La banque française BNP Paribas s’est distinguée en distribuant via sa filiale Cetelem environ 800 millions d’euros de prêts « toxiques » libellés en francs suisses (CHF) et remboursables en euros (EUR) avec un mécanisme compliqué de calcul des intérêts basé sur le différentiel de taux de change EUR/CHF. Il y aurait environ 4 600 emprunteurs, généralement investisseurs immobiliers dans des opérations de défiscalisation (Scellier, Robien…). C’était avant la crise financière de 2008 et lorsque celle-ci intervint la parité EUR/CHF évolua au détriment des emprunteurs de la BNP Paribas. Ceux-ci se sont donc retrouvés avec une augmentation significative de leurs échéances qui ont dépassé largement les montants empruntés.
La plupart des emprunteurs n’ont bien entendu pas lu les documents de prêt qu’ils ont signés, ou ne les ont pas compris, et on peut compter sur les vendeurs de la BNP, ou ses intermédiaires, pour avoir soigneusement passé sous le tapis les éléments de risque. Nous étions avant la crise financière une époque où les banques ont fait exploser la planète économique en fourguant aux marchés des produits « structurés » composés de prêts immobiliers à des débiteurs insolvables. Nous les savons donc capables de tout.
Nos emprunteurs en CHF ont intenté une action en justice contre la BNP Paribas. Celle-ci a été condamnée en février dernier pour « pratique commerciale trompeuse » et devra verser des dommages et intérêts d’environ 150 millions d’euros aux 2 500 emprunteurs s’étant portés partie civile. On ne va évidemment pas pleurer sur le sort des forbans qui gouvernaient nos banques à l’époque, prêts à tout et surtout au pire, pour fourguer du grand n’importe quoi à n’importe qui afin d’alimenter leurs bonus stratosphériques et immérités. On a vu ce que cela a donné en 2008 et il fallut l’intervention des contribuables pour soutenir leur corporation qui dévasta une économie mondiale à qui il fallut une bonne décade pour se remettre de leurs avanies.
Mais on ne peut pas non plus complètement exonérer les emprunteurs dont la ligne de défense est basée sur la crédulité et leur ignorance du risque de change… Il s’agit tout de même d’investisseurs qui finançaient des montages immobiliers défiscalisant et qui devaient quand même avoir quelques neurones correctement connectés ? Après tout n’importe quel travailleur frontalier avec la Suisse sait très bien utiliser le risque de change à son profit pour aller acheter ses cigarettes en Suisse lorsque la parité est à son avantage, n’importe quel bobo parisien arbitre parfaitement ses vacances entre Phuket et Ibiza en fonction de l’évolution de la devise thaïlandaise, n’importe quel éleveur de moutons malien analphabète comprend parfaitement quand il a intérêt à aller vendre ses bêtes en Mauritanie selon l’évolution de la devise mauritanienne versus le franc CFA. Et il faudrait entériner que le bobo n’est pas en mesure de comprendre que s’il emprunte en CHF alors que ses revenus sont en EUR il fait donc face à un risque de change, même si sa banque lui dit le contraire ?
Ça n’est pas raisonnable et il faut quand même que celui qui spécule sur les devises assume une partie de ses responsabilités, même s’il spéculait « sans le savoir ». La BNP a fait appel du jugement qui contredit nombre des décisions prononcées par des juridictions civiles. Si celui-ci était cassé il serait légitime qu’un nouveau jugement laisse une partie du risque pris, même symbolique, à la charge des emprunteurs. Et en tout cas que ces derniers ne soient pas bénéficiaires d’un dédommagement de leur « préjudice moral » pour leurs spéculations.
Bien entendu la défense des parties civiles fait dans le misérabilisme en invoquant « les gens peu éduqués qui se sont fait embobiner par les vendeurs de la BNP Paribas ». Ces gens « peu éduqués » qui ont bénéficié de l’éducation de la République (le premier budget de l’Etat) ont tout de même emprunté dans une banque pour se lancer dans des investissements immobiliers le plus souvent assortis d’avantages en termes de défiscalisation. Bien ou peu « éduqués » il est juste qu’ils assument une partie de leurs erreurs de choix et de leur absence de la réflexion préalable nécessaire dans tout investissement. Les gros (la banque) paieront beaucoup et les petits (les emprunteurs irréfléchis) doivent payer un peu, sinon plus personne n’est responsable de rien et on renforce encore cette tendance à la déresponsabilisation générale qui mine notre société. Il y aura également un aspect éducatif à une sanction financière, comme à l’école, celui qui fait une bêtise prend un coup de règles sur les doigts et va au coin avec le bonnet d’âne. La fois suivante il retient bien mieux ses leçons, c’est ainsi que l’on apprend.
NB : les indemnisations auxquelles la banque a été condamnées par le tribunal correctionnel sont payables immédiatement, même en cas d’appel. La BNP se bat aussi pour faire suspendre cette décision car si l’appel cassait le jugement il ne serait évidemment pas aisé de recouvrer ces indemnités déjà versées…
Comme lors de chaque catastrophe, humaine ou naturelle, planétaire ou localisée, des touristes français se retrouvent bloqués à l’étranger, parfois très loin, avec la volonté de retrouver la mère-patrie au plus vite. Comme à chaque catastrophe, la République, bonne-mère, déploie tous les efforts nécessaires pour ramener ses enfants sur le sol national, généralement aux frais des contribuables. Comme à chaque catastrophe, la plupart des rapatriements se passent bien et sont réalisés rapidement avec la bonne volonté de tous les acteurs impliqués. Mais comme à chaque catastrophe, un certain nombre de touristes sont difficiles à exfiltrer rapidement pour différentes raisons.
C’est le cas avec cette épidémie de coronavirus pour certains pays, notamment aux Philippines en confinement où il n’y a plus de lignes aériennes entre les multitudes d’iles de l’archipel et la capitale. Les touristes sont un peu laissés à eux-mêmes pour trouver une solution avec l’aide en ligne des ambassades et consulats français. Bien sûr, certains d’entre eux se révoltent et ne comprennent pas pourquoi la République n’est pas capable de leur envoyer un avion spécial toutes affaires cessantes pour les cueillir là où ils sont, bien sûr gratuitement… Et de déverser leur rancœur sur les réseaux dits sociaux auxquels ils ont toujours accès, surtout quand ils ont dû payer à leurs frais un billet d’avion retour.
