Auteur/autrice : Rehve

  • QUEFFELEC Yann, ‘Dictionnaire amoureux de la Bretagne’.

    Sortie : 2013, Chez : Plon.

    Yann, prix Goncourt pour « Les noces barbares », fils d’Henri QUEFFELEC, auteur du « Recteur de l’Ile de Sein », frère d’Anne, pianiste renommée, forme avec bien d’autres une famille bretonne de l’Aber Ildut au nord de Brest.

    Dans ce volumineux dictionnaire, Yann raconte son pays d’Armor de façon jubilatoire et pleine de tendresse. Au hasard des lettres de l’alphabet on y découvre l’Histoire et les histoires d’un peuple de marins, taiseux, durs à la souffrance et irrémédiablement attirés par l’océan et ses grands espaces. Les évocations des générations qui l’ont précédé sur l’aber lui permettent de nous plonger dans les traditions de cette région qui n’a jamais complètement admis la reddition d’Anne de Bretagne et l’annexion du Duché par la Couronne de France.

    De l’Ankou au Zénith, l’écrivain amoureux parcoure toutes les douceurs de cette Bretagne, de la dégustation des araignées-mayonnaise aux parties de pêche à la voile sur les gabares ancrées aux pieds de la maison, de Bécassine à la découverte des iles du littoral, en passant par le cochon et l’évocation de quelques illustres bretons : Tabarly, Giraudeau, son père, d’autres plus anonymes mais tout autant valeureux.

    L’écriture est pleine d’enthousiasme et volète comme les mouettes au-dessus d’un banc de sardines. Yann picore dans les traditions et les souvenirs personnels du petit parisien qu’il était et qui passait toutes ses vacances sur les rives de cet aber nordique entouré de la rigueur d’un père écrivain, de l’amour d’une mère et des incroyables histoires et habitudes du reste de sa famille bretonnante.

    Même un habitué du soleil de la Côte d’Azur devrait tomber en pamoison devant le grand Ouest à la lecture de cette déclaration d’amour.

  • La théorie d’Olivier Roy

    Dans un dîner en ville le chroniqueur s’est vu interdire de prendre la parole sur le sujet des attaques terroristes sur Paris en novembre dernier tant qu’il n’avait pas lu la théorie d’Olivier Roy : « Le djihadisme est une révolte générationnelle et nihiliste ». Le raisonnement de ce spécialiste de l’islam est que l’extrémisme des terroristes ne serait pas le fait d’une quelconque religiosité mais plutôt d’une rébellion nihiliste à la recherche d’une cause : « Il ne s’agit pas de la radicalisation de l’islam, mais de l’islamisation de la radicalité. ».

    On ne va pas trop rentrer dans les détails de la démonstration mais que ces extrémistes aient commencé par la radicalisation pour aboutir à la religiosité, ou l’inverse, on passe bien par le fait religieux et là est le problème, lorsque le dogme prend le pas sur la raison. Alors qu’il s’agisse d’une révolte générationnelle happée par le coran ou d’une religiosité obtuse passée aux armes, ces extrémistes tuent au nom de Dieu comme l’indiquent les cris de guerre dont ils accompagnent leurs crimes.

    Que l’on soit dans une théorie ou l’autre, le problème de fond est le traitement à appliquer à cette déviance mortifère. Et là, personne n’a vraiment de solution évidente à proposer. Il s’agit en gros d’un problème de bêtise humaine, de régression intellectuelle qui doit pouvoir être traité par de l’intelligence. Mais cela prendra du temps, sans doute plusieurs générations en admettant que le traitement puisse commencer immédiatement ce qui est loin d’être le cas…

    LE MONDE | 24.11.2015 à 06h44 • Mis à jour le 30.11.2015 à 09h23

    Par Olivier Roy, politologue spécialiste de l’islam (suite…)

  • Petits dérangements entre ennemis de la télévision

    Le monde des chaines d’information en continue gratuites s’émeut de l’autorisation donnée par l’Etat à LCI d’émettre sans abonnement sur ce marché détenu par BFM et iTélé et protégé de la concurrence par ce système de licences administrées.

