Alors que les menaces s’entassent sur l’Europe : guerre commerciale américaine, guerre d’invasion russe, revendication du Groenland par Washington, menace du président américain qui quitter l’Alliance atlantique…, les dirigeants du vieux continent commencent à sentir le vent du boulet et se lancent dans des programmes de réarmement, et, surtout, échafaudent les différentes solutions pour les financer. Les besoins financiers sont considérables et se chiffrent en centaines de milliards d’euros, sans parler des filières industrielles qu’il conviendrait de relancer, ce qui prendra des décennies.
Evidemment l’état des finances publiques des pays « club méditerranée », groupe des pays mal gérés (dont la France), les rend incapables d’affronter de telles dépenses puisqu’ils sont déjà pour la plupart dans l’incapacité de financer leurs simples dépenses de fonctionnement sans s’endetter. Comme toujours les solutions envisagées par les Etats impécunieux les portent vers l’endettement européen qui leur permettrait de bénéficier de taux d’intérêt plus faibles que ceux qu’ils payent sur leurs dettes nationales car ils s’abriteraient ainsi sous le parapluie des pays mieux gérés qui rassurent les marchés financiers prêteurs. C’est ce qui été fait lorsqu’il a fallu injecter des fonds pour sortir de la crise économique déclenchée par la Covid.
En réalité les gouvernements n’osent pas dire à leurs citoyens que ce réarmement pourra difficilement se faire sans réaliser des économies par ailleurs. Il est vrai que le thème n’est pas vraiment électoralement porteur. Il va falloir affecter des ressources limitées à de vraies priorités. En France par exemple, le ministre des finances assène qu’il n’y aura pas d’augmentation d’impôts ni de remise en cause du « modèle social » pendant que les syndicats discutent toujours de l’abrogation de la réforme des retraites de 2023. Par ailleurs on se prépare déjà à organiser des jeux olympiques en 2030 après ceux de l’été 2024 à Paris.
Le mirage d’un endettement européen mutualisé permet de laisser penser aux citoyens que le financement du réarmement pourra se faire sans douleur : il suffit de s’endetter. C’est une tartuferie typiquement française qui se renouvelle depuis des décennies, et sur de nombreux sujets. L’exercice n’a pas encore atteint ses limites puisque la France trouve toujours des prêteurs pour financer ses gabegies. La conséquence de l’augmentation de l’endettement public est relativement transparente pour les électeurs alors autant ne pas changer de méthode… Les intérêts payés aux prêteurs dépasseront les 55 milliards d’EUR pour l’année 2025, soit supérieurs au budget de la défense (51 Mds) et à peine inférieurs à celui de l’enseignement scolaire (64,5 Mds). Et ce chiffre a vocation à continuer d’augmenter avec une inertie considérable difficile à inverser. Il n’y a pas beaucoup de pédagogie faite autour de ce chiffre qui est pourtant parlant.
Il faut que Mme. Michu continue à croire que la République pourra continuer à s’endetter pour financer ses dépenses courantes, ses dépenses somptuaires et, en plus, acheter des avions et des chars de combat. Au moins jusqu’aux prochaines élections ! Le message churchillien sur « le sang, le labeur, les larmes et la sueur » n’est entendable qu’en temps de guerre, pas dans un pays où la population rêve de faire baisser l’âge légal de la retraite de 64 à 62 ans.
Depuis la prise de fonction de leur nouveau président les Etats-Unis d’Amérique ont initié une guerre mondiale économique en rehaussant, souvent de façon significative, les droits de douanes imposés aux pays tiers exportateurs. Cela va renchérir le coût des produits importés par les Etats-Unis, qu’il s’agisse de produits finis, semi-finis ou de matières premières. Les chaînes de valeur commencent déjà à en être désorganisées et, in fine, le consommateur final, notamment américain, devrait avoir à payer ces surcoûts.
Selon les cas, ces hausses de droits de douane auraient été décidées pour forcer les pays exportateurs à prendre des mesures pour lutter contre les immigrés illégaux, l’exportation de Fentanyl ou d’autres motifs plus ou moins réels. C’est ainsi que les Etats-Unis accusent l’Europe d’un excédent commercial indécent qu’il faut réduire, avançant à l’appui de cette assertion des chiffres qui sont contestés par Bruxelles car ne prendraient en compte que la balance commerciale, effectivement excédentaire pour l’Europe, « oubliant » la balance des services qui, elle, est excédentaire en faveur des Etats-Unis. Les pays touchés par ces hausses de droits ont déjà pris des mesures de rétorsion à l’encontre de Washington.
On suppose que si les pays « accusés » venaient à régler les dysfonctionnements dont les accusent les Etats-Unis, la hausse des droits de douane qui leur sont imposées seraient réduites, voir supprimées, mais l’histoire ne le dit pas. On peut d’ailleurs s’étonner que le président américain puisse décider de ces bouleversements économiques, qui touchent le monde entier, seul dans son bureau ovale. Mais autant certaines décisions intempestives du président américain sont actuellement contestées en justice, autant celles concernant les droits de douanes ne semblent pas discutées et elles s’appliquent actuellement. Quant aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui sont clairement violées par ces méthodes, plus personne n’en parle, sauf peut-être la Chine qui vient de déposer plainte auprès de cette organisation multilatérale honnie par le nouveau pouvoir américain qui en perturbe le fonctionnement.
La théorie économique établit qu’une telle guerre commerciale aboutit immanquablement à une récession économique. Mais la théorie économique s’est déjà beaucoup trompée dans l’histoire. L’avenir devrait dire assez rapidement si, cette fois-ci, elle est confirmée, ou pas, dans cette nouvelle période de chaos économique.
Et pendant ce temps la France regarde comment abaisser l’âge légal de la retraite…
Alors que des bruits de bottes retentissent en Europe et que les Etats-Unis d’Amérique semblent tourner casaque et revoir leurs alliances en faisant ami-ami avec la Russie, l’Europe géographique commence à se demander s’il ne lui faudrait pas envisager de disposer d’une défense autonome plutôt que de dépendre de l’allié américain aux humeurs changeantes. Mais le constat montre que les pays du vieux continent ont considérablement baissé la garde depuis les années 1990 et la chute de l’URSS. Les mauvaises langues galonnées avancent qu’en cas de guerre de « haute intensité », l’armée française ne disposerait aujourd’hui que de quelques semaines de munition pour lutter contre un potentiel envahisseur.
La nouvelle Russie apparaissant largement aussi nuisible et impérialiste que sa prédécesseuse soviétique l’Europe s’inquiète pour sa protection en cas d’attaque russe sur son territoire. C’est une saine réaction, certes un peu tardive mais salutaire. Le réarmement est sans doute la seule option raisonnable face à des puissances hostiles et de plus en plus agressives. Le problème est que tout ceci coûte beaucoup de sous et prend du temps. Les finances publiques de la France sont à la dérive depuis plusieurs décennies. Le pays est le mauvais élève de l’Union européenne. Heureusement certains autres sont en meilleure santé financière mais même en les additionnant, les financements nécessaires pour élever de nouveau l’Europe au rang de puissance sont considérables et d’un montant carrément vertigineux.
En France, après un embrouillamini budgétaire de première catégorie pour l’année 2025 l’un des sujets actuels majeurs est de revenir sur la réforme des retraites pour en rabaisser l’âge légal de départ. L’accumulation des déficits publics depuis 1974 a généré une dette de 105% du produit intérieur brut. Les règles basiques de bonne gestion, comme celles que nous suivons à la maison, voudraient que l’on baisse certaines catégories de dépenses si l’on veut augmenter celles réservée aux armées. Mais comme ce message est désagréable à appréhender par les citoyens électeurs qui ont totalement perdu l’habitude de l’entendre, on parle aujourd’hui d’un « grand emprunt européen » à lancer pour financer la remise à niveau militaire. C’est une nouvelle version du « quoi qu’il en coûte » qui évite de se serrer la ceinture. Nos enfants rembourseront nos dettes, ce n’est pas grave.
