoire/
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    Pour le moment c’est toujours Poutine qui a la plus grosse !

  • Le syndrome de l’adhésion

    Riss/Charlie Hebdo (02/03/2022)

    Après l’Ukraine qui exige son adhésion à l’Union européenne (UE) comme garantie de sa sécurité, voici hier la Géorgie et aujourd’hui la Moldavie qui réclament de même. C’est sans doute une défaite de la Russie qui voit ses anciennes Républiques soviétiques, lorsqu’elles disposent d’une expression démocratique, affirmer le même choix d’un rattachement à l’Ouest plutôt qu’à Moscou. De même, aujourd’hui les réfugiés ukrainiens quittent plutôt leur pays en se dirigeant vers la Pologne que vers la Biélorussie…

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2022/03/lukraine-en-train-dacheter-un-droit-dentree-en-europe/
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    En revanche, ce qui pourrait être une victoire à retardement du président Poutine c’est qu’une UE réunissant des pays avec des niveaux de développement aussi éloignés est une quasi garantie de blocage institutionnel de l’organisation dans son fonctionnement journalier. Exceptées les périodes très spécifiques comme aujourd’hui celle où tout le monde se retrouve sous la bannière de la défense de l’Ukraine, l’Union actuelle à 27 membres est déjà face à de très sérieuses difficultés de fonctionnement et les pays s’affrontent de plus en plus sur les valeurs démocratiques dont ils n’ont pas tous la même vision, loin de là.

    Imagine-t-on la pétaudière que pourrait être demain une UE avec les trois pays candidats plus la Serbie, l’Albanie, la Macédoine du nord qui frappent déjà à la porte depuis quelques années ? La caractéristique politique de l’Union se rabougrira et tombera d’elle-même au bout d’un moment, mouvement déjà largement entamé. D’un club de riches tel que conçu au départ, ce groupe de pays deviendra une ONU bis, un « machin » aurait dit MonGénéral, bref, un lieu d’affrontement et de chaos où la seule ambition des pays moins riches sera de soutirer des sous à ceux qui le sont plus. L’UE deviendrait une plateforme de redistribution mais disparaîtrait en tant qu’entité politique.

    Ce peut être une fin en soi mais ce n’était pas l’objectif initial des pères fondateurs. Les dictatures, mais aussi les Etats-Unis et le Royaume Uni, se réjouiraient sans doute d’une telle évolution (régression ?), ainsi d’ailleurs que nombre de partis populistes dans les démocraties européennes. La Russie tiendra peut-être alors sa victoire, à moins qu’elle n’ait aussi demandé son adhésion à l’UE !

  • L’Ukraine en train « d’acheter » un droit d’entrée en Europe

    Foltz/Charlie Hebdo (02/03/2022)

    Avec pas mal d’habileté, mais aussi le sang de son peuple, le président ukrainien Volodymyr Zelensky est en train de gagner le droit d’entrée de son pays dans l’Union européenne (UE). Faisant preuve d’un courage certain en refusant les propositions d’exfiltration de certaines puissances occidentales, il marque ainsi la différence avec l’un de ses prédécesseurs Viktor Yanukovych qui s’était exilé en Russie 2014 pour fuir son pays en proie à la « révolution orange ».

    Le président ukrainien toujours présent à Kiev diffuse plusieurs fois par jour des messages vidéo sur les réseaux dits « sociaux » et a même aujourd’hui réalisé une intervention devant le parlement européen dans laquelle il exhorte l’UE à entamer une procédure d’adhésion exceptionnelle pour son pays qu’il qualifie de « juste et possible ».

    « Prouvez que vous êtes avec nous. Prouvez que vous ne nous laisserez pas tomber. Prouvez que vous êtes effectivement des Européens et alors la vie vaincra la mort et la lumière vaincra l’obscurité »

    Il fait jouer la corde sensible avec relativement d’efficacité. Qui osera se prononcer aujourd’hui contre l’adhésion de l’Ukraine qui est sous les bombes russes, et alors que l’on a déjà accepté des pays comme la Croatie ou Chypre (occupée par la Turquie) ? En réalité : personne même si l’on sait bien que l’élargissement de l’Union à l’Ukraine à l’ensemble européen ne pourra que rendre un peu plus chaotique le fonctionnement de l’UE et nécessitera des budgets considérables à régler par les contribuables communautaires. De plus, la Russie ne l’acceptera pas plus que la Serbie n’admettra jamais « l’indépendance » du Kosovo… L’adhésion de l’Ukraine n’est pas dans l’intérêt raisonnable des pays déjà membres mais nous sommes sans doute déjà au-delà du raisonnable et probablement, à défaut de prendre les armes aux côtés de Kiev, l’Europe devra s’engager à quelque chose en faveur de ce pays qui ne doit respecter à ce stade que fort peu des critères économiques, sociaux, juridiques et politiques préalables à l’adhésion dans un contexte normal, et qui n’est pas près de les respecter dans leur entièreté.

