Catégorie : No Europe

  • « Finding Fella » d’Alex Gibney

    C’est un film documentaire de 2014 sur l’une des légendes de la musique africaine, Fela Kuti (1938-1997), né au Nigeria, dont l’action et l’influence ont largement dépassé le domaine culturel et débordé sur la sphère politique d’un pays malmené par des dictatures militaires et civiles, dévasté par la guerre civile du Biafra (1967-1970).

    Fela a créé le genre Afrobeat, sorte de fusion entre le jazz, de funk, pimenté d’inspiration africaine désordonnée. Ses chansons durent 30 minutes en moyenne, il joue du saxophone, chante et soliloque avec 20 danseuses sur scène et nombre de musiciens, fume des quantités astronomiques de cannabis et soulève l’enthousiasme des foules, d’abord au Nigeria, puis au travers de tournées mondiales.

    L’homme revendique haut et fort son africanité. Il ne quittera jamais Lagos, la capitale économique tentaculaire du Nigeria, où il fonde la « République de Kalakuta », une espèce de communauté débridée où vit son harem, ses enfants et toute une population dont il pourvoie aux besoins alimentaires et médicaux. Déjà affublé de deux ou trois épouses, il décide de se marier en grandes pompes avec ses 27 danseuses… Il s’entoure également d’un gourou ghanéen qui le fera pas mal dériver des sentiers de la raison. Il fait de nombreux séjours en prison où il est sérieusement malmené par les forces de sécurité des régimes successifs du pays, parmi les pires de l’Afrique du XXème siècle qui a été plutôt performante dans ce domaine. Il meurt du SIDA en 1997, maladie dont il contestait l’existence, comme une partie du continent.

    L’inspiration musicale et politique de Fela est sans doute plus intéressante que son mode de vie. Il laisse une discographie impressionnante et fut une personnalité marquante du continent africain.

    Le cinéma d’art et essai L’Escurial dans le XIIIème arrondissement parisien a ressorti ce documentaire des cartons où il dormait et produit un groupe amateur d’Ivry en prologue du film :

  • Coup d’Etat au Burkina-Faso

    Le capitaine Sidsoré Kader Ouedraogo, porte-parole de la junte et des soldats, annonce qu’ils ont pris le pouvoir, le 24 janvier 2022 depuis la Radio Télévision du Burkina (RTB). – / AFP

    Eh voilà, un de plus, un coup d’état a été mené par des galonnés, cette fois-ci au Burkina-Faso qui s’installent donc au pouvoir à Ouagadougou. Le président est arrêté, la télévision nationale occupée, les pays occidentaux et les organisations internationales appellent à « respecter la constitution » et le peuple manifeste sa joie dans la rue, pour le moment… Les satrapes galonnés ont créé le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) qui s’engage à présenter « dans un délai raisonnable après consultation des forces vives de la nation, un calendrier de retour à l’ordre constitutionnel », autant dire que ce n’est sans doute pas pour demain, mais d’ailleurs, est-ce si grave si l’ordre « constitutionnel » tarde à être remis en route ?

    L’ampleur et la permanence des attaques terroristes religieuses contre ce pays auraient précipité la révolte militaire. Les nouveaux dirigeants vont maintenant s’y frotter directement. Peut-être suivront-ils l’exemple de leurs collègues militaires maliens au pouvoir qui tendent à négocier avec les terroristes ? En tout cas voilà une nouvelle épine dans la botte de l’armée française qui opère dans la région dans une lutte sans fin et sans espoir contre les mouvements rebelles religieux.

  • EPSTEIN Fabrice, ‘Un génocide pour l’exemple’.

    Sortie : 2019, Chez : Les Editions du Cerf.

    Fabrice Epstein, jeune avocat branché, spécialisé en fusion-acquisition, style propre sur lui mais détendu, chroniqueur du magazine « Rock & Folk » et acteur au palais de justice, petit-fils d’immigrés juifs-russes exterminés à Auschwitz, a été commis d’office, en tant que membre de la conférence des avocats du bureau de Paris (une espèce de confrérie pour beaux-parleurs ayant passé avec succès un concours d’éloquence), à la défense de Pascal Simbikangwa, militaire rwandais, ancien responsable du service de renseignement (la police politique) sous le régime génocidaire du président Habyarimana dont l’assassinat (toujours non attribué à ce jour) déclencha le génocide contre l’ethnie tutsi. Simbikangwa est paraplégique par suite d’un accident de la route au Rwanda et cloué depuis sur chaise roulante.

    Après avoir fui son pays en 1994 et erré dans différents pays, il ne trouve rien de mieux que de rejoindre Mayotte, territoire français, en 2005 où il dépose une demande d’asile utilisant pour se faire l’un de ses nombreux patronymes. L’asile lui est refusé et le garçon est arrêté pour trafic de faux papiers. Il est ensuite emprisonné puis jugé par la cour d’appel de Paris où il est condamné en 2014 pour génocide et complicité de crime contre l’humanité à 25 ans de prison par un jury populaire composé de six citoyens et de trois magistrats, bien que ses avocats aient plaidé l’acquittement, peine confirmée en appel. Il est toujours embastillé à ce jour.

    Il aurait été préférable que Simbikangwa cherche à se réfugier ailleurs qu’en France ce qui aurait évité d’avoir à le juger à Paris, mais, hélas, il choisit de rejoindre Mayotte. La France refusa son extradition au Rwanda où il aurait pu être condamné à des peines non compatibles avec le droit français.

    Epstein est l’avocat de l’accusé en faveur duquel il prend évidemment partie. Son récit est centré sur toutes les incohérences d’une procédure qui se déroule vingt ans après les faits au titre de la compétence universelle que s’est octroyée la France pour juger des crimes de génocide quel que soit le lieu où ils ont été commis. Les témoins produits par l’accusation témoignent par vidéo depuis le Rwanda, beaucoup sont analphabètes, se contredisent, sont probablement sous la coupe du nouveau régime tutsi qu’Epstein qualifie au passage de dictatorial.

    Bien sûr qu’il s’agit d’un procès « politique », comment en serait-il autrement dans un contexte où la France a mené une coopération, notamment militaire, avec le régime précédent et cherche à se racheter ? Bien sûr que les doutes n’ont pas profité à l’accusé, bien sûr que le régime actuel est dictatorial comme l’était le précédent (au moins celui-ci n’est-il pas génocidaire)… Epstein s’émeut que les fondamentaux de la justice française ne soient pas appliqués dans le cas d’espèce. Il n’arrivera à convaincre personne que le chef de la police politique du régime Habyarimana n’ait point participé à la préparation du dernier génocide du XXème siècle. Tout ceci est vrai et la France a fait ce qu’elle a pu, refusant l’extradition de l’accusé ce qui aurait été une solution facile pour se débarrasser du problème, acceptant quelques raccourcis avec son droit pour laisser condamner un probable génocidaire.

    L’auteur lui-même admet quand même au début de son chapitre « D’une identité à l’autre » que :

    « Si Simbikangwa avait été acquitté, pleinement et entièrement, j’aurais été gêné. »

    Au moins l’emprisonnement de Simbikangwa en France lui aura évité, jusqu’ici, d’être assassiné par les sicaires du régime Kagamé comme ce fut le cas pour nombre d’autres accusés s’étant réfugiés à l’étranger.

