Elisabeth II, reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, 93 ans, s’est exprimée quelques minutes ce soir à la télévision pour son peuple, y compris les citoyens du Commonwealth, pour leur parler de la crise sanitaire du coronavirus. Elle s’exprimait depuis son château de Windsor et de ce fait ne portait pas un de ses inimitables chapeaux. Dommage ! Elle affichait tout de même perles, broche et pot de fleurs dans un ensemble parfait.
Il n’est pas sûr que ses mots soient très efficaces contre le coronavirus mais cette reine, quelle classe tout de même ! Des ruines de Londres bombardée par les allemands durant la IIème guerre mondiale aux événements actuels elle traverse le temps avec cette froide sérénité tellement britannique. Son fils se rétablit du coronavirus et son premier ministre est à l’hôpital, elle reste de marbre et règne, tout simplement.
Certains pays anglo-saxons estiment pouvoir lutter contre la
pandémie actuelle en laissant courir le virus afin qu’une partie significative
de la population soit infectée et développe ainsi une « immunité de groupe »
qui arrêtera naturellement le développement de l’épidémie. L’avantage principal
d’une telle vision est que l’économie du pays n’est pas mise à l’arrêt mais cependant,
en principe, la proportion de morts dans la population devrait être plus élevée
que dans les pays qui tentent de stopper la progression du virus par des
mesures de confinement.
Le Royaume-Uni et les Pays-Bas, notamment avaient adopté
cette stratégie tout en précisant leur volonté de prendre en charge les
personnes gravement atteintes. Evidemment s’ils font face à un déferlement de
cas graves, leurs systèmes de santé ne parviendront pas à l’absorber. Les pays
confinant, la majorité, prennent eux le pari qu’ils arriveront à limiter,
peut-être à contrôler, la vague d’hospitalisation des cas graves et donc,
toutes choses étant égales par ailleurs, à déplorer proportionnellement moins
de décès. Mais en contrepartie, leurs économies sont très ralenties.
En fait personne n’est sans doute véritablement en mesure de
dire quelle est la meilleure stratégie. Ce que l’on peut cependant constater c’est
que la majorité de la planète opte pour le confinement et que même si les entreprises
néerlandaises et britanniques continuent à produire, à qui vont-elles vendre
leur production ? Le Royaume-Uni vient d’ailleurs de se résoudre à
annoncer des mesures de confinement du pays, certes moins drastiques que dans
le reste de l’Europe géographique. Les Pays-Bas également prennent quelques
mesures comme la fermeture de lieux publics (y compris les coffee-shops où l’on peut consommer légalement du cannabis), mais
pas de confinement général.
Le risque pour les dirigeants qui prennent des chemins de traverse c’est d’avoir tort contre tout le monde… Nous sommes pour le moment dans une relative incertitude sur la suite des événements mais on peut constater que les pays asiatiques qui ont appliqués ce confinement ont réussi, au moins provisoirement, à enrayer la hausse de la maladie. Donc, Royaume-Uni comme Pays-Bas sont en train de rejoindre le troupeau des confineurs, quitte à avoir tort mais avec tout le monde !
En ces temps d’accidents climatiques et d’intronisation d’une nouvelle commission de l’Union européenne (UE), ladite commission a publié le 11 décembre 2019 un texte de 28 pages (plus 5 d’annexes) intitulé « Le Pacte vert pour l’Europe ». En matière écologique la commission n’a qu’un pouvoir de proposition aux Etats membres et au parlement européen qui décideront ce qu’ils veulent retenir de cette longue litanie de bons sentiments, mais ils risquent très fortement d’y tailler à la hache en fonction de leurs intérêts nationaux propres et de la profondeur de leurs poches.
Le texte qui reste à un niveau très général est plutôt consensuel. Mis à part quelques idéologues extrémistes et peu réalistes, qui pourrait ne pas être d’accord avec les propositions qu’il contient ? Les mots-valises emportent l’agrément assez facilement dès l’introduction :
Cette nouvelle stratégie de croissance vise à transformer l’UE en une société juste et prospère, dotée d’une économie moderne, efficace dans l’utilisation des ressources et compétitive, caractérisée par l’absence d’émission nette de gaz à effet de serre d’ici 2050 et dans laquelle la croissance économique sera dissociée de l’utilisation des ressources.
Cette stratégie vise aussi à protéger, préserver et consolider le patrimoine naturel de l’UE, ainsi qu’à protéger la santé et le bien-être des citoyens des risques et incidences liés à l’environnement. Dans le même temps, cette transition doit être juste et inclusive.
« Le Pacte vert pour l’Europe », document réf. COM(2019) 640 final
La vraie vie sera sans doute toute autre lorsque cette
communication devra être transformée en mesures effectives à décider et
appliquer par 27 Etats membres. Chacun tentera de défendre ses intérêts
particuliers en oubliant l’objectif général. Chacun devra composer avec les
considérations de ses électeurs. Les Etats déjà avancés en matière de
neutralité climatique n’auront plus les mêmes objectifs que les mauvais élèves.
Les Etats pauvres voudront faire payer les riches et les riches ne voudront pas
financer les Etats peu rigoureux comme la France ou la Roumanie, etc. etc…
La vraie question est sans doute essentiellement comportementale :
comment faire changer le mode de vie de populations plus préoccupées de leurs
taux de cholestérol et de leurs modèles d’aïephones que de l’avenir climatique
qu’ils laisseront à leurs enfants. Comment faire que les bobos aillent passer
leurs vacances dans le Cantal plutôt qu’à Phucket, que les gamins utilisent un
peu moins les réseaux de l’Internet[1]
et leurs accessoires connectés, que les citoyens mangent moins de viande… Il
faudra produire et consommer différemment (pour ne pas dire moins produire et
moins consommer), remettre en cause les fondements de l’économie libérale qui a
considérablement amélioré la condition humaine ces deux derniers siècles. C’est
une révolution pacifique qu’il faudrait mener, mais par où et par qui
commencer ?