    Lorsque l’heure de la diplomatie reviendra l’UE sera peut-être sauvée par le gong car il faudra bien compromettre quelque chose avec Moscou ; probablement une certaine neutralité de l’Ukraine serait une demande minimum pour stopper le conflit. A moins que l’Occident n’ait l’intention de demander une reddition sans conditions ce qui n’est probablement ni techniquement faisable car il faudrait qu’il entre en guerre, ni politiquement souhaitable, souvenons-nous des effets délétères du Traité de Versailles. Dans tous les cas une adhésion de l’Ukraine à l’UE ou à l’OTAN, même dans une perspective lointaine sera toujours très mal vécue par la Russie, susceptible d’attiser le jusqu’auboutisme de Moscou, et très indigeste pour l’Occident.

  • Le président russe et l’Histoire

    Le président russe et l’Histoire

    Le président russe a signé un long article (15 pages) en juillet 2021 sur l’histoire commune de son pays et de l’Ukraine.

    Un peu soporifique et confus, cet article insiste sur le fait que les peuples russe et ukrainien ne font qu’un et que leurs divisions actuelles sont provoquées « par des forces qui ont toujours cherché à torpiller notre unité. »

    Les Russes, les Ukrainiens et les Biélorusses sont les héritiers de l’ancienne Russie qui a été le plus grand pays d’Europe.

    Le trône de Kiev bénéficiait d’une position dominante dans l’ancien État russe.

    S’en suivent dix siècles d’histoire brossée à grands traits mentionnant que « l’Ukraine moderne est entièrement le fruit de l’ère soviétique » et donc n’existait pas vraiment comme Etat avant cette période. Puis, sous influence extérieure depuis la fin de l’URSS, elle fut mal gérée par des autorités qui ont « dilapidé les acquis de plusieurs générations. » pendant que les Etats-Unis d’Amérique et l’Union européenne « ont poussé systématiquement et avec persévérance l’Ukraine à réduire et à limiter sa coopération économique avec la Russie. »

    Pas à pas, l’Ukraine a été entraînée dans un jeu géopolitique dangereux, dont le but était d’en faire une barrière entre l’Europe et la Russie, une tête de pont contre la Russie. Inévitablement, le moment est venu où le concept de « l’Ukraine n’est pas la Russie » n’était pas suffisant. Il a fallu « l’anti-Russie », ce que nous n’accepterons jamais.

    Bref, les forces extérieures maléfiques s’évertuent à diviser l’Ukraine et la Russie alors que l’histoire n’aurait jamais dû les séparer.

    Je suis convaincu que c’est en partenariat avec la Russie que la véritable souveraineté de l’Ukraine est possible. Nos liens spirituels, humains, civilisationnels se sont tissés depuis des siècles, remontent aux mêmes sources, se sont endurcis par les épreuves, les réalisations et victoires communes. Notre parenté se transmet de génération en génération. Elle est dans les coeurs, dans la mémoire des personnes vivant dans la Russie et l’Ukraine modernes, dans les liens du sang qui unissent des millions de nos familles. Ensemble, nous avons toujours été et serons bien plus forts et performants. Après tout, nous sommes un seul peuple.

    Tout ceci est entendable mais la seule analyse qui manque est de savoir pourquoi les peuples des anciennes Républiques soviétiques regardent vers l’Ouest plutôt que vers Moscou ? Peut-être est-ce aussi une question de gouvernance, voire de conception de la liberté ? Et comment fait-on pour faire revenir vers soi un pays qui, majoritairement, ne le souhaite plus ? On utilise la force et c’est ce qu’est en train de faire la Russie, comme l’Union soviétique l’a fait autrefois à Berlin, à Bucarest, à Prague.

    En fait, le pouvoir russe considère que l’Ukraine est une province de la Russie et il entend y mener ses opérations de maintien de l’ordre comme il les mène à l’intérieur de ses propres frontières, et avec les méthodes vigoureuses qui sont les siennes. Le problème auquel il se heurte est que l’Ukraine est devenue un pays souverain reconnu par la communauté internationale, dont la Fédération de Russie, et que ladite communauté n’aime pas que les frontières soient revues, sauf si c’est le fait de communauté elle-même, comme ce fut le cas avec la scission du Soudan par exemple.

