Catégorie : Economie

  • Les marchés girouettes : ce n’est pas vraiment la surprise de l’année !

    Rigolo : Facebook a été introduit en bourse et additionne les milliards de valorisation. Comme l’affaire est chic et que la seule qualité des soi-disant analystes est leur redoutable panurgisme, tout le monde se précipite pour acheter les actions mises en vente par le patron de Facebook en jean-sweat à capuche. Deux jours après l’action avait perdu 20% de sa valeur et les soi-disant analystes s’en émeuvent, accusant pêle-mêle les banques chargées de l’introduction en bourse ou la capuche du patron pour masquer leur incompétence.

    Il suffisait de ne pas acheter ces actions, d’analyser les comptes de Facebook et son modèle économique plutôt que de recommander l’achat dans les salons de Wall-Street ! C’est comme au marché quand on achète des tomates, il faut regarder au fond du panier pour voir s’il n’y a pas de tomates pourries.

    Bref, une introduction en bourse mondaine se traduit en 48 heures par une destruction de valeur de plusieurs dizaines de milliards de dollars. Tout ceci n’est pas grave, Messieurs les Marchés sont de vraies girouettes et dans 8 jours ils auront peut-être rétabli la valeur de Facebook ou plus. Mais l’on voit que l’incompétence des marchés se double d’une irresponsabilité désarmante.

  • Echelle de salaires publics

    L’un des projets du nouveau président socialiste est de limiter l’échelle des salaires de 1 à 20 dans les entreprises publiques où l’Etat actionnaire a son mot à dire ; intéressante mesure !

  • Un sursaut de décence ?

    Cette fois-ci c’est le pédégé d’Aviva, une grosse compagnie d’assurance britannique qui voit son salaire remis en cause dans une assemblée générale d’actionnaires, il gagnait un petit million de GBP et avait déjà courageusement renoncé à une augmentation de 4,8%. Il a immédiatement démissionné. C’est bien, la gouvernance progresse. Tout n’est peut-être pas encore complètement perdu dans le monde des fat cats !

  • Incompétence coûteuse des banques

    Encore un trader-fraudeur (français en l’occurrence) qui pousse son employeur, la banque américaine JP Morgan Chase, à provisionner 2 milliards d’USD pour couvrir une perte probable sur des opérations liées aux CDS sur la place de Londres. Le casino continue et les banques restent incapables de comprendre et de contrôler ce qui se passent chez elles où des forbans surpayés sont en mesure de les faire chuter en jouant avec l’argent des autres.

    On se demande s’il s’agit d’une stratégie bancaire de prendre des risques au-delà du raisonnable et de lâcher les forbans le mors aux dents, ou d’une incompétence de ces établissements à contrôler les agissements de leurs salariés. La réponse n’est pas évidente mais le résultat est toujours le même : l’opération est globalement neutre pour l’économie puisque les 2 milliards perdus par JP Morgan Chase ont été gagnés par quelqu’un d’autre, mais par contre potentiellement annonciatrice de catastrophe systémique si l’ampleur de la perte réalisée par une des parties fait tomber une banque ! Ces opérations sont donc au mieux inutiles pour le développement économique, au pire nuisibles, mais en aucun cas productives.

  • Banques et copinages

    Les actionnaires de la banque américaine Citigroup ont refusé d’avaliser la rémunération 2011 de leur pédégé qui devait s’élever à une quinzaine de millions de dollars (y compris primes, stock-options et tout le tra-la-la). Ils ont bien fait, on peut parier qu’à 7 millions de dollars ils trouveront un autre dirigeant largement aussi compétent, ils auront ainsi réalisé quelques économies.

    A peu près au même moment fin avril, 32% des actionnaires de la banque britannique Barclays avaient voté contre la rémunération du dégé qui a été de 22 millions d’euros. Minoritaires, ils n’ont pas pu bloquer cette infamie. Idem chez la banque suisse UBS.

    Tous ces pédégés sont interchangeables et surcotés. On peut trouver aussi bien, voire mieux, pour bien moins cher. Il suffit de laisser jouer les forces du marché plutôt la tyrannie des copinages de conseils d’administration.

  • La dépense publique comme seule politique économique

    Les économistes mondains et les philosophes de plateaux s’entendent pour porter des jugements définitifs sur la nécessité de la relance et l’inefficacité de la rigueur. Bon, bien, dont acte et que proposent-elles de plus précis ces fines gâchettes franchouilllardes de la macro-économie au-delà de ces poncifs de café du commerce ? Rien, sinon l’espoir que les vannes de la dépense à tout va pourraient être de nouveau rouvertes, les niches fiscales élargies, les primes à la casse pour changer de voiture rétablies, etc.

