Catégorie : Asie

  • L’Eglise orthodoxe russe dans la guerre

    La religion est aussi un point de divergence entre la Russie et l’Ukraine, deux pays majoritairement orthodoxes. L’organisation de l’église orthodoxe est particulièrement complexe et il faut être un spécialiste pour s’y retrouver dans l’organigramme et comprendre la sémantique propre à cette religion : l’autocéphalie, le primat, le métropolite, le tomos, etc. On comprend malgré tout qu’il s’agit d’une religion chrétienne au sein de laquelle le port de la barbe est signe de pouvoir.

    En 2018, à l’issue d’un processus un peu mystérieux pour les néophytes l’Eglise orthodoxe d’Ukraine devient la 15ème église autocéphale orthodoxe, c’est-à-dire indépendante de l’église de Moscou, sans que l’on sache vraiment ce que cela change pour les croyants sinon leur procurer un sentiment d’indépendance vis-à-vis du patriarcat la Russie. C’est le patriarche de Constantinople, le grand chef de tous les orthodoxes, qui a accordé ce nouveau statut.

    Le chef de l’église orthodoxe russe, le patriarche Kirill, est plutôt proche du Kremlin ce qui ne manque pas de sel quand on sait que le président russe est un ancien officier du KGB de l’ère soviétique, période où la religion était considérée comme une idéologie « opium du peuple » incompatible avec le dogme marxiste… Aujourd’hui Monsieur Kirill apporte sa caution religieuse la guerre de la Russie contre l’Ukraine, contre « les forces du mal ». Il voit dans cette offensive la possibilité de rétablir « l’unité spirituelle » des Russes et des Ukrainiens qui seraient « un seul peuple ».

    Lire aussi : Lire aussi : https://rehve2.fr/2022/02/le-president-russe-et-lhistoire/
    ~~~~~~~~

    Une église engagée dans une guerre c’est un peu le retour au Moyen-Age, comme d’ailleurs cet affrontement entre la Russie et l’Ukraine. Nous en sommes là !

  • Des oligarques clinquants

    Les « oligarques » russes sont l’une des cibles des sanctions occidentales prises contre la Russie à la suite de sa guerre menée contre l’Ukraine. Ces sanctions consistent pour le moment à geler leurs actifs identifiés en Occident.

    Ces affairistes russes ont créé des fortunes considérables en rachetant à vil prix les entreprises d’Etat privatisées à la suite de la dissolution de l’URSS, principalement sous l’ère du président Eltsine. Reconnaissons-leur qu’ils semblent avoir réussi à gérer correctement les entreprises acquises même si le prix d’achat largement sous-évalué permettait d’absorber quelques erreurs de gestion, au moins dans les premières années. Notons qu’un processus assez similaire s’est déroulé en Ukraine dont l’économie est toujours largement dans les mains d’oligarques qui n’ont pas grand-chose à envier à leurs collègues russes en termes de corruption et de prévarication.

    Ce qui est assez comique c’est que nombre de ces affairistes, un peu m’as-tu-vu, sont allés acquérir et domicilier leurs actifs de prestige en… Occident. En gros, les usines polluantes sont en Russie et les yachts clinquants sont à Monaco. Il est vrai qu’ils y sont plus visibles que sur la mer Noire mais les « oligarques » sont ainsi punis par où ils ont péché.

    Un site web a été mis en place pour répertorier les biens qui ont pu être rattachés à ces affairistes sanctionnés. On peut leur faire confiance pour avoir caché leurs actifs autant qu’ils le pouvaient sous des montages leur assurant un anonymat, mais comme ils n’aiment rien mieux que parader sur leurs joujoux clinquants la piste de leurs biens n’est souvent pas très compliquée à remonter comme l’illustre le site web monté à cet effet : https://cdn.occrp.org/projects/russian-asset-tracker/en/

    L’un des plus flamboyants est Roman Abramovich, que l’on a vu d’ailleurs participer aux négociations menées au début du conflit entre l’Ukraine et la Russie comme conseiller du Kremlin semble-t-il. Le garçon qui aurait trois nationalités (russe, israélienne et portugaise) est à la tête d’un empire dans les hydrocarbures et la sidérurgie, en Russie, mais aussi d’une société de capital-investissement basée à Londres prenant des participations un peu partout, y compris aux Etats-Unis d’Amérique. Il a acheté, entre autres « danseuses » un club de fouteballe britannique performant dont il peut difficilement cacher qu’il en est le propriétaire puisqu’il parade dans les stades les jours de match. Sentant venir le vent du boulet lors du déclenchement de la guerre en Ukraine il a annoncé officiellement qu’il mettait en vente son club alors qu’il n’était pas encore sous sanction et espérant pouvoir conclure la transaction rapidement. Hélas pour lui, le Royaume-Uni a rapidement gelé ses actifs et le club fait partie du gel. Cependant, il aurait eu le temps d’amarrer deux de ses yachts en Turquie, pays qui n’applique pas les sanctions occidentales.

    La morale de l’histoire est qu’un investissement en dehors du pays dont on détient la nationalité présente toujours un risque politique supplémentaire par rapport à son propre pays. Les « oligarques » sont en train de confirmer ce principe élémentaire de l’économie. Pas sûr qu’ils en comprennent bien les tenants et aboutissants puisqu’il semble qu’ils soient en train de réorienter massivement leurs investissements de prestige vers les pays du Golfe persique, pour le moment plus conciliants avec la Russie et ses affairistes.

    La vraie question qui se pose est de savoir pourquoi ces oligarques préfèrent localiser leurs résidences secondaires princières, et autres actifs tape-à-l’œil, à Nice ou Londres, plutôt que dans l’Oural ou sur les bords de mer d’Azov. Cela relève probablement d’un manque de confiance dans la Russie pour préserver la valeur de ces biens (un peu comme ces français qui avaient des comptes bancaires en Suisse à la fin du siècle précédent) mais aussi par leur besoin de parader et de briller ce qu’il est plus valorisant de faire à Monaco qu’à Sotchi.

    Dur d’être russe et riche !

  • L’armée russe a ses limites

    Juin/Charlie Hebdo (02/03/2022)

    Ce sera sans doute l’un des enseignements de cette guerre déclenchée par la Russie contre l’Ukraine : la puissance militaire de l’ours russe n’est finalement peut-être pas si invincible qu’on pouvait le craindre. Hier soir, le navire amiral de la flotte russe en mer Noire, un croiseur lance-missiles datant de l’ère soviétique la « Moskva », a été coulé comme l’ont reconnu les autorités de Moscou qui expliquent cet évènement par un incendie qui aurait déclenché une explosion de munitions alors que les Ukrainiens disent avoir tiré deux missiles (de fabrication ex-soviétique) sur le navire. Les personnels du bord auraient pu être évacués et il n’y aurait pas de victimes.