    Un jour, le moment de la diplomatie reviendra et ce long texte poutinien sera de nouveau sur la table. Il faudra bien céder quelque chose à la Russie et prendre en compte ses peurs, ou même une partie de son interprétation parfois fantasmagorique de l’Histoire. La guerre déclenchée par la Russie une fois terminée devrait au moins permettre de redéfinir les rapports entre ce pays et l’Europe. Demain la Russie sera toujours là, peut-être dirigée par une autre équipe, et il faudra bien trouver un moyen de cohabitation qui risque de se faire au détriment de l’Ukraine qui pourrait être partitionnée ou rendue neutre comme prix à payer pour la paix, au moins pour quelques décennies.

  • Les avoirs des dirigeants russes

    Un certain nombre de dirigeants russes, dont le président et son ministre des affaires étrangères, font l’objet de sanctions occidentales par gel de leurs avoirs. Ces annonces sont diffusées haut et fort par différents Etats européens mais personne ne précise le montant de ces avoirs saisis ! Le citoyen ignore donc complètement l’effet de telles mesures. On peut imaginer que MM. Poutine ou Lavrov, entre autres, ne sont pas stupides au point d’avoir laissé des comptes bancaires ou des actifs à leurs noms dans des pays occidentaux. S’ils ont des fortunes à cacher en dehors de la Russie, il existe suffisamment de paradis fiscaux ou, tout simplement, de pays amis disposés à les accueillir pour ne pas courir le risque de se les faire saisir en Occident. Il est étonnant que les médias français passant en boucle cette information sur le gel des avoirs ne se posent pas la question de quelles valeurs il est question ?

    Ce n’est cependant pas le cas de nombre d’oligarques russes qui paradent dans de luxueuses demeures à Londres, sur la Côte d’azur et ailleurs, sans parler de ceux qui achètent des clubs de fouteballe. On se demande bien pourquoi ils préfèrent Nice à la mer Noire pour passer leurs vacances, mais c’est ainsi, ils ont beaucoup investi en Europe. Rappelons que la fortune de la plupart d’entre eux a été constituée lors de la privatisation des entreprises d’Etat soviétiques dans les années 1990, qui fut l’une des plus gigantesques opérations de spoliation de biens publics réalisée dans le monde à l’époque contemporaine.

    Leur cas est plus complexe car on peut leur faire confiance pour avoir mis en place des montages juridiques complexes et multinationaux pour cacher leurs titres de propriété occidentaux et rendre juridiquement difficile leur saisie. Même les Balkany, bien moins riches et avisés, ont réussi à cacher leurs véritables avoirs au fisc français durant des décennies… Par ailleurs, saisir les avoirs des oligarques pose également des questions politiques : sont-ils responsables de la guerre en Ukraine ? Que se passera-t-il avec les avoirs occidentaux en Russie qui subiront probablement le même sort ?

  • Les alliés indéfectibles de la Russie

    Alors que les pays occidentaux protestent contre la guerre déclenchée par la Russie en Ukraine et essayent d’aider Kiev comme ils le peuvent et sans engager de troupes sur place, les habituels amis de Moscou marquent leur « indéfectible amitié à la Russie ».

    Le site Facebook de la présidence syrienne mentionne un entretien téléphonique ce 25 févier entre MM. Poutine et Al Assad dont le compte-rendu est même traduit en français (avec un peu d’approximation) :

    Le président Assad a déclaré : les pays occidentaux assument la responsabilité du chaos et du sang à cause de leurs politiques visant à contrôler les populations, alors que ces pays utilisent leurs sales méthodes pour soutenir les terroristes en #Syrie et les nazis en Ukraine et en diff des parties érentes du monde.

    Le président Assad considère que l’ennemi auquel sont confrontés les soldats syriens et russes est un ennemi, en Syrie il est extrémiste et en Ukraine il est nazie, faisant remarquer que la Russie fédérale donnera au monde une leçon que les grands pays ne sont pas seulement grands avec leur pouvoir militaire mais en ce qui concerne le droit et la haute éthique Oui et les principes de l’humanité.

    https://www.facebook.com/SyrianPresidency/posts/321674126665574

    La Biélorussie est partie au conflit puisqu’une partie des troupes russes sont parties de ce pays pour envahir l’Ukraine qui partage une longue frontière avec ce pays. C’est un peu le retour d’ascenseur après que la Russie avait soutenu son président dont la réélection en 2020 était fortement contestée par la rue.

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2021/11/la-russie-aux-avant-postes-du-soutien-a-la-bielorussie/
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    La Chine a déclaré « Nous comprenons les préoccupations de sécurité légitimes de la Russie » sans toutefois soutenir l’intervention militaire en cours. Sans doute Pékin observe de près les suites qu’aura cette affaire dans l’hypothèse où elle souhaiterait faire de même, un jour, avec Taïwan.