Selon le ministère français des affaires étrangères il y avait 130 000 nationaux dans cette situation (y compris des voyageurs d’affaires) au début de l’épidémie. Il n’en resterait plus que 10 000 à ce jour en attente d’une solution que les autorités françaises s’efforcent de mettre en œuvre. L’épicentre de la pandémie étant désormais européen, les touristes bloqués aux Philippines ou ailleurs sont parfois stigmatisés par les populations locales.
Gageons que tout ceci va se résoudre progressivement mais l’irresponsabilité de certains français est, comme souvent, plutôt confondante. Aller passer des vacances à l’étranger c’est prendre un risque, celui de se retrouver dans un environnement social, économique, politique qui est différent de celui de son pays d’origine. Quand tout va bien, on profite de cet exotisme que l’on est venu chercher, mais quand un grain de sable grippe la belle machine du tourisme au long cours on se rend compte assez rapidement que l’on est plus « chez soi ». Prendre l’avion pour passer quinze jours de vacances aux Philippines c’est encourir divers risques, celui de la faillite de la compagnie aérienne qui vous y transporte et disparaît avant de vous en avoir ramené, celui d’une éruption volcanique, d’un coup d’Etat, d’une guerre ou… d’une pandémie planétaire comme aujourd’hui. Quel que soit le cas, il est plus difficile et plus onéreux de ramener un touriste français en perdition aux Philippines que dans le Cantal. Nous en sommes là aujourd’hui.
« C’est l’ambassade de France qui est maintenant chargée de nous trouver une solution de retour avec Qatar Airways et un vol via Doha. Aucune idée des dates possibles et des prix. Nous sommes donc en attente, sans plus de précisions, et avons été obligés de prolonger, à nos frais, l’hôtel et les dépenses quotidiennes, sans parler du billet à venir… » (Une touriste en Birmanie)
« Au fond ma situation est loin d’être grave…. Mais on peut se demander si c’est normal que l’on puisse laisser des ressortissants français seuls comme ça et qu’on leur assène que le rapatriement n’est pas de leur ressort, sans explication et sans solution bis. » (Un étudiant en Allemagne)
Journal Le Monde du 25/03/2020
La mondialisation « heureuse » dans laquelle nous baignions ces dernières années nous a fait oublier ces quelques évidences et, il est vrai que les risques pris étaient marginaux, mais l’intensité de ceux-ci est probablement en train de croître. Le transport aérien va sans doute être l’un des plus atteints par la crise actuelle et, au sortir de celle-ci, il n’est pas sûr que l’activité aérienne soit rétablie « comme avant ». Peut-être qu’il coûtera désormais plus cher de se transporter à l’autre bout du monde, favorisant ainsi les vacances… dans le Cantal, moins risquées s’il faut revenir chez soi en cas de problème. A priori on attrape autant le coronavirus à Aurillac qu’à Cebu mais peut-être est-on mieux potentiellement mieux soigné dans le Cantal qu’aux Philippines, surtout quand on est français. Il faut juste y penser avant de s’embarquer à Roissy.
En ces temps de crise sanitaire où les experts de plateaux télévisés assènent des sentences définitives et non documentées (« la casse de l’hôpital public », « une gestion de comptables » et bla-bla-bla et bla-bla-bla), il n’est pas inutile de rappeler quelques faits chiffrés publics disponibles à quiconque sur les sites web de l’administration et du parlement.
Le budget de la sécurité sociale fait l’objet d’une loi votée chaque année par les élus de la République. La Loi de financement de la sécurité sociale 2020 (PLFSS) rappelle les montants qui sont en jeu :
Loi de financement de la sécurité sociale 2020
Compte tenu des circonstances il est probable que les chiffres votés pour l’année 2020 devront être actualisés mais ils s’élèvent pour le moment à 533 milliards d’euros de dépenses, dont 224 milliards pour la maladie (y compris les hôpitaux). Chaque année depuis 2018 les recettes sont inférieures aux dépenses dégageant donc un déficit. Pour donner un ordre de grandeur, la dette publique française est d’environ 2 400 milliards pour le moment.
En résumé, la République collecte et dépense 500 milliards d’euros chaque année pour ses prestations sociales, dont 220 pour le volet maladie. Cela représente 21% du produit intérieur brut du pays et 117% du budget de l’Etat, et cela augmente chaque année en valeur absolue. Alors ces sommes sont peut-être mal dépensées, insuffisantes, mais elles sont tout de même assez considérables. Il serait judicieux que nos experts de plateaux télévisés les mentionnent de temps à autre pour que leurs auditeurs se rendent compte de ce dont on parle. A tout le moins il serait intéressant de demander à ceux qui se plaignent et réclament « plus de moyens » quels sont exactement les besoins et une fois que l’on s’est mis d’accord sur les « dépenses », passer aux « recettes » nécessaires pour arbitrer ce qui est possible et ce qui ne l’est pas.
Augmenter ces sommes est envisageable, on peut passer les dépenses sociales de 21% du PIB à 25 ou 30 ou 40%, il suffit de voter cette évolution, en dépenses comme en recettes
Allez, encore deux petits croquis pour la route qui permettront à nos stars de plateaux télévisés qui n’ont ni le temps ni les neurones pour lire les 94 articles de la Loi n° 2019-1446 du 24 décembre 2019 de financement de la sécurité sociale pour 2020, d’améliorer leurs analyses :
On se souvient de l’initiative de parlementaires français qui avaient demandé l’organisation d’un référendum d’initiative populaire (RIP) pour se prononcer sur le projet de privatiser la concession sur 70 ans d’Aéroports de Paris (ADP). Cette procédure constitutionnelle nécessite qu’au moins 1/10 des électeurs inscrits sur les listes électorales se prononcent en faveur de ce référendum. Le nombre à recueillir était de 4 717 396 électeurs favorables sur une durée de neuf mois. Le Conseil constitutionnel en a décompté 1 093 030 entre le 13/06/2019 et le 12/03/2020 et a donc constaté que :
La proposition de loi visant à affirmer le caractère de service public national de l’exploitation des aérodromes de Paris n’a pas obtenu le soutien d’au moins un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales.
Décision n° 2019-1-8 RIP du 26 mars 2020
Evidemment, le décrochage boursier actuel rendait de toutes façons cette privatisation techniquement impossible mais force est de constater que le projet n’a pas trouvé les 4,7 millions de personnes disposées à faire un clic sur internet pour s’y opposer.
