Auteur/autrice : Rehve

  • MALAPARTE Curzio, ‘Kaputt’.

    Sortie : 1946, Chez : Le Livre de Poche 19/20.

    Livre en partie autobiographique, « Kaputt » est la chronique désabusée d’un officier italien pérégrinant au cœur de l’Europe centrale conquise par les allemands à partir de 1941, période où l’auteur fut lui-même correspondant de guerre dans cette région. Des conversations surréalistes avec Hans Franck, gouverneur général allemand en Pologne, des rencontres avec des soldats oustachis, soutiens croates des nazis, des soirées avec la princesse Louise de Prusse, petite fille du Kaiser Guillaume II, la pêche au saumon en Laponie avec un général allemand fou, la visite du ghetto de Varsovie avec Himmler, puis le retour dans une Italie dévastée, ce récit romancée paru en 1943 peu après le débarquement allié en Italie narre la guerre telle qu’elle est, terrifiante et pourtant si humaine.

    Malaparte, citoyen italien né de père allemand, s’engagea dans l’armée française durant la première guerre mondiale, fit partie du cénacle intellectuel qui soutint un temps la révolution sociale proposée par la fascisme italien des années 20, puis s’opposa à Mussolini qui le fit emprisonner.

    Dans « Kaputt » le héros-voyageur provoque avec finesse ses interlocuteurs nazis pour les faire raisonner au bout de leur bêtise criminelle, dans la vraie vie Malaparte participa au combat contre le fascisme, avec ses articles, ses livres et par les armes pour libérer son pays.

    « Kaputt » c’est la chronique d’une Europe qui s’effondre dans le chaos, mais écrite avec une élégance qui en accentue encore l’aspect décadent.

  • Pete Doherty – 2016/11/17 – Paris le Bataclan

    pete-doherty_2016-b
    La salle parisienne du Bataclan reprend vie après avoir été le lieu de l’attaque terroriste islamiste que l’on sait il y a un an, laissant 90 cadavres sur le carreau, et encore une quarantaine de plus dans des bars des environs. Les propriétaires voulaient dépasser ce triste souvenir de la déraison humaine avec la musique pour laquelle cette salle fut conçue. Sting a officiellement assuré le concert de la réouverture il y a quatre jours, Doherty prend sa suite pour deux soirées. Hier Carl Bârat est venu le rejoindre pour quelques morceaux.

    La première partie est tenue par Jack Jones, musicien poète qui assurera les guitares plus tard dans le groupe de Pete Doherty. Il déclame ses poèmes entre deux riffs introduisant au mieux le chaos romantique qui s’annonce.

    Une apparitrice introduit le show en demandant une minute de silence qui ne durera que… dix secondes comme le remarque Doherty arrivé pendant ce temps costumé-chapeauté comme à son habitude. Un drapeau français tagué « Fuck Forever terrorism » pendouille sous un ampli. Le groupe est plutôt jeune, un peu hésitant, comprend deux femmes dont une violoniste qui ébauche une Marseillaise pour débuter, reprise par la salle pour compenser cette minute de silence avortée.

    Le show démarre dans une joyeuse agitation et se déroulera de façon désordonnée, à la Doherty… Les reprises des Libertines et de Babyshambles déclenchent l’enthousiasme de la foule qui chante et pogotte avec énergie. Pete sort de scène, y revient, se désape, balance dans la foule ce qui lui tombe sous la main, y compris sa guitare. Deux danseuses font une apparition au milieu du show et réalisent quelques entrechats sur une musique qui s’y prête peu. C’est un bordel musical si charmant !

    Dans cette atmosphère survoltée et tellement britannique, Pete Doherty et son groupe jouent un rock débridé et revigorant, définitivement électrique. On y retrouve la fraîcheur des origines du rock, la poésie destructrice du mouvement punk tempérée d’un peu de sereine douceur diffusée par les musiciennes et les danseuses.

    Le show se termine sur Fuck Forever : How d’you choose between death and glory?/ Happy endings don’t bore me/… / Fuck forever/ I’m out of your mind… puis Pete décroche le drapeau français et la passe délicatement à l’horizontal sur les mains tendues des spectateurs pour qu’il serpente doucement vers le fond de la fosse. Mais au milieu du chemin, un furieux s’en empare et le roule en boule pour l’envoyer balader. Faute de goût, qu’importe, la bonne éducation n’est pas forcément synonyme de rock mais ce soir le Bataclan revit et Doherty poursuit son parcours musical titubant et incandescent.