    Le mot relance est arboré comme un étendard pour masquer nos faiblesses, entretenir nos illusions et bercer les gogos. La réalité sera plus douloureuse car la dépense publique devra décroître quoi qu’en disent les uns ou les autres. Mais heureusement cela n’exclut pas une politique économique intelligente qui favoriserait la croissance. Il suffit juste d’être intelligent et un peu moins démagogue.

    Ah oui, j’oubliais, surtout on ne fait pas de relance durant les jours fériés du mois de mai, particulièrement bien placés cette année. On commencera la relance après les vacances.

  • L’ingénue de Goldman Sachs

    Greg Smith, un ancien cadre de Goldman Sachs se répand dans la presse pour expliquer que son ancien employeur privilégierait d’abord ses intérêts avant ceux de ses clients. Mon Dieu, comment est-ce possible alors que le monde entier croyait que cette institution de charité œuvrait pour le bien public sous la férule d’un dirigeant concourant pour le prix Nobel de la paix, juste derrière Mère Térésa ?

    Décidément on ne peut plus croire en rien dans ce bas monde, quelle tristesse !

  • Il faut du rêve…

    Les Objecteurs de croissance tractent et collent dans les rues de Paris à l’heure où le prix de super commence à dépasser les 2 euros dans certaines stations-services. A voir les réactions des consommateurs de produits pétroliers, les objecteurs ont encore du boulot.

  • Faisons payer les footeux !

    Hollande a annoncé la création d’une tranche d’impôt sur le revenu à 75% au-delà de 1 million d’euros annuels. A ce stade seuls les joueurs de fouteballe ont réagi par la voix du cheffaillon moustachu de leur ligue, un certain Frédéric Thiriez, qui prévoie « une catastrophe pour le foot français, à son appauvrissement et à sa rétrogradation sur l’échelle européenne ».

    Même le Douillet, ex-ancien-champion d’on ne sait plus quel sport, reconverti dans la course de fonds pour l’UMP, s’émeut « Les joueurs partiront instantanément de France, ils en ont les moyens » !

    M… !!! Comment va-t-on pouvoir se sortir de la crise si les footeux quittent le navire ?

    Accessoirement Hollande a annoncé la création d’une tranche d’imposition sur le revenu à 45% entre 150 000 et 1 00 000 EUR, et la limitation des avantages liés aux niches fiscales à 10 000 EUR/an.

  • MM. Dray et Emmanuelli veulent plus de dettes publiques

    Très intéressant le site web de l’assemblée nationale, on y voit les noms des votants en scrutin public. Tout citoyen électeur devrait le consulter régulièrement. C’est ainsi que le vote du mécanisme européen de stabilité (MES) a été adopté malgré l’abstention du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche, et le vote contre de Julien Dray et Henri Emmanuelli. Ces bonnes âmes veulent renégocier ce mécanisme avec les 26 autres pays si François Hollande est élu président, ils veulent y ajouter le concept de croissance, comme toujours.

    Extrait du texte adopté :

    Le MES a pour but de mobiliser des ressources financières et de fournir, sous une stricte conditionnalité de politique économique, adaptée à l’instrument d’assistance financière choisi, un soutien à la stabilité de ses membres qui connaissent ou risquent de connaître de graves problèmes de financement, si cela est indispensable pour préserver la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble et de ses États membres. À cette fin, il est autorisé à lever des fonds en émettant des instruments financiers ou en concluant des accords ou des arrangements financiers ou d’autres accords ou arrangements avec ses membres, des institutions financières ou d’autres tiers (article 3).

    En premier lieu, le MES ne pourra fournir à un État membre du MES un soutien à la stabilité que « si cela est indispensable pour préserver la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble et de ses États membres ». Ce soutien à la stabilité est subordonné à une stricte conditionnalité, adaptée à l’instrument d’assistance financière choisi. Cette conditionnalité peut prendre la forme, notamment, d’un programme d’ajustement macroéconomique, ou de l’obligation de continuer à respecter des conditions d’éligibilité préétablies (article 12-1).

    Les pertes éventuelles sont couvertes, par ordre de priorité : (i) par le fonds de réserve, (ii) par le capital appelé, et enfin (iii) par un montant approprié de capital appelable, qui sera appelé en conséquence.

    En gros, rien de bien illégitime : ceux qui prêteront (les contribuables des Etats) sont ceux qui paieront en cas de pertes éventuelles. Il est donc prévu une stricte conditionnalité avant de prêter.

