Catégorie : No Europe

  • L’Algérie tout en subtilité

    Toujours engluées dans leur conflit sur l’Histoire coloniale, l’Algérie et la France, anciens ennemis d’une guerre de décolonisation sauvage, continuent leur dialogue de sourds par l’intermédiaire de communiqués agressifs et de cérémonies expiatoires, d’un côté et de l’autre de la Méditerranée, sur fond de flux migratoires du sud vers le nord.

    La dernière saillie algérienne vient de la bouche du président algérien qui a appelé le ministre français de l’Intérieur Moussa Darmanin, accusé par ailleurs de restreindre l’octroi de visas français aux citoyens algériens. Gérald Darmanin porte effectivement le second prénom de Moussa, donné par ses parents en hommage à son grand-père paternel, Moussa Ouakid, ex-tirailleur algérien intégré dans l’armée française et résistant durant la seconde guerre mondiale.

    Pas sûr que le climat n’avance vers l’apaisement… Pour paraphraser le président Mitterrand qui, en d’autres temps, avait dit « les pacifistes sont à l’ouest et les SS20 [missiles soviétiques installés en Europe de l’est et tournés vers l’occident] sont à l’est », on peut dire que « l’autoflagellation est au nord, mais l’ironie est au sud ».

    La suite au prochain numéro.

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2021/10/un-ambassadeur-tres-souvent-dans-lavion/

    On a également entendu récemment l’ambassadeur d’Algérie en France appeler la diaspora algérienne dans son pays de résidence à constituer « un levier de commande » pour agir sur la politique française :

    « Il est inadmissible que l’Algérie qui possède la plus grande communauté étrangère en France avec 18 consulats, ne puisse pas constituer un levier de commande pour intervenir non seulement dans la politique algérienne, mais (aussi) au niveau de la politique française », a-t-il déclaré, insistant sur le fait que « l’Algérie a besoin de tous ses enfants ».

    https://www.aps.dz/algerie/128872-daoud-souligne-l-importance-d-encourager-les-algeriens-etablis-en-france-a-investir-dans-leur-pays#:~:text=%22Il%20est%20inadmissible%20que%20l,sur%20le%20fait%20que%20%22l

    A l’image de la Turquie qui appelle sa diaspora en Europe à faire des enfants pour accroître son influence, l’Algérie cherche à peser sur la politique française. Il faut bien faire avec ce genre de comportements tout en cherchant à en minimiser les effets délétères. C’est également l’une des conséquences de ce concept trouble de la double ou triple nationalité. Quand on a plusieurs passeports, quelle est sa nationalité de préférence ? De quel pouvoir va-t-on suivre les directives ? L’Algérie n’aime pas beaucoup la binationalité et empêche ses binationaux d’accéder à certaines hautes fonctions administratives, mais cela ne l’empêche pas de jouer avec le concept lorsque cela peut servir ses intérêts.

    Ainsi vont les intérêts sacrés des nations.

  • Un ambassadeur très souvent dans l’avion

    Alger vient de rappeler son ambassadeur « pour consultation » comme point d’orgue d’une accumulation de reproches faits à la France ces dernières semaines. Les hostilités avaient déjà démarré dans une époque récente en mai dernier avec, déjà, le rappel de l’ambassadeur algérien, à la suite de la diffusion d’un documentaire sur France 5 sur les mouvements de jeunes anti-pouvoir (le Hirak). En réalité, les hostilités diplomatiques n’ont jamais cessé depuis 1962, année où l’Algérie est devenue indépendante.

    Cette fois-ci deux évènement ont entraîné l’ire du pouvoir algérien : la réduction des visas français à octroyer aux citoyens algériens à titre de sanction du fait que l’Algérie refuse de réadmettre les Algériens faisant l’objet d’une expulsion du territoire français d’une part, et les propos du président français devant un groupe de jeunes de la troisième génération dont les ancêtres ont été concernés par la guerre d’Algérie, d’une façon ou d’une autre : petits-enfants de combattants du FLN, de militaires français, de harkis ou de « pieds-noirs » rapatriés. Français, algériens ou binationaux, ils ont débattu avec Emmanuel Macron sur la tragédie algérienne. Ce groupe de jeunes a été constitué dans la suite du rapport Benjamin Stora sur les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie et se réunit régulièrement afin de produire des propositions au président en vue de la réconciliation algéro-française. Le déjeuner à l’Elysée du 30 septembre constituait un point d’étape de cette vaste tâche.

    Quelques jours auparavant, le 20 septembre, le président avait officiellement demandé « pardon » et annoncé des compensations financières à verser par les contribuables français aux descendants des harkis :

    « Aux combattants abandonnés, à leurs familles qui ont subi les camps, la prison, le déni, je demande pardon, nous n’oublierons pas »

    Ce « pardon » venait après la reconnaissance par le président Hollande en septembre 2016 de la « responsabilité » française dans le sort des harkis :

    « [des] responsabilités des gouvernements français dans l’abandon des harkis, les massacres de ceux restés en Algérie et les conditions d’accueil inhumaines de ceux transférés en France »

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2016/09/la-republique-reconnait-sa-culpabilite-dans-le-massacre-des-harkis-dans-algerie-post-independance/

    Des journalistes assistaient au déjeuner du 30 et en ont rapporté quelques propos tenus par le président et ce sont justement une partie de ceux-ci qui ont déclenché ce énième incident diplomatique avec Alger avec remise de son ambassadeur dans un avion pour le sud. Au milieu d’échanges qui paraissent plutôt apaisés et intelligents M. Macron a évoqué « l’histoire officielle » réécrite par un « système politico-militaire » basée sur « la haine de la France », une « rente mémorielle ». N’en jetez plus, c’en était trop pour les autorités algériennes !

    La France s’épuise à essayer de se faire pardonner son errance coloniale. Depuis l’élection en 2017 de M. Macron, Paris a reconnu les assassinats par l’armée française d’un certain nombre de combattants et intellectuels algériens après avoir déclaré à Alger lorsqu’il était candidat que la colonisation était un « crime contre l’humanité ». Le rapport de Benjamin Stora qui a eu accès aux archives françaises, déclassifiées pour l’occasion, a été mal reçu de l’autre côté de la Méditerranée. Stora, bien que né en Algérie, est français et considéré dans son pays d’origine comme subjectif et son travail comme une affaire franco-française. Il est disqualifié d’office. A peu près au moment où M. Stora a été mobilisé pour son étude (juillet 2020), un rapport sur le même sujet a été commandé par le gouvernement algérien à l’historien Abdelmadjid Chikhi. Il n’est malheureusement pas encore disponible et l’on ne sait même pas si l’idée de sa production n’aurait pas été abandonnée.

    Devant cette impossible réconciliation on se demande même si la revendication ultime de l’Algérie était consentie par Paris, des excuses officielles et des compensations financières, changerait vraiment les choses.

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2021/04/stora-benjamin-rapport-sur-les-questions-memorielles-portant-sur-la-colonisation-et-la-guerre-dalgerie/

    Communiqué de la Présidence de la République [algérienne] du 02/10/2021

    A la suite des propos non démentis que plusieurs sources françaises ont attribué nommément au Président de la République française, l’Algérie exprime son rejet catégorique de l’ingérence inadmissible dans ses affaires intérieures que constituent lesdits propos.

    Les propos en question portent une atteinte intolérable à la mémoire des 5.630.000 valeureux martyrs qui ont sacrifié leurs vies dans leur résistance héroïque à l’invasion coloniale française ainsi que dans la Glorieuse Révolution de libération nationale, les crimes de la France coloniale en Algérie sont innombrables et répondent aux définitions les plus exigeantes du génocide contre l’humanité.

