Catégorie : Asie

  • Les alliés indéfectibles de la Russie

    Alors que les pays occidentaux protestent contre la guerre déclenchée par la Russie en Ukraine et essayent d’aider Kiev comme ils le peuvent et sans engager de troupes sur place, les habituels amis de Moscou marquent leur « indéfectible amitié à la Russie ».

    Le site Facebook de la présidence syrienne mentionne un entretien téléphonique ce 25 févier entre MM. Poutine et Al Assad dont le compte-rendu est même traduit en français (avec un peu d’approximation) :

    Le président Assad a déclaré : les pays occidentaux assument la responsabilité du chaos et du sang à cause de leurs politiques visant à contrôler les populations, alors que ces pays utilisent leurs sales méthodes pour soutenir les terroristes en #Syrie et les nazis en Ukraine et en diff des parties érentes du monde.

    Le président Assad considère que l’ennemi auquel sont confrontés les soldats syriens et russes est un ennemi, en Syrie il est extrémiste et en Ukraine il est nazie, faisant remarquer que la Russie fédérale donnera au monde une leçon que les grands pays ne sont pas seulement grands avec leur pouvoir militaire mais en ce qui concerne le droit et la haute éthique Oui et les principes de l’humanité.

    https://www.facebook.com/SyrianPresidency/posts/321674126665574

    La Biélorussie est partie au conflit puisqu’une partie des troupes russes sont parties de ce pays pour envahir l’Ukraine qui partage une longue frontière avec ce pays. C’est un peu le retour d’ascenseur après que la Russie avait soutenu son président dont la réélection en 2020 était fortement contestée par la rue.

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2021/11/la-russie-aux-avant-postes-du-soutien-a-la-bielorussie/
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    La Chine a déclaré « Nous comprenons les préoccupations de sécurité légitimes de la Russie » sans toutefois soutenir l’intervention militaire en cours. Sans doute Pékin observe de près les suites qu’aura cette affaire dans l’hypothèse où elle souhaiterait faire de même, un jour, avec Taïwan.

    Ce 25 février, une résolution préparée par les Etats-Unis d’Amérique et l’Albanie a été rejeté par le veto russe. Trois pays : Chine, Inde et Emirats arabes unis, se sont abstenus et onze ont voté pour. Le texte rejeté décidait que

    « la Fédération de Russie cessera immédiatement de recourir à la force contre l’Ukraine » et « retirera immédiatement, complètement et sans condition ses forces militaires du territoire de l’Ukraine à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues ».

    Lire aussi : https://news.un.org/fr/story/2022/02/1115192
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    La position de neutralité de l’Inde et des Emirats arabes unis est prudente et un peu acrobatique, mais ces deux pays rejettent également de toutes leurs force le concept même de démocratie. C’est sans doute une des raisons expliquant leur position à l’ONU.

    Bien entendu, la Corée du Nord et l’Iran ont marqué leur soutien à la Russie, ainsi que l’inénarrable Francis Lalanne.

    La Tchétchénie, République du Caucase, de religion musulmane, La Tchétchénie, République du Caucase, de religion musulmane, appartenant à la Fédération de Russie, dont l’opposition et ses revendications indépendantistes avaient été très violemment éteintes par les troupes de Moscou lors des guerres de 1994 (Eltsine étant président russe) et 2000 (sous la présidence Poutine). A la suite de ces violences, l’Europe a accueilli des réfugiés Tchétchènes dont certains se sont illustrés, notamment en France, dans des actions terroristes et de délinquance. Cette République est maintenant dirigée d’une main de fer par un dictateur prorusse qui a proposé d’envoyer 10 000 « combattants » en Ukraine pour soutenir la politique russe. On peut souhaiter à l’Ukraine que cette option ne soit pas déclenchée par Moscou car ces « combattants » sont plutôt du genre sauvage.

  • Le risque nucléaire

    Alors que le président russe rappelle régulièrement que son pays dispose de l’arme nucléaire et que si quelque pays que ce soit intervient dans le conflit en cours il devra affronter une réaction immédiate et d’une ampleur « jamais vue ». Le ministre français des affaires étrangères a répondu sur un plateau télévisé hier soir que l’OTAN était également une alliance nucléaire.

    Ces échanges explicites font comprendre que l’option de l’arme nucléaire est sur la table. Evidemment on joue aussi à se faire peur mais cela fait longtemps qu’une telle hypothèse n’avait pas été aussi précisément évoquée en Europe. Une Russie « jusqu’auboutiste » pourrait-elle appuyer sur le bouton ? On ne sait pas mais on croit ceci possible.

    On remarque que les invasions soviétiques chez les « pays frères » à Berlin-Est en 1953, à Budapest en 1956 ou Prague en 1968 n’avaient pas déclenché de guerre aussi totale que celle qui est en cours en Ukraine. Certes le sang avait coulé mais « l’ordre communiste » avait été rétabli semble-t-il avec moins de batailles, ou en tout cas des combats moins violents. Il faut dire qu’à ces époques une partie des populations et élites locales des pays envahis étaient favorables à l’arrivée du « grand frère » soviétique avec lequel elles partageaient l’idéologie communiste. Cela semble être beaucoup moins le cas aujourd’hui en Ukraine où la guerre déclenchée par Moscou a choqué et surpris nombre d’Ukrainiens tant leur histoire, leur culture et leur langue sont mélangées avec celles des Russes.

    Quand la guerre actuelle entre la Russie et l’Ukraine s’atténuera et que l’heure de la diplomatie reviendra, l’Ukraine sera sans doute renforcée dans sa volonté de regarder vers l’Ouest et elle rejoindra le groupe des pays qui eurent à souffrir dans leur chair de l’Union soviétique puis de la Fédération de Russie et ne sera sans doute pas prête avant longtemps à regarder vers Moscou. Il est à craindre que la Russie n’occupe l’Ukraine où n’y installe des dirigeants à sa botte, ou, plus probablement, les deux lorsque l’intensité du conflit s’atténuera. La situation sera donc sans doute gelée pour quelques années mais le ressentiment des Ukrainiens contre les Russes risque de perdurer pour de longues années.

    Quant à la Russie elle s’est sans doute mise au ban de la société occidentale pour encore plus longtemps. Elle se retournera vers l’Asie d’où l’on n’aurait jamais dû la sortir. Le monde est en train de remplacer l’opposition capitalisme/socialisme de la guerre froide par une compétition démocraties/dictatures, qui recouvre plus ou moins la répartition géographie Occident/Asie, la première zone intégrant également quelques pays asiatiques comme le Japon, l’Australie. Le gagnant de ce nouveau conflit n’est pas écrit d’avance

    Cette nouvelle guerre idéologique était plutôt du genre tiède mais Moscou vient de marquer qu’elle peut aussi se réchauffer comme moyen de force pour éviter la « contagion démocratique », pour le moment sans déclencher de l’option nucléaire.

