L’Observatoire des inégalités est une association, fondée en 2003, en principe indépendante de toute organisation syndicale, politique, ou religieuse qui analyse la situation des « inégalités » en France. Il vient de publier son quatrième « Rapport sur les riches en France » qui crée un peu d’émotion car y est qualifié de « riche » celui qui touche plus de deux fois le revenu médian soit :
4 300 euros mensuels pour une personne seule après impôts,
6 400 euros pour un couple, et
10 700 euros pour un couple avec deux enfants de plus de quatorze ans
Evidement les citoyens qui dépassent ce seuil, même raisonnablement et qui représentent 7,5% de la population, estiment que les riches ce ne sont pas eux, mais les autres (les « Bernard Arnault » pour faire simple). Les chiffres sont basés sur les statistiques de revenus de l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) et révèlent par ailleurs que le salaire médian (celui ou 50% des Français gagnent moins et 50% plus) français est significativement inférieur à celui de nombre de pays européens.
Une analyse similaire est menée sur les patrimoines.
En ces temps de canicule la complainte des dépensiers de l’argent public reprend de plus belle : il n’y a pas assez de Canadair pour lutter contre les incendies, trop peu de climatiseurs dans les hôpitaux, il faut un grand plan « natation » pour éviter que les jeunes ne se noient dans les fleuves où ils plongent pour fuir la chaleur, pas assez d’investissement à la SNCF dont les rails se déforment sous le soleil, il faut instaurer un « congé climatique » à financer par les entreprises, etc.
Si toute ces idées de dépenses sont plutôt entendables, le pays fait face à sa réalité économique et financière qui est moins bonne que celle de ses voisins. C’est l’éternelle histoire de la cigale et de la fourmi si bien versifiée par La Fontaine mais aujourd’hui ce n’est plus une fable, c’est la vraie vie d’un pays qui s’appauvrit et se rabougrit par rapport aux nations comparables. Le citoyen réalise cette triste réalité : le salaire médian est plus faible ici que là-bas et il manque des Canadair !
La solution « il faut taxer Bernard Arnault » pour résoudre ces difficultés sera peut-être appliquée à l’issue des élections présidentielles de 2027. Il n’est pas sûr qu’elle réussisse. L’autre solution serait de baisser les dépenses publiques mais personne n’ose véritablement l’envisager. Seule une crise financière profonde aboutissant à l’impossibilité pour la France d’emprunter sur les marchés financiers pour financer ses déficits forcerait le pays à reprendre le contrôle de ses finances publiques, quelle que soit la solution adoptée, mais cela se ferait certainement dans la douleur.
On attendant le pays vivote dans l’insatisfaction de beaucoup mais personne n’a encore parlé de remettre en cause la ligne de 400 millions d’euro prévue au budget 2026 pour les jeux olympiques « Alpes Françaises » dont le pays a eut l’imprudence d’accepter l’organisation…
Avec la crise énergétique en cours, la pénurie de produits pétroliers fait augmenter les prix de ceux-ci sur les marchés mondiaux, et donc à la pompe où M. et Mme. Michu font le plein de leur automobile. Bien entendu, les compagnies pétrolières voient leurs profits augmenter en conséquence, leurs coûts de production étant plus ou moins stables et leurs prix de vente se trouvant à la hausse, au moins provisoirement.
En France il existe une compagnie pétrolière quasiment unique, TotalEnergies qui a progressivement racheté tous ses concurrents nationaux et s’est constituée désormais en compagnie globale investie dans tous les domaines du pétrole : exploration, extraction, raffinage et distribution à travers le monde, et a même investi dans les énergies renouvelables et le gaz. C’est une multinationale assez classique qui semble plutôt bien gérée. En 2025 ses comptes consolidées affichent un chiffre d’affaires de 201 milliards d’USD (contre 237 en 2023) et un profit de 13 milliards, ce qui donne donc une marge nette sur les ventes de 6,5%.
Evidemment les comptes 2025 ont été clôturés avant les effets favorables de la crise pétrolière déclenchée en février 2026 (guerre menée par la coalition américano-israélienne contre l’Iran). Les comptes 2026 seront probablement meilleurs, à moins d’une catastrophe d’ici la fin de l’année.
Marx et Engels à Berlin (ex-zone Est)
Pour une partie de la classe politique et des citoyens français, une compagnie pétrolière, qui plus est multinationale, même si le siège de sa holding est enregistré en France (à Paris-La Défense), affichant plus de 200 milliards de ventes et un profit qui se compte en dizaines de milliards est rapidement classée dans la catégorie honnie des exploiteurs du peuple qu’il convient de taxer largement pour redistribuer l’argent qu’elle a « volé » et qui revient au peuple. C’est près de deux siècles de philosophie marxiste qui a lentement infusé l’imaginaire français depuis que Karl Marx s’est installé à Paris où commence sa longue amitié avec Friedrich Engels qui produira une œuvre philosophico-économique qui marque encore certains pays, dont la France.
En matière de fiscalité la compétence est nationale, l’imposition concerne les entités légales enregistrées sur le territoire de l’Etat qui impose. Les groupes ne sont pas une unité fiscale reconnue. L’impôt affiché dans les comptes consolidés du groupe n’est que l’agrégation des impôts payés dans les différents pays où le groupe exerce une activité. Pour TotalEnergies cette agrégation donne 9 milliards d’impôts en 2025 soit un taux de 40% de son profit brut. Mais cet impôt a surtout été réglé aux Etats où le groupe produit du pétrole (Gabon, Nigeria, Emirats Arabes Unis, etc.), très peu en France où les activités de raffinage sont déficitaires. Hélas on ne produit plus de pétrole en France. Pour mémoire le taux d’impôt sur les sociétés en France est de 25% au taux normal, 15% au taux réduit, contre 40% payé mondialement par TotalEnergies.
Ainsi, le parlement français a instauré en 1992 une C3S (contribution sociale de solidarité), qui impose les entreprises réalisant plus de 19 millions d’EUR de ventes hors taxes à un taux de 0,16% sur le chiffre d’affaires (et non sur le bénéfice donc même une entreprise déficitaire paye cette contibution) afin de participer au « financement de l’assurance vieillesse ». Cette taxe sur la production est toujours en vigueur aujourd’hui.
En 2025 la loi de Finance a créé une « Contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises » réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 1 milliard d’euros. Cet impôt « exceptionnel » a été reconduit pour 2026 mais appliqué à partir d’un seuil élevé à 1,5 milliard de ventes. Les taux sont significatifs :
Taux de 20,60 % de la moyenne de l’impôt sur les sociétés des deux derniers exercices pour les chiffres d’affaires compris entre 1,5 milliard d’euros et 3 milliards d’euros,
Taux de 41,20 % de la moyenne de l’impôt sur les sociétés des deux derniers exercices pour les chiffres d’affaires supérieurs à 3 milliards d’euros.
Au niveau des particuliers on ne cite plus la légendaire CRDS (Contribution au remboursement de la dette sociale) créée « provisoirement » par le gouvernement Juppé en 1996 pour financer la dette de sécurité sociale transférée à une CADES (Caisse d’amortissement de la dette sociale) crée elle aussi pour l’occasion. Cette CRDS a été reconduite depuis à chaque échéance périodique depuis 30 ans. Comme le déficit de la sécurité sociale est devenu récurrent, la CADES est régulièrement dotée avec la dette sociale qui y est transférée car les cotisations sociales seules ne permettent plus de l’apurer et qu’il faut bien rembourser, d’où la CRDS « provisoire ».
Et ce ne sont que quelques exemples parmi bien d’autres du système fiscal d’un Etat qui a perdu le contrôle de ses dépenses publiques depuis deux ou trois décennies. Comme il faut bien financer celles-ci il faut lever l’impôt à hauteur des dépenses.
Si l’on osait résumer la philosophie marxiste en une phrase on pourrait dire que pour Marx, si une entreprise capitaliste fait un profit c’est qu’elle « vole » le travailleur (en le rémunérant insuffisamment) ou le client (en lui vendant trop cher), voire les deux. Les capitalistes s’approprieraient une part indue de la valeur ajoutée. Au XXIe siècle quelques intellectuels et économistes diffusent encore cette théorie qui est bien reçue en France. L’arme absolue fut un temps de nationaliser ces entreprises pour les « rendre au Peuple ». C’est ce qui a été pratiqué en 1981 après l’élection d’un pouvoir de gauche à Paris. Puis, devant les résultats peu probants de cette tactique, on a dénationalisé. Au XXIe siècle il n’y a plus grand monde pour prôner la nationalisation en revanche, la nouvelle arme fourbie par les « progressistes » est la taxe sur les « surprofits ».
Le refrain sur la « taxe des surprofits » est de nouveau entonné ces dernières semaines. Pourquoi pas si une loi de finances intègre une telle taxe. La difficulté technique sera de définir ce qu’est un surprofit ? Faut-il définir le seuil à partir duquel un profit devient « surprofit » en volume (EUR) ou en pourcentage du chiffre d’affaires ? Définira-t-on alors un « sous-profit », seuil en deçà duquel l’impôt serait inférieur au taux « normal » ? Ce qu’envisagent les taxeurs compulsifs serait un impôt sur les sociétés « progressif » comme cela existe déjà pour les particuliers. C’est complexe à faire fonctionner. Dans le cas de TotalEnergies, est-ce la France envisagerait de taxer aussi les profits réalisés au Qatar, par exemple, en plus des impôts déjà payés à Doha par les filiales de TotalEnergies dans ce pays ?
Les entrepreneurs, gros, moyens et petits, estiment qu’une telle proposition aurait des effets néfastes sur l’économie nationale. Les marxistes estiment que ce serait un impôt « de justice ». C’est un dialogue de sourds qu’il ne sert pas à grand-chose de mener tant le sujet est complexe et pollué par l’idéologie. Si les citoyens veulent diriger le pays vers un tel système il existe une offre politique en ce sens. Il suffit de la porter au pouvoir démocratiquement et les Français verront alors les conséquences de leurs votes. Il semble toutefois qu’il n’existe pas vraiment de majorité politique en ce sens pour le moment.