Personne n’a le courage d’annoncer « du sang, du labeur, des larmes et de la sueur » tels que Churchill les promit à son peuple en 1940. Maintenant on dit « on va s’endetter » et tout ira bien. C’est aussi le signe de la décadence européenne, particulièrement française d’ailleurs. Un pays ou Nabilla affiche 10 millions de suiveurs sur son compte Instagram et où Cyril Hanouna est potentiellement annoncé comme candidat aux élections présidentielles 2027 ne peut être un pays qui fait face à la réalité de ses nouveaux adversaires.
On n’était pas retourné au Salon de l’Agriculture depuis des décennies. Pas beaucoup de changements depuis la dernière visite, il s’agit toujours d’un vaste troquet consacré à la boustifaille et on a l’impression que les surfaces dédiées à la restauration dominent tout le reste. Au moins peut-on supposer que les aliments servis sont bons et issus du terroir. Le visiteur déambule au milieu des saucissons, des jambons et… des animaux, de loin les stands les plus fréquentés. Les adultes sont aussi émerveillés que les enfants devant veaux, vaches et cochons ruminant dans la paille fraîche. Les bestiaux aux poils brillants sont briqués à tous instants et l’on voit même des éleveurs utiliser un sceau pour recueillir leurs excréments avant qu’ils ne polluent leurs litières… De vastes enclos intérieurs accueillent les concours de beauté pour primer les animaux les plus pimpants dont les maîtres repartent avec de majestueuses médailles.
On aurait espéré assister à quelques débats entre spécialistes sur les enjeux et défis économiques de l’agriculture en France mais, s’ils existent dans cette enceinte, ils ne semblent pas ouverts au public. Il y a tout de même un stand McDonald qui attire les petits enfants avec des jeux pédagogiques. De leur côté, les producteurs de produits phytosanitaires se cachent derrière des appellations racoleuses et « biologisées » évitant de trop mettre en avant leurs spécialités chimiques. Une nouveauté cette année : l’opération « Zéro enfant perdu » qui consiste à badger (pas encore pucer) les enfants avec un bracelet mentionnant leurs noms et un numéro de téléphone pour les retrouver lorsqu’ils s’impatientent et filent vers les stands à bestiaux alors que leurs parents s’attardent devant leurs bières.
Le Maroc est mis à l’honneur dans ce salon 2025. Certes ses tomates et autres fruits et légumes concurrencent sévèrement l’agriculture française mais ce pays envoie également des bataillons de travailleurs marocains dans les champs français pour aider aux récoltes. Alors vive le Maroc !
L’assemblé nationale a voté une proposition de loi généralisant le repas à 1 EUR pour tous les étudiants, contre l’avis du gouvernement. Jusqu’ici seuls les étudiants bénéficiant d’une bourse ou étant en « situation précaire » étaient éligibles à ce tarif réduit. Les repas universitaires sont préparés et servis par les Centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires (Crous) qui eux-mêmes sont subventionnés avec de l’argent public, subventions qu’il va donc falloir augmenter pour compenser la perte de recettes décidée par le parlement.
Cette mesure « progressiste » part du principe que tous les étudiants sont en « situation précaire » et méritent donc d’être subventionnés par les contribuables. Ce n’est heureusement pas le cas mais néanmoins tous pourront bénéficier de cette mesure. C’est le défaut de la vision misérabiliste d’une partie des élus (souvent partagée dans les dîners en ville et sur les plateaux télévisés) qui consiste à élaborer les politiques sur la situation « des plus défavorisés » ce qui revient à en faire profiter aussi « les plus favorisés ».
La logique voudrait que les politiques budgétaires soient conçues en fonction de la situation moyenne des citoyens et des entreprises et que des mesures spécifiques soient mises en œuvre pour favoriser ceux qui sont en ont réellement besoin. La généralisation du repas à 1 EUR, à perte pour les Crous, pour tous les étudiants illustre ce travers français de l’addiction à la dépense publique. Le nombre de repas servis à 1 EUR va certainement augmenter de même que le déficit des Crous et donc leur besoin de subvention qui en sera la conséquence. Sans doute une telle mesure apportera quelques suffrages aux partis qui l’ont soutenue, elle ne changera probablement pas grand-chose au sort « des plus favorisés » qui d’ores et déjà ne prennent pas leurs repas dans les restaurants du Crous.
Avec toujours le même ensemble la totalité des corporations françaises continue à réclamer « plus de moyens » à l’Etat. C’en est émouvant tant chacune d’entre elle invoque une question de vie ou de mort si l’argent public qui leur est affecté ne connaît pas une augmentation substantielle. Alors la simple évocation de stabilité ou, pire, de réduction des budgets publics suffit à faire défaillir élus et lobbys de tous bords.
La dernière mode pour défendre son pré-carré est la diffusion de tribunes dans le grand public pour plaider sa cause.
Le comédien Philippe Torreton a ainsi craché son venin contre la présidente du conseil régional des Pays de Loire qui a présenté un budget réalisant une baisse de dépenses pour la culture.
Ce que les Néandertaliens et leurs cousins avaient compris, Christelle Morançais, la présidente du conseil régional des Pays de la Loire, membre du parti Horizons d’Edouard Philippe, ne le comprend visiblement pas ou, pire, feint de ne pas le comprendre.
Cette personne insinue en un élan populiste que ne bouderait pas Donald Trump que le monde de la culture ne serait qu’une niche de gens gâtés qu’il serait grand temps de confronter au réel, afin, dixit, qu’ils se réinventent. … Je ne savais pas qu’en 2024 une telle opinion, un tel mépris envers le monde culturel et associatif pouvait, non seulement se concevoir, mais également s’assumer avec cet aplomb que doit certainement autoriser l’ignorance débridée.
(Le Monde du 15/12/2024)
Le budget du ministère des sports étant également appelé à participer aux efforts de réduction des dépenses, une tribune signée par 425 sportifs est sortie dans le journal L’Equipe dont la lecture donne des larmes aux yeux.
Ce n’est pas seulement une économie, c’est un sabotage du vivre-ensemble ! Le sport français… C’est un rempart contre les fractures sociales et territoriales. C’est un outil de santé publique indispensable. C’est une opportunité d’émancipation pour notre jeunesse. … Nous, athlètes de l’équipe de France, ne resterons pas silencieux face à ce désastre annoncé. La France mérite mieux.
(L’Equipe du 21/01/2025)
Et ainsi, sabre au clair, la France s’est déjà engagée dans les dépenses somptuaires de l’organisation dans les Alpes de jeux olympiques pour 2030. Chacun explique que dépenser dans son domaine « rapporte de l’argent à la France », Philippe Torreton comme David Douillet.
Le psychodrame budgétaire actuel confirme jusqu’à la nausée que les citoyens comme leurs représentant ont abandonné toute idée de l’intérêt général sur le thème : « taxons Bernard Arnault et faisons des économies, mais chez mon voisin, pas chez moi ». Ainsi va l’ordinaire d’une nation qui se rabougrit de jour en jour.
Nous sommes fin janvier et le pays n’a pas encore été en mesure de voter un budget 2025 pour la République. Jusqu’ici tout va bien.
Avec une permanence qui force l’admiration la gauche propalestinienne continue à exiger l’abrogation de la réforme des retraites. A tout le moins, certains de ses membres pourraient sans doute se satisfaire de maintenir l’âge légal à 62 ans au lieu de la montée vers les 64 qui a été adoptée par le parlement en 2023 et qui a commencé à être mise en œuvre. Depuis son adoption, la situation financière du système des retraites s’est dégradée par rapport aux hypothèses qui avaient fondé cette réforme. Le retour du déficit (c’est-à-dire qu’il a plus de pensions versées que de cotisations encaissées) apparaît dès 2024 et ne cesse ensuite de se creuser selon le scénario de base retenu par le Conseil d’Orientation des Retraites (COR) et ce, en prenant en compte l’application intégrale de la récente réforme.