[1] Les fermes de serveurs des GAFAM et leurs affidés consomment tellement d’énergie qu’elles sont délocalisées dans les zones froides voire polaires pour atténuer les coûts de refroidissement. Bien entendu les coûts du réchauffement qu’elles provoquent ne sont facturés à personne…
Les scientifiques ont beau sauter sur leurs chaises comme
des cabris en criant : « c’est la fin du monde, on va tous
mourir ! » c’est la grandeur de nos démocraties de ne pas savoir
imposer des comportements à ses citoyens ; pour les changer il faut
convaincre et il faut faire adopter des lois par des parlements élus
démocratiquement. C’est ce qu’on appelle la liberté si chère à notre univers
occidental. Evidement nous allons peut-être mourir de cette liberté si la
planète grille avant que nous ne réagissions suffisamment mais la clé n’est pas
que chez les gouvernements ou l’Union européenne ou les organisations
multilatérales, elle est surtout dans les mains des citoyens qui doivent
consentir à aller dans le sens de ce qu’indiquent le bon sens et… la commission
européenne. Pour commencer, ils devraient lire les 28 pages du « Pacte
vert » mais combien le feront bien que cette lecture ne prenne pas plus de
temps qu’une mi-temps de fouteballe à la télévision (moment que M. Michu préfère
généralement consacrer à l’évacuation de son trop plein de bière pendant que
Mme. Recharge les pizzas industrielles « 4 fromages ») ?
La France, à la tête des pays indisciplinés et mal gérés, est un bon exemple des difficultés de la démarche. On se souvient de l’écotaxe qui avait été votée, fait très rare, à l’unanimité du parlement national, toutes couleurs politiques confondues, mais qui avait du être retirée en catastrophe en 2013 suite aux émeutes et sabotages déclenchés par une bande de furieux prêts à mettre le pays à feu et à sang pour ne pas la payer. Plus récemment, c’est l’augmentation des taxes sur le carburant diesel qui a déclenché les émeutes et blocages violents menés par des délinquants qui perturbent le pays depuis plus d’un an, et bien que là aussi le pouvoir ait renoncé à cette hausse de taxe.
En fait, seul le coût peut avoir un effet pédagogique sur les producteurs et les consommateurs : si le coût du démantèlement des centrales nucléaires était facturé aux consommateurs ils allumeraient leurs radiateurs avec plus de parcimonie, si les coûts écologiques étaient inclus dans la facturation du transport aérien les bobos achèteraient un peu moins de kiwis importés de Nouvelle-Zélande et consommeraient un peu plus de pommes normandes, etc. Le capitalisme a toujours fait montre d’une remarquable plasticité pour s’adapter aux changements de son environnement, il le fera de nouveau face au défi climatique s’il y a intérêt. Mais il faut savoir introduire ces coûts de façon maligne, sans doute les compenser par des baisses d’autres impôts et taxes par ailleurs pour que la charge globale reste la même mais le principe « pollueur-payeur » signifie bien que le pollueur… payera plus et donc, ne sera pas content. Mais répartir de nouveaux coûts sur des critères écologiques cela veut dire jouer avec les règles de la concurrence, démanteler certains secteurs économiques et certaines activités humaines, en promouvoir de nouveaux. C’est difficile, il y a des intérêts, des enjeux, des pressions. Pour le moment personne n’y a vraiment réussi et les citoyens ne sont pas véritablement demandeurs au-delà des slogans de circonstance. Au contraire, ils ont élu des dirigeants climatosceptiques aux Etats-Unis, en Australie, au Brésil… Peut-être l’aggravation de la situation écologique aboutira à la prise de conscience citoyenne à laquelle les pouvoirs actuels échouent ?
Les dirigeants élus dans nos démocraties doivent composer avec tous ces éléments contradictoires et surfer sur les humeurs de Mme. Michu. On voit en France ces derniers mois que cela n’est pas aisé alors que très peu de changements ont pour l’instant été instaurés en faveur du climat , mais tout de même un peu. L’inertie des comportements et l’égoïsme des citoyens ne poussent pas vraiment à l’optimisme ; la difficulté pour aboutir à une entente planétaire opérationnelle, ne l’est guère plus. Les plus pessimistes (voir les cabris ci-dessus) perdent déjà tout espoir, les masses attendent la sortie du prochain modèle d’aïephone, certains hurluberlus ne peuvent pas s’empêcher de penser qu’à la fin des fins, au bord de l’abîme, il y aura bien des réactions salutaires et que le monde survivra, même avec 2 ou 3° de plus ! L’avenir le dira. En attendant, que chacun prenne ses responsabilités, agisse là où il le peut et cherche à entraîner son voisin vers un comportement plus vertueux, ce sera déjà ça de pris.
La croissance doit être « durable et inclusive », bien sûr. Les mesures à prendre doivent être « audacieuses et complètes », évidemment, etc.
S’en suivent d’intéressants développements sur la nécessaire
transformation des économies des Etats membres pour atteindre la
« neutralité climatique » en 2050 avec une réduction des gaz à effets
de serre en 2030 de 55% par rapport au niveau de 1990 en instaurant une
taxation des émissions de carbone dans l’Union et, éventuellement, une taxation
des produits à l’entrée dans l’Union si les pays tiers ne consentent pas les
mêmes efforts. Il faudra transformer l’économie « linéaire » de
l’industrie actuelle, qui représente 20% des émissions de gaz à effet de serre
de l’Union, en une économie « circulaire » qui est censée limiter le
gaspillage des ressources et l’impact environnemental. Il est recommandé d’améliorer
l’information des consommateurs afin qu’ils optent pour des produits durables
et d’utiliser les technologies numériques pour atteindre les objectifs du pacte
vert.
Les bâtiments représentant 40% de la consommation d’énergie
en Europe, le pacte recommande l’engagement d’une « vague de rénovation »
des bâtiments publics et privés. De même, la transition vers une « mobilité
durable et intelligente », notamment en incluant dans les prix du
transport les coûts environnementaux. Il est question de concevoir un système
alimentaire « juste, sain et respectueux de l’environnement » de
« la ferme à la table » avec notamment une baisse de l’utilisation
des produits chimiques dans l’agriculture et le lancement de l’économie
circulaire générant moins d’impacts environnementaux. Il faudra « préserver
et rétablir les écosystèmes et la biodiversité », développer une
« ambition zéro pollution pour un environnement exempt de substances
toxiques », cela va sans dire.
Le maître mot est la « durabilité » qui devra être
intégrée dans toutes les politiques de l’UE en promouvant la finance et
l’investissement verts et en assurant une transition juste. Et là apparaît la
première évaluation financière de la commission qui estime à 260 milliards
les investissements annuels qu’il convient de lancer pour atteindre les
objectifs climatiques de l’horizon 2030, l’ampleur de ces sommes nécessitant la
mobilisation des secteurs privés et publics. La commission recommande que les
budgets nationaux soient « verdis » avec une fiscalité adaptée. La
recherche doit également être fortement impliquée pour identifier « des
solutions durables » et une « innovation de rupture ».
L’éducation également sera un point d’entrée clé pour la réussite du pacte
vert.