    Comme dans la téléphonie les membres de l’oligopole actuel explique que ce marché protégé ne résistera pas à l’ouverture à la concurrence et à l’arrivée d’une troisième chaîne d’information en continu. On peut effectivement imaginer que le consommateur ne verra pas un grand intérêt à l’arrivée d’une troisième chaîne qui, grosso-modo, devrait diffuser les mêmes informations entre deux flashs de réclames.

    Eh bien, en application des principes de concurrence vantés à longueur d’antenne sur BFM notamment, Monsieur le Marché laissera survivre les chaînes qui le méritent !

  • Petits arrangements entre amis de la téléphonie

    La société Free est venue déranger le trio des trois fournisseurs de téléphone en France qui ronronnaient tranquillement en proposant grosso-modo les mêmes services aux mêmes tarifs. En 2010 Free a cassé les prix de façon significative et bouleversé la tranquillité des trois mastodontes Orange, SFR et Bouygues qui s’arrangeaient entre amis pour une gestion bien comprise leurs intérêts. Ils ont dû affronter ce que l’on appelle « la concurrence », un des principes clé de l’économie libérale, un concept qu’ils connaissaient assez peu, et baisser leurs prix et donc leurs profits.

    Depuis ils s’ingénient à récréer leur oligopole, expliquant très doctement que la concurrence est un très bon principe mais appliqué aux autres secteurs car dans le marché des télécommunications en France ne peut pas faire vivre plus de trois opérateurs.

    Depuis, les uns essayent de racheter les autres selon différents formats mais sans succès à ce jour. Dernier avatar, Orange est en train de négocier le rachat de Bouygues Télécom, l’objectif étant toujours de ramener de quatre à trois le nombre des opérateurs sur le marché afin que la concurrence soit moins douloureuse et que les prix aux consommateurs puissent enfin revenir dans des zones plus en rapport avec des taux de profit attendus par ces entreprises, dont Orange, toujours détenue à 14% par les contribuables.

    Ce n’est pas sans ironie que l’on voit ces mastodontes du CAC40 lutter s’insurger contre les effets de la concurrence et vouloir rétablir les mérites et avantages de l’oligopole ! Il faudra suivre avec attention l’effet sur les prix aux consommateurs de cette opération capitalistique entre amis.

  • Religion au Moyen-Orient… toujours

    L’Arabie Saoudite et quelques autres Etats du Golfe persique annoncent la rupture de leurs relations diplomatiques suite aux réactions chiites intervenues après l’exécution d’un iman chiite en terre sunnite.

    Rappelons de quoi nous parlons :

    • Les musulmans chiites pensent que le successeur légitime du prophète Mahomet (mort en 632) est Abou Bakr qui deviendra effectivement calife
    • Les musulmans sunnites chiites pensent que le successeur légitime du prophète Mahomet est Ali, son gendre et fils spirituel

    Pour ne pas être en reste, précisons que :

    • Les chrétiens pensent que Jésus est leur prophète avec des variantes entre ceux qui croient à la sainte-vierge et ceux qui n’y croient pas
    • Les juifs pensent que Jésus n’est pas leur prophète et attendent toujours leur messie
    • Les yézidistes croient en un Dieu qui façonna le monde comme une grosse perle blanche qu’il brisa et dont les éclats formèrent le ciel, la terre et la mer
    • Les zoroastriens considèrent que leur Dieu n’a pas besoin d’adoration, pas besoin d’intermédiaires
    • Etc. etc…

    Tous croient à la vie éternelle au paradis où chacun rejoindra son Dieu. Mais en attendant, au nom de celui-ci, on sème la mort et la désorganisation sur une bonne partie de la planète.

    Ce qui serait profitable à l’Humanité serait que toute cette énergie dépensée pour défendre par les armes des dogmes incertains soient consacrée à instaurer des Etats apaisés avec des règles de gouvernance démocratique et un développement économique à peu près partagé entre les administrés.

    Cette évolution a été engagée au XXème siècle par l’Occident, gageons qu’elle le sera aussi, un jour, au Moyen-Orient, reléguant ainsi les conflits religieux d’un autre âge au rang des mauvais souvenirs.