    Les experts semblent privilégier la seconde explication en ajoutant que ce croiseur était non seulement le bateau de commandement, donc avec une forte charge symbolique, mais assurait également la protection électronique de la flotte de la mer Noire, posant ainsi un problème au reste des bâtiments, d’autant plus que le détroit du Bosphore étant fermé par la Turquie au trafic des navires militaires, la Russie ne pourra pas faire venir un nouveau pour remplacer la « Moskva », à moins d’obtenir une dérogation d’Ankara, ou… de passer en force.

    Evidemment la destruction de ce navire amiral ne provoque pas une immense peine côté occidental mais il vaut mieux cacher sa joie et ne pas enterrer trop rapidement la Russie qui dispose encore d’une très forte capacité de nuisance. Cela ne nous aide toujours pas beaucoup pour imaginer comment terminer cette guerre inutile et couteuse qui est plutôt en phase d’escalade que de décrue. Les coqs aux ergots acérés se battent sur leur tas de fumier, comme il est peu probable que l’un arrive à mettre l’autre définitivement à terre, nous en sommes toujours au même point : comment sortir de là ? Ah si, une chose a évolué significativement : le niveau des destructions en Ukraine du fait des bombardements et exactions russes suite auxquelles les contribuables occidentaux vont devoir payer la reconstruction et plus la guerre durera plus le coût sera considérable.

    Alors bien sûr, à l’issue de ce nouvel évènement de guerre révélant une petite faiblesse de Moscou, tout le monde se demande : et si la puissance nucléaire russe était finalement aussi un « ours de papier » ! C’est une hypothèse qu’il vaut mieux ne pas essayer de tester… C’est le principe même de la dissuasion : faites-vous peur mais ne touchez pas !

  • La Russie est loin d’être isolée dans la guerre qu’elle mène contre l’Ukraine

    Les dirigeant européens qui défilent à Kiev se gargarisent du soutien international dont bénéficierait l’Ukraine face à la Russie. Cette vision angélique et occidentalo-centrée est incorrecte et pour s’en convaincre il suffit de regarder les résultats de différents votes qui se sont déroulés à l’assemblée générale des Nations Unies, les débats au conseil de sécurité étant systématiquement bloqués par la Russie qui en est un membre permanent et dispose à ce titre d’un droit de veto qu’elle utilise pour repousser toute condamnation ou décision la concernant.

    Le 02/03/2022 l’assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution « déplorant dans les termes les plus énergiques « l’agression » commise par la Russie contre l’Ukraine et exigeant que la Russie retire immédiatement ses forces militaires du territoire ukrainien. » par 141 voix pour, 5 contre (Biélorussie, Corée du Nord, Erythrée, Fédération de Russie et Syrie) et 35 abstentions dont la Chine.

    Lire aussi : https://news.un.org/fr/story/2022/03/1115472
    ~~~~~~~~

    Le 07/04/2022 l’assemblée générale a adopté une résolution pour suspendre la Russie du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. 24 pays ont voté contre : Algérie, Biélorussie, Bolivie, Burundi, République Centrafricaine, Chine, Congo, Cuba, Corée du Nord, Érythrée, Ethiopie, Gabon, Iran, Kazakhstan, Kirghizstan, Laos, Mali, Nicaragua, Fédération de Russie, Syrie, Tadjikistan, Ouzbékistan, Vietnam, Zimbabwe. 93 pays ont approuvé et 58 se sont abstenus dont l’Inde, le Pakistan, le Brésil, nombre de pays du Golfe persique et l’Arabie Saoudite.

    Lire aussi : https://news.un.org/fr/story/2022/04/1117912
    ~~~~~~~~

    Indépendamment de la guerre en Ukraine, le statut de la Russie comme membre d’un comité des « droits de l’homme » laisse pantois, mais après tout de comité qui comprend 47 Etats intègre également l’Arabie-Saoudite, le Bahreïn, Cuba, le Salvador, l’Ethiopie, le Kazakhstan, la Turquie, la Chine… dont le moins que l’on puisse dire est que leur conception des « droits de l’homme » n’est pas vraiment celle partagée par Paris ou Washington. Alors ces conceptions différentes se sont affrontées et il s’en est fallu de peu que Moscou puisse rester dans ce comité des « droits de l’homme » malgré sa guerre déclenchée contre l’Ukraine.

    En vérité, nombre de pays trouvent dans cette guerre l’occasion de marquer leur anti-occidentalisme, fruit d’un XXème siècle de domination et de réussite de l’Ouest face au reste de la planète, et malgré deux guerres mondiales qui ont ravagé plusieurs pays occidentaux et nombre de guerres coloniales qui les ont impliqués, sans parler de conflits postcoloniaux vains et perdus, en Afghanistan, en Irak, au Sahel. Le soutien à la Russie face à l’offensive occidentale est un peu la revanche des non-occidentaux qui, entre temps, se sont musclés économiquement et militairement et pour qui envahir un pays tiers ou bombarder des populations civiles ne représente pas un problème moral significatif.

    C’est le nouveau paradigme et l’Occident doit s’habituer à vivre dans cet environnement où il n’est plus l’instance dominante unique. C’est ainsi. Il n’en reste pas moins que la liberté défendue comme valeur fondamentale de l’Occident continue à attirer : les réfugiés qui en font leur destination ultime, les oligarques russes qui y installent leurs yachts clinquants plutôt que sur la mer Noire, ou les investisseurs chinois qui adorent acheter des grands crus classés à tour de bras. Tout n’est donc pas perdu pour les valeurs occidentales qui ne sont pas si dévalorisées que ça.

  • La haine de l’Occident

    La Chine, comme la Russie, n’aime pas l’Occident et la démocratie, et le fait savoir. Les deux pays cherchent à surmonter la frustration du statut qui fut le leur au cours du XXème siècle durant lequel la démocratie triomphante fit la leçon au reste de la planète et crut avoir emporté le combat idéologique après la chute du communisme soviétique. Trente ans plus tard l’Occident est moins triomphant et doit faire face à la capacité de nuisance de ces deux pays, militaire pour la Russie, économique et militaire pour la Chine. Deux pays dans lesquels la notion de démocratie n’est pas forcément l’objectif de la majorité de la population, mais reste le concept à abattre pour leurs pouvoirs respectifs

    La guerre en cours de la Russie contre l’Ukraine est condamnée par l’Occident, mais pas vraiment par le reste de la planète. Certes la Chine, l’Inde et d’autres n’applaudissent pas l’initiative russe qui perturbe l’ordre du monde, mais ils ne vont pas jusqu’à s’associer aux sanctions économiques prises par l’Occident et ne condamnent pas vraiment le Kremlin. Ils auraient certainement préféré ne pas avoir à affronter ce chaos, mais celui-ci étant là, il présente quelques avantages à court terme puisqu’il ennuie l’Ouest et perturbe son économie.