Et si demain l’Etat français veut créer une compagnie pétrolière nationale qui ne ferait pas de profit pour avantager les consommateurs nationaux et les travailleurs, il suffit de le décider et de la financer dans le budget de la République, puis de la gérer pour atteindre ses objectifs fixés par l’Etat. Cela a été fait dans les années 1950/1960 avec la création de l’ERAP (Entreprise de recherches et d’activités pétrolières), compagnie d’Etat, qui explorait et exploitait le pétrole alors disponible en Aquitaine. Cette société est devenue ELF dans les années 1970 avant d’être rachetée en 2000 par… Total, devenu TotalEnergies dans la foulée et qui réaliserait aujourd’hui des « surprofits » à taxer !
Alors que la guerre au Moyen-Orient dure depuis trois mois entre la coalition Etats-Unis/Israël et l’Iran, sans espoir d’en sortir à court terme, malgré un cessez-le-feu fragile toujours en vigueur, l’économie mondiale subit déjà les conséquences de ce bouleversement géopolitique qui rebat les cartes de la puissance dans cette région d’une façon qui s’annonce durable, et pas vraiment en faveur de « l’Occident collectif »
La France, toujours insouciante, se préoccupe plus des frasques sexuelles d’un chanteur pour midinettes ou de savoir si le groupe Bolloré continuera à financer le cinéma national, que de se préparer à affronter la crise qui couve. Le prix des carburants en forte hausse pénalise déjà quelques professions mais les milliers de kilomètres de bouchons sur les routes à l’occasion des habituels week-ends prolongés du mois de mai montrent que tout le monde ne semble pas atteint de la même façon.
Beaucoup se questionnent pour savoir où et comment ils passeront leurs vacances d’été alors que les nuages s’accumulent sur le pays : blocages politiques non résolus avec une majorité introuvable, année électorale propice aux annonces inconsidérés, croissance 0 au premier trimestre de l’année, retour de l’inflation, déficits des finances publiques hors de contrôle, hausse des taux d’intérêt qui pèsent sur un pays surendetté, aggravation du chômage, système de retraite et de santé non financés, guerres commerciales en cours…
Bref, le réveil risque d’être dur pour les cigales… et les vacances estivales incertaines !
Alors que les prix de l’énergie augmentent du fait de la guerre dans le Golfe Persique l’Etat voit s’accroître les taxes proportionnelles qu’il perçoit sur le prix des carburants à la pompe et… diminuer les recettes fiscales qu’il anticipe au titre du budget 2026 du fait de la dépression économique qui couve à cause de cette crise énergétique.
Des dirigeants politiques de tous bords appellent déjà à « rendre l’argent aux Français », agitant le concept de « cagnotte » sous le nez de Mme Michu qui entend déjà les sous tintinnabuler dans le porte-monnaie de l’Etat. En réalité, parler de « cagnotte » en période de graves déficits budgétaires est tout simplement une hérésie économique et financière, propre à la démagogie politique érigée en mode de fonctionnement depuis très longtemps.
Le budget 2026 a été adopté par le parlement en déficit d’environ 135 milliards d’euros pour un total de dépenses de 460 milliards ce qui donne un déficit budgétaire de 30%, c’est-à-dire que pour 100 EUR dépensés la France va devoir en emprunter 30. Et il est à craindre que ce déficit ne s’accroisse par rapport à la prévision à cause des conséquences économiques de la crise géopolitique en cours. On pourrait parler de « cagnotte » à partir du moment où des économies de dépenses ou des suppléments de recettes permettraient de ramener à 0 ce déficit de 135 milliards et c’est seulement à partir du premier euro suivant la mise à 0 du déficit qu’il y aurait éventuellement des sous « mis de côté ». Et encore, ceux-ci devraient être affectés en priorité au remboursement de la dette très significative qui est laissée aux générations futures, plutôt qu’à de nouvelles dépenses. On est encore loin de ce cas de figure qui n’a plus été atteint depuis 1974, date du dernier budget de l’Etat exécuté en équilibre, c’est-à-dire avec un déficit égal ou supérieur à 0. En attendant, toute recette inattendue tombe dans le trou abyssal du déficit du pays !
Ce concept de « cagnotte » était déjà apparu dans les années 2000 alors que, sous le gouvernement socialiste du premier ministre Jospin, une gestion des finances publiques un peu plus rigoureuse que l’habitude et la croissance économique avaient généré des recettes permettant de ramener le déficit à un vingtaine de milliards en 2000 et 2001. Mais il s’agissait toujours d’un déficit rendant l’idée de « cagnotte » toujours aussi incohérente.
Ainsi va la vie politico-financière française. La crise économique sourd, la crise financière s’annonce et des dirigeants de rencontre glosent sur une « cagnotte » à redistribuer aux Français.
Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) est l’une des trois chambres prévues dans la constitution, avec l’asssemblée nationale et le sénat, et qui peut être consultée sur « tout problème de caractère économique, social ou environnemental » selon l’article 70 de cette constitution. En 1969 MonGénéral, qui n’aimait pas beaucoup le Sénat, voulut le fusionner avec le CES (qui n’était pas encore « environnemental » à l’époque) en réduisant les pouvoirs du nouvel ensemble. Cette réforme fut proposée dans le fameux référendum du 27/04/1969 qui fut perdu et au lendemain duquel il démissionna.
Depuis ce jour funeste où les sénateurs ont senti le vent du boulet en regardant MonGénéral quitter l’Elysée, ils veillent bien à assurer leur survie, avec succès puisque près de 60 ans plus tard le sénat est toujours vaillant et le conseil économique et social a même élargi son domaine de consultation avec un volet environnemental.
Dans un avis du 13/01/2026 le CESE « appelle à investir de manière massive et urgente dans l’adaptation des infrastructures, afin de réduire leurs contributions aux émissions de gaz à effet de serre et d’améliorer leur résistance et leur résilience [aujourd’hui aucun texte ne peut être acceptable sans contenir le mot ‘résilience’] face au réchauffement et aux aléas climatiques ». L’objectif est louable tant il apparaît que nombre d’infrastructures publiques (ponts, routes…) ont souffert de sous-investissement ces dernières décennies, les rendant fragiles aux nouvelles intempéries sans doute liées aux évolutions climatiques en cours, en plus de leur vétusté.
Là où les choses se compliquent c’est quand il faut identifier les financements nécessaires pour ces travaux. Le CSE n’est qu’un organe consultatif il lui est donc plutôt aisé de recommander au gouvernement et au parlement « d’augmenter et de réorienter les financements », de développer « des modèles économiques innovants », de « mobiliser l’épargne des ménages », etc. En gros, il suffit de payer pour parer au péril.
Sur les ondes des membres du CES assurent le service après-vente et expliquent doctement qu’il faut réorienter « l’épargne improductive vers des financements innovants ». Sont visés les livrets A et autres produits d’épargne réglementés. Au 31/12/2025 les statistiques de la Caisse des dépôts et consignation (CDC), établissement public qui gère cette épargne, affichent un encours de 615 milliards d’euros pour les livrets A et les Livrets de développement durable et solidaire (LDDS). A entendre les « experts » du CESE, ces sous dorment dans des tiroirs et ne servent à rien, il faut donc les affecter à « la résilience » des infrastructures publiques.
Comme l’explique le site web de la CDC la réalité est tout autre puisque cette épargne n’est pas improductive mais déjà fléchée : 60% pour des prêts qui financent principalement la construction et la rénovation des logements sociaux, mais aussi des projets d’infrastructures dans les territoires, les 40% restant étant investis dans des placements financiers sûrs afin d’assurer la liquidité du système. « Placement financier sûr » veut dire en bon français que la majorité de ces 40% financent… la dette publique française !
On peut bien sûr décider de réaffecter les sous des livrets d’épargne réglementée vers la « résilience » des infrastructures publiques mais il faudrait alors expliquer comment on va désormais financer les logements sociaux, les projets d’infrastructure et la dette de l’Etat ? Va-t-on baisser ces besoins ou leur substituer d’autres financements ?
Les conseilleurs ne sont pas les payeurs, on le sait, mais on ne peut s’empêcher de constater une certaine désinvolture dans les conseils financiers « innovants » des experts du CESE.
A ce stade, ni le CESE ni les élus ne se sont inquiétés de « réorienter » les financements déjà prévus dans la Loi de finances 2026 pour les jeux olympiques d’hiver « Alpes françaises 2030 » qui inclut une autorisation d’engagement de 400 millions d’euros et une autorisation pour l’Etat d’émettre des garanties financières à hauteur de (i) 500 millions qui pourra s’exercer en faveur du comité chargé d’organiser ces jeux (COJOP) en cas d’annulation et (ii) de 515 millions pour compenser, le cas échéant, un solde déficitaire de ce COJOP. Et nous ne somme qu’en 2026. Il est à craindre que de nouveaux montants ne doivent être budgétés pour les exercices à venir d’ici 2030. Ces dépenses doivent être considérées comme « productives » ce qui expliquerait que les « experts » du CESE ne veuillent point y toucher…
Dans les dîners en ville et sur les plateaux télévisés des commentateurs s’émeuvent que la dette publique française soit détenue par « des étrangers », arguant que c’est ainsi une perte de souveraineté pour la France versus une dette détenue par ses nationaux, comme si la nationalité du détenteur rendait plus ou moins contraignante l’obligation de remboursement de cette dette.
Il s’avère en réalité qu’il est assez difficile d’évaluer avec certitude la nationalité des créanciers détenant la dette publique française à un instant de raison. L’Agence France Trésor (AFT) en charge d’émettre cette dette se préoccupe d’abord qu’elle soit souscrite et à un taux d’intérêt le plus favorable possible. Pour ce faire, plus le marché est large, donc internationalisé, plus les chances d’atteindre ce double objectif sont fortes.