  • Religion… encore au Moyen-Orient

    L’Arabie-Saoudite sunnite exécute 47 condamnés à mort dont un imam opposant, saoudien amis chiite. Il n’en faut pas plus pour que l’Iran chiite s’insurge et que ces deux pays théocratiques s’invectivent en s’accusant mutuellement de terrorisme.

    Téhéran accusant Ryad de terrorisme, c’est un peu l’hôpital qui se moque de la charité ! Venant de ces deux Etats religieux musulmans qui ont profondément inséré le terrorisme dans les modes de fonctionnement du XXème siècle et du XXIème débutant pour régler leurs contentieux ou diffuser leurs idéologies, cela pourrait prêter à sourire ne serait-ce le contexte qui pourrait encore déraper dans une nouvelle guerre arabo-perse si la diplomatie intelligente ne reprenait pas le dessus.

    L’Arabie-Saoudite en diffusant largement son courant wahhabite très conservateur est devenue l’inspiratrice de nombre de ces mouvements qui dynamitent actuellement la planète. L’Iran a trempé dans beaucoup des complots terroristes de la fin du XXème siècle et la France a été particulièrement touchée que ce soit sur son propre sol ou au Liban (attentat sur l’immeuble du Drakkar, entre autres, 58 militaires français morts, plus la famille libanaise du gardien de l’immeuble).

    Avec un pays comme l’autre la France a commercé et continue de le faire, initiant d’ailleurs il y a quelques décennies l’industrie nucléaire iranienne, quelle folie ! Il est des situations où le commerce permet d’apaiser les tensions en modernisant ses acteurs. Nous n’en somme manifestement pas là dans ce Moyen-Orient compliqué.

  • HARDING Thomas, ‘Hanns et Rudolph’.

    HARDING Thomas, ‘Hanns et Rudolph’.

    Sortie : 2014, Chez : libre Champs.

    L’histoire contrastée de deux allemands qui se croiseront en 1945 : Hanns Alexander, juif exilé au Royaume-Uni dans les années 30 qui deviendra chasseur de nazis ; Rudolph Höss, officier SS et patron du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Le premier arrêtera le second après la guerre alors qu’il préparait sa fuite en Amérique latine. L’auteur Thomas Harding est le petit neveu de Hanns et découvre le passé de son grand-oncle à l’occasion de l’hommage qui lui est rendu lors de ses obsèques en 2006. Il décide alors d’enquêter.

    Le livre se lit comme un thriller et  revient méthodiquement sur les faits de cette sombre période. Il analyse avec précision les parcours oh combien divergents de ces deux citoyens allemands et tente de faire comprendre comment deux hommes issus de la même cultures ont pu évoluer si différemment. Le mystère humain que représente la double personnalité d’un Rudolph Höss qui a organisé et supervisé l’extermination d’1,3 million de prisonniers à Auschwitz durant les trois années où il dirigea le camp tout en rentrant s’occuper de sa femme et ses cinq enfants le soir dans sa villa de fonction (située dans le camp lui-même), ne laisse pas d’interroger, et ce encore probablement pour l’éternité.

    Höss sera livré aux autorités polonaises, jugé et pendu dans le camp où il commit ses méfaits.
    Le livre est extrêmement bien documenté et son auteur a rencontré nombre des descendants des acteurs de cette période, et parfois même quelqu’uns des acteurs encore survivants. Il a eu accès à des documents éclairants, notamment la fille de Höss, Brigitte, exilée aux Etats-Unis lui a remis photos de famille et lettres personnelles de Rudolph, offrant ainsi un éclairage stupéfiant sur le personnage. Et l’on revient toujours sur la théorie de la « banalité du mal » développée par Hannah Arendt si bien illustrée par Rudolph Höss.

    Les annexes de l’ouvrage mentionnent toutes les sources d’information, beaucoup disponibles sur internet, sur lesquelles on peut passer ses nuits, avec intérêt et répulsion.

  • Journalisme pour ne rien dire

    Journal d’informations de France Culture, 31 décembre 2015, 18h00.