  • La Russie passe du côté obscur de la force

    Il y avait un risque sur deux que la Russie déclenche une guerre ouverte contre l’Ukraine au lieu de se contenter d’un simple soutien aux Républiques autoproclamées du Donbass dans lesquelles les « forces de paix » russes étaient déjà à la manœuvre depuis le début de la semaine. Eh bien nous y sommes, une campagne de bombardement significative a été lancée dans la nuit touchant toutes les villes du pays.

    Un message du président russe a été diffusé dans la nuit pour annoncer l’attaque dans lequel il parle de son objectif de « démilitariser et dénazifier l’Ukraine » ainsi que d’arrêter le « génocide » en cours mené par Kiev contre les populations russophones du Donbass. Il a également affirmé que toute partie qui aiderait l’Ukraine aurait à en supporter les conséquences.

    On reconnaît là toute la subtilité russe sans vraiment savoir ce que cela veut dire, ni jusqu’où ce conflit sera mené tant l’hypothèse d’une guerre totale contre l’Ukraine semblait improbable. L’Occident libéral fait preuve de faiblesse et a du mal à anticiper les comportements agressifs des dictateurs. Engourdi dans des problèmes de riches et de cholestérol, l’Ouest renonce à menacer de faire la guerre si ses intérêts vitaux ne sont pas en jeu et l’Ukraine, a priori, ne fait pas partie desdits intérêts. Il n’est pas facile pour un dirigeant démocratique de décider d’envoyer (ou même seulement d’envisager) son pays et ses citoyens à la guerre !

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2022/02/ruse-et-retors-le-president-russe-met-la-main-sur-le-donbass/
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    Étrange retour aux années 1930-1940, qui, quand même, se sont terminées par la défaite des nazis et de leurs alliés avec l’aide incontestable de… l’Union soviétique, mais après une guerre mondiale et des millions de morts des deux côtés. La reddition sans condition allemande n’a pu être obtenue que suite à un engagement total des forces alliées. Les pays européens de l’Est qui ont déjà été occupés par les Soviétiques durant la guerre froide s’inquiètent de voir les ambitions de l’ours russe ne pas se satisfaire de la simple Ukraine. On pressent aujourd’hui que cela serait possible.

    En fait nous assistons en ce moment à un « concours de bites » et pour l’instant c’est manifestement Poutine qui a la plus grosse !

  • Rusé et retors, le président russe met la main sur le Donbass

    Félix/Charlie Hebdo (26/01/2022)

    Après avoir menacé sans vergogne l’Occident d’envahir l’Ukraine coupable de tendresse envers l’Ouest, massé des troupes considérables à sa frontière avec ce pays, baladé et menti effrontément à tous les représentants occidentaux passés à Moscou pour essayer de régler le litige diplomatiquement (dont le président français), la Russie vient de reconnaître « l’indépendance » de deux Républiques autoproclamées de l’est de l’Ukraine, habitées par une majorité russophile et russophone, en guérilla depuis 2014 contre le pouvoir central de Kiev. Dans la foulée des accords de coopération et de défense ont été signés entre la Russie et ces deux territoires, autorisant l’entrée des « troupes de paix » russes ce qui fut aussitôt fait. On ne connait d’ailleurs pas exactement les « frontières » reconnues par Moscou, celles des deux Républiques autoproclamées ne correspondant pas exactement à celles de la région du Donbass !

    L’Occident vocifère sur tous les tons mais se retrouve devant le fait accompli en préparant quelques sanctions économiques après avoir bien expliqué qu’il n’y aurait pas d’engagements militaires contre la Russie sur le thème « personne chez nous ne veut mourir pour l’Ukraine ». Le message n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd !

    Le résultat des courses est que la Russie est bien rentrée en Ukraine sans formellement entrer en guerre mais en envoyant des « soldats pour la paix » censés aider leurs nouveaux amis de Donbass. C’est bien joué. Les habitants de cette région devraient majoritairement accueillir les Russes à bras ouverts alors qui va s’inquiéter pour eux ? Après la Transitrie créée contre la Moldavie en 1992, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud crée en 2014 contre la Géorgie puis la Crimée annexée par la Russie la même année, c’est chaque fois plus ou moins la même méthode par création par les rebelles sécessionnistes locaux de républiques autoproclamées, où résident de fortes communautés russes ou d’origine russe, qui déclarent leur indépendance puis sont reconnues par Moscou et quelques-uns de ses affidés. Une fois ces indépendances reconnues par la Russie le pays d’où ces territoires ont été arrachés n’ose plus vraiment essayer de les récupérer par peur de se heurter à Moscou. C’est ce qui se passe en Géorgie, en Transnitrie et, probablement, à partir d’aujourd’hui dans le Donbass.

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2022/02/a-lest-rien-de-nouveau-la-russie-naime-pas-loccident/

    Après son intervention pour aider à rétablir l’ordre au Kazakhstan l’an passé, Moscou continue à rétablir des Etats tampons autour de ses frontières, bref remettre sur pieds une sorte d’Union soviétique du XXIème siècle. Le problème insoluble pour la Russie est que la majorité des anciennes Républiques soviétiques qui ont goûté aux charmes de l’Ouest après l’effondrement de l’URSS, la Pologne, les pays Baltes, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie… ne souhaitent pas, mais vraiment pas, revenir vers le passé. Toute la ruse et la mauvaise foi des négociateurs russes n’arrivent pas à inverser ce sentiment et c’est là leur problème insoluble à ce stade.

    Evidemment, si l’Ukraine restait amie avec la Russie et ne regardait pas vers l’Occident avec les yeux de Chimène ce serait plus simple pour tout le monde, et surtout pour l’Ouest. Faire adhérer l’Ukraine à l’Union européenne comme le président ukrainien l’exige actuellement serait tout simplement un cauchemar bureaucratique, une charge budgétaire sans précédent pour les contribuables communautaires et une source de conflits sans fin. Et sans doute un échec in fine. Ainsi vont les relations internationales, la Russie est entrée en Ukraine et il est peu probable que personne ne l’en chasse avant longtemps même s’il y aura certainement de nouvelles étapes à affronter.

  • Poutine tout en délicatesse et subtilité

    Lors d’une conférence de presse commune à Moscou le 7 février avec le président français Macron, le président de la Fédération de Russie Poutine, pour essayer de faire retomber les bruits de bottes entendus de l’armée russe massée aux frontières de l’Ukraine, le Russe interpelle son ennemi ukrainien en assénant :

    Que ça te plaise ou non, ma jolie, faudra supporter.