  • Il y a toujours quelqu’un qui paye la dette

    Les journalistes nunuches à la Stéphane Paoli sur France Inter continuent à gloser sur le sort de la Grèce et échafauder des solutions de café du commerce. Ils constatent que ce pays est surendetté et aura du mal à payer ce qu’il doit à ses créanciers, ils abjurent avec naïveté les gouvernants européens d’abandonner leurs créances mais sans expliquer comment celles-ci seront finalement couvertes ! Car la dette, hélas, est un jeu à sommes nulles, et si la Grèce ne paye pas d’autres vont payer à sa place.

    Les 100 milliards d’euros qui ont été annulés par les banques privées vont être payés par leurs actionnaires et bien sûr aussi par leurs consommateurs qui voient les taux de leurs crédits augmenter. Les prêts du Fonds monétaires international et Etats européens à la Grèce s’ils ne sont pas remboursés seront donc payés par les contribuables des pays prêteurs. C’est ainsi. 230 milliards d’euros divisés par 250 millions de citoyens européens cela fait 920 euros par personne, voilà ce que coûterait l’effacement de la dette grecque.

    Et puis ce qu’oublie aussi de préciser les nunuches des plateaux médias c’est qu’un créancier une fois qu’il a été planté par son débiteur, va hésiter à prêter de nouveau, évidemment. Les banques privées à qui l’on vient de tordre le bras vont probablement y regarder à deux fois avant de remettre la main à la poche.

  • Aurevoir Borloo

    La baudruche Proglio / Borloo (Lire : Bataille de potaches) s’avachit en un pet de lapin dans un bel ensemble de démentis. En tout cas cela ne se fera pas pour le moment et sans doute jamais si la gauche l’emporte aux élections présidentielles. Dans une telle hypothèse le Proglio (62 ans) peut sans doute numéroter ses abattis. Quant à Borloo (60 ans), c’est un vieux grognard de la politique et des affaires françaises, il rebondira et trouvera toujours une soupe où aller tremper sa cuillère.

    La presse est assez unanime pour dire que quelque chose se tramait sur cette cabale Véolia. Comment savoir mais que ce soit vrai ou faux ce sera porté au débit de Sarko l’agité car même s’il ne l’a pas fait, tout le monde sait qu’il aurait été capable de le faire…

    En parlant de soupe d’ailleurs, il y a deux nouveaux convives autour de l’écuelle de l’UMP : Hervé Morin, centriste-ennuyeux, et Nicolas Nihous, représentant des chasseurs.

  • Bataille de potaches

    La rumeur journalistique annonce ce matin que Proglio (pédégé d’EDF et ancien pédégé et Véolia) aurait pris la tête d’une cabale, avec le soutien de Sarko l’agité, pour avoir la tête de son successeur chez Véolia et y faire nommer à la place… on vous le donne en mille… Jean-Louis Borloo !

    Borloo président de Véolia c’est un peu comme si l’on désignait Christine Boutin à la tête de Goldman Sachs, ou Jean Sarkozy à la tête de l’Eepad ! Il est gentil le Borloo mais il n’a jamais dirigé une entreprise au-delà de son cabinet d’avocats et il ne connaît sans doute le monde des affaires qu’à travers celles de Bernard Tapie qu’il a défendu des années durant. Tout ceci est hautement risible, pourvu que cela ne soit que blague de potache.

  • Les traders-fraudeurs jamais à court d’idées

    Des traders-fraudeurs encore pris la main dans le sac des arrangements avec les règles de la libre concurrence (et accessoirement de la morale) : différentes autorités boursières aux Etats-Unis, au Japon, en Grande Bretagne et en Suisse (pour le moment) enquêtent sur des manipulations auxquelles se seraient livrées en 2008 ces traders-fraudeurs pour minorer le LIBOR (London interbank offered rate) qui est une sorte de taux de référence censé indiquer le coût de financement des banques. A l’époque le LIBOR explosait puisque par suite de la faillite de Lehman Brothers les banques ne se prêtaient plus entre elles et de ce fait il n’y avait sur le marché que des demandeurs et pas d’offreurs. Afin d’éviter de paniquer le bon peuple et les soi-disant analystes financiers, ils auraient fraudé les forces de marché pour que le LIBOR affiché soit inférieur à ce qu’il aurait dû être selon les lois de l’offre et de la demande, et ainsi démontrer que tout n’allait pas si mal que ça.

    Si tout ceci se confirme cela risque d’améliorer encore la réputation du monde de la finance… et de faire beaucoup de bruit car le LIBOR est utilisé comme taux de référence sur des volumes colossaux de financement à travers la planète.