    Ces crimes qui ne sont pas prescriptibles, ne sauraient faire l’objet d’une manipulation des faits et d’interprétations atténuantes.

    La propension des nostalgiques de l’Algérie française et des milieux qui se résignent difficilement à l’indépendance pleine que les Algériens ont gagnée de haute lutte, s’exprime à travers de vaines tentatives d’occulter les exactions, massacres, enfûmades, destructions de villages, des centaines de Oradour-Sur-Glane, éradications de tribus de résistants, qui sont des génocides en séries que les acrobaties conceptuelles et les raccourcis politiques ne parviendront jamais à occulter.

    Pour leur part, les appréciations superficielles, approximatives et tendancieuses énoncées en ce qui concerne l’édification de l’Etat national algérien ainsi que sur l’affirmation de l’identité nationale relèvent d’une conception hégémonique éculée des relations entre Etats et ne sauraient, en aucune façon, être compatibles avec le ferme attachement de l’Algérie à l’égalité souveraine des Etats.

    Cette malencontreuse intervention qui heurte fondamentalement les principes devant présider à une éventuelle coopération algéro-française en matière de mémoire, a l’incorrigible défaut de tendre vers la promotion d’une version apologique du colonialisme au détriment de la vision établie par I’Histoire de la légitimité de luttes de la libération nationale, alors que rien ni personne ne peut absoudre les puissances coloniales de leurs crimes, y compris les massacres du 17 octobre à Paris dont l’Algérie et sa communauté établie en France s’apprêtent à commémorer dans la dignité.

    Face à la situation particulièrement inadmissible engendrée par ces propos irresponsables, le président de la République, Monsieur Abdelmadjid Tebboune, a décidé le rappel immédiat en consultations de l’ambassadeur d’Algérie auprès de la République française.

  • Terrorisme intra-religieux en Afghanistan

    Les attentats meurtriers revendiqués par le groupe « Etat islamique » se multiplient en Afghanistan et font des dizaines de morts civils, généralement aux abords des mosquées, le vendredi jour de prières. Il semble que les cibles soient d’abord les talibans de retour au pouvoir dans ce pays, accusés d’avoir trahi la cause islamiste, et, plus particulièrement, la minorité chiite de la population considérée comme mécréante par l’Etat islamique.

    Rappelons de quoi nous parlons :

    • Les musulmans chiites pensent que le successeur légitime du prophète Mahomet (mort en 632) est Abou Bakr qui deviendra effectivement calife
    • Les musulmans sunnites chiites pensent que le successeur légitime du prophète Mahomet est Ali, son gendre et fils spirituel

    Pour ne pas être en reste, précisons que :

    • Les chrétiens pensent que Jésus est leur prophète avec des variantes entre ceux qui croient à la sainte-vierge et ceux qui n’y croient pas
    • Les juifs pensent que Jésus n’est pas leur prophète et attendent toujours leur messie
    • Les yézidistes croient en un Dieu qui façonna le monde comme une grosse perle blanche qu’il brisa et dont les éclats formèrent le ciel, la terre et la mer
    • Les zoroastriens considèrent que leur Dieu n’a pas besoin d’adoration, pas besoin d’intermédiaires
    • Etc. etc…

    Tous croient à la vie éternelle au paradis où chacun rejoindra son Dieu. Mais en attendant, au nom de celui-ci, on sème la mort et la désorganisation sur une bonne partie de la planète.

    L’Etat islamique qui attaque les Talibans en Afghanistan, c’est un peu l’hôpital qui se moque de la charité. Cela prêterait à sourire s’il ne s’agissait de massacres d’un autre âge. Le risque est évidemment que ces derniers pactisent avec leurs attaquants et recrée un Etats terroriste comme ce fut le cas entre 1996 à 2001. Si cela survenait et mettait en jeu la sécurité du monde il faudrait de nouveau envisager une application de la stratégie du « cassage de gueule ponctuel avec retour rapide au bercail » et on peut imaginer que la Russie et la Chine qui sont aux premières loges dans la région et directement concernées par les troubles qui pourraient déteindre sur leurs populations de confession musulmane veilleront attentivement à l’évolution de la situation, d’autant plus qu’elles ont marqué leur ouverture à coopérer avec l’Afghanistan taliban après la retraite occidentale.

    Gageons néanmoins que les Talibans vont réagir avec les méthodes de combat efficaces qu’on leur connaît et il n’est pas dit qu’ils ne soient pas en mesure de réduire cette rébellion tous seuls comme des grands !

  • La France s’émeut

    L’amitié russo-malienne : une vague de fond ancienne

    La France s’émeut encore une fois de la montée en puissance politique et militaire de la Russie au Mali ainsi que de la mauvaise humeur de ce pays à l’encontre de Paris. Les coups d’état en 2020 et 2021 ont mis au pouvoir à Bamako une junte de galonnés dont la stratégie semble être de négocier avec les terroristes religieux pour trouver un accord avec eux et de coopérer avec la Russie pour une assistance militaire renforcée. Dans le même temps, la énième brouille algéro-française fait qu’Alger interdit le survol de son territoire aux avions militaires français compliquant ainsi le ravitaillement des forces militaires françaises présentes dans le Sahel.

    La France a déployé son armée au Mali début 2013, à la demande du gouvernement civil malien de l’époque, pour arrêter des colonnes rebelles nordistes, mêlant indépendantistes touaregs et islamistes, qui fondaient sur Bamako et auraient très certainement pris le pouvoir sans l’intervention étrangère de la France compte tenu de la capacité de résistance plutôt limitée des forces locales. Près de dix ans plus tard, 53 militaires français tués (sans compter des otages civils français également assassinés dans la région) et deux coups d’état militaires, Paris a annoncé la réduction de son dispositif armé sans oser prononcer la fin de ses opérations militaires et le retour de ses effectifs au bercail.

    Aujourd’hui les planètes sont alignées pour arrêter cette intervention : le Mali n’en veut plus, l’Algérie interdit le survol de son territoire, très peu d’autres pays européens soutiennent l’action de la France, pas même financièrement, la fiction du « G5 Sahel » censé mettre sur pieds une force africaine multinationale a fait long feu et la Russie se réjouit de prendre la place. Il est temps de laisser Bamako face à ses responsabilités et ses nouveaux amis.

    L’argumentation des interventionnistes français est qu’en luttant contre les terroristes au Sahel, l’armée française évite que ceux-ci ne viennent commettre leurs méfaits sur le territoire national. Ce n’est pas très convaincant, on ne sait pas bien d’ailleurs ce qu’en pense réellement les militaires français qui ne s’expriment pas beaucoup. C’est la rengaine déjà entendue « meurt-on pour la France au Mali ? ». Cependant, ramener les forces d’intervention en France permettra de renforcer le dispositif national avec le même objectif de le préserver d’actions terroristes venant de l’étranger. Il n’est pas sûr que cela soit moins efficace que de maintenir ces troupes sur des territoires dont les populations les rejettent. De toute façon il est peu probable que Paris se maintienne contre la volonté du Mali alors accélérons le mouvement et fermons l’intégralité de l’opération Barkhane et laissons le Mali assumer son retour à une coopération avec Moscou.

    Les autres pays sahéliens associés et bénéficiaires de Barkhane comme le Niger et le Burkina-Faso regretteront peut-être le retrait de la France mais la raison d’Etat oblige à trouver d’autres méthodes, pour aider les pays qui le souhaitent, qu’une présence militaire sur leur sol qui est forcément condamnée à l’échec puis à un retrait piteux.