    Il semble que cela rime en russe, bel effort !

    Les commentateurs ont parlé d’une phrase qui ferait allusion au viol. Le porte-parole du Kremlin a expliqué le lendemain que M. Poutine voulait dire que lorsqu’un Etat a pris des engagements, il doit les respecter. Dans tous les cas, cette sortie démontre le sentiment de supériorité affiché par Moscou à l’égard des anciennes possessions de l’Union soviétique. Si la rime en russe est riche, elle indique que le président russe est aussi poète à ses heures perdues…

  • A l’Est, rien de nouveau : la Russie n’aime pas l’Occident !

    Riss/Charlie Hebdo (26/08/2020)

    Alors que Moscou fait résonner des bruits de bottes à sa frontière ouest avec l’Ukraine, sa capacité de nuisance et sa détestation de l’Occident se confirment. L’Ukraine est tiraillée entre sa partie est, le Donbass, russophone et russophile, et ses trois-quarts ouest plutôt attirés par l’Occident. La Russie a déjà annexé la Crimée (également russophone et russophile) en 2014 qui avait été bien imprudemment rattachée à l’Ukraine en 1954 sur décision de l’Union soviétique. Moscou se verrait bien croquer le reste de l’Ukraine…

    Après la fin de l’URSS, quelques esprits ignorants ou mal intentionnés ont laissé entendre à ce pays qu’il pourrait intégrer l’alliance militaire de l’Atlantique nord (OTAN) et l’Union européenne (UE), afin de l’ancrer loin de l’influence russe. Moscou ne l’entend pas de cette oreille et agit actuellement en plein jour en massant son armée à la frontière, en sous-main via ses habituelles attaques cyber et autres actions de déstabilisation, une spécialité de ce pays depuis des décennies.

    Evidemment la frontière géographique entre l’Europe et l’Asie est difficile à situer précisément. Si l’on regarde le massif de l’Oural, traditionnellement évoqué comme frontière géographique entre ces deux continents, l’Ukraine est plutôt située côté ouest. Mais si l’on se penche sur l’histoire politique et culturelle de la région, l’Ukraine fait plutôt partie du monde slave de l’est bien que les relations entre l’Ukraine et l’Empire russe, puis l’URSS, puis de la Fédération de Russie de nouveau après 1989, n’ont jamais été vraiment apaisées dans l’époque contemporaine et plutôt ponctuées de conflits, de déportations, d’empoisonnements, de rébellions, d’exécutions, de famines, de goulags, de spoliations et de vengeances…

    Ce qui est sûr c’est que l’intégration de l’Ukraine dans l’UE ne serait qu’une mine de problèmes pour tout le monde et pour très longtemps, sans parler des coûts gigantesques qu’il faudrait investir dans ce pays pour ne pas arriver à le mettre à niveau des exigences occidentales, économiques comme démocratiques. Malgré un passé industriel et agricole solide, ravagé par une corruption endémique le pays reste dans les mains d’oligarques qui se sont partagés les dépouilles de l’Ukraine soviétique et gèrent depuis le pays comme s’il en allait de leur propre patrimoine. Les quelques tentatives d’aller vers plus de démocratie et d’Etat de droit ont toutes plus ou moins échoué, la dernière ayant porté au pouvoir en 2019 un ancien comédien de télévision qui semble rencontrer quelques difficultés à s’imposer. A la tête d’un pays dont la Crimée a été annexée par Moscou en 2014 et la partie orientale est en sécession avec l’aide de la Russie, il faut admettre que sa tâche n’est pas aisée.

    La perspective d’un élargissement occidental à l’Ukraine a le don d’énerver considérablement Moscou qui verrait ainsi, s’il se réalisait, le système démocratique tant honni se rapprocher de ses frontières. La Russie, comme d’autres pays autoritaires, considère la démocratie comme décadente et nuisible à son propre pouvoir. C’est une vieille histoire. Depuis Catherine II (1729-1796) l’Empire russe s’étend vers l’ouest et vers le sud. Moscou a défait Napoléon et Hitler dans des batailles homériques devenues mythiques. Il s’étend même à l’est au début du XXème siècle contre les empires perse et ottoman. La Russie est une puissance qui a les ambitions de la puissance, hier comme aujourd’hui. La Révolution bolchévique a poursuivi cette internationalisation sous le drapeau de l’URSS puis a cédé la place à la Fédération de Russie avec un peu moins d’idéologie mais toujours la même volonté de s’occuper plus de ce qui se passe à l’extérieur de ses frontières qu’à l’intérieur. Et les Russes ne s’encombrent pas de subtilités diplomatiques pour le faire savoir. Avec la discrétion d’un ours dans un magasin de porcelaine, ils déploient leur armée et menacent l’Ukraine tout en expliquant qu’ils se sentent agressés par la volonté de l’Occident d’accueillir l’Ukraine en son sein.

    En réalité, tout le monde a intérêt au statuquo, l’Occident comme la Russie. Peut-être que les menaces russes sont la meilleure façon de l’obtenir. Pour autant qu’elles ne soient pas mises en œuvre, faut-il s’en plaindre ?

  • La Chine montre le chemin

    Le ministère chinois des sports vient d’interdire formellement aux fouteballers de son équipe nationale d’avoir de nouveaux tatouages et prie ceux qui en ont déjà de les faire enlever. La télévision publique chinoise a déjà l’habitude de flouter les joueurs occidentaux tatoués, c’est-à-dire la très grande majorité de ceux-ci. Le parti communiste chinois est parti en chasse contre la vulgarité. C’est un bon objectif mais ta tâche est vaste !

  • Singapour se fâche

    Alors qu’une minorité de ses citoyens refuse toujours de se faire vacciner contre la Covid, l’Etat de Singapour a décidé de faire payer les frais d’hospitalisation aux malades de la Covid non vaccinés. C’est une vraie mesure libérale qui fait porter la responsabilité de ses décisions à la population sur le thème « j’ai la liberté de ne pas me faire vacciner mais, si je suis malade, je ne fais pas porter la charge de ma décision par la communauté des cotisants à l’assurance sociale ».

    C’est évidemment une situation difficile à imaginer en France où la déresponsabilisation et la victimisation des citoyens sont souvent érigées en mode de fonctionnement. Voyons ce que donnera cette décision à Singapour dans un vrai pays libéral.

  • « One more jump » de Emanuele Gerosa

    Un film documentaire sur la pratique du parkour par de jeunes palestiniens résidant à Gaza. Le parkour est une espèce de running de banlieue, ponctué de franchissement d’obstacles façon breakdance. C’est impressionnant et pratiqué par ces jeunes de Gazacomme un moyen d’évasion de leur chaudron Gazaouite, entre mer Méditerranée, police du Hamas et gardes-frontière israéliens, sans aucun espoir de futur sur place.