L’UE se veut le « chef de file » mondial pour
encourager les pays tiers à adopter des mesures similaires afin que ce
« pacte vert » devienne mondial, condition indispensable à sa
réussite. L’Union mettrait en place une « diplomatie du pacte vert » en
appuyant les accords multilatéraux comme l’Accord de Paris aussi bien que les
accords bilatéraux, particulièrement avec les pays voisins. L’idée des marchés internationaux
du carbone est relancée[1].
Enfin, la commission souhaite lancer un « pacte européen pour le
climat » pour mobiliser les citoyens en faveur du climat.
[1]
Après les résultats plutôt mitigés des premières expériences qui ont plus
brillé par les fraudes colossales qu’elles ont engendrées, plutôt que leur impact
sur la décarbonation…
Depuis hier le Royaume-Uni a récupéré sa souveraineté pour
gérer l’immigration sur son territoire, y compris celle de citoyens de l’Union
européenne dont elle ne fait plus partie. Un régime transitoire a été mis en
place pour ces citoyens de l’Union présents depuis au moins 5 ans sur le
territoire britannique. Ils doivent se faire enregistrer pour la délivrance d’un
titre de séjour les autorisant à rester sur place, au moins pour quelques
années. La réciprocité a également été acquise pour les britanniques résidant
dans les 27 pays membres de l’Union.
Certains de ces expatriés s’émeuvent d’un tel régime, les
français n’étant pas les derniers à se plaindre, comme d’habitude. Et les
journalistes présents sur place recueillent des « c’est honteux », « c’est
un scandale », etc.
La mondialisation a fait oublier un peu trop rapidement aux
citoyens du monde que « chez les autres » ce n’est pas encore exactement
pareil que « chez soi ». Il y a ce que l’on appelle en matière d’investissement
le « risque politique » : un citoyen d’un pays A installé dans
un pays B est soumis à la Loi de son pays d’accueil qui peut être différente ou
évoluer différemment de la Loi du pays A. C’est le b-a-ba de tout
investissement à l’étranger. La libre circulation et d’installation des
personnes qui a cours au sein de l’Union européenne ne l’a pas à l’extérieur où
les lois nationales s’appliquent.
L’expatrié français installé à Londres va devoir désormais
obtenir un titre de séjour qui peut bien entendu lui être refusé. Il semble d’ailleurs
que c’est justement l’immigration débridée des citoyens de l’Union dans leur
pays qui a causé le vote en faveur du brexit.
Il n’est donc pas étonnant que la Grande-Bretagne reprenne le contrôle de
son immigration. C’est le retour à la période d’avant la libre circulation des
personnes qui n’est pleine et entière que depuis finalement pas si longtemps
que ça, et qui souffre d’ailleurs toujours d’exceptions significatives. Les
gens ont la mémoire sélective…
Cela étant dit, il est peu probable que le Royaume-Uni expulse sauvagement et rapidement ses immigrés originaires de l’Union. Cela devrait se passer de façon ordonnée et progressive, mais les non britanniques devront obtenir à l’avenir un titre de séjour et de travail pour s’installer et travailler en Grande-Bretagne, c’est ainsi que cela peut se passer quand on élit domicile à l’extérieur de son pays d’origine. A ne pas oublier !
La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne est actée ce
soir à minuit. Les prophètes de malheur continuent à annoncer le pire :
faillite économique, séparatisme en Grande-Bretagne, expulsion des immigrés,
refoulement des expatriés, et bla-bla-bla, les remainers se désolent, les parlementaires et fonctionnaires
britanniques de l’Union font leurs valises. C’est ainsi !
En réalité personne ne peut bien anticiper ce qui va se passer. Les pays européens vont bien arriver à trouver une solution pour définir le futur qui ne sera pas « comme avant ». Le Royaume-Uni n’a jamais vraiment apprécié faire partie d’une union politico-économique supposée brider sa créativité. Il a décidé collectivement de quitter l’Union européenne et il l’a fait. Voyons les étapes suivantes maintenant.
Ça y est ! Enfin. Le Royaume-Uni est arrivé à se décider
et son parlement a voté le texte de séparation de l’Union européenne, plus de
trois ans après le référendum ayant voté le « leave ». Ce furent d’interminables
semaines d’atermoiements, de batailles politiques, d’indécision et, finalement,
d’exaspération de la population quel qu’ait été son vote de 2016. La décision
était prise, il fallait la mettre en œuvre. C’est ce qui a été fait.
Bien malin aujourd’hui qui est capable de prédire ce que
donnera le nouvel attelage Royaume-Uni souverain – Union européenne ! La redéfinition
des liens entre ces deux entités a débuté, rendez-vous dans dix ans pour
commencer à y voir plus clair.
Après s’être opposée en octobre 2019 à l’ouverture des négociations
d’entrée dans l’Union européenne de l’Albanie et de la Macédoine du Nord, seule
contre ses 27 partenaires, la France s’apprête à céder, comme c’était
prévisible compte tenu de son isolement sur ce dossier. Elle obtiendrait en
échange une réforme du processus d’adhésion, sorte de hochet distribué à Paris
pour prix de sa compromission.
L’adhésion de ces deux pays n’est pas encore actée et lesdites
négociations si elles sont ouvertes par le prochain conseil européen de mai 2020
vont prendre des années. Il n’en reste pas moins que faire adhérer l’Albanie et
la Macédoine est une hérésie technique et politique pour une Union européenne
déjà paralysée dans ses décisions face aux intérêts tellement divergents de ses
28 membres. Affecter les sous des contribuables européens au financement de la
mise à niveau économique et politique de ces pays est souhaitable. En revanche,
les intégrer immédiatement avant leur mise à niveau sera un évident facteur de
difficultés et, très probablement, de rejet par leurs populations.
Le Royaume-Uni qui aura quitté l’Union le 31 janvier
prochain doit se frotter les mains face à cette nouvelle étape dans l’affaiblissement
de l’Europe, d’autant plus que les prochains candidats sont la Serbie, le
Kosovo (un « pays » qui n’est pas reconnu par l’ONU), la Bosnie-Herzégovine
et le Monténégro… Essayez d’imaginer le conseil européen avec Serbie, Albanie
et Kosovo autour de la table ! Vous n’y arrivez pas ? C’est normal,
la dernière fois que l’on a essayé il a fallu envoyer les F16 sur Belgrade pour
calmer l’ardeur des combattants…
Un terroriste islamique a tué deux personnes au couteau au Royaume-Uni
ce 29 novembre. Il en a blessé deux autres puis a été abattu par la
police. Il portait une ceinture d’explosifs fictive et avait déjà passé huit
années en prison pour terrorisme. Un habitué donc… il portait d’ailleurs un
bracelet électronique car étant sous libération conditionnelle. L’attentat s’est
passé un jour de Black Friday durant
lequel la foule se presse dans les magasins pour surconsommer. C’est d’ailleurs
une partie des passants qui a réussi à stopper le religieux dans son périple
terroriste avant que la police ne lui tire dessus pour le « neutraliser ».