Les chiffres ci-dessous rapportés dans un rapport de l’assemblé nationale de 2024 donnent un ordre de grandeur : environ 52% de la dette est détenue par des non-résidents français, sachant qu’un non-résident peut être français et qu’un résident français peut être étranger.
Le rapport mentionne que l’un des avantages de voir la dette d’un Etat détenue par ses nationaux serait que ceux-ci :
…sont également plus « captifs » : en cas de crise, l’État dispose d’un réel pouvoir coercitif à leur égard, grâce à sa capacité à modifier la réglementation financière et la fiscalité.
Ce qui veut dire, en clair, qu’en cas de crise on pourrait ne pas les rembourser, ou reporter les remboursements, en créant moins de perturbations que si l’on agissait de même avec des investisseurs internationaux. Ce serait une espèce de « préférence nationale » inversée. Voilà un bien déplorable argument en faveur d’une souveraineté de la dette française…
En d’autres temps la Russie tsariste, ou l’Argentine et la Grèce, plus récemment, ont démontré qu’il était possible de ne pas rembourser ses créditeurs étrangers ce qui a déclenché des crises financières sérieuses pour ces Etats, comme d’ailleurs pour la communauté des investisseurs, mais ces crises ont été surmontées au prix de pertes importantes pour les prêteurs et les contribuables des pays qui ont assumé le sauvetage des Etats en défaut.
En réalité, prêter des sous à un emprunteur représente un risque de non-remboursement, quelle que soit la nationalité des parties. C’est ce qu’on appelle un investissement : on met de l’argent au départ avec un retour sur investissement qui n’est pas garanti. La souveraineté financière d’un Etat est un objectif louable mais la meilleure façon de l’assurer est de ne pas emprunter, ou d’emprunter avec modération pour des investissements rentables et non pas pour du fonctionnement comme le fait actuellement la France. Au-delà, emprunter à des nationaux ou à des étrangers ne représente pas une différence conceptuelle majeure, sauf à considérer que les nationaux sont taillables et corvéables à merci et qu’il suffit de ne pas les rembourser en cas de tension financière de l’Etat emprunteur.
Aujourd’hui l’ordre de grandeur de l’épargne des ménages déclarée par la Banque de France était de 6 500 milliards au deuxième trimestre 2025, soit près de deux fois la dette publique française (3 200 milliards).
En cas de grave crise financière nationale, qui n’est pas exclue vu la perte de contrôle de l’Etat sur ses dépenses publiques depuis plusieurs années, c’est de toute façon les nationaux qui paieront en première ligne, soit leurs créances n’étant pas ou mal remboursées, soit leur épargne étant prélevée ou taxée d’une façon ou d’une autre pour assurer, au moins partiellement, le service de la dette détenue par « des étrangers ». C’est d’ailleurs sans doute la raison pour laquelle on trouve toujours autant d’investisseurs étrangers friands de la dette française malgré la gestion déplorable des finances publiques, ceux-ci doivent se sentir plus ou moins garantis par l’existence de cette épargne des ménages qui pourrait bien servir en cas de défaut souverain de la France.
Encore une fois, pour un individu comme pour un ménage ou un Etat, le mieux pour assurer son indépendance est de ne pas s’endetter.
Alors que le parlement français a du mal à dégager une majorité pour adopter le projet de budget de l’Etat (526 Mds EUR en dépenses et 373 en recettes) et le budget de la sécurité sociale (677 Mds EUR en dépenses et 659 en recettes) le bal des pleureuses s’en donne à cœur joie sur les plateaux télévisés et dans les dîners en ville.
Il existe les classiques revendications de « plus de moyens » pour l’enseignement, la santé, la justice et la défense. Mais devant les perspectives financières peu réjouissantes d’une nation qui se rabougrit et d’un Etat qui frise la cessation des paiements tous les lobbies, corporations, syndicats, associations, groupes, individus… voyant venir le temps des vaches maigres veulent persuader les décideurs que l’augmentation des dépenses publiques dont ils bénéficient est vitale pour eux et que le pays va s’effondrer si on ne les satisfait pas.
On a ainsi :
Les retraités qui veulent le maintien de leur abattement spécial de 10% pour « frais professionnels »
Les chauffeurs de taxis qui veulent garder le même niveau de transports médicaux pris en charge par la sécurité sociale
Les auto-écoles qui exigent l’augmentation du nombre de fonctionnaires faisant passer l’examen du permis
Les directeurs de théâtres, de festivals ou de salles de spectacle qui refusent de voir baisser leurs subventions publiques
Les intermittents du spectacle qui veillent au maintien de leurs avantages en termes de chômage
Les musées qui ont besoin de toujours plus de sous pour entretenir leurs bâtiments souvent délabrés
Le secteur du bâtiment toujours à la chasse aux subventions pour construire plus de logements sociaux
Les écologistes qui veulent dépenser plus pour la transition écologique
Les travailleurs actifs qui veulent ramener l’âge de la retraite à 62 ans, voire 60
Les salariés démissionnaires qui veulent continuer à bénéficier des avantages de la « rupture conventionnelle »
Les chômeurs qui ne veulent pas voir baisser leurs indemnisations, ou la durée de celles-ci
Les fédérations sportives qui se plaignent que les promesses de soutien publique post-jeux olympiques Paris 2024 ne sont pas tenues par l’Etat
Les maires de France (actuellement réunis en congrès) qui exigent un doublement de leurs dotations reçues de l’Etat
Les psychanalystes qui veulent plus de remboursement de leurs consultations à leurs patients
La liste est loin d’être exhaustive et elle s’allonge tous les jours…
Les résidents français n’ont pas encore bien compris qu’un pays dont la croissance du produit intérieur brut (PIB) s’est sérieusement ralentie ces dernières années n’améliore quasiment plus sa production de richesses. Il faut donc que le rythme de croissance des dépenses publiques suive la même voie, au moins en tendance. Si les dépenses continuent à augmenter plus vite que la richesse nationale c’est alors l’endettement qui permet de combler la différence. Nous en sommes là. A ce stade, le projet de budget de l’Etat est en déficit de 153 Mds, soit 29% des dépenses, ce qui signifie que pour 100 EUR à dépenser par l’Etat, les impôts en financeront 71 et que la République devra en emprunter 29 pour combler le déficit. Nos enfants rembourseront. Les discussions parlementaires en cours rivalisent d’ingéniosité soit pour créer des impôts nouveaux, soit pour baisser les dépenses. Nous verrons ce qui en sortira d’ici le 31 décembre. Ce n’est même plus la peine de discuter dans les dîners en ville ou sur les plateaux télévisés, les arguments des uns et des autres sont bien connus, personne ne convainc personne et chacun déroule son rationnel considéré comme irrationnel par celui d’en face. Personne ne bouge, chacun s’accroche à ses certitudes et le pays continue à dériver.
Riss – Charlie Hebdo (05/12/2018)
Alors le mieux est de laisser le parlement se prononcer puis l’Etat exécuter le budget décidé. Les électeurs (et l’INSEE) en analyseront les conséquences, bonnes ou mauvaises, et auront moulte occasions de s’exprimer dans les urnes au cours des 24 prochains mois pour rendre leur verdict et, s’ils le souhaitent, changer d’orientation.
A ce stade, personne n’a remis en cause la ligne budgétaire de 400 millions d’euros prévue dans le projet de budget 2026 pour la préparation des jeux olympiques Alpes Française 2030.
Alors que les discussions parlementaires se poursuivent à l’assemblée nationale sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2026 l’article 45 bis proposé par le gouvernement a été soumis au vote. Il s’agit d’entériner la suspension de la réforme des retraites 2023, augmentant progressivement l’âge légal de départ en retraite et la durée de cotisation nécessaire. Ce vote est symbolique car il n’entrera en vigueur que si l’ensemble du PLFSS est adopté dans son ensemble d’ici le 31/12/2025. Si ce n’était pas le cas, la suspension de la réforme des retraites ne serait pas effective.
La suspension de cette réforme, même si elle n’était qu’éphémère, a une signification politique importante. C’est un retour en arrière inédit dans l’histoire contemporaine de la République et c’est un échec personnel pour le président de la République qui avait fait de cette réforme l’alpha et l’oméga de son deuxième mandat, après avoir échoué à la mener au cours du premier, pour causse de cris sanitaire de la Covid.
Cette suspension aurait été négociée avec le parti socialiste (PS) pour obtenir son engagement de ne pas censurer le gouvernement. Socialistes et partis du centre étaient donc censés faire adopter cette suspension, qui l’a finalement été avec :
Les voix du Rassemblement national
Les abstentions de la grande majorité du partie présidentiel (exceptés trois anciens ministres, MM. Woerth et Ferraci, ainsi que Mme. Panosyan-Bouvet qui ont voté contre).
Les voix du Parti socialiste
Quelques abstentions de Les Républicains mais une majorité de votes contre, dont tout l’état-major
Les votes « pour » des écologistes et des démocrates
Le vote « contre » du parti Horizons de l’ancien premier ministre Edouard Philippe
Les voix « contre » de la gauche propalestinienne de La France Insoumise (LFI)
A l’issue de tout ce méli-mélo de suffrages en sens contraire et d’abstentions la suspension de la réforme des retraites a été adoptée. Elle ne fait qu’annoncer une prochaine réforme qui sera rapidement nécessaire tant les contraintes démographiques, et donc financières, la rendent incontournable.