    Il est de plus assez facile pour eux d’insister sur les incohérences occidentales, voire les propres guerres extérieures menées par l’Occident de façon plus ou moins légale, en Irak, en Lybie, en Serbie, en Afrique… L’ambassade de Chine en France a pris un malin plaisir à publier le message suivant sur son compte Twitter :

    « 10 guerres, 0 sanction » écrit l’ambassade. C’est factuellement vrai mais rien n’empêchait Moscou ou Pékin de prendre alors des sanctions contre les Etats-Unis d’Amérique, ce qui n’a pas été fait, sans doute pas uniquement par sentiment humanitaire. Et il n’est même pas mentionné la célèbre séance du Conseil de sécurité en 2003 quand le ministre américain des affaires étrangères avait brandi une fiole censée contenir des produits chimiques ou biologiques que l’Irak produirait en masse ce qui justifiait l’entrée en guerre du monde sous mandat des Nations Unies. Il y eut guerre mais le mandat fut refusé !

    L’acceptation tacite de la Chine, l’Inde, l’Afrique… de l’intervention russe est une sorte de revanche prise contre l’arrogance de l’Ouest depuis presqu’un siècle. C’est sans doute une position à courte vue car il est probable que cette guerre de la Russie se terminera comme celles, perdues, menées par l’Occident en Irak, en Afghanistan, en Lybie ou en Afrique : la débâcle.

  • Une armée de forbans

    Le retrait des troupes russes des alentours de Kiev, la capitale ukrainienne qu’elles n’ont renoncé semble-t-il à conquérir, dévoile des exactions commises par les occupants sur les populations civiles. Les commentateurs de tous bords s’emparent des grands mots : « crimes de guerre », « crime contre l’humanité » …, la propagande russe explique que les cadavres retrouvés sont le fait d’une mise en scène des autorités ukrainiennes. Le côté ukrainien réactive ses accusations de « génocide » …

    Bref, l’émotion et la mauvaise foi submergent les parties et se déversent sur les plateaux télévisés. Le mieux est de laisser travailler les experts légistes qui vont mettre à jour et documenter ces exactions dont la responsabilité pourra certainement être clairement établie, sans doute assez rapidement. Les troupes russes sont une armée de forbans laissés à eux-mêmes et engagés dans une opération militaire douteuse, épaulés par des supplétifs tchéchènes et, probablement, syriens. Tout ce petit monde ne semble pas animé par des considérations humanitaires très développées ni par les contraintes légales du droit de la guerre alors il est probable que d’autres exactions seront commises par les troupes d’occupation, attisées par le discours de leurs dirigeants sur les « nazis drogués » qui dirigent à Kiev !

    On ne sait pas combien de temps durera cette guerre sordide ni sur quelles bases elle se terminera, mais elle nous fait apprécier tous les jours les avantages de nos systèmes démocratiques d’Europe de l’Ouest face aux errements mortifères des régimes autoritaires. C’est sans doute aussi la raison pour laquelle les oligarques russes (comme ukrainiens d’ailleurs) viennent amarrer leurs yachts clinquants à Nice plutôt que sur la mer Noire.

  • La Russie face aux conséquences de sa guerre

    Biche/Charlie Hebdo (13/03/2022)

    Les experts militaires de plateaux télévisés, officiers en retraite ou journalistes de champs de bataille sur petit écran, affirment unanimes que le Kremlin et son président élu sont surpris de ne pas avoir conquis l’Ukraine, « pays frère », en quelques jours grâce à leur puissante armée qui n’aurait pas été véritablement accueillie en « libératrice » de « l’oppression » du pouvoir ukrainien « génocidaire » dirigé par « une bande de nazis drogués ».

    Ce que l’on peut savoir des faits diffusés par les propagandes respectives de l’Ukraine et de la Russie semble aller dans leur sens. Au-delà, les élucubrations de « spécialistes » de Café du commerce sont à prendre avec des pincettes tant la capacité de nuisance de la Russie éternelle est encore forte et dirigée contre l’Ukraine et l’Occident. Des images diffusées par Kiev montrent des chars russes détruits et laissés à l’abandon sur les bords des routes, un gros navire de transport militaire en flammes après avoir été atteint par un missile qui pourrait être ukrainien dans le port de Berdiansk (mer d’Azov) en principe contrôlé par les troupes russes, un dépôt de pétrole en feu sur le territoire russe suite à une attaque d’hélicoptères, et, depuis quelques jours, le retrait de l’armée russe des environs de Kiev, la capital jamais conquise par Moscou. Il apparaît que la Russie n’a pas réussi à acquérir la domination de l’espace aérien au-dessus de l’Ukraine malgré son armée de l’air bien dotée en avions de combat, que plusieurs de ses généraux ont été tués sur le front, que l’utilisation des fameux missiles « hypersoniques » n’a pas vraiment changé le cours des choses, que son armée est animée d’une motivation limitée, etc. etc.

    Bref, si tout ceci se confirme, la nouvelle est appréciable, l’ours russe serait toujours aussi méchant mais peut-être pas aussi musclé qu’il semblait vouloir le faire croire. En tout cas, pas au point d’être capable d’asservir un pays souverain de grande dimension en quelques jours. L’aide militaire délivrée par l’Ouest et la Turquie à l’Ukraine apparaît quant à elle relativement efficace, comme quoi les démocraties « décadentes » selon le récit de Moscou ne sont pas encore complètement assoupies par le cholestérol et le « wokisme ». L’armée russe a annoncé se concentrer désormais sur l’Est de l’Ukraine, frontalier de son propre territoire, pour, sans doute, essayer d’y pérenniser et renforcer ses conquêtes.

    L’Occident serait toutefois bien avisé d’avoir le triomphe modeste, la Russie n’a pas fini de nuire aux démocraties occidentales, ni à tous ses vassaux s’il leur prenait l’idée saugrenue de vouloir adopter un régime démocratique en renversant les satrapes qui les gouvernent. Et d’abord il va falloir payer pour reconstruire l’Ukraine une fois les hostilités terminées. Les destructions semblent importantes et nombre de villes ont été substantiellement dévastées par les bombardements russes. Il est peu probable que Moscou envisage de financer la reconstruction, tâche qui va donc probablement revenir aux contribuables occidentaux pour les décennies à venir.