Le groupe Etat Islamique a revendiqué cette action meurtrière.
Aussitôt les donneurs de leçons, dont le premier ministre
conservateur britannique, répètent à l’envie que ce terroriste n’aurait pas dû
sortir de prison et qu’il faut durcir la Loi. Certes oui, si cet individu avait
été en prison il n’aurait pas tué des citoyens innocents, il aurait peut-être
assassiné des codétenus, mais pas des passants. Cependant, comme d’habitude,
aucune de ces pleureuses n’expliquent comment elles comptent s’y prendre d’un
point de vue pratique et légal pour appliquer ce « durcissement de la
Loi » appelé de leurs vœux. Faut-il que
tout terroriste ne puisse être condamné qu’à une peine de prison à perpétuité même
s’il n’a pas (encore) commis de crime ? Si telle est la solution préconisée, il
va falloir construire beaucoup de prisons car pour le moment la « démographie
terroriste » est plus que positive : il y a bien plus d’arrivants dans
cette activité que de terroristes qui décèdent donc s’il faut tous les emprisonner
à vie, le secteur pénitentiaire va connaître un boom de l’immobilier et une
croissance économique phénoménales, ce qui ne devrait pas empêcher de nouvelles
vocations d’éclore.
Tout ceci n’est guère réalisable et ces dernières années
montrent que nos sociétés, occidentales comme dans le reste du monde, doivent
désormais vivre avec ce nouveau risque du terrorisme islamique. Les arsenaux
législatifs et sécuritaires ont déjà été considérablement renforcés dans nos
pays occidentaux, et tout particulièrement en France, sans pour autant faire disparaître
complètement ces attaques terroristes. Peut-être un jour le développement de l’Humanité
éloignera les citoyens mondiaux de ce tropisme religieux mortifère et que l’intelligence
triomphera ? Nous en sommes loin pour le moment et le massacre se poursuit
au nom d’un Dieu.
L’Allemagne fête (plutôt
discrètement d’ailleurs) le trentième anniversaire de sa réunification en 1989 :
République fédérale d’Allemagne (RFA) et République démocratique d’Allemagne (RDA).
La presse qui aime bien de genre de célébration, surtout lorsqu’elles sont un
peu pleurnichardes, repasse en boucle des interviews d’allemands ex-de l’est ânonnant
« c’était mieux avant » ou « la RFA n’a pas réunifié mais a prononcé
un anschluss contre la RDA »,
etc. etc.
Cela fait longtemps que l’illusion
de la troisième voie entre capitalisme et socialisme s’est envolée. Le remède a
été brutal une fois la décision de réunification prise. C’est début 1990 que
les premières élections libres ont eu lieu coté Est et ont porté au pouvoir une
majorité composée des partis conservateurs pro-unification. Le processus s’est
ensuite déroulé rapidement et fin août le parlement de l’Est votait l’adhésion
avec effet au 03/10/1990. On ne parle déjà plus de réunification mais d’adhésion
de la RDA à la RFA, cela veut bien dire ce que cela veut dire. Cette première
disparaît dans l’instant avec son idéologie, ses attributs de pouvoir, y
compris sa monnaie avec une parité de 1 pou 1 entre le Deutsche mark et son équivalent
de l’est, ce qui fut déjà un fantastique cadeau monétaire offert à l’est. Mais
le plus fort à mangé le plus faible, Darwin toujours…
L’économie est-allemande
fut ensuite privatisée, voire démantelée, à marche forcée et 50% des
travailleurs de l’est se retrouvèrent au chômage, notion inexistante dans la
République démocratique qui truquait allègrement des statistiques officielles
pour cacher la misère. Il n’en reste pas moins que le système était extrêmement
redistributif, la notion de profit étant verboten la population active finançait via l’Etat la population improductive, la police
politique s’occupant des éventuels opposants.
Evidemment le choc
socio-économique a été dévastateur ; la mise à niveau, toujours
incomplètement réalisée d’ailleurs, fut violente mais la liberté occidentale
fut offerte en échange. Personne n’ayant eu d’autre programme de transition à
proposer, elle fut ainsi appliquée aux forceps ! Et si cela n’a pas plu, eh
bien il suffisait de ne pas voter pour… C’est un peu comme les fusions entre
entreprises ; celles qui sont présentées comme une « fusion entre
égaux » sont des échecs, voire des escroqueries. La seule façon de réussir
ces rapprochements c’est que le plus fort prenne le pouvoir rapidement pour
imposer sa gestion et ses principes de façon carrée et rapide. Une fois la
machine relancée sur de nouvelles bases, il est toujours temps d’être un peu
plus flexible, ou pas. Mais si l’on commence à prendre la main des uns et des
autres pour connaître leurs états d’âme, la fusion se termine en enterrement du
tout, et donc des parties qui le composent.
Aujourd’hui les allemands
mécontents, de l’est comme de l’ouest, votent pour les partis d’extrême droite,
triste retour vers le passé. Sur les plateaux télévisés en cette année
anniversaire, on se lamente sur les inconvénients de la réunification, on passe
les avantages sous le tapis et personne n’a de meilleures idées sur comment le
processus aurait dû être mené ! Mais l’Allemagne a été rétablie dans ses
frontières d’avant la guerre, juste un peu rognées à l’est (la ligne Oder-Neisse)
et au sud (les Sudètes en Tchécoslovaquie), le Reichstag est réinvesti à
Berlin, les armées fusionnées, les dettes partagées, la monnaie unifiée… et
tout ceci en un ou deux ans. Personne n’aurait cru un instant une telle action
possible, et pourtant elle fut, grâce entre autres à la volonté du chancelier
de RFA, Helmut Kohl (1930-2017) qui a su insuffler l’énergie et la vision
nécessaires à un tel chef d’œuvre politique et économique.
Le dernier conseil des
chefs d’Etat et de gouvernement des 28 pays membres de l’Union européenne (UE) qui
s’est tenu à Bruxelles les 17 et 18 octobre a eu à examiner une demande d’ouverture
de négociations d’adhésion de l’Albanie et de la Macédoine du Nord. Oui, vous
avez bien lu : l’Albanie et la Macédoine du Nord souhaitent adhérer à l’UE,
on peut le comprendre, mais la Commission européenne propose d’ouvrir les négociations
et il se trouve que seuls la France et les Pays-Bas se sont opposés à l’approbation
d’une telle ouverture de négociations.