    A la fin de son récit, Epstein rapproche ce que le génocide rwandais évoque à sa mémoire de petit-fils de victimes de la Shoah, et raconte le voyage qu’il effectua en Biélorussie, avec son père, après le procès, à la recherche du passé de ses grands-parents. Il avance un peu dans la connaissance de cette histoire familiale en s’interrogeant pour savoir s’il est du côté des victimes ou des bourreaux, si le petit-fils d’une victime (lui-même) est en droit de défendre un bourreau supposé ? A cette dernière question il répond un OUI franc, comme l’a prouvé sa défense de Pascal Simbikangwa, même au prix d’arguments auxquels il ne devait pas vraiment croire lui-même, d’attaques un peu basses contre les experts, l’avocat général, les parties civiles ou même contre la France.

    Sa plaidoirie est intégralement publiée en annexe, elle sera vaine car malgré ses supplications, le jury populaire condamnera l’accusé.

  • La Chine montre le chemin

    Le ministère chinois des sports vient d’interdire formellement aux fouteballers de son équipe nationale d’avoir de nouveaux tatouages et prie ceux qui en ont déjà de les faire enlever. La télévision publique chinoise a déjà l’habitude de flouter les joueurs occidentaux tatoués, c’est-à-dire la très grande majorité de ceux-ci. Le parti communiste chinois est parti en chasse contre la vulgarité. C’est un bon objectif mais ta tâche est vaste !

  • Les facilités accordées à l’immigration des citoyens algériens en France

    Les facilités accordées à l’immigration des citoyens algériens en France

    La proximité des élections présidentielles françaises en avril 2022 relance les débats sur l’immigration en France de personnes issues d’un certain nombre de pays tiers, dont l’Algérie.

    Les accords de cessez-le-feu en Algérie du 18/03/1962

    Il est régulièrement fait référence aux accords de cessez-le-feu de 1962 dits « d’Evian » comme ayant octroyé un statut spécifique à l’immigration algérienne, hors du droit commun. Une relecture rapide de ces accords, qui comportent onze articles et des déclarations annexes permet de relever la mention suivante dans le chapitre « Déclaration de garantie », 1ère partie, 2ème paragraphe :

    Sauf décision de justice, tout Algérien muni d’une carte d’identité est libre de circuler entre l’Algérie et la France. Les Algériens sortant du territoire algérien dans l’intention de s’établir dans un autre pays pourront transporter leurs biens mobiliers hors d’Algérie. Ils pourront liquider sans restrictions leurs biens immobiliers et transférer les capitaux provenant de cette opération dans les conditions prévues par la Déclaration de principes relative à la coopération économique et financière. Leurs droits à pension seront respectés dans les conditions prévues dans cette même déclaration.

    Un statut similaire est également prévu pour les Français résidant en Algérie en qualité d’étrangers, 3ème partie, 1er paragraphe :

    Les ressortissants français pourront entrer en Algérie et en sortir sous le couvert, soit de leur carte d’identité nationale française, soit d’un passeport français en cours de validité. Ils pourront circuler librement en Algérie et fixer leur résidence au lieu de leur choix. Les ressortissants français résidant en Algérie, qui sortiront du territoire algérien en vue de s’établir dans un autre pays, pourront transporter leurs biens mobiliers, liquider leurs biens immobiliers, transférer leurs capitaux, dans les conditions prévues au titre III de la Déclaration de principes relative à la coopération économique et financière et conserver le bénéfice des droits à pension acquis en Algérie, dans les conditions qui sont prévues dans la Déclaration de principes relative à la coopération économique et financière.

    Mais la complication extrême de ces accords fut de régir le statut des Français « pieds noirs » résidant en Algérie avant mars 1962, qu’ils souhaitent rester sur place (une minorité) ou s’exiler (la grande majorité).

    En outre, des articles stipulent également l’établissement d’une amnistie pour tous (qui ne fut pas respectée pour les « harkis » qui n’ont pas pu embarquer pour la France et dont beaucoup ont été exécutés), d’une coopération économique et culturelle, la location par la France du port militaire de Mers-el-Kébir pour quinze années, le maintien d’une préférence accordée à la France pour l’exploitation pétrolière dans le Sahara. On sait maintenant qu’existait aussi un protocole annexe secret pour la poursuite des essais nucléaires français dans ce même Sahara.

    Le pouvoir des vainqueurs, mais pas toujours…

    Nombre de ces engagements n’ont pas été respectés par les parties, chacun devait d’ailleurs le savoir en signant les accords, mais il s’agissait de sortir impérativement du bourbier de cette guerre coloniale. Le Traité de Versailles mettant fin à la première guerre mondiale, les Accords de Paris signés entre le Vietnam et les Etats-Unis d’Amérique, ne l’ont pas plus été. Dans ces contextes de fin de guerre, bien entendu, le vainqueur militaire a bien plus tendance que le vaincu à prendre des libertés avec les engagements qu’il a signés, mais dans le cas du Traité de Versailles c’est pourtant le vaincu qui a violé les accords…

    Dans une situation plus pacifique et récente, on voit que le Royaume-Uni n’aura pas mis plus de quelques mois à refuser d’appliquer le volet irlandais des accords de sortie de l’Union européenne qu’il avait pourtant signés peu auparavant.

    Ainsi va la vie dans le monde des traités internationaux !

    Le décret français de 1969 relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles 

    Pris six années après la fin de la guerre d’Algérie, un décret du 18/03/1969 signé de MonGénéral, du premier ministre Maurice Couve de Murville et de son ministre des affaires étrangères Michel Debré précise les conditions du statut spécifique accordé aux migrants algériens en France.

    Ce texte relatif à « la circulation, à l’emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles » institue un contingent pluriannuel de travailleurs algériens entrant en France « en vue d’y occuper un emploi fixe ». Ils disposent d’une période de neuf mois pour trouver un emploi, période à l’issue de laquelle leur est délivré un titre de séjour (certificat de résidence) renouvelé gratuitement et automatiquement. Le regroupement familial est également autorisé par ce décret. Les détenteurs de titre de séjour sont ensuite dispensés de visas d’entrée en France.

    Evidemment, ce texte datant de 1968 a été amendé au cours du temps mais les citoyens algériens continuent à bénéficier à ce jour de conditions dérogatoires, et plus favorables, au droit commun comme le mentionne le site internet du ministère français des affaires étrangères :

    L’entrée des Algériens en France est facilitée (condition d’entrée régulière, et non de visa de long séjour, pour la délivrance de certains titres de séjour). ;

    Les Algériens bénéficient de la liberté d’établissement pour exercer une activité de commerçant ou une profession indépendante ;

    Les ressortissants algériens peuvent accéder plus rapidement que les ressortissants d’autres États à la délivrance d’un titre de séjour valable 10 ans.

    https://www.immigration.interieur.gouv.fr/Europe-et-International/Les-accords-bilateraux/Les-accords-bilateraux-en-matiere-de-circulation-de-sejour-et-d-emploi/L-accord-franco-algerien

    Il semble que certains dirigeants français, y compris l’ex-président Sarkozy, aient envisagés de rouvrir la négociation sur ce statut privilégié accordé aux citoyens algériens. Le faire reviendrait à remettre en cause les accords de cessez-le-feu de 1962 et, finalement, personne n’a osé s’y frotter. Eh oui, Alger a aussi des moyens de pression sur Paris et la crise actuelle déclenchée, entre autres, par la liaison faite entre la délivrance de visas (ne pas confondre visa et titre de séjour) et la bonne volonté des pays d’origine à réadmettre leurs ressortissants en situation illégale en France est là pour le rappeler.

    Nous verrons sous peu si le prochain pouvoir français issu des élections d’avril 2022, s’il était issu de la « droite dure et décomplexée » osera s’attaquer à ce statut mais il est plus probable que personne ne le fera, préférant laisser le sujet sous le tapis tant il y a de coups à prendre à le sortir de l’oubli. D’ailleurs aucun des candidats ne parle vraiment des accords d’Evian, au-delà des slogans de circonstance sur le « 0 immigration ».