    Nous somme à deux heures du discours de vœux du président de la République, ce discours n’est pas encore connu, probablement pas même encore terminé par son auteur, mais bien sûr il faut que les journalistes anticipent et annoncent ce qu’ils croient pouvoir affirmer comme devant faire partie des vœux présidentiels. Et de commenter bien entendu ce qui n’a pas encore été prononcé mais pourrait l’être.

    Les mêmes il y a huit jours annonçaient, sans avoir lu le texte, que le projet de réforme de la constitution que devait approuver le conseil des ministres n’incluait pas la déchéance de nationalité pour les terroristes binationaux, et pourtant, une fois le texte rendu public, elle y figurait bien. Ils avaient simplement parlé sans savoir et pour essayer de faire « ceux qui savaient ».

    On est dans le même cas de figure ce soir : quel intérêt existe-t-il à essayer de dévoiler deux heures à l’avance le contenu d’un discours non encore terminé et dont le contenu risque bien comme chaque année d’être plutôt convenu ? Aucun intérêt bien sûr. Ces journalistes sont payés sur la redevance réglée par les contribuables, ce sont donc nos employés. Ce soir ils ont perdu leur temps et gâché du temps d’antenne à nos frais. Ils auraient mieux fait de faire de l’analyse et de la pédagogie sur ce qui existe plutôt que de vouloir lire dans la boule de cristal.

    On apprend dans le sujet suivant du même journal de France Culture que le discours de vœux de la chancelière allemande est lui publié à l’avance et déjà disponible. Cerise sur le gâteau : il est également traduit en arabe pour le million d’immigrants moyen-orientaux arrivés dans ce pays en 2015, et en anglais pour les autres non-germanophones !

  • ALEXIEVITCH Svetlana, ‘La guerre n’a pas un visage de femme’.

    Sortie : 2004, Chez : J’ai Lu.

    Prix Nobel de littérature 2015 Svetlana Alexievitch écoute et raconte la vie des femmes russes engagées dans la « Grande guerre patriotique » suivant un genre qu’elle a développé pour ses ouvrages ultérieurs, celui de l’écoute des hommes et des femmes ayant participé, fait, l’évènement dont elle fait son livre.

    Celui-ci raconte la deuxième guerre mondiale telle qu’elle a été vécue par ces femmes de toutes origines, animées par la volonté de défendre la patrie. Elles furent tankistes, sapeurs, aviateurs, tireurs d’élite, infirmières… Il ne s’agit pas d’héroïnes mais de filles ordinaires qui ont fait leur devoir, et parfois bien plus, sur les fronts russes qui furent parmi les plus sauvagement destructeurs de cette guerre qui battit pourtant bien des records en la matière.

    Elles y dévoilent une vision féminine de l’horreur en l’assortissant d’une sensibilité particulière. Capables de se souvenir de fleurs écloses au milieu des morts sur une champ de bataille, soucieuses de savoir comment serait leur visage si elles étaient tuées au combat, narrant le dérèglement de leurs cycles biologiques, mais animées de la même foi en la victoire que les hommes, et souvent en Staline, afin de sauver la patrie attaquée. Des sacrifices parfois incroyables comme cette femme cachée avec son groupe de partisans dans les marécages cernés par les allemands, y  noyant son bébé pour éviter que ses pleurs ne dévoilent leur présence. Ou des gamines de 16 ans mentant sur leur âge pour être envoyées au front !

    Mais il s’agit aussi de tenter de rester humain au milieu de toute ces horreurs, d’entretenir « l’envie d’aimer » de garder une capacité d’avoir pitié. Et alors que l’Armée rouge entre en Allemagne avant la victoire finale, elles découvrent avec stupéfaction le niveau de développement de ce pays, infiniment supérieur au standard soviétique, en se demandant « mais pourquoi avaient-ils besoin de faire la guerre s’ils vivaient aussi bien ? »

    Elles parlent enfin du traumatisme post-guerre avec émotion, celles qui furent blessées physiquement bien sûr, mais aussi celles qui ne se remirent jamais psychiquement, de même que l’accueil mitigé qu’elles reçurent parfois de la population russe ayant tendance à la traiter de « filles à soldats » d’autant plus que des histoires d’amour existèrent sous les bombes, certaines éphémères d’autres immenses. Celles dont les maris, faits prisonniers pendant la guerre, firent ensuite quelques années de goulag avant de retrouver leurs familles.