    L’urgence est maintenant de finir cette guerre. Des pourparlers directs se déroulent entre ces deux pays et chaque partie communique sur les progrès réalisés. Kiev vient même de préciser qu’une rencontre entre les deux présidents serait possible à court terme. Elle risque d’être intéressante bien qu’un peu réfrigérante…

    Voyons les compromis qui seront entérinés. Quels qu’ils soient, la Russie risque d’être durablement éloignée de l’Occident qui se méfiera de Moscou pour encore quelques générations, au moins jusqu’à ce que les contribuables de l’Ouest aient finis de payer pour reconstruire ce que Moscou a cassé. Mais est-ce vraiment un problème ?

  • La Russie continue sa guerre contre l’Ukraine

    Riss/Charlie Hebdo (03/03/2022)

    La guerre bat son plein en Ukraine où les troupes russes grignotent centimètre après centimètre face à la défense militaire et civile ukrainienne. Certaines villes sont significativement détruites, il y aurait 10 millions d’Ukrainiens déplacés dont près de 3 millions réfugiés en dehors du pays. Le nombre des morts et blessés des deux côtés fait l’objet de propagande mais l’unité de compte est en milliers de victimes. La guerre insensée que les gens raisonnables pensaient impossible est à l’œuvre, menée par un clan de dirigeants sauvages soutenu par une partie de la population russe.

    Les sanctions économiques de l’Occident contre Moscou produisent progressivement leurs effets, mais en tout cas pas au point de faire reculer le pouvoir russe qui se barricade dans sa tactique d’invasion et censure toute l’information non locale. Les oligarques font preuve d’inventivité pour empêcher le gel de leurs actifs clinquants imprudemment localisés en Occident. Le reste du monde affiche une prudente position de réserve en attendant sans doute de voir dans quelle direction tourne le vent.

    On ne sait pas dans quelles conditions l’objectif de la Russie de neutraliser l’Ukraine « menée par une bande de nazis et de drogués » pourra être considéré comme atteint par Moscou. On imagine mal ce pays occuper durablement l’Ukraine, d’abord parce que l’hostilité des habitants semblent se renforcer de jour en jour, ensuite parce qu’il faudra payer pour reconstruire et on sait que la Russie est généralement assez réticente à financer ce genre de chose. Détruire, oui, reconstruire beaucoup moins, on préfère laisser ça à l’Occident… Et on n’imagine pas plus la Russie accepter d’arrêter le désastre sans pouvoir afficher une victoire, au moins partielle.

    Mais c’est encore un raisonnement de gens raisonnables. Il va falloir que les diplomates fassent preuve d’inventivité pour trouver un accord de sortie de cette guerre honorable pour les deux parties, à moins qu’un cataclysme général soit déclenché et anéantisse les protagonistes et leurs voisins.

  • La Russie, l’Ukraine et l’Histoire

    La Russie, l’Ukraine et l’Histoire

    Les périodes de guerre sont assez peu propices aux analyses historiques subtiles, on le voit aujourd’hui avec les bagarres de communiqués en cours. La Russie annone depuis le début que l’un de ses buts de guerre est de « dénazifier » l’Ukraine, faisant ainsi allusion à l’attitude d’une partie de ce pays durant la deuxième guerre mondiale. En réalité le « grand frère » russe reproche aussi à l’Ukraine de s’être toujours opposée à l’Union soviétique. Face aux tentatives d’autonomie, voire d’indépendance, l’Armée rouge soviétique a toujours eut à batailler sévèrement en Ukraine pour la maintenir dans l’ordre bolchévique et s’opposer à toutes tentatives « d’ukrainisation ».

    L’application forcenée de la collectivisation des terres par le pouvoir de Staline a déclenché de terribles famines au début des années 1930 qui ont provoqué entre 3 et 5 millions de morts en Ukraine. Lors des grandes purges staliniennes les Ukrainiens n’ont pas été les derniers à souffrir des exécutions et des déportations de masse qui ont touché encore quelques millions de citoyens supplémentaires à la fin des années 1930. Ça laisse des souvenirs…

    Durant la seconde guerre mondiale, après la rupture du pacte germano-soviétique signé en 1939 par l’Allemagne et l’Union soviétique, Berlin envoie ses troupes vers Moscou, l’opération « Barbarossa », en traversant l’Ukraine. L’armée allemande est alors accueillie comme un sauveur libérant le pays de l’oppression stalinienne. Le fort antisémitisme régnant alors dans cette République, comme dans toute l’Europe centrale ainsi d’ailleurs qu’en France, va entraîner des collaborations nauséabondes entre les Nazis et des groupes locaux. Certains Ukrainiens qui ont été utilisés comme gardiens dans les camps de concentration allemands étaient réputés parmi les plus brutaux d’un personnel qui ne faisait généralement pas dans la poésie. Il y eut même une division SS « Galice » crée avec des volontaires ukrainiens. Les Russes ne sont pas en reste à ce sujet puisque l’un des héros de l’Armée rouge, soutien indéfectible à Staline dans les années 1930, le général Vlassov, qui s’illustra du côté soviétique durant la guerre civile mais aussi à l’occasion du siège de Léningrad où après avoir estimé que Staline avait abandonné l’armée qu’il dirigeait en rase campagne, capturé par les Allemands, il passa à l’ennemi et fonda « l’Armée russe de libération » qui aida la Wehrmacht à lutter contre l’Union soviétique. A la fin de la guerre, capturé par les alliés il fut remis à Moscou puis jugé, torturé et exécuté avec une dizaine de ses officiers supérieurs.

    Evidemment, lors du reflux des Allemands, quand l’Armée rouge a retraversé l’Ukraine vers l’Ouest pour arriver à Berlin en 1945, les Russes se sont vengés de la collaboration germano-ukrainienne. Moscou et Kiev n’ont pas su mener une réconciliation comme l’ont fait en leur temps de Gaulle et Adenauer en France et en Allemagne, l’animosité actuelle entre la Russie et l’Ukraine s’explique aussi par cette histoire.

    Dans un rapprochement osé, le président Poutine a même expliqué récemment avoir déclenché la mise au pas de l’Ukraine en février dernier pour ne pas renouveler les erreurs du pacte germano-soviétique.

