Catégorie : No Europe

  • La France a quitté le Niger

    La France a quitté le Niger

    C’est un bon accomplissement, la France a rapatrié ses derniers militaires stationnés au Niger et fermé son ambassade sans autre forme de procès. L’évacuation de l’armée française est conforme à la demande des autorités locales souveraines ; on espère que tout le matériel militaire a pu être aussi évacué ou a alors été détruit. La clôture de l’ambassade est tout aussi logique. Il est probable qu’elle rouvrira un jour mais elle n’est plus d’une grande utilité en ce moment tant les relations diplomatiques entre Paris et Niamey sont dégradées. Il n’est pas non plus nécessaire de délivrer des visas français à des citoyens locaux pour le moment. Une autre ambassade sera certainement désignée pour représenter les intérêts français en assurant le service minimum.

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    Bien heureusement, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui avait fait entendre des bruits de bottes, menaçant d’envoyer des troupes au Niger pour rétablir « l’ordre constitutionnel » ne s’est pas exécutée. Personne n’a d’ailleurs vraiment cru qu’une telle initiative puisse être exécutée, la CEDEAO a sans doute perdu là une bonne occasion de se taire. Dans les faits, elle a laissé prospérer la junte de galonnés ayant pris le pouvoir par la force, reléguant le président Bazoum et sa famille en résidence surveillée. Il semble que celui-ci refuse toujours officiellement de démissionner, marquant ainsi un courage certain d’autant plus qu’il est d’origine arabe, c’est-à-dire d’une ethnie minoritaire dans le pays. Il est un peu de dindon de la farce nigérienne, considéré comme un collaborateur de l’Occident et de la France, hélas pour lui. Sa vie ne serait pas en danger mais sa liberté est sérieusement entravée.

    Alors que les troupes françaises qui étaient présentes au Mali, au Burkina-Faso et au Niger vont désormais être réemployées dans des tâches certainement plus conformes aux intérêts de la France il est temps maintenant de s’attaquer sérieusement à l’un des derniers vestiges de la françafrique, celui du franc CFA qu’il a déjà été convenu de démanteler en 2019 sans que ce projet n’ait beaucoup avancé depuis. Il prévoyait à l’époque un nouveau nom pour une devise commune, l’ECO, mais le maintien de la garantie d’un cours fixe avec l’euro, offerte par la France et ses contribuables. Ce lien atténue très fortement l’intérêt pour l’Afrique de passer à une devise nationale, qu’elle soit commune à plusieurs pays ou pas d’ailleurs. Il faut casser cette garantie pour redonner aux pays actuellement membres de la zone CFA leur véritable souveraineté monétaire, quitte à ce qu’ils s’organisent en zone monétaire commune s’ils le souhaitent.

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    On ne comprend pas bien pour le moment ce qui freine Paris pour mener à bien ce projet qui a été mis sur pieds par la France et les pays de la zone monétaire il y a déjà quatre ans. Peut-être les derniers soubresauts de la françafrique pourtant bien moribonde mais pas tout-à-fait à terre ?

    Il semble que l’ambassade du Niger en France et ses deux consulats à Lyon et Marseille continuent de fonctionner normalement. Il conviendrait probablement d’examiner leur utilité en de telles circonstances et d’envisager leur fermeture le cas échéant.

  • Double victoire de la Russie contre l’occident

    Double victoire de la Russie contre l’occident

    La Russie a le vent en poupe dans le conflit qui l’oppose à l’Ukraine et à l’Occident. Hier le Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement a entériné l’ouverture des négociations d’adhésion à l’Union européenne (UE) pour l’Ukraine, la Moldavie et la Bosnie-Herzégovine. Certes il reste encore de nombreuses étapes à franchir avant que ces adhésions ne soient opérationnelles, l’exemple de la Turquie est là pour le rappeler, mais on peut imaginer que pour l’Ukraine en guerre contre la Russie l’Union sera moins exigeante pour accélérer cette adhésion comme prix des sacrifices endurés par Kiev pour défendre les frontières Est de l’Europe contre l’agressivité de la Russie.

    L’ouverture des négociations d’adhésion déclenche le déblocage de fonds européens en faveur des candidats pour les aider à se mettre à niveau et il va bien falloir que ces fonds soient prélevés quelque part, c’est-à-dire dans les poches des Etats membres actuels ce qui risque de déclencher frustrations et difficultés. L’entrée de ces pays dans les instances de l’UE va significativement changer ses objectifs et ses règles, probablement en les dégradant car l’aspect politique de l’Union va progressivement être dissous dans l’immense capharnaüm que va devenir le conseil européen réunissant les chefs d’Etat et de gouvernement. Essayons d’imaginer la table du conseil demain avec les pays fondateurs, les pays de l’Est adhérents post-dislocation de l’URSS, certains pays balkaniques, sans parler de l’Albanie, la Géorgie et d’autres qui lorgnent vers un siège à Bruxelles. La confrontation de tant d’intérêts divergents, de niveaux de développement économique différents, de cultures et de religions parfois opposées va immanquablement entraîner la dilution de l’aspect politique que les pères fondateurs ont voulu donner à l’Union. La question budgétaire va également être au centre de conflits sans fin tant les besoins financiers de ces candidats sont gigantesques. Les probables difficultés à financer cette mise à niveau des candidats va immanquablement entraîner une baisse des flux financiers vers les pays qui en sont aujourd’hui bénéficiaires. Il va bien falloir trouver les sous quelque part…

    Lire aussi : Le syndrome de l’adhésion

    Les pays dits « illibéraux », mais aussi certains partis nationalistes aux Etats-Unis et dans des pays occidentaux se frottent les mains devant cette déliquescence annoncée du projet européen tant ils rejettent ses « valeurs » démocratiques et libérales, la Russie au premier chef !

    Deuxième victoire de Moscou face à l’Occident, le refus, ou le report dans le meilleur des cas, des aides financières que prodigue l’Union à l’Ukraine après que les Etats-Unis ont adopté la même position. Depuis deux ans que dure la guerre d’Ukraine, les pays occidentaux qui finance l’Etat ukrainien et le fournisse en armes commencent à affronter la lassitude de leurs citoyens. Evidemment c’est du pain béni pour la Russie dont les capacités de résistance à l’adversité ne sont plus à démontrer et qui est largement aidées par ses pays amis. Voir l’aide occidentale à son ennemi ukrainien se déliter ne peut que renforcer la position de Moscou dans ce conflit.

    La semaine qui se termine a été excellente pour le pouvoir russe engagé dans un combat féroce contre l’Occident mais la lutte n’est pas encore terminée !

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  • Le Mali et le Burkina Faso changent de langues officielles

    Le Mali et le Burkina Faso changent de langues officielles

    Le Mali et le Burkina Faso, anciennes colonies françaises, sont en train de modifier leurs constitutions pour retirer au français son statut de langue nationale et le rétrocéder au rang de « langue de travail ». Ce sont les langues nationales qui deviennent « langues officielles ». Le problème que ces pays vont devoir gérer est que ces « langues nationales » sont nombreuses et ils risquent de se retrouver un peu comme la Belgique avec le wallon et le flamand mais avec 10 ou 20 langues officielles ce qui ne va pas faciliter les choses. Cela reste toutefois une bonne décision en termes de souveraineté. En d’autres temps, l’Algérie a aussi mis de côté le français dans son système éducatif pour le remplacer par l’arabe, avec des résultats parfois mitigés.

    C’est une nouvelle spécificité du fait colonial français : les anciennes colonies rejettent tellement l’ex-puissance colonisatrice qu’elles en rejettent la langue. Ce ne fut pas le cas pour les pays colonisés par l’Espagne, le Portugal ou le Royaume Uni.