    Ce qui ne manque pas d’ironie c’est que l’immigration algérienne est aussi l’un des produits de la guerre coloniale perdue par la France. Il a bien fallu consentir des faveurs pour mettre fin « aux évènements » comme on disait à l’époque. Outre le droit à l’autodétermination accordé en 1962 au « département français » qu’était l’Algérie, les négociateurs français, sous l’autorité de MonGénéral, ont facilité l’accès des ressortissants du pays vainqueur au territoire du pays vaincu ! L’histoire ne dit pas si la demande en avait été faîte par la partie algérienne, mais c’est probable, ce qui accentuerait encore le paradoxe de la situation : le vainqueur veut continuer à pouvoir accéder librement au pays qu’il a défait.

    La relecture des accords « d’Evian » permet de penser qu’ils constitueraient un excellent modèle de négociation pour un accord d’accès à d’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, évidemment sans le volet « cessez-le-feu » puisque la France n’est pas à proprement parlé en guerre avec Nouméa, mais tous les autres chapitres seraient quasiment duplicables en l’état pour une relation future entre la France et une Nouvelle-Calédonie indépendante.

  • Le Mali toujours en haut de l’affiche africaine

    Les pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CDEAO) viennent de condamner le Mali à différentes sanctions pour non-respect du calendrier de retour à la démocratie auquel s’étaient engagés les satrapes-galonnés qui ont pris le pouvoir à Bamako et qui devaient y organiser des élections « démocratiques ». Les sanctions sont si disproportionnées qu’il est hautement probable qu’elles seront rapidement levées, ou, plus simplement, non appliquées faute de moyens pour le faire et de volonté politique à l’encontre d’un « pays frère ». Il s’agit en effet, entre autres, de la fermeture des frontières, du gel des avoirs du pays auprès de la banque centrale régionale, de la suspension des transactions commerciales et financières entre la communauté et le Mali… Le communiqué officiel des précise :

    Ces sanctions ont été prises pour faciliter le retour à l’ordre constitutionnel au Mali, nécessaire pour la paix, la stabilité et la croissance. En excluant les biens et services essentiels de base, les sanctions ont été conçues pour éviter un impact sur les populations.

    https://www.ecowas.int/wp-content/uploads/2022/01/Final-Communique-ECOWAS-Summit-on-Mali-220109-Fr.pdf

    Voir des pays comme la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Sierra-Leone ou le Nigeria donner des leçons de démocratie au Mali ne manque en tout cas pas d’ironie.

    Evidemment le président de la République française s’est empressé de faire une déclaration pour soutenir la mise en œuvre de ces sanctions et a ainsi encore perdu une bonne occasion de se taire. La France, ancienne puissance coloniale du Mali ne devrait pas se mêler de ce qui se passe dans ce pays et qui ne la regarde plus. Le mieux est de laisser faire les choses et le pays rallier son destin. Que celui-ci se déroule sous l’empire d’une junte militaire dépenaillée ou d’un régime civil affichant les oripeaux de la démocratie ne changera pas grand-chose. Tout ce que pourra dire ou faire la France sera malvenu, rejeté par la population locale et donc inopportun.

  • Sandinista !

    1980 – le quatrième album des Clash

    Les plus anciens se souviennent des années 1960/1970 de lutte du Front sandiniste[1] de libération nationale contre la dynastie Somoza de dictateurs au Nicaragua se présentant comme anticommunistes. Nous étions en pleine guerre froide, les Etats-Unis d’Amérique s’opposaient à tous les mouvements révolutionnaires qui tentaient de s’implanter en Amérique latine sur le modèle de Cuba, au besoin en soutenant financièrement et militairement des satrapes, galonnés ou pas.

    On a ainsi vu la mise en place de régimes sinistres et violents, en Argentine, au Chili, au Nicaragua et dans toute la région. Autre époque, il fallait choisir son camp et la démocratie était peu compatible avec la lutte contre le marxisme. Aujourd’hui, la plupart de ces pays sont revenus vers des régimes plus démocratiques mais il reste quelques abcès de fixation comme le Venezuela ou le Nicaragua.

    Fin 1979 Anastasio Somoza quitte le pays pour se réfugier d’abord à Miami puis au Paraguay où il sera assassiné un an plus tard par un commando nicaraguayen. Les Clash sortaient en 1980 leur légendaire triple album « Sandinista » en soutien à la cause.

    Daniel Ortega, l’un des leaders du mouvement sandiniste prend le pouvoir après la fuite du dictateur et met en place un système inspiré de la révolution cubaine. Les Etats-Unis de leur côté agissent en sous-main pour couler ce régime par des moyens plus ou moins légaux. On se souvient de « l’Irangate » dévoilé en 1986 qui montra comment Washington vendit illégalement des armes à l’Iran (son ennemi intime) dont le produit servit à financer les « contras », mouvements de guérillas antisandinistes, ou du trafic de cocaïne institutionalisé par la CIA toujours pour financer la contrerévolution sans passer par le parlement américain qui s’y serait a priori opposé. Les Etats-Unis avaient aussi miné les ports du Nicaragua pour en bloquer les exportations.

    Puis les choses s’apaisèrent dans les années 2000 et suivantes au cours desquelles le pays progressa au niveau économique. Mais 40 ans plus tard, Daniel Ortega, 76 ans, est toujours dans l’arène politique et vient de se faire réélire président de la République en novembre 2021 pour la énième fois. Il connut des vicissitudes au cours de toutes ces années, rentra dans l’opposition, mena des alliances improbables avec des libéraux, des coopérations avec les antioccidentaux de la planète (Yasser Arafat, Vladimir Poutine, Mouammar Kadhafi, les Castro et bien d’autres), fut élu président, continua à exercer un pouvoir en sous-main lorsqu’il ne l’était plus, modifia la constitution en sa faveur, emprisonna puis libéra ses opposants et, toujours, il réussit à survivre politiquement ; un exploit quand on mesure les adversaires auxquels il s’est frotté !

    Son épouse est vice-présidente, c’est plus simple ainsi. Elle est poétesse, un peu voyante et envahit les médias locaux tous les jours avec sa communication pro-sandiniste. D’une dictature à l’autre, on peut dire que les Ortega sont plus malins que les Somoza pour rester au pouvoir. Le pays quant à lui, survit !


    [1] En référence au général Sandino qui s’était révolté, déjà, dans les années 1910 contre la présence permanente de troupes américaines au Nicaragua et la mainmise des banques et entreprises américaines sur l’économie locale.

  • L’incompréhensible et dommageable entêtement politique français au Mali

    Avec une insistance qui frôle l’aveuglement, la France continue à vouloir mener le Mali sur une route que ce pays ne veut manifestement pas emprunter. Paris a rameuté une quinzaine d’autres pays européens pour signer le communiqué ci-dessous, moralisateur et de peu d’intérêt sinon de souligner l’impuissance occidentale face au délabrement de ce pays et sa volonté de sortir d’une dépendance post-coloniale mortifère.

    Les signataires citent une Fédération de Russie qui n’aurait pas « un comportement responsable et constructif dans la région » alors que la coalition occidentale exerce une « action en vue de protéger les civils, de soutenir la lutte contre le terrorisme au Sahel et de contribuer à instaurer la stabilité à long terme en appuyant le développement durable, le respect des droits de l’homme et le déploiement des services publics. »

    Le Mali glisse doucement vers un retour dans les bras de la Russie, il faut s’en féliciter et non le combattre. Ce n’est d’ailleurs qu’un retour aux sources car les premiers présidents du Mali indépendant jouaient plutôt sur le thème « pays frère » avec l’Union soviétique, mais après l’effondrement économique de l’empire communiste il n’y avait plus de sous dans les caisses de Moscou alors Bamako s’est tourné vers l’Occident. La situation est en train de s’inverser, il est donc envisageable de substituer les contribuables russes aux contribuables français pour financer le Mali, l’hypothèse métrite d’être examinée de près.