Le sujet reviendra bien un jour ou l’autre sur la table. En
attendant, la ressource pour les finances publiques qui était attendue de cette
opération devra être remplacée par une autre, à moins que l’on arrive à réduire
des dépenses par ailleurs pour compenser.
En compagnie des pays mal gérés du sud de l’Europe, la France
(en déficit de ses finances publiques depuis 1974) relance sa vieille idée de
mutualiser la dette européenne, espérant profiter de la crise sanitaire en
cours pour faire plier les pays du nord, et en particulier l’Allemagne. En fait
il s’agit de faire emprunter l’Union européenne en tant que personne morale,
sachant que les éventuels prêteurs savent que derrière cet emprunteur
multinational il y a des propriétaires que sont les Etats avec des bons et des
mauvais mais, l’un dans l’autre, les prêteurs espèrent que les dérives des uns
seront compensées par les vertus des autres. C’est un peu comme l’assurance
automobile, les bons conducteurs payent pour les accidents provoqués par les mauvais,
c’est le principe de la mutualisation. Dans le cas d’une dette européenne, les
mauvais élèves bénéficieraient d’un taux d’intérêt et d’un accès à la ressource
moyennés, c’est-à-dire meilleurs que ce qu’ils obtiendraient seuls. A l’inverse,
les bons élèves paieraient plus chers…
On imagine toutefois la difficulté d’une dette communautaire :
comment détermine-t-on le montant à emprunter, l’affectation des sous encaissés,
les parts respectives de chaque Etat dans le pool d’emprunteurs, le mode de remboursement ?
Que se passe-t-il si un Etat quitte l’Union avant l’échéance ou y rentre, etc. Bref,
nous sommes sans doute encore (très) loin de présenter la maturité et la
solidarité suffisantes pour mettre en œuvre une dette mutualisée.
D’ailleurs l’Allemagne et les Pays-Bas viennent déjà de dire (sèchement) non ! L’inquiétude des pays mal gérés réside sans doute aussi dans l’accès aux marchés : compte tenu de l’ampleur des sommes dont on parle, qui se chiffrent en centaines de milliards d’euros, trouveront-ils assez de prêteurs pour répondre à la somme de leurs besoins nationaux ?
Non, décidément, le mieux qu’aurait pu faire la République française eut été de rétablir l’équilibre de ses finances publiques avant la crise pour pouvoir affronter celle-ci dans de meilleures conditions sans avoir à devoir « faire la manche » auprès des pays nord-européens ! Cela n’a pas été fait et nous allons sans doute en payer les conséquences.
Les plus anciens se souviendront que « faire payer l’Allemagne » on a déjà essayé avec le Traité de Versailles signé en 1919 à l’issue de la Ière guerre mondiale. Conclusion, elle n’a pas payé et elle a de nouveau franchi le Rhin vers l’Ouest en 1940… Il convient donc de manier ce concept avec prudence et intelligence.
C’est le printemps, les récoltes de fruits et légumes s’annoncent
pour les jours à venir et l’habituel flux de travailleurs agricoles immigrés se
tarit du fait de la fermeture plus ou moins hermétique des frontières
nationales. Alors le principal syndicat agricole français fait appel aux bonnes
volontés pour aller cueillir les fruits et légumes dans les champs. Il
manquerait 200 000 travailleurs dans les champs :
Voici un effet plutôt inattendu de la fermeture des
frontières. Et l’on découvre les travaux que les citoyens français ne veulent
plus ou ne savent plus faire, et pour lesquels la République fait appel à l’étranger.
C’est un bon exemple du sujet de la « démondialisation » qui devrait
venir sur la table à l’issue de la crise. Si l’on veut résoudre cette
dépendance à l’étranger pour notre agriculture il faudra juste trouver
200 mille personnes chaque année pour les 3 mois de récolte printanière.
Pour cela il faudra peut-être augmenter les salaires versés ce qui accroîtra le
prix du kilo de carottes payé par Mme. Michu au marché ; ou alors
réquisitionner des travailleurs. Ce débat sera mené demain et promet nombre de
polémiques franchouillardes, d’autant plus qu’il ne sera qu’un des sujets au
milieu de bien d’autres similaires.
Au-delà des mesures sanitaires qui sont prise en France et
dans le monde pour essayer de limiter les effets mortifères de l’épidémie actuelle
de coronavirus, les Etats annoncent des plans de relance à coups de plusieurs
centaines de milliards pour soutenir leurs économies durant cette période qui
devrait être en principe provisoire. Il faut éviter les faillites en cascade d’entreprises
de toutes tailles afin qu’elles aient la capacité de reprendre leurs activités
lorsque l’épidémie touchera à sa fin. En France ce serait 33% de l’économie qui
serait actuellement à l’arrêt. La République française annonce un premier plan
de 300 milliards d’euros pour soutenir les entreprises et le chômage
partiel ainsi qu’éventuellement des nationalisations si le besoin s’en fait sentir,
la Banque centrale européenne prévoit une injection de liquidités de
750 milliards pour la zone euros, y compris du rachat de dettes publiques,
les Etats-Unis annoncent 2 000 milliards de soutien, etc. Ce sont des
méthodes « coup de massue » qui n’avaient pas été employées lors de
la crise de 1929 mais qui avaient mise en œuvre après la crise des
traders-fraudeurs de 2008. Espérons qu’elles seront efficaces également pour
cette crise sanitaire d’un nouveau genre.
Ce que ne disent pas les dirigeants à Mme. Michu c’est
que c’est elle qui va payer toutes ces dépenses in fine. En cela l’après crise devrait être particulièrement
intéressante lorsqu’il faudra passer à la caisse. Bien évidemment les corporations
qui auront pris des risques pour lutter contre l’épidémie réclameront des sous
en dédommagement, le corps médical sera au premier plan, mais pas seulement.
Les forces de sécurité notamment devraient aussi être en première ligne pour
les revendications financières. A ce stade le pouvoir ne remplit que la colonne
des dépenses, celle des recettes est laissée sous le tapis mais il faudra bien
l’aborder à un moment ou à un autre. Les méthodes habituelles seront mises en œuvre :
création monétaire puis que Banque centrale et Union européenne acceptent d’ouvrir
les vannes, création qui ne déclenche toujours pas d’inflation ce que les économistes
n’arrivent pas vraiment à expliquer, augmentation des impôts (voire
rétablissement de l’impôt sur les grandes fortunes – ISF), baisse des dépenses
de certains budget jugés dispensables (faut-il vraiment dépenser des milliards pour
organiser des jeux olympiques à Paris en 2024 ?), etc. Mais ce qui est sûr
c’est que ce sont bien les citoyens et les entreprises qui vont payer l’addition
ce qui risque de déclencher des réactions violentes en France où la moindre
réforme entraîne généralement manifestations et émeutes.