La nation décidera alors si elle veut faire financer ses retraites par l’impôt ou par le travail ou par l’ajustement du niveau de tout ou partie des pensions, ce qui pourrait être rendu nécessaire en cas de crise grave sur les finances publiques françaises. Le mistigri est ainsi refilé aux candidats à l’élection présidentielle de 2027 qui devront s’en dépatouiller. Une telle élection n’est généralement pas très propice aux débats de fond tant la démagogie à courte vue prend généralement le pas sur la réflexion. Mais les électeurs français l’ont voulu ainsi en élisant une chambre tripartite.
Contraint d’accepter la suspension du calendrier d’augmentation de l’âge légal de départ et de la durée d’assurance (le nombre de trimestres de cotisation) prévus par la réforme des retraites de 2023 pour emporter la neutralité du parti socialiste dans le processus budgétaire en cours pour l’année 2026, le gouvernement a émis un projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) 2026 rectificatif qui inclut la baisse des cotisations retraite à encaisser par rapport à la version initiale. Comme dans toute organisation économique normalement constituée il prévoit le financement de cette baisse des recettes par un gel partiel (sous-indexation) des prestations servies aux retraités et une hausse des taxes pesant sur les organismes complémentaires de santé.
Devant la représentation nationale, le Premier ministre s’est engagé à proposer au Parlement, dès cet automne, la suspension de la réforme de 2023 sur les retraites, jusqu’à l’élection présidentielle, à la condition de ne pas aggraver davantage le déficit public. … En cohérence avec l’engagement du Premier ministre de ne pas faire peser le coût de cette suspension sur les générations futures par l’aggravation du déficit, deux mesures complémentaires, permettent de la financer, portant sur la taxe sur les organismes complémentaires en 2026, et la sous-indexation des pensions de retraites en 2027 afin de rééquilibrer les efforts de pérennisation de notre régime de retraite entre générations.
Exposé des motifs de la lettre rectificatve
Cette mesure de « suspension » coûterait quelques centaines de millions d’euros sur 2026 et quelques milliards en 2027, mais bien malin qui peut évaluer correctement les conséquences financières de cette mesure sur le long terme d’autant plus qu’on ignore totalement de quoi sera suivie cette suspension qui doit durer « jusqu’à l’élection présidentielle [2027] ». Ce qui est sûr c’est que le problème du déficit du système des retraites va réapparaître plus tôt que prévu du fait de la « suspension » annoncée et qu’une nouvelle réforme sera rapidement nécessaire. D’ores et déjà il est à craindre que le financement du système des retraites ne soit encore le point principal de la campagne des élections présidentielles de 2027 comme il le fut déjà pour les campagnes de 2017 et de 2022 relayant au second plan les autres sujets que le pays doit affronter.
Le principe général de l’assurance-retraite est qu’il doit être financé par les cotisations versées par les actifs. D’ores et déjà insuffisantes au vu du nombre croissant de pensionnés ces cotisations sont actuellement complétées par de l’impôt ce qui est contraire à la philosophie de cette prestation. Bien entendu la gauche et la droite de la droite refusent déjà le mode de financement de la « suspension » souhaité par le gouvernement au motif qu’il va défavoriser « les plus précaires ». Les tenants de la politique « taxer Bernard Arnault » ont proposé à la place d’augmenter la CSG sur les revenus financiers.
En réalité, même les élus qui ne veulent pas toucher à l’âge légal de la retraite de 62 ans, ou le ramener à 60 ans, ont pris acte que le système est désormais durablement déficitaire simplement ils considèrent comme normal de financer les déficits en augmentant les impôts, puisque la France ne sait pas économiser par ailleurs, quand leurs adversaires (ainsi que la grande majorité des pays européens) pensent que le système doit s’autofinancer quitte à augmenter la durée de cotisation des actifs ou à limiter la hausse des pensions.
Les déséquilibres politiques actuels et les décisions en cours sont issus des votes des électeurs français aux dernières élections législatives. Ils vont revoter en 2027 pour élire un nouveau président et, probablement aussi pour une nouvelle assemblée nationale. Il sera temps de se prononcer pour une philosophie ou pour une autre. En attendant, il suffit de prélever et d’emprunter pour financer les déficits, c’est ce que fait la France depuis 1974, dernière année où un budget a été voté à l’équilibre !
Le vote sur le projet de suspension de la réforme de la retraite de 2023 doit avoir lieu le 12 novembre.
La foire au budget 2026 bat son plein à l’assemblée nationale sur la base du projet présenté par le gouvernement. Depuis le lancement des discussions parlementaires et quasiment à chaque heure un nouvel impôt est voté et une économie proposée est rejetée. On ne sait pas encore quelle sera la version finale de ce budget de l’Etat et encore moins celui de la sécurité sociale dont le débat vient percuter le premier.
Les projets déposés par le gouvernement sont tous deux en déficit :
Projet de loi de finances pour 2026Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026
Pour le moment, le seul budget de l’Etat (PLF) d’un montant total de 525 milliards d’euros de dépenses est proposé avec un déficit de 124 mds, soit 24% du total du budget. Cela signifie concrètement que pour 100 EUR de dépenses, la République va financer 76 EUR grâce aux impôts payés par les contribuables mais va devoir emprunter 24 EUR sur les marchés financiers pour financer le déficit, dette que nos enfants paieront plus tard…
On saura en fin d’année quelles seront les prévisions finales de déficit votées par le parlement pour l’année 2026 mais il est assez probable qu’elles seront supérieures aux projets initiaux vu la tendance que prennent les discussions. Le concept « il suffit de taxer Bernard Arnault » est en train de prendre le dessus via des alliances improbables entre la gauche, propalestinienne ou pas, et la droite du Rassemblement nationale. Les propositions d’économies sont supprimées avec enthousiasme par les uns et les autres : suppression du gel des pensions de retraites (amendement proposé par Les Républicains), remplacement de déduction de 10% pour « frais professionnels » des retraités par une déduction fixe (une transformation qui était plutôt maligne en ce qu’elle avantageait les retraites de faible montant et désavantageait les autres), etc.
A ce stade personne n’a encore remis en cause les sommes significatives prévues pour l’organisation des jeux olympiques Alpes françaises 2030 :
Budget de 401 millions pour 2026
Alors que les dépenses préparatoires pour les jeux olympiques d’hiver Alpes françaises 2030 ont déjà commencé à être engagées en 2025, elles montent en puissance en 2026 et cette progression devrait se poursuivre jusqu’à 2031.
Délivrance d’une garantie d’un montant maximum de 500 millions :
Exposé des motifs
A la suite de l’attribution officielle par le Comité international olympique (CIO), le 24 juillet 2024, de l’organisation de l’édition 2030 des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) dans les Alpes françaises, le présent article vise à compléter et traduire les engagements pris par le Gouvernement dans le cadre de la candidature de la France. Ces engagements sont notamment inscrits dans le « contrat hôte olympique » que le Comité d’organisation des jeux olympiques et paralympiques (COJOP) a conclu avec le CIO.
La garantie que l’État pourrait accorder se décompose en trois parties distinctes : en premier lieu, une garantie de remboursement (500 M€) des avances versées par le CIO au titre des médias ; en second lieu une garantie portant sur des emprunts de trésorerie (70 M€ pour des montants unitaires empruntés inférieurs à 50 M€) ; enfin, en troisième lieu, une garantie portant sur un éventuel « déficit budgétaire » du COJOP. Les deux premiers dispositifs de garanties sont prévus à l’article 151 de la loi n° 2025-127 du 14 février 2025 de finances pour 2025.
Projet de loi de finances pour 2026
Bien entendu il s’agit d’une garantie dont il n’est pas sûr qu’elle ne soit jamais mise en œuvre, mais c’est tout de même un engagement de l’Etat en faveur d’un organisme à la probité douteuse, installé dans un paradis fiscal, le Comité international olympique qui va bien entendu par ailleurs bénéficier d’une exonération fiscale complète pour ses activités et ses personnels pour ces jeux olympiques que la France pour l’organisation desquels la France a estimé prioritaire de se porter candidate.
Les débats suivent leur cours et doivent aboutir à une adoption fin novembre. Si jamais une majorité ne pouvait être dégagée pour faire aboutir un vote dans les délais, il semble qu’un processus constitutionnel permettrait d’appliquer les projets initiaux par ordonnances ce qui annulerait toutes les modifications en cours de discussion.
Un nouveau gouvernement français, dirigé par le premier ministre Sébastien Lecornu est tombé. Cette fois-ci il n’y a pas eu besoin de le pousser très fort. Le lendemain de son officialisation le parti Les Républicains a fait part de ses états d’âme sur la composition du gouvernement auquel lui-même participait. Devant cette perspective de coups de Jarnac annoncés par son « allié » le premier ministre a préféré jeter l’éponge et remis lui-même sa démission au président de la République sans qu’il y ait eu de motion de censure pour l’y contraindre.
Il vient d’être reconduit comme premier ministre « de mission » pour faire adopter un budget par un nouveau gouvernement à désigner ce week-end. En vue de trouver non pas une majorité à l’assemblée nationale mais faire en sorte que le projet de budget puisse être discuté et amendé au parlement, le sujet central de la réforme des retraites de 2023 revient sur la table. Depuis son adoption la gauche politique et syndicale réclame sa suspension pour les plus coopératifs, son abrogation pour les autres.
Mais voilà que le pouvoir actuel se demande comment faire voter son projet de budget 2026 dans une telle pétaudière politique sans que le gouvernement ne soit renversé par les forbans élus démocratiquement qui occupent les bancs de l’assemblée. Alors l’idée de « suspendre » cette réforme des retraites, qui est restée une obsession pour les partis de gauche et d’extrême droite, chacun agitant populisme et démagogie auprès de leurs électeurs, apparaît comme la seule bouée de sauvetage possible pour éviter que le Parti socialiste (PS) ne s’associe à une énième motion de censure.
Les gens raisonnables sont inquiets par une telle hypothèse qui risque de se transformer en abrogation et qui, quel que soit le cas de figure, se traduira par des coûts non prévus. Il est inutile de revenir sur les arguments des uns et des autres qui sont bien connus, mais il est des situations où il faut trancher : la réforme des retraites et ses effets favorables à moyen terme vs. la survie d’un gouvernement pour les semaines à venir.
