Auteur/autrice : Rehve

  • GENEVOIX Maurice, ‘Ceux de 14 (3/4) – La Boue’.

    Sortie : 1950 (édition définitive), Chez Flammarion.

    Genevoix poursuit son récit de la vie dans les tranchées durant les premiers mois de la première guerre mondiale. L’héroïne de ce troisième tome est la boue, celle de l’hiver 1914/15 dans les tranchées de l’Est de la France, celle qui envahit les trous où se réfugient les soldats, celle qui colle aux bottes, celle qui pénètre les paillasses sur lesquelles dorment les mobilisés… Cette boue va avec le froid, l’humidité et la mort qui sont les compagnes de ces combats.

    Le lieutenant Genevoix guide ses soldats par périodes de trois jours, des tranchées de la première ligne, aux villages en seconde ligne aux cantonnements en principe plus à l’abri du « boche ». C’est la même rengaine des semaines durant face à un ennemi vivant dans les mêmes conditions. Chacun défouraille de temps à autres, des balles, des obus, qui tuent parfois.

    Et la vie s’organise dans cette misère routinière avec parfois des périodes d’amusement et de défi pour briser l’ennui, comme cette scène où les combattants jouent à s’élancer en sautant au-dessus de la tranchée pour provoquer la réaction des tireurs allemands postés en face à quelques dizaines de mètres. Une espèce de « 1-2-3-soleil » face à la mort. Parfois des périodes de joie et d’émotion lorsqu’arrive le courrier de l’arrière. Et puis, parfois aussi, la malchance, lorsque le groupe est en première ligne et qu’un ordre arrive d’en haut de lancer l’assaut. Inutile le plus souvent, toujours meurtrier, on se bat pour reprendre un bout de colline ou de tranchée, toujours un univers de boue, sans que cela ne change en rien l’orientation de la bataille sinon d’ajouter quelques morts à la liste déjà longue de ce carnage historique.

    Et au cours de longues marches nocturnes pour rallier un point à un autre parfois la vue d’une rivière dans un sous-bois déclenche encore l’émerveillement :

    « Nous cédons à un commun besoin d’exprimer notre joie en même temps que nos yeux l’épuisent. Peut-être, redevenus primitifs, tous nos sens rénovés par tant de lumière et d’espace, laissons-nous seulement chanter nos âmes de jeunes barbares ».

    Les paysages sont lunaires, dévastés par les bombardements, le plus souvent décris de nuit et toujours sous la pluie ou la neige. L’atmosphère du récit est crépusculaire mais la pensée de son auteur est précise et littéraire pour décrire la vie de ces hommes qui soufrent pour faire leur devoir sans trop douter. Le style date du XIXème siècle, il est mis au service de la narration de cette Grande Guerre qui devait être la dernière, mais qui fut surtout un océan de barbarie et d’inutilité au cœur de la vieille Europe qui ne s’en remettra jamais complètement.

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  • Festival de musique de chambre de Perros-Guirec

    Festival de musique de chambre de Perros-Guirec

    David Bismuth (piano), Pierre Génisson (clarinette) et Camille Thomas (violoncelle) ont joué ce soir au festival de musique de chambre de Perros-Guirec dans le cadre enchanteur du Palais des congrès dont l’immense baie vitrée donne sur le soleil se couchant sur la mer dans la baie de Trestraou. Les musiciens eux-mêmes se diront touchés par cette situation. Ils jouèrent avec la fougue de leur belle jeunesse et tout l’amour qu’ils portent à la musique des œuvres de Glinka, Poulenc, Schumann et Brahms.

    Trio pathétique en ré mineur pour clarinette, violoncelle et piano de Mikhail Glinka, Sonate pour clarinette et piano de Francis Poulenc, Fantasiestücke pour violoncelle et piano op. 73, Trio pour clarinette, violoncelle et piano en la mineur op. 114.