    Il reste un dernier clou à enfoncer dans le cercueil de la décolonisation française c’est l’abandon définitif de la monnaie coloniale « Franc CFA » avec le démantèlement complet de la « Zone Franc » annoncé il y a déjà quelques années mais jamais exécuté. Il faut le mener à bien et rendre aux anciennes colonies leur pleine souveraineté monétaire comme cela a été décidé entre la France et les pays concernés.

    Lire aussi : Une bonne nouvelle pour l’Afrique

    Après le récent départ forcé des troupes françaises de certains de ces pays, l’impression est que la décolonisation/post-colonisation se termine amèrement, sans parler des frustrations exprimées par les enfants et petits-enfants de cette colonisation nés en France, le pays qui a colonisé leurs parents… Il faut bien malgré tout que les choses évoluent et que le cordon ombilical soit coupé. C’est ce qui en train de se réaliser, enfin !

  • Décompte macabre au Proche-Orient

    Décompte macabre au Proche-Orient

    Une trêve « humanitaire » a été signée entre Israël et le Hamas Palestinien qui, lors de son attaque du 7 octobre ramené dans la bande de Gaza environ 250 otages, majoritairement israéliens mais aussi d’autres nationalités, en plus d’avoir assassiné environ 1 200 personnes lors de l’incursion réalisée lors de cette journée. La trêve a été convenue sous l’égide d’une médiation menée sous l’égide du Qatar semble-t-il, la Croix rouge et d’autres pays arabes. Elle prouve au moins que des négociations sont possibles entre les deux belligérants même s’il faut des intermédiaires pour cela.

    Durant cette pause, les combats cessent et les otages du Hamas sont échangées contre des prisonniers palestiniens en Israël. Un ratio de 1 pour 3 a été retenu pour ces échanges et le choix des personnes échangées a été crucial. Côté otages il apparaît les femmes et les enfants ont été privilégiés, côté prisonniers, Israël a annoncé vouloir refuser de relâcher ceux qui auraient « du sang sur les mains ». On ne sait pas bien ce qui a finalement été décidé.

    On imagine la sensibilité de ce dossier surtout qu’Israël ne sait sans doute pas exactement le nombre des otages détenus ni ceux qui sont déjà morts. La libération des otages est bien sûr mise en œuvre sous les caméras du Hamas et l’on voit des miliciens masqués, en uniformes rutilants, Kalachnikov en bandoulière, bardés de cartouchières, tenant par la main un enfant pour le faire monter dans une ambulance de la Croix rouge… Le retour des prisonniers palestiniens est aussi largement filmé, les bus qui les ramènent sont acclamés par la foule et des cris à la gloire d’Allah sont scandés par tous. En Israël les otages libérés sont orientés sur des hôpitaux. Outre leur détention durant deux mois dans des conditions que l’on peut imaginer difficiles, il va falloir apprendre à certains des enfants que leurs parents ont été décimés, souvent sauvagement …

    L’attaque du 7 octobre a relancé la haine entre Israéliens et Palestiniens pour des générations. Les plus optimistes imaginent que ce traumatisme pourrait au contraire déclencher un mouvement vers la paix entre Israël et la Palestine pour éviter la reproduction d’une telle situation. Pas facile de les suivre !

  • L’impossible dialogue

    L’impossible dialogue

    Alors que la guerre est relancée au Proche-Orient entre Israël et le mouvement Hamas qui « gouverne » la bande de Gaza, la France s’enferre dans ses habituelles querelles entre les pro-israéliens et les propalestiniens. Les chaînes de télévision se régalent en convoquant des débats stériles pour savoir s’il faut qualifier le Hamas de « terroriste » ou de « résistant », si les massacres du Hamas en Israël le 7 octobre sont plus « génocidaires » que les bombardements d’Israël sur Gaza, si la « Cisjordanie » doit s’appeler la « Judée et Samarie » ou non, si un fermier israélien installé en Cisjordanie est un « colon » ou pas, si la Bible donne le droit à Israël d’occuper la Cisjordanie ou pas, etc., etc. Vouloir mettre d’accord des pro-israéliens avec des propalestiniens est juste impossible, chacun développe son argumentation, ponctuée d’emportements voire d’insultes, personne ne convainc personne et tous se quittent en se haïssant un peu plus qu’au début du débat. C’est un peu comme chercher à réconcilier un descendant de harki avec un partisan du FLN algérien, c’est une perte de temps mais de l’audience garantie pour des médias racoleurs.

    Chacun défend son camp sur ce qui s’est passé le 7 octobre et se passe depuis. Personne n’envisage ni le compromis ni l’avenir. En réalité le Proche-Orient perturbe le monde depuis 1947, déclenchant des passions mortifères et des non-solutions sans avenir. Alors pour le moment comme depuis 70 ans ce sont les armes qui parlent. Israël n’a jamais réussi à annihiler le terrorisme palestinien et le camp arabe n’a jamais rencontré de succès en cherchant à éliminer l’Etat d’Israël. Nous en sommes toujours là aujourd’hui. C’est triste et inefficace.

    Des espoirs sont tout de même apparus au cours des évènements récents : le voyage de Sadate en Israël en 1977, la paix entre Israël et l’Egypte (1979) d’une part, et la Jordanie (1994) d’autre part, les accords d’Oslo (1994), les accords d’Abraham (2020). Ces accords, qui ont été le fait de dirigeants à la hauteur de leurs tâches, ont délivré quelques avancées mais aussi de grandes déceptions, autant au Proche-Orient que dans le reste du monde. 70 ans après la partition de la Palestine prononcée par les Nations-Unie, le cas de la Palestine n’est toujours pas traité conformément aux résolutions de la communauté internationale et il n’a pas plus été résolu par aucune des autres tactiques mises en œuvre par les parties : guerres, colonisation, terrorisme, prises d’otages, assassinats ciblés… alors c’est la barbarie qui continue de régenter cette région pour le moment.

    Aujourd’hui Israël règle ses comptes avec le Hamas après l’attaque du 7 octobre qui a fait 1 400 morts sur son territoire, souvent dans des conditions d’une sauvagerie exceptionnelle. Comme lors des précédentes campagnes militaires contre le Hamas, Tel-Aviv élimine quelques dirigeants de ce mouvement terroriste mais n’arrivera évidemment pas à annihiler son idéologie ni de nouveaux volontaires pour en porter le message de violence. Les armes vont se taire un jour, il serait opportun de saisir alors l’occasion pour avancer vers la solution à deux Etats qui n’est probablement pas idéale mais la « moins mauvaise de toutes ». Si l’on pousse l’absurde à son terme et que l’on imagine un schéma mono-Etat, soit sous forme fédérale, soit après annexion par Israël de la Cisjordanie et de la bande de Gaza pour reconstituer le territoire biblique, l’Etat juif se retrouverait être un Etat avec une majorité de citoyens arabes et musulmans, la négation même de ce qu’Israël veut être… Si on élimine l’annihilation complète d’une des parties qui est moralement inadmissible et techniquement irréalisable, le schéma de deux Etats tel que décidé par les Nations-Unies en 1947 semble le seul à pouvoir être tenté. Il faut donc se remettre à l’ouvrage, faire preuve d’imagination et de bonne volonté dès que ce conflit sera terminé.

  • Le multilatéralisme à la dérive, l’Occident face à ses contradictions !

    Le multilatéralisme à la dérive, l’Occident face à ses contradictions !