Les opposants compulsifs à l’augmentation de la durée du travail ne raisonnent pas en termes de déficit ou de financement puisque pour eux il suffit « de taxer Bernard Arnault » pour combler les déficits. Il est donc peu opérationnel ni utile de discuter de ce sujet avec eux.
En revanche, la situation financière du système des retraites se dégradant dès 2024, même avec la réforme de 2023 qui risque fortement d’être « adoucie » compte tenu du contexte politique, fait que de toutes façons une nouvelle réforme sera nécessaire dans 3 ou 4 ans. En attendant, le contrefeu du nombre minimum de trimestres d’assurance exigé (172, soit 43 années) permet de limiter les dérives même en cas de baisse de l’âge légal de départ.
Comme il faut bien se sortir des blocages actuels et prendre en compte tenu l’obsession des partis d’opposition contre l’augmentation de l’âge de départ à la retraite peut-être faut-il envisager de compromettre temporairement avec ceux-ci, à 63 ans au lieu de 64, et de reporter son augmentation à l’incontournable nouvelle réforme sur le financement qui adviendra d’ici deux ou trois ans lorsque les tensions financières du système se seront encore accrues ? D’ici là, la « taxation de Bernard Arnault » aura peut-être arrangé les choses ? Plus probablement, hélas, le déficit du système se sera accru et peut-être la réalité des chiffres rendra les élus et leurs électeurs plus pragmatiques.
Avec une unité désarmante la totalité des corporations, des communautés, des lobbys, des administrations, des députés, des sénateurs, des travailleurs et des retraités, tous, sans exception clament uniformément « ça manque de moyens ». Les agriculteurs, les gardiens de prison, les enseignants, les soignants, les policiers, les pompiers, les ambulanciers, les directeurs de théâtre, les bénéficiaires de niches fiscales, bref, 67 millions de Français appuyés indistinctement par tous les syndicats, les lobbys, les plateaux télévisés à grand renfort « d’éditions spéciales » et les partis politiques expliquent à longueur de radiotrottoirs larmoyants que tout s’effondre autour d’eux et si l’Etat grippe-sous ne leur octroie pas sans délai des aides, des subventions, des dotations à multiplier par deux, trois, dix ou cent versus ce qu’ils reçoivent déjà, le pays s’acheminera vers un effondrement fatal et irréversible. Toute idée d’économie est considérée comme une traîtrise sociale, sauf si elle est prévue chez les autres !
Même le syndicat patronal qui, devant l’ampleur du désastre financier dans lequel s’enfonce la République, avait envisagé au début du psychodrame parlementaro-budgétaire que les entreprises puissent aussi prendre leur part dans les nécessaires économies de dépenses publiques à faire, du moment que l’Etat fournisse également des efforts d’économie. Tout ceci est oublié et les lobbys patronaux se lamentent avec la meute à l’idée que les exonérations de charges sociales dont bénéficient leurs entreprises puissent être écornées, les conséquences annoncées sont chômage aggravé, faillites multipliées, investissements en berne, bref, tout le monde va mourir sans délai si la gabegie ne continue pas de s’accroître au même rythme.
L’intérêt général de la nation n’est plus défendu par personne, c’est devenu un concept préhistorique et incompréhensible pour la majorité des citoyens qui ouvrent de grands yeux vides, comme des vaches devant le passage à niveau, lorsqu’il est évoqué. Peut-être seule une vraie crise financière forcerait sans doute à ramener un peu de cohérence et de sens commun dans cet océan d’irrationnel mesquin et de misérables intérêts personnels. Le dialogue au parlement ou au Café du commerce est impossible, les uns hurlants « taxons les riches », les autres vociférant « favorisons l’économie de l’offre ». Personne ne s’entend plus sur rien et tout le monde demande à la République de faire ce qu’il ne fait pas chez lui ou dans son entreprise. « L’Etat paiera » semble être la nouvelle devise française.
Pour le moment les intérêts payés sur la dette augmentent, en volume comme en taux, mais la France trouve toujours des prêteurs pour financer ses déficits, donc elle ne s’en prive pas, « quoi qu’il en coûte ». A défaut de savoir gérer ses dépenses publiques, espérons que la République ne découragera pas ses créanciers à force d’engagements pris pour rassurer « M. le Marché » et qui ne sont jamais tenus. Le budget des intérêts payés aux créanciers dépasse les 50 milliards d’euros et se rapproche doucement du premier poste budgétaire, rang qu’il devrait atteindre sous peu. Les prêteurs touchent ainsi les dividendes des risques qu’ils prennent en prêtant mais cet argent sonnant et trébuchant n’est pas dépensé ailleurs. Notons d’ailleurs que sur cette dette de plus de 3 000 milliards d’euros, une petite moitié est détenue par des résidents français, dont des particuliers qui perçoivent ainsi une partie des intérêts versés.
Le chroniqueur qui a longtemps vécu en Afrique a entendu tous les matins pendant des années, chez lui comme au boulot : « ça manque de moyens patron ! » La France est sur la même voie en continuant à se rabougrir. Décadence quand tu nous tiens !
Comme chaque année nombre de médias français consacrent ce weekend à la collecte du « Téléthon ». Gérée par l’association AFM-Téléthon, cette collecte porte majoritairement sur les particuliers. Elle a rapporté près de 85 millions d’euros en 2023. L’AFM affiche ses missions sur son site web https://www.afm-telethon.fr/fr.
Engagée dans la recherche scientifique comme dans l’accompagnement des malades et de leurs familles, l’AFM-Téléthon agit de façon indépendante, guidée par l’urgence de la maladie évolutive et l’intérêt des malades. Trois missions sont au cœur de son engagement.
L’association répartit les fonds collectés pour soutenir la recherche en lançant des appels d’offres scientifiques pour financer des programmes de recherche. Elle a même ses propres laboratoires dans la thérapie génique, la thérapie cellulaire et autres domaines aussi inconnus qu’effrayants.
Tout ceci est éminemment sympathique mais on se demande pourquoi notre pays affecte des milliards d’euros de fonds publics à des dépenses somptuaires de jeux olympiques et laisse le financement de la recherche fondamentale relever du secteur privé et, pire, de citoyens lambda ? Cela ressemble à une triste inversion des valeurs
Ne serait-ce pas plutôt au secteur privé de financer les jeux du stade, s’il le souhaite, et à l’Etat de consacrer ses ressources limitées au financement de la recherche médicale ? Cette étrange situation qui ne semble pas inquiéter grand monde est une nouvelle manifestation des priorités d’une société où une « influenceuse » à forte poitrine comme Nabilla affiche près de 10 millions de followers sur Instagram.
Enfin une bonne nouvelle dans le chaos politique encours à Paris du fait de la cohabitation houleuse menée par des minorités irresponsables : les garanties financières de plus de 500 millions d’euros que l’Etat français doit délivrer à l’organisation mafieuse suisse du Comité international olympique (CIO) pour valider l’organisation des jeux olympiques d’hiver de 2030 dans les Alpes françaises pourraient ne pas pouvoir être octroyées si le budget de l’Etat n’était pas approuvé, hypothèse qui n’est pas complètement à exclure. Si l’on se retrouvait dans une telle situation, on peut faire confiance à la créativité française sans limite pour dépenser quand même en contournant le parlement puisque personne n’ose poser la question de savoir s’il est vraiment prioritaire pour la République de se lancer dans de telles nouvelles dépenses somptuaires alors que celles des JO PARIS-2024 sont à peine clôturées.