  • Combat d’arrière garde

    Le parti d’opposition Les Républicains a déposé un recours devant le conseil constitutionnel suite à l’adoption de la loi de moralisation de la vie politique française. Ces députés de rencontre contestent l’impossibilité qui leur est désormais faite d’employer comme assistants parlementaires des membres de leurs familles proches. Cette mesure sera peut-être effectivement considérée comme inconstitutionnelle car rompant l’égalité entre les citoyens mais dans quel combat d’arrière garde que celui-ci ? N’ont-ils rien de mieux à faire que de refuser une règle qui fait à peu près l’unanimité dans tous les partis et nombre d’autres pays européens ? La chose est de plus de tellement peu d’importance que le fait que des élus bien élevés par l’école de la République et correctement payés par les contribuables puissent passer leur temps à ergoter s’ils pourront ou ne pourront pas employer leurs épouses ou leurs enfants, laisse pantois !

    Le recours porte également contre la « banque de la démocratie » qui est un mécanisme financier destiné à donner accès à des financements même quand les banques refusent de prendre le risque de financer les partis.

  • Dictateur, c’est un métier !

    Les dictatures de Corée du Nord et du Venezuela occupent l’actualité ces derniers temps avec des exploits dont on se passerait bien.

    La Corée du Nord est maintenant élevée au statut de puissance nucléaire grâce à la constance de la famille Kim qui a engendré trois dictateurs staliniens d’opérette ayant successivement dirigé le pays. Le régime est totalitaire et a développé une propagande qui a éteint toute opposition et érigé un culte de la personnalité en faveur de son dirigeant suprême à l’égal de celui dont Staline avait disposé en son temps. Il n’y a pas d’élections libres. Le pays est isolé du reste du monde et l’un de ses principaux objectifs politiques est la confrontation avec l’extérieur.

    Le Venezuela est gouverné depuis plusieurs années par des dirigeants populistes élus dans des élections plus ou moins démocratiques mais en tout cas soutenus par une partie des citoyens. Le développement économique est basé sur des principes marxistes et le pays est ruiné malgré ses réserves pétrolières considérables.

    Dans un cas comme dans l’autre, ces dirigeants consacrent la majorité de leur temps et des moyens des Etats qu’ils squattent à se maintenir au pouvoir quel qu’en soit le prix à payer pour leurs pays : la ruine, voire la guerre. La confrontation avec l’extérieur leur permet par ailleurs de mobiliser leurs peuples, plus ou moins consciemment, derrière eux. Au Venezuela où existe tout de même un processus électoral, le pouvoir doit jouer avec les institutions pour museler son opposition. En Corée du Nord, il suffit d’exécuter les contestataires qui de ce fait semblent assez peu nombreux.

    Si ces dirigeants de rencontre consacraient la moitié de l’énergie qu’ils dépensent actuellement pour maintenir leurs dictatures au développement censé de leurs pays, nous n’en serions pas là et eux non plus.

    La démocratie dans sa conception occidentale a bien des inconvénients que nous vivons tous les jours, mais elle a l’immense mérite d’empêcher l’apparition de telles situations, au moins jusqu’ici. Conservons-là, protégeons-là et cessons de maugréer à tous instants contre ce qu’elle est !

  • PROUST Marcel, ‘A la Recherche du Temps Perdu I – Du coté de chez Swann’

    Sortie : 1987, Chez ‘folio classique’ n°1924.

    Ecrit entre 1907 et 1920, « A la Recherche du Temps Perdu » fut le grand-œuvre de la vie de Proust, un roman qui a fait de lui l’un des grands écrivains du XXème siècle. Dans ce premier tome on suit les histoires entremêlées des séjours que l’auteur faisait adolescent à Illier (en Eure et Loire, rebaptisée Combray dans le livre), puis la liaison de M. Swann, grand bourgeois fréquentant les salons parisiens, pour Odette et, dans une troisième partie, ces deux-là se croisent de nouveau à Paris. Il est question d’amour, de sentiments, de la nature, du temps qui passe, de la mémoire, de l’Humanité, le tout enrobé d’une douce mélancolie.