    Setlist : La Marseillaise/ I Don’t Love Anyone (But You’re Not Just Anyone)/ Last of the English Roses/ Kolly Kibber/ You’re My Waterloo (The Libertines song)/ The Steam/ The Whole World Is Our Playground/ Oily Boker/ Down for the Outing/ Hell to Pay at the Gates of Heaven/ Killamangiro (Babyshambles song)/ Up the Bracket (The Libertines song)/ Albion (Babyshambles song)/ Flags of the Old Regime/ Fuck Forever (Babyshambles song)

  • Nadine Morano s’esclaffe

    tweet_nadine_morano_20161109_election-trump
    De nombreux candidats français de tous bords surfent sur la vague populiste et s’auto-persuadent de plus en plus que pour être élu il faut raconter aux électeurs ce qu’ils veulent entendre. Ils pensent pouvoir cacher leur absence de conviction, voire compétence, par une recrudescence de leurs propos de Café du commerce. Rares sont ceux qui résistent encore à la tentation. On aura les dirigeants que nous méritons.

     

  • Un nouveau candidat à l’élection présidentielle

    CH_20150930_Macron
    Emmanuel Macron, 38 ans, diplômé des meilleurs écoles, au cœur de la politique économique du quinquennat Hollande comme conseiller économique à la présidence puis ministre de l’économie, annoncé qu’il se présente à l’élection présidentielle de 2017. L’homme est sympathique, bien habillé et développe un discours socio-libéral de salon qu’il va lui falloir affiner et préciser. Il se dit « ni de droite ni de gauche » et ne se présente pas à des primaires mais directement à l’élection principale.

    Il n’a pas de parti derrière lui, seulement un mouvement « En Marche ! ». On ne sait pas comment il pourra financer sa campagne mais il s’avance. C’est ambitieux. Les partis institutionnels ont déjà commencé à le dézinguer consciencieusement. A défaut de programme ou de projet, il délivre pour le moment sa jeunesse et sa nouveauté. Ce sont déjà deux arguments électoraux porteurs.

    Son annonce ajoute encore un peu plus à la confusion de cette élection présidentielle où se bousculent les candidats, tous persuadés d’être l’Homme providentiel pour sauver la France. A suivre.

  • The Cure – 2016/11/15 – Paris Bercy

    The Cure – 2016/11/15 – Paris Bercy

    The Cure ont donné ce soir à Bercy un beau concert, le show d’un groupe de légende qui a marqué son époque plus que tout autre. Un concert sans trop de surprises sinon celle de nous ramener avec bonheur et sérénité aux années musicales de notre passé, mais un concert émouvant tant Robert Smith est le héros d’une génération, de plusieurs d’ailleurs si l’on en juge par la pyramide des âges de l’audience présente aujourd’hui.

    Et notre héros est concentré sur sa musique, sa guitare et son chant, un peu ailleurs. Il n’a jamais été vraiment loquace mais il donne l’impression maintenant de s’être retiré dans son monde, celui de sa musique et de ses mots, qu’heureusement il entrouvre légèrement à… 20 000 fans ce soir.

    Mal fagoté dans un sweat-shirt noir informe à zip et capuche, une rangée de colliers improbables au cou, ses cheveux filasses à la célèbre mise en plis en pétard qui commencent à grisonner voire à se raréfier, et le rouge à lèvres bien sûr ; c’est la panoplie classique curienne mais qui n’a plus grande importance au regard de l’œuvre. Elle est juste un rappel à la tradition, une fidélité de l’apparence qui fait partie de l’éthique du bonhomme. Sur sa guitare noire, une ligne de chiffres mystérieux…

    Le groupe a changé sa composition depuis son dernier passage en 2008. Porl Thomson a été remplacé par Reeves Gabrels, guitar-heroe qui a connu son heure de gloire avec David Bowie qu’il accompagna brillamment (instrument et compositions) une bonne dizaine d’années avec Tin Machine et l’époque Hearthing. Tatouages, cheveux courts et barbichette peroxydés, il est plus en retrait que lorsqu’il accompagnait Bowie mais il est vrai que Smith est lui-même un redoutable guitariste et le créateur. Avec David il faisait plus qu’accompagner, il partageait. L’amitié entre Gabrels et Smith daterait de leur rencontre lors du concert pour les 50 ans de David où défilèrent nombre des rockers amis et inspirateurs du maître ! En présentant Smith lors de cet évènement, Bowie parla de « one of the best exentric British band », ensemble ils jouèrent magistralement The Last Thing You Should Do et  Quicksand, Gabrels à leur côté !

    Simon Gallup est à la basse quasiment depuis le début du groupe, Roger O’Donnell aux claviers pour cette tournée et Jason Cooper à la batterie. Le light show est modeste, tout est pour la musique. Et quelle musique : presque trois heures d’une set-list historique ; 40 années d’hymnes qui ont ponctué nos vies.