    Depuis 2014 les alliés de l’Ukraine se basent officiellement sur la violation du droit international pour condamner la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine commencée par l’annexion de la Crimée et poursuivie en février 2022 par l’invasion décidée par Moscou, réchauffant ce conflit qui est toujours en cours et ne semble pas en voie de règlement. L’annexion en 2022 par la Russie de quatre nouvelles régions ukrainiennes dans le Donbass, à la frontière entre les deux pays a été une nouvelle atteinte au concept de l’intangibilité des frontières reconnues par les Nations Unies. Celui-ci peut toutefois être remis en cause si les parties concernées y ont convenance comme ce fut le cas en 2011 avec la partition du Soudan en deux Etats distincts. Ou comme cela aurait pu se produire si la Nouvelle Calédonie avait voté « oui » au référendum d’indépendance qui lui avait été proposé par la France.

    Vu de l’Ouest il ne fait pas de doute qu’au regard du « droit international », les frontières d’un Etat souverain, l’Ukraine, ont été violées par l’agression d’un autre Etat, la Russie, qui, de plus, a annexé les régions du Donbass, modifiant sa constitution pour les accueillir. Mais vu de Moscou, l’histoire est bien différente et la Russie se dit agressée par « l’Occident décadent » et les « nazis-drogués » ukrainiens. Durant la guerre froide l’Occident et l’URSS se mettaient à peu près d’accord sur quelques grands principes pour imposer leurs vues à leurs affidés, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui où cela tire à hue et à dia dans les enceintes internationales où chacun veut sa part de pouvoir. Le multilatéralisme qui a fait ses preuves est remis en cause par ceux qui en ont été les perdants pendant la deuxième moitié du XXème siècle. Progressivement le corpus de règles qui constituait le droit international et faisait l‘objet d’un consensus au sein de l’organisation des Nations Unies et de ses agences annexes est en train de s’effondrer. Ce n’est même plus la question d’une interprétation différente des règles comme au temps de la guerre froide, c’est la nature même de celles-ci qui est désormais contestée par les pays non-occidentaux, que l’on appelle désormais le « Sud global ».

    Pas toujours très habile, l’Occident est pris à son propre piège pour avoir lui-même agit en contradiction avec le droit international. Pour ne reprendre que ces dernières années, l’action la plus notable fut celle menée en 2003 par une coalition menée par les Etats-Unis pour envahir l’Irak soupçonnée de détenir des armes de destruction massive. Cette invasion a été menée sans l’aval de l’ONU (la France avait mis son veto au conseil de sécurité statuant sur l’opportunité de cette intervention) et s’est terminée dix ans plus tard en désastre pour toutes les parties impliquées et bien au-delà si l’on prend en compte le chaos créé au Moyen-Orient dont le monde n’est toujours pas sorti.

    Les bombardements menés en 1999 contre la Serbie par l’OTAN durant presque deux mois pour mettre fin aux agissements serbes dans la guerre du Kosovo ont également été initiés sans aval de la communauté internationale et la création de l’Etat kosovar qui suivit s’est faite contre la volonté de la Serbie et de ses soutiens, dont la Russie (cet Etat n’est d’ailleurs toujours pas reconnu par l’ONU). L’Occident qualifiait « d’exactions contraire au droit de la guerre » la répression menée par les Serbes contre les Kosovars que le camp slave ex-soviétique appréciait comme du maintien de l’ordre nécessaire à la défense légitime du territoire serbe…

    Plus ancien mais tout aussi récurrent, la non-application des résolutions successives de l’ONU dans le conflit israélo-palestinien depuis 1947 et la colonisation continue réalisée par Israël en contradiction avec le droit international montre que, aujourd’hui, chacun voit celui-ci à l’aune de ses convictions et de ses intérêts.

    C’est la vie nous dira-t-on et dans ce chaos il faut choisir son camp. On peut concevoir que les pays occidentaux préfèrent le non-respect du droit international avec les Etats-Unis ou Israël plutôt qu’avec Moscou ou Belgrade. Leur position serait bien sûr mieux défendable si les dérives précitées n’avaient pas eu lieu et si les résolutions de l’ONU concernant le Proche-Orient étaient appliquées comme elles ont été votées par la communauté internationale. Ce n’est pas le cas et chaque partie, Occident comme Sud-global, défend ses raisons de ne pas respecter le « droit international » ou de l’interpréter à sa façon. Chacun est persuadé d’avoir raison et personne ne convainc personne, des règles communes sont de moins en moins reconnues ni respectées. Pour autant que l’on puisse en juger, les citoyens vivant dans les pays occidentaux plutôt d’orientation libérale (au sens « liberté » du terme) ne semblent pas forcément envier le sort des citoyens vivant dans les pays autoritaires du Sud-global et, si l’on se base sur les courants migratoires et les flux d’investissements qui traversent la planète, l’Occident démocratique et son interprétation de l’Etat de droit restent encore attractifs pour le moment.

    D’ailleurs, nombre des dirigeants et oligarques de ces Etats autoritaires envoient leurs enfants faire leurs études en Occident, de la Russie au Sénégal, de l’Algérie à la Chine, les universités occidentales (surtout anglo-saxonnes d’ailleurs) sont pleines des rejetons de leur nomenklatura et les quartiers chics des capitales et des rivieras de l’Ouest sont massivement investies par les fortunes amassées plus ou moins légalement par les oligarques du Sud-global, comme les clubs de fouteballe européens. On a appris que même le dictateur nord-coréen actuel, Kim Jong-un, et sa sœur Kim Yo-jong, ont fait leurs études en Suisse. Ainsi, pendant que leur père lançait le programme nucléaire nord-coréen pour se défendre contre l’Occident, ses deux rejetons étudiaient calmement au cœur de l’Europe et à la succession de son père, Kim Jong-un a finalisé ledit programme.

    La question est de savoir pourquoi un oligarque russe préfère investir dans une villa clinquante à Saint-Jean Cap-Ferrat plutôt que sur les bords de la mer Noire mais on dirait que l’herbe est encore un peu plus verte dans la vieille Europe que dans les empires asiatiques autoritaires.

  • « Immigrations est et sud-est asiatiques depuis 1860 » au Musée de l’histoire de l’immigration

    « Immigrations est et sud-est asiatiques depuis 1860 » au Musée de l’histoire de l’immigration

    Le Palais de la Porte Dorée retrace, rapidement, l’histoire des migrations est-asiatiques vers la France à travers deux salles. La première relate l’histoire de ces flux depuis 1860 jusqu’à nos jours : colonisation/décolonisation, guerres, communisme, dictatures. La seconde permet de revenir sur quelques faits divers qui ont touché la communauté asiatique en France dans les années 1990-2000, notamment la mort violente d’un des leurs lors d’une « bavure policière ». Ces évènements avaient déclenché à l’époque des manifestations de la communauté asiatique réclamant le droit de pouvoir vivre en paix en France sans être l’objet de discriminations racistes. Une petite dizaine d’écrans diffusent des interviews de citoyens d’origine asiatique parlant de leurs propres expériences en France, présentées comme plutôt bénéfiques d’ailleurs.

    L’exposition insiste sur les « stéréotypes » qui collent à la diaspora asiatique, positifs comme négatifs. L’épisode de la pandémie du Covid19 a aussi marqué la communauté, les « Chinois » étant parfois qualifiés de virus lors de cette pandémie qui a démarré en Chine. Mais globalement, ces stéréotypes sont généralement plutôt favorables ; on parle d’une bonne intégration, des succès scolaires des enfants, d’un ascenseur social qui fonctionne encore, alors faut-il vraiment s’ingénier à voir des problèmes migratoires là où il y en a finalement peu pour le moment ?

    On voit d’ailleurs dans les étages supérieures l’exposition « J’ai une famille » proposant aux visiteurs les œuvres contemporaines de dix artistes d’origine chinoise installés en France, dont celles de Yan Pei-Ming :

    Yan Pei-Ming (sa mère)

    Figure 1 – Yan Pei-Ming (sa mère)

    D’autres installations sont un peu plus obscures mais le thème général de la famille évoque celle que ces artistes ont constituée en France, poussés vers l’exil par des convictions et des talents communs.