    Rappelons que ce pacte signé en 1939 entre les Allemands et les Soviétiques (voir photo) a permis, notamment, aux Nazis et aux Soviétiques de se partager la Pologne plus quelques autres territoires. Cette signature entre fascistes et bolchéviques a en tout cas fondé l’anticommunisme de plusieurs générations d’Européens. Poutine affirme que ce pacte était destiné à retarder l’agression allemande et permettre ainsi à l’armée soviétique de se renforcer car elle n’était pas encore prête à combattre efficacement en 1939, mais que ce fut un échec puisque durant les deux années que dura ce pacte, de nombreux territoires et des millions de personnes ont été perdus. Il ne veut pas renouveler cette « erreur » une deuxième fois et il lui a donc fallu envahir l’Ukraine avant qu’elle ne soit trop forte. C’est évidemment une interprétation toute personnelle de l’Histoire et il est plus probable que le pacte germano-soviétique, idéologiquement inattendu, n’était qu’un rapprochement entre dictateurs félons qui était fait pour durer.

    Il reste certainement des groupes d’extrême droite à tendance pronazi en Ukraine comme il en existe dans tous les pays, y compris d’ailleurs en Russie ou en France, mais il ne semble pas que le pouvoir ukrainien soit significativement influencé par l’idéologie nazie.

    Aujourd’hui, et quelle que soit l’issue de la guerre en cours, la Russie et l’Ukraine sont séparées pour longtemps. Et puis, le temps passera…

  • Le président russe n’est certainement pas tout seul

    Juin/Charlie Hebdo (02/03/2022)

    Les commentateurs bon clients de plateaux télévisés reprennent d’une seule voix que le président russe Vladimir Poutine serait l’unique responsable de la guerre en cours déclenchée par la Russie contre l’Ukraine. Certes il est le premier responsable puisqu’il est le grand chef mais il semble assez peu probable que le président ait pu prendre le chemin de la guerre sans l’étroite participation de son entourage, voire sans le soutien d’une bonne partie de la population russe biberonnée au nationalisme depuis des décennies. On se souvient d’ailleurs que lors de l’annexion de la Crimée par Moscou en 2014 la cote de popularité de Poutine avait connu un fort regain tant cette reconquête territoriale a semblé assez naturelle pour nombre de citoyens. Les sondages russes ne sont sans doute pas des modèles du genre mais il est probable qu’ils reposent sur une certaine réalité. Il n’est pas exclu qu’une partie de la population russe ne soit pas fondamentalement en désaccord avec l’idée d’un retour de l’Ukraine sous tutelle russe. Le complexe militaro-industriel doit certainement aussi approuver ce concept.

    Cette guerre ne semble pas la meilleure décision prise récemment par la Russie mais seule l’Histoire dira si elle aura servi ses intérêts ou pas. La réponse n’est pas aussi évidente que ce qu’on en dit au Café du Commerce. Il faut encore attendre pour en connaître le dénouement. Et même si le président Poutine était déchu de son poste dans la tourmente, il est probable qu’il serait remplacé par un clone. Il faut bien l’admettre, malgré Chostakovitch, Dostoïevski et Soljenitsyne, la Russie n’aime pas l’occident comme elle le confirme dans ses actes depuis des siècles. Il y a assez peu de raisons logiques d’imaginer que cette situation puisse changer un jour, que le Kremlin soit occupé par Poutine ou par un autre. Il faudra en tenir compte une fois cette tragédie guerrière terminée : nous ne sommes pas amis et nous avons des conceptions opposées sur quasiment tout : l’organisation de nos sociétés, le corpus de valeurs qui les fondent, l’analyse du passé, la vision de l’avenir… Mais nous pouvons nous parler, faire du business ensemble, simplement la Russie n’a jamais changé sa méthode qui est plutôt du genre dure et sauvage. L’Occident s’est illusionné sur la compatibilité de ce pays avec l’Europe, c’était un leurre. Le mérite de la guerre en cours sera probablement de remettre les pendules à l’heure en attendant le prochain ramollissement occidental.

  • L’Empire colonisateur

    Dans ses vœux pour l’année 1961, publiés notamment dans le journal de l’armée « Bled », MonGénéral expliquait :

    L’empire soviétique colonise
    Nous espérons fermement que, chez tous ces peuples, s’instaureront en définitive l’ordre et le progrès, malgré l’Empire soviétique, qui, non content de coloniser 40 millions de musulmans asiatiques et caucasiens et d’asservir une bonne douzaine de peuples qui lui sont complètement étrangers, encourage et exploite toutes les secousses afin de prendre pieds dans les pays troublés. Bref, nous ne nous laisserons pas paralyser par cette odieuse agitation.

    Aider l’Ouest et l’Est à en venir à la détente et au désarmement, pour peu que l’Empire soviétique cesse de manier des torches incendiaires tout en lançant, pour la montre, des vols de colombes épouvantées.

    « Bled » 05/01/1961

    En remplaçant « Empire soviétique » par « Fédération de Russie » on a ici une analyse pas très éloignée de la situation actuelle en Europe.

  • Il va falloir payer

    Félix/Charlie Hebdo (26/01/2022)

    La Russie a lancé sa guerre contre l’Ukraine avec des buts pas vraiment clairs. La conquête en cours amène à des milliers de morts (des deux côtés), des millions de réfugiés, des sièges de villes et des destructions significatives des infrastructures ukrainiennes, y compris des immeubles civils. Les bombardements ne sont pas massifs comme ceux pratiqués par la Russie en Tchétchénie ou en Syrie, les villes ne sont pas rasées, mais les dommages sont importants. Une fois les hostilités terminées il va falloir payer pour la reconstruction. Que la Russie soit perdante ou gagnante de cette guerre, il est peu probable qu’elle sera candidate pour financer la reconstruction de l’Ukraine. C’est sans doute à l’Europe et aux Etats-Unis d’Amérique que va échoir cette charge, des pays déjà surendettés après deux années de crise sanitaire.

    Le mur de la dette occidentale est à peu près aussi vertigineux que l’incompréhension occidentale face aux agissements actuels de la Russie. Les conséquences financières des désordres mondiaux actuels risquent d’être aussi dévastatrices que la guerre actuelle, l’accumulation gigantesque des dépenses, d’abord sanitaires puis maintenant guerrières, sans recettes en face sinon la création monétaire va ébranler le système financier mondial. On voit mal comment la planète pourra éviter une sévère restructuration financière dans les mois à venir qui devrait se traduire, au mieux par une inflation sévère et durable, ou pire par des défauts de paiement publics et privés, et le cortège de faillites qui ira avec.

  • La facture présentée par Moscou à la Syrie

    Riss/Charlie Hebdo (02/03/2022)

    La présidence russe vient d’annoncer qu’elle lançait le recrutement de mercenaires syriens pour renforcer ses troupes en guerre contre l’Ukraine. On ne sait pas encore bien quel sera le profil de ces supplétifs : djihadistes, rebelles non-djihadistes, miliciens pro-régime Assad, militaires démobilisés… sans doute un peu de tout mais certainement pas des poètes romantiques. Ils viendront appuyer aussi les troupes tchétchènes également appelées à la rescousse par Moscou et connus pour leur sauvagerie.