    Evidemment le show est un peu plus tourné vers les tubes que les compositions plus fortes mais aussi plus torturées. Alors se succèdent Push, In Between Days, Just Like Heaven… Love Song, cette si jolie comptine offerte à Mary le jour de leur mariage : However far away/ I will always love you/ However long I stay/ I will always love you/ Whatever words I say/ I will always love you… Et, a priori, ils s’aiment encore.

    L’audience, toutes générations confondues, crie sa joie et danse sans compter mais lorsque retentit la guitare déchirante de Smith sur One Hundred Years on revient sur la période gothique la plus brillante du groupe : It does’nt matter if we all die… pas forcément la plus optimiste ! Puis le show se termine ensuite sur End.

    Le premier rappel se clôt sur le mystérieux et envoûtant A Forest: …I’m lost in a forest/ All alone/ The girl was never there/ It’s always the same/ I’m running towards nothing/ Again and again and again and again… Un cri qui se perd dans les étoiles de la nuit, scandé par une voix métallique étirée à l’infini sur une basse obsédante.

    Deux autres rappels viennent encore prolonger notre plaisir avant que notre Robert Smith s’en retourne en coulisses, guitare en bandoulière, d’un pas lent après avoir évoqué avec nous ce soir quelques étapes de 40 ans d’une inspiration incandescente qui le place au niveau des plus grands.

    Setlist : Open/ All I Want/ Push/ In Between Days/ Primary/ Pictures of You/ High/ Lovesong/ Before Three/A Night Like This/ The Walk/ Just Like Heaven/ Trust/ From the Edge of the Deep Green Sea/ The Hungry Ghost/ One Hundred Years/ End

    Encore I : It Can Never Be the Same/ Burn/ Play for Today (Not planned in the setlist)/ A Forest

    Encore II : Lullaby/ Fascination Street/ Never Enough/ Wrong Number

    Encore III : The Lovecats/ Hot Hot Hot/ Friday I’m in Love/ Boys Don’t Cry/ Close to Me/ Why Can’t I Be You?

    Warmup : The Twilight Sad

    Lire aussi : The Cure – 2008/03/12 – Paris Bercy
  • Un petit village breton accueille des migrants

    village-breton

    Dans le cadre de la fraternité française inscrite aux frontons de toutes nos mairies, un petit village breton a accepté d’accueillir sa part de misère en hébergeant 30 immigrants venus du camp de Calais démantelé il y a peu. Les frais sont pris en charge par le contribuable national. Le conseil municipal a approuvé le principe. Sur 27 conseillers, 24 ont voté pour et trois se sont abstenus. La durée de cet accord est limitée dans le temps et, comme l’état d’urgence, sera sans doute renouvelée après les vacances de fin d’année période durant laquelle le lieu d’accueil est pris par ses occupants habituels.

    On voit depuis les immigrants se promener dans le froid venteux du bord de mer. Y-a-t-il des dealers de shit dans le groupe ? Peut-être. Des apprentis terroristes ? On ne peut pas l’exclure. Est-ce que ce petit village se serait mieux porté sans devoir accueillir ces personnes ? Sans doute. Mais loin des messages vengeurs et des slogans abrutissants émis par le microcosme sur Tweeter, on voit que lorsque de vraies décisions sont à prendre localement, elles sont prises dans la responsabilité et la quasi-unanimité. Jusqu’ici personne n’a cherché à incendier le centre d’accueil comme ce fut le cas à plusieurs reprises à Paris XVIème.

    Le camp sauvage de migrants à Calais a pu être démantelé grâce à ce sens des responsabilités de communes comme ce petit village breton. Il ne va pas être facile d’éviter sa reconstitution à Calais, mais un sort un peu plus humain est réservé à 30 personnes. Cela ne règle rien sur le long terme, cela créera peut-être quelques difficultés localement mais le pire n’est jamais sûr. Si des problèmes apparaissent, eh bien des gens intelligents et de bonne compagnie tenteront de les résoudre dans le calme et la raison.