De toutes façons la réforme de 2023, à peine adoptée, s’est avérée insuffisante pour supprimer les déficits futurs et il aurait fallu de toutes façons remettre une réforme à l’étude dans les années à venir. La suspendre aujourd’hui gèlerait à 62 ans et 9 mois l’âge légal de la retraite et la montée progressive vers les 64 ans serait reprise plus tard, à l’occasion de l’élection présidentielle de 2027 table-t-on. De même, la croissance du nombre minimum de trimestres de cotisation pour pouvoir faire valoir ses droits à la retraite serait aussi bloquée à 170 trimestres, même si issue de la réforme dîtes « Touraine » du nom de la ministre socialiste qui l’a portée en 2020. En agissant ainsi on ne fera que rapprocher l’échéance à laquelle il faudra y revenir pour reprendre ces progressions (âge légal et nombre de trimestres de cotisation) et sans doute la poursuivre au-delà de 64 ans.
C’est, hélas, le prix qu’il faudra sans doute payer pour ne pas voir un troisième gouvernement tomber en quelques mois. Ce qu’on ignore à ce stade c’est si les aspects bénéficiant aux retraités seront également suspendus ? Alors on va sans doute encore retarder le moment de faire des économies, c’est une vieille habitude de la France qui ne respecte que rarement ses engagements financiers, elle n’y arrive tout simplement pas. Cependant elle réussit généralement très bien à exécuter ses budgets de dépenses, voire à les dépasser. Tant que le pays trouvera des prêteurs pour financer ses déficits cela risque de continuer ainsi car seule la contrainte semble en mesure de ramener le pays sur la voie d’une gestion plus raisonnable de ses finances publiques. Si cette suspension est prononcée elle aura aussi pour conséquence de faire du financement du système des retraites le point central des prochaines élections présidentielles. Ce n’est pas une bonne nouvelle.
Pendant ce temps, rassurons-nous, à peine clôturé le bilan des dépenses publiques payées par le contribuable pour l’organisation des jeux olympiques d’été Paris 2024, la gabegie est relancée avec la préparation des jeux olympiques… Alpes Françaises 2030 !
Dans les dîners familiaux on écoute avec tendresse une jeunesse éprise d’absolu et d’égalitarisme prôner de « taxer Bernard Arnault » pour lutter contre les inégalités qui la choquent, tout en tentant de fuir le monde du travail pour réaliser une vie plus idéalisée. C’est l’éternel grand clash entre liberté et égalité affiché aux frontons de nos mairies et dans la pensée de Tocqueville. C’est beau comme l’antique !
Qu’importe que ces fortunes ne soient pas, pour la majorité d’entre elles, tombées du ciel, mais aient été constituées par l’investissement et le travail, elles sont jugées illégitimes du fait de leur ampleur. Cette jeunesse pourrait avoir comme objectif de se lancer, prendre des risques et avoir des idées pour créer des affaires aussi florissantes que celles des milliardaires qu’elle honnit, mais nous sommes en France, alors, avec des ambitions différentes elle opte pour leur faire payer leur réussite, assorti d’un « on ne va pas les plaindre ».
C’est sans doute ce qui différencie les mentalités anglo-saxonnes de celles des pays latins. Les « milliardaires » n’inspirent pas le désir de faire mieux, ils génèrent la rancune de ceux qui préfèrent les voir chuter à défaut de les imiter. On place son admiration où l’on veut.
Il reste en France quelques jeunes entrepreneurs qui prennent des risques, et même certains qui réussissent car il y a peu d’élus, mais c’est ainsi que progresse un pays dans le monde libéral. Le reste de cette jeunesse idéalisée, entre deux congés sabbatiques, va se faire employer par ces entrepreneurs dont ils souhaitent ardemment écrêter les fortunes au nom de la « pureté » de leur conception de l’égalité.
Quoi qu’il en soit, ces nouvelles générations vont bientôt prendre le pouvoir et sortir les « vieux » libéraux de leur prépotence. Elles auront tout loisir de « taxer Bernard Arnault » si telle est leur volonté démocratiquement partagée. En attendant il va quand même bien falloir composer avec une frange du pays qui ne semble pas encore totalement d’accord pour rogner la liberté au profit de l’égalité.
Au Café du Commerce et dans les dîners en ville les convives progressistes braillent à n’en plus finir qu’il faut « taxer Bernard Arnault » pour rétablir l’équilibre des finances publiques françaises tout en pensant, beaucoup moins bruyamment, « cela évitera une augmentation de mes propres impôts ». Et quand on rappelle les principes qui ont guidé l’administration fiscale à moins taxer les revenus financiers, dits « du capital », que les revenus des personnes physiques on se heurte soit à l’incompréhension du mécanisme (les citoyens français sont peu formés à l’économie) soit à encore plus de révolte, la fortune des plus riches en France déclenchant immédiatement une espèce de réflexe pavlovien révolutionnaire pour mener les plus fortunés à l’échafaud fiscal.
La réalité est que ces fameux dividendes sont un revenu du capital qui a déjà subi l’impôt au niveau de la société, personne morale, qui les verse. Les taxer de façon additionnelle au niveau de l’actionnaire qui les reçoit revient donc à imposer deux fois le même euro, contre une fois seulement lorsqu’il s’agit d’un euro de salaire versé à une personne physique.
C’est pour éviter cette double taxation que le système fiscal français a mis en place différents mécanismes pour atténuer l’effet de cette double imposition : avoir fiscal, abattement, flat tax, etc. l’objectif étant de rendre l’investissement en France attractif. Ces mesures ont été régulièrement votées et adaptées par les élus du peuple dans les lois de finance de la République. Si on veut les changer il suffit d’en voter d’autres dans les mêmes enceintes et de gérer les éventuelles conséquences qui en résulteront car augmenter l’imposition des revenus du capital diminuera d’autant le rendement de celui-ci. C’est d’ailleurs l’objectif actuellement affiché par l’ensemble de la gauche, qu’elle soit propalestinienne ou pas. La droite, cependant, s’y oppose afin de ne pas obérer l’attractivité de la France pour les investisseurs. Les jours à venir diront qui va l’emporter.
Et pendant que les idéologues s’affrontent sur la fiscalité on parle beaucoup moins de l’incontournable baisse de la dépense publique qui est pourtant vitale pour arrêter la chute du pays vers l’abime. La préparation des jeux olympiques Alpes françaises 2030 bat son plein avec son cortège de dépenses somptuaires, certainement pas prioritaires, que très peu d’économistes ni d’élus, encore moins de citoyens contribuables, ne remettent en cause.
Avec constance et détermination les syndicats et partis « progressistes », appuyés par le Rassemblement National (RN, droite) continuent à essayer de faire abroger ou suspendre la réforme des retraites adoptée en 2023 consistant, notamment, à faire passer l’âge légal de la retraite de 62 à 64 ans. Si tout le monde admet désormais que le système est déficitaire, c’est-à-dire que les cotisations versées sont inférieures aux prestations servies, et le resteront encore pour des années, les parties prenantes avancent des solutions différenciées pour financer le déficit, les uns veulent « taxer Bernard Arnault », les autres souhaitent redéployer sur les retraites françaises les aides dont bénéficient les immigrés.
Plus le gouvernement est faible et plus les élus reviennent sur ce mantra en en faisant l’alpha et l’oméga de leurs programmes affichant des résultats de sondages dans lesquels on demande à Mme. Michu si elle est d’accord pour travailler plus longtemps, comme si le résultat faisait mystère… Les partis abolitionnistes avancent également les arguments misérabilistes habituels, indexant les travailleurs de force qui se sont épuisés à travailler dans des usines (tout au moins dans celles qui existent encore) ou les centres logistiques d’Amazon et consort, passant sous silence ceux qui ont œuvré dans des bureaux ou dans des jobs physiquement peu fatigants. Si la France est bien en voie de « désindustrialisation » comme tout le monde s’en plaint c’est bien qu’il doit y avoir moins d’emplois industriels et plus d’emplois dans les services, a priori moins usants pour les organismes et donc susceptibles d’être tenus plus longtemps ?
Au-delà de ces combats partisans et un peu répétitifs, cette lubie française est symptomatique du rejet du travail par une Nation qui se rabougrit. Dans le monde d’aujourd’hui on ne connaît guère d’autres solutions pour enrichir les individus, les ménages, les entreprises, les nations… que le travail. Cette notion tend à disparaître progressivement de la conscience nationale au fur et à mesure que le sens de l’intérêt général se dissout au profit des intérêts particuliers. Alors de plus en plus de jeunes, du moins ceux qui sont dans l’emploi, prennent des années sabbatiques ou choisissent leur employeur non plus seulement sur le salaire offert ou d’un profil de carrière, mais aussi et surtout en fonction des possibilités de télétravail, des régimes de congés, des heures de présence demandées, des exigences en matière de tenue de travail, etc. De plus en plus les uns se plaignent de « burn-out », les autres de « souffrance au travail ». Devant ces évolutions les employeurs sont bien obligés de s’adapter, surtout ceux dans les secteurs demandeurs de profils plus rares sur le marché, et d’offrir à leurs candidats des conditions susceptibles de les séduire mais jouant généralement contre l’amélioration de la productivité.