  • La dépense publique hors de contrôle

    Les impôts continuent à augmenter, notamment pour le moment TVA, et CSG sur produits financiers. Et ce n’est qu’un début bonne gens ! Comme de bien entendu la valse des pleureuses reprend de plus belle. Les cercles d’épargnants prévoient une catastrophe en termes d’épargne populaire, les cercles de consommateurs crient au massacre de leurs coreligionnaires et les producteurs à l’anéantissement de leurs marchés. Les sondeurs continuent à sonder et demandent au bon peuple : « êtes-vous pour ou contre les augmentations d’impôt ! ». La réponse étant généralement : « nous ne sommes pas d’accord », ils glosent ensuite sur les plateaux des médias pour analyser le pourquoi et le comment d’une réponse aussi inattendue.

    Et pendant ce temps nous attendons toujours des dirigeants responsables qui expliqueront comment la République va devoir inexorablement baisser ses dépenses.

  • François de Closet bouge encore

    Un intéressant article de François de Closet dans le Figaro Magazine sur l’addiction de la France au déficit. L’homme a fait son fonds de commerce depuis plusieurs décennies sur les excès franchouillards ; je me souviens de l’un de ses premiers ouvrages Toujours Plus paru en 1982 et détaillant les dérives du corporatisme hexagonal. Les choses n’ont pas suffisamment changé. L’article d’aujourd’hui est frappé au coin du bon sens et devrait fonder les programmes économiques de nos candidats à l’élection présidentielle :

    « Cessons de nous comporter comme des autruches ! « 

    FRANÇOIS DE CLOSETS Publié le 06/01/2012 à 13:58

    Les Français ne savent plus où ils en sont et, plus grave encore, ils ne savent plus où ils vont. L’incertitude face à l’avenir est leur seule certitude. 60 % d’entre eux craignent de devenir un jour SDF! Prisonniers d’un piège diabolique qui ruine un pays de cocagne, ils s’indignent, en attendant de se révolter. Autant maudire le volcan qui gronde à la veille de l’éruption… Mieux vaut chercher dans notre propre comportement la cause et, pourquoi pas, la solution de nos maux.

    Le Français est une étrange chimère : il marie le coq glorieux à l’autruche apeurée, le premier s’imagine que tout lui est dû, la seconde fuit la réalité dans le sable de ses illusions. Ce «coqtruche» serait une espèce non viable s’il n’entretenait un troupeau de boucs émissaires qu’il charge de tous ses péchés et qui l’exonère de toute responsabilité. Cette trilogie du coq, de l’autruche et du bouc émissaire, je ne l’ai pas inventée. Elle apparut en 1979 sur la couverture d’un essai * que mon maître Alfred Sauvy consacrait à la France. Je ne l’ai jamais oubliée. Tantôt présomptueux, tantôt défaitistes, mais jamais pragmatiques, nous sommes foncièrement irréalistes. Et la situation dramatique de notre pays traduit d’abord le basculement d’un irréalisme dynamique et constructeur à un irréalisme passif et défaitiste.

    Le bon usage de notre tempérament national, de Gaulle l’avait trouvé en 1958. La IVe République n’avait pas moins succombé à la crise algérienne qu’à la crise budgétaire. Les faits ne laissaient aucune marge de manœuvre, il fallait en finir avec notre rêve colonial et remettre en état nos finances. Amputation et austérité, le sinistre programme ! Pour le vendre, le Général choisit d’exalter la grandeur et l’indépendance de la nation. Il fit rêver les Français, mais, dans le même temps, il imposa un redressement financier d’une telle rigueur, augmentations des impôts en rafales, coupes des dépenses à la tronçonneuse, qu’il effraya le ministre des Finances, un certain Antoine Pinay. Comble d’irréalisme d’un côté, comble de réalisme de l’autre, c’est ainsi que de Gaulle relança la France dans les Trente Glorieuses, une France dont les budgets devinrent excédentaires et qui paya toutes ses dettes.Le 14 février 2003, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, Dominique de Villepin, ministre des Affaires étrangères, trouve des accents gaulliens pour s’opposer à l’intervention américaine en Irak. Mais le même jour, le ministre des Finances, Francis Mer, se rend à Bruxelles afin d’expliquer à la Commission européenne que, pour la trentième année consécutive, la France sera incapable de ramener ses finances à l’équilibre. D’une époque à l’autre, l’irréalisme français a changé. Il ne repose plus sur la réalité, mais sur le déni de réalité. Le coq gaulois n’est plus que le « coqtruche » face à l’échéance. Au moindre faux pas, nous pouvons être entraînés dans la spirale du surendettement : hausse des taux, cessation de paiement, mise sous tutelle, explosion sociale. Un comble de malheur pour une simple affaire de gros sous, comment est-ce possible ?