    Alors tous ces gamins n’ont qu’une idée en tête : fuir leur prison vers l’Europe pour tenter d’y mener une vie meilleure. Le titre du film est une allégorie à cette tentation désespérée. L’un d’eux réussit à partir pour l’Italie pour participer à des compétitions de parkour et le film alterne entre les deux personnages principaux celui de Rome et celui de Gaza. Ceux qui sont restés envient le premier et… le condamnent d’être parti sans eux.

    Présent dans la salle, le réalisateur revient ensuite sur les conditions de tournage en 2019 relativement aisées dans un environnement plutôt agité, l’obsession de ces jeunes pour quitter leur territoire sans espoir de retour, la bouffée d’air frais que représente la pratique du parkour dans l’environnement dévasté de Gaza. Il nous apprend pour finir que le premier personnage a eu un accident lors d’un entraînement en Italie et finira sa vie sur une chaise roulante et que le second a finalement pu quitter Gaza, également pour l’Italie, laissant les siens sur place sans doute pour toujours. Pas très gai ce documentaire, pas plus que la situation gelée en Palestine.

  • Moscou se régale

    Avec ironie et cynisme, Moscou donne des leçons de « droit-de-l’hommisme » aux pays occidentaux en les morigénant sur le caractère inhumain de la façon dont ils traitent les réfugiés moyen-orientaux à la frontière de la Biélorussie. C’est facile, alors le président russe ne s’en priva pas :

    « Voyons comment les forces de sécurité polonaises se comportent aujourd’hui à la frontière. […] Il y a des petits enfants… tout de même, ils leur projettent de l’eau, jettent des grenades lacrymogènes. Pendant la nuit, des hélicoptères volent le long de la frontière, ils mettent en marche des sirènes. »

    Président Poutine cité par RT France

    Et il est bien relayé par son ministre des affaires étrangères :

    « Ils ne peuvent pas ne pas comprendre qu’ils sont en train de violer toutes les normes imaginables du droit international humanitaire et d’autres accords de la communauté internationale. Bien sûr qu’ils le comprennent ! »

    Sergueï Lavrov cité par RT France

    C’est un peu la réponse du berger à la bergère : à force de faire des remontrances à la planète entière sur les principes démocratiques qu’elle devrait suivre, l’Occident donne des cordes pour se faire battre et, Moscou, et d’autres capitales, se font un plaisir d’insister sur ces contradictions.

    Avec la montée en puissance impressionnante de pays non démocratiques comme la Chine ou la Russie, l’Occident se trouve confronté à la remise en cause de certains principes défendus au cours du XXème siècle, notamment, la démocratie ne serait plus la voie unique pour un développement « heureux ». On voit même depuis plusieurs années des démocraties voter sciemment pour des dirigeants dits « illibéraux » dont Donald Trump aux Etats-Unis d’Amérique fut l’exemple le plus frappant, sans doute favorisé par des actions de soft power russes ! C’est d’ailleurs la plus éclatante victoire des « démocratures » qui réussissent à favoriser l’émergence de pouvoirs leur ressemblant dans les démocraties, élus lors de suffrages démocratiques.

    C’est ainsi, la roue tourne, et le rééquilibrage des puissances mondiales n’est d’ailleurs pas forcément une mauvaise nouvelle. Malgré tout, il fait toujours bon vivre dans les démocraties dont la créativité économique et culturelle, ainsi que la conception de la liberté, constituent toujours une force d’attraction significative.

    On dirait que les migrants sont plutôt d’accord car ils se dirigent dans une très grande majorité plus vers l’Ouest que vers l’Est pour tenter de trouver refuge. Alors, l’Occident voudrait utiliser les mêmes méthodes que la Biélorussie en utilisant les flux migratoires comme « arme hybride », il ne le pourrait guère en l’absence de migrants « volontaires » pour aller se réfugier en Biélorussie… Rappelons que ce pays, comme la Fédération de Russie, est signataire de Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et/ou à son protocole de 1967.

  • La Biélorussie menace

    Mécontent des sanctions européennes qui frappent les dirigeants de son pays, le satrape biélorusse menace l’Europe de couper le robinet du gaz russe, dont une partie transite par son pays pour arriver en Europe, en cas de nouvelles sanctions. Les médias rabâcheurs affichent cette information en tête de gondole afin d’inquiéter Mme. Michu pour son chauffage cet hiver. Si cette menace était mise en œuvre cela couperait aussi illico le robinet des dollars reçus par la Biélorussie pour le transit du gaz et la Russie pour la vente de cette matière première. Il n’est pas sûr que la Biélorussie pourrait tenir très longtemps sans cette ressource dans une telle hypothèse. Le grand frère russe pourrait sans doute l’aider un peu mais serait lui-même soumis à l’amputation de ses revenus.

    Il est donc peu probable que la menace ne soit jamais mise à exécution. Moscou a d’ailleurs officiellement annoncé qu’il n’y aurait pas de coupure par la voix du porte-parole de son ministère des Affaires étrangères :

    « Il s’agit d’une déclaration du président de la Biélorussie. Je tiens tout de même à rappeler la déclaration du président Poutine selon laquelle la Russie a toujours rempli ses obligations contractuelles. Et que cela plaise ou non à qui que ce soit, la Russie a toujours été, est et restera potentiellement un pays garant de la sécurité énergétique du continent européen. »

    RT France

    Lire aussi : La Russie aux avant-postes du soutien à la Biélorussie

  • La Russie aux avant-postes du soutien à la Biélorussie

    Avec sa morgue habituelle, la diplomatie russe affirme que ni la Biélorussie, ni la Russie bien entendu, n’ont la moindre responsabilité dans le fait que des migrants moyen-orientaux se retrouvent massés à la frontière entre la Biélorussie d’une part, la Pologne et la Lituanie d’autre part. Bien au contraire, son chef accuse l’Europe d’être responsable de ce nouvel afflux de candidats à l’exil sur ce continent.

    « Cela a commencé avec la politique que les pays occidentaux, dont l’OTAN et les pays de l’Union européenne, mènent depuis de nombreuses années vis-à-vis du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, en essayant de leur imposer une vie meilleure selon les modèles occidentaux, la démocratie sous la forme sous laquelle l’Occident l’interprète et a tenté de l’imposer agressivement dans le monde entier, se lançant dans des aventures militaires lorsqu’il rencontrait la moindre résistance »

    Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères (RT-France)

    On dirait tout de même que les migrants et candidats au statut de réfugié sont plutôt intéressés par « les modèles occidentaux » puisque les flux actuels se dirigent tous vers les pays de l’Union européenne (UE) ou les Etats-Unis d’Amérique…, assez peu vers la Russie ou la Corée du Nord.