Les agriculteurs, désormais regroupés sous le terme de « ruralité », repartent à l’assaut des villes sur leurs tracteurs comme ils l’ont fait il y a une petite année. Les motifs sont toujours globalement les mêmes et se rapportent à leurs revenus « insuffisants ». Cerise sur le gâteau, ils contestent aussi un projet de traité européen de libre-échange avec certains pays d’Amérique du Sud, dont les négociations sont en cours de finalisation. Ce traité MERCOSUR intègre des quotas de viande à importer en Europe, des flux qui risquent de concurrencer très fortement les éleveurs français. Comme toujours avec le libre-échange, c’est-à-dire la baisse ou la disparition de droits de douane, il y a des gagnants et des perdants potentiels. Les industriels européens, y compris français, devraient gagner à l’ouverture de nouveaux marchés, les éleveurs bovins pourraient y perdre. Même au sein de la « ruralité » les intérêts sont divergents : les viticulteurs et négociants d’alcool verraient également s’ouvrir de nouveaux marchés avec ce traité. En attendant ce sont les plus virulents qui s’expriment avec leurs méthodes habituelles : blocage de routes, déversement de fumier devant ou dans les bâtiments publics, brulage de vieux pneus sur l’espace public, etc. Les agriculteurs sont une corporation de qui l’Etat et la population acceptent tout. Ils représentent environ 400 000 personnes (sur 67 millions de Français) mais leur fonction de « nourrir le peuple » les met à l’abri de toute contestation de leurs méthodes de manifestation qui seraient contestées venant de toute autre corporation.
La France affiche officiellement son opposition au MERCOSUR mais il n’est pas sûr qu’elle puisse s’y opposer seule compte tenu des règles de majorité. Paris avait tout de même voté le mandat de négociation donné à la commission européenne il y a plusieurs années et qui a abouti à ce traité. Le retour du nationalisme et l’émergence du populisme dans le monde et en Europe amène à remettre en cause cette philosophie politico-économique voulant que le développement des échanges enrichit les nations et favorise leur bonne entente.
La guerre actuelle menée par la Russie contre « l’Occident collectif » dément effectivement l’élément politique de cette assertion. Après la chute de l’Union soviétique, la Fédération de Russie qui en émergea fut intégrée au G7 qui devint G8, et des investissement occidentaux assez considérables ont été réalisés dans cette fédération. Malgré tout, Moscou a privilégié sa volonté d’effacer l’Ukraine sur ses intérêts économiques, annexé la Crimée en 2014 puis déclenché la guerre d’invasion en cours en 2022.
Le développement de l’économie mondiale depuis la fin de la IIe guerre mondiale a été basé sur le développement des échanges et la répartition de la création de valeur à travers la planète, c’est ce qu’on a appelé la mondialisation. Celle-ci a montré ses avantages et ses limites. Elle est remise en cause par certains pays et partis politiques. Soit, alors il suffit de faire autrement et c’est ce que s’apprêtent à faire les Etats-Unis dont le nouveau président élu clame partout qu’il va augmenter les droits de douane de toutes les importations, et spécialement celles en provenance de Chine. On en verra le résultat dans quelques années.
Les dogmes, en économie comme ailleurs, sont faits pour être remis en cause. C’est la voie que prend actuellement le monde occidental avec le libre-échange.
Avec une joie mauvaise les Français découvrent les difficultés économiques dans lesquelles se débat leur voisin allemand. Le pays devrait être en récession économique en 2024 pour la deuxième année consécutive et la coalition politique au pouvoir est en train de se dissoudre. Volkswagen ferme des usines dans le pays, le président élu américain Donald Trump déteste l’Allemagne et ses citoyens vieillissent encore plus vite qu’en France. Bref, tout ne va pas pour le mieux à Berlin ce qui réjouit une partie des commentateurs français du Café du commerce.
Ils devraient plutôt refréner leur bonheur, d’abord par souci d’élégance, mais, surtout car si la première économie d’Europe fait face à un incontestable coup de vent, pour des raisons évidentes c’est tout le continent qui en subit les conséquences. Gageons toutefois que l’Allemagne saura affronter cette nouvelle situation avec son pragmatisme habituel. C’est tout le vieux monde européen qui se rabougrit face au nouveau monde et au « Sud global ». Au moins Berlin part avec une situation de ses finances publiques meilleure que celle des pays latins qu’elle qualifia du temps de sa toute-puissance de pays « Club-Med », ce dont elle aurait pu se passer.
Engluée dans le chaos de ses finances publiques et de ses minorités parlementaires se tenant par la barbichette la France est la dernière à pour voir donner des leçons d’économie à sa voisine d’outre-Rhin, sa meilleure ennemie depuis si longtemps !
Devant la situation très dégradée des finances publiques que l’on semble découvrir en cette fin d’année 2024, la commission des finances du sénat a créé une « mission d’information relative à la dégradation des finances publiques » dans le cadre de laquelle défilent les anciens ministres qui étaient en charge des affaires du pays jusqu’à ce mois de septembre. Avec une mauvaise foi impressionnante ils expliquent qu’ils ne sont ni coupables ni responsables du déficit 2024 qui devrait dépasser les 6% du produit intérieur brut (PIB), contre 4,4% prévus dans le projet de loi de finances initial, et ont plutôt tendance à charger leurs successeurs. Lex-ministre des finances Bruno Le Maire donne sa version des faits :
Quand on me dit que le déficit en 2024 sera à 6,1 %, c’est le choix du gouvernement actuel. Et j’apporterai toutes les preuves que nous pourrions avoir en 2024, avec des mesures de redressement plus rigoureuses, un déficit autour de 5,5 %. Je conteste donc formellement ce chiffre de 6,1 %
Bruno Le Maire au sénat (07/11/2024)
Quant à l’ex-premier ministre Gabriel Attal, il affirme avoir pris « des décisions fortes » en gelant des dépenses dès que les premières alertes sont apparues sur le faible niveau des recettes réelles 2024 par rapport aux prévisions.
Bref, « c’est pas moi c’est l’autre ! », c’est du niveau cour d’école. On se demande ce qui pousse ces responsables à fuir leur… responsabilité. Certes M. Le Maire n’a sans doute pas tout à fait tort lorsqu’il explique que le nouveau gouvernement a dû charger la barque du déficit 2024 puisque celui-ci relève de l’ancienne gestion pour au moins les neuf premiers mois de l’année. C’est une attitude assez classique, y compris en entreprise lors de changement de management. Mais cela ne joue qu’à la marge. Le déficit est bien le fruit de décisions de dépenses sans commune mesure avec la réalité des recettes. Mais tout n’est pas négatif dans cette situation puisque ces fonds dépensés en sus des recettes sont bien allés dans l’économie et la poche de nombreuses catégories de citoyens. Les bénéficiaires vont s’en apercevoir avec le reflux qui s’annonce.
Simplement ce n’est plus possible de poursuivre sur cette tendance, c’est une simple question de bon sens et le réveil va être douloureux, y compris pour le président de la République et ses anciens ministres qui ne pourront pas échapper encore longtemps à leurs responsabilités dans ce naufrage financier malgré les dénégations puériles de ceux qui détenaient les cordons de la bourse.