Evidemment, les pays mal gérés comme la France ou la Grèce,
en déficit de leurs finances publiques depuis des décennies, n’ont pas su mettre
des sous de côté lors des cycles économiques positifs. C’est la fable de la
cigale et la fourmi. Il est sans doute peu probable que les générations
actuelles verront un jour la République devenir la fourmi…
En ces temps d’accidents climatiques et d’intronisation d’une nouvelle commission de l’Union européenne (UE), ladite commission a publié le 11 décembre 2019 un texte de 28 pages (plus 5 d’annexes) intitulé « Le Pacte vert pour l’Europe ». En matière écologique la commission n’a qu’un pouvoir de proposition aux Etats membres et au parlement européen qui décideront ce qu’ils veulent retenir de cette longue litanie de bons sentiments, mais ils risquent très fortement d’y tailler à la hache en fonction de leurs intérêts nationaux propres et de la profondeur de leurs poches.
Le texte qui reste à un niveau très général est plutôt consensuel. Mis à part quelques idéologues extrémistes et peu réalistes, qui pourrait ne pas être d’accord avec les propositions qu’il contient ? Les mots-valises emportent l’agrément assez facilement dès l’introduction :
Cette nouvelle stratégie de croissance vise à transformer l’UE en une société juste et prospère, dotée d’une économie moderne, efficace dans l’utilisation des ressources et compétitive, caractérisée par l’absence d’émission nette de gaz à effet de serre d’ici 2050 et dans laquelle la croissance économique sera dissociée de l’utilisation des ressources.
Cette stratégie vise aussi à protéger, préserver et consolider le patrimoine naturel de l’UE, ainsi qu’à protéger la santé et le bien-être des citoyens des risques et incidences liés à l’environnement. Dans le même temps, cette transition doit être juste et inclusive.
« Le Pacte vert pour l’Europe », document réf. COM(2019) 640 final
La vraie vie sera sans doute toute autre lorsque cette
communication devra être transformée en mesures effectives à décider et
appliquer par 27 Etats membres. Chacun tentera de défendre ses intérêts
particuliers en oubliant l’objectif général. Chacun devra composer avec les
considérations de ses électeurs. Les Etats déjà avancés en matière de
neutralité climatique n’auront plus les mêmes objectifs que les mauvais élèves.
Les Etats pauvres voudront faire payer les riches et les riches ne voudront pas
financer les Etats peu rigoureux comme la France ou la Roumanie, etc. etc…
La vraie question est sans doute essentiellement comportementale :
comment faire changer le mode de vie de populations plus préoccupées de leurs
taux de cholestérol et de leurs modèles d’aïephones que de l’avenir climatique
qu’ils laisseront à leurs enfants. Comment faire que les bobos aillent passer
leurs vacances dans le Cantal plutôt qu’à Phucket, que les gamins utilisent un
peu moins les réseaux de l’Internet[1]
et leurs accessoires connectés, que les citoyens mangent moins de viande… Il
faudra produire et consommer différemment (pour ne pas dire moins produire et
moins consommer), remettre en cause les fondements de l’économie libérale qui a
considérablement amélioré la condition humaine ces deux derniers siècles. C’est
une révolution pacifique qu’il faudrait mener, mais par où et par qui
commencer ?
[1] Les fermes de serveurs des GAFAM et leurs affidés consomment tellement d’énergie qu’elles sont délocalisées dans les zones froides voire polaires pour atténuer les coûts de refroidissement. Bien entendu les coûts du réchauffement qu’elles provoquent ne sont facturés à personne…
Les scientifiques ont beau sauter sur leurs chaises comme
des cabris en criant : « c’est la fin du monde, on va tous
mourir ! » c’est la grandeur de nos démocraties de ne pas savoir
imposer des comportements à ses citoyens ; pour les changer il faut
convaincre et il faut faire adopter des lois par des parlements élus
démocratiquement. C’est ce qu’on appelle la liberté si chère à notre univers
occidental. Evidement nous allons peut-être mourir de cette liberté si la
planète grille avant que nous ne réagissions suffisamment mais la clé n’est pas
que chez les gouvernements ou l’Union européenne ou les organisations
multilatérales, elle est surtout dans les mains des citoyens qui doivent
consentir à aller dans le sens de ce qu’indiquent le bon sens et… la commission
européenne. Pour commencer, ils devraient lire les 28 pages du « Pacte
vert » mais combien le feront bien que cette lecture ne prenne pas plus de
temps qu’une mi-temps de fouteballe à la télévision (moment que M. Michu préfère
généralement consacrer à l’évacuation de son trop plein de bière pendant que
Mme. Recharge les pizzas industrielles « 4 fromages ») ?
La France, à la tête des pays indisciplinés et mal gérés, est un bon exemple des difficultés de la démarche. On se souvient de l’écotaxe qui avait été votée, fait très rare, à l’unanimité du parlement national, toutes couleurs politiques confondues, mais qui avait du être retirée en catastrophe en 2013 suite aux émeutes et sabotages déclenchés par une bande de furieux prêts à mettre le pays à feu et à sang pour ne pas la payer. Plus récemment, c’est l’augmentation des taxes sur le carburant diesel qui a déclenché les émeutes et blocages violents menés par des délinquants qui perturbent le pays depuis plus d’un an, et bien que là aussi le pouvoir ait renoncé à cette hausse de taxe.
En fait, seul le coût peut avoir un effet pédagogique sur les producteurs et les consommateurs : si le coût du démantèlement des centrales nucléaires était facturé aux consommateurs ils allumeraient leurs radiateurs avec plus de parcimonie, si les coûts écologiques étaient inclus dans la facturation du transport aérien les bobos achèteraient un peu moins de kiwis importés de Nouvelle-Zélande et consommeraient un peu plus de pommes normandes, etc. Le capitalisme a toujours fait montre d’une remarquable plasticité pour s’adapter aux changements de son environnement, il le fera de nouveau face au défi climatique s’il y a intérêt. Mais il faut savoir introduire ces coûts de façon maligne, sans doute les compenser par des baisses d’autres impôts et taxes par ailleurs pour que la charge globale reste la même mais le principe « pollueur-payeur » signifie bien que le pollueur… payera plus et donc, ne sera pas content. Mais répartir de nouveaux coûts sur des critères écologiques cela veut dire jouer avec les règles de la concurrence, démanteler certains secteurs économiques et certaines activités humaines, en promouvoir de nouveaux. C’est difficile, il y a des intérêts, des enjeux, des pressions. Pour le moment personne n’y a vraiment réussi et les citoyens ne sont pas véritablement demandeurs au-delà des slogans de circonstance. Au contraire, ils ont élu des dirigeants climatosceptiques aux Etats-Unis, en Australie, au Brésil… Peut-être l’aggravation de la situation écologique aboutira à la prise de conscience citoyenne à laquelle les pouvoirs actuels échouent ?