La France tout entière tournée vers sa conception de l’égalitarisme veut baser son système de retraite sur la situation des « plus précaires » plutôt que de le formater sur le cas moyen avec des correctifs pour prendre en compte les écarts par rapport à cette moyenne, c’est-à-dire pour ceux qui sont au-dessous de ce cas moyen mais aussi pour ceux qui se trouvent au-dessus. Une majorité des partis représentés à l’assemblée nationale, de La France Insoumise (LFI) au RN veut rabaisser l’âge légal de la retraite à 62 voire 60 ans. Comme ils ne s’entendent pas sur le reste de leurs programmes respectifs ils n’arrivent pas pour le moment à se liguer pour obtenir satisfaction sur ce point. Les centristes qui ont porté le projet de l’âge légal à 64 ans se sentent bien seuls, d’autant plus que leur « allié » Les Républicains a été plutôt changeant sur le sujet et n’est pas pour rien dans la chute du gouvernement Bayrou, justement sur cette question de la retraite.
C’est ainsi que le pays continue son cheminement vers son rabougrissement déjà bien entamé.
La République française est significativement plus endettée que ses partenaires de l’Union européenne. C’est un fait que plus grand monde ne conteste aujourd’hui. En revanche tout le monde s’écharpe pour attribuer la responsabilité de cette situation à ses voisins. La dette d’un Etat n’est en principe jamais remboursée mais on en paye des intérêts (la charge de la dette) qui sont proportionnels à son montant. La dette est « roulée » (anglicisme de « roll over ») c’est à dire que lorsque son échéance approche l’Etat réemprunte un peu plus ou un peu moins (toujours plus dans le cas de la France) et la dette ancienne est « refinancée » par la dette nouvelle. Ce système fonctionne tant que le pays trouve des prêteurs disposés à continuer de prêter. Si les prêteurs s’inquiètent de la solidité de l’emprunteur ils commencent par augmenter les taux auxquels ils prêtent, puis, ultimement, ils cessent de prêter ce qui met l’Etat concerné en défaut. C’est ce qui s’est passé pour la Grèce en 2008, en Argentine en 2000, et pour bien d’autres pays qui, dans une telle position, font généralement appel aux institutions financières internationales qui se substituent aux marchés financiers, acceptent de refinancer l’Etat défaillant en lui imposant une politique financière stricte : « soit tu redresses ta gestion en appliquant le programme que je t’impose soit je ne te prête pas ».
Comme un Etat ne peut jamais disparaître pour des raisons financières, il ne fait pas faillite, les programmes rigoureux sont plus ou moins appliqués et les populations se heurtent à la dure réalité qui leur avait été masquée auparavant par leurs dirigeants se faisant élire sur le thème : « votez pour nous, demain on rase gratis ». C’est grosso-modo la situation de la France aujourd’hui.
Elle n’est guère brillante et c’est avec un bel ensemble que les partis politiques se culpabilisent les uns les autres pour cet état de fait : « c’est pas moi, c’est l’autre ». Et la population, avec la même unanimité, déclare : « il n’y a pas de raison que je paye les pots cassés ». En réalité, tout le monde a profité de cet argent dépensé au-delà de ce que gagnait le pays. Les crises successives de la Covid, de la guerre d’Ukraine, de l’agitation sur le marché de l’énergie, du retour de l’inflation… ont poussé les gouvernements occidentaux à dépenser toujours plus d’argent public pour en atténuer la douleur pour leurs citoyens. Durant les confinements liés à la pandémie de Covid en 2020-2021 l’Etat français a payé les salaires d’une économie à l’arrêt, avancé des sommes considérables aux entreprises pour qu’elles passent ce moment sans sombrer. Le retour de l’inflation a vu également la mise en place de « boucliers tarifaires » sur l’énergie pour des sommes gigantesques qui ont permis d’atténuer pour les consommateurs (particuliers et entreprises) le prix de marché de l’énergie. Ce sont ainsi des dizaines de milliards qui ont été dépensés au profit de la grande majorité des citoyens, soit pour payer leurs salaires à la place de leur employeur durant la pandémie, soit pour payer la hausse de l’énergie à la place des consommateurs durant la crise de l’inflation. C’est là toute la difficulté « psychologique » d’une situation inédite : tout le monde a profité de cette manne en considérant que cela a été « normal », mais chacun en rejette la responsabilité sur le voisin et ne veut pas « payer pour la gabegie gouvernementale ».
Cerise sur le gâteau, le retour des guerres aux confins de l’Europe, en Ukraine, a généré des coûts inattendus qui sont venus se surajouter à ceux des crises précitées. L’Ukraine est soutenue à bout de bras par les pays occidentaux, non seulement militairement mais surtout financièrement afin que l’Etat de Kiev qui n’a plus beaucoup de ressources tienne le coup. Bien entendu pendant ce temps là le reste des dépenses a continué à se dérouler comme si de rien n’était : budgets sociaux, retraites, santé, fonction publique, etc. Finalement, la France a plus dépensé par habitant du fait de ces crises multiples que ses voisins, l’ajustement se retrouve donc dans sa dette. Rien que de très logique.
Le pays est aujourd’hui au pied du mur dans un capharnaüm politique de premier ordre, chacun tirant à hue et à dia pour fuir toute responsabilité dans ce désastre financier que les bénéficiaires, nous tous, vont bien devoir payer d’une façon ou d’une autre. Plus inquiétant, ces masses d’argent considérables qui irriguaient l’économie vont devoir décroître ce qui ne manquera pas d’entraîner des conséquences négatives sur la croissance économique. Mais il est tout simplement impossible pour le pays de continuer à vivre au-dessus de ses moyens. Il est du devoir de dirigeants intelligents d’expliquer cette situation et de trouver un compromis politique pour en sortir. Hélas, nous n’en prenons pas le chemin et lesdits dirigeants de rencontre ressassent les mêmes inepties partisanes en espérant se pousser du col et atteindre les dernières marches du pouvoir. C’est l’image de la décadence du pays alors que des jours difficiles s’annoncent.
Petit trait d’humour pour finir cette chronique, une bonne part de cet argent public dépensé a fini sur… les comptes d’épargne des ménages dont la croissance est très soutenue et dont l’encours au 30 septembre 2024 est de 6 412 milliards d’euros, soit près de deux fois la dette publique française. En résumé : l’Etat a emprunté des sommes importantes à injecter dans l’économie pour la soutenir qui se sont retrouvées gelées et peu productives dans les comptes d’épargne des ménages.
Bien sûr, les « misérabilistes » qui peuplent les partis politiques et les plateaux télévisés expliquent que les « travailleuses et les travailleurs de ce pays » sont à découvert dès le 15 du mois, il n’en reste pas moins que d’autres « travailleuses et travailleurs » détiennent une épargne de 6 412 milliards d’euros, c’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle les prêteurs continuent de financer la République car ils sont rassurés par l’existence de ce « bas de laine » bien garni dans lequel l’Etat pourra toujours aller « prélever » un jour si la situation l’exigeait. Il y aurait 60 millions de livrets A, 18 millions de détenteurs d’assurance-vie (en faveur de 38 millions de bénéficiaires), etc. ce qui veut dire que ces 6 412 milliards d’euros d’épargne détenue par les ménages contient l’épargne des « Bernard Arnault », pour autant qu’elle soit placée en France, mais aussi, et surtout, l’épargne de millions de citoyens, modestes et un peu moins.
Les inégalités dans les patrimoines sont plus importantes que pour les revenus. L’enrichissement parfois indécent des « Bernard Arnault » choque la tendance française à l’égalitarisme. Taxer cette épargne est possible, il suffit de voter la loi qui le permettrait. Une taxe dite « Zucman », du nom du député socialiste qui l’a proposée, a été votée à l’assemblée nationale et repoussée au sénat. Le projet consiste en un impôt minimum de 2%/an calculé sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros, y compris les patrimoines professionnels mais en excluant ceux des petites et moyennes entreprises, des artisans et jeunes entrepreneurs (sans préciser les critères retenus pour ces catégorisations). Cette taxe « Zucman » est populaire car elle vise les beaucoup plus riches, les « ultra-riches » comme on le dit aujourd’hui. Quand l’ancien Impôt de solidarité sur la fortune (ISF, aboli en 2018 et remplacé par un Impôt sur la fortune immobilière [IFI]) commençait à s’appliquer à partir de 1,3 million d’euros, ce projet de taxe s’applique sur les patrimoines de plus de 100 millions ce qui rassure les citoyens moyens
On connait les arguments contre le principe de l’impôt sur la fortune avancés par les libéraux et ceux, pour, des partis de gauche, il n‘est pas nécessaire d’y revenir. Pour le moment il n’existe pas de majorité parlementaire pour voter cet impôt sur la fortune. Il suffit d’attendre que la majorité change… Quoi qu’il en soit, agiter l’idée de la taxe « Zucman » renforce les Français dans l’illusion que les finances publiques peuvent être redressées uniquement en « taxant Bernard Arnault » et sans effort pour les autres. Le mérite du gouvernement actuel aura été au moins d’attirer l’attention sur la mauvaise situation financière du pays au redressement de laquelle tout le monde va devoir contribuer.
A l’occasion d’un important incendie dans l’Aude qui a ravagé 16 000 hectares, brûlé nombre de maisons, fait un mort et des blessés, le monde politico-médiatique s’exprime sur les médias et tous ses membres déplorent « le manque de moyens » qui serait responsable des délais mis par les pompiers à réduire ce feu particulièrement violent. La flotte de bombardiers d’eau Canadair aurait 30 ans d’âge, les pièces détachées manquantes, le nombre d’avions trop faible par rapport aux besoins, les engagements politiques de renouvellement de la flotte non tenus, etc.
Tout ceci est sans doute en partie vrai et illustre tristement la perte de contrôle des dépenses publiques par le pouvoir. La difficulté de l’Etat à faire des choix budgétaires conforme à l’intérêt national aboutit à ce genre de situations. Chaque fois qu’un ministre se déplace quelque part il se croit obligé d’annoncer de nouvelles dépenses. On ne sait plus dire non aux requêtes permanentes à toujours dépenser plus. Les parlementaires, les associations, les partis politiques, les corporations, les lobbies, les citoyens, tous se liguent pour réclamer plus de sous, alors l’Etat donne un peu à tout le monde en distribuant l’argent des contribuables, particuliers et entreprises, de ci de là. Et tout le monde crie qu’il faut faire des économies mais… chez le voisin.