    Le style de Proust a ennuyé des générations de collégiens mais il est bon d’y revenir. Des phrases à n’en plus finir, une extraordinaire capacité à décrire des pages durant la même situation, le même instant, le même souvenir. Une intelligence infinie pour choisir les mots, les renouveler, les multiplier comme pour être sûr que le lecteur à bien capté la pensée de l’auteur. Alors on vit avec cette impression de puissante lenteur, comme une houle au milieu du grand océan, ample et sereine. Cette incroyable richesse de vocabulaire permet à Proust de captiver même alors qu’il ne parle de presque rien. On se laisse juste porter par la houle des mots.

    La partie consacrée à « Un amour de Swann » narre la vie bourgeoise et aristocratique dans les salons parisiens de ce début de XXème siècle que l’auteur fréquenta. Ce ne sont que futilités et postures dans un monde qui ne résistera plus bien longtemps à la modernité et la démocratie naissantes. On ne sait trop si Proust en appuie les aspects grotesques par souci de vérité ou pour se moquer, et chacun l’interprètera comme bon lui semble. Mais s’il y a dans ce roman un « temps perdu » c’est bien celui de ces salons. Pour le reste, c’est-à-dire les sentiments amoureux si patiemment détaillés par l’auteur, ils sont éternels !

  • Zingg


    Exposition Jules-Emile Zingg à la Maison des Traouïero de Perros-Guirec : peintre du terroir né en 1882 il peint l’homme dans la nature avec beaucoup de douceur et de vérité. Ami de Maurice Denis il viendra poser ses chevalets en Bretagne dans le Trégor et y renouveler son inspiration, la côte de granit rose venant éclairer les récoltes paysannes. 130 tableaux, essentiellement issus de collections privées, sont exposés dans cette petite municipalité qui consacre encore quelques sous à la culture de ses administrés, et c’est une bonne nouvelle.

  • Fouteballe et démesure

    10/02/2016

    Un fouteballeur brésilien est vendu plusieurs centaines de millions d’euros à un club français propriété d’intérêts financiers du Qatar. Cette arrivée anime les conversations de Mme. Michu au Café du commerce et la plupart des médias français font leurs gros titres sur cet évènement. Les sommes en jeu et l’importance donnée à cette information sportive concernant un simple pousseur de baballe tournent à une démesure qui ne semble pas connaître de limite. Chacun discute des coûts et bénéfices de cette transaction pour le fouteballe, le club qatari ou les contribuables français.

    Comme souvent cette démesure attise les débats tout particulièrement parce qu’elle concerne le fouteballe, un secteur économique où l’intelligence et l’élégance sont désespérément absentes mais où la vulgarité et la beaufitude semblent devoir être les qualités pour réussir. Il est vrai que l’on s’émeut généralement un peu moins des rémunérations perçues par certains artistes ou pédégés car il est considéré que l’activité de leurs neurones ou leur créativité rend plus compréhensible l’attribution de sommes si faramineuses.

    En fait on est face à la mise en œuvre du principe de base de l’économie libérale, celui de l’offre et la demande. Les investisseurs s’intéressent au nombre de T-shirts à 140 EUR, siglés du nom du pousseur de baballe, qui seront achetés par des dizaines de milliers de citoyens. Qu’importe si dans le même temps l’intelligence mesurée par le QI (quotient intellectuel) baisse depuis deux décennies sur la planète. Différentes pistes sont d’ailleurs avancées pour expliquer cet appauvrissement du QI mondial : les perturbateurs endocriniens, l’alcool, le cannabis, l’âge plus élevé des femmes pour avoir des enfants… Les études scientifiques ne tirent pas de conclusions définitives sur les causes de cet avachissement, mais on ne peut pas exclure les effets abrutissants des matchs de fouteballes, des tweets de Nadine Morano ou de la publicité invasive et répétitive.

    Le court-termisme propre à nos sociétés occidentales amène à privilégier la vente de T-shirts sur la progression du QI.

