Nouvel épisode de la manipulation à grande échelle des taux
d’intérêt sur les marchés financiers par les traders-fraudeurs : la banque
Royal Bank of Scotland (RBS) accepte de régler une pénalité d’environ
600 millions d’USD aux autorités britanniques et américaines pour avoir
des années durant faussé et manipulé le taux d’intérêt de référence LIBOR. La
banque informe par ailleurs de la démission de son directeur de quelque-chose !
C’est bien le moins… Compte tenu des circonstances on se serait plutôt attendu
à un licenciement sec de tout l’état-major avec plainte au pénal et
embastillement immédiat à la Tour de Londres.
RBS s’est rendue célèbre durant la crise financière de 2008
pour son risque de complète faillite qui poussa le gouvernement britannique à
la nationaliser à quasiment 100% pour éviter son effondrement. Le contribuable
a donc financé les errements du management de cet établissement : rachat
hors de prix de la banque ABN Amro début 2008, pertes de trading
colossales, expansion démesurée et incontrôlée, pertes gigantesques sur les
valeurs dites subprime (crédit immobilier fait à des emprunteurs non
solvables), rémunérations exorbitantes d’employés jouant au casino avec l’argent
des déposants, utilisation massive de paradis fiscaux pour compte propre et
pour des clients, on en passe et des meilleures !
Cerise sur le gâteau, son pédégé Fred Goodwin (il s’appelle
bien Goodwin, ça ne s’invente pas) a finalement accepté de démissionner
en 2009 avec toute une série d’avantages en espèces sonnantes et trébuchantes,
retraite chapeau et autres gâteries comme les banques savent en mijoter pour
leurs dirigeants incompétents. Devant la levée de bouclier constatée au Royaume-Uni
en 2009 face aux avantages acquis à ce banquier failli, le garçon a accepté de
réduire ses exigences.
La transaction acceptée par RBS en 2013 montre que non
seulement cette banque était mal gérée, que ses cadres percevaient des rémunérations
sans rapport avec leurs mérites et résultats, que le contribuable britannique a
dû casser sa tirelire pour lui sauver la mise, mais qu’en plus de tous ces
errements, la banque fraudait massivement en manipulant les taux d’intérêt. N’en
jetez plus !
Le plus insupportable dans ces affaires bancaires (RBS est
loin d’être seule dans le marigot des tripatouillages financiers) pour le
citoyen lambda c’est finalement l’absence de sanction. Certes, la City a
licencié une partie de ses effectifs de traders-fraudeurs, mais pas beaucoup
plus que le secteur de la sidérurgie en Europe du Nord.
La puissance des secteurs financiers face aux Etats est sans limite. Il a quand même fallu voir le Royaume britannique, la Mecque du libéralisme financier, accepter de nationaliser ses banques ! Pire, alors que le capitalisme en partie originaire de la perfide Albion nous ressasse depuis des décennies que le libéralisme c’est la responsabilité : on voit à Londres les fat-cats continuent globalement à ronronner tranquillement, malgré leurs échecs, gorgés d’avantages financiers immérités. Eh oui, même un gouvernement britannique conservateur (qui est en train de se préparer à proposer à ses citoyens de statuer sur leur départ de l’Union européenne) n’arrive pas trop à changer les choses… Espérons au moins qu’il arrivera à revendre cette banque félonne sur les marchés, pour qu’au moins le contribuable soit remboursé.