    A l’issue de ce communiqué européen, les autorités maliennes ont évidemment aussi communiqué en opposant :

    …un démenti formel à ces allégations sans fondement [sur] un prétendu déploiement des éléments d’une société de sécurité privée au Mali…
    l’Etat malien n’est engagé que dans un partenariat d’Etat à Etat avec la Fédération de Russie, son partenaire historique. 

    Une déclaration aussi insignifiante que celle à laquelle elle répond. On se demande d’ailleurs l’intérêt politique de l’une et de l’autre. A quoi peuvent donc bien servir de tels communiqués qui ne sont lus que par un microcosme de diplomates et de journalistes et dont tout le monde sait bien qu’ils peuvent être vrais, comme faux, tout dépendant de la tactique suivie par leurs rédacteurs et ceux qui les mandent. On se souvient tous de la déclaration du président russe Poutine affirmant sans sourire en 2014, après l’annexion de la Crimée, les yeux dans les yeux des journalistes, devant les passeports russes confisqués à certains combattants faits prisonniers dans le Donbass qu’il ne pouvait pas empêcher « des citoyens russes d’aller passer des vacances en Ukraine »…

    Appel à une manifestation anti-française en 2020

    Les planètes sont alignées :

    • Le gouvernement putschiste malien ne souhaite plus vraiment l’intervention française sur son territoire, d’ailleurs il négocie avec les djihadistes derrière le dos des Français qui les combattent,
    • Le gouvernement algérien interdit aux avions français de survoler son territoire pour ravitailler les bases françaises au Mali, rallongeant ainsi significativement les routes aériennes,
    • Les populations du Mali et des pays avoisinants manifestent bruyamment leurs sentiments anti-français, un convoi routier de ravitaillement français entre Abidjan et Gao a été bloqué à plusieurs reprises au Burkina-Faso et au Niger et il y eut trois morts parmi les manifestants après des tirs des forces françaises et locales pour tenter de libérer le passage,
    • L’armée française est clairement entrée dans un processus d’enlisement (aux dires mêmes de ses officiers supérieurs) en occupant militairement des pays étrangers où elle déploie des bases et des armes, procède à des attaques et des combats sous sa propre initiative sans vraiment en référer aux autorités politiques et militaires locales,
    • Le mythe de la création d’un « G5 Sahel » censé regrouper des forces militaires de cinq pays sahéliens (Burkina-Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad) pour prendre le relais est désormais tombé, ce G5 ne fonctionne pas et ne fonctionnera jamais de façon indépendante. Quiconque a déjà vu à l’œuvre les forces militaires de ces pays le comprend parfaitement,
    • La République française fait face à d’importants déficits de ses finances publiques et les économies à réaliser en mettant fin à cette intervention militaire coûteuse au Sahel seront bienvenues.
    Appel pour un rapprochement Mali-Russie en 2019

    L’argument principal de l’intervention française lancée en 2013, l’opération « Serval » était que combattre le terrorisme au Sahel protège les frontières françaises. Il est sans doute à considérer mais le redéploiement des militaires français sur le territoire national permettra de compenser, au moins en partie, la perte des résultats des actions de guerre menées par l’armée directement sur les territoires étrangers. Le maintien de forces militaires d’occupation sur une longue durée a toujours échoué dans l’Histoire et s’est généralement terminé par une déroute militaire et un retrait piteux, de l’Indochine à l’Algérie, de l’Angola à l’Afghanistan, du Vietnam à la Somalie, etc[1].

    Il est temps de laisser le Sahel aller vers son destin, avec les Russes ou d’autres pays qu’il choisira, mais sans l’ancienne puissance coloniale française !


    [1] Le seul exemple d’intervention militaire à peu près réussie fut celle du Royaume-Uni au Sierra-Leone de 2000 à 2002. Les ressortissants étrangers qui le souhaitaient ont été évacués, la rébellion a été réduite et a donc cessé ses actes de barbarie (amputation de mains, bras, jambes de leurs captifs), l’armée sierra-léonaise à peu près réformée et les militaires britanniques sont rentrés au bercail début 2022 avec un nombre limité de victimes dans leurs rangs.

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2021/06/un-depart-de-larmee-francaise-du-mali-pour-bientot/

    Communiqué conjoint sur le déploiement du groupe Wagner au Mali (23 décembre 2021)

    https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/mali/evenements/article/communique-conjoint-sur-le-deploiement-du-groupe-wagner-au-mali-23-12-21pays/mali/evenements/article/communique-conjoint-sur-le-deploiement-du-groupe-wagner-au-mali-23-12-21

    Nous, partenaires internationaux résolus à soutenir le Mali et son peuple dans leurs efforts pour parvenir à une paix et une stabilité durables et à lutter contre le terrorisme, condamnons fermement le déploiement de mercenaires sur le territoire malien. Ce déploiement ne peut qu’accentuer la dégradation de la situation sécuritaire en Afrique occidentale, mener à une aggravation de la situation des droits de l’homme au Mali, menacer l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger et entraver les efforts de la communauté internationale pour assurer la protection des civils et apporter un soutien aux forces armées maliennes.

    Nous regrettons profondément la décision des autorités de transition maliennes d’utiliser des fonds publics déjà limités pour rétribuer des mercenaires étrangers au lieu de soutenir les forces armées maliennes et les services publics au bénéfice du peuple malien.

    Nous avons connaissance de l’implication du gouvernement de la Fédération de Russie dans la fourniture d’un soutien matériel au déploiement du groupe Wagner au Mali et appelons la Russie à adopter un comportement responsable et constructif dans la région.

    Nous rappelons les décisions de la CEDEAO ainsi que ses préoccupations quant au risque d’instabilité dans la région si des sociétés de sécurité privées devaient se déployer au Mali (sixième session ordinaire à Abuja, 12 décembre 2021). Nous rappelons également l’adoption par l’Union européenne d’un ensemble de mesures restrictives à l’encontre du groupe Wagner lui-même et de huit personnes et trois entités qui lui sont liées (Conseil Affaires étrangères du 13 décembre 2021) impliqués dans de graves violations des droits de l’homme, notamment la torture et des exécutions et des assassinats extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires ou dans des activités de déstabilisation dans certains pays où ils opèrent.

    Nous ne renoncerons pas à nos efforts pour répondre aux besoins de la population malienne. Conformément aux objectifs de la Coalition internationale pour le Sahel, nous réaffirmons notre détermination à poursuivre notre action en vue de protéger les civils, de soutenir la lutte contre le terrorisme au Sahel et de contribuer à instaurer la stabilité à long terme en appuyant le développement durable, le respect des droits de l’homme et le déploiement des services publics. Nous continuerons à suivre de près et évaluer la situation.

    Nous invitons instamment les autorités maliennes de transition à entreprendre des réformes et à rétablir l’ordre constitutionnel en préparant et en organisant les élections dans les meilleurs délais comme elles s’y sont engagées devant le peuple malien, la CEDEAO et la communauté internationale. Nous appuyons sans réserve les récentes décisions de la CEDEAO à cet égard.