Alors on a préféré financer des jeux olympiques à Paris en 2024, et on dépense déjà pour la préparation des jeux de 2030 dans les Alpes françaises, plutôt que d’acheter des Canadair. La défaillance de l’Etat et de ses représentants est de laisser croire que tout est possible en même temps, les Canadair et les jeux olympiques. Les citoyens y croient par paresse intellectuelle et car ils ont envie d’y croire. Les partis progressistes claironnent qu’il suffit de « taxer Bernard Arnault » pour faire disparaitre les déficits, leurs adversaires conservateurs braillent qu’il ne faut pas augmenter les impôts pour ne pas tuer l’économie, et comme aucune de ces tendances n’a de majorité parlementaire, le budget 2025 a été voté avec un déficit de 137 milliards, oui, vous avez bien lu : 137 milliards. Et encore, ne font pas partie de ce chiffre les « comptes spéciaux » qui ajoutent 2 milliards de déficit supplémentaires. Cela veut dire que sur 445 milliards de dépenses du budget général il manque 137 milliards de recettes, soit 31% du total des dépenses. Le budget est en déficit de 31%, c’est-à-dire que pour 10 EUR de dépenses il va falloir en emprunter 3 que nos enfants auront à rembourser. Pour le moment ce sont les dépensiers qui emportent la mise puisque celles-ci continuent à croître.
Les participants des dîners en ville, même a priori les mieux informés, n’admettent pas que les finances de l’Etat c’est comme à la maison, quand il n’y a plus de sous, il n’y a plus de sous et il faut se serrer la ceinture. Alors ils assènent des slogans de circonstance entre la poire et le fromage, « taxons Bernard Arnault » ou « coupons les dépenses sociales » et rien ne se passe. Dans les enceintes du parlement français le débat est à peu près du même niveau et comme il n’y a pas de majorité il ne se passe pas plus. Le déficit continue à courir sur son erre et les couteaux s’aiguisent en vue des discussions sur le budget 2026 qui s’annoncent redoutables.
Redresser les finances publiques ne pourra pas se faire sans contraintes. Que les impôts soient augmentés ou que les dépenses soit réduites cela fera moins d’argent dans la poche des citoyens et donc moins de sous injectés dans l’économie. Il y aura bien entendu des conséquences néfastes pour les individus comme pour les entreprises mais il arrive un moment ou ces effets négatifs doivent être affrontés car ils sont moins pires que ceux d’une crise financière comme celle subie par la Grèce en 2008, déclenchée lorsque les prêteurs internationaux ne voulaient plus financer la gabegie de cet Etat. De toute façon, même si la France allait jusqu’à la crise financière elle devrait mener un programme de redressement de ses finances publiques mais celui-ci serait encore plus douloureux car mené sous la pression des marchés financiers.
Dans ces conditions, le remplacement des bombardiers d’eau n’est pour l’instant pas possible alors la forêt brule. Il va falloir s’habituer à voir la France se rabougrir sous les coups de boutoirs de dirigeants affaiblis et de citoyens nombrilistes plus soucieux de leurs intérêts particuliers que de l’avenir collectif du pays. Le résultat peut être terrifiant comme celui constaté aujourd’hui dans l’Aude : on a pu financer des jeux du cirque mais pas remplacer des Canadair.
Il y a un an la France a dépensé des sommes significatives d’argent public pour organiser des jeux olympiques d’été dans sa capitale « fière, créative et inclusive » et « qui ont fait rêver le monde entier ». Bien entendu ces jeux ont délivré « une empreinte carbone réduite », ont été « un modèle et non un archétype » pour « produire un impact social et économique », etc.
La ville de Paris se croit maintenant obligée de célébrer le premier anniversaire de ces jeux du cirque à grands coups de défilés sur la Seine, de décollage de la vasque olympique « féérique », d’anneaux olympiques de 30 mètres de large accrochés à la Tour Eiffel et d’interventions politiques dans les médias pour demander « plus de moyens » pour le sport. Bien entendu des engagements budgétaires ne peuvent pas être tenus compte tenu de la situation très mauvaises des finances publiques. C’est alors le défilé des pleureuses qui réclament leurs sous à une République exsangue ânonnant qu’il suffit de « taxer Bernard Arnault » pour remplir les caisses désespérément vides.
Plus grave, tout ce petit monde sportif est en train de préparer d’arrache pied les jeux olympiques d’hiver 2030 dans les Alpes françaises. La République aurait déjà délivré au comité international olympique les garanties financières qu’il exige pour valider la candidature française.
Le Premier ministre François Bayrou a également adressé un courrier au CIO en mars. Ce courrier faisait état des engagements concernant les prochaines étapes de la loi de finances.
Dans ce même courrier, l’engagement financier de l’État français a été confirmé, ce qui a permis aux deux régions (Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur) de confirmer également le leur.
Forte de cette solide base, la commission exécutive du CIO a décidé de procéder à la signature du Contrat hôte olympique.
La France qui est en pleine dérive de ses finances publiques, qui a déjà vu tomber le gouvernement Barnier sur le projet de budget 2025, risque de reproduire l’expérience avec le gouvernement Bayrou sur le budget 2026 à l’automne, continue à se lancer dans des dépenses somptuaires. Par définition celles-ci ne sont pas prioritaires dans un pays où toutes les corporations, tous les partis politiques, tous les citoyens s’égosillent matin, midi et soir sur le « manque de moyens » qui les étrangle.
Mais le pays est ainsi construit qu’il continue à nier les réalités financières et se révèle incapable de privilégier l’intérêt général sur les misérables petits tas d’intérêts particuliers ou corporatistes. Seule une crise financière profonde avec impossibilité de refinancer sa dette sur les marchés internationaux le forcera à se reprendre. Il est à craindre que ce moment se rapproche.
Alors, au bord de l’abîme, organisons joyeusement les prochains jeux olympiques et célébrons chaque année le souvenir des précédents ! Les lendemains risquent d’être amers…
Alors que le dernier budget de la République à l’équilibre date de 1974, les dernières années ont été marquées par une perte de contrôle des dépenses publiques françaises et un accroissement considérable des déficits et de la dette qui en résulte. Comme d’habitude la France dépense plus et plus mal que ses congénères européens au point que le gouvernement s’inquiète de la crédibilité du pays sur les marchés financiers internationaux et de sa capacité à continuer à trouver des prêteurs pour financer ses dépenses à un taux acceptable.
Le gouvernement a présenté hier les grandes lignes d’un budget 2026 qu’il reste maintenant à faire voter. Le message principal est qu’il faudrait économiser 40 milliards d’EUR, non pas sur le budget 2025 mais sur ce que serait le budget 2026 si on le laissait dériver à la même vitesse que ces dernières années, ce qui veut dire nous aurons probablement quand même une hausse nominale des dépenses publiques en 2026 versus 2025.
La foire d’empoigne politique a déjà commencé, bien avant les annonces du 15 juillet, en recyclant les solutions « de gauche » : il suffit de taxer Bernard Arnaud pour augmenter les recettes et réduire le déficit ; et les propositions « de droite » : il faut baisser la dépense publique et continuer à favoriser les entreprises qui seules créent des emplois et de la richesse. C’est une querelle vieille comme le monde, il ne sert même plus à rien de chercher à convaincre une partie des arguments de l’autre, on en est à la guerre de religion. Il faut juste que le parlement adopte un budget, dans un sens ou dans autre, et que le gouvernement l’exécute, adviendra ensuite ce que pourra.
Par suite de la présentation d’hier par le premier ministre les élus et politiciens se sont déchaînés sur leurs réseaux dits « sociaux » en petites phrases assassines, en réactions pavloviennes et en slogans de circonstance, bien loin de la réflexion et de l’esprit de compromis qu’exige la situation. On est encore là en plein conflit entre l’intérêt général du pays et les misérables petits intérêts particuliers des hommes et des partis.
Petit florilège de ces commentaires publiés depuis hier par le journal Le Monde.
Leur bilan, c’est la ruine, et leur solution, c’est l’austérité
Sébastien Chenu (Rassemblement national – droite dure)
Un budget brutal et inacceptable Demander toujours plus à ceux qui ont peu… et si peu à ceux qui ont beaucoup n’est ni sérieux, ni efficace, ni juste
Boris Vallaud (Parti socialiste – gauche molle)
Ce gouvernement préfère s’en prendre aux Français, les travailleurs et les retraités, plutôt que de faire la chasse aux gaspillages
Marine Le Pen (Rassemblement national – droite dure)
Bayrou aurait pu faire le choix de la justice. Il a choisi la violence de mesures dont le cumul va frapper très durement les familles Sur les bases actuelles, la seule perspective possible est la censure
Olivier Faure (Parti socialiste – gauche molle)
Ces mesures sont injustes, inefficaces et dangereuses pour le pays Comme syndicaliste, je vais tout faire pour empêcher cette potion amère [sur la suppression de deux jours fériés] On ne parle pas de n’importe quoi, on parle de la suppression du 8-Mai, jour de la victoire contre le nazisme. Alors que l’extrême droite est aux portes du pouvoir (…), le premier ministre nous annonce qu’il va supprimer le 8-Mai. C’est extrêmement grave
Sophie Binet (CGT – gauche syndicale dure)
Une nouvelle fois, ce sont surtout les classes moyennes qui seront mises à contribution alors même que c’est par leur mobilisation et leur puissance de travail que le pays peut s’en sortir : un contresens de plus !
Xavier Bertrand (LR – droite molle)
Nous n’accepterons jamais que le peuple paie les cadeaux faits aux plus riches en faisant courir un risque récessif au pays. Nous censurerons cette politique de malheur !