    Lire aussi : Bienvenue à la Russie de retour au Mali – Hit the road Jack… (rehve.fr)

  • Bienvenue à la Russie de retour au Mali

    Junte malienne après le coup d’Etat d’août 2020

    Un dirigeant civil malien s’est lamenté ce 25 septembre contre la France à la tribune de l’ONU à l’occasion de l’assemblée générale annuelle de cette organisation multilatérale :

    « La nouvelle situation née de la fin de l’opération “Barkhane”, plaçant le Mali devant le fait accompli et l’exposant à une espèce d’abandon en plein vol, nous conduit à explorer les voies et moyens pour mieux assurer la sécurité de manière autonome ou avec d’autres partenaires »

    Dans les couloirs la délégation russe se frotte les mains puisque « les voies et moyens » qui sont évoqués dans cette déclaration concerneraient la société paramilitaire russe plus ou moins privée Wagner. La roue tourne et revient à son point de départ. Le Mali nouvellement indépendant des années 1960 était l’ami « non aligné » de l’Union soviétique et il revient à ses premières amours.

    Paris, qui vient d’annoncer le 52ème soldat français tué en opération sur le terrain s’émeut de ces accusations qualifiées « d’indécentes » et « d’inacceptables » par sa ministre de la défense, ajoutant qu’elles reviennent à « s’essuyer les pieds sur le sang des soldats français ».

    Oui la ministre a raison d’être choquée mais elle a tort de faire une déclaration de circonstance plutôt que d’agir. Les relations franco-africaines sont d’ailleurs régulièrement marquées par ce genre de saillies et il est vain d’attendre la moindre reconnaissance de ces pays à l’égard de l’ex-puissance coloniale qui est systématiquement rendue responsable de tous les maux de ses anciennes colonies, même 60 ans plus tard. Attitude d’ailleurs relayée dans l’hexagone par le discours « décolonialiste » défendu par une partie de l’intelligentsia germanopratine.

    Si le Mali, comme la Centrafrique, revient dans le giron de Moscou, c’est une bonne nouvelle pour la France qui pourra donc s’en dégager, épargner et rapatrier ses militaires et réaliser des économies budgétaires significatives. Ce sera aussi très certainement un gage d’efficacité car les troupes russes, d’autant plus si elles sont « privées », utilisent des méthodes de guerre plus « directes » que celles des militaires occidentaux.

    En 2012, le président malien a fait appel à la France pour stopper l’avance des militaires religieux en route pour Bamako ce qui a déclenché une opération dont il faut maintenant se dégager au plus vite. En 2021, le Mali fait appel à la Russie, laissons désormais faire les choses comme elles doivent se passer.

  • Rupture des contrats

    2015 : la France annule le contrat de construction et fourniture de bâtiments de projection et de commandement (BPC) à la Russie en rétorsion à l’annexion de la Crimée par Moscou. Le client, la Russie, explique que la non-livraison des PBC n’aura que peu de conséquences sur sa capacité de défense. « Pour nous, ce n’est pas critique. On survivra ! » déclare alors le président Poutine. Les clauses contractuelles de rupture ont été appliquées et la Russie a été indemnisée en conséquence. La France a ensuite revendu les deux bâtiments à l’Egypte sans que l’on ne sache vraiment si et comment ils ont été payés.

    2021 : la France apprend que l’Australie annule le contrat de construction et fourniture d’une dizaine de sous-marins à propulsion non-nucléaire. Cambera a changé d’avis et opté pour l’achat de sous-marins à propulsion nucléaire à fournir par les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Immédiatement Paris monte sur ses grands chevaux, rappelle une tripotée d’ambassadeurs, lâche ses ministres sur les médias et transforme cet aléa commercial en affaire politique considérable.

    En réalité ce qui est le plus étonnant dans cette situation c’est que l’Australie ait signé ce contrat de fourniture d’armement en 2012 alors qu’en cas de troubles guerriers dans la zone pacifique, ce n’est pas la France qui viendrait défendre l’Australie mais bien plus probablement les Etats-Unis. Malgré ses dires et la possession de quelques confettis coloniaux dans l’océan Pacifique (dont la Nouvelle Calédonie est d’ailleurs en voie de décolonisation…), la France n’est pas une puissance « Indopacifique ». Elle est très loin d’avoir les sous, les effectifs ou le matériel nécessaires, bref, la puissance qu’il faudrait déployer en cas de conflit pour projeter des forces militaires dans cet océan lointain et immense.

    L’annulation du contrat est évidemment une mauvaise nouvelle industrielle et commerciale pour l’hexagone mais le problème ne se résoudra pas par des aboiements médiatiques ni des rappels temporaires d’ambassadeurs. Il vaudrait mieux, comme la Russie en 2015, appliquer les clauses de rupture prévues au contrat, voire réclamer un peu plus, comme des compensations industrielles, les entreprises françaises pourraient par exemple fabriquer en sous-traitance des matériels dans le nouveau contrat entre l’Australie et les Etats-Unis. Mais il est toujours plus efficace de mener de telles négociations dans la discrétion, exactement comme l’a fait Moscou en 2015 avec Paris.

    Quand la France cessera-t-elle de se prendre pour le centre du Monde ? Mais quand Paris en rabaissera-t-il de son égo surdimensionné ?

  • Une évacuation rondement menée

    Les journalistes et les « experts » de plateaux télévisés continuent à qualifier de « désastre » l’opération d’évacuation d’Afghanistan des derniers militaires occidentaux qui s’y trouvaient et d’une partie des Afghans qui le souhaitaient. En réalité cette opération mériterait plutôt d’être reconnue comme un succès logistique. Ce sont en effet environ 120 000 personnes qui ont été évacuées via des rotations d’avions militaires et civils dans un environnement hostile, tellement hostile d’ailleurs qu’un attentat religieux a fait une centaine de morts sur l’aéroport dont une dizaine de soldats américains chargés du contrôle des foules qui étaient massées la en espérant atteindre un avion pour fuir leur pays.

    Les pleureuses de plateaux télévisés s’émeuvent de la défaite militaire et politique occidentale dans ce pays d’Extrême-Orient qui blesse leur égo de polémistes nombrilistes au point de les aveugler sur la réussite technique de l’opération logistique que fut cette évacuation. Evidement tous les nombreux Afghans qui souhaitaient quitter leur pays après le retour d’un pouvoir religieux fort n’ont pas pu être emmenés mais c’est hélas le lot habituel de ce genre de reddition. Celle des occidentaux en Afghanistan n’a guère différé sur ce point de celles du Vietnam ou d’Algérie.

    On peut bien entendu parler de défaite lorsque l’on voit les occidentaux remettre les clés du pays aux Talibans vingt ans après y être entrés pour les en chasser, de désastre lorsque l’on assiste au retour en force de coutumes d’un autre âge, de tristesse lorsque l’on pense que tous les efforts de promotion de la démocratie auront été probablement vains avec le retour de ce pouvoir religieux… mais l’évacuation de 120 000 personnes militaires et civiles fut une opération couronnée de succès.

  • La fiction des armées locales

    L’Afghanistan rendu à ses démons

    La prise du pouvoir par les Talibans en Afghanistan a été grandement facilitée par la débandade de l’armée nationale qui n’a quasiment mené aucun combat contre la rébellion religieuse qui, du coup, a rapidement conquis l’entièreté du pays avant même le départ complet des forces occidentales achevé aujourd’hui. Cette « armée nationale » avait pourtant bénéficié des soins et des fonds occidentaux mais les milliards investis par les contribuables de ces pays n’ont pu créer la seule arme indispensable qui manquait, celle de la foi en la victoire dans cette guerre civile.