    Allemagne, Belgique, Canada, Danemark, Espagne, Estonie, France, Italie, Lituanie, Norvège, Pays Bas, Portugal, République Tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Suède

  • Restitution d’œuvres d’art au Bénin : il faut continuer, élargir et accélérer

    L’Etat français vient de restituer un premier lot d’une vingtaine d’œuvres d’art qui avaient été pillées lors de la présence coloniale française dans ce pays. C’est une excellente décision qui était attendue par l’Afrique depuis les indépendances il y a 70 ans. C’était un coin dans les relations post-coloniales et une demande récurrente des anciens colonisés. Le maintien dans les musées français de ces créations africaines n’avait plus guère de justifications et, finalement, assez peu d’intérêt sinon d’envenimer les relations diplomatiques avec les anciennes colonies.

    L’argumentation utilisée par Paris des années durant pour empêcher ce rapatriement était basée sur la soi-disant « inaliénabilité » des œuvres des collections publiques françaises et les capacités limitées des musées africains à les conserver. Le premier obstacle est facilement tombé avec le vote d’une loi par le Parlement français et le second relève de la souveraineté des Etats récipiendaires. On peut imaginer que des copies 3D de ces œuvres ont été réalisées assez facilement et pourront être de nouveau exposées en France si le besoin s’en fait sentir. Après-tout, la Grèce expose bien des copies des fresques du Parthénon à Athènes, les originaux étant toujours détenus dans les musées londoniens…

    Il faut maintenant continuer à restituer ces œuvres pillées, cela fera toujours un micro-sujet de contentieux en moins avec les anciennes colonies. Et ne nous empêchons pas de renvoyer l’obélisque de la place de la Concorde en Egypte. Les réserves des musées français regorgent d’œuvres qui ne peuvent pas être exposées faute de place. Celle libérée, et à libérer, par les restitutions permettra d’améliorer la situation.

  • Mais de quoi se mêle-t-on en Centrafrique ?

    On le sait, une société militaire russe plus ou moins privée dénommée « Wagner » opère en République Centrafricaine (RCA), ancienne colonie française. La France maintient également sur place un contingent militaire qui tente de s’interposer entre forces « loyalistes » et bandes « rebelles » pour limiter l’ampleur des massacres auquel ce pays est habitué depuis des décennies.

    L’Union européenne s’apprête à prendre des sanctions contre Wagner pour « déstabilisation » de la RCA et on s’interroge sur la logique de cette démarche. Si les mercenaires russes remplacent les forces françaises (aidées pour le moment par quelques troupes d’autres pays européens) c’est une occasion inespérée pour les Français de quitter ce bourbier, pourquoi faudrait-il s’en plaindre ? Bien sûr, si la Russie prend le pouvoir en Centrafrique on peut craindre que les quelques matières premières centrafricaines, mal exploitées pour le moment, devraient plutôt prendre la direction de l’Empire russe que de l’Europe de l’Ouest, mais en réalité elles seront vendues sur le marché à qui les paye au prix d’équilibre.

    Il est probable que Paris a poussé à la décision de sanctions européennes compte tenu de son implication dans ce pays depuis son « indépendance ». Rappelons pour les plus jeunes qu’après la pantalonnade de « l’empereur Bokassa » un officier français membre des services secrets, le commandant Mancion, a, pendant une bonne dizaine d’années, commandé la garde présidentielle centrafricaine en exerçant un pouvoir qui en faisait un quasi-« proconsul ». La France avait fait de ce pays son arrière-cour dirigée par ses services secrets et son armée, tout en prônant, bien sûr, l’organisation d’élections démocratiques… L’effondrement actuel de ce pays montre que ce ne fut pas une bonne méthode.

    Paris n’est certainement pas la mieux placée pour s’impliquer dans l’avenir de la RCA ou y contester la présence de la Russie ou d’autres puissances étrangères ! Alors laissons faire les choses comme elles doivent se dérouler et mettons fin à la présence militaire française en RCA, qui est par ailleurs rejetée par la population locale. Paris fera ainsi des économies budgétaires et mettra fin à 70 ans d’errements néocoloniaux, tout le monde s’en portera mieux.

    Lire aussi : La Centrafrique toujours à la pointe de la dévastation

    La Centrafrique est le concentré de tous les vices et les dérives d’une décolonisation ratée. Il est temps de tourner la page et Moscou déploie pour Paris le tapis rouge vers la sortie, empruntons-le sans hésiter.

  • La démocratie et le marketing

    Les Etats-Unis d’Amérique ont organisé les 9 et 10 décembre un « sommet pour la démocratie » qui réunissait une centaine de pays invités à deux jours de vidéo-conférence. Il n’en est pas sorti grand-chose sinon le rappel de grands principes et quelques déclarations de circonstance. Il faut certes les rappeler mais sans grand espoir de convaincre, d’autant plus que contrairement à ce qu’a déclaré le président américain il n’est pas complètement acquis que tous les citoyens du monde considèrent la primauté de la démocratie sur les autres formes de régimes socio-politiques.

    Autocracies can never extinguish the ember of liberty that burns in the hearts of people around the world, in every portion of the world.

    Joe Biden
    https://www.whitehouse.gov/briefing-room/speeches-remarks/2021/12/10/remarks-by-president-biden-at-the-summit-for-democracy-closing-session/

    Evidement la réunion concernait plutôt les pays démocratiques, bien que certains des invités aient une conception plutôt particulière de la démocratie (le Pakistan, l’Inde… notamment) mais ni la Russie ni la Chine n’étaient de la partie. On aurait pu croire que ces deux pays allaient s’en réjouir tant ils condamnent le concept de démocratie à longueur de déclarations publiques, déversant tout leur mépris sur ce système qualifié de décadent et moribond. Eh bien c’est l’inverse qui se produit et Moscou comme Pékin se plaignent de n’avoir point été invités et le font savoir.

    Le compte Twitter de l’ambassade de Chine en France publie la déclaration officielle du porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois et le texte mérite la lecture. L’attaque commence dès l’introduction :

    Les États-Unis ont récemment tenu un prétendu « Sommet pour la démocratie » par lequel ils créent le clivage idéologique, utilisent la démocratie comme un instrument et une arme, pratiquent l’anti-démocratie sous le couvert de la démocratie, incitent à la division et à la confrontation, détournent l’attention de leurs problèmes intérieurs, préservent leur hégémonie dans le monde et sapent le système international centré sur les Nations Unies et l’ordre international fondé sur le droit international. Ces actes vont à contre-courant de l’histoire et sont largement rejetés par la communauté internationale.

    Ambassade de Chine en France sur Twitter : « Déclaration du porte-parole du Ministère des Affaires étrangères  au sujet du « Sommet pour la démocratie » tenu par les États-Unis https://t.co/M5yYE6WsJQ » / Twitter

    La suite n’est qu’une longue litanie sur les mérites de la « démocratie populaire » telle que celle mise en œuvre par la Chine quand la démocratie à l’américaine serait devenue « une ‘arme de destruction massive’ utilisée par les États-Unis pour s’ingérer dans les affaires des autres pays. »

    Toutes ces envolées lyriques ne présentent plus guère d’intérêt dans le monde d’aujourd’hui. Il est d’ailleurs peu probable que beaucoup de citoyens de la planète lisent ces communiqués idéologiques dignes de la guerre froide. Ce sont des batailles de diplomates dont les résultats ne sortent guère des chancelleries.

    Est-il nécessaire de céder à la dictature de la communication sur le sujet de la démocratie ? Ne vaudrait-il pas mieux agir plutôt que communiquer ? Les démocraties occidentales n’ont guère besoin de vanter leur système d’organisation politique, il est ce qu’il est, et plutôt plébiscité si l’on en juge les flux d’immigration importants qui se dirigent plutôt vers l’Occident que vers la Chine ou la Russie… Les démocraties seraient bien avisées de s’occuper d’elles-mêmes, d’améliorer leurs propres modes de fonctionnement, plutôt que de vouloir mondialiser ceux-ci avec des campagnes marketing comme celle de ce sommet américain. Accueillons et aidons les pays qui souhaitent rejoindre le camp démocratique mais nul besoin d’en faire la publicité auprès d’Etats qui n’en veulent pas.