Les dirigeants élus dans nos démocraties doivent composer avec tous ces éléments contradictoires et surfer sur les humeurs de Mme. Michu. On voit en France ces derniers mois que cela n’est pas aisé alors que très peu de changements ont pour l’instant été instaurés en faveur du climat , mais tout de même un peu. L’inertie des comportements et l’égoïsme des citoyens ne poussent pas vraiment à l’optimisme ; la difficulté pour aboutir à une entente planétaire opérationnelle, ne l’est guère plus. Les plus pessimistes (voir les cabris ci-dessus) perdent déjà tout espoir, les masses attendent la sortie du prochain modèle d’aïephone, certains hurluberlus ne peuvent pas s’empêcher de penser qu’à la fin des fins, au bord de l’abîme, il y aura bien des réactions salutaires et que le monde survivra, même avec 2 ou 3° de plus ! L’avenir le dira. En attendant, que chacun prenne ses responsabilités, agisse là où il le peut et cherche à entraîner son voisin vers un comportement plus vertueux, ce sera déjà ça de pris.
La croissance doit être « durable et inclusive », bien sûr. Les mesures à prendre doivent être « audacieuses et complètes », évidemment, etc.
S’en suivent d’intéressants développements sur la nécessaire
transformation des économies des Etats membres pour atteindre la
« neutralité climatique » en 2050 avec une réduction des gaz à effets
de serre en 2030 de 55% par rapport au niveau de 1990 en instaurant une
taxation des émissions de carbone dans l’Union et, éventuellement, une taxation
des produits à l’entrée dans l’Union si les pays tiers ne consentent pas les
mêmes efforts. Il faudra transformer l’économie « linéaire » de
l’industrie actuelle, qui représente 20% des émissions de gaz à effet de serre
de l’Union, en une économie « circulaire » qui est censée limiter le
gaspillage des ressources et l’impact environnemental. Il est recommandé d’améliorer
l’information des consommateurs afin qu’ils optent pour des produits durables
et d’utiliser les technologies numériques pour atteindre les objectifs du pacte
vert.
Les bâtiments représentant 40% de la consommation d’énergie
en Europe, le pacte recommande l’engagement d’une « vague de rénovation »
des bâtiments publics et privés. De même, la transition vers une « mobilité
durable et intelligente », notamment en incluant dans les prix du
transport les coûts environnementaux. Il est question de concevoir un système
alimentaire « juste, sain et respectueux de l’environnement » de
« la ferme à la table » avec notamment une baisse de l’utilisation
des produits chimiques dans l’agriculture et le lancement de l’économie
circulaire générant moins d’impacts environnementaux. Il faudra « préserver
et rétablir les écosystèmes et la biodiversité », développer une
« ambition zéro pollution pour un environnement exempt de substances
toxiques », cela va sans dire.
Le maître mot est la « durabilité » qui devra être
intégrée dans toutes les politiques de l’UE en promouvant la finance et
l’investissement verts et en assurant une transition juste. Et là apparaît la
première évaluation financière de la commission qui estime à 260 milliards
les investissements annuels qu’il convient de lancer pour atteindre les
objectifs climatiques de l’horizon 2030, l’ampleur de ces sommes nécessitant la
mobilisation des secteurs privés et publics. La commission recommande que les
budgets nationaux soient « verdis » avec une fiscalité adaptée. La
recherche doit également être fortement impliquée pour identifier « des
solutions durables » et une « innovation de rupture ».
L’éducation également sera un point d’entrée clé pour la réussite du pacte
vert.
L’UE se veut le « chef de file » mondial pour
encourager les pays tiers à adopter des mesures similaires afin que ce
« pacte vert » devienne mondial, condition indispensable à sa
réussite. L’Union mettrait en place une « diplomatie du pacte vert » en
appuyant les accords multilatéraux comme l’Accord de Paris aussi bien que les
accords bilatéraux, particulièrement avec les pays voisins. L’idée des marchés internationaux
du carbone est relancée[1].
Enfin, la commission souhaite lancer un « pacte européen pour le
climat » pour mobiliser les citoyens en faveur du climat.
[1]
Après les résultats plutôt mitigés des premières expériences qui ont plus
brillé par les fraudes colossales qu’elles ont engendrées, plutôt que leur impact
sur la décarbonation…
Une soirée au cinéma permet de constater que les annonces
pour les films à venir sont désormais entrecoupées de publicités commerciales.
Cette pratique invasive nouvelle est destinée à forcer le spectateur à ingérer
de la publicité commerciale s’il veut regarder jusqu’au bout le programme de
ses prochaines séances. A priori la
majorité des citoyens n’est pas passionnée par la publicité ; durant les
matchs de fouteballe suivis à la télévision depuis son salon M. Michu
profite des pauses publicitaires pour aller s’ouvrir une bière ou évacuer les
précédentes aux toilettes, s’évitant ainsi le spectacle abrutissant de messages
de pub répétés jusqu’à la nausée pour envahir les neurones des gogos et
déclencher leurs décisions d’achat au supermarché du coin ou chez leurs
concessionnaires automobiles. Avec ce saucissonnage des annonces des prochains
films qui seront à l’affiche, les commerçants espèrent ainsi forcer les
consommateurs à visionner leurs messages.
Les téléspectateurs exaspérés par la pub, peu nombreux
finalement, cherchent à adapter leurs consommations de télévisions et de radios
en se limitant aux chaînes le moins possibles envahies par les commerçants. Ce
sont essentiellement les chaînes du service public, et encore, celles-ci font-elles
malgré tout l’autopromotion de leurs propres programmes et n’échappent pas aux
émissions sponsorisées qui permettent de refourguer par la fenêtre les commerçants
qui ont été évacués des ondes par la porte.