    Cette situation n’est guère surprenante et a été mainte fois constatée aux termes des guerres post-coloniales menées par l’Occident depuis la fin de la seconde guerre mondiale, à commencer par celle du Vietnam dans le conflit contre le communisme. Au cours de leur soutien au Vietnam du Sud pour barrer la route au communisme porté par le Vietnam du Nord, les Etats-Unis d’Amérique ont lourdement investi pour former l’armée du Sud qui s’est effondrée rapidement après les accords de paix de Paris en 1973. Malgré quelques actions héroïques de garnisons sud-vietnamiennes, l’offensive massive de l’armée du Nord en 1975 aboutit rapidement à la reddition du Sud et à la capture d’un important matériel militaire américain par les communistes.

    En Irak en 2014, les combattants du groupe terroriste religieux Etat islamique se sont emparé sans coup férir de la ville de Mossoul abandonnée en quelques heures par l’armée irakienne face à une troupe de va-nu-pieds mais motivée, avec la récupération d’un matériel militaire considérable qui a ensuite été retourné contre les armées occidentales présentes. Par la suite la ville a été reconquise et, semble-t-il, les forces spéciales irakiennes se seraient plutôt bien défendues avec les soutiens aériens occidentaux qui n’existent plus aujourd’hui.

    En Afrique, malgré des accords de coopération militaires passés et constamment renouvelés entre la France et nombre de ses anciennes colonies depuis les années 1960, les armées locales ont surtout brillé par leurs capacités à mener des coups d’Etat, mais beaucoup moins à défendre leurs nations, concept [celui de nation] d’ailleurs plutôt incompréhensible dans des pays organisés en clans et en ethnies. Depuis son intervention militaire au Sahel en 2013, la France défend vaille que vaille l’idée du « G5 Sahel », une armée multinationale réunissant la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad qui remplacerait l’armée française après l’inéluctable départ de celle-ci, et le plus tôt sera le mieux. Ce « G5 Sahel » est formé et équipé par la France avec l’aide d’autres pays de l’Union européenne. Mais il est peu probable qu’il ne soit jamais véritablement opérationnel, ou en tout cas à la hauteur des combats qu’il faudrait mener contre la troupe décidée des rebelles religieux qui veulent s’emparer du pouvoir dans ces pays et avec laquelle déjà certaines capitales sahéliennes mènent des discussions.

    En Afghanistan aujourd’hui, les Talibans ont pu s’emparer de tout le matériel militaire américain donné à « l’armée » nationale et l’on voit ceux-ci parader dans les rues de Kaboul en tenues camouflées bien plus seyantes que leurs djellabas d’antan, et arborant des armes flambant neuves sans doute bien plus destructrices que leurs antiques Kalachnikov. Tout ce matériel vient d’être récupéré dans les stocks laissés sur place après avoir été financés par les contribuables américains. On s’aperçoit maintenant que certaines régions afghanes déclaraient des effectifs militaires fictifs pour recevoir plus de subsides de l’armée américaine qui assurait même la paye de cette « armée » nationale…

    La défaillance de ces « armées » locales est finalement peu surprenante. D’abord car l’Occident attend qu’elles s’engagent dans des guerres civiles contre des rébellions qui sont aussi locales et il est toujours plus difficile de combattre ses propres concitoyens lorsqu’on n’est pas même sûr de mener le bon combat. La décision est plus facile à prendre lorsqu’il s’agit de lutter contre des forces d’invasion étrangères. D’autre part, se battre pour maintenir au pouvoir des pouvoirs corrompus (au Vietnam comme en Afghanistan ou en Afrique) et, généralement, dictatoriaux, est fort peu motivant ! Cerise sur le gâteau : quand vous ajoutez que ces « armées » nationales sont payées et équipées par des pays étrangers car leurs propres Etats n’en ont pas les moyens, on comprend mieux leur manque de motivation.

    L’Occident a échoué dans ses objectifs d’étendre la « démocratie » par la force de ses armes au Vietnam, en Irak ou en Afghanistan, d’abord parce que ces pays n’étaient pas véritablement intéressés, mis à part une élite occidentalisée en accord avec les principes démocratiques, ou très corrompue voulant préserver ses intérêts. Sans doute en sera-t-il aussi de même au Sahel d’où la France a commencé à se retirer et c’est un mouvement raisonnable qu’il faut poursuivre. Avec l’enterrement des illusions occidentales sur les « valeurs universelles » c’est aussi, sans doute, la fin du « droit d’ingérence » sous sa forme actuelle, promu par les tenants de l’humanitaire, comme Bernard Henry-Lévy ou autres Rony Brauman et Bernard Kouchner. Ce droit d’ingérence a tout de même permis d’atteindre quelques-uns de ses objectifs lorsqu’ils étaient purement humanitaires comme d’acheminer des vivres en cas de famine (Biafra, Somalie…) mais il a souvent échoué lorsqu’il était dirigé par des démocraties et que ses buts étaient politiques. Bien évidemment, lorsque la Chine occupe le Tibet elle ne s’en laisse pas compter par les contraintes démocratiques et arrive à y rester plus longtemps…

    L’Afghanistan est maintenant face à son destin, le Sahel le sera bientôt. L’Occident va cesser, au moins pour un temps, de faire du prosélytisme en faveur de son propre mode de gouvernance. C’est aussi bien. L’argent ainsi économisé pourra être investi sans son propre processus de développement économique et ses militaires se consacrer à leurs intérêts nationaux. Nouvelle situation, nouveaux enjeux, le pire n’est jamais sûr et peut-être que l’Occident comme l’Orient s’en porteront aussi bien. Rendez-vous dans dix ans pour en reparler !

  • Sauve qui peut en Afghanistan

    Alors que les opérations d’évacuation des occidentaux et de leurs supplétifs d’Afghanistan se terminent sur l’aéroport de Kaboul, un attentat suicide commis ce 26 août a fait une centaine de morts dont une quinzaine de soldats américains qui en contrôlaient les accès, et de nombreux blessés. Ce massacre a été revendiqué par le groupe religieux Etat islamique qui s’avère un ennemi féroce des occidentaux mécréants, mais aussi des Talibans musulmans, sunnites également. Il existerait quelques subtilités théologiques entre ces deux groupes mais les uns et les autres s’avèrent des habitués des attentats contre leurs populations civiles et les intérêts occidentaux. Les Talibans seraient nationalistes et se contenteraient de gérer leur pays, le groupe Etat islamique serait internationaliste et chercherait à étendre ses croyances au monde entier. Les Talibans ont un drapeau blanc avec des caractères arabes imprimés en noir, l’Etat islamique a un drapeau noir avec des caractères arabes imprimés en blanc. Tout est dit !

    Et là, l’observateur commence à se perdre… Mais pourquoi donc un mouvement religieux sunnite mène des opérations barbares contre un autre mouvement religieux sunnite alors que tous deux respectent les mêmes règles, celles de charia, la loi religieuse du Coran ? Sauf les spécialistes du sujet, personne n’y comprend grand-chose mais l’Etat islamique commettant des attentats suicides contre les Talibans c’est un peu l’hôpital qui se moque de la charité ! Ce serait même risible s’il ne s’agissait de milliers de morts dans une population qui n’en peut mais !

    Le retrait des armées occidentales de l’Afghanistan va laisser les deux idéologies sunnites face-à-face. L’avenir devrait être violent et le trafic international du pavot qui est quasiment la seule ressource du pays risque de flamber.