    Ce 25 février, une résolution préparée par les Etats-Unis d’Amérique et l’Albanie a été rejeté par le veto russe. Trois pays : Chine, Inde et Emirats arabes unis, se sont abstenus et onze ont voté pour. Le texte rejeté décidait que

    « la Fédération de Russie cessera immédiatement de recourir à la force contre l’Ukraine » et « retirera immédiatement, complètement et sans condition ses forces militaires du territoire de l’Ukraine à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues ».

    Lire aussi : https://news.un.org/fr/story/2022/02/1115192
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    La position de neutralité de l’Inde et des Emirats arabes unis est prudente et un peu acrobatique, mais ces deux pays rejettent également de toutes leurs force le concept même de démocratie. C’est sans doute une des raisons expliquant leur position à l’ONU.

    Bien entendu, la Corée du Nord et l’Iran ont marqué leur soutien à la Russie, ainsi que l’inénarrable Francis Lalanne.

    La Tchétchénie, République du Caucase, de religion musulmane, La Tchétchénie, République du Caucase, de religion musulmane, appartenant à la Fédération de Russie, dont l’opposition et ses revendications indépendantistes avaient été très violemment éteintes par les troupes de Moscou lors des guerres de 1994 (Eltsine étant président russe) et 2000 (sous la présidence Poutine). A la suite de ces violences, l’Europe a accueilli des réfugiés Tchétchènes dont certains se sont illustrés, notamment en France, dans des actions terroristes et de délinquance. Cette République est maintenant dirigée d’une main de fer par un dictateur prorusse qui a proposé d’envoyer 10 000 « combattants » en Ukraine pour soutenir la politique russe. On peut souhaiter à l’Ukraine que cette option ne soit pas déclenchée par Moscou car ces « combattants » sont plutôt du genre sauvage.

  • Le risque nucléaire

    Alors que le président russe rappelle régulièrement que son pays dispose de l’arme nucléaire et que si quelque pays que ce soit intervient dans le conflit en cours il devra affronter une réaction immédiate et d’une ampleur « jamais vue ». Le ministre français des affaires étrangères a répondu sur un plateau télévisé hier soir que l’OTAN était également une alliance nucléaire.

    Ces échanges explicites font comprendre que l’option de l’arme nucléaire est sur la table. Evidemment on joue aussi à se faire peur mais cela fait longtemps qu’une telle hypothèse n’avait pas été aussi précisément évoquée en Europe. Une Russie « jusqu’auboutiste » pourrait-elle appuyer sur le bouton ? On ne sait pas mais on croit ceci possible.

    On remarque que les invasions soviétiques chez les « pays frères » à Berlin-Est en 1953, à Budapest en 1956 ou Prague en 1968 n’avaient pas déclenché de guerre aussi totale que celle qui est en cours en Ukraine. Certes le sang avait coulé mais « l’ordre communiste » avait été rétabli semble-t-il avec moins de batailles, ou en tout cas des combats moins violents. Il faut dire qu’à ces époques une partie des populations et élites locales des pays envahis étaient favorables à l’arrivée du « grand frère » soviétique avec lequel elles partageaient l’idéologie communiste. Cela semble être beaucoup moins le cas aujourd’hui en Ukraine où la guerre déclenchée par Moscou a choqué et surpris nombre d’Ukrainiens tant leur histoire, leur culture et leur langue sont mélangées avec celles des Russes.

    Quand la guerre actuelle entre la Russie et l’Ukraine s’atténuera et que l’heure de la diplomatie reviendra, l’Ukraine sera sans doute renforcée dans sa volonté de regarder vers l’Ouest et elle rejoindra le groupe des pays qui eurent à souffrir dans leur chair de l’Union soviétique puis de la Fédération de Russie et ne sera sans doute pas prête avant longtemps à regarder vers Moscou. Il est à craindre que la Russie n’occupe l’Ukraine où n’y installe des dirigeants à sa botte, ou, plus probablement, les deux lorsque l’intensité du conflit s’atténuera. La situation sera donc sans doute gelée pour quelques années mais le ressentiment des Ukrainiens contre les Russes risque de perdurer pour de longues années.

    Quant à la Russie elle s’est sans doute mise au ban de la société occidentale pour encore plus longtemps. Elle se retournera vers l’Asie d’où l’on n’aurait jamais dû la sortir. Le monde est en train de remplacer l’opposition capitalisme/socialisme de la guerre froide par une compétition démocraties/dictatures, qui recouvre plus ou moins la répartition géographie Occident/Asie, la première zone intégrant également quelques pays asiatiques comme le Japon, l’Australie. Le gagnant de ce nouveau conflit n’est pas écrit d’avance

    Cette nouvelle guerre idéologique était plutôt du genre tiède mais Moscou vient de marquer qu’elle peut aussi se réchauffer comme moyen de force pour éviter la « contagion démocratique », pour le moment sans déclencher de l’option nucléaire.