    En clair, organisons des « sommets pour la démocratie » s’il y a un besoin en la matière mais nul besoin de publier des communiqués fumeux, laissons les opposants et les contradicteurs s’opposer et contredire, « les chiens aboient et la caravane passe ! ». Pas besoin de leur donner les cordes pour nous battre.

  • Singapour se fâche

    Alors qu’une minorité de ses citoyens refuse toujours de se faire vacciner contre la Covid, l’Etat de Singapour a décidé de faire payer les frais d’hospitalisation aux malades de la Covid non vaccinés. C’est une vraie mesure libérale qui fait porter la responsabilité de ses décisions à la population sur le thème « j’ai la liberté de ne pas me faire vacciner mais, si je suis malade, je ne fais pas porter la charge de ma décision par la communauté des cotisants à l’assurance sociale ».

    C’est évidemment une situation difficile à imaginer en France où la déresponsabilisation et la victimisation des citoyens sont souvent érigées en mode de fonctionnement. Voyons ce que donnera cette décision à Singapour dans un vrai pays libéral.

  • Les régimes autoritaires investissent les organisations multilatérales

    Après l’élection d’un citoyen des Emirats Arabes Unis à la tête de l’organisme international de la police « Interpol » on constate la poursuite de la prise de pouvoir des pays autoritaires dans les organisations multilatérales. Avec leur montée en puissance économique et politique des pays comme la Russie ou la Chine, tout en critiquant le principe même du multilatéralisme contraire à leur concept de « souveraineté nationale », savent néanmoins qu’il s’y trouve tout de même un peu de pouvoir et, certainement, beaucoup de capacité de nuisance à l’encontre des démocraties occidentales « décadentes ».

    Les occidentaux ont systématiquement trusté les places de direction Les occidentaux ont systématiquement trusté les places de direction dans ces organisations internationales tout au long de la seconde moitié du XXème siècle, en y parrainant des politiques d’ingérence dans les politiques nationales des pays que l’on qualifiait à l’époque de « sous-développés » et qui le plus souvent étaient aussi d’obédience communiste. Le retour des pays occidentaux vers le nationalisme les a aussi poussés à négliger ces organismes internationaux dans lesquels ils se sont parfois retrouvés en minorité. C’est ainsi que les Etats-Unis d’Amérique du président Trump ont quitté nombre de ces organisations, ou cessé d’y verser leurs cotisations, les poussant à réduire leurs programmes d’opérations.

    La nature aillant horreur du vide, les pays autoritaires s’engouffrent dans les brèches ouvertes au cœur du pouvoir multinational et se font un malin plaisir de titiller les occidentaux avec leurs propres principes. C’est ainsi que l’Europe s’est fait rappeler à l’ordre par la Russie et la Biélorussie pour son « non-respect des droits de l’homme » dans l’affaire des migrants voulant franchir la frontière entre la Biélorussie et la Pologne ou les pays Baltes… En 2015 on avait vu l’Arabie Saoudite désignée à la tête d’une commission du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies ! Aujourd’hui la Turquie donne des leçons de « droit de l’hommisme » au Conseil de l’Europe (en charge des droits de l’homme dans l’Europe géographique) dont elle fait partie, etc. etc.

    Pris à leur propre piège les pays occidentaux n’ont que des arguments légaux à opposer à des pays qui n’en n’ont cure, mais utilisent les règles démocratiques pour se faire élire à la tête de ces organismes. Il n’est pas possible de les exclure car pour ça il faut avoir la majorité, il n’est quasiment plus possible de les convaincre de rejoindre les principes démocratiques qu’ils exècrent alors certains pays occidentaux quittent ces organisations.

    A l’inverse, dans les organismes multilatéraux financiers que sont la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International (issus des accords de Bretton-Woods, post-deuxième guerre mondiale), les occidentaux majoritaires au capital de ces institutions disposent de minorités de blocage permettant d’y garder le pouvoir. Alors la Chine en 2015 a dupliqué une partie du système de Bretton-Woods en créant la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB) et a même réussi à entraîner au capital quelques pays européens dont la France…

    A New-York, lorsqu’on visite la salle de l’assemblée générale, à côté du vitrail de Chagall, on ressent la singularité de ce lieu unique sur la planète où tous les pays se croisent dans les couloirs, se parlent dans les assemblées. Malgré tout, le système multilatéral post-deuxième guerre mondiale a vécu. Il plaisait aux pays occidentaux tant qu’ils le dominaient. La roue tourne, ils ne sont plus seuls, il faut partager le pouvoir et la puissance. Alors on continue à se parler aux Nations-Unies mais le rééquilibrage du pouvoir rend les conditions plus difficiles pour l’Occident qui veut imposer ses conceptions démocratiques au reste du monde qui, pour une grande part n’en veut pas. Sans aucun doute faut-il continuer à se parler mais peut-être en rabaisser quelque peu sur l’universalisme des droits de l’homme et des principes démocratiques en dehors du monde occidental…

  • Les galonnés aiment le pouvoir en Afrique

    Général Abdel Fattah Abdelrahmane al-Burhan

    Un nouveau coup d’Etat s’est déroulé récemment en Afrique, au Soudan le mois dernier plus exactement. Le général Al-Burhan a pris le pouvoir et l’armée réprime avec ses méthodes habituelles, plutôt brutales, la contestation civile. Ce général a été largement impliqué dans tous les soubresauts violents de ce pays qui n’en a pas manqué depuis son indépendance en 1956. De façon originale, le Soudan était une colonie anglo-égyptienne du temps de la présence britannique, et l’Egypte l’a d’ailleurs toujours considéré comme son arrière-cour.

    De rébellions en famines, d’islamisation rampante en soutien au terrorisme international, de massacres ethniques en résurgence de l’esclavagisme, de coups d’Etat en guerres civiles, d’accords de paix en invasions des pays avoisinants, de crise économique sans fin en gouvernance dictatoriale… le Soudan illustre à l’envie tous les échecs du continent. Autre originalité, après un terrible conflit entre les populations chrétiennes du sud et le pouvoir musulman du nord, une scission du pays a été entérinée en 2011 et le Soudan du sud a été créé, pour retomber immédiatement dans une guerre civile interne à ce nouveau pays…

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2015/11/sud-soudan-lactualite-percute-le-cinema/

    Rappelons que le Soudan a largement soutenu et accueilli les terroristes internationaux, de Ben Laden à Carlos. Ce dernier a d’ailleurs été « revendu » aux services français en 1994 qui l’ont récupéré à Khartoum pour le ramener et le juger en France. On n’ose imaginer les termes de la transaction ni ce qui a dû être cédé au Soudan en échange de cette capture !