    Un livre touchant comme tout ceux d’Alexandra Alexievitch qui réussit à extraire tant d’émotion de ses dialogues avec ses interlocutrices. Il permet aussi de se remémorer combien furent immenses les sacrifices du peuple soviétique durant cette guerre même si elle débuta avec le pacte germano-soviétique… rapidement oublié ! On comprend aussi mieux comment cette guerre a  fondé le peuple soviétique et la Russie d’aujourd’hui alors que les derniers témoins s’éteignent progressivement.
    On referme ce livre avec un immense sentiment de respect pour ce peuple qui a sacrifié 20 millions de ses enfants face à la barbarie nazie !

  • NKM et le stalinisme

    A l’issue des résultats des dernières élections régionales, plutôt mitigés pour l’opposition, Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM) est débarquée de sa place de numéro 2 du parti Les Républicains. La diva en pantalon taille-basse s’en émeut dans des termes plutôt déplacés, ou à tout le moins faisant preuve de sa méconnaissance de l’Histoire :

    Il est d’ailleurs curieux, au moment où on annonce un débat sur la ligne, de penser évincer ceux qui ne sont pas d’accord. Croire que le parti se renforce en s’épurant, c’est une vieille idée stalinienne. Moi je crois que le parti se renforce en débattant.

    Parler d’épuration et de stalinisme est hors de propos dans une démocratie et même au sein de Les Républicains. NKM devrait relire Soljenitsyne au lieu de divaguer devant les micros de la presse. Elle dirait moins de bêtises et pourrait ainsi passer plus de temps pour préparer son programme de reconquête. Mais avoir des idées demande plus d’exigence que de lancer des slogans en pâture dans la bauge médiatique.

    D’un courant plutôt centriste et partisane d’une alliance avec la gauche si c’est un moyen de barrer la route du pouvoir au Front National, elle s’oppose depuis des années aux tenant de la « droite décomplexée » qui prônent une vraie politique de droite et ne voient pas comment ils pourraient s’allier avec cette gauche qu’ils honnissent si viscéralement.

    Bien que la droite ait pu gagner la présidence de deux régions grâce au retrait des listes socialistes, la ligne NKM a été mise en minorité au sein de Les Républicains et la Mistinguett priée d’en évacuer la direction. Elle n’est pas exclue du parti mais simplement démise de sa vice-présidence. Il faut maintenant qu’elle se mette au travail pour convaincre ses pairs et ses électeurs : un peu moins de Tweeter et un peu plus de réflexion, c’est aussi simple que cela.

  • Pop & Musique

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    Self-Portrait, 1986 © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Adagp, Paris 2015

    Exposition Pop & Musique à la fondation Louis Vuitton du bois de Boulogne : une partie son et vidéo au sous-sol où le spectateur évolue au milieu d’installation audio-visuelles censées rendre l’atmosphère d’une époque basée sur l’hystérie stroboscopique et la répétition d’images filmées approximativement ; une partie qualifiée de « popiste » où l’on retrouve du plus classique dans ce que le consumérisme a pu inspirer l’art malin d’artistes comme Andy Warhol, Gilbert & George  ou Richard Prince.

    Les spectateurs errent, un peu perdus, dans les vastes espaces déstructurés de cette bâtisse pour le moins étrange. Des poutres métalliques traverses des murs arrondis, des couloirs tournent autour du vide, ce concept manque furieusement d’angularité. Le tout fleure le boboïsme bon ton. On a un peu de mal à s’extasier.

  • Radicalisation corse

    Le serment du président de l’Exécutif, du président de l’Assemblée et des conseillers exécutifs :

    Voi, Presidente di l’Esecutivu di Corsica

    Presidente di l’Assemblea di Corsica

    Cunsiglieri di u guvernu di Corsica

    Eletti da a vuluntà di u populu corsu, legittimamente maestru di sè stessu, site chjamati in stu ghjornu di u 17 di dicembre di l’annu 2015 à purtà ghjuramente nantu à a Ghjustificazione di a Rivuluzione di Corsica, di difende sempre è in ogni circunstanza, l’interessi di u nostru populu.