  • Le jargonnage « woke » envahit même l’Afghanistan

    Les religieux talibans qui ont pris le pouvoir par les armes en Afghanistan cherchent à rassurer leur peuple et la communauté internationale sur leurs intentions pacifiques. Ils se sont engagés à mettre sur pieds un gouvernement « inclusif » ! Il n’est pas sûr que ce terme soit employé avec le même entendement que celui des vedettes occidentales du discours pro-minorités…

    Il reste étonnant de voir la capacité de ce discours « woke » à diffuser, même dans les lieux les plus improbables ! C’est le soft-power de ces minorités agissantes d’arriver à s’imposer partout. Compte tenu des objectifs sociétaux talibans de rétablir la charia en Afghanistan, et du sort que celle-ci réserve aux femmes, il semble peu probable que la partie féministe du discours « woke » ne s’impose véritablement à Kaboul…

  • Exil afghan

    Comme à l’issue de chacune de ces guerres post-coloniales (Vietnam, Angola, plus anciennement Algérie) des mouvements importants de réfugiés fuyant Afghanistan sont en cours une fois annoncé le départ de ou des puissances occupantes. Les supplétifs afghans des armées occidentales craignant les règlements de compte de la part des nouveaux dirigeants essayent d’obtenir des sauf-conduits pour être exfiltrés vers ces pays. Ils ne demandent évidemment pas à partir vers le Qatar ou les pays du Golfe Persique mais vers les pays occidentaux. Bien entendu des personnages peu recommandables vont certainement se faufiler dans ces flux de migrants comme ce fut le cas lors de la crise migratoire syrienne de 2015, c’est inévitable et même les critères de sélection les plus exigeants ne pourraient les identifier quant on voit les conditions dans lesquelles se déroule cette fuite éperdue de certains Afghans de leur pays.

    La vengeance des vainqueurs et l’exil des vaincus sont des conséquences vieilles comme le monde de ce type de conflits. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles il ne faut pas les mener. La France, hélas, est passée par ces malheureuses étapes comme vainqueur et comme vaincue. En 1944-1945 après la défaite de l’Allemagne, une épuration extra-judiciaire aurait fait environ 10 000 morts exécutés sommairement, surtout par des résistants dont certains n’avaient de « résistant » que le nom mais songeaient plutôt à régler des comptes personnels ou à s’approprier les biens des fusillés. Pendant ce temps, en septembre 1944, le maréchal Pétain, accompagné de dirigeants vichystes, partait s’exiler à Sigmaringen, une enclave française spécialement crée en Allemagne par les Nazis pour accueillir les derniers « collabos ». En avril 1945, la défaite totale de l’Allemagne mit fin à cette fiction et Pétain se livra aux nouvelles autorités françaises. Condamné à mort par la justice républicaine il fut gracié ce qui n’a pas été le cas de nombre de ses collègues (Déat, Darnan, Luchaire…). Beaucoup d’intellectuels qui avaient pactisés avec l’ennemi choisirent aussi l’exil à la Libération, comme Céline, ou furent condamnés à mort et exécutés (Brasillach, …). Drieu la Rochelle quant à lui s’est suicidé alors qu’il allait être arrêté.

    A peine dix ans plus tard la France perd sa guerre coloniale d’Indochine à la bataille de Diên Biên Phu en mai 1954 et quitte piteusement ses colonies asiatiques. Hélie Denoix de Saint Marc, ancien déporté, officier de la Légion étrangère, racontera comment ses hommes durent repousser durement leurs supplétifs Hmong qui, comprenant que les troupes françaises allaient les abandonner, s’accrochaient désespérément à leurs camions.

    Et encore moins de dix ans plus tard, l’histoire se renouvelait en Algérie où la France, après sa défaite matérialisée dans les « accords d’Evian » laissa sur place une grande partie de ses supplétifs, les « harkis » qui furent massacrés par l’Algérie indépendante souvent après d’atroces tortures. La partie algérienne qui s’était engagé à ne pas mener de représailles physiques contre ces harkis n’a pas bien entendu respecté ses engagements. Les historiens estiment qu’entre 60 et 80 000 furent tués pendant qu’environ 40 000 furent accueillis en France. Ce fut d’ailleurs l’un des motifs pour lesquels des officiers comme Denoix de Saint Marc participèrent au putsch d’Alger en 1961, se refusant à abandonner une nouvelle fois ceux qui avaient combattu à leurs côtés.

    Après la retraite américaine du Vietnam en 1975, les sud-vietnamiens pro-occidentaux qui n’ont pas pu émigrer aux Etats-Unis d’Amérique ont passé quelques années dans les camps de rééducation communistes dont certains n’y ont pas survécu. On se souvient des images des grappes de réfugiés accrochés aux hélicoptères US qui n’arrivaient même plus à se poser sur le toit envahi de l’ambassade américaine. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, ce sont aujourd’hui plus ou moins des scènes similaires que l’on voit sur l’aéroport de Kaboul.

    Evidement, chacun voit midi à sa porte et est persuadé que la guerre qu’il mène est la bonne. Si peu de monde fut en faveur des puissances de l’Axe défaites en 1945 (mais il y en eut quand même), les guerres de décolonisation et post-coloniales ont entraîné des attitudes très partagées de la communauté internationale. C’est d’ailleurs peut-être la raison principale pour laquelle elles se sont toutes terminées en faveur des pays occupés par des forces étrangères, quelles que soient les raisons de cette occupation. L’expérience en cours de l’OTAN en Afghanistan, après celle des Soviétiques dans les années 1980, montre une fois encore l’inutile et dangereuse prétention qu’il y a à vouloir changer un pays contre l’avis de la majorité de sa population. Cette dernière l’emporte quasiment systématiquement, et malheur alors aux minorités !

    La France doit méditer cette histoire pour son combat militaire en cours au Sahel auquel il va falloir mettre fin un jour, et le plus vite sera le mieux. Il restera ensuite le cas du Tibet occupé par la Chine mais la puissance et les méthodes de cette dernière rendent peu probable sa résolution à court terme. Il n’est toutefois pas exclu que la sinisation de cette région menée à marche forcée par Pékin échoue, un jour, face à la résistance acharnée des Tibétains.

  • Vous avez aimé Saigon, vous adorerez Kaboul ! Une nouvelle défaite de l’occident en Asie.

    Ça y est : le mouvement religieux des « Talibans » (voulant dire « étudiants en religion ») a pris le pouvoir en Afghanistan, quasiment sans combattre, du fait de la peur qu’ils inspirent, de la complète démotivation des forces de sécurité de ce pays aux confins de l’Asie et du soutien d’une partie de la population opposée à l’occupation étrangère du pays depuis des décennies : des anglais aux troupes de l’OTAN en passant par les soviétiques !

    En réalité, l’armée afghane n’a pas vraiment combattu contre les rebelles religieux voulant réinstaurer leur pouvoir sous l’ombrelle de la « charia », la loi du Coran. La dernière occupation étrangère qui vient de se terminer a été menée par les Etats-Unis d’Amérique en 2001 après les attentats terroristes religieux de New-York qui avaient consisté à faire écraser en même temps quatre avions de ligne et leurs passagers sur le territoire américain, un sur chacune des tours jumelles du « World Trade Centrer » de New-York qui se sont effondrées sous le choc, un sur le ministère de la Défense à Washington, le « Pentagone » et le dernier qui était probablement destiné à la Maison Blanche mais qui s’était écrasé dans une forêt, sans doute suite au mouvement de révolte des passagers. Les Etats-Unis avaient alors déclenché la clause de la charte de l’OTAN prévoyant la solidarité des pays membres en cas d’attaque d’un des leurs. Les forces militaires envoyées sur place avaient alors défait assez rapidement le régime taliban qui abritaient le mouvement terroriste religieux Al-Qaïda et son chef, Ben-Laden, qui avaient commis et revendiqué cet attentat d’un nouveau genre qui a fait plus de 3 000 morts.