Ce qui veut dire que sur
28 pays membres, 26 envisagent à peu près sereinement de cohabiter au sein d’une
même union politique et économique avec l’Albanie et la Macédoine… Quand on
voit les difficultés qu’il y à marcher ensemble dans la même direction à 28 (ou
même seulement 27 si l’on considère que le Royaume-Uni est déjà sorti) on a du
mal à croire que ces deux pays balkaniques ne seront pas une nouvelle source de
division et de blocage pour une institution qui n’en a vraiment pas besoin.
Comme toujours, les
partisans de l’élargissement à ces deux pays font valoir son côté « stratégique »,
la nécessité « d’accrocher ces nations au train européen » sous peine
de voir d’autres influences (Chine, pays du Golfe persique) prendre la place, l’apaisement
des conflits locaux, etc. Ces arguments sont systématiquement employés pour
justifier de nouvelles adhésions à l’UE et une fois acquises, celles-ci se
transforment en casse-tête institutionnel bloquant progressivement l’action par
impossibilité de décision commune de la part d’un groupe de pays aux intérêts
si divergents.
Nous sommes en Europe
donc les considérations d’efficacité et d’intérêt général sont facilement oubliées,
chaque pays regardant à l’aune de ses propres intérêts ou de sa capacité de
nuisance vis-à-vis des autres. C’est ainsi que l’on voit la Hongrie et Pologne
fervents défenseurs de l’adhésion de l’Albanie et de la Macédoine du Nord alors
que Budapest et Varsovie n’arrêtent pas depuis plusieurs années de critiquer l’aspect
multinational de l’UE, refusent d’endosser nombre de ses politiques, sauf celles
en leurs faveurs, conteste la libre circulation des personnes et ont plutôt
tendance à se replier sur eux-mêmes sur le thème favori des directions
populistes : « chez nous c’est bien, nos problèmes viennent de l’étranger,
et tout particulièrement de l’Union européenne ». Qu’importe, en soutenant
l’adhésion des confettis balkaniques qui seront à priori plus proches de l’Europe
centrale que de sa partie occidentale, ils enfoncent un coin dans le pouvoir et
l’influence des pays fondateurs, déjà bien entamé.
On reste curieux d’entendre
et d’analyser les arguments qui seront développés à Berlin, Rome ou Varsovie, pour
expliquer aux citoyens agités par des forces populistes et de d’extrême droite,
l’intérêt qu’ils ont à accueillir l’Albanie et la Macédoine du Nord au sein de
l’Union !
Le combat de la France et
des Pays-Bas est sans doute vain puisque la grande majorité des pays membres
est favorable à cette adhésion et c’est là le point le plus incompréhensible
pour le citoyen lambda qui n’arrête pas d’entendre que l’Europe est bloquée. La
constitution française prévoit en son article 88-5 stipule que toute nouvelle
adhésion d’un Etat à l’UE devra être approuvée par référendum ou par une
majorité trois cinquièmes des deux assemblées du parlement. La France aura
toujours, en principe, la capacité de ne pas ratifier l’adhésion, si la
constitution n’a pas été changée d’ici-là.
Les conclusions du conseil européen sont lapidaires et ne font que reporter à plus tard la décision, le temps de faire céder Paris et La Haye :
ÉLARGISSEMENT Le Conseil européen reviendra sur la question de l’élargissement avant le sommet UE-Balkans occidentaux qui se tiendra à Zagreb en mai 2020.
Conclusions réunion du Conseil européen (17 et 18 octobre 2019) – réf. : EUCO23/19, CO EUR 22, CONCL 7
Le Royaume-Uni fait
toujours partie de l’Union européenne mais avec la volonté renouvelée d’en
sortir. L’un des partis nord irlandais, soutien du gouvernement britannique conservateur
actuel, le Parti unioniste démocrate (DUP), en faveur du maintien de l’Irlande du
nord sous la couronne britannique, est dirigé par Mme. Arlene Isabel
Foster. Dans le cadre des négociations en cours pour la sortie du Royaume-Uni,
elle a marqué sa ferme opposition a tout accord qui atténuerait la force du
lien entre Londres et Belfast et qui pourrait être un premier signal en faveur
d’une réunification de l’île irlandaise.
Lorsqu’elle avait 8 ans son
père a été victime d’un attentat de l’IRA (l’armée catholique irlandaise) et
survécut à une balle dans la tête. Quelques années plus tard, la même IRA fait
exploser une bombe dans un bus scolaire où je trouve la jeune Arelen, la jeune
fille à côté d’elle est grièvement blessée.
Depuis, Mme. Foster
qui est députée DUP au parlement britannique vote systématiquement contre tout
ce qui ressemble à une amorce de détachement de l’Irlande du nord de la
monarchie de Londres et pourrait la rapprocher de la République d’Irlande. On
comprend mieux pourquoi…
Compte tenu de la
sauvagerie de la guerre qui a opposé les terroristes catholiques, favorables à
la réunification, aux unionistes protestants ne voulant pas entendre parler d’une
séparation, il est probable qu’il faille attendre que la génération qui a mené
ces combats soit éteinte pour envisager une inévitable réunification irlandaise.
En attendant, le parti DUP dispose d’une sérieuse capacité de nuisance
démocratique avec les 4 ou 5 députés dont il dispose à Londres.
L’Italie était dirigée
jusqu’à ces jours derniers par une improbable alliance entre l’extrême droite
et un parti populiste. Le ministre de l’intérieur (issu des rangs extrême-droite)
passant plus te temps sur Twitter et Facebook qu’à son bureau claironnait partout
en permanence que l’étranger était responsable de tous les malheurs de l’Italie :
les immigrés bien entendu mais aussi l’Europe supranationale qui empêchait ce
beau pays de se développer comme il le voulait !
Aucun de ces deux
courants n’ayant une majorité suffisante pour gouverner seul, ils conclurent
une alliance qui n’aura duré qu’un peu plus d’une année. Le ministre de l’intérieur
dont le poids politique en faisait un premier ministre bis a rompu l’alliance,
voulant ainsi forcer une élection parlementaire anticipée qu’il pensait pouvoir
gagner et ainsi être mis en position de gouverner seul.
Il n’y a finalement pas
eu besoin d’organiser d’élection car le parti populiste a pu passer une alliance
avec un parti centriste et aboutir à un nouvel accord de gouvernement. L’aboyeur
d’extrême droite s’est ainsi retrouvé le bec dans l’eau et sorti du
gouvernement. Il n’est pas dit qu’il n’y reviendra pas si cette nouvelle et
fragile alliance échoue encore, mais il est au moins mis sur le bas-côté pour
quelques temps. C’est la vieille histoire de l’arroseur arrosé !