    Facciu ghjuramentu di travaglià in u quadru di e mo funzione cù u più grande rispettu di l’interessu generale è à prò di u populu corsu.

    Facciu ghjuramentu di travaglià in u quadru di e mo funzione cù onestistà, ghjustizia, probità, equità, è integrità.

    Facciu ghjuramentu di travaglià in u quadru di e mo funzione cunsiderendu cù listessu rispettu u fattu magiuritariu è u parè di a minorità, è essendu primurosi di e cunvizzione diverse.

    Facciu ghjuramentu di travaglià in u quadru di e mo funzione cù u penseru cuntinuu di a trasparenza, è u rispettu di i fundami democratichi è umanisti.

    Facciu ghjuramentu di travaglià d’aduprà e mo funzione in u quadru universale di u diritttu di i populi à amaestrà à modu liberu u so destinu.

    Ce serment a été prêté sur le livre La Giustificazione, écrit au XVIIIème siècle formalisant les principales orientations de l’Etat corse indépendant, dirigé par Pasquale Paoli. Tout un programme pour un serment que les élus corses ont mis en place pour l’occasion puisque bien entendu il n’a aucun caractère légal ou obligatoire. Il n’est pas interdit non plus.

    Pour ceux qui n’auraient pas tout saisi voici la traduction du discours en langue étrangère :

    Je déclare sous serment que j’exercerai mes fonctions dans le respect absolu de l’intérêt général et au service du peuple corse.

    Je déclare sous serment que j’exercerai mes fonctions avec honnêteté, justice, probité, équité et intégrité.

    Je déclare sous serment que j’exercerai mes fonctions en considérant avec la même attention le fait majoritaire et l’opinion de la minorité, et en respectant la diversité de toutes les convictions.

    Je déclare sous serment que j’exercerai mes fonctions dans le constant souci de la transparence, et le respect des droits et principes démocratiques et humanistes.

    Je déclare sous serment que j’exercerai mes fonctions dans le cadre universel du droit des peuples à maitriser librement leur destin.

    Il faut aider ces élus courageux à tenir leur serment au service du droit universel des peuples à disposer d’eux-mêmes et les accompagner en douceur vers cette indépendance qu’ils appellent de leurs vœux.

  • ROLLAND Romain, ‘Jean-Christophe 2/3’.

    Sortie : 1912, Chez : Le Livre de Poche 779/780

    Dans ce deuxième tome, Christophe, musicien-compositeur potentiellement talentueux mais à l’intransigeance toute germanique, doit s’exiler à Paris où il mène une vie de bohème loin de siens, vivant difficilement de son art. Au travers des pérégrinations de son héros, Rolland décrit avec précision la France de l’après-guerre de 1870 alors que l’Europe se réconcilie plus ou moins à l’ombre de la puissante Allemagne unifiée. Les armes se sont tues et les nations s’affrontent sur le plan artistique : la musique française douce et subtile vs. Wagner et Strauss ; et sur celui de la façon de vivre qui identifie les deux amis : Christophe le musicien allemand et Olivier le poète français, le premier est fiévreux et idéaliste quand le second est introverti et désabusé. Mais déjà les premières menaces affleurent de ce qui deviendra la Grande Guerre et son immense carange européen bâti sur la haine et le besoin de vengeance qui ne cesseront d’attiser la violence entre les peuples français et allemands.

    Romain Rolland chronique cette époque révolue au travers de ses personnages européens et des évènements de l’Histoire. Les temps sont durs dans une France en pleine seconde révolution industrielle et encore loin de l’Etat providence, ce qui n’empêche pas les personnages du roman de se démener dans d’émouvantes situations de tendresse et de solidarité.
    Une chronique touchante de la Belle époque qui, on le pressent, va mal se terminer dans le troisième tome…

  • Street-Art

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    La Butte-aux-Cailles

  • Programme contre image

    Entendu au Café du commerce :

    – Je vais voter pour Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM) c’est l’avenir de la droite!

    – Ah bon, a-t-elle dévoilé un programme politique quelconque ?

    – On s’en fout des programmes, ce qui compte c’est l’image !