    Transexpérience : un mot qui résume de manière vivante et profonde les expériences complexes que l’on vit quand on quitte son pays natal et que l’on va de pays en pays.

    Chen Zen
  • Annie Ernaux se voit refuser son visa pour l’Algérie

    Annie Ernaux se voit refuser son visa pour l’Algérie

    On ne peut s’empêcher de (légèrement) sourire lorsqu’on apprend qu’Annie Ernaux (83 ans), prix Nobel de littérature 2022, s’est vu refuser son visa pour l’Algérie où elle devait se rendre pour assister au Salon international du livre d’Alger. Ce refus n’est pas motivé par les autorités algériennes mais certaines mauvaises langues évoquent une tribune signée il y a quelques mois par l’auteure réclamant la libération d’un journaliste algérien emprisonné par le régime. De sensibilité plutôt « progressiste » elle est habituée des tribunes et pétitions prônant le combat social, le féminisme, la lutte des classes ou le refus de la politique sanitaire française durant la pandémie du Covid19. Elle est bien entendu concernée par le traumatisme « décolonial » des anciennes colonies françaises et il est savoureux que ce soit la première d’entre elle qui lui refuse l’accès à son territoire…

    Eh oui, il existe des pays qui peuvent priver de visa des intellectuels occidentaux qui ont, même ponctuellement, pris des positions contraires à ce qu’ils estiment être leurs intérêts. Ces pays sont généralement aujourd’hui dans le « Sud global » mais les plus anciens se souviennent qu’il fut un temps, pas si lointain dans les années 1970, où, pour obtenir un visa d’entrée aux Etats-Unis d’Amérique il fallait certifier n’être pas communiste. Georges Marchais (1920-1997), ex-chef du Parti communiste français (PCF) se faisait d’ailleurs une joie de préciser à tout bout de champ qu’il pouvait librement entrer en Union soviétique mais était interdit de voyage aux Etats-Unis, marquant ainsi le vent de liberté qui soufflait sur Moscou quand Washington était l’hydre capitaliste.

    Aujourd’hui Mme. Ernaux n’ira pas en Algérie où le gouvernement ne veut pas l’y voir. Alger a décidé qu’il pouvait choisir qui pouvait entrer ou pas sur son territoire. C’est ce qu’on appelle la souveraineté nationale, exercée pour de bonnes ou de mauvaises raisons, chacun en jugera. Mme. Ernaux n’a pas communiqué sur le sujet.

  • Le Mali se plaint de la « junte française » !

    Le Mali se plaint de la « junte française » !

    Après avoir demandé à l’armée française de quitter le pays, le gouvernement malien a demandé aux troupes internationales des nations unies de suivre le même chemin. La France s’est exécutée et le dernier soldat aurait le territoire malien en août 2022. La force militaire de maintien de la paix mise en place par l’ONU (Mission des Nations Unies au Mali – MINUSMA) a commencé son retrait selon la décision adoptée par le conseil de sécurité dans sa 9365ème réunion du 30/06/ 2023 et il est régulièrement rendu compte de celui-ci au conseil.

    28 août 2023 Paix et sécurité

    Le chef de la Mission des Nations Unies au Mali (MINUSMA) a prévenu lundi les membres du Conseil de sécurité que la clôture de la Mission en six mois, après dix ans de présence dans le pays, était une entreprise « complexe et ambitieuse ».

    Le Conseil de sécurité a pris la décision, le 30 juin, de mettre un terme au mandat de la MINUSMA, conformément à la demande des autorités maliennes, demandant que la fermeture soit achevée avant le 31 décembre 2023.

    « La MINUSMA a établi un groupe de travail intégré afin d’élaborer un plan de réduction et de retrait de la Mission. Ce plan prévoit un retrait et un rapatriement du personnel et des équipements et matériels déployés dans les zones d’opération de la MINUSMA, selon un calendrier et un ordre séquentiel précis, tout en gardant à l’esprit l’exigence d’un processus ordonné et conduit en toute sécurité », a expliqué M. Wane dans un exposé lors d’une réunion du Conseil consacrée à la situation au Mali.

    https://news.un.org/fr/story/2023/08/1138012

    Il y a 13 000 personnels à rapatrier, 4 000 véhicules, 5 500 containeurs de matériel, 12 camps et une base opérationnelle à fermer et à remettre aux autorités maliennes. La première étape du retrait doit être terminée d’ici le 31/12/2023 selon la planification onusienne.

    C’est pour le moment la fermeture de ces bases qui posent de grosses difficultés car elles sont revendiquées par les rebelles Touaregs, plus ou moins acoquinés avec les terroristes islamiques, qui ont relancé leur combat contre l’armée officielle malienne. La communication du 23/08/2023 du chef de la MUNUSMA, M. El-Ghassim Wane, au conseil de sécurité illustre cette situation avec la base de Ber.

    Retrait de Ber difficile

    Selon lui, l’expérience de la fermeture du camp de Ber a été révélatrice. Le dernier convoi de Casques bleus, d’équipements et de matériels qui s’est retiré de Ber pour rejoindre la ville de Tombouctou a mis 51 heures pour parcourir les 57 kilomètres du trajet en raison de la nature du terrain, qui est peu favorable – une situation aggravée par la saison des pluies – et de l’insécurité.

    Ce convoi a été attaqué à deux reprises par des éléments extrémistes non identifiés, blessant quatre Casques bleus et endommageant trois véhicules avant d’arriver à Tombouctou, a-t-il précisé.

    « Le retrait de Ber s’est également avéré difficile sur le plan politique, les autorités maliennes et les Mouvements signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali étant en désaccord sur le sort du camp après le départ de la MINUSMA. Pour sa part, et en raison de l’extension des affrontements à la zone de Ber et des risques que la situation posait pour la sécurité des Casques bleus, la Mission a dû avancer son départ du camp », a expliqué M. Wane.

    De même, les convois transportant du matériel et des équipements des bases de Goundam et d’Ogossagou ont été la cible d’engins explosifs improvisés, tandis que le dernier convoi de Gao à Ménaka a également été pris pour cible par des éléments extrémistes, sans causer ni dégâts matériels ni pertes en vies humaines.

    https://news.un.org/fr/story/2023/08/1138012

    Il reste 11 camps à évacuer d’ici la fin de l’année…

    Cerise sur le gâteau : le gouvernement malien qui a demandé officiellement ce retrait de la MINUSMA de son pays s’est plaint maintenant via son porte-parole de l’accélération du retrait qui serait le fait de l’action de la France : « La junte française [SIC] ne ménage aucun effort en vue de faire fuir la Minusma, en lieu et place d’un retrait ordonné. »

    Avec la relance de la rébellion Touareg qui s’ajoute à celle des islamistes, les autorités maliennes font face à plusieurs fronts. Il est sûr que si les Touaregs, accompagnés ou pas des terroristes religieux sahéliens, s’emparent directement des emprises libérées par l’ONU cela renforcera leurs positions. D’un autre côté, si les camps du grand Nord sont remis à l’armée malienne officielle, il faudra sans doute assez peu de temps aux Touaregs islamisés pour les reconquérir.

    Le gouvernement malien putschiste est maintenant allié avec la Russie, le Burkina Faso et le Niger après avoir chassé la France et la Minusma. Il va pouvoir coopérer avec ces pays pour rétablir son pouvoir dans les zones désertiques sahariennes. Il est souhaitable qu’il réussisse plutôt que de laisser le chaos se réimplanter. Mais il ne pourra sans doute pas encore très longtemps rendre la France responsable de l’échec de sa politique.

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    Evacuation de l’armée française

    L’armée malienne va mieux !