  • La Russie passe du côté obscur de la force

    Il y avait un risque sur deux que la Russie déclenche une guerre ouverte contre l’Ukraine au lieu de se contenter d’un simple soutien aux Républiques autoproclamées du Donbass dans lesquelles les « forces de paix » russes étaient déjà à la manœuvre depuis le début de la semaine. Eh bien nous y sommes, une campagne de bombardement significative a été lancée dans la nuit touchant toutes les villes du pays.

    Un message du président russe a été diffusé dans la nuit pour annoncer l’attaque dans lequel il parle de son objectif de « démilitariser et dénazifier l’Ukraine » ainsi que d’arrêter le « génocide » en cours mené par Kiev contre les populations russophones du Donbass. Il a également affirmé que toute partie qui aiderait l’Ukraine aurait à en supporter les conséquences.

    On reconnaît là toute la subtilité russe sans vraiment savoir ce que cela veut dire, ni jusqu’où ce conflit sera mené tant l’hypothèse d’une guerre totale contre l’Ukraine semblait improbable. L’Occident libéral fait preuve de faiblesse et a du mal à anticiper les comportements agressifs des dictateurs. Engourdi dans des problèmes de riches et de cholestérol, l’Ouest renonce à menacer de faire la guerre si ses intérêts vitaux ne sont pas en jeu et l’Ukraine, a priori, ne fait pas partie desdits intérêts. Il n’est pas facile pour un dirigeant démocratique de décider d’envoyer (ou même seulement d’envisager) son pays et ses citoyens à la guerre !

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2022/02/ruse-et-retors-le-president-russe-met-la-main-sur-le-donbass/
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    Étrange retour aux années 1930-1940, qui, quand même, se sont terminées par la défaite des nazis et de leurs alliés avec l’aide incontestable de… l’Union soviétique, mais après une guerre mondiale et des millions de morts des deux côtés. La reddition sans condition allemande n’a pu être obtenue que suite à un engagement total des forces alliées. Les pays européens de l’Est qui ont déjà été occupés par les Soviétiques durant la guerre froide s’inquiètent de voir les ambitions de l’ours russe ne pas se satisfaire de la simple Ukraine. On pressent aujourd’hui que cela serait possible.

    En fait nous assistons en ce moment à un « concours de bites » et pour l’instant c’est manifestement Poutine qui a la plus grosse !

  • Rusé et retors, le président russe met la main sur le Donbass

    Félix/Charlie Hebdo (26/01/2022)

    Après avoir menacé sans vergogne l’Occident d’envahir l’Ukraine coupable de tendresse envers l’Ouest, massé des troupes considérables à sa frontière avec ce pays, baladé et menti effrontément à tous les représentants occidentaux passés à Moscou pour essayer de régler le litige diplomatiquement (dont le président français), la Russie vient de reconnaître « l’indépendance » de deux Républiques autoproclamées de l’est de l’Ukraine, habitées par une majorité russophile et russophone, en guérilla depuis 2014 contre le pouvoir central de Kiev. Dans la foulée des accords de coopération et de défense ont été signés entre la Russie et ces deux territoires, autorisant l’entrée des « troupes de paix » russes ce qui fut aussitôt fait. On ne connait d’ailleurs pas exactement les « frontières » reconnues par Moscou, celles des deux Républiques autoproclamées ne correspondant pas exactement à celles de la région du Donbass !

    L’Occident vocifère sur tous les tons mais se retrouve devant le fait accompli en préparant quelques sanctions économiques après avoir bien expliqué qu’il n’y aurait pas d’engagements militaires contre la Russie sur le thème « personne chez nous ne veut mourir pour l’Ukraine ». Le message n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd !

    Le résultat des courses est que la Russie est bien rentrée en Ukraine sans formellement entrer en guerre mais en envoyant des « soldats pour la paix » censés aider leurs nouveaux amis de Donbass. C’est bien joué. Les habitants de cette région devraient majoritairement accueillir les Russes à bras ouverts alors qui va s’inquiéter pour eux ? Après la Transitrie créée contre la Moldavie en 1992, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud crée en 2014 contre la Géorgie puis la Crimée annexée par la Russie la même année, c’est chaque fois plus ou moins la même méthode par création par les rebelles sécessionnistes locaux de républiques autoproclamées, où résident de fortes communautés russes ou d’origine russe, qui déclarent leur indépendance puis sont reconnues par Moscou et quelques-uns de ses affidés. Une fois ces indépendances reconnues par la Russie le pays d’où ces territoires ont été arrachés n’ose plus vraiment essayer de les récupérer par peur de se heurter à Moscou. C’est ce qui se passe en Géorgie, en Transnitrie et, probablement, à partir d’aujourd’hui dans le Donbass.