L’apparition forcée de pop-ups sur son écran de terminal dès que l’on navigue sur un site internet « gratuit » relève du même écœurant gavage. Désormais l’internaute a acquis le réflexe pavlovien de fermer tous ces pop-ups avant de pouvoir commencer réellement sa navigation. L’invasion est plus légère sur les sites payants. Normal puisque sur Internet : « la marchandise est l’internaute lui-même » dont les données de navigation sont stockées et revendues.
Les progrès de l’intelligence artificielle permettent malheureusement
d’encore mieux cibler le pilonnage publicitaire des neurones du consommateur.
Celui-ci se voit proposer des produits commerciaux choisis en rapport avec les
clics qu’il a fait les jours précédents sur des sites vendant des produits
similaires. Le chroniqueur a déjà constaté que lorsqu’il écoutait une radio
publique sur l’application Radio-France de son téléphone mobile et coupait le
son pour s’épargner la voix gnangnan de la nunuche promouvant une autre
émission, la publicité abrutissante reprenait exactement au moment où il l’avait
coupé deux minutes avant…
On est en plein dans la légendaire phrase d’un ex-pédégé de
TF1 (Patrick Le Lay) qui expliquait doctement que l’art du business de la télévision
était de vendre du « temps de cerveau disponible des téléspectateurs »
aux annonceurs. Cet illustre personnage avait dirigé cette chaîne après sa
privatisation et en avait fait une réussite commerciale et un désastre culturel.
On est aussi au cœur du système marchand qui nous gouverne : pour produire
il faut bien vendre, et pour vendre il faut bien promouvoir quitte à abrutir le
consommateur et à provoquer ses non-besoins. Ce système a de bons côtés, il en
a aussi de très mauvais desquels il devient de plus en plus difficile de se
prémunir. C’est là sa supériorité sur tous les autres !
Dans une série de conférences données à New-York à l’invitation de l’ambassade de France, Esther Duflot a rappelé que la confiance des citoyens est deux fois plus importante pour les météorologistes que pour les économistes… Prix Nobel d’économie 2019 avec deux équipiers dont son mari pour leurs travaux sur la réduction de la pauvreté dans le monde, elle mentionne que les économistes sont très mauvais pour la prévision (merci du rappel) mais que leurs données et analyses peuvent tout de même aider à comprendre le présent. Transmis à Mme. Michu !
Depuis hier le Royaume-Uni a récupéré sa souveraineté pour
gérer l’immigration sur son territoire, y compris celle de citoyens de l’Union
européenne dont elle ne fait plus partie. Un régime transitoire a été mis en
place pour ces citoyens de l’Union présents depuis au moins 5 ans sur le
territoire britannique. Ils doivent se faire enregistrer pour la délivrance d’un
titre de séjour les autorisant à rester sur place, au moins pour quelques
années. La réciprocité a également été acquise pour les britanniques résidant
dans les 27 pays membres de l’Union.
Certains de ces expatriés s’émeuvent d’un tel régime, les
français n’étant pas les derniers à se plaindre, comme d’habitude. Et les
journalistes présents sur place recueillent des « c’est honteux », « c’est
un scandale », etc.
La mondialisation a fait oublier un peu trop rapidement aux
citoyens du monde que « chez les autres » ce n’est pas encore exactement
pareil que « chez soi ». Il y a ce que l’on appelle en matière d’investissement
le « risque politique » : un citoyen d’un pays A installé dans
un pays B est soumis à la Loi de son pays d’accueil qui peut être différente ou
évoluer différemment de la Loi du pays A. C’est le b-a-ba de tout
investissement à l’étranger. La libre circulation et d’installation des
personnes qui a cours au sein de l’Union européenne ne l’a pas à l’extérieur où
les lois nationales s’appliquent.
L’expatrié français installé à Londres va devoir désormais
obtenir un titre de séjour qui peut bien entendu lui être refusé. Il semble d’ailleurs
que c’est justement l’immigration débridée des citoyens de l’Union dans leur
pays qui a causé le vote en faveur du brexit.
Il n’est donc pas étonnant que la Grande-Bretagne reprenne le contrôle de
son immigration. C’est le retour à la période d’avant la libre circulation des
personnes qui n’est pleine et entière que depuis finalement pas si longtemps
que ça, et qui souffre d’ailleurs toujours d’exceptions significatives. Les
gens ont la mémoire sélective…
Cela étant dit, il est peu probable que le Royaume-Uni expulse sauvagement et rapidement ses immigrés originaires de l’Union. Cela devrait se passer de façon ordonnée et progressive, mais les non britanniques devront obtenir à l’avenir un titre de séjour et de travail pour s’installer et travailler en Grande-Bretagne, c’est ainsi que cela peut se passer quand on élit domicile à l’extérieur de son pays d’origine. A ne pas oublier !
Carlos Ghosn, 65 ans, ex-pédégé de constructeurs
automobiles, recherché par la justice japonaise pour délinquance financière,
réfugié au Liban dont il détient la nationalité en plus de celles de la France
et du Brésil, a fait organiser une conférence de presse à Beyrouth pour
expliquer pourquoi il a fui Tokyo où il était sous contrôle judiciaire. Il a
défendu sa position devant un parterre de journalistes triés sur le volet. Il
n’est pas sûr que la justice japonaise ait apprécié le show auto-justificateur…
Plus intéressant, il a saisi l’occasion pour taper sur tout
le monde et, notamment, accuser ses successeurs d’incompétence en insistant sur
oh combien les groupes Renault-Nissan-Mitsubishi se portaient bien lorsqu’il
les dirigeait et oh combien ils sont en perte de vitesse depuis qu’il n’est
plus aux commandes. Il a prédit que l’alliance Renault-Nissan serait en sursis.
Il serait sans doute plus judicieux qu’il se préoccupe maintenant
de son propre sort plutôt que de tirer des plans sur la comète sur l’avenir des
entreprises qu’il dirigeait et qui l’accusent de détournement de fonds. Il
serait plus responsable de ne pas clamer ces sornettes, devant des journalistes
avides de cancans, qui immanquablement agitent les cours de bourse et sont d’une
vulgarité à la hauteur du personnage, comme si l’avenir de ces entreprises ne
reposait que sur Super-Carlos, deus ex-machina de l’industrie automobile !