    C’est en tout cas l’honneur de ces municipalités de participer à cet effort national :

    PV du conseil municipal du 9 septembre 2016 – Les migrants de Calais : Monsieur le Maire informe l’Assemblée de l’information reçue des services de la Préfecture, relative à l’accord donné par la Caisse Centrale des Activités Sociales (CCAS) pour accueillir 30 personnes du 10 octobre au 22 décembre 2016 sur son site situé à T. Monsieur le Préfet de département a validé cette offre et l’a faite remonter au Préfet de Région, coordonnateur de la démarche auprès du ministre de l’intérieur. Celle-ci intervient dans le contexte du démantèlement à venir du camp de Calais et l’accueil dans les différents départements au sein de centres d’accueil et d’orientation (CAO) créés à cet effet en Bretagne notamment. Les publics concernés sont des migrants d’origines diverses : afghans, pakistanais, érythréens, irakiens… actuellement à Calais qui se verront proposer des hébergements provisoires d’une durée limitée (entre deux et trois mois) leur permettant de se ressourcer et de repenser leur projet migratoire avec éventuellement le dépôt d’une demande d’asile en France. L’hébergement et alimentation sont pris en charge intégrale par l’Etat selon l’accord passé avec la CCAS, un accompagnement social sur place, financé par l’Etat, est effectué par l’association COALLIA qui gère déjà pour l’Etat des CAO sur Saint-Brieuc ainsi que des places d’hébergement pour demandeur d’asile (CADA) et qui a l’expérience de gestion de ce type de dispositif et la connaissance de ces publics. La sécurisation du site est assurée par la présence la nuit et le week-end d’un veilleur, et est financée également par l’Etat via COALLIA. Monsieur le Maire ajoute avoir demandé une vigilance particulière durant le week-end, Monsieur le Préfet en avisera la gendarmerie.

    LE CONSEIL MUNICIPAL, après en avoir délibéré, à vingt-quatre voix pour et trois abstentions (Madame XXX, Messieurs YYY et ZZZ)  – EMET un avis favorable au projet d’accueil de 30 personnes au centre de vacances de la CCAS d’EDF dans le cadre du démantèlement du camp de Calais.

  • Wauqiez félicite Trump

    tweet_wauquiez_20161109_election-trump
    Il fallait bien que Laurent Wauqiez se sente solidaire du nouveau président élu américain. Voilà qui est fait, sur Tweeter bien entendu, car on ne sait pas bien à ce stade ce que M. Wauquiez retient ou rejette dans le programme de gouvernement de Donald Trump. Les 150 signes de Tweeter permettent d’éviter de trop s’engager sur le fond et offre un rétropédalage plus facile le cas échéant.

  • La presse continue à tirer le débat vers le bas

    Question idiote d’un journaliste crétin posée à Christiane Taubira sur France-Inter en ce jour premier anniversaire des attentats terroristes religieux islamistes du 13 novembre à Paris :

    Les 130 victimes sont-elles « mortes pour la France » ou pas ?

    Question du chroniqueur effaré :

    Mais qu’est-ce que l’on vous apprend dans les écoles de journalisme ?

  • Sus à l’assurance santé obligatoire

    Drapeau_Etats-UnisL’arrivée prochaine au pouvoir à Washington d’un président républicain va sans doute marquer les derniers jours de la loi sur l’assurance santé obligatoire mis en place avec difficulté par l’administration Obama. Sur son site web de campagne, l’équipe du président élu affirme :

    On day one of the Trump Administration, we will ask Congress to immediately deliver a full repeal of Obamacare.

    However, it is not enough to simply repeal this terrible legislation. We will work with Congress to make sure we have a series of reforms ready for implementation that follow free market principles and that will restore economic freedom and certainty to everyone in this country. By following free market principles and working together to create sound public policy that will broaden healthcare access, make healthcare more affordable and improve the quality of the care available to all Americans.

    Ben Carson, un médecin à la retraite, (très) conservateur, candidat aux primaires avant de se retirer pour soutenir M. Trump, il pourrait être un possible futur ministre de la santé du nouveau gouvernement, a qualifié cette loi de « pire fléau depuis l’esclavage ». L’impétrant étant lui-même afro-américain, on mesure l’ampleur du fossé qui sépare les partisans du dogme libéral (free market principles) de ceux en faveur de l’intervention de l’Etat dans certains domaines. Ce sera le premier test en grandeur nature des partisans de Dieu et du Marché contre ces gauchistes bolchéviques que sont ces républicains ayant soutenu Hillary Clinton !

  • Leonard Cohen est décédé

    1934-2016
    1934-2016

    Leonard Cohen est décédé cette nuit à 82 ans, quelques semaines seulement après la sortie de son dernier disque : You Want It Darker. Dans le refrain de la chanson éponyme il répétait :

    Hineni, hineni/ I’m ready, my lord.

    Que la terre lui soit légère et son Dieu reconnaissant de la beauté et de pureté qu’il a déversé sur le chaos de la terre sa vie durant.