  • Nadine Morano s’ennuie

    Ce matin Nadine Morano s’ennuie, aussi elle commet ce tweet inoubliable :
    Nadine Morano qui était candidate aux élections primaires de la droite pour les présidentielles de 2017 n’a pu recueillir le nombre de signatures nécessaires pour que sa candidature soit validée. Elle exprime dans ce tweet une partie de sa frustration.

  • L’inconstance au pouvoir

    Charlie Hebdo – Coco

    A peine en place depuis dix jours le responsable de la communication à la Maison Blanche, un ancien financier de chez Goldman Sachs avec une tête de mafieux sicilien a été remercié pour, semble-t-il, avoir injurié publiquement quelques conseillers haut-placés de la présidence. Son départ fait suite également à ceux du porte-parole et du secrétaire général de ce centre du pouvoir exécutif américain.

    La gestion de Donald Trump est peu lisible et on ne comprend pas bien si finalement il est proche de la Russie ou s’il veut la sanctionner, s’il préfère l’Arabie Saoudite au Qatar, s’il va déclarer la guerre à la Corée du Nord ou à l’Iran, s’il va construire un mur à la frontière du Mexique ou pas, s’il travaille à son bureau ou sur son compte Tweeter, bref, les Etats-Unis vivent un peu d’incertitude avec le président imprévisible qu’ils ont élu, mais cela ne paraît pas bouleverser la majorité des citoyens, ni en bien ni en mal, ceux qui ont voté pour lui comme les autres.

    C’est ainsi et on ne peut pas dire que cela soit une surprise compte tenu de ses exploits passés. Jusqu’ici tout va bien, l’économie tient, l’armée parsème les allées du pouvoir de ses généraux en retraite, les bourses américaines battent des records… Le président passe plus de temps à tweeter et à démonter ce qu’a fait son prédécesseur qu’à réformer pour l’avenir, ce sont des méthodes plutôt inhabituelles mais il n’est pas dit qu’elles donnent de plus mauvais résultats que la moyenne.

  • La vulgarité au pouvoir

    Donald Trump

    Le président américain a remplacé son responsable de la communication à la Maison Blanche. Le nouveau venu est un ancien financier de chez Goldman Sachs avec une tête de mafieux sicilien. Sa mission principale semble être de verrouiller les fuites venant du plus haut niveau qui sortent de la présidence depuis quelques mois vers la presse. Il ponctue ses interventions publiques d’expressions de son cru : « suceur de bite », « putain », « enculés » et autres obscénités dignes d’un charretier de bas étage.

    Il est vrai que la Maison Blanche est devenue une vraie passoire et nombre d’informations en principe confidentielles se retrouvent tous les matins dans la presse de façon un peu inquiétante d’ailleurs. Ces fuites montrent l’amateurisme et le manque de sérieux qui règnent au sein du pouvoir suprême américain qui semble gérer l’Etat fédéral comme une épicerie. On ne sait pas bien quelles sont les intentions des balances : nuire au président pour régler des comptes personnels ou se débarrasser de ce leader élu dont les écarts commencent à effrayer ? Quoi qu’il en soit, il n’est pas anormal qu’un chef de l’Etat veuille casser les reins des traitres qui l’entourent. Il n’est pas sûr que la vulgarité tapageuse soit le meilleur moyen d’y arriver. L’option de l’intelligence aurait aussi pu être tentée pour remettre de l’ordre dans la maison. Ce n’est pas celle qui a été choisie. Nous verrons sous peu les résultats de cette nouvelle tactique de communication.

    Aux Etats-Unis comme en France, les entourages politiques ne sont pas fiables et beaucoup (trop) ont érigé la trahison en mode de fonctionnement. On se souvient du feuilleton grand-guignolesque des dérives du candidat Fillon aux élections présidentielles aimablement alimenté par des fuites vers la justice et la presse venant forcément de certains de ses très proches. Le président Trump est soumis au même genre de traîtrises, il se bat contre et on peut le comprendre. Il lutte avec ses propres méthodes, celles du populisme et du café du commerce, le tout commenté journellement sur son compte Tweeter. Du Fillon conservateur et réservé au Trump extraverti et gouailleur, le premier a sombré, le second est en route vers son destin.