    Pour le comprendre, il faut réhabiliter une discipline ingrate et négligée depuis des décennies : la comptabilité. Elle vit le nez sur ses chiffres, ne connaît qu’un impératif catégorique : équilibrer recettes et dépenses, éliminer les déficits. Mais c’est elle qui dit le possible et l’impossible dans la répartition de la richesse, autant dire la gestion de la pénurie, première fonction du politique. Le déficit chronique est donc un déficit politique et le déni de comptabilité, un déni de réalité. Par bonheur, les boucs émissaires sont là pour masquer cette vérité désagréable.

    La crise bancaire, tout d’abord. La tornade venue des Etats-Unis n’est-elle pas responsable de notre banqueroute ? Certainement pas. Dès 2005, le rapport Pébereau annonçait que notre dette allait devenir insoutenable. L’échéance était annoncée autour de 2015. L’explosion des déficits publics consécutive au cataclysme bancaire l’a avancée de trois ans. Subprimes ou pas, la France se serait endettée à hauteur de son PIB et aurait coulé.

    La mondialisation et la crise économique, ensuite. Simples complices. Des pays comparables au nôtre, et pas seulement l’Allemagne, résistent dans la tourmente tandis que nous sombrons. Or la France a tous les atouts pour se retrouver dans le camp des gagnants et pas des perdants.

    L’amortisseur social encore. Il coûte fort cher, c’est vrai. Mais les pays scandinaves offrent à leurs peuples la même protection sans se ruiner. Nos déficits n’ont jamais payé que l’incapacité de nous moderniser, notre dette n’a pas préparé mais compromis l’avenir de nos enfants.

    Et les marchés financiers ! Nous les maudissons tous les jours. Pourtant, ils ne nous tiendraient pas à leur merci si nous ne les avions pas tant sollicités. Les banques, c’est vrai, se sont beaucoup enrichies au passage, mais les Français n’auraient pas moins souffert si l’on avait fait marcher la planche à billets.

    C’est donc la politique suivie depuis trois décennies qui nous a mis en si fâcheuse posture. Et les torts sont fort bien partagés entre droite et gauche. La classe politique dans son ensemble porte la responsabilité de ces trente-cinq années qui transformèrent une France championne d’Europe en grand homme malade. La classe politique… voilà assurément un excellent bouc émissaire.

    A condition de ne pas oublier, comme le font les populistes, que nous vivons en démocratie et que les élites et le peuple sont coresponsables. Le laxisme budgétaire fut-il imposé par les gouvernements aux Français ou par les Français aux gouvernements ? La réponse, nous la connaissons. En 1988, le corps électoral a choisi Jacques Chirac contre Raymond Barre ; en 2007, il a encore préféré le couple des Pères Noël, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, au Père la Rigueur : François Bayrou. La discipline budgétaire, même si elle avait été approuvée par l’opinion, n’aurait pas été soutenue par les électeurs. C’est la France dans son ensemble qui est droguée aux déficits.

    L’Etat emprunte pour distribuer l’argent qu’il n’a pas

    Depuis une trentaine d’années, le pays a donné congé à la comptabilité, donc à la réalité. Le général de Gaulle avait misé sur l’exigence des Français, ses successeurs, sur leur laisser-aller. Paris gagnés dans l’un et l’autre cas. C’est ainsi que la démocratie se pervertit dans la démagogie, peuples et dirigeants confondus. La crise financière constitue le meilleur cas d’école pour explorer ce refus du réel, cette fuite insouciante dans l’irréalisme comptable.

    Les citoyens ordinaires, peu au fait des finances publiques, se rassuraient en répétant que « la France est riche et ne saurait faire faillite ». Juste le cri du coq pour dissiper les ténèbres. Leur quiétude était confortée par l’escroquerie des 3 %. Tout au long de ces années, les Français ont cru que les dépenses de l’Etat excédaient ses recettes d’environ 3 %. Un pourcentage rassurant. En réalité, le déficit était de l’ordre de 20 %. Comment passe-t-on de 20 % à 3 % ? En comparant le solde de l’Etat au produit intérieur brut et non plus à ses recettes. Un tour de passe-passe imaginé en 1983 par nos technocrates pour rendre présentable un budget détestable. Bien évidemment, les 3 % du PIB devinrent 3 % de déficit budgétaire. Fallait-il que les comptables de Bruxelles soient vétilleux pour s’attacher à de telles peccadilles ?

    Cette minoration du déficit est si commode que médias, économistes, politiques l’adoptèrent en France comme à l’étranger. Les Français ne faisaient pas clairement le lien entre le déficit et le crédit, mais ils pressentaient tout de même que le déséquilibre budgétaire ne doit pas être une bonne chose et que le retour à l’équilibre pourrait être inconfortable. C’est alors que l’autruche fut plongée dans le sable de l’idéologie. Nos économistes de cour expliquèrent que le déficit public, loin d’être dangereux, est tout au contraire bénéfique. Pour accréditer leurs comptes à dormir dessus, ils firent appel à la plus glorieuse des cautions : John Maynard Keynes.