    Lire le magnifique article du New York Times sur l’artiste : Leonard Cohen Makes It Darker

    Et les chroniques de quelques concerts parisiens :

  • Les affres du libéralisme et les élections démocratiques

    ch_20161109_obama

    Un nouveau président américain, Donald Trump, remplacera en janvier Barak Obama pour un mandat de quatre ans, voire un second s’il était réélu. Trump s’est rendu célèbre durant la campagne électorale plus pour ses vulgarités sexistes et ses slogans racistes que pour avoir développé un programme de gouvernement cohérent. Evidemment, après la hauteur de vue d’Obama, on peut sans doute prévoir que le garçon ne va pas élever l’esprit et l’intelligence, mais il n’a pas été élu pour ça.

    A priori il a rassemblé les votes de l’Amérique moyenne découragée d’être l’oubliée de l’économie libérale. Le plein emploi affiché aux Etats-Unis est en fait une précarisation des emplois, sauf ceux de quelques secteurs numérisés ou financiers. La mondialisation a laminé une bonne partie de l’industrie traditionnelle du pays. La croissance économique cache à peine un fantastique accroissement des inégalités. Ce sont là les dommages collatéraux du capitalisme libéral dont l’Amérique est l’initiatrice et le premier bon élève. Les citoyens américains à une nette majorité ont marqué mardi dernier leur opposition à ce système créateur de richesses et d’inégalités.

    C’est là l’ironie de la situation : un élu républicain veut se mettre en marche pour casser le libéralisme. Il va lui falloir être persuasif face à la puissance de ceux qui sont les gagnants de ce système pour le changer ! Accessoirement les sujets de société devraient également être réformés : le vice-président affiche ses idées créationnistes, croyant que l’homme a été créé par Dieu et non le fruit de l’évolution chère à Darwin, ce qui promet une durée de vie assez limitée aux lois régissant l’avortement ou l’abolition de la peine de mort.

  • HERR Michael, ‘Putain de mort’.

    Sortie : 1977, Chez : Albin Michel.

    A l’occasion du récent décès de Michael Herr et des différents conflits « exotiques » qui embrasent actuellement la planète, on relit son chef d’œuvre, « Putain de mort [Dispaches en anglais] ». Il y raconte ses dix-huit mois de pérégrination comme correspondant de guerre au Vietnam. Il a ensuite collaboré aux scenarii des films « Apocalypse Now » et « Full Metal Jacket ». On y retrouve à chaque fois l’atmosphère hallucinée de cette guerre effrayante et inutile qui se terminera avec 2 à 3 millions de morts. Herr y décrit la vie des troupes américaines à une époque où les journalistes pouvaient circuler librement sur les différents fronts en utilisant les hélicoptères de l’armée comme des bus. On partage la vie de ces gamins appelés depuis le fin fond de l’Amérique à se battre contre le « communisme », c’est dire s’ils étaient motivés… On assiste au siège de Khe Sanh où combattent ces appelés et des militaires professionnels, aux bombardements des forces aériennes américaines à coup de napalm, de défoliant ou de munitions à fragmentation qui continuent encore d’exploser aujourd’hui. On partage les veillées de ces soldats au cœur de la terreur dans la jungle, qui fument des joints en écoutant Hendrix et les Doors avant de mettre leur mortiers en batterie pour tenter de repousser les offensives des troupes vietnamiennes du nord.

    Herr décrit aussi de façon glaçante certaines personnalités émergeant au cœur de cette guerre : les Lurps (Longe Range Reconnaissance Patrols) qui partaient à 3 ou 4 pour des patrouilles au cœur de la jungle où les rencontres avec l’ennemi se passaient toujours de façon terrible, les forces spéciales qui descendaient au cœur des tunnels creusés par les nord-vietnamiens pour se protéger des bombardements et s’y affrontaient sous terre au couteau et dans le noir, les soldats américains qui rempilaient car ne pouvant plus se passer de l’adrénaline générée par cette guerre…

    Il aborde aussi mais de plus loin la situation des soldats « ennemis » qui vivaient dans des conditions bien pires, animées par l’esprit de résistance mais aussi encadrés par la police politique du régime qui n’était pas peuplée que de poètes.

    D’un front à l’autre, les journalistes repassent par l’Hôtel Continental de Saigon pour le « repos du guerrier » à grandes rasades d’alcool et d’hallucinogènes.

    Ce récit de Michael Herr se déroule comme un solo de Jimi Hendrix : tragique, heurté, sombre et beau. La guerre y est décrite comme elle est : une tragédie ! Et qui s’est terminée dans le cas du Vietnam comme il était probable qu’elle le devait. Le nord communiste a étendu son aile sur l’ensemble du pays dès que les américains l’ont évacué et, 40 ans plus tard, l’économie capitaliste est de mise et son gouvernement « communiste » se tourne vers Washington pour sa protection contre l’ogre chinois !