    Les religieux talibans, outre leur soutien au terrorisme international, avaient instauré entre 1996 et 2001 dans leur pays un strict régime islamique particulièrement contraignant pour les femmes et relevant d’un autre âge : interdiction de la musique, destruction d’œuvres artistiques dont les Bouddhas monumentaux de Bâmiyân, lapidation des femmes adultères, coupages des mains de voleurs, décapitation des criminels en place publique, etc. Ils annoncent leur intention de réinstaurer rapidement ces pratiques.

    Comme souvent en ces circonstances, après sa victoire militaire en 2001 l’Occident s’était alors mis en tête de « démocratiser » ce pays en y instaurant sa vision de l’Etat. Comme toujours à l’est de la ligne Oder-Neisse, cette ambition s’est révélée un fiasco et, à la fin, aboutit au retrait piteux des occidentaux. Le parallèle avec la défaite et le retrait des Etats-Unis au terme de la guerre du Vietnam est troublant.

    Le plus étonnant dans ces affaires n’est pas tant la défaite idéologique mais la constance avec laquelle les pays occidentaux s’ingénient à vouloir « faire le bien » autour d’eux en diffusant leurs conceptions de l’Etat à des populations qui n’en veulent pas vraiment et qui sont à mille lieux d’en accepter les contraintes. Cela n’a pas fonctionné durant la période coloniale, ni la période dé-coloniale, et cela ne semble pas plus adapté de nos jours.

    Cerise sur le gâteau, les talibans qui avaient forgé leur unité à l’aune de la lutte antisoviétique dans les années 1980 auraient informé Moscou que ses diplomates ne seront pas inquiétés après la prise du pouvoir. La Chine les avait déjà reçus en grande pompe à Pékin avant même leur installation à Kaboul. Les autres pays sont en train d’évacuer leurs ressortissants en catastrophe ainsi que leurs affidés locaux pour leur faire échapper à la vengeance talibane.

    Lire aussi : https://rehve2.fr/2020/03/un-accord-de-papier/

    Ce nouvel échec sociétal et militaire occidental en Orient doit véritablement pousser à abandonner cette idée de croisade idéologique pour la promotion de la démocratie partout sur la planète, y compris par la force des armes. Ce qui se passe aujourd’hui à Kaboul, comme hier à Saigon et Bagdad ou en ce moment dans le Sahel, montre que cela ne marche pas, quels que soient le contexte ou le lieu. La démocratie est un mode de gouvernance européen, inventé par les Grecs, enrichi par Rousseau et Tocqueville et pratiqué en occident, majoritairement en Europe et en Amérique du Nord. La plupart des autres continents ne marquent pas un grand intérêt pour la démocratie, les élections, les droits de l’homme et tout ce qui va avec. Et même en occident certaines vieilles démocraties oublient un peu leurs principes fondateurs : partout des partis extrémistes gagnent du terrain.

    Même si des minorités de ces pays, souvent éduquées en occident ou sur des principes occidentaux, marquent un intérêt pour ce système, elles n’arrivent pas à convaincre la majorité de leurs concitoyens de leur point de vue. En Afghanistan l’Union soviétique a tenté d’instaurer le communisme pendant une guerre de 10 ans, l’OTAN a essayé d’insuffler la démocratie avec une guerre de 20 ans et ce sont des religieux qui finalement emportent le morceau pour y installer la Charia. Alors pourquoi ne pas laisser faire les choses comme elles doivent se faire plutôt que de dépenser des ressources humaines et financières considérables pour aboutir à des désastres comme ce qu’il est train de se passer en Afghanistan ?

    Tant que les démocraties existent en occident, qu’elles défendent leurs intérêts et répondent au besoin par les armes à toute agression venant de l’extérieur comme ce fut fait en 2001 en Afghanistan, mais qu’elles cessent de croire résoudre les problèmes des autres en leur imposant une gouvernance dont ils ne veulent pas.

  • Triste Liban

    Après neuf mois de crise politique, le premier ministre Hariri, qui avait été nommé pour former un gouvernement en mesure de tenter de concevoir et d’amorcer le redressement économique du Liban, se montre incapable de mener la tâche à bien. Il faut dire que ce pays soi-disant multiconfessionnel est proprement ingouvernable. Fondée sur la base d’une constitution inspirée par le mandataire français (ou, pour parler plus clair : le colonisateur français) prévoyant la répartition des postes par religion : le président doit être chrétien maronite, le premier ministre est musulman sunnite et le président de l’assemblée nationale est musulman chiite. Une constitution confessionnelle élaborée par le pays de la laïcité, ce n’est pas le moindre paradoxe de ce pays méditerranéen.

    Les guerres contre Israël, les camps palestiniens depuis 1948, la montée en puissance du Hezbollah pro-iranien, moitié milice-moitié parti politique, la corruption endémique qui ravage la société, le trafic de drogue, l’explosion en 2020 du port de Beyrouth, les conseils de la France qui continue à se mêler de ce qui ne la regarde plus, la crise sanitaire en cours font de ce pays un refuge pour des forbans comme Carlos Ghosn ou Ziad Takieddine , mais un désastre pour le reste de la population et l’avenir à court terme de ce sympathique pays.

    Pendant ce temps, une enquête judiciaire est ouverte en France contre le gouverneur de la banque centrale du Liban pour « blanchiment en bande organisée et association de malfaiteurs », beaucoup de gens se demandant comment il a pu accumuler une fortune immobilière qui se chiffre en dizaines de millions d’euros, notamment en France. Et le pays n’a toujours pas de gouvernement officiel, les différents partis religieux ne voulant rien céder de leurs intérêts particuliers pour satisfaire l’intérêt général de leur pays à la dérive en voie de paupérisation accélérée. Les organismes financiers multilatéraux comme nationaux ont sorti leurs carnets de chèques mais ne veulent envoyer des sous que dans le cadre d’un plan de relance économique concocté par un gouvernement officiel ! On en est loin.

    On ne sait pas ce qui va se passer dans le futur proche. Théoriquement il faudrait mettre le pays sous tutelle mais ne n’est évidemment plus possible, pas sûr d’ailleurs que cela serait efficace tant la population divisée se réunirait rapidement pour rejeter tout proconsulat étranger. Et puis qui serait prêt à l’assurer ? Heureusement la Syrie a autre chose à faire pour le moment sinon elle aurait réenvahit le Liban sans barguigner et probablement sans rencontrer vraiment d’opposition.

    Alors il faut attendre et espérer l’élan collectif d’un peuple fatigué pour identifier un sauveur parmi les leurs, capables d’oublier son appartenance communautaire, de ne pas être trop corrompu et avoir une vision de l’avenir du pays partagée par une majorité… Vaste tâche !

  • Le retrait se termine

    Les troupes occidentales sont en train d’achever leur retrait d’Afghanistan après une guerre qui aura duré 20 ans à la suite des attentats religieux du 11 septembre 2001 contre les tours jumelles du World Trade Center de New-York. Les clés de l’immense base militaire aérienne de Bagram ont été remises aux autorités locales et la population se serait empressée de la piller sitôt le dernier soldat américain parti. Cette base est emblématique des invasions étrangères qui ont marqué ce pays. Construite dans les années 1950 par les Etats-Unis alors que l’Afghanistan était leur alliée dans la guerre froide, elle est ensuite passée sous contrôle soviétique lors de l’invasion communiste de 1979, elle fut l’objet de féroces combats entre les chefs de guerre afghans après le retrait soviétique en 1989, puis récupérée par les Etats-Unis et l’OTAN en 2001 après leur entrée dans le pays.