Dans ce tonnerre les voies du patronat et la majorité présidentielle résonnent faiblement pour globalement soutenir les grandes directions annoncées. Les discussions parlementaires débuteront à la rentrée car élus et partis politiques prennent des vacances. Elles promettent d’être animées, idéologiques et irréconciliables !
On se souvient que Laurent Wauquiez, l’éternel candidat malheureux de la droite, rejeté systématiquement par les militants de son parti, avait pris fait et cause pour les émeutiers lors de la révolte dite des « gilets jaunes » en 2018, n’hésitant pas à contredire au passage ses déclarations précédentes sur le « cancer de l’assistanat ». Le voici aujourd’hui qui se transforme en soutien des chauffeurs de taxi dans leur combat contre l’Etat. On apprend d’ailleurs à cette occasion que la majorité du chiffre d’affaires de cette corporation est constituée de fonds publics de la sécurité sociale qui les rémunère ainsi de leurs prestations de transports médicaux. Les négociations en cours entre l’Etat et les taxieurs portent sur des économies à faire sur le coût de ces prestations, économies dont bien entendu ne veulent pas entendre parler les chauffeurs arguant que c’est la fin de leur corporation si on baisse d’un centime leur rémunération. Nous sommes en France…
Les chauffeurs de taxi ont une capacité de nuisance significative puisqu’ils peuvent bloquer la circulation en défilant au ralenti en cortège aux volants de leurs voitures, et ne s’en privent d’ailleurs pas. Ils sont une corporation privée vivant majoritairement sur les fonds publics issus des cotisations sociales payées par les citoyens et les entreprises. Il ne devrait pas être impossible d’envisager une amélioration de leur productivité comme n’importe quelle entreprise ou organisation le fait tous les jours. On ne sait d’ailleurs plus vraiment où en sont les négociations mais on sait que la corporation est soutenue par Laurent Wauquiez grâce à une vidéo qu’il a commise et publiée sur Facebook.
Son contenu n’est pas d’un grand intérêt. L’élu de droite endosse l’argumentaire de la corporation. Il est instructif de lire les justifications avancées par celui qui aspire à être président de la République. Florilège :
Aujourd’hui les taxis sont colère [sic]… C’est une profession qui bosse et dans notre pays il y a suffisamment d’économies à faire sur ceux qui travaillent pas (sic) pour pas aller (sic) taper (sic) ceux qui travaillent… Deuxième chose… pour faire des économies de bout de chandelle alors qu’il y a plein de gaspillages on va déstabiliser tout le parcours d’accompagnement de santé, aussi bien dans nos territoires ruraux que dans nos territoires urbains.
Comme tout le monde en France, on est toujours d’accord pour faire des économies, mais chez le voisin !
Il n’est pas sûr que ce genre de soutien soit très porteur d’avenir pour Laurent Wauquiez qui vient de se faire doubler par Bruno Retailleau pour la présidence de Les Républicains qui a ainsi pris un peu d’avance pour la candidature de ce parti à l’élection présidentielle de 2027. Wauquiez, comme nombre d’élus français, n’existe que par ses annonces de nouvelles dépenses publiques ou la défense de dépenses actuelles. On se souvient qu’il eut une attitude plus qu’ambigüe lors de la réforme des retraites visant à mettre fin à la croissance continue des déficits de financement du système français. Sa position, et celle de son parti, plutôt tiède à l’égard de la réforme a probablement fortement contribué à la chute du gouvernement Barnier en 2024 et au chaos institutionnel qui en a résulté.
Les électeurs et les militants « de droite » attendent sans doute des positions plus ambitieuses de ceux qu’ils portent à la tête de leur parti (leur « famille politique » comme on dit désormais). On peut imaginer que cette clientèle serait plutôt favorable à une maîtrise de la dépense publique, en tout cas moins défavorable que les électeurs « de gauche ». Mais même dans ce contexte favorable les élus de droite comme Laurent Wauquiez n’osent pas prendre leurs responsabilités et annoncer à leurs électeurs qu’il va bien falloir baisser les dépenses publiques !
C’est aussi l’une des marques de la déresponsabilisation générale du pays.
La nouvelle politique économique mise en œuvre aux Etats-Unis sous l’impulsion du président Trump est intéressante en ce qu’elle déroule des principes de « Café du Commerce » largement diffusés dans les pays occidentaux par une classe politique, généralement dans l’opposition, qui braille contre l’Union Européenne et pour l’Europe des Nations, qui veut « rétablir les frontières », casser les pouvoirs des organismes multilatéraux qui, dans certains cas, surplombent les pouvoirs nationaux. Les Etats-Unis d’Amérique veulent réduire les déficits commerciaux considérables qu’ils affichent vis-à-vis du reste du monde et rapatrier sur leur sol la production industrielle qui a été largement délocalisée dans le « Sud global ».
Ils sont en train de mettre très rapidement en pratique une série de mesures concoctées par l’équipe Trump avant l’intronisation au pouvoir de leur héros en janvier dernier. Ces décisions portent sur une hausse générale des droits de douane, tout particulièrement à l’encontre de la Chine, la sortie du pays de certains accords multilatéraux (Organisation mondiale de la santé [OMS], Accords de Paris sur le climat et d’autres certainement à venir). En parallèle, le gouvernement américain coupe drastiquement dans les dépenses fédérales, entraînant des milliers de licenciements de fonctionnaires et la fermeture brutale d’agences fédérales comme l’US-Aid, chargée de distribuer l’aide au développement américaine.
Comme on l’apprend en première années d’études macroénomiques le déséquilibre du commerce extérieur ou des paiements n’est pas satisfaisant sur le long terme et le « coupable » n’est pas forcément celui qui affiche des déficits. Le rétablissement des équilibres doit être le fait des deux parties, celle en déficit comme celle en excédent. Evidemment la théorie ne prône pas de rétablir ces équilibres avec une telle brutalité mais elle recommande de les rétablir, de même qu’elle assure que les déficits budgétaires d’un Etat sont source d’endettement public et, possiblement à terme, de difficultés de trésorerie de l’Etat concerné.
Sur un plan plus politique, le président américain et son équipe conservatrice se sont lancés dans un combat féroce contre l’immigration illégale et le « wokisme », ce dernier estiment-ils, gangrénant la vie intellectuelle du pays. Des expulsions assez significatives d’immigrés illégaux sont réalisés par des avions militaires américains vers les pays de provenance. Des coupes dans les budgets d’université et de programmes de recherche qui véhiculeraient les idées « woke » ont été pratiqués ainsi que des effacements massifs de données numériques des sites web gouvernementaux afin d’annihiler toutes traces de ces « dérives ». On peut penser que ces écrasements de données ne sont pas définitifs tant les grandes entreprises privées de la « Tec » les aspirent en continu et les gardent sur leurs serveurs d’où elles pourraient être exhumées s’il était nécessaire de le faire un jour.
Les premiers résultats des mesures économiques sont assez disruptifs pour le moment : chahut sur les marchés financiers et dans les flux commerciaux mondiaux, risque de baisse de la croissance mondiale, accroissement du chômage et de l’inflation pour le moment aux Etats-Unis mais avec diffusion rapide à d’autres régions de la planète. Il est sans doute encore trop tôt pour se faire une idée sur les effets d’une telle politique qui ne peuvent être jugés que sur le long terme. Les experts économiques prédisent le crash à court terme de l’économie mondiale mais ces « experts » se sont déjà beaucoup trompés dans le passé. En tout état de cause on ne peut pas changer aussi drastiquement de politique sans effets collatéraux qui peuvent être négatifs à court terme et favorables à plus longue échéance, et vice-versa, ou défavorables quel que soit le terme.
Les populistes européens parangons de l’Etat-nation vont donc avoir tout loisir de mesurer en grandeur réelle l’application des mesures qu’ils recommandent depuis des années dans leurs programmes de « Café du commerce ». D’ailleurs, au moins en France pour le moment, on ne les entend plus beaucoup. Sans doute sont-ils un peu effrayés par Trump apprenti-sorcier qui précèdent leurs désirs les plus fous.
Dans les faits, cette « mondialisation » tant décriée par les nationalistes aux petits pieds est celle qui a considérablement développé « l’Occident collectif » comme « le Sud global » depuis le mitan du XXe siècle. Dans ce dernier, l’apparition de classes moyennes de plusieurs centaines de millions de citoyens, encore inexistantes dans les années 1960-1970, a fait émerger des armées de consommateurs et c’est une bonne nouvelle pour tout le monde, en premier lieu pour les intéressés. Les nouvelles « chaines de valeurs » ont entraîné un Yalta économique : les usines dans le « Sud global », les services dans « l’Occident collectif ». Cette répartition des tâches était en train d’évoluer doucement à la demande des pays occidentaux voulant renforcer leur « souveraineté industrielle » d’une part, et du fait du développement de pays voulant passer dans le clan des producteurs de services à haute valeur ajoutée. Une nation performante et ambitieuse comme la Chine va d’ailleurs dans ce sens grâce à l’efficacité de son innovation et l’application des bonnes vieilles méthodes capitalistes par… le Parti communiste chinois ! Ce pays est désormais économiquement puissant, en mesure de faire face à « L’Occident collectif ». Le côté autoritaire de son gouvernement qui ne s’embarrasse guère de principes démocratiques lui permet sans doute aussi de monter plus vite vers la puissance.
Les Etats-Unis veulent renverser cette tendance et se réaffirmer comme LA puissance mondiale face à la Chine et au reste du monde. Depuis l’intronisation de leur nouvelle administration républicaine ils appliquent dans ce but des méthodes brutales qui semblent parfois improvisées et dont il faudra encore quelques mois pour juger des effets. Beijing agit avec beaucoup moins d’effets de manche et beaucoup plus de finesse. L’Histoire devrait dire assez vite si cette « démondialisation » visée peut rester un objectif viable ou si l’intrication des économies et des peuples est désormais définitive, avec les inconvénients que l’on connaît.