    C’est des problèmes de notre République : la mise en plis de NKM et ses pantalons taille-basse suffisent à lui attirer les suffrages sans que l’on ait à ce stade la moindre idée sur la façon dont elle gouvernerait la France si elle arrivait au pouvoir.

  • Incompétence, insignifiance et nombrilisme

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    Impayable : une partie de notre classe politique et médiatique brille encore par son incompétence, son insignifiance et un nombrilisme qui force l’admiration. Une fausse information diffusée par la ministre de la justice sur une radio algérienne a laissé croire que le principe de déchéance de la nationalité pour fait de terrorisme pour les binationaux, qui existe déjà dans le code civil pour les français ayant acquis la nationalité, ne serait finalement pas inclus dans la constitution. Le texte final qui sera présenté au vote du congrès n’était pas encore connu mais immédiatement les porte-flingues de l’opposition ont envahi les ondes pour tomber à bras raccourcis sur cette nouvelle reculade du pouvoir de la gauche-laxiste, attisés par les journalistes se réjouissant de cette montée de tension politicarde permettant d’animer les conflits sur leurs plateaux désertés à cette veille de Noël.

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    Finalement le texte approuvé aujourd’hui par le conseil des ministres intègre cette constitutionnalisation de la déchéance de nationalité pour les binationaux. Il n’est pas sûr qu’elle sera votée mais l’option en a été retenue par le pouvoir en place.

    Les portes-flingues précités ont donc commenté un texte qu’il n’avait pas lu puisqu’il n’avait pas été encore finalisé. Ils avaient le choix entre travailler sur le programme de gouvernement pour 2017 puisqu’ils ambitionnent de revenir au pouvoir, ou faire de l’agit-prop et de la désinformation, ils ont évidemment opté pour cette seconde option et déclenché un concours de tweets abêtissant et d’imbécilités médiatiques attisant les réactions geignardes de Mme. MIchu au Café du commerce.

    Cette affaire est un désastre en ce qu’elle démontre l’immobilisme de la classe politique : rien ne bouge, rien ne change et le seul débat consiste à enfoncer celui d’en face. A l’issue de cet incident, du programme de l’opposition on ne sait rien de plus, de sa capacité à jouer aux billes dans la cour d’école on reçoit une confirmation forte.

    Sur le fond il n’y a rien de bien grave : la déchéance de la nationalité existe déjà dans le code civil depuis des décennies et est appliqué régulièrement pour une dizaine d’individus chaque année :

    Article 25 du Code Civil

    Créé par Loi 1803-03-08 promulguée le 18 mars 1803

    Créé par Loi n°93-933 du 22 juillet 1993 – art. 29 JORF 23 juillet 1993 en vigueur le 1er mars 1994

    L’individu qui a acquis la qualité de français peut, par décret pris après avis conforme du Conseil d’Etat, être déchu de la nationalité française :

    1. S’il est condamné pour un acte qualifié de crime ou délit constituant une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ;
    2. S’il est condamné pour un acte qualifié de crime ou délit prévu et réprimé par le chapitre II du titre III du livre IV du code pénal ;
    3. S’il est condamné pour s’être soustrait aux obligations résultant pour lui du code du service national ;
    4. S’il s’est livré au profit d’un Etat étranger à des actes incompatibles avec la qualité de français et préjudiciables aux intérêts de la France ;
    5. S’il a été condamné en France ou à l’étranger pour un acte qualifié de crime par la loi française et ayant entraîné une condamnation à une peine d’au moins cinq années d’emprisonnement.

    L’étendre aux binationaux et intégrer le tout dans la constitution permettrait simplement de le rendre plus durable car plus difficile à modifier qu’une simple loi. Comme personne n’a vraiment l’intention d’en demander la suppression ou l’affaiblissement, sauf quelques écologistes de circonstance, lui laisser son statut de simple loi ne changerait pas grand-chose.

    Un conseil pour les élus et les journalistes : il est préférable de lire un texte avant de le commenter. En principe cette évidence est censée être enseignée dans les écoles de la République et celles de journalisme. Sans doute les Ciotti, Wauqiez et autres Woerth ont séché les cours lorsque ce sujet était au programme… En attendant de rattraper leur retard en ce domaine, ils attaquent la ministre de la justice Christiane Taubira, cela ne peut pas faire de mal.