    Il est peu probable que l’armée nationale afghane n’ait jamais l’utilité réelle d’une telle installation. Le mieux aurait sans doute été de la démanteler une bonne fois pour toute et de la transformer en terrain agricole pour y cultiver des céréales… ou du pavot.

    Dans le même temps, l’insurrection religieuse talibane progresse et chacun parie sur la prise de pouvoir rapide de tout le pays par ce groupe qui a déjà dirigé l’Afghanistan avant d’être délogé en 2001 par les troupes américaines qui commencèrent ainsi le long chemin de croix qui s’achève aujourd’hui. Le retour probable des talibans au pouvoir avec leurs pratiques qui apparaissent d’un autre âge aux occidentaux nous fait revenir en 1996. La roue a tourné et est revenue à son point de départ. L’avenir sera évidemment différent de ce qu’il fut en 1996 et peut-être pas pire que ce que furent les 20 dernières années. Au moins sera-t-il majoritairement afghan avec une baisse des influences étrangères dans le pays. Les principes talibans basés sur une application stricte du Coran dans la politique, s’ils sont rejetés par une minorité formée à « l’occidentale » et intéressé par la modernité, sont sans doute plus ou moins validés par une bonne partie de la population. Le seul point qui vaille est de savoir si l’Afghanistan va redevenir une base de départ pour le terrorisme religieux international ? Les talibans se sont engagés à ne pas l’autoriser dans les accords signés avec les Etats-Unis. S’ils contrevenaient à cet engagement ils prendraient alors un risque de voir une nouvelle invasion de leur pays. Mais l’avenir ne manquera pas de réserver des surprises car il n’est jamais la reproduction à l’identique du passé.

  • La fin de l’opération militaire française Barkhane au Sahel

    Le président de la République française a annoncé cette après-midi dans une conférence de presse la fin de l’opération militaire Barkhane au Sahel. C’est un bon début. On ne connaît pas bien encore la forme que prendra l’opération suivante, car il y en a déjà une annoncée. On a seulement appris qu’elle impliquerait une baisse significative des effectifs de l’armée française dans ces territoires étrangers. L’option d’un retrait total des troupes françaises du Sahel, comme c’est actuellement le cas pour les troupes de l’OTAN d’Afghanistan, n’a pas été retenue. Peut-être a-t-elle été évoquée ?

    Pour le retrait occidental de l’Afghanistan une négociation a été menée entre les Etats-Unis et les rebelles religieux. On ne sait pas s’il en est ainsi pour le Mali et les pays avoisinants. A-t-on demandé leur avis aux gouvernements locaux sur les contours de la nouvelle opération et la fin de l’ancienne ? Il est peu probable que la France puisse maintenir des troupes dans des pays étrangers sans un accord des pays d’accueil et on se dit que si l’on demande son avis au gouvernement malien actuel celui-ci pourrait être négatif.

    Les quelques éléments donnés sur la nouvelle opération mentionnent plus de formation et d’encadrement des troupes locales et moins d’interventions directes de l’armée française. C’est une petite musique déjà régulièrement entendue (dans le cas du Rwanda par exemple, ou du Vietnam du sud pour les Etats-Unis) et l’on sait bien que lorsque les armées africaines seront en danger elles demanderont un appui militaire français tant que des militaires hexagonaux seront postés dans leur pays. Et l’on devine qu’en de pareilles circonstance les dirigeants politiques françaises trouveront toujours de bonnes raisons pour « y aller une dernière fois »… L’avantage du retrait total est qu’il n’y a plus d’intervention directe facilitée par le positionnement de personnels et de matériels sur place. Elle est donc beaucoup plus complexe à mettre en branle, le cas échéant.

    Bref, cette affaire est sans doute loin d’être terminée puisque l’option du complet retrait n’a pas été choisie, comme elle l’a été pour l’Afghanistan.

    Lire aussi : Un départ de l’armée française du Mali pour bientôt ? – Keep on rockin’ in the free world (rehve.fr)

  • Un départ de l’armée française du Mali pour bientôt ?

    Colonel Assimi Goïta – président de la République du Mali

    A la suite du deuxième coup d’Etat galonné au Mali en quelques mois, les désaccords entre la France et ce pays du Sahel s’accentuent. Toujours ravagé par le terrorisme religieux malgré plus de 5 000 militaires français, avec armes et bagages, dans la région, le Mali prend ses distances avec Paris. Le premier, qui est chez lui, prône un rapprochement avec les terroristes religieux qui sont au cœur de sa population quand le second les combat.

    La France vient de « suspendre sa coopération militaire » avec le Mali sans que l’on sache exactement ce que cela veut dire mais l’armée française, légèrement aidée par d’autres armées européennes, continue à agir militairement dans ce territoire étranger sur lequel elle a été « appelée » à la rescousse en 2012 par le président de l’époque. C’était il y a dix ans et il va falloir tourner la page. Outre les changements politiques en cours, les populations commencent à se demander à quoi sert ce déploiement d’armées étrangères sur son sol.

    Comme les armées occidentales sont en train de finir l’évacuation de leurs troupes de l’Afghanistan après 20 années de guerre, les militaires français vont devoir quitter le Mali. Dans les deux cas, un pouvoir religieux plus ou moins violent va reprendre les rennes, marquant ainsi la défaite stratégique des occidentaux qui combattaient sur place justement pour éviter une telle hypothèse. L’Histoire contemporaine l’a montré à de nombreuses reprises : il est difficile de maintenir longtemps une armée étrangère sur un territoire, quelle que soit la raison de son intervention, contre la volonté de son peuple et de ses autorités. Les Russes et les Turques vont aussi le ressentir un jour en Syrie…

    Une fois les troupes françaises et européennes évacuées du Sahel, il adviendra ce qui doit advenir. Si les peuples veulent être gouvernés par la religion, qu’il en soit selon leur volonté. Les économies ainsi réalisées par la France pourront être utilement redéployées, soit pour rembourser partiellement les dettes abyssales de l’Etat, soit pour renforcer les frontières européennes qui deviendront des points sensibles si des gouvernements religieux extrêmes prennent le pouvoir dans les pays du Sahel.

  • La mauvaise foi comme stratégie

    Alors que la communauté occidentale s’émeut du fait que la Biélorussie ait pu détourner un avion civil qui survolait son territoire pour le faire atterrir de force sur l’aéroport de sa capitale et arrêter un de ses opposants qui s’y trouvait, Roman Protassevitch, ainsi que sa femme de nationalité russe, les autorités de cet Etat expliquent doctement que l’avion avait demandé à atterrir d’urgence car menacé d’un attentat à la bombe par le mouvement palestinien Hamas mais en aucun cas « détourné » par la Biélorussie. Ce sont les autorités biélorusses qui avait informé l’avion des menaces qui planaient sur lui…

    L’ambassadeur en France de cette sympathique République a d’ailleurs expliqué sur son compte Twitter que l’équipage avait demandé un aéroport de détournement alors qu’il assurait la ligne Athènes-Vilnius, et que le plus proche était celui de Minsk… Le fait que la police en ait profité pour arrêter son opposant et sa fiancée n’est pas mentionné.