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2021/05/le-soudan-ne-remboursera-pas-les-contribuables-francais/

    Bref, le Soudan est ce qu’il est, on peut le regretter mais rien ni personne n’a pu le faire se rapprocher d’une gouvernance « démocratique et apaisée » et il est peu probable qu’on y parvienne à moyen terme. Les réactions de circonstance se multiplient depuis le dernier coup d’Etat pour appeler à la démocratie et au respect des accords signés :

    « Il faut assurer le plein respect de la charte constitutionnelle pour protéger la transition politique obtenue de haute lutte »

    Secrétaire général des Nations unies (ONU) Antonio Guterres

    Tout ceci est bel et bien beau, mais est-ce que ces Cassandre ne se sont jamais rendues au Soudan ? Elles auraient alors compris l’inanité de leurs appels « au retour à la démocratie ». Comme d’habitude, les régimes russe et chinois se refusent à vraiment condamner ce énième coup d’Etat au Soudan pendant que les pays occidentaux suspendent leurs aides et prennent quelques sanctions qui seront probablement bien vite levées pour éviter que l’anarchie propre à ce pays ne déborde trop à l’extérieur. Il faut certainement essayer de cantonner les dérives du pays à l’intérieur de ses frontières en aidant les populations et les nouvelles autorités sans trop déroger aux principes occidentaux, mais faut-il vraiment continuer à vouloir imposer de l’extérieur la démocratie à ce pays qui n’arrive définitivement pas à l’adopter ni à la mettre en place ?

  • « One more jump » de Emanuele Gerosa

    Un film documentaire sur la pratique du parkour par de jeunes palestiniens résidant à Gaza. Le parkour est une espèce de running de banlieue, ponctué de franchissement d’obstacles façon breakdance. C’est impressionnant et pratiqué par ces jeunes de Gazacomme un moyen d’évasion de leur chaudron Gazaouite, entre mer Méditerranée, police du Hamas et gardes-frontière israéliens, sans aucun espoir de futur sur place.

    Alors tous ces gamins n’ont qu’une idée en tête : fuir leur prison vers l’Europe pour tenter d’y mener une vie meilleure. Le titre du film est une allégorie à cette tentation désespérée. L’un d’eux réussit à partir pour l’Italie pour participer à des compétitions de parkour et le film alterne entre les deux personnages principaux celui de Rome et celui de Gaza. Ceux qui sont restés envient le premier et… le condamnent d’être parti sans eux.

    Présent dans la salle, le réalisateur revient ensuite sur les conditions de tournage en 2019 relativement aisées dans un environnement plutôt agité, l’obsession de ces jeunes pour quitter leur territoire sans espoir de retour, la bouffée d’air frais que représente la pratique du parkour dans l’environnement dévasté de Gaza. Il nous apprend pour finir que le premier personnage a eu un accident lors d’un entraînement en Italie et finira sa vie sur une chaise roulante et que le second a finalement pu quitter Gaza, également pour l’Italie, laissant les siens sur place sans doute pour toujours. Pas très gai ce documentaire, pas plus que la situation gelée en Palestine.

  • L’armée française empêchée au Burkina

    L’opération Barkhane a du plomb dans l’aile. L’Algérie lui refuse l’autorisation de survol de son territoire pour les vols militaires échangés entre la France et le Sahel, rallongeant ainsi la route aérienne pour ravitailler les troupes françaises. L’autre voie, terrestre cette fois-ci, est maintenant bloquée également de plus en plus souvent par des manifestations anti-françaises dans les pays traversés. C’est ainsi qu’un convoi militaire, en route d’Abidjan vers le Mali, est actuellement immobilisé au Burkina-Faso par une population en colère qui voit le terrorisme religieux prospérer et se demande bien alors à quoi servent ces troupes étrangères si elles n’arrivent pas à endiguer les massacres djihadistes au Sahel. En France, on se pose la même question !

    Probablement la situation serait bien pire sans l’intervention armée française, mais ce raisonnement n’est manifestement pas partagé par les populations du Burkina-Faso (ce qui signifie « le pays des hommes libres ») mais on ne peut pas imposer des troupes d’occupation sur une longue durée à des pays tiers, même animées de « bonnes intentions » et même appelées à la rescousse par les autorités officielles du pays. L’exemple récent de l’Afghanistan illustre ce fait jusqu’à l’absurde.

    Les planètes sont alignées pour justifier un retrait rapide des militaires français du Sahel : les populations des pays concernés le souhaitent, les dirigeants du Mali, pays à l’origine de cette opération, également, l’Algérie refuse le survol de son territoire, certains pays du Sahel empêchent les convois routiers de circuler… on ne va quand même pas passer par l’Afrique du Sud pour rallier Ménaka ? Non, les circonstances l’exigent, la France doit annoncer la fin de ses opérations au Sahel et ramener ses soldats à la maison. Nous sommes déjà dans la phase d’enlisement, il faut partir avant que ne produise une catastrophe.

    La mission initiale de Barkhane a été accomplie, il est temps désormais de laisser les gouvernements locaux en assurer le service après-vente.

  • Moscou se régale

    Avec ironie et cynisme, Moscou donne des leçons de « droit-de-l’hommisme » aux pays occidentaux en les morigénant sur le caractère inhumain de la façon dont ils traitent les réfugiés moyen-orientaux à la frontière de la Biélorussie. C’est facile, alors le président russe ne s’en priva pas :

    « Voyons comment les forces de sécurité polonaises se comportent aujourd’hui à la frontière. […] Il y a des petits enfants… tout de même, ils leur projettent de l’eau, jettent des grenades lacrymogènes. Pendant la nuit, des hélicoptères volent le long de la frontière, ils mettent en marche des sirènes. »

    Président Poutine cité par RT France

    Et il est bien relayé par son ministre des affaires étrangères :

    « Ils ne peuvent pas ne pas comprendre qu’ils sont en train de violer toutes les normes imaginables du droit international humanitaire et d’autres accords de la communauté internationale. Bien sûr qu’ils le comprennent ! »

    Sergueï Lavrov cité par RT France

    C’est un peu la réponse du berger à la bergère : à force de faire des remontrances à la planète entière sur les principes démocratiques qu’elle devrait suivre, l’Occident donne des cordes pour se faire battre et, Moscou, et d’autres capitales, se font un plaisir d’insister sur ces contradictions.

    Avec la montée en puissance impressionnante de pays non démocratiques comme la Chine ou la Russie, l’Occident se trouve confronté à la remise en cause de certains principes défendus au cours du XXème siècle, notamment, la démocratie ne serait plus la voie unique pour un développement « heureux ». On voit même depuis plusieurs années des démocraties voter sciemment pour des dirigeants dits « illibéraux » dont Donald Trump aux Etats-Unis d’Amérique fut l’exemple le plus frappant, sans doute favorisé par des actions de soft power russes ! C’est d’ailleurs la plus éclatante victoire des « démocratures » qui réussissent à favoriser l’émergence de pouvoirs leur ressemblant dans les démocraties, élus lors de suffrages démocratiques.

    C’est ainsi, la roue tourne, et le rééquilibrage des puissances mondiales n’est d’ailleurs pas forcément une mauvaise nouvelle. Malgré tout, il fait toujours bon vivre dans les démocraties dont la créativité économique et culturelle, ainsi que la conception de la liberté, constituent toujours une force d’attraction significative.

    On dirait que les migrants sont plutôt d’accord car ils se dirigent dans une très grande majorité plus vers l’Ouest que vers l’Est pour tenter de trouver refuge. Alors, l’Occident voudrait utiliser les mêmes méthodes que la Biélorussie en utilisant les flux migratoires comme « arme hybride », il ne le pourrait guère en l’absence de migrants « volontaires » pour aller se réfugier en Biélorussie… Rappelons que ce pays, comme la Fédération de Russie, est signataire de Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et/ou à son protocole de 1967.