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2022/02/a-lest-rien-de-nouveau-la-russie-naime-pas-loccident/

    Après son intervention pour aider à rétablir l’ordre au Kazakhstan l’an passé, Moscou continue à rétablir des Etats tampons autour de ses frontières, bref remettre sur pieds une sorte d’Union soviétique du XXIème siècle. Le problème insoluble pour la Russie est que la majorité des anciennes Républiques soviétiques qui ont goûté aux charmes de l’Ouest après l’effondrement de l’URSS, la Pologne, les pays Baltes, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie… ne souhaitent pas, mais vraiment pas, revenir vers le passé. Toute la ruse et la mauvaise foi des négociateurs russes n’arrivent pas à inverser ce sentiment et c’est là leur problème insoluble à ce stade.

    Evidemment, si l’Ukraine restait amie avec la Russie et ne regardait pas vers l’Occident avec les yeux de Chimène ce serait plus simple pour tout le monde, et surtout pour l’Ouest. Faire adhérer l’Ukraine à l’Union européenne comme le président ukrainien l’exige actuellement serait tout simplement un cauchemar bureaucratique, une charge budgétaire sans précédent pour les contribuables communautaires et une source de conflits sans fin. Et sans doute un échec in fine. Ainsi vont les relations internationales, la Russie est entrée en Ukraine et il est peu probable que personne ne l’en chasse avant longtemps même s’il y aura certainement de nouvelles étapes à affronter.

  • Poutine tout en délicatesse et subtilité

    Lors d’une conférence de presse commune à Moscou le 7 février avec le président français Macron, le président de la Fédération de Russie Poutine, pour essayer de faire retomber les bruits de bottes entendus de l’armée russe massée aux frontières de l’Ukraine, le Russe interpelle son ennemi ukrainien en assénant :

    Que ça te plaise ou non, ma jolie, faudra supporter.

    Il semble que cela rime en russe, bel effort !

    Les commentateurs ont parlé d’une phrase qui ferait allusion au viol. Le porte-parole du Kremlin a expliqué le lendemain que M. Poutine voulait dire que lorsqu’un Etat a pris des engagements, il doit les respecter. Dans tous les cas, cette sortie démontre le sentiment de supériorité affiché par Moscou à l’égard des anciennes possessions de l’Union soviétique. Si la rime en russe est riche, elle indique que le président russe est aussi poète à ses heures perdues…

  • A l’Est, rien de nouveau : la Russie n’aime pas l’Occident !

    Riss/Charlie Hebdo (26/08/2020)

    Alors que Moscou fait résonner des bruits de bottes à sa frontière ouest avec l’Ukraine, sa capacité de nuisance et sa détestation de l’Occident se confirment. L’Ukraine est tiraillée entre sa partie est, le Donbass, russophone et russophile, et ses trois-quarts ouest plutôt attirés par l’Occident. La Russie a déjà annexé la Crimée (également russophone et russophile) en 2014 qui avait été bien imprudemment rattachée à l’Ukraine en 1954 sur décision de l’Union soviétique. Moscou se verrait bien croquer le reste de l’Ukraine…

    Après la fin de l’URSS, quelques esprits ignorants ou mal intentionnés ont laissé entendre à ce pays qu’il pourrait intégrer l’alliance militaire de l’Atlantique nord (OTAN) et l’Union européenne (UE), afin de l’ancrer loin de l’influence russe. Moscou ne l’entend pas de cette oreille et agit actuellement en plein jour en massant son armée à la frontière, en sous-main via ses habituelles attaques cyber et autres actions de déstabilisation, une spécialité de ce pays depuis des décennies.