  • PRAZAN Michaël, Einsatzgruppen.

    Sortie : 2010, Chez : Seuil.

    Michaël Prazan est parti à la recherche de son passé familial. Une partie des siens a été exterminée par la machine nazie de destruction des juifs d’Europe au cours de la deuxième guerre mondiale. Documentariste, il réalise un film sur les einsatzgruppen, ces groupes de militaires allemands qui suivirent la progression de la Werchmart vers l’est lors de l’invasion de l’Union soviétique en 1941 et qui commencèrent l’application de la solution finale : l’élimination des juifs du continent européen.

    Le livre est en quelque sorte le scénario du film. Il revient sur les massacres des juifs dans tous les pays à l’est du Reich, exécutés par des soldats souvent jeunes, aidés par des milices locales qui associaient les minorités juives à l’ex-envahisseur soviétique dont ils furent « délivrés » par l’invasion allemande. Ils sont commandés par des officiers responsables et pleinement conscients de ce à quoi ils participent.

    Chacun des chapitres détaille l’horreur des méthodes, le cynisme de l’idéologie, la déshumanisation des acteurs. Ils furent l’avant-garde des camps d’extermination puisque le pouvoir nazi décida ensuite d’industrialiser le processus de mise à mort pour le rendre plus « efficace » et, surtout, moins dépendant de la « sensiblerie » de ses exécutants. En effet, ces commandos de tueurs en uniforme supportaient de plus en plus mal leurs tâches et nombre d’entre eux sombraient dans l’alcool ou la dépression.

    Prazan interviewe des rescapés et des bourreaux. Leurs mots hallucinants permettent de revenir une nouvelle fois sur cette époque terrible qui engendra le pire de l’Humanité. C’était juste le temps de nos parents ou de nos grands-parents, c’est-à-dire hier ! N’oublions pas la rapidité avec laquelle une idéologie totalitaire et raciste a pu transformer avec tant de facilité des hommes en bêtes sauvages et diaboliques.

  • La religion prend le dessus de l’éducation en Turquie

    Les autorités en charge de l’éducation en Turquie annoncent que les programmes scolaires du pays ne mentionneront plus la théorie de l’évolution de Darwin faute « de pertinence » mais incluront désormais l’enseignement du « bon jihad », celui qui exalte l’amour de la patrie. C’est le début de la fin du principe de la laïcité turque encore inscrit dans la constitution pour le moment. C’est en tout cas le crépuscule d’une époque, celle lancée par Atatürk de la modernisation du pays basée sur son virage vers l’Ouest.

    Le créationnisme qui va à l’encontre du darwinisme est inscrit dans l’ancien testament et le jihad l’est dans le Coran. Ils sont donc privilégiés par le pouvoir religieux démocratiquement élu : la foi plutôt que la raison. C’est une vieille histoire. Rien n’est éternel et gageons que ce pays reviendra un jour sur les chemins abandonnés aujourd’hui. Il aura simplement pris du retard.

  • Midnight Oil – 2017/07/25 – Paris l’Olympia

    Midnight Oil : le retour ! Le groupe australien s’est reformé et passe par l’Olympia pour la deuxième fois en ce mois de juillet. Leur nom leur aurait été inspiré par la chanson de Jimi Hendrix Burning of the Midnight Lamp. Auteur de quelques disques importants dans les années 80/90’ et notamment l’inoubliable Diesel & Dust, le groupe s’est aussi rendu célèbre par son engagement marqué en faveur de la défense de l’environnement et de la cause aborigène.

    Son leader et chanteur Peter Garrett se consacrera à la politique après une première dissolution du groupe en 2002. Il sera élu député, puis nommé ministre de l’environnement d’un gouvernement australien travailliste, le groupe se reformant occasionnellement pour servir ses causes : contre la guerre occidentale en Irak, pour soutenir les victimes du tsunami asiatique, des incendies ravageurs en Australie… avant de se reformer en 2016 pour une tournée mondiale The Great Circle 2017.