    Mais qu’importe cette réalité, le russe pousse le bouchon encore un plus loin en rappelant que l’ancien ministre italien de l’intérieur Mattéo Salvini, est actuellement traduit en justice pour avoir refusé à des bateaux chargés de migrants de les débarquer dans un port italien, et que les dirigeants polonais et lituaniens devraient subir le même sort :

    « Aujourd’hui, [Matteo] Salvini est jugé pour avoir mis en danger la vie de ces réfugiés qui tentaient d’échapper à des conditions sanitaires désastreuses. Quelle est donc la différence entre les mesures prises par les pays baltes et la Pologne et celles qui ont amené l’ancien ministre du gouvernement italien à être traduit en justice ? »

    Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères (RT-France)

    Plus c’est gros plus ça passe et Moscou sait utiliser avec efficacité une mauvaise foi de première catégorie et une langue de bois en chêne massif. On se souvient de l’inoubliable déclaration du président russe Poutine lors de l’aide apportée à la rébellion dans la région ukrainienne du Donbass en 2014, russophone et russophile, par des combattants russes dont les uniformes ne portaient aucun insigne distinctif, mais dont la nationalité russe fut attestée par les passeports saisis sur certains prisonniers, déclaration qui disait en substance : « si des citoyens russes veulent aller passer leurs vacances en Ukraine à titre privé, je n’y peux rien ».

    Lire aussi : Les nouvelles « attaques hybrides »

    « Accessoirement », un avion civil malaysien fut abattu par un missile au-dessus de cette région le 17/07/2014 faisant 298 morts. Les forces en présence se rejettent la responsabilité du tir du missile et Moscou a mis son veto au Conseil de sécurité de l’ONU sur le principe de l’établissement d’un tribunal international afin de poursuivre les responsables de cet abattage d’un avion civil.

    La Russie tape contre l’Occident, ce qu’elle fait depuis 1918, nie l’évidence, agit avec cynisme, utilise avec efficacité soft et hard power contre la démocratie libérale, son ennemi. Cela fonctionne plutôt bien pour le moment tant le rejet de la démocratie occidentale est désormais partagé par les pays autoritaires de la planète. Seuls les migrants semblent donner quelque crédit à cette utopie en menant leurs pas vers l’Europe plutôt que vers la Biélorussie…

    Pour en savoir plus sur la politique russe et la vision de Moscou sur le reste du monde, il est bon de consulter la chaîne « RT France » qui est très éclairante : https://francais.rt.com.

  • Un « commandant » en chocolat

    On ne dit plus le « chef de guerre islamiste afghan Massoud » mais le « légendaire commandant Massoud » !

    Ce guerrier (1953-2001) a toujours été encensé, en France notamment, à la suite de commentaires élogieux des Bernard-Henri Levy (BHL) et consorts. Assassiné en 2001 par l’organisation islamiste Al Qaïda, le « commandant » Massoud a gagné sa notoriété en luttant contre l’occupant soviétique dans les années 1980 au cœur de son bastion du Panchir. Après la reddition et le départ de l’armée soviétique, il va continuer la guerre, devenue « civile » pour prendre la capitale, s’alliant et se désalliant à d’autres milices de chefs de guerre au gré de ses intérêts, du sens du vent et des retournements des uns et des autres sur des motifs tribaux ou religieux, passant et désavouant des alliances successives avec les saoudiens, les iraniens, les pakistanais ou les… américains. Devenu ministre de la Défense au début des années 1990, il continue la guerre des milices qui ravage le pays et notamment sa capitale Kaboul. Cette guerre civile et l’incapacité des milices locales, plus proches de gangs mafieux que de partis politiques, a dévasté l’Afghanistan, peut-être plus encore que l’invasion soviétique et annonce l’arrivée du pouvoir Taliban, chassé en 2001 par les troupes internationales et rétablit par les mêmes en 2021.

    L’Occident et BHL appréciaient M. Massoud car il était un peu moins extrémiste que les autres chefs de guerre mais il était néanmoins religieux et traditionnaliste, c’est-à-dire, l’inverse de ce qui est habituellement considéré comme nécessaire pour mener une démocratie « à l’occidentale ». Comme de plus il était anti-Taliban il n’en fallait guère plus pour devenir le héraut de l’Ouest avec le résultat que l’on sait… Son fils a pris la relève et BHL l’aime beaucoup ce qui n’est pas forcément un gage de succès pour l’avenir.

    On a connu à peu près le même phénomène avec le soutien français indéfectible aux populations Touaregs depuis le XIXème siècle, glorifiées à Paris comme le « noble peuple du désert » sur ses chameaux. Nombre de films, documentaires, récits et romans ont été réalisés en France à la gloire des Touaregs insistant sur l’aspect mystique de cette ethnie au milieu de ses dunes et en passant sous silence leur tendance à l’esclavagisme et à la razzia comme modèle économique. Le « noble peuple » en question avait donné du fil à retordre à l’armée coloniale française en son temps. Depuis les indépendances africaines ils continuent à harceler les pouvoirs indépendants, majoritairement au Mali, en luttant par les armes pour leur indépendance, et en s’alliant avec les mouvements terroristes religieux, dont Al-Qaïda, celui-là même qui a assassiné M. Massoud en 2001, pour prendre le pouvoir au Mali.

  • Terrorisme intra-religieux en Afghanistan

    Les attentats meurtriers revendiqués par le groupe « Etat islamique » se multiplient en Afghanistan et font des dizaines de morts civils, généralement aux abords des mosquées, le vendredi jour de prières. Il semble que les cibles soient d’abord les talibans de retour au pouvoir dans ce pays, accusés d’avoir trahi la cause islamiste, et, plus particulièrement, la minorité chiite de la population considérée comme mécréante par l’Etat islamique.

    Rappelons de quoi nous parlons :

    • Les musulmans chiites pensent que le successeur légitime du prophète Mahomet (mort en 632) est Abou Bakr qui deviendra effectivement calife
    • Les musulmans sunnites chiites pensent que le successeur légitime du prophète Mahomet est Ali, son gendre et fils spirituel

    Pour ne pas être en reste, précisons que :

    • Les chrétiens pensent que Jésus est leur prophète avec des variantes entre ceux qui croient à la sainte-vierge et ceux qui n’y croient pas
    • Les juifs pensent que Jésus n’est pas leur prophète et attendent toujours leur messie
    • Les yézidistes croient en un Dieu qui façonna le monde comme une grosse perle blanche qu’il brisa et dont les éclats formèrent le ciel, la terre et la mer
    • Les zoroastriens considèrent que leur Dieu n’a pas besoin d’adoration, pas besoin d’intermédiaires
    • Etc. etc…

    Tous croient à la vie éternelle au paradis où chacun rejoindra son Dieu. Mais en attendant, au nom de celui-ci, on sème la mort et la désorganisation sur une bonne partie de la planète.