    S’opposant à la doctrine libérale du « laisser faire », Keynes a montré que l’économie doit se piloter de façon contracyclique. Lorsqu’elle est languissante, l’Etat s’endette pour injecter de l’argent et, lorsque la croissance est revenue, il rembourse ses dettes. Donner un coup d’accélérateur quand ça freine et un coup de frein quand ça accélère n’empêche pas de rester à l’équilibre sur la durée. C’est devenu le b.a.-ba de toute politique économique. Merci Monsieur Keynes. Dans des conditions particulières et des limites très précises, l’Etat peut donc emprunter pour distribuer l’argent qu’il n’a pas. Le rêve de tout gouvernement ! Passant allègrement du keynésianisme à l’hyperkeynésianisme, les idéologues de gauche ont libéré le déficit public de toute barrière. Il suffit de le baptiser « relance » pour qu’en toutes circonstances et à n’importe quelle dose il assure la croissance et les emplois. La recette est d’application aussi générale que la purge et la saignée chez les médecins de Molière.

    Un remède aussi plaisant n’a pas à faire la preuve de son efficacité. Après avoir échoué une première fois avec Jacques Chirac en 1975, puis une deuxième avec Pierre Mauroy en 1981, la relance s’imposa comme la panacée. La gauche n’a cessé de revendiquer cette « politique budgétaire dynamique » et la droite, faisant vertu de nécessité, ne l’a pas moins pratiquée. On se souvient des rodomontades de Jean-Pierre Raffarin transformant son impuissance budgétaire en un engagement pour la croissance et l’emploi. Nicolas Sarkozy resta dans la même logique avec sa loi Tepa qui aggravait le déficit mais était censée doper la croissance. La France fit même de la croissance fondée sur la consommation et le déficit un modèle économique.

    Plus on dépensait, plus on s’enrichissait. Les Français ne demandaient qu’à le croire et s’imaginaient même subir l’austérité alors qu’ils vivaient à crédit. Lorsqu’ils s’inquiétaient de voir ainsi croître la dette du pays, l’idéologie était encore là pour les rassurer. Elle décrétait que l’endettement n’avait pas du tout la même signification dans le secteur privé et dans le secteur public. Sous prétexte que les Etats ne sont pas soumis au droit des faillites, qu’ils battent monnaie et ne meurent pas, il fallait croire que ces emprunts n’auraient jamais à être remboursés. Le déficit devint une ressource budgétaire comme une autre, une ressource inépuisable dont on aurait grand tort de se priver.

    Longtemps, la comptabilité fut réactionnaire et le déficit, progressiste

    Lorsque je dénonçais les dangers du surendettement pour la France, je me faisais corriger, morigéner, ridiculiser par les économistes de renom et de salon. Que peuvent les rappels à la raison quand les gourous annoncent que le pays s’enrichit en s’endettant ?

    La comptabilité ne fut plus seulement ignorée, mais bien ostracisée. Elle était réactionnaire et le déficit, progressiste. L’équilibre des comptes publics cessa d’être une exigence universelle, une simple discipline civique, et devint une politique de droite, antisociale.

    Cette école de pensée, après avoir dénigré le pacte de stabilité, est partie en guerre contre la récente union budgétaire européenne, lancée à Bruxelles en décembre dernier. Les Français s’entendent dire que ce traité représente un intolérable abandon de souveraineté et nous condamne à une politique ultralibérale. Double mensonge pour camoufler un peu plus la réalité. Cet accord se limite aux problèmes comptables, c’est sa faille cent fois dénoncée. Les véritables décisions concernent l’équilibre budgétaire ; pour le reste, on se contente de vœux pieux. Or la souveraineté nationale porte sur les choix politiques, non sur les exigences comptables. Le rétablissement de nos finances ne nous est pas imposé car il s’impose à nous en tout état de cause. Si nous refusons aujourd’hui une discipline collective, nous nous verrons imposer demain une austérité bête et méchante par l’Europe et le FMI. Et ce sont les chantres de la relance, ceux qui, déficit après déficit, ont bradé l’indépendance nationale qui s’en font aujourd’hui les champions. Ce serait à pleurer si les larmes n’étaient devenues hors de prix.

    Mais le réalisme comptable est tout sauf une politique. Il s’impose à toutes les sociétés, qu’elles soient libérales ou socialisées, démocratiques ou autoritaires. L’Amérique ultralibérale croule sous les déficits tandis que les sociétés scandinaves très socialisées tiennent leurs finances. Il s’agit d’une exigence civique préalable au débat politique, aux choix de l’avenir.