    Pas de nouveauté discographique, sinon un album solo de Garrett en 2016 ; mais ce soir le groupe est là pour jouer son Histoire et on adore. Peter, grand escogriffe à la taille de joueur de basket, le crâne glabre, vêtu d’une chemise aux dessins traditionnels aborigènes est entouré de sa bande de bucherons-musiciens que l’on dirait tout droit sortis d’une ferme du bush… Et la bande joue bon et fort. Dès l’ouverture sur Outside World le ton est donné et lorsque la batterie prend le pas sur les nappes de clavier à la fin de ce morceau crépusculaire, Garrett développe sa gestuelle si caractéristique, composée de mouvements de danse saccadés, ses bras fendant l’air comme une faux hystérique qui hache l’espace. Le groupe suit, accompagne et met en valeur sa voix un peu métallique.

    Le résultat : du bon rock, simpliste et lourd pourporter un message plus subtil ; c’est le rythme du bush et lorsque qu’ilssont lancés, rien ne peut les arrêter tel un road train dans la poussière de l’outback.Dans un bel ensemble ils envoient ce soir les tubes légendaires du groupe, chacunmarquant un de leurs combats : l’inanité de la course aux armements, lapréservation de l’environnement, la détérioration de la terre australienne parl’industrie minière, et bien sûr la condition des aborigènes avec le monument The Dead Heart écrit suite à une tournéeen pays aborigène avec un groupe de cette ethnie. Le clip officiel se déroulesur fond d’Ayers Rock, quoi d’autre pour représenter Midnight Oil et ses racines si profondément ancrées dans l’Histoireet la terre australiennes ?

    We carry in our hearts the truecountry
    And that cannot be stolen
    We follow in the steps of ourancestry
    And that cannot be broken

    We don’t need protection
    Don’t need your land
    Keep your promise on where we stand
    We will listen we’ll understand

    Mining companies, pastoral companies
    Uranium companies
    Collected companies
    Got more right than people

    Got more say than people
    Forty thousand years can make adifference to the state of things
    The deadheart lives here

    Les Midnight Oil déploient tout leur talent à l’aune d’une inspiration un peu naïve mais qui pourrait leur reprocher ? La personnalité de leur leader emporte l’enthousiasme des spectateurs qui réécoutent avec un plaisir non dissimulé la bande-son du rock australien des années 80’. Une soirée surchauffée !

    Setlist : Outside World/ Only the Strong/ Golden Age/ Brave Faces/ Put Down That Weapon/ Shakers and Movers/ Truganini/ Mountains of Burma/ Somebody’s Trying to Tell Me Something/ My Country/ US Forces/ Tin Legs and Tin Mines/ Kosciusko/ Feeding Frenzy/ In the Valley/ Power and the Passion/ The Dead Heart (Dedicated to Dr. Geoffrey Gurrumul Yunupingu, one of Australia’s most prominent musicians, who died)/ Beds Are Burning/ Blue Sky Mine/ Best of Both Worlds

    Encore : Nowor Never Land/ Concrete

    Encore 2 : Forgotten Years

  • Woerth tweete

    Dans la journée du 25 juillet, Eric Woerth, député Les Républicains a adressé 6 tweets à ses fans dont celui-ci-dessous marquant ses doutes sur la baisse de l’aide au logement de 5 EUR/mois :

    Il est croustillant de lire l’opposition conservatrice s’opposer à la baisse des prestations sociales quand on se souvient du programme présidentiel du candidat qu’elle a soutenu et dont Eric Woerth fut le penseur et rédacteur du volet économique.