    Evidemment la frontière géographique entre l’Europe et l’Asie est difficile à situer précisément. Si l’on regarde le massif de l’Oural, traditionnellement évoqué comme frontière géographique entre ces deux continents, l’Ukraine est plutôt située côté ouest. Mais si l’on se penche sur l’histoire politique et culturelle de la région, l’Ukraine fait plutôt partie du monde slave de l’est bien que les relations entre l’Ukraine et l’Empire russe, puis l’URSS, puis de la Fédération de Russie de nouveau après 1989, n’ont jamais été vraiment apaisées dans l’époque contemporaine et plutôt ponctuées de conflits, de déportations, d’empoisonnements, de rébellions, d’exécutions, de famines, de goulags, de spoliations et de vengeances…

    Ce qui est sûr c’est que l’intégration de l’Ukraine dans l’UE ne serait qu’une mine de problèmes pour tout le monde et pour très longtemps, sans parler des coûts gigantesques qu’il faudrait investir dans ce pays pour ne pas arriver à le mettre à niveau des exigences occidentales, économiques comme démocratiques. Malgré un passé industriel et agricole solide, ravagé par une corruption endémique le pays reste dans les mains d’oligarques qui se sont partagés les dépouilles de l’Ukraine soviétique et gèrent depuis le pays comme s’il en allait de leur propre patrimoine. Les quelques tentatives d’aller vers plus de démocratie et d’Etat de droit ont toutes plus ou moins échoué, la dernière ayant porté au pouvoir en 2019 un ancien comédien de télévision qui semble rencontrer quelques difficultés à s’imposer. A la tête d’un pays dont la Crimée a été annexée par Moscou en 2014 et la partie orientale est en sécession avec l’aide de la Russie, il faut admettre que sa tâche n’est pas aisée.

    La perspective d’un élargissement occidental à l’Ukraine a le don d’énerver considérablement Moscou qui verrait ainsi, s’il se réalisait, le système démocratique tant honni se rapprocher de ses frontières. La Russie, comme d’autres pays autoritaires, considère la démocratie comme décadente et nuisible à son propre pouvoir. C’est une vieille histoire. Depuis Catherine II (1729-1796) l’Empire russe s’étend vers l’ouest et vers le sud. Moscou a défait Napoléon et Hitler dans des batailles homériques devenues mythiques. Il s’étend même à l’est au début du XXème siècle contre les empires perse et ottoman. La Russie est une puissance qui a les ambitions de la puissance, hier comme aujourd’hui. La Révolution bolchévique a poursuivi cette internationalisation sous le drapeau de l’URSS puis a cédé la place à la Fédération de Russie avec un peu moins d’idéologie mais toujours la même volonté de s’occuper plus de ce qui se passe à l’extérieur de ses frontières qu’à l’intérieur. Et les Russes ne s’encombrent pas de subtilités diplomatiques pour le faire savoir. Avec la discrétion d’un ours dans un magasin de porcelaine, ils déploient leur armée et menacent l’Ukraine tout en expliquant qu’ils se sentent agressés par la volonté de l’Occident d’accueillir l’Ukraine en son sein.

    En réalité, tout le monde a intérêt au statuquo, l’Occident comme la Russie. Peut-être que les menaces russes sont la meilleure façon de l’obtenir. Pour autant qu’elles ne soient pas mises en œuvre, faut-il s’en plaindre ?

  • Moscou se régale

    Avec ironie et cynisme, Moscou donne des leçons de « droit-de-l’hommisme » aux pays occidentaux en les morigénant sur le caractère inhumain de la façon dont ils traitent les réfugiés moyen-orientaux à la frontière de la Biélorussie. C’est facile, alors le président russe ne s’en priva pas :

    « Voyons comment les forces de sécurité polonaises se comportent aujourd’hui à la frontière. […] Il y a des petits enfants… tout de même, ils leur projettent de l’eau, jettent des grenades lacrymogènes. Pendant la nuit, des hélicoptères volent le long de la frontière, ils mettent en marche des sirènes. »

    Président Poutine cité par RT France

    Et il est bien relayé par son ministre des affaires étrangères :

    « Ils ne peuvent pas ne pas comprendre qu’ils sont en train de violer toutes les normes imaginables du droit international humanitaire et d’autres accords de la communauté internationale. Bien sûr qu’ils le comprennent ! »

    Sergueï Lavrov cité par RT France

    C’est un peu la réponse du berger à la bergère : à force de faire des remontrances à la planète entière sur les principes démocratiques qu’elle devrait suivre, l’Occident donne des cordes pour se faire battre et, Moscou, et d’autres capitales, se font un plaisir d’insister sur ces contradictions.

    Avec la montée en puissance impressionnante de pays non démocratiques comme la Chine ou la Russie, l’Occident se trouve confronté à la remise en cause de certains principes défendus au cours du XXème siècle, notamment, la démocratie ne serait plus la voie unique pour un développement « heureux ». On voit même depuis plusieurs années des démocraties voter sciemment pour des dirigeants dits « illibéraux » dont Donald Trump aux Etats-Unis d’Amérique fut l’exemple le plus frappant, sans doute favorisé par des actions de soft power russes ! C’est d’ailleurs la plus éclatante victoire des « démocratures » qui réussissent à favoriser l’émergence de pouvoirs leur ressemblant dans les démocraties, élus lors de suffrages démocratiques.