    L’Etat islamique qui attaque les Talibans en Afghanistan, c’est un peu l’hôpital qui se moque de la charité. Cela prêterait à sourire s’il ne s’agissait de massacres d’un autre âge. Le risque est évidemment que ces derniers pactisent avec leurs attaquants et recrée un Etats terroriste comme ce fut le cas entre 1996 à 2001. Si cela survenait et mettait en jeu la sécurité du monde il faudrait de nouveau envisager une application de la stratégie du « cassage de gueule ponctuel avec retour rapide au bercail » et on peut imaginer que la Russie et la Chine qui sont aux premières loges dans la région et directement concernées par les troubles qui pourraient déteindre sur leurs populations de confession musulmane veilleront attentivement à l’évolution de la situation, d’autant plus qu’elles ont marqué leur ouverture à coopérer avec l’Afghanistan taliban après la retraite occidentale.

    Gageons néanmoins que les Talibans vont réagir avec les méthodes de combat efficaces qu’on leur connaît et il n’est pas dit qu’ils ne soient pas en mesure de réduire cette rébellion tous seuls comme des grands !

  • Rupture des contrats

    2015 : la France annule le contrat de construction et fourniture de bâtiments de projection et de commandement (BPC) à la Russie en rétorsion à l’annexion de la Crimée par Moscou. Le client, la Russie, explique que la non-livraison des PBC n’aura que peu de conséquences sur sa capacité de défense. « Pour nous, ce n’est pas critique. On survivra ! » déclare alors le président Poutine. Les clauses contractuelles de rupture ont été appliquées et la Russie a été indemnisée en conséquence. La France a ensuite revendu les deux bâtiments à l’Egypte sans que l’on ne sache vraiment si et comment ils ont été payés.

    2021 : la France apprend que l’Australie annule le contrat de construction et fourniture d’une dizaine de sous-marins à propulsion non-nucléaire. Cambera a changé d’avis et opté pour l’achat de sous-marins à propulsion nucléaire à fournir par les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Immédiatement Paris monte sur ses grands chevaux, rappelle une tripotée d’ambassadeurs, lâche ses ministres sur les médias et transforme cet aléa commercial en affaire politique considérable.

    En réalité ce qui est le plus étonnant dans cette situation c’est que l’Australie ait signé ce contrat de fourniture d’armement en 2012 alors qu’en cas de troubles guerriers dans la zone pacifique, ce n’est pas la France qui viendrait défendre l’Australie mais bien plus probablement les Etats-Unis. Malgré ses dires et la possession de quelques confettis coloniaux dans l’océan Pacifique (dont la Nouvelle Calédonie est d’ailleurs en voie de décolonisation…), la France n’est pas une puissance « Indopacifique ». Elle est très loin d’avoir les sous, les effectifs ou le matériel nécessaires, bref, la puissance qu’il faudrait déployer en cas de conflit pour projeter des forces militaires dans cet océan lointain et immense.

    L’annulation du contrat est évidemment une mauvaise nouvelle industrielle et commerciale pour l’hexagone mais le problème ne se résoudra pas par des aboiements médiatiques ni des rappels temporaires d’ambassadeurs. Il vaudrait mieux, comme la Russie en 2015, appliquer les clauses de rupture prévues au contrat, voire réclamer un peu plus, comme des compensations industrielles, les entreprises françaises pourraient par exemple fabriquer en sous-traitance des matériels dans le nouveau contrat entre l’Australie et les Etats-Unis. Mais il est toujours plus efficace de mener de telles négociations dans la discrétion, exactement comme l’a fait Moscou en 2015 avec Paris.

    Quand la France cessera-t-elle de se prendre pour le centre du Monde ? Mais quand Paris en rabaissera-t-il de son égo surdimensionné ?

  • Une évacuation rondement menée

    Les journalistes et les « experts » de plateaux télévisés continuent à qualifier de « désastre » l’opération d’évacuation d’Afghanistan des derniers militaires occidentaux qui s’y trouvaient et d’une partie des Afghans qui le souhaitaient. En réalité cette opération mériterait plutôt d’être reconnue comme un succès logistique. Ce sont en effet environ 120 000 personnes qui ont été évacuées via des rotations d’avions militaires et civils dans un environnement hostile, tellement hostile d’ailleurs qu’un attentat religieux a fait une centaine de morts sur l’aéroport dont une dizaine de soldats américains chargés du contrôle des foules qui étaient massées la en espérant atteindre un avion pour fuir leur pays.

    Les pleureuses de plateaux télévisés s’émeuvent de la défaite militaire et politique occidentale dans ce pays d’Extrême-Orient qui blesse leur égo de polémistes nombrilistes au point de les aveugler sur la réussite technique de l’opération logistique que fut cette évacuation. Evidement tous les nombreux Afghans qui souhaitaient quitter leur pays après le retour d’un pouvoir religieux fort n’ont pas pu être emmenés mais c’est hélas le lot habituel de ce genre de reddition. Celle des occidentaux en Afghanistan n’a guère différé sur ce point de celles du Vietnam ou d’Algérie.

    On peut bien entendu parler de défaite lorsque l’on voit les occidentaux remettre les clés du pays aux Talibans vingt ans après y être entrés pour les en chasser, de désastre lorsque l’on assiste au retour en force de coutumes d’un autre âge, de tristesse lorsque l’on pense que tous les efforts de promotion de la démocratie auront été probablement vains avec le retour de ce pouvoir religieux… mais l’évacuation de 120 000 personnes militaires et civiles fut une opération couronnée de succès.

  • La fiction des armées locales

    L’Afghanistan rendu à ses démons

    La prise du pouvoir par les Talibans en Afghanistan a été grandement facilitée par la débandade de l’armée nationale qui n’a quasiment mené aucun combat contre la rébellion religieuse qui, du coup, a rapidement conquis l’entièreté du pays avant même le départ complet des forces occidentales achevé aujourd’hui. Cette « armée nationale » avait pourtant bénéficié des soins et des fonds occidentaux mais les milliards investis par les contribuables de ces pays n’ont pu créer la seule arme indispensable qui manquait, celle de la foi en la victoire dans cette guerre civile.