Visionner quelques interventions ministérielles au sénat
Avec une mauvaise foi qui force l’admiration et une langue de bois en chêne massif les dirigeants et élus français se chamaillent comme des chiffonniers sur le sujet pourtant sérieux des finances publiques du pays qui filent un mauvais coton. Le budget de la France est déficitaire depuis 1974, la conséquence logique est un accroissement de la dette publique qui pèse sur les générations futures puisque pour financer ces déficits structurels il a bien fallu trouver des sous. L’exercice commence à trouver ses limites et Paris se retrouve une nouvelle fois dans l’obligation de réduire le déficit de ses finances publiques qui devraient atteindre 6,1% du produit intérieur brut (PIB) cette année, avec l’objectif de le ramener à 5% en 2025, objectif qui restera très probablement hors de portée. C’est la énième crise financière que rencontre le pays qui n’a pas voulu remettre en cause les modes de fonctionnement de l’Etat depuis l’instauration de la Ve République en 1958. Comme à chaque fois les prêteurs, nationaux et étrangers, ont continué à prêter à l’Etat pour financer ses gabegies celui-ci a été fort peu incité à revoir la tendance permanente à la croissance des dépenses publiques et, surtout, de l’utilité et de l’efficacité de celles-ci. Nous sommes en France, la capacité d’anticipation et la volonté de réforme ne sont pas les premières qualités du pays, alors il faut attendre d’être au pied du mur pour réagir et cela se fait donc toujours dans la douleur.
Le projet de loi de finance (PLF) 2025 qui vient d’être remis à l’assemblée nationale par le gouvernement montre que si rien n’est fait le déficit monterait à 6,9% du PIB en 2025 du fait de sa simple inertie.
On est donc loin de l’austérité ou de la rigueur comme le vocifèrent à peu près toute la classe politique, de la droite à la gauche, ainsi que les syndicats bien entendu, les économistes d’obédience marxiste, Mme. Michu dans les radios-trottoirs d’une presse avide de sensationnel et très peu tournée vers les chiffres, et jusque dans les dîners en ville où les convives s’inquiètent de voir augmenter leurs impôts ou baisser les avantages de leurs niches fiscales et où l’intérêt général est un devenu un concept à peu près incompréhensible de tous.
Mds EUR
En réalité, en 2025 les dépenses seront encore supérieures d’environ 130 à 140 milliards d’euros aux recettes. On a vu plus contraignant en matière de rigueur ! Sur un montant de dépenses de 490 Mds, le déficit « réduit » de 2025 représente tout de même 28% du montant de ces dépenses, ce qui veut dire que sur 100 EUR de dépenses l’Etat n’en collectera sur les contribuables que 72 et devra donc emprunter les 28 restants pour financer son fonctionnement.
Toute le monde s’accorde à peu près sur la réalité des chiffres. Chacun admet la nécessité de faire des économies mais chez les autres, justifiant par toutes sortes d’arguties que ce n’est pas possible dans son pré-carré. Les partis politiques assènent leurs recettes habituelles : à gauche on propose plutôt d’augmenter les impôts (« taxer les riches et les surprofits »), à droite on veut réduire les dépenses (sans y arriver) et au centre on fait un peu des deux. Des ministres de rencontre se répandent dans les médias pour menacer de démissionner si les budgets de leurs ministères baissent. Les tribunes se succèdent dans les journaux pour expliquer pourquoi il est inconcevable de baisser les crédits publics pour la recherche, pour la transition écologique, l’éducation, la santé et pour toutes sortes de sujets, qu’il ne faut pas avoir une « vision comptable » de la situation, et bla-bla-bla et bla-bla-bla. C’est l’habituel déchaînement des addicts à la dépense publique qui autojustifient les dérives ayant mené à la situation actuelle. Tous se retrouvent bien entendu pour accuser le président et ses gouvernements successifs de mauvaise gestion. En fait, les bénéficiaires de toutes ces dépenses in fine sont les citoyens eux-mêmes, nous tous, mais c’est l’ordonnateur des dépenses qui est cloué au pilori. Il ne faut pas culpabiliser « nos citoyens les plus fragiles »…
Il serait souhaitable d’appliquer une méthode assez classique en entreprise, celle du « BBZ » (budget base zéro) qui consiste non pas à établir un budget à partir de celui-ci de l’année précédente en faisant varier les lignes pour l’année nouvelle, mais repartir d’une feuille blanche où toutes les lignes sont remises à 0 pour se poser la question de celles qu’il convient de supprimer, celles qu’il faudrait éventuellement ajouter et, pour toutes, le niveau de dépenses nécessaire pour atteindre les objectifs fixés. C’est assez radical mais hors de portée de nos élus pour le moment. Espérons que la France n’aura pas à affronter une situation de faillite comme celle de la Grèce en 2008 à qui les marchés financiers ont arrêté de prêter compte tenu du risque de non-remboursement. Les autres pays européens, donc leurs contribuables, s’étaient alors substitués aux marchés en échange d’un programme drastique d’assainissement de ses finances publiques imposé à Athènes, dans l’urgence, et la difficulté. La survie de la monnaie commune euro était en jeu.
Bien sûr la baisse des dépenses publiques, ou en tout cas le freinage de leur tendance à la hausse, et l’augmentation des impôts auront un effet récessif sur l’économie du pays et douloureux sur le train de vie des citoyens. L’argent dépensé en moins ne va donc pas se retrouver dans certaines poches de privés ou d’entreprises. Il sera donc soustrait à l’économie. Comme de bien entendu et par construction les moins favorisés souffriront plus que les riches, c’est du bon sens qui ne peut justifier la poursuite de la gabegie. Cette nouvelle crise devrait rendre incontournable un plan de redressement. Peut-être, comme lors des précédentes crises, la France s’en sortira par des demi-mesures, peut-être pas…
Aujourd’hui les simples intérêts payés aux prêteurs tangentent les 55 Mds annuels. C’est plus que le budget de la défense (50,5 dans le PLF 2025), à peine inférieur à celui de l’enseignement scolaire (64,5) et largement supérieur à celui de la recherche et de l’enseignement supérieur (31,1). Cette charge de la dette a vocation à continuer d’augmenter avec le niveau de la dette et celui des taux d’intérêt. Elle risque de devenir sous peu la première ligne budgétaire des finances publiques françaises.
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Ainsi va la France depuis des décennies, refusant d’affronter la réalité « comptable » en espérant qu’une nouvelle fois elle passera à travers les gouttes de la mauvaise gestion publique en appliquant quelques cautères sur les jambes de bois de ses comptes. Ça peut marcher… ou pas !
Vous avez aimé le PLF 2025 de 490 Mds ? Vous allez adorer le PLFSS 2025 (PLF de la sécurité sociale – assurance maladie, vieillesse [les retraites], accidents et maladies du travail, famille, autonomie et solidarité vieillesse) de 660 Mds dont la discussion démarre lundi 28 octobre à l’assemblée nationale !
Les finances publiques semblent échapper au contrôle du gouvernement. Le déficit de l’année 2024 est maintenant estimé à 6,1% du produit intérieur brut (PIB) c’est-à-dire que l’argent public déversé sur le pays excède largement les recettes recouvrées sur les contribuables, personnes physiques comme morales. 6,1% de déficit est un chiffre considérable et un score rarement atteint par la France, digne d’un pays sous-développé. Dans son discours de politique générale le nouveau premier ministre a annoncé ses objectifs de revenir à 5% en 2025 et 3% (la norme plus ou moins admise au sein de la zone euro) en 2027. Bien entendu, c’est la énième fois que la République repousse cet objectif des 3% et prend des engagements qu’elle ne sait pas tenir…
Depuis plusieurs jours les chiffres fuitent sur le bouclage du budget 2025 à 5% de déficit, toujours en devenir à l’heure actuelle. Ce matin un montant de 60 milliards d’euros était annoncé, 40 milliards d’économies à faire sur les dépenses et 20 milliards d’impôts nouveaux à collecter. Ces sommes sont gigantesques, particulièrement les 40 milliards à économiser en un an. Les ordres de grandeur donnent le frisson et on voit mal comment ce pays addict à la dépense publique pourrait réaliser un tel exploit. Si on ramène ce chiffre aux dépenses du budget initial de l’Etat pour 2024, soit 453 milliards, cela fait une baisse de dépenses de 9%. Beaucoup de ménages ou d’entreprises ont eu à un moment ou un autre de leur existence à consentir un tel effort ; l’Etat français, jamais. Et encore, cette économie laissera subsister un déficit de 5% du PIB en 2025…
C’est un sérieux aveu d’échec pour le gouvernement précédent et le président. Lors de sa première élection en 2017 Emmanuel Macron avait fait du redressement des finances publiques post François Hollande une priorité. Il avait réussi à tenir les 3% de déficit en 2017 et 2018 puis la crise sanitaire de la Covid est arrivée avec l’annonce du « quoi qu’il en coûte » dont le pays n’a jamais réussi à sortir.