  • Sur les chemins de la guerre au Proche-Orient

    Sur les chemins de la guerre au Proche-Orient

    Israël est en pleine campagne de bombardement de la bande de Gaza avec l’objectif de « détruire » le mouvement terroriste religieux Hamas qui a mené les attaques du 7 octobre qui ont fait environ 1 400 morts côté israélien en une journée. 360 000 réservistes ont été rappelés et l’armée israélienne est en train de masser des troupes en nombre important autour de la bande de Gaza où les autorités de Tel-Aviv annoncent une prochaine incursion, sans doute à hauts risques.

    La diaspora israélienne rejoint son pays et l’on voit des reportages télévisés où de jeunes israéliens rallier leur pays en déployant leur drapeau national et chantant l’hymne israélien avec enthousiasme. C’est un peu effrayant et rappelle les soldats français qui partaient au front en chantant en 1914. La guerre s’est terminée quatre ans plus tard avec un bilan de 18 millions de morts…

  • D’un front à l’autre

    D’un front à l’autre

    Avec la réouverture du front du Proche-Orient ce 8 octobre, les guerres se multiplient suivant toute plus ou moins un modèle « l’Occident contre le Sud global ». Certaines sont très chaudes : l’Ukraine, Israël, voire un peu moins chaudes : Haut-Karabagh, Kosovo, d’autres sont civiles : Ethiopie, Yémen, Soudan. L’Occident est impliqué dans les plus graves et fournit armes et leçons de morale. Il semble que l’industrie militaire occidentale commence à s’essouffler à tenter de suivre ces conflits sans fin, réduisant ses propres stocks de munitions pour soutenir ses amis.

    On apprend que les Etats-Unis ont entamé ses stocks prépositionnés en Israël pour alimenter l’Ukraine et qu’ils sont en train de le reconstituer pour soutenir leur allié. On découvre que les pays européens ne seraient guère capables de tenir plus de quelques semaines en cas de guerre totale contre un ennemi qui pourrait être la Russie par exemple. Tous ces conflits font le bonheur des marchands d’armes mais effraient les citoyens.

    Le plus rationnel serait de mettre fin à ces conflits mais pour ce faire il faut que les belligérants acceptent de faire des concessions, et nous n’en sommes vraiment pas là, ni en Ukraine ni au Proche-Orient. C’est le propre d’une négociation de compromettre sauf si l’une des parties est complètement écrasée et n’a plus rien à exiger. Mais même dans ce cas, il vaut mieux de pas trop mettre le perdant plus bas que terre car il se relève toujours à un moment ou à un autre, comme l’illustre si bien la situation actuelle au Proche-Orient.

    Alors à défaut de peuples et de dirigeants responsables capables de conclure la paix comme ce fut le cas en 1945, on fournit des armes. Peut-être ces guerres s’épuiseront d’elles-mêmes un jour par manque de munitions ? En attendant cela commence à faire beaucoup de guerres au même moment !

  • Un nouveau front ouvert en Israël

    Un nouveau front ouvert en Israël

    Le mouvement religieux Hamas qui détient le pouvoir dans la bande de Gaza et qui prône la disparition d’Israël a lancé une attaque significative contre Israël ce samedi 8 octobre. Des miliciens du mouvement ont franchi la frontière par air (à l’aide d’ailes volantes motorisées), par mer et, surtout, par terre pour commettre des exactions dans les villages et kibboutz alentour. Il apparait que les terroristes islamiques se sont déchaînés contre les civils qu’ils rencontraient les tuant, souvent dans des conditions barbares. Il y aurait plus de 1 000 morts israéliens et une centaine d’otages faits prisonniers et emmenés à Gaza.

    De façon assez incompréhensible, l’armée israélienne (« Tsahal ») semble avoir été débordée et en effectif insuffisant pour faire face à l’ennemi. Il lui a fallu 3 ou 4 jours pour reprendre le terrain et repousser l’ennemi. Dès le samedi, l’armée de l’air israélienne a déclenché une sévère campagne de bombardement, qui dure encore, contre cette bande de Gaza qui est un immense ghetto peuplé de 2,3 millions de palestiniens vivant dans des conditions impossibles. Ce minuscule territoire résulte de l’armistice de 1949 et a accueilli nombre des réfugiés palestiniens de l’époque qui ont fui la Palestine par suite de la création de l’Etat d’Israël en 1948 et de la guerre israélo-arabe qui s’en suivit. Elle a été occupée successivement par l’Egypte de 1948 à 1967, puis par Israël de 1967 (à la suite de la « Guerre des 6 jours ») à 2005, année où l’armée et les colons israéliens sont rapatriés à l’intérieur des frontières israéliennes reconnues par le droit international.

    Aucune des puissances occupantes n’a pu inverser le cours des choses dans ce territoire palestinien qui est devenu une marmite bouillonnante, non viable, sans aucun espoir d’avenir, terreau favorable au développement du terrorisme islamique. La non-application des accords de paix successifs et le désintérêt progressif de la cause palestinienne par le monde arabe a transformé cette question de Gaza en un problème insoluble. La communauté internationale est également impuissante, la décision initiale des Nations-Unies de 1947 d’un plan de partage de la Palestine prévoyant la création d’un Etat juif et d’un Etat arabe, n’a jamais pu être mise en œuvre, pas plus que les résolutions suivantes après différentes guerres. Le formidable espoir qu’avait causé le voyage en 1977 du président égyptien Sadate venu rendre visite en Israël au premier-ministre Menahem Begin s’est éteint avec l’assassinat de Sadate en 1981 par des terroristes islamiques égyptien. Il en reste tout de même l’accord de paix entre l’Egypte et Israël, qui tient toujours.

    Presque vingt ans plus tard, en 1993, sont signés les « accords d’Oslo » entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) qui stipulent le retour aux décisions des Nations Unies (notamment la fameuse « résolution 242 » de 1967), c’est-à-dire, en gros, la solution à deux Etats…

    Les dirigeants israéliens expliquent que le pays est en guerre et que « le Hamas va être détruit ». Une offensive terrestre contre la bande de Gaza est en cours de préparation. On ne sait pas comment elle risque de se terminer, sans doute mal. Evidemment en ces temps de retour aux conflits de territoire sanglants (Ukraine, Haut-Karabagh, « Kurdistan » …) celui-ci est particulièrement malvenu. L’Occident soutient plutôt Israël et le « Sud global » plutôt la partie arabe. Bien entendu l’Occident est accusé de « double-standard » en acceptant les bombardements et le blocus de Gaza par Israël ainsi que la non-application du « droit international » prévoyant la création d’un Etat palestinien, alors qu’il conteste les bombardements russes en Ukraine en se rangeant derrière le droit international… Que l’on soit dans un camp ou l’autre, il est difficile de contester ce « deux poids, deux mesures ». Dans le monde d’aujourd’hui où les organisations internationales censées éviter ou régler les conflits par consensus ne sont plus vraiment opérationnelles, chacun choisit son camp en étant persuadé d’avoir raison au regard de ses propres normes morales et de gouvernance.

    Le problème est que ces normes que l’on pensait devenues universelles sous l’égide des Nations-Unies une fois révélés les horreurs du nazisme au cœur de la vieille Europe, ne le sont plus vraiment. En réalité chaque pays voit midi à sa porte et s’estime en droit d’agir (ou de se retenir) selon son propre système de valeurs. Le concept de droit de l’homme n’est pas le même à Moscou qu’à Berne, même si tous les pays ont plus ou moins adopté en 1948 la Déclaration universelle des droits de l’homme dans le cadre des Nations Unies. D’ailleurs, l’Union soviétique et le bloc de l’Est s’étaient abstenus lors du vote de 1948 contestant le principe d’universalité, l’Arabie saoudite s’est également abstenue en opposition à l’égalité homme-femme, Israël n’existait pas encore et n’a donc pas voté. On voit déjà qu’à l’époque de leur fondation les « droits de l’homme » n’avaient pas le même sens partout dans le monde. La situation n’a fait qu’empirer depuis.