Elle montre que, souvent,
quand des dirigeants ambitieux pour eux-mêmes veulent jouer avec les
institutions de nos vieilles démocraties, ils ne sont pas toujours gagnants. La
solidité éprouvée de celles-ci est parfois la plus forte. On se souvient à ce
sujet de l’incroyable dissolution de l’assemblée nationale à laquelle Jacques
Chirac a procédé en 1997 et qui s’est terminée par… cinq années de gouvernement
socialiste, période plutôt heureuse de la vie politique et économique dont finalement,
et c’est le comble, Chirac fut crédité.
Des dirigeants sérieux et responsables vont au bout des mandats qui leur sont confiés par leurs électeurs. Ce ne fut pas le cas de Chirac en France, de Salvini en Italie ou de Netanyahou en Israël, ex-premier ministre qui se retrouve actuellement minoritaire après avoir provoqué des élections anticipées dans ce pays et va devoir sans doute composer avec des partis encore plus différents du sien que ceux avec lesquels il n’a pas su s’entendre.
Dans ces cas, les institutions ont été les plus fortes mais combien de temps le resteront-elles devant les coups de boutoir de dirigeants de rencontre plus préoccupés par leurs carrières que par l’intérêt général et le respect de leurs engagements ?
Après l’échec assumée par
l’ancienne première ministre britannique de conclure un accord de brexit modéré, son successeur est en train d’échouer à
obtenir un brexit dur, c’est-à-dire sans
accord avec l’Union européenne sur les conditions du divorce. Ce qui est inattendu
dans cette affaire est que le blocage relève en fait du parlement : les
députés votent « Non » à tous et ne proposent rien en contrepartie.
Ils ne veulent pas de sortie sans accord, ils n’ont pas voulu de l’accord
proposé et ils veulent empêcher l’actuel premier ministre de mener sa barque seul
car celui-ci a promis de réaliser ce fameux brexit au plus tard au 31 octobre coûte que coûte !
Aucun parti au parlement ne veut compromettre, personne ne lâche le morceau, chacun est persuadé de son bon droit et tout ceci produit une irresponsabilité collective à laquelle la démocratie britannique ne nous avait pas habitués. Après avoir essayé sans succès la méthode douce il n’est pas illégitime de passer à un processus plus énergique puisqu’il faudra bien que le Royaume Uni quitte l’Europe qu’il n’a d’ailleurs jamais vraiment intégrée. Alors que le nouveau premier ministre claironne qu’il réalisera cette évacuation avec ou sans accord est plutôt logique. Pourquoi diable des députés immobiles, effrayés par l’inconnu, paniqués par leurs ombres, inconscients de leur inertie, voudraient l’en empêcher. Tout le monde a peur, sauf Boris Johnson le ministre premier tonitruant. Il va bien falloir y arriver pourtant.
Pour le moment la situation est de nouveau bloquée : un dirigeant bouffon est empêché par des parlementaires incompétents d’appliquer une décision populaire, acquise après une campagne de Café du commerce, et dont personne n’est capable d’anticiper les conséquences, grandioses ou dévastatrices. On est à la limite du coup d’Etat constitutionnel : va-t-il oser ?
Manuel Valls, ex-politicien français ayant décidé d’aller tenter sa chance en Espagne dont il a gardé la nationalité, une fois naturalisé français, se présentait aux élections municipales, pour la ville de Barcelone, qui se déroulaient en même temps que le suffrage européen de dimanche dernier. Il arrive 4ème avec 13% des votes. Il ne sera pas maire de Barcelone cette fois-ci mais juste conseiller d’opposition au conseil municipal dirigé par les indépendantistes catalans. Pour cette tentative de reconversion ibérique, il avait démissionné de son poste de député français l’an dernier. Peut-être regrettera-t-il l’ancien râtelier ?
La première ministre
britannique continue à défendre contre vents et marées son projet d’accord de brexit
« raisonné ». Le vent et la marée sont en l’occurrence l’inconstance
et l’irresponsabilité de son parlement. Après avoir exigé de valider tout
accord de sortie de l’Union européenne (UE), ils n’y arrivent finalement pas.
Comme leur a fait remarquer Theresa May ils ont voté :
Contre l’accord avec l’UE proposé par elle
Contre une sortie sans accord
Contre un report à long terme de la date limite de
sortie
Contre un rétablissement d’une frontière en Irlande
du Nord
Contre l’octroi d’un statut spécial à l’Irlande du
Nord
Contre différentes propositions alternatives qui
ont été mises sur la table
Et ils n’ont voté « pour » à rien !
Finalement le Royaume-Uni a obtenu un nouveau report au 30 octobre de sa date de sortie soumis à différente conditionnalité. Personne ne veut lâcher prise et composer pour constituer une majorité de décision. La situation est relativement ubuesque et ne permet à aucune des parties d’avancer. Ironie suprême, il est désormais probable que le Royaume devra participer aux élections du parlement européen de mai prochain s’il est toujours membre de l’Union.
La fébrilité commence à saisir l’Union européenne qui craint l’incertitude d’un brexit brutal. En fait personne ne sait bien quelles seront les conséquences de ce divorce, qu’il soit amiable ou conflictuel. Il arrive un moment où il faut y aller et advienne que pourra, mais tout le monde fuit ses responsabilités à Westminster, terrifié d’avoir à endosser une responsabilité en cas d’échec. Le courage politique est une denrée qui se fait plutôt rare en nos temps d’opulence… Au pied du mur, gageons que nous nous en sortirons, mais il serait bienvenu que les électeurs britanniques renvoient leurs parlementaires nationaux dans leurs cottages compte tenu de leur piètre efficacité, et élisent un personnel politique neuf capable de gérer ce changement à venir.
Dans son Histoire, le Royaume-Uni a vu pire, et, souvent, fait mieux !
Le parlement britannique a
rejeté pour la seconde fois l’accord de divorce négocié entre le gouvernement
et l’Union européenne. Comme la fois précédente, l’accord mécontente la
majorité pour des raisons opposées : les partisans du divorce ne le
trouvent pas assez radical, ceux qui veulent rester dans l’Union le trouvent
trop mou, et tout ce petit monde campe sur ses positions, refusant de compromettre,
oubliant leur mission et, probablement, participant à la montée de la
détestation du monde politique par le citoyen. Comme d’autres nations occidentales,
le Royaume roule en pente douce vers la décadence démocratique qui gangrène nombre
de nations.