  • Les dépenses publiques vont baisser

    Quelques décisions budgétaires publiques rappellent aux français que « baisser les dépenses » signifient que… les dépenses publiques vont baisser. La réduction de 5 EUR par mois de l’aide au logement, la baisse d’ici la fin de l’année des dépenses de l’armée de 850 millions, la suppression de la « réserve parlementaire » qui octroie chaque année 130 000 EUR dont il gère la distribution…, toutes des baisses de dépenses pour le moment encore symboliques ont déclenché le même hourvari de protestations. Dès ces annonces rendues publiques, une armée de pleureuses nous ont expliqué sur tous les plateaux et médias pourquoi il était impossible de réduire ces dépenses et comment ces décisions auront des effets catastrophiques pour la République.

    Comme toujours, les citoyens sont d’accord pour baisser les dépenses de l’Etat mais à condition que cela touche leurs voisins, pas eux-mêmes. La majorité des électeurs a voté pour des candidats aux élections présidentielles prônant une forte réduction de la dépense publique, y compris celui qui a été finalement élu. Cet engagement commence à être mis en œuvre par un gouvernement qui, a priori, prend le risque de l’impopularité. C’est normal et responsable, même si inhabituel. L’intérêt général de la nation veut que l’on privilégie le taux d’endettement de l’Etat plutôt que le niveau de popularité dans les sondages.

    La dépense publique bénéficie au citoyen d’une façon ou d’une autre et avec plus ou moins d’efficacité. C’est le rôle de la redistribution de l’Etat. Baisser les dépenses aboutira forcément à une réduction des prestations dont bénéficient des citoyens ou des organisations. L’idée macro-économique sous-tendue derrière est qu’en sortant l’Etat de ces prestations et donc en réduisant les impôts nécessaires à leur financement on libérera l’initiative privée censée est plus efficace.

    Ces mesurettes ne sont qu’un hors d’œuvre et il est souhaitable que la suite du programme soit appliquée, même s’il déclenche l’impopularité. Il nécessitera aussi beaucoup de pédagogie pour vaincre cette addiction française à la dépense publique et… à l’impôt qui sert à la financer.

  • Feist – 2017/07/19 – Paris l’Olympia

    Feist présente son nouvel album Pleasure à l’Olympia. L’artiste canadienne anglophone se produit avec trois musiciens. Ensemble ils nous délivrent un folk électrifié plein de subtilité et d’originalité.

    Leslie (de son prénom Leslie Feist) est vêtue d’une robe mauveà l’unisson de la couverture de Pleasure surlaquelle on voit un mur de bougainvilliers avec une porte fermée à son pied danslaquelle s’emplafonne une mystérieuse jeune femme trop pressée…

    Canadienne francophile, elle a enregistré plusieurs disques en France, elle est assurée de remplir les salles de l’hexagone, elle joue de la guitare et chante merveilleusement. Sensible et délurée, souriante et charmeuse, c’est une artiste assumée qui réjouit une assistance conquise d’autant qu’elle ponctue ses chansons de tentatives de commentaires en français.

    Son chant est fluide et doux, parfois renforcé par la guitare électrique, mais le plus souvent porté par la guitare acoustique. Ses mots nous bercent sur la vie telle qu’elle est avec ses bons et mauvais moments, les rêves comme les amours perdus, mais aussi la joie : It’s my pleasure/ And your pleasure/ That’s the same/ That’s what we’re here for!…

    Et comme tout se termine par son éclatant sourire on se sent solidaires de cette nostalgie rythmée.

    Setlist : Pleasure/ I Wish I Didn’t Miss You/ Get Not High, Get Not Low/ Lost Dreams/ Any Party/ A Man Is Not His Song/ The Wind/ Century/ Baby Be Simple/ I’m Not Running Away/ Young Up/ A Commotion/ My Moon My Man/ Sea Lion Woman ([traditional] cover)/ Caught a Long Wind/ The Bad in Each Other/ I Feel It All/ Let It Die/

    Encore : Mushaboom/ 1234

  • de TALLEYRAND Charles-Maurice, ‘Mémoires de Talleyrand 2/5,

    Sortie : 1967 (écrit au XIXème siècle), Chez : Jean-de-Bonnot

    Dans le tome II de ses mémoires Talleyrand dévoile ses tiraillements, voir ses ambigüités, face aux ambitions de Napoléon Bonaparte alors que l’administrateur moderne et clairvoyant de la République cédera progressivement aux sirènes du pouvoir et de sa gloire personnelle pour devenir un dictateur aveuglé par sa puissance jusqu’à transformer l’Europe entière en un sanglant champ de bataille.