    L’évolution de la situation du Proche-Orient marque un échec collectif cinglant au regard de toutes les tentatives de règlement qui ont échoué. Les différentes parties sont aujourd’gangrenées par les extrémistes religieux, les hommes de paix ont été éliminés : le président égyptien Sadate a été assassiné par des islamistes, le premier ministre israélien Yitzhak Rabin a été assassiné en 1992 par un extrémiste religieux juif pour son rôle actif dans les accords d’Oslo (il avait serré la main du Palestinien Yasser Arafat à Washington dans le cadre des accords d’Oslo) ! Les religions juive et musulmane sont instrumentalisées pour pousser à des comportements d’un autre âge.

    Les armes sont en train de parler une nouvelle fois. Pas facile de rester optimiste !

  • L’affaire insoluble des frontières de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan

    L’affaire insoluble des frontières de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan

    Le conflit insoluble existant entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan depuis la chute de l’URSS dont elles composaient deux des républiques « socialistes » est en train de se décanter par application de la loi du plus fort et, ici, la force est du côté de Bakou. La situation des frontières entre ces deux pays est une hérésie et un imbroglio légal impossible à gérer. Il y a une enclave en territoire azerbaïdjanais peuplée de citoyens historiquement de souche arménienne, le Haut-Karabagh, qui appartient à l’Azerbaïdjan au point de vue du droit international mais qui a déclaré son indépendance, au mépris de ce même droit. Il existe une partie du territoire azerbaïdjanais détachée géographiquement, le Nakhitchevan, à l’ouest de l’Arménie à la frontière avec l’Iran. Pour ne rien arranger, l’Azerbaïdjan est turcophile et turcophone sur fond de génocide arménien de 1915, jamais reconnu en tant que « génocide » par la Turquie.

    Les armes ont parlé, l’Azerbaïdjan a reconquis sa pleine souveraineté sur le Haut-Karabagh en deux étapes, la guerre de 2020 et l’attaque de ce mois. Il y a 120 000 habitants au Haut-Karabagh qui se sentent arméniens bien que de nationalité azerbaïdjanaise, personne n’ayant reconnu la déclaration d’indépendance unilatérale de cette partie du territoire azerbaïdjanaise. Ils n’ont aucune confiance dans les annonces de Bakou qu’ils peuvent rester sur place et que leur sécurité sera assurée. Alors ils évacuent le Haut-Karabagh, sans doute pour toujours, pour rejoindre l’Arménie à quelques dizaines de kilomètres. Comme il y de plus des religions opposées, chrétienne pour le Karabagh et musulmane pour l’Azerbaïdjan, et des souvenirs d’exactions à leur encontre, on comprend la décision d’évacuer des habitants de ce territoire.

    Lire aussi : Résultat d’étape dans la guerre Azerbaïdjan-Arménie

    Dans un contexte politique radicalement différentes, on se souvient que les « pieds-noirs » en Algérie, les colons français de ce pays, n’ont fait aucune confiance en 1962 aux accords de paix dits « d’Evian » signés entre Paris et le FLN algérien (Front de libération nationale) qui leur accordaient des garanties de sécurité et un statut particulier pour une longue période, et ce sont près d’un million de personnes qui ont évacué l’Algérie indépendante en quelques mois pour rejoindre la France. Ce fut un énorme problème social à régler pour la France qui accueillit en si peu de temps un tel flux de population, mais l’impossible a finalement été réalisé avec son cortège d’insuffisances, d’injustices et de chaos. Erevan est aujourd’hui face à ce défi.

    Les bonnes âmes en France s’émeuvent sur les plateaux télévisés « qu’on ne fait rien pour l’Arménie qui est à l’origine de la religion chrétienne en Orient »… Mais que veulent-ils ? Que Paris entre en guerre contre Bakou pour rétablir les habitants du Haut-Karabagh alors qu’elle n’a pas même reconnu l’indépendance auto-proclamée de ce territoire ? Après les équipées militaires occidentales en Iraq, en Afghanistan, en Afrique, ou russes en Ukraine, en Syrie, en Géorgie, l’interventionnisme a montré son inefficacité et s’est trop souvent soldé par le chaos. Non, la vérité est que même si ces deux pays s’étaient entendus diplomatiquement, les haines ancestrales générées entre les deux populations, doublés d’oppositions dans tous les domaines dont le religieux, l’inextricable imbrication des territoires, le mieux est d’en tirer les conséquences et d’évacuer les habitants d’origine arménienne vers l’Arménie qu’il faudra aider financièrement pour l’intégration de ceux-ci.

    Le ressentiment des uns contre les autres, et des habitants du Karabagh contre le gouvernement arménien qui ne les a pas défendus, va durer pour des générations avec un risque de déclenchement d’une nouvelle guerre si l’Arménie, un jour, se retrouve en position de la faire. En attendant, l’Azerbaïdjan risque de repartir en guerre pour obtenir un corridor terrestre pour joindre le Nakhitchevan à son territoire. Inextricable, on vous le dit, tout cela étant aussi le résultat du tracé des frontières réalisé sous l’empire de Staline ! L’Arménie est un petit pays de trois millions d’habitants entourés de pays puissants et sauvages, la Turquie, l’Iran, l’Azerbaïdjan, la Géorgie. Pas facile d’être un petit poucet au milieu des loups. On a cru au XXème siècle que le droit international était la voie à suivre sous l’égide des Nations Unis pour régler les conflits territoriaux. La méthode a fonctionné un temps mais n’est plus opérationnelle pour la majorité des pays de la planète, la force a pris le dessus. C’est dangereux et inquiétant. L’histoire est un éternel recommencement, gageons que l’intelligence et la négociation reprendront bien un jour le dessus.

    Lire aussi : Le discours de Jean Jaurès sur l’Arménie en 1896

  • Le retour de Felix Dzerjinski à Moscou

    Le retour de Felix Dzerjinski à Moscou

    Après avoir réhabilité le drapeau rouge de l’Union soviétique pour l’armée russe, Moscou a inauguré une statue de Felix Dzerjinski (1877-1926). Il fut l’un des chefs majeurs de la révolution bolchévique de 1917 et fut chargé de mettre en place une police pour lutter contre « l’ennemi de l’intérieur ». Le moins que l’on puisse dire est qu’il s’est acquitté de sa tâche avec conscience et efficacité. Il a été l’un des organisateurs de la « terreur rouge » durant la guerre civile et a été à l’initiative de la création de la Tcheka, devenue Guepeou, l’ancêtre du KGB de sinistre mémoire, devenu FSB après la chute de l’URSS. Membre du comité central du parti communiste de l’URSS il serait mort d’une crise cardiaque à la suite d’une réunion de cette institution particulièrement agitée en juillet 1926. Une autre hypothèse parle d’un empoisonnement sur ordre de Staline.

    C’est sous son autorité que la police politique soviétique a mené sur une très grande échelle les déportations et exécutions de masse. Il est coresponsable de dizaines de millions de morts et fut l’un des piliers sur lequel Staline assis la terreur soviétique dont les conséquences sont toujours visibles aujourd’hui. Sa statue a longtemps trôné Moscou devant le siège du KGB sur la place Loubianka. Après la dissolution de l’URSS en 1991 il a été estimé plus décent de déboulonner cette statue.