    Après le sauvetage du régime El-Assad en Syrie par l’armée russe, Moscou présente l’addition et demande l’aide de Damas. Celle-ci devrait lui être octroyée sans trop de difficultés d’autant plus que cela fournit des emplois (et des salaires) à des citoyens syriens vivant dans un pays à l’économie dévastée. Des supplétifs syriens seraient déjà utilisés par la Turquie en Lybie, et même à l’intérieur de la Syrie contre les Kurdes dans la bande territoriale nord occupée par Istanbul. Le mercenariat est en train de devenir une activité économique complémentaire pour la Syrie.

    L’utilisation de mercenaires par les Etats est aussi vieille que la guerre elle-même. Dans l’histoire récente on a vu les Etats-Unis d’Amérique y recourir significativement en Irak et en Afghanistan, il s’agissait de sociétés privées, dont la fameuse compagnie Blackwater, mettant en œuvre des salariés américains. La Françafrique eut aussi recours à des mercenaires dans les années 1960 pour mener ses coups tordus dans son précarré, dont le fameux Bob Denard impliqué dans des coups d’Etat au Bénin, aux Comores, des participations à des guerres au Yémen, au Katanga, au Congo belge et bien d’autres. Denard c’était un mercenariat d’opérette dans les années 1960 qui n’a jamais dû faire beaucoup de victimes sinon de détrôner quelques satrapes locaux. En revanche, comme à leur habitude les Américains ont industrialisé le processus et très largement amélioré sa « productivité » lors des guerres du Proche-Orient. L’arrivée de supplétifs syriens et tchétchènes sur un terrain de guerre est-européen risque de réserver quelques surprises et innovations. L’une des questions qui se posera à la fin des hostilités est de savoir si et comment ces Syriens rentreront chez eux ?

  • Une première victoire de la Russie

    Une première victoire de la Russie

    La guerre déclenchée par la Russie contre l’Ukraine va être difficile à conclure, militairement comme diplomatiquement, mais Moscou engrange déjà une première victoire : la revue accélérée de la demande d’adhésion à l’Union européenne (UE) de l’Ukraine, de la Moldavie et de la Géorgie. L’UE est déjà très sérieusement bloquée dans son fonctionnement du fait de l’impossibilité de travailler en bonne entente à 27 pays aux niveaux de développement socio-économiques si différents, y ajouter les trois pays précités, plus évidement les pays balkaniques (Serbie, Albanie, Macédoine du nord, entre autres) qui frappent à la porte depuis plusieurs années, est la garantie du blocage complet des institutions politiques de l’UE.

    Au mieux cette Europe se transformera en marché commun sans plus d’ambitions politiques, au pire elle tombera dans cet état de « mort cérébrale » dont le président Macron taxait récemment l’Alliance atlantique. Une telle perspective emportera l’agrément des empires actuels que sont la Russie, les Etats-Unis d’Amérique ou la Chine qui préfèrent évidemment avoir à traiter en direct avec l’Albanie, par exemple, plutôt qu’avec une entité politique établie et opérationnelle comme l’UE.

    Sans doute la Russie aura du mal à sortir grand vainqueur de la confrontation en cours avec l’Ukraine, mais si l’un des effets de cette guerre slave est une paralysie durable de l’UE, Moscou devrait s’en réjouir. A partir du moment où le statut de candidat sera attribué à ces pays, il sera très difficile d’y revenir même si l’adhésion formelle pourrait prendre des années. Le cas de la Turquie est exemplaire : sa « vocation à l’adhésion » a été reconnue dans le Traité de Rome et à l’heure qu’il est, bien que les négociations soient au point mort depuis plusieurs années, cette « vocation à l’adhésion » ne lui a toujours pas été juridiquement reprise. Il en ira de même pour l’Ukraine et les cinq autres pays de l’est dont il est question.

    Ces adhésions ne sont pas techniquement ni financièrement souhaitables pour l’Union. L’attitude russe les rend malheureusement presque inévitables !

  • L’imposture du génocide

    La guerre en cours entre la Russie et l’Ukraine donne lieu à l’utilisation abusive du terme de génocide porté par l’un contre l’autre et vice-versa.

    L’article II de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide approuvée par l’assemblée générale de Nations unies du 09/12/1948 stipule :

    Dans la présente Convention, le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :

    a) Meurtre de membres du groupe ;
    b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;
    c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ;
    d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;
    e) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.

    https://www.ohchr.org/FR/ProfessionalInterest/Pages/CrimeOfGenocide.aspx

    Depuis quelques années, dès que l’on déplore trois morts assassinés dans un village de brousse à l’autre bout du monde, les parties impliquées crient au « génocide ». C’est évidement incorrect et ne devrait pas tromper n’importe qui capable d’un minimum de réflexion.

    Les Russes accusent les Ukrainiens d’être coupables de génocide dans les provinces russophiles du Donbass à l’est du pays et les Ukrainiens taxent les Russes de génocidaires depuis leur invasion de l’Ukraine. Ces accusations ne sont pas documentées et ressemblent plus à de la communication qu’à de l’information. Il y a la guerre entre ces deux nations. Cette guerre entre deux Etats souverains a une petite saveur de guerre civile tant les peuples sont proches. Il y a évidemment des règlements de comptes entre armées, entre milices, entre citoyens, il y a certainement des forbans des deux côtés mais il n’y a pas à ce stade de preuves flagrante de génocide en cours au sens de la définition de l’ONU.

  • La Russie ferme sur ses exigences

    Juin/Charlie Hebdo (02/03/2022)

    L’armée russe continue à avancer en Ukraine par l’est, le sud et le nord. 1,5 million d’Ukrainiens auraient quitté le pays par l’ouest et quelques millions seraient déplacés à l’intérieur du pays pour fuir les combats. Des « négociations » russo-ukrainiennes se déroulent mais a priori sans véritables avancées sinon la mise en place de couloirs d’évacuation humanitaire pour sortir les civils de zones de combat qui ne sont pas véritablement opérationnels. Le président russe maintient ses exigences pour envisager un cessez-le-feu :

    1. Reconnaissance de l’annexion de la Crimée
    2. Démilitarisation de l’Ukraine
    3. « Dénazification » du pays (signifiant probablement mise en place d’un gouvernement pro-russe)

    La Russie veut reprendre le contrôle de l’Ukraine « pays frère » que le président russe considère comme une « création bolchévique » signifiant ainsi que ce pays n’a jamais eu d’existence historique et encore moins de profondeur politique.