Alors à peine effleurées les incontournables mesures de correction qu’il faut prendre, augmentation des impôts et réduction des dépenses, le bal des pleureuses s’est ouvert pour expliquer que, certes, il faut économiser, pas chez soi, mais chez les autres bien entendu. Chaque corporation y va de ses lamentations, tous assènent des simplismes de première catégorie « va-t-on réduire le nombre de médecins ou de policiers ? », chacun explique qu’il n’est pas possible de baisser la dépense dans son domaine et tous conviennent qu’ils ne pourront pas affronter des augmentations d’impôt. En termes macroéconomiques d’ailleurs, les baisses de dépenses et les hausses d’impôt aboutissent un peu à la même chose : le redressement des finances publiques avec un risque récessif sur l’économie puisque dans un cas comme dans l’autre, il y aura moins d’argent injecté dans l’activité économie.
La corporation du patronat (MEDEF) s’est exprimée par la voix de son président qui a expliqué dans les médias que les entreprises étaient prêtes à consentir un effort en payant plus d’impôts si et seulement si c’était pour un temps limité et dans la mesure où l’Etat ferait des économies. Cela ressemble à une (légère) ouverture… en tout cas à du réalisme. Mais il est peu probable que l’Etat soit capable de réaliser les économies annoncées, l’affaire risque de se terminer par une hausse durable des impôts sur les entreprises et sur les particuliers, et sans doute pas que les « très riches ».
Pour le moment la France trouve toujours des prêteurs pour financer ses gabegies mais les taux d’intérêt augmentent. La République a levé des fonds ces derniers jours à des taux supérieurs à ceux consentis à la Grèce et au Portugal, deux pays qui ont eu à affronter une crise financière sévère ces dernières années qui se sont traduites par des réformes structurelles que la France n’a jamais réussi à mettre en œuvre. Le taux est lié au risque de non-remboursement que le prêteur estime prendre sur l’emprunteur. Celui-ci pense donc que pour le moment prêter à la France est plus risqué qu’à la Grèce. On ne peut pas dire que cela soit très brillant.
Et pour le moment on n’a pas encore parlé de la Loi de finance de la sécurité sociale ce qui va encore être une autre paire de manches !
Avec une constance qui force l’admiration la République poursuit l’engagement de dépenses somptuaires non prioritaires malgré la situation déplorable de ses finances publiques. A peine la page des jeux olympiques (JO) d’été organisés en France refermée, avec ses dépenses publiques conséquentes, celle des JO d’hiver 2030 dans les Alpes s’est ouverte. Entre deux on a récemment appris que les restaurateurs et bistrots parisiens qui ont été gênés cet été par les zones protégées installées pour les spectateurs demandent des indemnisations à l’Etat, donc aux contribuables. Et cela vient après les multiples compensations déjà octroyées cette année à de nombreuses corporations et salariés pour prendre en compte une baisse d’activités pour certains, ou une hausse du travail pour d’autres. On se souvient du psychodrame mené par les bouquinistes des quais de Seine à qui on a d’abord demandé de démonter leurs boites le temps des jeux, avant finalement de les autoriser à les maintenir par suite du déclenchement d’une polémique au « Café de Flore » et devant les tribunaux.
La candidature des Alpes françaises pour les JO d’hiver 2030 a été présentée et acceptée par le comité olympique international (CIO, organisation mafieuse installée à Lausanne en Suisse) sous réserve de ses habituelles exigences : exonération fiscale totale de ses activités commerciales et garantie financière en cas d’annulation ou de non atteinte des objectifs d’activité. Pour ce faire une loi est nécessaire et elle est en train d’être élaborée. Ces garanties présentent assez peu de risques de devoir être mises en œuvre, sauf si ces JO étaient annulés, en revanche, les exonérations fiscales délivrées sont non-seulement injustes et injustifiées, mais représentent un abandon de recettes très significatif pour l’Etat. Ces décisions financières inappropriées vont une nouvelle fois dans le sens de la facilité : il suffit de dépenser. L’incapacité congénitale du pays à prioriser ses dépenses publiques est sans limite. N’aurait-il pas été opportun d’expliquer aux citoyens-contribuables que le moment est venu pour un peu de sobriété budgétaire ?
Dans les dîners en ville la réaction générale est que « les Français ont été heureux cet été avec les JO à Paris », qu’il ne faut pas avoir « une vision comptable » des choses et que les dépenses afférentes étaient donc justifiées ; alors en avant pour les JO 2030 dans les Alpes. C’est le syndrome français, comme les enfants on veut tout en même temps, sans devoir choisir ni renoncer à rien. Les mêmes convives qui la phrase d’après se lamentent sur les inégalités dans le pays ne songent pas une seconde qu’on aurait pu affecter les dépenses des JO à réduire certaines de ces inégalités, ou à commencer à rembourser les dettes abyssales que nous laissons à nos enfants. Non, dépensons toujours plus, le contribuable paiera ! Il y aura sans doute un jour des limites à cet exercice, hélas…
Le ministère des finances français a remis au parlement une note de la direction générale du trésor, celle qui tient les cordons de la bourse, annonçant un déficit des finances publiques en 2024 de 5,6% du produit intérieur brut (PIB) si aucune mesure d’économie n’est prise pour freiner le paquebot de la dépense publique. La situation aurait été qualifiée par le ministre de « sérieux dérapage des finances publiques ». C’est le moins que l’on puisse dire…
Les dirigeants politiques au pouvoir passant leur temps à annoncer de nouvelles dépenses à tout bout de champ, de campagnes électorales en meetings politiques, il aurait été étonnant que la situation des finances publiques s’améliore ! Et les dirigeants politiques dans l’opposition passent le leur à exiger de nouveaux engagements financiers. Côté dépenses la République ne sait que les accroître, sans forcément s’interroger sur leur nécessité ou leur efficacité. L’organisation des jeux olympiques de PARIS 2004 est un bon exemple de ce paradoxe qui devrait d’ailleurs de poursuivre en 2030 puisque la France est la seule candidate pour organiser les jeux olympiques d’hiver de cette année. En ce qui concerne les recettes, les idéologies s’opposent entre les partisans de l’augmentation des impôts, « il suffit de taxer les riches », et ceux en faveur d’une « politique de l’offre » qui consiste à mettre les entreprises « qui créent la richesse » dans un contexte fiscal et juridique favorable en réduisant les impôts et en stabilisant l’environnement juridique dans lequel elles exercent leurs activités.
Quoi qu’il en soit, la France est l’un des pays de l’OCDE où la dépense publique est la plus forte en pourcentage du PIB, soit 57% en 2023 selon l’INSEE (https://www.insee.fr/fr/statistiques/2381414), c’est-à-dire que l’Etat prend dans la poche des uns pour donner aux autres. On peut faire passer ce taux à 70 ou 80%, il suffit de le décider collectivement et de voir ce que cela donne.
Dans une récente interview sur la chaîne radio d’information en continue France-Info, la secrétaire générale de la Confédération générale du travail (CGT) que pour financer les coûts qui seront générés par l’abrogation voulue de la loi qui a réformé les retraites en faisant passer l’âge légal de départ en retraite de 62à 64 ans, il suffisait de « taxer les dividendes et de revoir les aides octroyées aux entreprises sans contreparties ». Beaucoup de citoyens sont en accord avec ces propositions tant que « les riches [à taxer] ce sont les autres ».