    Les années 2000 voient le retour à l’idéologie soviétique en Russie comme dans certains pays de son pré-carré sur fond d’antioccidentalisme. La guerre menée en Ukraine par Moscou depuis février 2022 s’accompagne d’une féroce campagne de retour aux idées et aux pratiques d’antan. C’est ainsi qu’une copie de la statue de la Loubianka vient d’être rétablie dans un quartier plus « discret » de Moscou. Dzerjinski peut être comparé dans l’histoire au Himmler du régime nazi, le réhabiliter dans sa « gloire » est un acte qui en dit long sur la volonté de Moscou de revenir en arrière.

    Lire aussi : Retour en fanfare de la faucille et du marteau à Moscou

  • Le retrait français du Niger

    Le retrait français du Niger

    Dans une intervention télévisée ce soir le président de la République française a déçu le microcosme des plateaux télévisés parisiens car il n’a fait « d’annonces nouvelles », entendez il n’a pas créé de dépenses publiques supplémentaires ce qui, en ces temps de disette budgétaire est une bonne chose.

    Autre nouvelle favorable, il a annoncé le rappel de l’ambassadeur de France au Niger et le rapatriement des soldats français présents dans ce pays. Les autorités nigériennes issues du coup d’Etat de juillet dernier demandaient ces deux décisions depuis deux mois, elles avaient même prononcé officiellement « l’expulsion » de l’ambassadeur et l’avait déchu de son immunité diplomatique. On peut se demander pourquoi la France s’est sentie obligée de lancer un coup de menton en refusant dans un premier temps de rappeler son ambassadeur pour finalement y consentir quelques semaines plus tard devant l’impasse dans laquelle elle s’était fourvoyée.

    Les 1 500 militaires français seront sûrement mieux employés sur d’autres terrains ou, plus simplement, sur le territoire national. Le but de leur présence dans le Sahel était de lutter contre le développement du terrorisme religieux et de ses excroissances en Europe sous forme d’attentats et de soft power. Ils ont effectué leur travail pour un temps mais les conditions de sa poursuite ne sont désormais plus réunies. Les stratèges militaires ne sont sans doute pas mécontents de récupérer ces effectifs. Il n’y a pas de doute qu’ils trouveront à les employer de façon plus utile que de les perdre dans des bases du bout du monde dans des pays qui n’en veulent plus.

    On imagine qu’en retour la France a expulsé des diplomates nigériens présents sur son sol mais le président français n’a pas précisé ce point dans son interview, à moins que ledit ambassadeur ne soit anti-putschiste et demande le statut de réfugié à Paris ? Si tel était le cas il faudrait à tout le moins, refuser les lettres de créance d’un potentiel successeur.

    Le Canard Enchaîné (02/08/2023)

    Une polémique est d’ailleurs en cours en France concernant la délivrance des visas aux artistes et étudiants issus du Niger, mais aussi du Mali et du Burkina-Faso. Ils semblent que l’octroi de ceux-ci soit en chute drastique, les autorités françaises arguant que la mise en sommeil des ambassades et consulats de France dans ces trois pays l’empêche techniquement. C’est sans doute vrai mais il ne doit pas non plus exister une volonté politique farouche de délivrer des visas à des citoyens venant de pays « non amicaux »… Comme par ailleurs les liaisons aériennes directes entre ces pays et la France sont, au mieux ralenties, au pire suspendues, la venue d’étudiants et d’artistes de ces pays en France ne va pas être très fluide pour les mois à venir.

    Le monde de la culture, aux idées généralement « progressistes », s’émeut de cette situation et le fait savoir à grand renfort de tribunes et de déclarations. Il est des moments où même la culture doit d’incliner devant la raison d’Etat. Tout devrait finir par s’arranger un jour. A ce stade personne n’envisage vraiment que les flux migratoires des citoyens de ces pays se réorientent vers les nouveaux « amis politiques » de leurs gouvernements et la demande de titres de séjour en France et en Europe reste forte.

  • L’aide humanitaire française redéployée

    L’aide humanitaire française redéployée

    Eh bien il n’aura pas fallu attendre bien longtemps pour que l’aide humanitaire française non sollicitée par le Maroc à la suite du tremblement de terre de la région de Marrakech le 9 septembre soit employée pour une autre cause tout aussi légitime : une tempête a généré des inondations cataclysmiques en Libye causant plusieurs milliers de morts, selon les premiers bilans, dans la ville de Derna. L’aide publique française y a donc été envoyée et elle y sera aussi bien employée qu’au Maroc qui semble affronter avec efficacité les suites du tremblement de terre subi.

    La France a par ailleurs un peu à se faire pardonner en Libye par suite de son intervention militaire de 2011, il est donc aussi bien qu’elle se concentre sur les inondations de ce pays où cohabitent, plutôt mal, deux Etats pour une même nation. La compétition humanitaire est l’un des péchés mignons des pays occidentaux, on en voit l’illustration malsaine avec les catastrophes naturelles qui touchent à peu près au même moment ces deux pays d’Afrique du Nord. L’idéal serait d’ailleurs ces aides transitent par les différentes agences de l’Organisation des Nations-Unies (ONU), qui ont d’ailleurs été créées pour ça, ce qui éviterait la tentation morbide des pays aidants à vouloir planter leur petit drapeau national sur les sacs de riz qu’elles proposent d’envoyer sur les spots de la misère humaine. Hélas l’ONU est également soumise aux vanités nationalistes des uns et des autres, ou complètement bloquée par les conflits divers et variés de ses Etats membres.

    Alors en attendant un monde pur et parfait où tous les pays du Monde s’uniraient dans l’harmonie pour aider ceux d’entre eux qui affrontent des catastrophes, l’Espagne aide le Maroc et la France aide la Libye. C’est très bien ainsi et même si cette division du travail choque l’égo de certains en France aux vues post-coloniales un peu rances, l’essentiel est que les populations dans le besoin soient secourues. D’autant plus que rien n’empêche la mise en place de flux d’aide privée de la France vers le Maroc comme cela semble être le cas.

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  • Les apparences de la nouvelle gouvernance militaire en Afrique

    Les apparences de la nouvelle gouvernance militaire en Afrique

    Des militaires prennent le pouvoir en cascade en Afrique par des voies non « démocratiques » ou, à tout le moins, « non-constitutionnelles ». Les processus de ces pronunciamientos sont assez similaires, les résultats de cette nouvelle gouvernance galonnée risquent de l’être aussi. Pour les anciennes colonies françaises, c’est sans doute la dernière étape de la décolonisation puisque celle-ci n’était pas véritablement achevée. Ces pays vont maintenant aller vers leur destin. Un premier bilan pourra être mené d’ici quelques années.

    Il reste maintenant à accélérer le démantèlement de la zone monétaire du Franc CFA, annoncé par les présidents français et ivoirien en décembre 2019. Ce projet a été freiné par la pandémie de la Covid mais il faut profiter des évènements politiques en cours en Afrique pour l’accélérer et l’achever.

    Lire aussi : Une bonne nouvelle pour l’Afrique

  • Changement politique au Gabon

    Changement politique au Gabon

    Au Gabon, un clan de galonnés a mis fin un peu brutalement ce 30 août dernier au règne plutôt longuet de la famille Bongo, à la tête du pays depuis 1973. D’abord le père durant 42 ans puis le fils pour 13 ans jusqu’à ce pronunciamiento. Le leader de ce débarquement est le chef de la garde républicaine qui était chargée de protéger… la présidence. Il vient de se faire nommer président de la République.

    Le fils Bongo venait lui de se faire réélire pour un troisième mandat au terme d’élections douteuses, comme elles l’ont toujours été dans ce pays dit « démocratique ». Il avait été victime d’un grave accident vasculaire cérébrale lors de son précédent mandat et il n’était probablement guère en état de gouverner. Assigné à résidence quelques jours il semble maintenant libre de ses mouvements. On l’a vu dans une vidéo assez pathétique appeler « ses amis » à « faire du bruit » pour protester contre ce coup d’Etat. Personne n’a crié bien fort jusqu’ici et peu de monde ne semble regretter ce départ du clan Bongo par la petite porte. La question qui reste à résoudre maintenant est de savoir si les galonnés seront aussi incompétents que la famille Bongo pour gouverner ce pays riche ?