    Tweet_Woerth_20151223_NationalitéCe qu’il faudrait constitutionaliser c’est une interdiction à appliquer aux élus de perdre leur temps à asséner des slogans sur Tweeter. Ces personnes sont rémunérées par les contribuables pour gérer la France et réfléchir à son futur. On attend d’eux qu’ils analysent des faits, préparent des programmes, pensent l’éducation de notre jeunesse, statuent sur les options de puissance de la Nation… pas qu’ils bêtifient en 140 signes. Eric Woerth s’est particulièrement distingué dans cette polémique de bas étage : nous le faisons donc entrer dans la rubrique de Tweets crétins de notre site !

    En conclusion et pour ajouter au désopilant de cette affaire, on rappellera que lors de son « discours de Grenoble » en 2010 le président Sarkozy avait proposé d’étendre la déchéance de nationalité aux personnes naturalisées depuis moins de 10 ans et condamnées pour crime sur dépositaires de l’autorité publique. Cette proposition qui ne portait pas sur la constitution mais uniquement sur le code civile avait finalement été abandonnée devant son rejet par les alliés centristes du pouvoir conservateur de l’époque. Il n’est donc pas impossible que la droite, désormais retournée dans l’opposition, qui a rêvé de cette mesure quand elle était au pouvoir, ne soit obligée de la voter sur une proposition d’un pouvoir de gauche… La suite des évènements sur ce sujet risque d’être croquignolesque, à moins que l’intelligence ne prenne le dessus ?

  • Tics verbaux

    On ne dit pas : «  l’armée française a tué x terroristes religieux au Mali » mais plutôt « l’armée française a neutralisé x terroristes religieux au Mali ». Cette faux-jettonerie sémantique laisse subsister l’éventualité, improbable, qu’il puisse rester quelques survivants chez les extrémistes et que les militaires français aient pu faire des prisonniers à traduire en justice. On aime parler de guerre, il est plus difficile de parler des morts qui en résultent.

  • Emoi renforcé chez les pousseurs de baballe

    Platini, 60 ans, ex-fouteballeur recyclé dans l’affairisme, qui a perçu 1,8 MEUR comme solde du salaire d’un « travail effectué » pour la fédération internationale de fouteballe (FIFA) est radié de toute activité fouteballistique pour huit ans par une espèce de conseil de discipline de la FIFA. Il est coupable de « conflit d’intérêt et de gestion déloyale ». Le garçon en est tout contrit car cela l’empêche de présenter sa candidature à la présidence de… la FIFA !

    Il a été condamné par ailleurs à une amende 74 000,00 EUR, par contre il n’a pas été contraint à rendre l’argent qu’il a encaissé de façon « déloyale », sans doute du fait d’un emploi fictif.  Le petit monde franchouillard fouteux s’émeut que cet homme « qui a tant apporté au fouteballe français » soit ainsi sanctionné et qu’un représentant de l’hexagone ne puisse pas briguer la tête de la FIFA, institution à tendances mafieuses, basée en suisse, dont une bonne partie de l’équipe dirigeante est mise en examen pour corruption et certains de ses membres récemment extradés aux Etats-Unis par la Confédération Helvétique pour y rendre des comptes. Pas sûr que Platini ait beaucoup à perdre en ne pouvant plus prétendre à la présidence d’une telle institution.

    Comme souvent en ce genre de circonstance on reste assez stupéfié du sentiment d’impunité qui anime ces personnages publics, qu’ils soient politiques ou sportifs, en tout cas médiatiques. Platini, comme Guéant, a piqué dans la caisse et cet acte est confirmé par la justice. Une attitude noble de leur part serait d’en prendre acte, de rester discrets et de passer à autre chose. L’un comme l’autre sont âgés, respectivement 60 et 70 ans, et devraient aussi comprendre qu’il est temps de passer la main aux plus jeunes, outre la nécessité de se faire oublier. Ni l’un ni l’autre ne laisseront de trace dans l’Histoire et personne ne s’en plaindra !