    Plus c’est gros plus ça passe. On se souvient que lorsque des militaires russes avaient été arrêtés en Ukraine dans les combats qui opposaient les forces officielles contre les séparatistes soutenus par Moscou, le président russe avait affirmé, sans rire, « je ne peux pas empêcher mes citoyens d’aller passer des vacances en Ukraine. »

    Nos démocraties sont bien faibles face aux comportements des satrapes de l’ex-URSS qui ne risquent pas grand-chose. La colère de leurs populations est sous contrôle et, dans le cas de la Russie, semble ne pas même se manifester tant le peuple russe apparaît majoritairement satisfait de faire la nique à l’Occident qui ne déploie que des effets de manche face à ces comportements de voyous. L’OTAN ne va probablement pas déclarer la guerre à la Biélorussie pour son comportement violent mais les appels du ministre français des affaires étrangères à « une réponse ferme et unie des Européens » est juste inutile. Comme toujours, lorsqu’on ne sait pas employer les mêmes méthodes que les adversaires, le mieux est de rester discret et d’activer les quelques leviers qui restent disponibles aux mains des démocraties, ceux des visas et du commerce par exemple. En attendant, l’espace aérien de l’Union européenne a été interdit aux avions biélorusses et les compagnies européennes ont été priées de ne plus survoler la Biélorussie. On peut craindre que ces mesures ne durent pas très longtemps.

    Un accord a été conclu entre l’Union européenne et la Biélorussie en mai 2020 visant à faciliter la délivrance réciproque des visas et facilitant la réadmission des personnes en séjour irrégulier. Est-il bien nécessaire de faciliter l’octroi respectif des visas ? En revanche l’aspect réadmission est intéressant. Mais quand on voit la facilité avec laquelle la Biélorussie ne respecte pas les accords internationaux qu’elle a signé, on se dit que la résiliation de celui-ci pourrait être envisagée facilement ?

    Lire aussi : Détournements d’avion par des Etats – Keep on rockin’ in the free world (rehve.fr)

  • Il faut restituer les confettis de l’Empire

    Quelques milliers de migrants marocains ont envahi l’enclave espagnol de Ceuta en territoire marocain. Il semble que les autorités marocaines reprochent à l’Espagne d’avoir accueilli pour raisons sanitaires le chef du front POLISARION, le mouvement indépendantiste du Sahara dit « espagnol » sur lequel le Maroc affirme sa souveraineté. L’impétrant aurait la Covid.

    On connaît le cynisme de certains Etats qui n’hésite pas à utiliser les flux migratoires pour des raisons politiques. La Turquie à cet égard a montré de quoi elle était capable en incitant les réfugiés syriens sur son territoire à entrer en Grèce par la frontière terrestre. Dans le cas du Maroc on franchit une étape supplémentaire puisque ce pays envoie sa propre population comme immigrés illégaux à Ceuta. L’Espagne a déployé son armée sur place et aurait expulsé immédiatement la moitié des 8 000 migrants ayant pris d’assaut Ceuta.

    La manipulation des flux de migrants est devenue une arme à la disposition des Etats les plus cyniques, il faut s’y faire. Les Etats agressés de la sorte, généralement plus « occidentaux », hésitent à employer des armes similaires en retour, comme celle des visas par exemple. C’est la comédie humaine rapportée à la géopolitique !

    Plus important, ces incidents de Ceuta soulignent une nouvelle fois l’aberration de ces confettis d’empires répartis un peu partout sur la planète. Citons également Melilla, toujours espagnole, au Maroc, mais aussi le britannique Gibraltar en Espagne, les territoires français à Jérusalem-est, la française Mayotte dans l’archipel des Comores, etc. A l’exemple de Hong-Kong qui a été restitué par le Royaume-Uni à la Chine, la raison voudrait que l’on profite de ces évènements pour lancer les négociations de rétrocession des enclaves de Ceuta et Melilla au Maroc. Ces verrues espagnoles en territoire étranger n’ont plus aucun sens et sont source de problèmes sans fin. Les populations sont estimées à 78 000 pour la première et 72 000 pour la seconde. Même si la totalité de cette population souhaitait être rapatriée, l’Espagne devrait pouvoir le faire sans trop de difficultés en regard des bienfaits que représenteraient la restitution de ces territoires qui semble une évidence géographique lorsqu’on regarde une carte de la région.

  • Mali et Centrafrique à la une

    Cela devient une habitude, les galonnés de Bamako ont arrêté le président de la République, le premier ministre et quelques autres dirigeants maliens pour les forcer à démissionner par suite du « sabotage de la transition » dont ils se seraient rendus coupables. Il semble que le dernier gouvernement désigné ne faisait pas la part assez belle auxdits galonnés.

    Lire aussi : Le képi en chef du Mali – Keep on rockin’ in the free world (rehve.fr)

    La France dont l’engagement militaire au Sahel contre le terrorisme perdure bien au-delà de ce qui est souhaitable se trouve impliquée un peu malgré elle dans cet imbroglio politico-militaire. Il se confirme une énième fois que passer des accords militaires avec des gouvernements fantoches ne peut rapporter que des problèmes. Il faut donc y mettre fin de façon ordonnée mais décisive.

    En République Centrafricaine, la soldatesque russe prend de plus en plus d’importance et c’est très bien ainsi. Elle est simplement de plus en plus difficilement compatible avec la présence de l’armée française dans ce pays, au risque de déclencher des incidents entre les mercenaires russes et les troupes française. Les Russes emploient leurs méthodes pour réduire les rébellions locales et elles sont probablement plus efficaces que celles que s’autorise l’armée française corsetée dans ses principes démocratiques. Il faut laisser la place aux Russes, ils sauront sans doute mieux faire que les militaires Français qui n’ont jamais vraiment quitté le pays depuis son indépendance.

    Lire aussi : Les Russes en Centrafrique – Keep on rockin’ in the free world (rehve.fr)

  • Détournements d’avion par des Etats

    Le forban qui tient la Biélorussie sous sa botte depuis 1994 s’est illustré aujourd’hui en lançant un avion militaire détourner un avion civil de la compagnie Ryanair qui assurait une liaison Athènes-Vilnius, en survolant le territoire biélorusse. L’un des passagers de cet avion était un opposant recherché par la police politique locale. On ne connait pas encore tous les détails de cette rocambolesque affaire mais toujours est-il que l’avion civil a obtempéré, s’est posé sur l’aéroport de la capitale biélorusse et que l’opposant a été arrêté.

    Le monde occidental s’émeut de ces pratiques de brigandage aéroporté et la France n’est pas la dernière à manifester sa désapprobation par la voie de son ministre des affaires étrangères :

    Pour les plus jeunes, nous rappellerons ici que le 22/10/1956, en pleine guerre d’Algérie, la République française fit détourner par ses avions de chasse l’aéronef civil qui transportait du Maroc en Tunisie une partie de l’état-major politique du Front de libération nationale (FLN) qui menait la rébellion contre la colonisation française et pour l’indépendance de l’Algérie. Ce détournement réussit et une fois l’avion posé sur la base militaire de Boufarik les cinq dirigeants du FLN, dont Ben Bella, Aït Ahmed et Boudiaf sont arrêtés et emprisonnés. Ils ne seront libérés qu’en 1962 à l’indépendance de l’Algérie sans que leur privation de liberté n’ait changé grand-chose à la guerre d’indépendance en cours.

    Certes cet acte de piratage international fut commis en d’autres temps, mais il n’est pas sûr qu’aujourd’hui la France soit la mieux placée pour reprocher à la Biélorussie d’avoir agi comme elle le fit en 1956… Un peu de modestie ne ferait pas de mal à la diplomatie française du XXIème siècle !