    Le Gabon caractérise jusqu’à la nausée les dérives de la « Françafrique » et les responsabilités sont largement partagées entre Paris et Libreville. C’est un émirat pétrolier très peu peuplé qui aurait dû être un Etat prospère s’il avait été géré avec un minimum de rigueur. Dès l’indépendance en 1960, le premier président, Léon Mba, doit être rétabli sur son trône par l’armée française après un coup d’Etat en 1964. Il gouvernera sous la tutelle de la France jusqu’à sa mort en 1967. Omar Bongo lui succède avec l’aval du général de Gaulle. Commence alors un long règne de prévarication et de compromission. Le développement de la production pétrolière attise les convoitises et accroit les moyens de corruption dans les mains du clan Bongo qui ne se prive pas de les utiliser au mieux de ses intérêts. Nombre de forbans et de partis politiques français semblent en avoir profité en plus des Bongo qui se sont constitué un patrimoine considérable à travers le monde. Cerise sur le gâteau, une partie de la dette gabonaise vis-à-vis de la France a été annulée, c’est-à-dire remboursée par les contribuables français… Et pour bien faire, les convictions religieuses de la famille semblent bien moins fermes que son avidité : en 1968 le patriarche se convertit à la religion catholique, puis à l’Islam en 1973. Albert devient Omar et fiston né Alain-Berard devient Ali. Le Gabon est toujours très majoritairement peuplé de catholiques et d’une minorité protestante, le tout fortement teinté d’animisme.

    Bienvenue au Gabon dans le nouveau monde de la gouvernance militaire !

  • Une leçon de gouvernance donnée par le Royaume du Maroc à la République française

    Une leçon de gouvernance donnée par le Royaume du Maroc à la République française

    La France des plateaux télévisés est en émoi, empilant les émissions spéciales, les cagnottes diverses et les interviews de VIP franco-marocains ou d’origine marocaine (il y en a beaucoup), dégoulinant de compassion par suite du tremblement de terre dans la nuit de vendredi dans la zone de Marrakech. Tous ces communicants aux petits pieds s’étonnent que le Roi du Maroc n’ait pas encore « communiqué » sur cette catastrophe naturelle trois jours après le drame.

    Evidemment, vue de Paris où n’importe quel élu de quartier pond des tweets ou des messages sur les réseaux dits « sociaux » comme la pluie tombait à Gravelotte, le plus souvent pour se mettre lui-même en valeur, un silence de plus de trois minutes face à un évènement aussi considérable est juste incompréhensible et ledit élu fait part de consternations sur… les réseaux dits « sociaux ».

    En réalité, le souverain qui était en France le soir du drame est d’abord revenu rapidement dans son pays, puis il s’est mis à travailler avec ses ministres pour organiser l’après-séisme, puis il est venu visiter aujourd’hui les blessés sur place. Bref, il arbitré en faveur de faire son boulot plutôt que de diffuser à tout va des messages sans intérêt. Son choix ne semble pas mauvais et pourrait inspirer les élus et dirigeants français : faire le job pour lequel on est payé plutôt que de perdre son temps à comptabiliser ses « like » sur des messages stupides et sans intérêt.

    Tout n’est pas bon à prendre dans la gouvernance marocaine, notamment la façon plus ou moins licite dont la famille royale a pu accumuler sa fortune considérable ou le sort que le père de l’actuel souverain réserva à ses opposants, mais au moins sur l’efficacité privilégiée sur la communication il y a matière à inspirer nombre de gouvernants républicains !

  • L’arrogance française une nouvelle fois en mise en cause

    L’arrogance française une nouvelle fois en mise en cause

    A la suite d’un tremblement de terre dans la zone de Marrakech au sud du Maroc vendredi dernier, dont le bilan est déjà de plus de 2 000 morts et est encore loin d’être définitif, des polémiques de plateaux télévisés se développent en France sur le fait que l’Etat du Maroc n’aurait pas encore officiellement demandé l’aide de Paris mais a cependant déjà accepté l’aide de différents autres pays dont le Royaume-Uni. La France (en tous cas ses journalistes) se sent insultée de ne pas être en tête de gondole pour dispenser son aide humanitaire et disperser ses spécialistes en catastrophes sismiques sur le terrain.

    Les raisons de contentieux entre la France et le Maroc sont multiples depuis quelques années à commencer par la volonté française de réduire le nombre de visas octroyés aux citoyens marocains désireux de voyager ou de s’installer en France. Paris qui cherche également à ménager son ancienne colonie algérienne n’a pas reconnu la souveraineté du Maroc sur la Sahara occidental, ancienne colonie espagnole que la Maroc souhaite recoloniser à son profit sans consulter les populations locales comme le demande les Nations Unies et le frère ennemi, l’Algérie. Plus quelques détails comme celui qui voudrait que le Maroc aurait espionné le président français via le désormais célèbre logiciel espion Pegasus acquis auprès d’une société israélienne. Il n’est pas à exclure que la susceptibilité marocaine à fleur de peau explique que Rabat ne soit pas pressée de faire appel à la France compte tenu de tous ces contentieux en cours. Si tel était le cas, ce serait d’ailleurs plutôt une noble attitude à mettre au crédit du Maroc qui ne veut tendre la main à un pays qu’elle critique.

    Le fond du problème est que la France ne sait pas arbitrer entre le Maroc et l’Algérie, les deux ennemis héréditaires du Maghreb. Ne voulant froisser ni l’une ni l’autre, particulièrement pour ce qui concerne le sujet du Sahara occidental, la France est fâchée avec les deux pays qui sont et resteront des sources de problèmes pour l’ancienne puissance coloniale (de l’Algérie) et mandataire (du Maroc). Même lorsque Paris veut rester neutre et s’en remet à l’ONU sur le sort du Sahara occidental, il prend des coups de part et d’autre. Mais la neutralité française dans cette affaire est la seule possible. Laissons donc le Maroc et l’Algérie régler leurs problèmes avec l’aide de l’ONU pour ce bout de désert contesté comme ce fut le cas pour mettre la fin à la « guerre des sables » entre les deux pays en 1964.

    Si le Maroc peut gérer les suites du tremblement de terre avec l’aide des pays qu’il choisit, eh bien c’est parfait ainsi. L’essentiel est que les sinistrés marocains reçoivent l’aide qui leur est nécessaire sur la durée, que celle-ci soit française ou pas. Et si le Maroc ne souhaite pas bénéficier des apports de la France, eh bien il y a bien d’autres pays qui sont demandeurs. En matière d’aide post-catastrophes naturelles il y a insuffisance de l’offre, pas de la demande. Alors que Paris ravale son arrogance et envoie son aide humanitaire officielle ailleurs. En attendant il y a bien d’autres moyens privés pour aider le Maroc via des ONG ou des fonds privés et ils dont d’ailleurs déjà mis en œuvre sans se préoccuper des pudeurs diplomatiques de relations gouvernementales plus guidées par des querelles d’égos mal placées que par les véritables intérêts politiques des deux pays.

    Cerise sur le gâteau : on apprend que le Roi du Maroc était en soins médicaux à… Paris le soir du tremblement de terre à Marrakech ! Il semble qu’il reste encore un peu de chemin à parcourir avant une véritable indépendance. Ces atermoiements politico-mondains ne semblent guère émouvoir les peuples si l’on en juge par l’importance du flux de migration du Maroc vers la France et, à l’inverse, du nombre de Français vivant au Maroc (on parle de plus de cinquante-mille migrants français au Maroc). Les chiens aboient, la caravane passe.