    Les Français ont donc été les victimes consentantes de toutes ces fausses querelles, de ce terrorisme moral, de ce détournement des valeurs. Car la même déconstruction pourrait être opérée à propos de l’immigration, de l’école, de l’insécurité, de la fiscalité ou de la protection sociale. Partout et toujours, l’idéologie interdit de regarder les réalités en face, de s’accorder sur le diagnostic, d’identifier les véritables dangers et pas les périls fantasmatiques, les solutions possibles et pas les chimères hors d’atteinte. Lorsque les finances sont à ce point dégradées, le retour au pragmatisme démocratique, à un consensus civique, qui n’exclut nullement le débat politique, est indispensable. Si la classe politique se déchire, alors les marchés prennent peur, comme ils l’ont fait avec les Etats-Unis. Or la crise des finances est devenue pour nous un enjeu électoral et chaque camp s’efforce d’en imputer à l’autre la responsabilité, de refuser en bloc les propositions adverses et de promettre une issue sans douleurs. Croit-on que ce peuple querelleur et mauvais joueur trouvera en 2012 auprès des marchés financiers les 180 milliards d’euros à bas prix qui lui sont indispensables ?

    Mais cet indispensable retour à la discipline comptable ne peut à lui seul mobiliser les Français. Il nous faut retrouver la formule de 1958 qui permet tout à la fois d’affronter la réalité et de la transcender. Nous le pouvons car cette France à la dérive de 2012 possède des ressources extraordinaires. Avec sa rente touristique, son espace agricole, ses services publics, sa main-d’œuvre, ses pôles de recherche et ses écoles d’ingénieurs, sa jeunesse, son épargne, etc., bref avec ce « génie » qui a fait ses preuves tout au long de l’Histoire, elle détient les clés de la prospérité. Des atouts gâchés par une défiance maladive. Tous les sondages concordent : les Français ne croient plus en rien et, en premier lieu, plus en leur pays. Pourtant, ils font des enfants comme jamais. Paradoxe apparent. Car le scepticisme à grande échelle masque une confiance de proximité. La famille, la commune, la PME ont plus que jamais la cote. Les Français créent des entreprises, s’engagent dans l’humanitaire, font vivre des associations. Mais ils ne croient plus dans les grands systèmes mystificateurs. Un art de vivre ensemble est à réinventer, un art qui reposera sur les faits et pas sur les mots.

    La politique ne peut pas tenir lieu de comptabilité, c’est vrai, mais, à l’inverse, la comptabilité ne peut pas tenir lieu de politique. Si le réalisme consiste à enfermer les Français dans les pourcentages de déficits et les tableaux de la comptabilité nationale, alors il devient irréaliste par rapport à notre tempérament national. La fin d’un monde que nous vivons, c’est aussi la naissance d’un nouveau monde. La France y a sa place. Pour autant qu’elle sache la prendre. En surmontant l’épreuve financière, c’est vrai, mais aussi en inventant la suite de l’Histoire. On ne rétablira pas la confiance en niant l’épreuve financière, on ne la surmontera pas en ne faisant que la rappeler. Notre part d’irréalisme, disons d’avenir, doit s’ancrer dans un réalisme sans concession. C’est à ce prix, très élevé, que le coq gaulois peut encore prétendre faire se lever le soleil. Mais l’optimisme ne se décrète pas. Il se mérite.

    Dernier ouvrage paru : L’Echéance. Français, vous n’avez encore rien vu, Fayard, 2011 (avec Irène Inchauspé).

    * Alfred Sauvy, Le Coq, l’autruche et le bouc… émissaire, Paris, Grasset, 1979.

  • Qui s’assemble se ressemble

    Avez-vous remarqué comme Alain Minc ressemble furieusement à Paul Wolfowitz ?

    Le premier, français, formé dans les écoles de la République (Sciences-Po, ENA), bidouille dans le capitalisme français depuis des années, diffusant conseils aux entreprises et aux politiques sans prendre trop de risques par lui-même, il a mené à quelques échecs financiers majeurs (le raid contre la Société Générale de Belgique, le journal Le Monde, notamment), dans le même temps il est membre de nombre de conseils d’administration de multiples entreprises du CAC 40, il pose régulièrement sur les plateaux mondains des médias où ses analyses sont recherchées et diffusées avec humour.

    Le second, américain, est l’un des concepteurs du néo-conservatisme de l’Oncle Sam, sous-secrétaire à la Défense sous Georges Bush père il a développé le concept d’établissement de la démocratie au Moyen-Orient par la force, la guerre en Irak et la fin du régime de Saddam Hussein étant censée diffusée naturellement les avantages de celle-ci à tous les pays de la région. Nommé président de la Banque Mondiale, il sera poussé vers la sortie au milieu de son mandat pour avoir favorisé la carrière de sa maitresse travaillant dans cette institution.