Les centaines de milliers d’employés de ces groupes, toujours au travail,
apprécieront…
La conférence de presse a été organisée par l’inénarrable
Anne Méaux, 65 ans, dont le site web affiche fièrement sur sa page de garde :
« Image 7 s’est lancé en 1988 sur des présupposés qui se sont révélés étonnamment modernes. Nous avons parié sur la liberté, l’indépendance, l’absence de hiérarchie, l’intelligence collective et nous disons non aux silos. […] Plus le monde se complexifie, plus on a besoin « d’honnêtes hommes », qui, par leur culture, leur compréhension de la société et de ses transformations, vont aider les chefs d’entreprise à remettre les choses dans leur contexte et à hiérarchiser les problèmes. »
Une autre grève se déroule en France depuis des semaines et
qui ne concerne pas le projet de réforme des retraites mais un simple plan de
restructuration incluant une réorganisation du groupe de radios publiques, une
baisse des dépenses de 60 millions d’euros (sur un budget total dans les
~600 millions) et une baisse de 300 personnes (sur un effectif total de ~4 500).
Des négociations sont en cours entre syndicats et direction mais chacun campe
sur ses positions. La grève se traduit par la non-diffusion de nombre d’émission
remplacées par des playlists.
Le groupe Radio-France est financé par une redevance payée
par les citoyens avec leurs impôts locaux. Il n’est pas prévu à ce stade de
rembourser une partie de cette taxe aux contribuables. Comme toutes les
entreprises, Radio-France doit se restructurer pour s’adapter. Comme toutes les
entreprises publiques, Radio-France doit faire des efforts de productivité pour
une utilisation optimisée de l’argent des contribuables.
Evidement, comme bien d’autres services publics, il y a certainement
matière à réduire la voilure. Radio-France maintient deux orchestres symphoniques,
est-ce la vocation d’une radio publique de produire de la musique classique ou
ne doit-elle pas se limiter à diffuser celle qui existe par ailleurs ? Si
la réponse est « oui » à la première question, a-t-on besoin de deux
orchestres pour ce faire ? Et il y a sûrement bien d’autres domaines d’activités
du groupe Radio-France où l’on peut se poser des questions similaires. Si la
réponse est que tout est nécessaire, à ce moment il fait financer et se retourner
vers les contribuables soit on est capable de réduire la voilure soit il faut
augmenter ses impôts ou aller prendre l’argent d’un autre poste pour le
transférer sur le budget de Radio-France. Les radios publiques sont déjà
envahies de publicités commerciales ou institutionnelles abrutissantes pour
compenser la baisse des ressources publiques.
Les syndicats rabâchent les mêmes illusions :
On défend un financement correct du service public de radio qui puisse nous permettre de continuer à faire des productions de qualité.
Evidement tout irait mieux si l’on pouvait traire indéfiniment
le contribuable, mais ce n’est pas le cas et celui-ci se révolte. Tout le monde
réclame des sous : les hôpitaux, les forces de sécurité, les étudiants,
les paysans… Mais le contribuable est aussi un citoyen qui bénéficie de la
redistribution de la République. La France reste embourbée dans cette
contradiction qui fait s’opposer le citoyen-bénéficiaire au citoyen-contribuable.
En attendant, la grève ne gêne que les auditeurs,
généralement âgés ou tendant à le devenir, elle risque de durer encore un
moment…
L’ex-dirigeant des groupes automobiles Renault et Nissan, sous
contrôle judiciaire au Japon depuis un an pour de sombres histoires de détournement
de fonds au détriment de ses employeurs, non déclaration de certains revenus et
autres joyeusetés du même acabit, a quitté illégalement le Japon pour fuir au
Liban, l’un des trois pays dont il détient la nationalité avec le Brésil et la
France. Il va sans doute devoir y rester un moment car il est désormais l’objet
d’un mandat d’arrêt international émis par la justice japonaise. On saura un
jour si les accusations portées contre lui sont fondées ou non. Mais le plus
important dans cette affaire n’est pas tant son volet illégal que son aspect
légal : comment un mandataire social, fût-il un dirigeant efficace, a pu
accumuler de tels revenus octroyés légalement par ses actionnaires ?
Il est en effet confirmé qu’outre sa rémunération annuelle
de l’ordre de 17 millions d’euros il est bénéficiaire de retraites
complémentaires, à verser jusqu’à sa mort par les groupes qu’il dirigeait, s’élevant
à un total de plusieurs dizaines de millions d’euros. Ces montagnes d’argent
ont été octroyées « normalement » et semblent être légales ; et
c’est bien là une grande partie du problème. Avec de telles rémunérations on
attise la rapacité de dirigeants-employés qui deviennent des accumulateurs
compulsifs. Il n’y a rien qui puisse justifier des sommes aussi démesurées
versées à un seul individu par une entreprise.
C’est l’un des travers du monde capitaliste qui devra un jour l’examiner de près car il est contre-productif. L’ex-dirigeant en fuite en est l’un des avatars, il n’est sans doute pas pire qu’un autre, il est juste l’un de ces forbans qui trustent les places de capitaines des grandes multinationales et dont la plus grande réussite consiste d’abord à faire croire à des actionnaires qu’ils sont irremplaçables.
Cerise sur le gâteau : il semble que l’appartement qu’il occupe actuellement à Beyrouth soit l’un des logements fastueux achetés par Nissan dans différentes capitales afin que son dirigeant puisse y séjourner au cours de ses voyages. N’étant plus le patron de Nissan il ne devrait théoriquement pas pouvoir résider dans cet appartement. Encore un mystère de cette affaire de peu d’intérêt.
La France, et tout particulièrement sa région Ile de France,
est perturbée par des grèves du secteur des transports publics. Les
négociations sont difficiles et ont connu différents épisodes, le gouvernement
a un projet : les syndicats ouvriers sont contre, les syndicats patronaux
sont pour, mais les premiers ont une forte capacité de nuisance qu’ils mettent
en œuvre depuis un mois.
Fin décembre dernier, et après trois semaines de grève et de discussions, alors qu’approchaient les fêtes de surconsommation de fin d’année, tout ce petit monde s’est donné rendez-vous pour… après les congés : le gouvernement en fixant une nouvelle session de négociations à partir du 7 janvier et les syndicats ouvriers une nouvelle manifestation le 9 janvier, une fois digérées les agapes de Noël et du réveillon.
Cet unanimisme pour rester tranquille durant les vacances est touchant ! C’est également une bonne nouvelle : un pays qui privilégie ses congés à une négociation sur ses retraites est finalement un pays qui ne va pas si mal que ça.