Le dialogue ou les explications avec les tenants de ces théories économiques sont vains tant les positions sont idéologiques et imperméables aux réalités financières. La seule solution pour, peut-être, convaincre est de laisser faire. C’est ce qui s’est passé en 1981 après l’élection présidentielle qui a porté François Mitterrand à l’Elysée. Pendant deux ans l’Etat a appliqué un vrai programme de gauche : nationalisation d’une grande partie de l’économie, passage au 39 heures, retraite à 60 ans, instauration d’un ministère du temps libre, etc. et, dès 1983, il n’y avait plus de sous dans la caisse ni personne pour prêter à la République à des taux acceptables. Celle-ci s’est alors tournée vers la Commission européenne pour obtenir un prêt de trésorerie en échange de ce qui a été qualifié à l’époque de « plan de rigueur » mais qui n’était en réalité qu’un rééquilibrage des dépenses et des recettes publiques. Par la suite, la gauche mitterrandienne s’est convertie en social-démocratie et le ministre de l’économie et des finances Bérégovoy, fils d’un russe « blanc » menchévik exilé en France, lui-même ancien ouvrier métallurgiste, fut le ministre qui libéralisa les marchés boursiers et financiers français et mit fin l’indexation automatique des salaires sur l’inflation. Même dans ses rêves les plus fous, aucun ministre de droite n’aurait osé pareille révolution !
A l’époque la gauche eut tous les pouvoirs en 1981 pour mener sa politique économique socialiste, ainsi que pour inverser le balancier après 1983. Ce n’est pas tout à fait le cas aujourd’hui où la gauche réunie sous la casquette Nouveau front populaire (NFP) est loin d’être unie, n’a pas la majorité absolue et, pour faire passer tout ou partie de son programme, devra trouver des alliances à l’assemblée nationale. Son projet, un peu obsessionnel de ramener l’âge légal de départ en retraite de 64 à 62 ans (en attendant de viser 60) est partagé par le Rassemblement national (RN). Il n’est pas sûr que ces deux partis aux extrêmes arrivent à se retrouver sur un projet commun. Si malgré tout ils y parvenaient, eh bien, la réforme emblématique du macronisme ayant porté l’âge légal de 62 à 64 ans dans le bruit et la fureur serait abrogée. Et les discussions commenceront sur comment financer les coûts générés par cet aller-retour. Le peuple serait content… au moins pour un moment. A suivre.
Alors que la gabegie financière des jeux olympiques d’été à Paris, PARIS-JO-2024, est désormais irréversible, la cérémonie d’ouverture étant prévue pour la semaine prochaine, une bonne nouvelle se profile à l’horizon concernant les JO d’hiver 2030 pour lesquels la France, toujours à l’affut de nouvelles dépenses publiques, a posé sa candidature. L’immobilisme actuel du parlement rend pour le moment impossible la fourniture des garanties financières attendues par le Comité international olympique (CIO) pour accepter la candidature. Ces « garanties financières » qui relèvent d’un racket librement consenti nécessitent des lois que la France est dans l’incapacité de voter pour le moment. Il s’agit principalement (i) de l’exonération de tous droits et taxes pour les opérations commerciales menées par le CIO à l’occasion des JO en question et, (ii) d’une garantie financière globale délivrée par l’Etat hôte qui indemniserait le CIO en cas de crise économique (economic shortfall) qui nuirait au programme olympique.
G2.2: Tax-related guarantee whereby authorities commit to take all necessary measures to fulfil the tax-related requirements of the Olympic Host Contract and give full effect to these provisions, in a manner guaranteeing:
i. ability of the OCOG to enjoy full benefits of the payments or other contributions made available by the IOC or IOC Controlled Entities, without being subjected nor impacted by direct or indirect taxes due in the host country;
ii. absence of any direct or indirect taxes due in the host country on the transactions between the OCOG and the IOC (including the IOC Controlled Entities) or between the OCOG and the Games Official Timekeeper;
iii. absence of double taxation for non-resident individuals (in particular the athletes) and the organisations to which such individuals belong, or by which they may be employed in the host country upon the occasion of the Games; and iv. treatment of the IOC and other relevant Olympic stakeholders that is no less favourable than the treatment of the domestic business operators with regard to indirect taxes.
G4.1: Games delivery guarantee, in the form of financial guarantees, covering a potential economic shortfall of the OCOG and ensuring that the OCOG can deliver the Games in accordance with Olympic Host Contract requirements and meet all of its financial obligations.
On peut espérer que la nouvelle assemblée nationale française se posera un peu plus de questions sur le degré de priorité à attribuer à ces dépenses somptuaires avant d’engager les contribuables français à financer de nouveau une organisation purement commerciale qui se qualifie « à but non lucratif » et dont le siège est à Lausanne en Suisse.
En attendant, les responsables du CIO et du comité olympique français paradent en conférence de presse derrière des bouteilles de Coca-Cola savamment disposées sur les tables de conférence pour expliquer pourquoi seuls les paiements par cartes Visa ou espèces sont acceptés dans les boutiques du CIO. Coca-Cola et Visa sont des donateurs historiques des JO, « à but non lucratif » bien entendu !
Dans les dîners en ville certains participants issus du haut de la classe moyenne, c’est-à-dire celle qui a pu accumuler un capital immobilier, voire aussi financier, au cours de sa vie professionnelle, souvent agrémenté de quelques biens hérités (c’est-à-dire qu’ils se sont « enrichis » mais l’adjectif est dur à assumer), se lamentent sur « l’inégalité » générée par le capitaliste. Il s’agit en gros de la catégorie dîtes des « bobos » (bourgeois-bohème) qui a le cœur à gauche et s’émeut à juste titre de la « pauvreté » que le système n’a pas réussi à endiguer, voire, a renforcé.
Libéralisme vs. étatisme
Les choix socio-économiques de l’Occident depuis plusieurs décennies le portent globalement vers le « libéralisme » même si certains régimes choisissent en parallèle des options sociétales plus autoritaires comme actuellement la Hongrie, ou la Pologne lorsqu’elle était gouvernée il y a encore quelques mois par le PiS (Parti Droit et Justice), ou plus ou moins protectrice comme les pays latins versus leurs homologues anglo-saxons. Mais tous sont basés sur la liberté d’entreprendre, de faire du profit et le devoir de payer des impôts à l’Etat pour faire vivre la collectivité, chaque composante étant encadrée par la loi dans des proportions propres à chaque pays.
En France, ce système dit « libéral » est loin de l’être intégralement dans ce pays où 57% du produit intérieur brut relève de la dépense publique, c’est-à-dire que l’Etat préleve dans la poche des uns pour redistribuer aux autres. Le taux de la redistribution faîte par l’Etat français est l’un des plus élevés dans le monde « libéral ». Mais il n’empêche pas bien sûr les rémunérations et enrichissements indécents de certains, se chiffrant en plusieurs dizaines de millions d’euros par an, ce qui renforce le sentiment d’injustice ressenti par les classes moyennes, même celles qui ont prospéré grâce au système contesté. Alors elles pointent sur le sort peu enviable des plus pauvres et prônent « plus de justice » sans aller beaucoup plus loin dans la proposition de solutions, oubliant tous ceux dont la situation a été améliorée par l’économie libérale, sans être des « ultra-riches », et que l’on entend fort peu.