  • L’incompétence infinie des sondeurs

    Drapeau_Etats-UnisNouvelle défaite cinglante des sondeurs qui se trompent dans les grandes largeurs aux Etats-Unis où leurs prévisions de résultat sont balayées par la réalité à l’élection présidentielle : la candidate démocrate est nettement battue par le républicain qui va donc s’installer à la Maison-Blanche pour un premier mandat de quatre ans.

    La corporation des sondeurs est tellement incompétente que cela en frise l’escroquerie caractérisée. Elle se trompe quasiment systématiquement sur les grands enjeux mais on continue à lui confier des missions et donc du chiffre d’affaires. C’est un contre-exemple de plus comme quoi Monsieur le Marché peut aussi promouvoir de l’inefficacité et du vent !

    Accessoirement le futur président des Etats-Unis d’Amérique est un affairiste qui n’élève pas vraiment la pensée de par un discours d’une beaufitude assez inattendue mais il n’a pas vraiment pris le temps pour le moment de développer un programme de gouvernement alors jugeons sur ce qu’il fera. Il a été élu démocratiquement et on a les dirigeants que l’on mérite, aux Etats-Unis comme ailleurs.

    Lire aussi : Les sondages meublent l’absence d’analyse de la presse

  • La Turquie cherche à rétablir la peine de mort

    Drapeau_TurquieSuite à la tentative avortée de coup d’Etat en Turquie qui a fait près de 300 morts et de nombreux blessés, le pouvoir cherche à rétablir la peine de mort « sous la pression du peuple ». Comme il s’agirait principalement de châtier les présumés coupables de ce coup, ce rétablissement devrait être avec effet rétroactif. Comme l’affirme le président de la République avec une démagogie à faire pâlir d’envie Laurent Wauquiez:

    « Ce qui compte n’est pas ce que dit l’Occident mais ce que dit mon peuple »,

    Cette peine capitale avait été abolie en 2004 pour pouvoir lancer les négociations d’adhésion à l’Union européenne. Son rétablissement entraînera leur arrêt complet, sans doute pour longtemps. Comme plus grand monde ne croît cette adhésion possible ni souhaitable des deux côtés du Bosphore, la conséquence de cette décision, si elle était prise, ne ferait qu’entériner une situation de faits.

    En attendant, la République turque continue aussi son chemin vers un abandon de sa laïcité et de son orientation vers l’Occident. Le pays est par ailleurs en cours de réislamisation (tendance sunnite). La question suivante qui va se poser sous peu est le maintien ou non de ce pays dans l’alliance atlantique (OTAN). Le Canard Enchaîné a cru pouvoir affirmer que les Etats-Unis avaient discrètement déplacé en dehors du pays les missiles nucléaires qui y étaient entreposés ; mesure sans doute prudente en attendant d’y voir plus clair sur le côté vers lequel penchera la balance dans les mois à venir !

  • Garbage – 2016/11/05 – Paris Salle Pleyel

    Garbage – 2016/11/05 – Paris Salle Pleyel

    Garbage à la salle Pleyel, le groupe garage-grunge alternatif rue du Faubourg Saint-Honoré, un instant improbable ! Désormais dédiée à la variété et au rock pour concentrer le classique à la Philharmonie de Paris, la salle Pleyel a été reformatée avec une petite fosse au pied de la scène et des sièges et boiseries sombres pour le reste. Alors maintenant les classicos se tapent de monter Porte de Pantin quand les rockers se la coulent douce au centre de Paris en plein XVIIème arrondissement. Ou quand la musique joue de la mixité sociale !

    Le show retrace la carrière du groupe avec une setlist dédiée à tous ses hits et quelques intrusions dans leur dernier disque Strange Little Birds, le tout derrière une vaste tenture rose-mauve où des panthères vues de haut (le symbole du dernier disque) tournent autour du nom GARGAGE. Le groupe a un peu vieilli, plutôt moins que nous d’ailleurs. Mais leur rock est toujours tendu comme un arc alors ne boudons pas notre plaisir d’écouter Shirley en cheveux roses rapper Shut your Mouth à deux pas de la Place de l’Etoile.

    Elle est habillée d’un poncho-robe noir à fanfreluches porté sur un pantalon blanc à rayures noires verticales (ou l’inverse), coiffée d’un chignon-désordre avant de libérer sa chevelure lorsque la musique s’échauffera. Une large partie du devant de la scène reste libre pour laisser Shirley la parcourir nerveusement en larges cercles concentriques comme une lionne en cage.
    Les deux guitares lourdes et grasses font vibrer la salle lors des reprises quand Shirley leur laisse le devant de la scène. A grands moulinets de bras et d’effets de manches, les deux guitaristes, aussi bon instrumentaux qu’ingénieurs-son, font parler la poudre avec un faux air de vrais durs.