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2022/02/a-lest-rien-de-nouveau-la-russie-naime-pas-loccident/
    ~~~~~~~~

    Les réactions et sanctions occidentales ne semblent pas le faire démordre de ses demandes. Il continue à parler aux uns et aux autres : MM. Macron, Erdogan (Turquie), Bennett (Israël)… pour leur répéter la même chose. Les « experts » militaires de plateaux télévisés glosent sur les difficultés rencontrées par l’armée russe face à l’opposition de l’armée ukrainienne et de la défense civile. La Russie n’a pas encore pris de sanctions économiques contre l’Occident en réaction à celles dont elle est victime, le gaz continue à circuler dans les tuyaux de la Sibérie vers l’Europe qui peut ainsi se chauffer ce qui est plus confortable pour manifester son opposition à la guerre. Le président ukrainien continue à faire porter la responsabilité à l’Ouest des morts ukrainiens du fait de son refus de s’engager militairement contre la Russie. L’Alliance atlantique (OTAN) maintient effectivement son refus de confronter ses troupes directement avec celles de la Russie, puissance nucléaire.

    Bref, la guerre continue et personne ne sait bien par quelles compromissions elle pourrait se terminer. Pourtant, les combats vont s’arrêter un jour, il y aura bien un compromis et l’Ukraine risque d’en être la victime.

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2022/02/le-president-russe-et-lhistoire/
    ~~~~~~~~

    Pour le moment c’est toujours Poutine qui a la plus grosse !

  • Le syndrome de l’adhésion

    Riss/Charlie Hebdo (02/03/2022)

    Après l’Ukraine qui exige son adhésion à l’Union européenne (UE) comme garantie de sa sécurité, voici hier la Géorgie et aujourd’hui la Moldavie qui réclament de même. C’est sans doute une défaite de la Russie qui voit ses anciennes Républiques soviétiques, lorsqu’elles disposent d’une expression démocratique, affirmer le même choix d’un rattachement à l’Ouest plutôt qu’à Moscou. De même, aujourd’hui les réfugiés ukrainiens quittent plutôt leur pays en se dirigeant vers la Pologne que vers la Biélorussie…

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2022/03/lukraine-en-train-dacheter-un-droit-dentree-en-europe/
    ~~~~~~~~

    En revanche, ce qui pourrait être une victoire à retardement du président Poutine c’est qu’une UE réunissant des pays avec des niveaux de développement aussi éloignés est une quasi garantie de blocage institutionnel de l’organisation dans son fonctionnement journalier. Exceptées les périodes très spécifiques comme aujourd’hui celle où tout le monde se retrouve sous la bannière de la défense de l’Ukraine, l’Union actuelle à 27 membres est déjà face à de très sérieuses difficultés de fonctionnement et les pays s’affrontent de plus en plus sur les valeurs démocratiques dont ils n’ont pas tous la même vision, loin de là.

    Imagine-t-on la pétaudière que pourrait être demain une UE avec les trois pays candidats plus la Serbie, l’Albanie, la Macédoine du nord qui frappent déjà à la porte depuis quelques années ? La caractéristique politique de l’Union se rabougrira et tombera d’elle-même au bout d’un moment, mouvement déjà largement entamé. D’un club de riches tel que conçu au départ, ce groupe de pays deviendra une ONU bis, un « machin » aurait dit MonGénéral, bref, un lieu d’affrontement et de chaos où la seule ambition des pays moins riches sera de soutirer des sous à ceux qui le sont plus. L’UE deviendrait une plateforme de redistribution mais disparaîtrait en tant qu’entité politique.

    Ce peut être une fin en soi mais ce n’était pas l’objectif initial des pères fondateurs. Les dictatures, mais aussi les Etats-Unis et le Royaume Uni, se réjouiraient sans doute d’une telle évolution (régression ?), ainsi d’ailleurs que nombre de partis populistes dans les démocraties européennes. La Russie tiendra peut-être alors sa victoire, à moins qu’elle n’ait aussi demandé son adhésion à l’UE !

  • L’Ukraine en train « d’acheter » un droit d’entrée en Europe

    Foltz/Charlie Hebdo (02/03/2022)

    Avec pas mal d’habileté, mais aussi le sang de son peuple, le président ukrainien Volodymyr Zelensky est en train de gagner le droit d’entrée de son pays dans l’Union européenne (UE). Faisant preuve d’un courage certain en refusant les propositions d’exfiltration de certaines puissances occidentales, il marque ainsi la différence avec l’un de ses prédécesseurs Viktor Yanukovych qui s’était exilé en Russie 2014 pour fuir son pays en proie à la « révolution orange ».

    Le président ukrainien toujours présent à Kiev diffuse plusieurs fois par jour des messages vidéo sur les réseaux dits « sociaux » et a même aujourd’hui réalisé une intervention devant le parlement européen dans laquelle il exhorte l’UE à entamer une procédure d’adhésion exceptionnelle pour son pays qu’il qualifie de « juste et possible ».

    « Prouvez que vous êtes avec nous. Prouvez que vous ne nous laisserez pas tomber. Prouvez que vous êtes effectivement des Européens et alors la vie vaincra la mort et la lumière vaincra l’obscurité »

    Il fait jouer la corde sensible avec relativement d’efficacité. Qui osera se prononcer aujourd’hui contre l’adhésion de l’Ukraine qui est sous les bombes russes, et alors que l’on a déjà accepté des pays comme la Croatie ou Chypre (occupée par la Turquie) ? En réalité : personne même si l’on sait bien que l’élargissement de l’Union à l’Ukraine à l’ensemble européen ne pourra que rendre un peu plus chaotique le fonctionnement de l’UE et nécessitera des budgets considérables à régler par les contribuables communautaires. De plus, la Russie ne l’acceptera pas plus que la Serbie n’admettra jamais « l’indépendance » du Kosovo… L’adhésion de l’Ukraine n’est pas dans l’intérêt raisonnable des pays déjà membres mais nous sommes sans doute déjà au-delà du raisonnable et probablement, à défaut de prendre les armes aux côtés de Kiev, l’Europe devra s’engager à quelque chose en faveur de ce pays qui ne doit respecter à ce stade que fort peu des critères économiques, sociaux, juridiques et politiques préalables à l’adhésion dans un contexte normal, et qui n’est pas près de les respecter dans leur entièreté.

    Lorsque l’heure de la diplomatie reviendra l’UE sera peut-être sauvée par le gong car il faudra bien compromettre quelque chose avec Moscou ; probablement une certaine neutralité de l’Ukraine serait une demande minimum pour stopper le conflit. A moins que l’Occident n’ait l’intention de demander une reddition sans conditions ce qui n’est probablement ni techniquement faisable car il faudrait qu’il entre en guerre, ni politiquement souhaitable, souvenons-nous des effets délétères du Traité de Versailles. Dans tous les cas une adhésion de l’Ukraine à l’UE ou à l’OTAN, même dans une perspective lointaine sera toujours très mal vécue par la Russie, susceptible d’attiser le jusqu’auboutisme de Moscou, et très indigeste pour l’Occident.