    Cette situation n’est guère surprenante et a été mainte fois constatée aux termes des guerres post-coloniales menées par l’Occident depuis la fin de la seconde guerre mondiale, à commencer par celle du Vietnam dans le conflit contre le communisme. Au cours de leur soutien au Vietnam du Sud pour barrer la route au communisme porté par le Vietnam du Nord, les Etats-Unis d’Amérique ont lourdement investi pour former l’armée du Sud qui s’est effondrée rapidement après les accords de paix de Paris en 1973. Malgré quelques actions héroïques de garnisons sud-vietnamiennes, l’offensive massive de l’armée du Nord en 1975 aboutit rapidement à la reddition du Sud et à la capture d’un important matériel militaire américain par les communistes.

    En Irak en 2014, les combattants du groupe terroriste religieux Etat islamique se sont emparé sans coup férir de la ville de Mossoul abandonnée en quelques heures par l’armée irakienne face à une troupe de va-nu-pieds mais motivée, avec la récupération d’un matériel militaire considérable qui a ensuite été retourné contre les armées occidentales présentes. Par la suite la ville a été reconquise et, semble-t-il, les forces spéciales irakiennes se seraient plutôt bien défendues avec les soutiens aériens occidentaux qui n’existent plus aujourd’hui.

    En Afrique, malgré des accords de coopération militaires passés et constamment renouvelés entre la France et nombre de ses anciennes colonies depuis les années 1960, les armées locales ont surtout brillé par leurs capacités à mener des coups d’Etat, mais beaucoup moins à défendre leurs nations, concept [celui de nation] d’ailleurs plutôt incompréhensible dans des pays organisés en clans et en ethnies. Depuis son intervention militaire au Sahel en 2013, la France défend vaille que vaille l’idée du « G5 Sahel », une armée multinationale réunissant la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad qui remplacerait l’armée française après l’inéluctable départ de celle-ci, et le plus tôt sera le mieux. Ce « G5 Sahel » est formé et équipé par la France avec l’aide d’autres pays de l’Union européenne. Mais il est peu probable qu’il ne soit jamais véritablement opérationnel, ou en tout cas à la hauteur des combats qu’il faudrait mener contre la troupe décidée des rebelles religieux qui veulent s’emparer du pouvoir dans ces pays et avec laquelle déjà certaines capitales sahéliennes mènent des discussions.

    En Afghanistan aujourd’hui, les Talibans ont pu s’emparer de tout le matériel militaire américain donné à « l’armée » nationale et l’on voit ceux-ci parader dans les rues de Kaboul en tenues camouflées bien plus seyantes que leurs djellabas d’antan, et arborant des armes flambant neuves sans doute bien plus destructrices que leurs antiques Kalachnikov. Tout ce matériel vient d’être récupéré dans les stocks laissés sur place après avoir été financés par les contribuables américains. On s’aperçoit maintenant que certaines régions afghanes déclaraient des effectifs militaires fictifs pour recevoir plus de subsides de l’armée américaine qui assurait même la paye de cette « armée » nationale…

    La défaillance de ces « armées » locales est finalement peu surprenante. D’abord car l’Occident attend qu’elles s’engagent dans des guerres civiles contre des rébellions qui sont aussi locales et il est toujours plus difficile de combattre ses propres concitoyens lorsqu’on n’est pas même sûr de mener le bon combat. La décision est plus facile à prendre lorsqu’il s’agit de lutter contre des forces d’invasion étrangères. D’autre part, se battre pour maintenir au pouvoir des pouvoirs corrompus (au Vietnam comme en Afghanistan ou en Afrique) et, généralement, dictatoriaux, est fort peu motivant ! Cerise sur le gâteau : quand vous ajoutez que ces « armées » nationales sont payées et équipées par des pays étrangers car leurs propres Etats n’en ont pas les moyens, on comprend mieux leur manque de motivation.

    L’Occident a échoué dans ses objectifs d’étendre la « démocratie » par la force de ses armes au Vietnam, en Irak ou en Afghanistan, d’abord parce que ces pays n’étaient pas véritablement intéressés, mis à part une élite occidentalisée en accord avec les principes démocratiques, ou très corrompue voulant préserver ses intérêts. Sans doute en sera-t-il aussi de même au Sahel d’où la France a commencé à se retirer et c’est un mouvement raisonnable qu’il faut poursuivre. Avec l’enterrement des illusions occidentales sur les « valeurs universelles » c’est aussi, sans doute, la fin du « droit d’ingérence » sous sa forme actuelle, promu par les tenants de l’humanitaire, comme Bernard Henry-Lévy ou autres Rony Brauman et Bernard Kouchner. Ce droit d’ingérence a tout de même permis d’atteindre quelques-uns de ses objectifs lorsqu’ils étaient purement humanitaires comme d’acheminer des vivres en cas de famine (Biafra, Somalie…) mais il a souvent échoué lorsqu’il était dirigé par des démocraties et que ses buts étaient politiques. Bien évidemment, lorsque la Chine occupe le Tibet elle ne s’en laisse pas compter par les contraintes démocratiques et arrive à y rester plus longtemps…

    L’Afghanistan est maintenant face à son destin, le Sahel le sera bientôt. L’Occident va cesser, au moins pour un temps, de faire du prosélytisme en faveur de son propre mode de gouvernance. C’est aussi bien. L’argent ainsi économisé pourra être investi sans son propre processus de développement économique et ses militaires se consacrer à leurs intérêts nationaux. Nouvelle situation, nouveaux enjeux, le pire n’est jamais sûr et peut-être que l’Occident comme l’Orient s’en porteront aussi bien. Rendez-vous dans dix ans pour en reparler !

  • Sauve qui peut en Afghanistan

    Alors que les opérations d’évacuation des occidentaux et de leurs supplétifs d’Afghanistan se terminent sur l’aéroport de Kaboul, un attentat suicide commis ce 26 août a fait une centaine de morts dont une quinzaine de soldats américains qui en contrôlaient les accès, et de nombreux blessés. Ce massacre a été revendiqué par le groupe religieux Etat islamique qui s’avère un ennemi féroce des occidentaux mécréants, mais aussi des Talibans musulmans, sunnites également. Il existerait quelques subtilités théologiques entre ces deux groupes mais les uns et les autres s’avèrent des habitués des attentats contre leurs populations civiles et les intérêts occidentaux. Les Talibans seraient nationalistes et se contenteraient de gérer leur pays, le groupe Etat islamique serait internationaliste et chercherait à étendre ses croyances au monde entier. Les Talibans ont un drapeau blanc avec des caractères arabes imprimés en noir, l’Etat islamique a un drapeau noir avec des caractères arabes imprimés en blanc. Tout est dit !