  • La Biélorussie menace

    Mécontent des sanctions européennes qui frappent les dirigeants de son pays, le satrape biélorusse menace l’Europe de couper le robinet du gaz russe, dont une partie transite par son pays pour arriver en Europe, en cas de nouvelles sanctions. Les médias rabâcheurs affichent cette information en tête de gondole afin d’inquiéter Mme. Michu pour son chauffage cet hiver. Si cette menace était mise en œuvre cela couperait aussi illico le robinet des dollars reçus par la Biélorussie pour le transit du gaz et la Russie pour la vente de cette matière première. Il n’est pas sûr que la Biélorussie pourrait tenir très longtemps sans cette ressource dans une telle hypothèse. Le grand frère russe pourrait sans doute l’aider un peu mais serait lui-même soumis à l’amputation de ses revenus.

    Il est donc peu probable que la menace ne soit jamais mise à exécution. Moscou a d’ailleurs officiellement annoncé qu’il n’y aurait pas de coupure par la voix du porte-parole de son ministère des Affaires étrangères :

    « Il s’agit d’une déclaration du président de la Biélorussie. Je tiens tout de même à rappeler la déclaration du président Poutine selon laquelle la Russie a toujours rempli ses obligations contractuelles. Et que cela plaise ou non à qui que ce soit, la Russie a toujours été, est et restera potentiellement un pays garant de la sécurité énergétique du continent européen. »

    RT France

    Lire aussi : La Russie aux avant-postes du soutien à la Biélorussie

  • La Russie aux avant-postes du soutien à la Biélorussie

    Avec sa morgue habituelle, la diplomatie russe affirme que ni la Biélorussie, ni la Russie bien entendu, n’ont la moindre responsabilité dans le fait que des migrants moyen-orientaux se retrouvent massés à la frontière entre la Biélorussie d’une part, la Pologne et la Lituanie d’autre part. Bien au contraire, son chef accuse l’Europe d’être responsable de ce nouvel afflux de candidats à l’exil sur ce continent.

    « Cela a commencé avec la politique que les pays occidentaux, dont l’OTAN et les pays de l’Union européenne, mènent depuis de nombreuses années vis-à-vis du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, en essayant de leur imposer une vie meilleure selon les modèles occidentaux, la démocratie sous la forme sous laquelle l’Occident l’interprète et a tenté de l’imposer agressivement dans le monde entier, se lançant dans des aventures militaires lorsqu’il rencontrait la moindre résistance »

    Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères (RT-France)

    On dirait tout de même que les migrants et candidats au statut de réfugié sont plutôt intéressés par « les modèles occidentaux » puisque les flux actuels se dirigent tous vers les pays de l’Union européenne (UE) ou les Etats-Unis d’Amérique…, assez peu vers la Russie ou la Corée du Nord.

    Mais qu’importe cette réalité, le russe pousse le bouchon encore un plus loin en rappelant que l’ancien ministre italien de l’intérieur Mattéo Salvini, est actuellement traduit en justice pour avoir refusé à des bateaux chargés de migrants de les débarquer dans un port italien, et que les dirigeants polonais et lituaniens devraient subir le même sort :

    « Aujourd’hui, [Matteo] Salvini est jugé pour avoir mis en danger la vie de ces réfugiés qui tentaient d’échapper à des conditions sanitaires désastreuses. Quelle est donc la différence entre les mesures prises par les pays baltes et la Pologne et celles qui ont amené l’ancien ministre du gouvernement italien à être traduit en justice ? »

    Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères (RT-France)

    Plus c’est gros plus ça passe et Moscou sait utiliser avec efficacité une mauvaise foi de première catégorie et une langue de bois en chêne massif. On se souvient de l’inoubliable déclaration du président russe Poutine lors de l’aide apportée à la rébellion dans la région ukrainienne du Donbass en 2014, russophone et russophile, par des combattants russes dont les uniformes ne portaient aucun insigne distinctif, mais dont la nationalité russe fut attestée par les passeports saisis sur certains prisonniers, déclaration qui disait en substance : « si des citoyens russes veulent aller passer leurs vacances en Ukraine à titre privé, je n’y peux rien ».

    Lire aussi : Les nouvelles « attaques hybrides »

    « Accessoirement », un avion civil malaysien fut abattu par un missile au-dessus de cette région le 17/07/2014 faisant 298 morts. Les forces en présence se rejettent la responsabilité du tir du missile et Moscou a mis son veto au Conseil de sécurité de l’ONU sur le principe de l’établissement d’un tribunal international afin de poursuivre les responsables de cet abattage d’un avion civil.

    La Russie tape contre l’Occident, ce qu’elle fait depuis 1918, nie l’évidence, agit avec cynisme, utilise avec efficacité soft et hard power contre la démocratie libérale, son ennemi. Cela fonctionne plutôt bien pour le moment tant le rejet de la démocratie occidentale est désormais partagé par les pays autoritaires de la planète. Seuls les migrants semblent donner quelque crédit à cette utopie en menant leurs pas vers l’Europe plutôt que vers la Biélorussie…

    Pour en savoir plus sur la politique russe et la vision de Moscou sur le reste du monde, il est bon de consulter la chaîne « RT France » qui est très éclairante : https://francais.rt.com.

  • Un « commandant » en chocolat

    On ne dit plus le « chef de guerre islamiste afghan Massoud » mais le « légendaire commandant Massoud » !

    Ce guerrier (1953-2001) a toujours été encensé, en France notamment, à la suite de commentaires élogieux des Bernard-Henri Levy (BHL) et consorts. Assassiné en 2001 par l’organisation islamiste Al Qaïda, le « commandant » Massoud a gagné sa notoriété en luttant contre l’occupant soviétique dans les années 1980 au cœur de son bastion du Panchir. Après la reddition et le départ de l’armée soviétique, il va continuer la guerre, devenue « civile » pour prendre la capitale, s’alliant et se désalliant à d’autres milices de chefs de guerre au gré de ses intérêts, du sens du vent et des retournements des uns et des autres sur des motifs tribaux ou religieux, passant et désavouant des alliances successives avec les saoudiens, les iraniens, les pakistanais ou les… américains. Devenu ministre de la Défense au début des années 1990, il continue la guerre des milices qui ravage le pays et notamment sa capitale Kaboul. Cette guerre civile et l’incapacité des milices locales, plus proches de gangs mafieux que de partis politiques, a dévasté l’Afghanistan, peut-être plus encore que l’invasion soviétique et annonce l’arrivée du pouvoir Taliban, chassé en 2001 par les troupes internationales et rétablit par les mêmes en 2021.

    L’Occident et BHL appréciaient M. Massoud car il était un peu moins extrémiste que les autres chefs de guerre mais il était néanmoins religieux et traditionnaliste, c’est-à-dire, l’inverse de ce qui est habituellement considéré comme nécessaire pour mener une démocratie « à l’occidentale ». Comme de plus il était anti-Taliban il n’en fallait guère plus pour devenir le héraut de l’Ouest avec le résultat que l’on sait… Son fils a pris la relève et BHL l’aime beaucoup ce qui n’est pas forcément un gage de succès pour l’avenir.

    On a connu à peu près le même phénomène avec le soutien français indéfectible aux populations Touaregs depuis le XIXème siècle, glorifiées à Paris comme le « noble peuple du désert » sur ses chameaux. Nombre de films, documentaires, récits et romans ont été réalisés en France à la gloire des Touaregs insistant sur l’aspect mystique de cette ethnie au milieu de ses dunes et en passant sous silence leur tendance à l’esclavagisme et à la razzia comme modèle économique. Le « noble peuple » en question avait donné du fil à retordre à l’armée coloniale française en son temps. Depuis les indépendances africaines ils continuent à harceler les pouvoirs indépendants, majoritairement au Mali, en luttant par les armes pour leur indépendance, et en s’alliant avec les mouvements terroristes religieux, dont Al-Qaïda, celui-là même qui a assassiné M. Massoud en 2001, pour prendre le pouvoir au Mali.