    L’un et l’autre sont des conservateurs professionnels aux influences pas toujours très heureuses. La ressemblance n’est donc pas que physique.

  • Les bourses boursicotent

    Hilarant : on ne sait plus bien quelle instance communautaire anti-trust est en train de s’opposer à la fusion des bourses allemande et de New-York (NYSE Euronext) elle-même déjà le fruit d’une fusion transatlantique, au motif d’entrave à la concurrence ! Et les deux impétrants de se payer des encarts publicitaires pour jurer leurs grands dieux que jamais au grand jamais il ne leur viendrait à l’esprit d’aller contre les sacrosaintes règles de la concurrence. Et d’ailleurs cette fusion « permettrait de réaliser 3 milliards d’euros d’économies pour le compte de nos clients et des milliards d’euros pour celui des utilisateurs. » C’est touchant de sincérité et de bonne volonté, on tire ses mouchoirs devant une telle humilité, ce dévouement qui tend au sacrificiel. Saintes bourses priez pour nous pauvres pécheurs.

    Les grands requins de la finance (les potes de Hollande) s’apprêtent à se manger entre eux après avoir dévoré les petits poissons autour. Ils ne sont plus que deux ou trois à tourner comme des fauves aux aguets dans une piscine qui s’est substantiellement rétrécie. Ça va saigner !

  • L’arrivée d’un trublion dans le petit monde bien réglé des télécommunications françaises

    Free fait le buzz après la présentation de ses tarifs dans la téléphonie mobile et la presse en fait ses gorges chaudes. Même Le Monde passe en première page une photo pleine largeur de Xavier Niel, le chefaillon de Free, en présentation de ses produits lors d’un show mondain. La nouvelle est reprise en boucle dans tous les médias et présentée comme une révolution industrielle…

    Bon, il est gentil le garçon Niel mais il n’a tout de même pas inventé la navette spatiale ; il veut juste vendre des abonnements de téléphone mobile à 20 balles sur des réseaux qu’il n’a même pas construits mais qui ont été financés par les contribuables français des décennies durant.

    Beaucoup de bruit pour rien mais au moins risque-t-il d’introduire un peu de concurrence dans un monde qui en manque manifestement comme le démontrent les tarifs des opérateurs actuels. D’ailleurs la petite bande des SFR et autres Bouygues a immédiatement présenté des offres commerciales alignées sur celles de Free.

    Comme toujours, et malgré les grands discours auto-persuasifs sur les avantages incomparables de la concurrence pour le consommateur, vous laissez 3 ou 4 entreprises sur un marché comme actuellement celui de la téléphonie mobile en France, et la première chose qu’elles font est de s’entendre pour se partager le marché, voir tous les abonnements à 29,90 EUR vendus par ces fournisseurs…

  • La dette française va coûter plus cher aux contribuables

    La note de la dette publique française est dégradée du 20/20 (AAA) au 18/20 (AA+). C’est déjà pas mal de garder ce niveau, si nous avions eu ça à l’école c’eut été déjà pas mal, hélas ce fut loin d’être le cas. C’est la sanction de 35 ans de déficits budgétaires et de l’incapacité du peuple et de ses dirigeants à admettre la nécessité d’ajuster ses dépenses à ses recettes. Le dernier avatar de cette irresponsabilité est illustré par le recul du gouvernement qui voulait rétablir le taux de TVA standard sur le prix des places d’entrée dans les parcs d’attraction, face à la bronca d’un quarteron de sénateurs impotents !

    Les taux d’intérêt payés par la République (et donc in fine les contribuables) vont probablement augmenter, cela dit vu le stock de dette actuelle aux taux anciens, il va s’écouler quelques temps avant que le taux moyen s’accroissent substantiellement. Et puis en même temps, la baisse des taux de référence EURIBOR absorbe une partie de la hausse des marges générée par cette nouvelle notation.

    Mais d’une façon ou d’une autre, s’endetter va couter plus cher, la solution est donc de s’endetter moins, et pour s’endetter moins il suffit de viser l’équilibre entre les dépenses et les recettes. Ce n’est pas plus compliqué que cela. Nous avons déjà proposé le 8 janvier la suppression des cérémonies de vœux officiels, c’est un symbole mais en la matière les symboles comptent aussi, le reste suivra. Il faut aussi de toute urgence rétablir le taux de TVA normal sur l’entrée des parcs d’attraction à thème, et même si Raffarin en tombe de sa chaise !

    On peut imaginer que l’accroissement du coût de la dette poussera à des décisions financières plus rigoureuses, l’avenir le dira.