    Et là, l’observateur commence à se perdre… Mais pourquoi donc un mouvement religieux sunnite mène des opérations barbares contre un autre mouvement religieux sunnite alors que tous deux respectent les mêmes règles, celles de charia, la loi religieuse du Coran ? Sauf les spécialistes du sujet, personne n’y comprend grand-chose mais l’Etat islamique commettant des attentats suicides contre les Talibans c’est un peu l’hôpital qui se moque de la charité ! Ce serait même risible s’il ne s’agissait de milliers de morts dans une population qui n’en peut mais !

    Le retrait des armées occidentales de l’Afghanistan va laisser les deux idéologies sunnites face-à-face. L’avenir devrait être violent et le trafic international du pavot qui est quasiment la seule ressource du pays risque de flamber.

  • Le jargonnage « woke » envahit même l’Afghanistan

    Les religieux talibans qui ont pris le pouvoir par les armes en Afghanistan cherchent à rassurer leur peuple et la communauté internationale sur leurs intentions pacifiques. Ils se sont engagés à mettre sur pieds un gouvernement « inclusif » ! Il n’est pas sûr que ce terme soit employé avec le même entendement que celui des vedettes occidentales du discours pro-minorités…

    Il reste étonnant de voir la capacité de ce discours « woke » à diffuser, même dans les lieux les plus improbables ! C’est le soft-power de ces minorités agissantes d’arriver à s’imposer partout. Compte tenu des objectifs sociétaux talibans de rétablir la charia en Afghanistan, et du sort que celle-ci réserve aux femmes, il semble peu probable que la partie féministe du discours « woke » ne s’impose véritablement à Kaboul…

  • Exil afghan

    Comme à l’issue de chacune de ces guerres post-coloniales (Vietnam, Angola, plus anciennement Algérie) des mouvements importants de réfugiés fuyant Afghanistan sont en cours une fois annoncé le départ de ou des puissances occupantes. Les supplétifs afghans des armées occidentales craignant les règlements de compte de la part des nouveaux dirigeants essayent d’obtenir des sauf-conduits pour être exfiltrés vers ces pays. Ils ne demandent évidemment pas à partir vers le Qatar ou les pays du Golfe Persique mais vers les pays occidentaux. Bien entendu des personnages peu recommandables vont certainement se faufiler dans ces flux de migrants comme ce fut le cas lors de la crise migratoire syrienne de 2015, c’est inévitable et même les critères de sélection les plus exigeants ne pourraient les identifier quant on voit les conditions dans lesquelles se déroule cette fuite éperdue de certains Afghans de leur pays.

    La vengeance des vainqueurs et l’exil des vaincus sont des conséquences vieilles comme le monde de ce type de conflits. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles il ne faut pas les mener. La France, hélas, est passée par ces malheureuses étapes comme vainqueur et comme vaincue. En 1944-1945 après la défaite de l’Allemagne, une épuration extra-judiciaire aurait fait environ 10 000 morts exécutés sommairement, surtout par des résistants dont certains n’avaient de « résistant » que le nom mais songeaient plutôt à régler des comptes personnels ou à s’approprier les biens des fusillés. Pendant ce temps, en septembre 1944, le maréchal Pétain, accompagné de dirigeants vichystes, partait s’exiler à Sigmaringen, une enclave française spécialement crée en Allemagne par les Nazis pour accueillir les derniers « collabos ». En avril 1945, la défaite totale de l’Allemagne mit fin à cette fiction et Pétain se livra aux nouvelles autorités françaises. Condamné à mort par la justice républicaine il fut gracié ce qui n’a pas été le cas de nombre de ses collègues (Déat, Darnan, Luchaire…). Beaucoup d’intellectuels qui avaient pactisés avec l’ennemi choisirent aussi l’exil à la Libération, comme Céline, ou furent condamnés à mort et exécutés (Brasillach, …). Drieu la Rochelle quant à lui s’est suicidé alors qu’il allait être arrêté.

    A peine dix ans plus tard la France perd sa guerre coloniale d’Indochine à la bataille de Diên Biên Phu en mai 1954 et quitte piteusement ses colonies asiatiques. Hélie Denoix de Saint Marc, ancien déporté, officier de la Légion étrangère, racontera comment ses hommes durent repousser durement leurs supplétifs Hmong qui, comprenant que les troupes françaises allaient les abandonner, s’accrochaient désespérément à leurs camions.

    Et encore moins de dix ans plus tard, l’histoire se renouvelait en Algérie où la France, après sa défaite matérialisée dans les « accords d’Evian » laissa sur place une grande partie de ses supplétifs, les « harkis » qui furent massacrés par l’Algérie indépendante souvent après d’atroces tortures. La partie algérienne qui s’était engagé à ne pas mener de représailles physiques contre ces harkis n’a pas bien entendu respecté ses engagements. Les historiens estiment qu’entre 60 et 80 000 furent tués pendant qu’environ 40 000 furent accueillis en France. Ce fut d’ailleurs l’un des motifs pour lesquels des officiers comme Denoix de Saint Marc participèrent au putsch d’Alger en 1961, se refusant à abandonner une nouvelle fois ceux qui avaient combattu à leurs côtés.

    Après la retraite américaine du Vietnam en 1975, les sud-vietnamiens pro-occidentaux qui n’ont pas pu émigrer aux Etats-Unis d’Amérique ont passé quelques années dans les camps de rééducation communistes dont certains n’y ont pas survécu. On se souvient des images des grappes de réfugiés accrochés aux hélicoptères US qui n’arrivaient même plus à se poser sur le toit envahi de l’ambassade américaine. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, ce sont aujourd’hui plus ou moins des scènes similaires que l’on voit sur l’aéroport de Kaboul.

    Evidement, chacun voit midi à sa porte et est persuadé que la guerre qu’il mène est la bonne. Si peu de monde fut en faveur des puissances de l’Axe défaites en 1945 (mais il y en eut quand même), les guerres de décolonisation et post-coloniales ont entraîné des attitudes très partagées de la communauté internationale. C’est d’ailleurs peut-être la raison principale pour laquelle elles se sont toutes terminées en faveur des pays occupés par des forces étrangères, quelles que soient les raisons de cette occupation. L’expérience en cours de l’OTAN en Afghanistan, après celle des Soviétiques dans les années 1980, montre une fois encore l’inutile et dangereuse prétention qu’il y a à vouloir changer un pays contre l’avis de la majorité de sa population. Cette dernière l’emporte quasiment systématiquement, et malheur alors aux minorités !

    La France doit méditer cette histoire pour son combat militaire en cours au Sahel auquel il va falloir mettre fin un jour, et le plus vite sera le mieux. Il restera ensuite le cas du Tibet occupé par la Chine mais la puissance et les méthodes de cette dernière rendent peu probable sa résolution à court terme. Il n’est toutefois pas exclu que la sinisation de cette région menée à marche forcée par Pékin échoue, un jour, face à la résistance acharnée des Tibétains.