La France est très perturbée par la grève des transports
publics qui s’opposent au projet de réforme des retraites du gouvernement. Les
syndicats ouvriers sont contre, les syndicats patronaux sont pour. Les premiers
luttent, les seconds sont aux abonnés absents. Jusque-là rien de bien neuf dans
le paysage social français.
On ne peut pas dire que le patronat en fasse trop pour
défendre ses positions et soutenir le gouvernement. Ce silence est étonnant :
manque de courage ou absence de conviction ?
En réunion à Abidjan, les présidents ivoirien et français annoncent que le franc CFA va être remplacé en Afrique de l’Ouest par une nouvelle monnaie, l’ECO dont la gestion sera sensiblement réformée. Il n’y aura plus d’administrateur français dans les instances de la Banque centrale de Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et celle-ci n’aura plus à déposer une partie de ses réserves auprès du Trésor français. Cependant, il semble que le cours fixe entre l’Euro et l’Eco serait maintenu et que la France continuerait à garantir la convertibilité de l’Eco. Ces deux derniers points, s’ils étaient confirmés, limitent sérieusement l’ampleur de la réforme.
Il serait souhaitable de couper définitivement le cordon monétaire entre la France et ses anciennes colonies. Si l’on se contente de changer le nom de la devise mais de continuer à attendre que la France garantisse son cours et sa convertibilité, on ne va pas bien loin dans ce sens. Espérons que ne n’est qu’une première étape vers un changement plus radical donnant la responsabilité monétaire pleine et entière aux Etats africains.
Les transports publics sont en grève depuis dix jours et
transforment Paris en vaste capharnaüm à cause d’un projet de réforme des
retraites en France. Ceux qui doivent se déplacer pour travailler font ce qu’ils
peuvent. Les partenaires sociaux (hors représentants patronaux) et le
gouvernement s’affrontent sur les termes de cette réforme, chacun expliquant
sur les plateaux télévisés que l’autre est responsable de la pétaudière. Et
voici que s’annoncent les vacances de Noël et la perspective que ces grèves gênent
les citoyens dans le déroulement de leurs congés. C’est une possibilité,
effectivement. Même le premier ministre implore les syndicats pour qu’ils
marquent une trêve dans leur action pour ne pas perturber les congés des
citoyens.
Cette soudaine inquiétude est intéressante en ce qu’elle marque
une priorité : il apparaît plus grave de perturber les vacances des
français plutôt que leur travail.
Les syndicats ouvriers ont réussi à mobiliser les citoyens
contre le projet de réforme des retraites : grèves et manifestations au
programme dans le pays. Les partis extrêmes de droite comme de gauche réclament
l’abaissement de l’âge de la retraite à 60 ans, les partis républicains
non majoritaires ne veulent rien changer et le parti au pouvoir veut remplacer l’organisation
multi-systèmes de retraire par un environnement d’une retraire universelle
unique.
La Confédération Générale du Travail (CGT) reprend du poil
de la bête et son moustachu de secrétaire général frétille dans les rues et sur
les plateaux télévisés. Son programme est simple :
Rejet total du projet actuel de réforme proposée
par le pouvoir.
Elargissement des domaines d’application des «
régimes spéciaux » plus favorables que le régime général.
Retour à la retraite à 60 ans pour tous, sauf
ceux qui bénéficient déjà d’un âge de départ inférieur à 60 ans et qui doivent
le conserver.
Pour le financement : instauration d’une taxe de
50% sur les dividendes versés aux capitalistes du CAC40 et l’on pourra même
financer au-delà des régimes de retraite.
Une discussion raisonnée est délicate sur un tel
argumentaire, on se croirait revenu aux temps de l’avenir radieux du
socialisme. Après tout, une telle politique peut être de nouveau mise en œuvre si
elle était votée par le parlement. Mais nous sommes en France, alors à défaut
de l’emporter dans les urnes on met le débat dans la rue. Le plus malin gagnera !
Eternelle antienne de la politique française : on est
d’accord pour réformer du moment que c’est le voisin qui paye ! Le projet
de réforme systémique des retraites françaises percute de plein fouet ce
refrain : « il faut augmenter les prestations dont je bénéficie mais
diminuer les cotisations que je paye ».
Le débat actuel entre les parties est probablement sans issue
tant chacune campe sur ses positions partisanes. La mauvaise foi est de mise,
les idéologies sont au programme. Et de toute façon personne ne peut vraiment
anticiper ce que sera l’équilibre, ou le déséquilibre, financier des retraites
au-delà des cinq à dix années à venir… Le système des retraites c’est de
l’assurance, il y a donc des cotisations qui rentrent et des prestations qui sortent.
Sur le long terme il faut que les unes et les autres soient grosso-modo du même
montant. Ce n’est pas le cas en France et nos retraites sont également financées
par l’impôt pour environ 30%), et donc les contribuables, car notre République
ne sait pas équilibrer dépenses et recettes.
Ce que l’on peut prévoir avec une probabilité relativement
élevée c’est que les prestations dépasseront les cotisations sur encore les dix
prochaines années, que la retraite soit calculée en annuités ou en points, avec
un régime universel ou un multi-systèmes. Il y aura donc des déficits à combler,
et donc de l’argent nouveau à trouver ou des prestations à diminuer. L’une des
façons « élégantes » de faire c’est d’augmenter progressivement la
durée de cotisation, en gros, travailler plus longtemps ce qui évite de trop
baisser les rentes en faisant augmenter les cotisations non pas sur les taux mais
sur la durée. Financièrement cela revient au même, politiquement pas tout à
fait. C’est ce qui se pratique depuis 1983, année au cours de laquelle l’âge de
départ en retraite a été ramené de 65 à 60 ans suite à la première alternance
de gauche de la Vème République. Depuis, la France revient progressivement vers
cet âge de 65 ans mais il s’agit bien entendu d’une « provocation »
pour tous les syndicats ouvriers. De leur côté, les syndicats patronaux approuvent.
Au-delà, les questions de méthodes des systèmes de calcul,
la vérité vraie qui fait peur est que pour éviter une baisse trop visible des
pensions il va falloir continuer à reporter la date de départ en retraite à
taux plein. Et ce, au moins pour une génération. Au-delà, personne ne sait bien
ce que sera la conjoncture de l’emploi (s’il y a moins de chômeurs, il y a plus
de cotisants, si les rémunérations moyennes augmentent, les cotisations vont
suivre la même direction, et vice-versa). Le nouveau système proposé, s’il
était mis en œuvre, devrait permettre un ajustement permanent des pensions
versées, à la hausse comme à la baisse. Cela aussi fait peur.