Le cas du Brexit est
emblématique. On l’a vu dans le passé, les britanniques n’ont jamais été de francs
partisans de l’union politique européenne mais uniquement intéressés par l’accès
au marché unique que lui permettait son adhésion à l’Union en 1973. Ils se sont
opposés depuis à beaucoup de politiques européennes et ont obtenu nombre d’exceptions
et d’exemptions leur conférant un statut particulier : « le beurre et
l’argent du beurre ». Avec le sentiment de leur bon droit et une efficacité
certaine, ils ont cherché depuis leur adhésion à savonner la planche sur
laquelle les pays membres cherchaient à renforcer les aspects politiques de l’Union.
En juin 2016, un gouvernement conservateur organisa un référendum sur le maintien
de la Grande-Bretagne dans l’Union pour de basses raisons de politique interne.
Contre toutes attentes, le résultat fut en faveur d’une sortie. La campagne électorale
fut un consternant déchaînement de beaufitudes et de mensonges des deux
côtés, le résultat inattendu.
Les partisans du Brexit
croyaient si peu à leur victoire que rien n’avait été préparé pour la mise en œuvre
d’une telle hypothèse et nombre des dirigeants qui la défendaient ont d’ailleurs
disparu dans la nature et sont retournés à leurs affaires. En fait, ils sont
généralement de vrais libéraux et pensent profondément qu’il faut laisser faire
les choses, surtout ne pas convenir d’un accord avec l’Union, le sacrosaint « Monsieur
le Marché » devant régler naturellement tous les problèmes et aplanir les
difficultés.
En attendant il n’y a pas
de majorité au Parlement, ni pour la solution libérale, ni pour l’option
modérée d’une séparation encadrée par un accord. Encore plus contradictoire, le
lendemain du second rejet du projet d’accord remodelé, ce Parlement a voté
massivement contre l’option d’une sortie sans accord… retour à la case départ
et aveu d’impuissance. Du coup, un nouveau vote de ce parlement indécis demande
à la première ministre de négocier un report de la date limite de sortie fixée
au 31 mars 2019.
L’un des points de
blocage les plus sensibles concerne le cas de l’Irlande du nord. Celle-ci
faisant partie du territoire de la couronne, une fois le Royaume sorti de l’Union,
il conviendrait donc de rétablir une frontière entre la République d’Irlande et
l’Irlande du nord, c’est la logique de la sortie du marché unique. Simplement,
les britanniques n’en veulent pas car cela risquerait de relancer la guerre
civile en Irlande du nord entre les catholiques partisans de la réunification
des deux Irlande et les protestants voulant maintenir leur appartenance à la
couronne britannique. Du coup, le Royaume-Uni quitte l’Union, principalement
pour revenir tranquillement à l’abri de ses frontières mais… ne veut pas rétablir
celle avec la République d’Irlande. C’est inextricable et nous en sommes là.
Les britanniques qui ont pollué l’Union du temps de leur présence, continuent à
la perturber sérieusement pour en sortir.
Cerise sur le gâteau, le
gouvernement conservateur dirigé par Theresa May, elle-même initialement
partisane du maintien dans l’Union, chargé de négocier la sortie, organisa des
élections anticipées en avril 2017 pour renforcer sa majorité, dont le
résultat aboutit à… l’affaiblir, rendant plus délicate encore l’adoption du
produit de ses négociations avec Bruxelles, comme on l’a vu ces derniers mois.
Bref, c’est le chaos à tous les étages mais peut-être cette déconstruction
sera-t-elle positive.
Il reste encore quelques
semaines pour aboutir à un divorce à l’amiable, si celui-ci ne pouvait pas être
conclu à temps, et bien la sortie serait plus brutale mais pas forcément plus
mauvaise. Il faudra refaire le point dans dix ans sur les positions respectives
de l’Union sans le Royaume-Uni et du Royaume indépendant. Bien malin est celui
qui croît pouvoir prédire aujourd’hui ce qu’il en sera demain. God save the
Queen !
Les dirigeants italiens
se chamaillent avec leurs homologues français et le niveau du débat relève d’un
concours de première année de maternelle à celui qui fera pipi le plus loin
dans la cour des enfants. Il y a du vrai dans les agressions verbales échangées
de chaque coté mais elles sont d’un niveau terriblement consternant venant d’élus
européens de deux pays de la vieille Europe.
Les transalpins font
comme ils le sentent mais la France s’honorerait à ne pas provoquer leurs
réactions sanguines avec de permanentes leçons de morale sur leurs déficits
budgétaires ou leur gestion des flux de réfugiés. Mais si le mal fait et que
élus français n’ont pas pu s’empêcher de s’occuper de ce qui ne les regarde pas
chez leurs voisins au lieu de se consacrer à leurs affaires nationales, le mieux
serait de traiter les réactions italiennes par l’indifférence, elles devraient
ainsi s’éteindre tout naturellement et à très court terme.
Ce n’est pas l’option qui
a été choisie après qu’un ministre italien soit venu rencontrer en France les émeutiers
qui agitent l’hexagone depuis plusieurs mois. Du coup la République rappelle
son ambassadeur à Rome. On ne va sans doute pas déclarer la guerre à l’Italie alors
ces réactions diplomatiques font partie de l’arsenal pacifique disponible, il y
aura un peu moins de petits-fours pendant un temps dans les palais romains et
tout ce petit monde diplomatico-mondain se retrouvera bientôt sous les ors du
Palais Farnèse pour échanger sur les nouvelles de leur microcosme !
Le monde politique
français s’engouffre dans la brèche ouverte par les ploucs et commente ce qui n’a
que peu d’intérêt. Chacun se positionne sur le conflit verbal et raccroche ses wagons
à un train ou l’autre, rabaissant autant que faire se peut le niveau du débat.
Qu’ils retournent à leurs dossiers nationaux, ils sont payés par les
contribuables et leurs militants pour ce faire, pas pour ventiler sur l’inexistant.
Le parlement britannique
a rejeté ce soir l’accord « raisonnable » qui avait été négocié entre
Londres et l’Union européenne. Comme c’était à craindre, une majorité s’est
retrouvée pour voter non au projet, ceux qui trouvaient l’accord trop mou se
sont ligués avec ceux qui le pensaient trop dur. On se retrouve quasiment au
point de départ d’il y a deux ans, personne ne sait bien ce qui va se passer
désormais car, bien entendu les parlementaires qui ont voté contre l’accord n’ont
pas de projet alternatif. Ils ont fait preuve de la même irresponsabilité que
les dirigeants de rencontre qui en 2016 ont eu l’idée saugrenue d’organiser un
référendum sur le maintien dans l’Union que tout le monde pensait gagné d’avance,
mais il fut perdu et commença alors la débandade sans fin des dirigeants, des
parlementaires, des partis politiques et des électeurs.