    Tout ce show est un peu moins souple et sexy que dans les années 90’ mais il s’agit toujours de vrai-bon rock américain de studio agrémenté du romantisme écossais live de leur chanteuse qui joue de sa voix et de son minois pour achever de séduire un public de fidèles qui n’en demande pas tant. Ce groupe uni depuis vingt-cinq ans, continue à sortir des disques et à faire des tournées. Il a la sincérité des vrais rockers rivée au cœur et avance comme un commando des SEALS soudé face à l’adversité. Le résultat musical est un vrai bonheur : une voix brillante, une personnalité iconique, une musique tellement énergique et un groupe diablement efficace, bref, du Rock pur et beau .

    Entendre Shirley déployer sa voix vocodée sur Paranoid et fond de guitares grinçantes reste un grand moment : I think I’m paranoid and complicated/ I think I’m paranoid, manipulated/ Bend me break me/ Anyway you need me/ All I want is you/ Bend me break me/ Breaking down is easy/ All I want is you.

    Setlist

    Subhuman/ I Think I’m Paranoid/ Stupid Girl/ Automatic Systematic Habit/ Blood for Poppies/ The Trick Is to Keep/ Breathing/ Sex Is Not the Enemy/ Blackout/ Magnetized/ Special/ Shut Your Mouth/ Even Though Our Love Is Doomed/ Why Do You Love Me/ Night Drive Loneliness/ Bleed Like Me/ Cherry Lips (Go Baby Go!)/ Vow/ Only Happy When It Rains/ Push It

    Encore : Sometimes/ Empty/ #1 Crush

    Warmup : Mensh (duo féminin guitaristes-chanteuses)

    Lire aussi

  • La mémoire courte

    Charlie Hebdo - Juin
    Charlie Hebdo – Juin

    A la machine à café, trois trentenaires ignorent tout du passé judiciaire d’Alain Juppé dont le chroniqueur les informe. Le peuple a la mémoire courte et parfois sélective, surtout quand il s’agit de sujets politiques. C’est sans doute l’une des explications de la difficulté au renouvellement de la classe dirigeante en France. Tout est oublié !

    Lire aussi Indulgence dans les salons

  • Streetart

     

    Street-Art - Paris - Rue de la Poterne des Peupliers
    Street-Art – Paris – Rue de la Poterne des Peupliers

    Street-Art - Paris - La Butte-aux-Cailles
    Street-Art – Paris – La Butte-aux-Cailles

  • ALEXIEVITCH Svetlana, ‘Les cercueils de Zinc’.

    Sortie : 1990, Chez : Titre 16

    Un nouveau récit documentaire de cette écrivaine biélorusse, cette fois-ci consacré à la guerre soviétique en Afghanistan, un conflit sordide où des gamins ont été envoyés comme « une avant-garde internationaliste » soutenir un pays « frère » pour lui assurer un « avenir radieux » durant toute la décennie des années 80′. L’Union soviétique était déjà moribonde, dirigée par un quarteron de vieillards idéologues et cyniques, qui s’imaginaient encore faire surnager leurs vielles lunes marxisantes.

    Il en est résulté une guerre qui a ravagé l’Afghanistan soit disant communiste et laminé une génération de jeunes soviétiques qui y perdra ses illusions pour ceux qui en revinrent. Il y au 20 mille morts soviétiques plus de nombreux blessés, plus d’un million de morts coté afghan, majoritairement civils. L’Union soviétique évacua ce bourbier fin 1989.

    Comme à son habitude Svetlana interroge et écoute, d’anciens combattants soviétiques et des mères de combattants revenus ou morts au front. Le résultat est terrible, les soldats décrivent cette planète Afghanistan sur laquelle ils débarquent, non préparés et intoxiqués à la propagande du parti. Sur place ils vivent des heures sinistres et des combats sauvages : ils sautent sur des mines, sont mitraillés par des snipers aussi mobiles que la puissante armée soviétique est inerte, les prisonniers sont massacrés par les résistants islamiques et en retour les commandos soviétiques se livrent à des atrocités. Chacun se bat pour une cause mais il y a un envahisseur et des combattants qui défendent leur terre.

    Les soviétiques perdent rapidement le moral, ils sont de plus mal équipés alors ils revendent leurs propres armements à leurs ennemis pour trafiquer, voire s’enrichir avant la quille. On retrouve dans ces récits les souvenirs des soldats américains au Vietnam, ou français en Algérie. Les contextes et les époques sont différents, mais la fin est toujours la même, que ce soit les guerres d’indépendance ou les conflits idéologiques, les envahisseurs repartent panser leurs plaies au bout d’un moment après la signature d’un vague traité de paix ou d’indépendance, bafoué dès qu’ils ont le dos tourné.  Le traumatisme national pour le pays envahisseur/colonisateur met plusieurs siècles à s’atténuer, celui du pays envahi/colonisé est tout aussi durable. Les haines ne s’effacent jamais plus.