En réalité les offres politiques existent en France, susceptibles de satisfaire toutes les opinions, y compris les plus extrêmes auxquelles la majorité des électeurs n’arrive pas (encore) à se résoudre, même si elle s’en rapproche. Un changement total de système, évoluant vers plus d’étatisme est proposé par La France insoumise et les partis politiques qui s’y rallient. Une version plus sociale du capitalisme est affichée par ce qu’il reste du Parti Socialiste et du centre-gauche, qui entraînerait probablement une hausse des impôts, et pas que pour les ultra-riches. La droite dure qui a aujourd’hui le vent en poupe prône le retour à l’autorité, notamment dans la lutte contre l’immigration illégale, et affiche un programme économique plutôt flou comportant nombre de mesures que pourraient endosser les partis « progressistes ». Et puis il y a la majorité actuelle que l’on peut qualifier de « centre droit » qui croit au système économique libéral tout en cherchant à en adoucir les aspects les plus rugueux via les dépenses publiques financées aujourd’hui par la dette publique dont le remboursement pèsera sur nos enfants, mais sans réussir à ce stade à convaincre.
Augmenter les impôts… « des autres »
On peut voir ci-dessous dans les quelques extraits des tracts électoraux présentés par les principaux partis pour les élections européenne du 9 juin, qu’il y en a pour tous les goûts, toutes les aspirations et toutes les philosophies. Il y a ceux qui dépensent, ceux qui défendent la liberté, ceux qui transitionnent écologiquement, ceux qui taxent, ceux qui augmentent les salaires, ceux qui renversent le capitalisme, ceux qui soutiennent les Palestiniens, les Ukrainiens ou ceux qui décarbonent.
S’agglomèrent dans ce gloubi-boulga idéologique le vieux débat sur l’efficacité du marché versus celle de l’Etat, mâtiné du parfum de marxisme qui a baigné des générations d’intellectuels germanopratins et continue à infuser une partie de la pensée socio-économique française et le résultat de 2000 ans d’éducation judéo-chrétienne qui génèrent un rejet plus ou moins conscient de l’argent et de la réussite.
Il n’y a malheureusement aujourd’hui aucune offre politique qui augmente les dépenses sociales pour absorber la pauvreté et baissent les impôts pour favoriser le développement socio-économique tout en continuant d’accroître le patrimoine des classes moyennes supérieures. Il faudra choisir la proposition que chacun considère la moins mauvaise pour l’intérêt général. Chacun le fera en conscience dans l’isoloir, pour ceux qui consentent encore à aller voter…
Choisir son camp
Alors certains de leurs représentants portent leur culpabilité en bandoulière, travaillés par le remord de se retrouver à la tête d’un patrimoine supérieur à la valeur de celui qu’ils avaient en démarrant leur vie professionnelle. Ils cherchent une solution pour améliorer la situation des plus précaires tout en prônant les augmentations d’impôts pour les « plus riches », c’est-à-dire pas pour eux. C’est généreux mais souvent mission délicate au succès non garantie comme l’a montré l’histoire française contemporaine. Les deux tours des élections législatives annoncés pour les 30 juin et 7 juillet vont pousser les citoyens-électeurs en présence à choisir leur camp et voter en conscience pour le système qui leur paraît le plus à même de régler leurs états d’âme. Le plus probable est qu’il ne se dégagera pas de choix net et définitif et qu’il faudra bien compromettre et transiger. Personne ne sera content et la France poursuivra cahin-caha son décrochage régulier vers le rabougrissement. Ou alors peut-être les électeurs se décideront pour un « grand soir », soit de gauche, soit de droite, qui risque aussi de réserver quelques surprises pour tous.
C’est « grandeur et décadence » de la démocratie », libérale ou « illibérale », qui donne la capacité à ses citoyens de choisir ce qu’ils veulent, mais aussi le devoir d’assumer la responsabilité de leurs choix ! La lecture des programmes sur lesquels s’appuieront les candidats aux élections législatives permettra d’en savoir plus sur les projets concoctés par les partis politiques en pleine agitation programmatique.
Quelques extraits des tracts électoraux pour les élections européennes
Rassemblement national > 31,37%
Votre pouvoir d’achat par la baisse des factures d’électricité et le refus de tout impôt européen.
Le patriotisme économique par la priorité aux entreprises française dans la commande publique.
…
Majorité présidentielle (Renaissance et divers petits partis de centre droit) > 14,40%
« … réarmer notre continent, le réindustrialiser, décarboner nos économies et défendre avec force nos valeurs et notre modèle européen, fondé sur la justice sociale et fiscale, le respect des droits humains, la liberté et la laïcité » (signé : Valérie Hayer)
…
Place publique / Le Parti socialiste > 13,83%
Créer un fonds souverain européen investissant 200 milliards par an dans les industries de la transition écologique et dans la révolution énergétique.
Financer cette grande bifurcation écologique de nos économies et de nos sociétés en taxant les superprofits des multinationales et des plus grandes fortunes européennes.
…
La France Insoumise > 9,89%
Abroger les règles d’austérité qui détruisent les services publics.
Taxer les super-profits des entreprises et créer un impôt sur la fortune européen.
Mettre en place une allocation d’autonomie contre la détresse de la jeunesse.
…
Les Républicains > 7,25%
Diminuer les impôts et les charges… pour augmenter les salaires.
Réduire les droits de succession et faciliter les donations jusqu’à 1 million d’euros.
Refuser les impôts européens voulus par Emmanuel Macron.
…
Gauche Unie (Parti communiste et divers petits partis de gauche) > 2,36%
PROTEGEONS LES TRAVAILLEURS : Augmenter les salaires et les retraites en refusant le dumping social et les politiques d’austérité. Refuser l’élargissement de l’UE.
BAISSONS LES FACTURES : Diviser par deux les factures d’énergie en sortant du marché européen de l’électricité. Baisser la TVA sur l’essence.
…
Pour mémoire citons également la liste du NPA (Nouveau parti anticapitaliste – révolutionnaires) :
NPA > 0,15%
Renverser le capitalisme pour sauver la planète et en finir avec les oppressions.
Le capitalisme, c’est la guerre : nos vies valent mieux que leurs profits.
Avec une mauvaise foi digne de la Russie s’estimant attaquée par l’OTAN dans sa guerre d’Ukraine, le président français et son gouvernement explique que le déficit des finances publiques de 11% en 2023 est lié à la non-réalisation des objectifs de recettes alors que les dépenses ont été réalisées telles que prévues, sans dépassement par rapport au budget. Cette explication suffirait à exonérer les gestionnaires des dépenses publiques de toute faute. En réalité, l’analyse n’est pas recevable tant la tendance déficitaire est lourde et durable, le dernier budget de la France en équilibre remontant à 1974, soit deux générations entières. Dans ces conditions on peut difficilement plaider le déficit « conjoncturel » comme le font les responsables dans un bel ensemble. N’importe quel ménage ou entreprise sait que lorsque les recettes ne sont pas au rendez-vous on ajuste les dépenses.
D’ailleurs le gouvernement doit bien se rendre compte de son impéritie puisqu’il s’est empressé d’annoncer une première tranche d’économie de 10 Mds d’euros pour 2024 et de 20 Mds pour 2025 afin d’essayer d’atteindre l’objectif d’un déficit ramené sous la barre des 3% du produit intérieur brut (PIB) en 2027.
Le problème est maintenant de répartir la misère et chaque corporation pousse des cris d’orfraie afin d’échapper au train d’économies annoncées. Comme d’habitude, toute les monde est d’accord pour faire des économies, mais en commençant par… les autres. La variable d’ajustement étant l’augmentation de la dette publique, le paiement des intérêts aux prêteurs (50 Mds d’euros en 2023) va devenir rapidement le premier poste de dépenses publiques.
Après la gabegie en cours des jeux olympiques organisés à Paris cet été on a appris que la région Auvergne-Rhône-Alpes s’était déjà portée candidate pour l’organisation de jeux olympiques d’hiver en 2023… On n’a pas l’impression que la France ait bien compris le message de la nécessité de reprendre le contrôle de ses dépenses publiques à la dérive. Le rappel à la réalité risque d’être tonitruant !