    Empêtré en 1808 dans d’improbable négociations pour un changement de dynastie en Espagne, Talleyrand dira de son maître :

    « Mais, depuis longtemps, il ne s’agissait plus pour Napoléon de la politique de la France, à peine de la sienne. Il ne songeait pas à maintenir, il ne pensait qu’à s’étendre. Il semblait que l’idée de conserver n’était jamais entrée dans son esprit et que son caractère la repoussât. »

    Et pour s’étendre il dépensa une énergie sans borne pour placer sa famille ou ses proches à la tête des monarchies avoisinantes, s’imaginant, parfois à tort, que ceux-ci lui obéiraient.

    On voit également l’empereur mener un combat contre la papauté pour quelques questions de préséance un peu obscures. Puis il y eut la défaite, les défaites, retentissantes jusqu’à l’Ile de Sainte-Hélène où le « grand homme » rumina sans doute sur son échec et les illusions de la conquête et d’un pouvoir finalement bien éphémère.

    Et alors que Louis XVIII rétablit les Bourbons sur le trône de France, il y eut surtout le traité de Vienne où Talleyrand représentait la nation et son roi. Des semaines durant, les pouvoirs coalisés (l’Autriche, la Russie, la Prusse, l’Angleterre, plus quelques confettis) qui avaient mis fin aux folies napoléoniennes s’occupèrent à rétablir un peu de paix et de stabilité en Europe, tout en accordant à la France déchue un rôle non négligeable. Talleyrand et sa délégation furent au cœur de ces négociations dans la capitale autrichienne où la diplomatie se mêlait aux fêtes et aux histoires monarchiques. Il nous en livre le menu détail et les échanges de courriers avec le Roi à Paris et ses ministres sur l’état des discussions.

    On y découvre avec intérêt les clés de la négociation, les égos nationaux se percutant avec ceux des dirigeants, les questions de puissance et de territoire, de guerre et de commerce, bref, les fondements d’un monde qui n’ont guère évolué depuis. Seul semble spécifique à cette époque la capacité à disposer des peuples et des frontières pour rattacher tel duché à telle couronne en fonction des intérêts des uns ou des autres.

    L’intangibilité des frontières a progressé bien que ces dernières années en Europe les coup de boutoir ont fait vaciller ce principe dans les Balkans, en Crimée…, revenant ainsi à des pratiques d’antan mais qui se fondaient néanmoins aussi sur l’Histoire de peuples.

    Il s’agissait à l’époque de rétablir un équilibre européen pacifique après de terribles années de guerre. C’est la raison pour laquelle les souverains prirent leur temps pour peser le pour et le contre et, malgré tout, respectèrent la France à la dérive. Paris oubliera cette leçon et un siècle plus tard imposera une paix forcée à l’Allemagne défaite. Ce traité de Vienne remodela l’Europe mais manqua son objectif principal de ramener la paix sur le continent. Les guerres de 1870, 1914/18, 1939/45 engagèrent la France, et le reste de de la planète pour les deux dernières.

    « Une égalité absolue de forces entre tous les Etats, outre qu’elle ne peut jamais exister, n’est point nécessaire à l’équilibre politique, et lui serait peut-être, à certains égards, nuisible. Cet équilibre consiste dans un rapport entre les forces de résistance et les forces d’agression réciproques des divers corps politiques. Si l’Europe était composée d’Etats qui eussent entre eux un tel rapport que le minimum de la force de résistance du plus petit fût égal au maximum de la force d’agression du plus grand, il y aurait alors un équilibre réel, c’est-à-dire résultant de la nature des choses. Mais la situation de l’Europe n’est point telle et ne peut le devenir. »