    C’est ainsi, la roue tourne, et le rééquilibrage des puissances mondiales n’est d’ailleurs pas forcément une mauvaise nouvelle. Malgré tout, il fait toujours bon vivre dans les démocraties dont la créativité économique et culturelle, ainsi que la conception de la liberté, constituent toujours une force d’attraction significative.

    On dirait que les migrants sont plutôt d’accord car ils se dirigent dans une très grande majorité plus vers l’Ouest que vers l’Est pour tenter de trouver refuge. Alors, l’Occident voudrait utiliser les mêmes méthodes que la Biélorussie en utilisant les flux migratoires comme « arme hybride », il ne le pourrait guère en l’absence de migrants « volontaires » pour aller se réfugier en Biélorussie… Rappelons que ce pays, comme la Fédération de Russie, est signataire de Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et/ou à son protocole de 1967.

  • La Russie aux avant-postes du soutien à la Biélorussie

    Avec sa morgue habituelle, la diplomatie russe affirme que ni la Biélorussie, ni la Russie bien entendu, n’ont la moindre responsabilité dans le fait que des migrants moyen-orientaux se retrouvent massés à la frontière entre la Biélorussie d’une part, la Pologne et la Lituanie d’autre part. Bien au contraire, son chef accuse l’Europe d’être responsable de ce nouvel afflux de candidats à l’exil sur ce continent.

    « Cela a commencé avec la politique que les pays occidentaux, dont l’OTAN et les pays de l’Union européenne, mènent depuis de nombreuses années vis-à-vis du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, en essayant de leur imposer une vie meilleure selon les modèles occidentaux, la démocratie sous la forme sous laquelle l’Occident l’interprète et a tenté de l’imposer agressivement dans le monde entier, se lançant dans des aventures militaires lorsqu’il rencontrait la moindre résistance »

    Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères (RT-France)

    On dirait tout de même que les migrants et candidats au statut de réfugié sont plutôt intéressés par « les modèles occidentaux » puisque les flux actuels se dirigent tous vers les pays de l’Union européenne (UE) ou les Etats-Unis d’Amérique…, assez peu vers la Russie ou la Corée du Nord.

    Mais qu’importe cette réalité, le russe pousse le bouchon encore un plus loin en rappelant que l’ancien ministre italien de l’intérieur Mattéo Salvini, est actuellement traduit en justice pour avoir refusé à des bateaux chargés de migrants de les débarquer dans un port italien, et que les dirigeants polonais et lituaniens devraient subir le même sort :

    « Aujourd’hui, [Matteo] Salvini est jugé pour avoir mis en danger la vie de ces réfugiés qui tentaient d’échapper à des conditions sanitaires désastreuses. Quelle est donc la différence entre les mesures prises par les pays baltes et la Pologne et celles qui ont amené l’ancien ministre du gouvernement italien à être traduit en justice ? »

    Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères (RT-France)

    Plus c’est gros plus ça passe et Moscou sait utiliser avec efficacité une mauvaise foi de première catégorie et une langue de bois en chêne massif. On se souvient de l’inoubliable déclaration du président russe Poutine lors de l’aide apportée à la rébellion dans la région ukrainienne du Donbass en 2014, russophone et russophile, par des combattants russes dont les uniformes ne portaient aucun insigne distinctif, mais dont la nationalité russe fut attestée par les passeports saisis sur certains prisonniers, déclaration qui disait en substance : « si des citoyens russes veulent aller passer leurs vacances en Ukraine à titre privé, je n’y peux rien ».

    Lire aussi : Les nouvelles « attaques hybrides »

    « Accessoirement », un avion civil malaysien fut abattu par un missile au-dessus de cette région le 17/07/2014 faisant 298 morts. Les forces en présence se rejettent la responsabilité du tir du missile et Moscou a mis son veto au Conseil de sécurité de l’ONU sur le principe de l’établissement d’un tribunal international afin de poursuivre les responsables de cet abattage d’un avion civil.

    La Russie tape contre l’Occident, ce qu’elle fait depuis 1918, nie l’évidence, agit avec cynisme, utilise avec efficacité soft et hard power contre la démocratie libérale, son ennemi. Cela fonctionne plutôt bien pour le moment tant le rejet de la démocratie occidentale est désormais partagé par les pays autoritaires de la planète. Seuls les migrants semblent donner quelque crédit à cette utopie en menant leurs pas vers l’Europe plutôt que vers la Biélorussie…

    Pour en savoir plus sur la politique russe et la vision de Moscou sur le reste du monde, il est bon de consulter la chaîne « RT France » qui est très éclairante : https://francais.rt.com.