Étiquette : « Nacht und Nebel »

Shoah, goulag, génocide arménien… les grandes barbaries du XXe siècle.

  • Fallada Hans, ‘Seul à Berlin’.

    Sortie : 1965, Chez : .

    Ecrit par un écrivain allemand, publié en 1947 l’année de sa mort. La chronique d’un immeuble berlinois durant les années de guerre et l’itinéraire solitaire d’un couple de vieilles personnes entré en résistance, entouré d’un melting pot de citoyens ordinaires, des bons et des mauvais, comme toujours en ces périodes troublées. Le sujet est grave mais le ton est enlevé. Cela se termine mal pour les gentils mais nous savons heureusement que l’Histoire a triomphé des méchants en 1945.

  • Hilberg Raul, ‘La destruction des juifs d’Europe’.

    Sortie : 1985, Chez : .

    2 400 pages de plongée dans le processus d’extermination des juifs par les nazis. Raul Hilberg, citoyen américain a consacré sa vie à étudier cette catastrophe et à rédiger cette somme. Ce sont 3 volumes qui détaillent les étapes du génocide avec une terrifiante précision : la définition des victimes, l’expropriation, la concentration, les opérations mobiles de tuerie, les déportations, les centres de mise à mort. La totalité du mécanisme de destruction est mise à nu, depuis ses fondements idéologiques jusqu’à sa mise en œuvre. Rien n’est laissé au hasard, on y découvre l’arsenal juridique mis en place pour légaliser le massacre, la bureaucratie obéissante qui déroule les étapes, les tueurs et leurs réactions face à leur « job », l’acharnement nazi contre les juifs jusqu’aux dernières heures précédent la reddition, la participation plus ou moins active, plus ou moins contrainte, d’une grande partie de l’Europe, les réactions parfois désarmantes des communautés juives au cœur des massacres comme à l’extérieur.

    2 400 pages qui montrent froidement ce qui s’est passé, ceux qui ont poussé, ceux qui ont suivi, ceux qui ont subi. 3 volumes qui, jusqu’à la nausée, démontrent comment la vieille Europe, celle des lumières et de Brahms, a organisé l’un des pires massacres de l’Histoire de l’Humanité, au cœur d’une guerre qui a laissé un continent détruit, sur un charnier de 50 millions de morts. Une œuvre qui devrait ramener notre continent disqualifié a un peu plus d’humilité.

  • Arendt Hannah, ‘Eichmann à Jérusalem’.

    Sortie : 1963, Chez : . Le livre écrit par Hannah Arendt sur le procès d’Adolph Eichmann jugé en Israël 15 après ses méfaits. La philosophe a assisté au premier mois du procès puis a mené un travail d’analyse de tous les documents présentés à ce procès. Elle se base sur le droit en éloignant l’émotion et la politique. Elle y raconte Eichmann comme un fonctionnaire moyen appliquant avec efficacité les directives nazis. Elle décrit la terrible banalité du mal. Elle relaie les questions longuement posées à Jérusalem sur l’absence de révolte du peuple massacré tout en expliquant que la où il eut résistance au rouleau compresseur nazi il y eut moins de barbarie (Bulgarie, pays scandinaves). Surtout, elle déclenche une immense polémique en démontant le mécanisme pervers mis en place par les nazis, et Eichmann en particulier, qui se sont appuyés sur des Comités juifs pour déporter et exterminer un peuple. La polémique est illustrée par la publication dans l’édition Quarto de Gallimard d’un foisonnante et éclairante correspondance avec Karl Jaspers et autres intellectuels, pro ou anti théorie Arendt.

  • Littell Johnattan, ‘Les Bienveillantes’.

    Sortie : 2007, Chez : . Un incroyable roman, prix Goncourt 2006, qui marquera la littérature de la barbarie après La Mort est mon Métier de Robert Merle et Le Choix de Sophie de William Styron. Cette fiction de Jonathan Littell narre le parcours d’un jeune nazi dans l’Europe de la deuxième guerre mondiale qui applique la solution finale tel un commercial développe son business plan. Dans les bagages de la Wehrmacht en route pour Moscou le SD « nettoie » l’arrière des lignes des juifs et des bolchéviques, en Ukraine puis dans le Caucase. Après cet objectif qu’il accomplit avec conscience et indifférence, le Dct. Aue vit les dernières jours du siège de Stalingrad où des supplétifs ukrainiens le guide au cœur de l’enfer. De retour à Berlin en 1944 il est chargé d’une mission pour redresser la productivité des camps de travail afin de faire tourner de façon plus efficace l’outil industriel d’un Reich déjà sur le déclin. Berlin 1945 c’est la fin.

    Histoire dans l’histoire, celle d’une relation incestueuse avec une sœur jumelle et du rejet dévastateur d’une mère allemande finalement remariée avec un français, étapes qui ponctuent le cheminement fascinant et morbide du nazisme victorieux et décadent.

    Cette fiction où le Dct. Aue croise la route de personnages réels est une somme de 1.400 pages à la documentation impressionnante sur cette époque. La fin est connue à l’avance mais les étapes qui y mènent sont décrites avec une minutie exceptionnelle. L’aspect fictionnel est largement dominé par les faits historiques. Le héros croise des personnages réels et s’immisce dans des évènements tout aussi dramatiquement vécus. Les raisonnements et justifications prêtés aux personnages sont terrifiants. C’est un roman bouleversant sur la banalité du fait génocidaire, à mettre entre toutes les mains.

    Le style est aussi froid que le cœur du Dct. Aue. L’œuvre est gigantesque, surtout si l’on pense qu’il s’agit seulement du second roman de cet auteur de 40 ans, par ailleurs fils de Robert Littell, auteur de roman d’espionnage centrés sur la guerre froide. On est confondu devant la maturité du jeune Littell, devant la gravité du thème abordé et décrit avec tant de minutie. Un immense auteur est ainsi révélé.

  • Assouline Pierre, ‘Lutetia’.

    Sortie : 2005, Chez : . L’histoire du responsable de la sécurité de l’hôtel Lutetia, juste avant, pendant et juste après la seconde guerre mondiale. On y croise la vieille noblesse européenne qui fuit les nazis, l’abwehr qui y a établi son quartier général et enfin le défilé hallucinant des déportés de retour des camps. Roman historique ou se mêlent des personnes réelles et imaginaires, où le drame n’exclut pas l’humour dans la narration des ambigüités entre résistance passive et collaboration, mais où surtout explose l’absurde tragédie de notre XX° siècle. On a le cœur bouleversé lorsque reviennent les fantômes de Nuit et Brouillard, qui retrouvent, ou pas, les leurs sous les ors du Lutetia marqué à jamais par cette année 1945.

  • LEVI Primo, ‘Si c’est un homme’.

    Sortie : 1947, Chez : Editions Julliard.

    Une plongée désespérée au cœur du processus concentrationnaire de la barbarie nazie : Une plongée désespérée au cœur du processus concentrationnaire de la barbarie nazie : l’auteur n’en sortira pas indemne et mettra fin à ses jours 40 ans plus tard (bien que la thèse du suicide [il a chuté dans un escalier] soit discutée). Et tout ceci s’est passé dans notre vieille Europe donneuse de leçons, à la génération de nos grands-parents !