  • Le président russe et l’Histoire

    Le président russe et l’Histoire

    Le président russe a signé un long article (15 pages) en juillet 2021 sur l’histoire commune de son pays et de l’Ukraine.

    Un peu soporifique et confus, cet article insiste sur le fait que les peuples russe et ukrainien ne font qu’un et que leurs divisions actuelles sont provoquées « par des forces qui ont toujours cherché à torpiller notre unité. »

    Les Russes, les Ukrainiens et les Biélorusses sont les héritiers de l’ancienne Russie qui a été le plus grand pays d’Europe.

    Le trône de Kiev bénéficiait d’une position dominante dans l’ancien État russe.

    S’en suivent dix siècles d’histoire brossée à grands traits mentionnant que « l’Ukraine moderne est entièrement le fruit de l’ère soviétique » et donc n’existait pas vraiment comme Etat avant cette période. Puis, sous influence extérieure depuis la fin de l’URSS, elle fut mal gérée par des autorités qui ont « dilapidé les acquis de plusieurs générations. » pendant que les Etats-Unis d’Amérique et l’Union européenne « ont poussé systématiquement et avec persévérance l’Ukraine à réduire et à limiter sa coopération économique avec la Russie. »

    Pas à pas, l’Ukraine a été entraînée dans un jeu géopolitique dangereux, dont le but était d’en faire une barrière entre l’Europe et la Russie, une tête de pont contre la Russie. Inévitablement, le moment est venu où le concept de « l’Ukraine n’est pas la Russie » n’était pas suffisant. Il a fallu « l’anti-Russie », ce que nous n’accepterons jamais.

    Bref, les forces extérieures maléfiques s’évertuent à diviser l’Ukraine et la Russie alors que l’histoire n’aurait jamais dû les séparer.

    Je suis convaincu que c’est en partenariat avec la Russie que la véritable souveraineté de l’Ukraine est possible. Nos liens spirituels, humains, civilisationnels se sont tissés depuis des siècles, remontent aux mêmes sources, se sont endurcis par les épreuves, les réalisations et victoires communes. Notre parenté se transmet de génération en génération. Elle est dans les coeurs, dans la mémoire des personnes vivant dans la Russie et l’Ukraine modernes, dans les liens du sang qui unissent des millions de nos familles. Ensemble, nous avons toujours été et serons bien plus forts et performants. Après tout, nous sommes un seul peuple.

    Tout ceci est entendable mais la seule analyse qui manque est de savoir pourquoi les peuples des anciennes Républiques soviétiques regardent vers l’Ouest plutôt que vers Moscou ? Peut-être est-ce aussi une question de gouvernance, voire de conception de la liberté ? Et comment fait-on pour faire revenir vers soi un pays qui, majoritairement, ne le souhaite plus ? On utilise la force et c’est ce qu’est en train de faire la Russie, comme l’Union soviétique l’a fait autrefois à Berlin, à Bucarest, à Prague.

    En fait, le pouvoir russe considère que l’Ukraine est une province de la Russie et il entend y mener ses opérations de maintien de l’ordre comme il les mène à l’intérieur de ses propres frontières, et avec les méthodes vigoureuses qui sont les siennes. Le problème auquel il se heurte est que l’Ukraine est devenue un pays souverain reconnu par la communauté internationale, dont la Fédération de Russie, et que ladite communauté n’aime pas que les frontières soient revues, sauf si c’est le fait de communauté elle-même, comme ce fut le cas avec la scission du Soudan par exemple.

    Un jour, le moment de la diplomatie reviendra et ce long texte poutinien sera de nouveau sur la table. Il faudra bien céder quelque chose à la Russie et prendre en compte ses peurs, ou même une partie de son interprétation parfois fantasmagorique de l’Histoire. La guerre déclenchée par la Russie une fois terminée devrait au moins permettre de redéfinir les rapports entre ce pays et l’Europe. Demain la Russie sera toujours là, peut-être dirigée par une autre équipe, et il faudra bien trouver un moyen de cohabitation qui risque de se faire au détriment de l’Ukraine qui pourrait être partitionnée ou rendue neutre comme prix à payer pour la paix, au moins pour quelques décennies.

  • Les avoirs des dirigeants russes

    Un certain nombre de dirigeants russes, dont le président et son ministre des affaires étrangères, font l’objet de sanctions occidentales par gel de leurs avoirs. Ces annonces sont diffusées haut et fort par différents Etats européens mais personne ne précise le montant de ces avoirs saisis ! Le citoyen ignore donc complètement l’effet de telles mesures. On peut imaginer que MM. Poutine ou Lavrov, entre autres, ne sont pas stupides au point d’avoir laissé des comptes bancaires ou des actifs à leurs noms dans des pays occidentaux. S’ils ont des fortunes à cacher en dehors de la Russie, il existe suffisamment de paradis fiscaux ou, tout simplement, de pays amis disposés à les accueillir pour ne pas courir le risque de se les faire saisir en Occident. Il est étonnant que les médias français passant en boucle cette information sur le gel des avoirs ne se posent pas la question de quelles valeurs il est question ?

    Ce n’est cependant pas le cas de nombre d’oligarques russes qui paradent dans de luxueuses demeures à Londres, sur la Côte d’azur et ailleurs, sans parler de ceux qui achètent des clubs de fouteballe. On se demande bien pourquoi ils préfèrent Nice à la mer Noire pour passer leurs vacances, mais c’est ainsi, ils ont beaucoup investi en Europe. Rappelons que la fortune de la plupart d’entre eux a été constituée lors de la privatisation des entreprises d’Etat soviétiques dans les années 1990, qui fut l’une des plus gigantesques opérations de spoliation de biens publics réalisée dans le monde à l’époque contemporaine.

    Leur cas est plus complexe car on peut leur faire confiance pour avoir mis en place des montages juridiques complexes et multinationaux pour cacher leurs titres de propriété occidentaux et rendre juridiquement difficile leur saisie. Même les Balkany, bien moins riches et avisés, ont réussi à cacher leurs véritables avoirs au fisc français durant des décennies… Par ailleurs, saisir les avoirs des oligarques pose également des questions politiques : sont-ils responsables de la guerre en Ukraine ? Que se passera-t-il avec les avoirs occidentaux en Russie qui subiront probablement le même sort ?