    Svetlana fait aussi parler nombre de mères orphelines de leurs enfants morts en Afghanistan. Ce sont chaque fois les mêmes cris de douleurs et d’incompréhension face à la mort de leurs petits, souvent dans des conditions effroyables, et tout ça pour quoi ? Pour une déroute.
    Les derniers chapitres est consacré aux attaques violentes dont a été victime Mme. Alexievitch de la part d’associations d’anciens combattants qui l’ont accusée, y compris en justice, de les avoir fait passer dans ce livre pour des tueurs-violeurs alors qu’ils défendent n’avoir fait que leur devoir, appelés par la patrie. Ils défendent leur statut de héros mais au fond elle les décrit comme des victimes.

    Ces guerres coloniales ont toujours été des désastres, celle d’Afghanistan lancée dans les années 80′ continue aujourd’hui à générer ses effets mortifères sur la planète.

  • Les sondages meublent l’absence d’analyse de la presse

    Avec une constance à la hauteur de leurs compétences limitées, les journalistes de la presse française continuent à consacrer une grande partie de leurs papiers à commenter les sondages qui sortent journellement en cette période préélectorale. « Commenter », si l’on ose dire puisqu’en réalité ils se contentent d’afficher leurs résultats sur des graphes pastel et s’interroger les uns les autres sur ces chiffres changeant tous les jours, souvent de façon contradictoire.

    Le business du sondage a montré à de nombreuses reprises qu’il ne prévoyait pas grand-chose et que son taux de réussite était des plus limité. Cela ne l’a pas empêché de prospérer jusqu’ici. Le dernier exploit étant bien entendu celui du référendum britannique qui a finalement décidé de la sortie de l’Union européenne alors que « les sondages » prévoyaient le contraire de façon assez unanime. Même les dirigeants en faveur de la sortie ont été surpris par ce résultat comme le montre la totale impréparation dans laquelle ils se trouvent actuellement alors qu’ils doivent exécuter cette décision.

    Que les sociétés de sondage ne sachent pas prévoir l’avenir, on ne va pas leur en vouloir. Qu’elles trouvent tant de clients à qui fourguer leurs sornettes, c’est plus inquiétant. Mais que les dirigeants de nombreux pays basent leurs décisions et orientations sur les résultats de ces sornettes, c’est encore plus désespérant. S’agissant des sondages préélectoraux, la vraie question est de savoir si les électeurs sont influencés par lesdits sondages ? C’est possible mais ce qui est aussi probable c’est que ces sondages étant plus aléatoires que scientifiques leur impact dans un sens soit annulé par celui dans l’autre sens.

    Ce qui ferait sans doute un peu progresser la machine médiatique, mais aussi éclairerait la connaissance des citoyens avant le vote, ce serait que les journalistes politiques lisent les programmes des candidats (y compris les 1 012 pages de celui de Bruno Lemaire « le renouveau c’est Bruno »), les analysent, les expliquent et en débattent avec les intéressés plutôt que de se focaliser sur des classements et des sondages aussi éphémères qu’inutiles. Très peu de ces journalistes sont à la hauteur des cartes de presse qui leur sont (trop) généreusement distribuées. L’urgence et l’hystérie qui caractérisent leurs modes de fonctionnement ne sont pas compatibles avec la réflexion qui devrait normalement seoir à leur position. Ils participent tous les jours à l’appauvrissement du débat et à l’abrutissement des masses. Hélas !

  • Matthieu Chédid rencontre Martin Parr à la Philharmonie de Paris

     

    Martin Parr et Matthieu Chédid
    Martin Parr et Matthieu Chédid

    La rencontre entre un photographe et un musicien. Le premier, Martin Parr est britannique et connu pour ses explosions de couleurs sur des scènes de la vie quotidienne et populaire, au Royaume-Uni, ou ailleurs. Le second, Matthieu Chédid, est un guitariste de grand talent, phare du rock-variété français. Il a composé une espèce de musak qui accompagne agréablement les déambulations du visiteur devant les photos de Martin.

    Chaque diaporama est thématique : les chapeaux, les plages… et devant chaque diaporama le musak est spécifique : à base de voix, de guitares, d’électronique… Les photos sont en gros plan, souvent des portraits et toujours éblouissantes de couleurs, les musiques sont éthérées, diffuses. L’ensemble est agréable.