Finalement les dés en sont presque jetés, peut-être qu’une sortie de l’Union sans accord précis mettra les britanniques au pied du mur pour reconstruire leur avenir. Ce sera sûrement violent sur le court terme mais à plus long terme peut-être profitable pour le Royaume comme pour l’Europe ? Dans 15 ou 20 ans il sera toujours temps d’en faire le bilan. Aujourd’hui on plonge dans l’inconnu. La situation était trop complexe et sensible pour donner lieu à un plan de bataille ordonné, espérons que le chaos sera à terme créateur de développement. L’incertitude effraye toujours l’environnement, spécialement économique, mais parfois le désordre pousse à la responsabilisation. On ne peut pas dire que la classe politique britannique ait fait preuve de beaucoup de rationnel dans la façon dont a été provoquée puis gérée cette affaire majeure pour l’avenir du continent mais il est sans doute temps aujourd’hui de changer d’équipe pour mener la suite. Le pire n’est jamais sûr !
Theresa May, premier ministre
du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, mène un valeureux
combat, avec courage et abnégation, face à une classe politique en déliquescence
devant le mur d’incertitudes qui se dresse en vue de l’échéance du
30 mars 2019, date à laquelle le divorce de ce pays avec l’Union
européenne, le « Brexit », doit être scellé.
Alors qu’elle était à l’origine
opposée à l’organisation du référendum qui posa il y a deux ans la question aux
britanniques de savoir s’ils voulaient ou non rester dans l’Union, elle a été
chargée par son parti de mettre en œuvre la réponse négative à la question
référendaire. Elle mène ce projet alors que tous ceux qui avaient soutenu le
Brexit, sans aucun programme précis tant ils n’avaient pas anticipé la volonté
populaire, se sont débinés dans un bel ensemble la laissant à peu près seule
pour gérer les contradictions politiques flagrantes de ce processus : on
veut à la fois quitter l’Union mais garder l’accès au marché communautaire, à
la fois rétablir les frontières mais surtout pas entre l’Irlande du Nord et la
République d’Irlande. Dans la tourmente Mme. May a réussi à négocier un
accord de sortie avec les 27 pays de l’Union mais celui-ci mécontente à peu
près tout le monde : les partisans du Brexit qui le trouvent trop mou et
les opposants qui le trouvent trop dur. Une ribambelle de ministres a
démissionné et la majorité de gouvernement s’effrite. Le Parlement se divise et
a priori refuse d’adopter cet accord en l’état, bien qu’il ne se soit
pas encore formellement prononcé. Le temps courre et l’échéance se rapproche !
D’autres auraient jeté l’éponge depuis bien longtemps dans cette affaire où il n’y a que des coups à prendre. Pas Mme. May qui applique l’instruction du peuple britannique en refusant d’ailleurs l’idée même d’un deuxième référendum qui ne ferait qu’apporter de la confusion et remettre potentiellement en cause la décision souveraine du peuple qui a décidé de quitter l’Union européenne. Elle dit fièrement depuis le début des négociations « Brexit means brexit ». On ne saurait être plus claire et elle tenta de négocier quelque chose qui lui paraissait dans l’intérêt supérieur de la nation. Le Parlement décidera in fine au nom du peuple qui l’a élu.
En réalité ce qui pèse
sur toutes les parties c’est l’incertitude considérable dans laquelle tout le
monde se trouve. Les marchés n’aiment pas l’incertitude, pas plus que le
business ou la politique. Les seuls qui apprécient l’incertitude sont les
spéculateurs car elle est annonciatrice de rendements élevés, tout aussi élevés
d’ailleurs que les risques pris. Personne ne sait bien si un Brexit doux donnerait
de meilleurs résultats qu’un Brexit dur, que ce soit pour le Royaume ou pour l’Union.
Nous sommes dans le brouillard et le Parlement qui va voter va en fait lancer
un formidable coup de dés dont tout le monde ignore l’issue. Mme. May s’est
dit qu’un accord modéré et raisonné était la meilleure solution à proposer, le
Parlement n’en sait rien mais doit décider, grandeur et servitudes de l’action
politique, ainsi va la démocratie !
Mais au-dessus de ce
débat somme toute démocratique, se révèle une dirigeante modérée qui applique
ses convictions en respectant la direction décidée par ses électeurs, indiquée
par ses citoyens. Alors que tous les initiateurs du processus qui mena au Brexit
se sont égayés dans la nature comme un vol de perdreaux au milieu des champs,
elle tient la barre. Et quand nombre de dirigeants européens surfent sur l’éphémère
illusion de leur popularité, leur colonne vertébrale ramollie pour s’avachir
plus rapidement devant leurs renoncements, Theresa May se bat pour l’intérêt
général comme la future reine Elisabeth arpentait les rues de Londres
bombardées en 1940 par les allemands pour soigner les blessés de son peuple.
L’Histoire reconnaîtra ceux qui ont agit pour le bien général qu’elle distinguera des forbans à la recherche de leur gloriole.
L’Union européenne et le Royaume-Uni sont convenus d’un accord de divorce sur un mode amiable après presque deux années de négociation. Cet accord semble préserver la chèvre et le chou : on prolonge un peu l’union douanière, on ne rétablit pas de frontière physique entre la République d’Irlande et le territoire d’outre-mer d’Irlande du Nord, on protège les expatriés chez les uns et chez les autres, bref on est arrivé à un juste milieu conclu entre gens intelligents et de bonne compagnie, conscients de la volonté et des intérêts des populations qu’ils représentent.
Néanmoins, le premier ministre doit maintenant faire endosser ce projet d’accord par son parlement et la partie ne semble pas gagnée tant il s’agit justement d’un accord « modéré » donc considéré comme trop ou trop peu selon qu’il soit vu par les partisans du maintien dans l’Union ou ceux voulant la quitter à n’importe quel prix. Les députés britanniques ont maintenant dans leurs mains le sort de leur pays pour les prochaines décennies ; sacré enjeu ! Alors que les politiciens de circonstance qui ont lancé le Royaume dans cette voie inconnue du référendum pour ou contre le brexit ont tous plus ou moins fui leurs responsabilités, à commencer par le premier ministre David Cameron, laissant à leurs successeurs la complète impréparation du processus de divorce, les parlementaires vont avoir le dernier mot. Le vote est programmé pour le 11 décembre, gageons que nombre d’entre eux risquent d’avoir quelques insomnies d’ici là.