Catégorie : Economie

  • Marx avait déjà tout écrit

    L’économiste Jean-Paul Fitoussi ce matin sur France Culture explique que l’une des déviances majeures du système capitaliste depuis un quart de siècle est l’augmentation des inégalités entre les salariés et les actionnaires. Les salaires sont plus ou moins restés stables quand les dividendes ont augmenté. Redonner du salaire permettrait indirectement une relance par la consommation. C’est « Salaire, Prix & Profit » publié par Marx en 1865 et que tous les étudiants en économie ont lu en première année !

  • Esther Duflo au Collège de France

    Esther Duflo, brillante et jeune chercheuse sur l’économie du développement inaugure au Collège de France la Chaire internationale « Savoirs contre Pauvreté » avec le soutien de l’Agence française de développement (LBD). Elle développe dans sa leçon inaugurale une théorie scientifique du développement à la manière des essais cliniques. Il est bon que le Collège de France, temple de la pensée, s’ouvre à ces sujets.

  • Désopilant !

    Je trouve dans TGV magazine une double-interview désopilante sur le coaching bourrage de crâne et intrusif, tel que les entreprises aiment le pratiquer, sujet de deux livres ainsi chroniqués, à acheter d’urgence : Michela Marzano « Extension du domaine de la manipulation, de l’entreprise à la vie privée » et Robert Ebguy « Je hais le développement personnel ! » Rien que les titres des ouvrages me font frétiller d’aise.

  • Un investisseur imprudent met fin à ses jours

    Adolphe Merkle dont nous avons narré les exploits boursiers qui se seraient terminés en 1 milliard de pertes, s’est suicidé. 100ème fortune mondiale il avait spéculé à la baisse contre le titre Volkswagen (VW). Du coup la survie de son groupe familial aux multiples activités (construction, pharmacie) était en jeu et il avait dû s’abaisser à négocier avec les banques des crédits de sauvetage, ce qu’il n’a pas supporté. Quelle absurdité ! Bêtise d’avoir été attiré par le mirage des jeux boursiers alors que la crise financière déjà battait son plein, surestimation de sa compétence dans un domaine où les meilleurs s’étaient déjà cassé les dents, égo démesuré qui n’a pas supporté l’échec alors que ses actifs auraient pu compenser ses pertes, mais bien entendu au prix de la diminution de son pouvoir. Il est allé au bout de l’absurdité et a préféré mourir plutôt que d’affronter le déshonneur de sa chute. Comme tout ceci est affligeant !

  • Les numéros de téléphone spéciaux et… payants

    L’une des grandes escroqueries de notre monde de communication : la taxation des numéros de téléphone spéciaux. J’appelle Air France au 36 54 pour annuler un billet d’avion, non seulement j’attends cinq minutes car ce fournisseur n’a pas les effectifs suffisants pour répondre immédiatement à mon appel, deuxio je subis une musique horripilante assortie d’une voix gnangnan répétant sans fin le même message lavage de cervelle, mais surtout je paye 0,34 EUR la minute d’attente. Que l’on fasse payer le service téléphonique soit, mais que son coût soit lié à l’attente cela revient vraiment à baser sa rentabilité sur le niveau d’insatisfaction du client.

  • Moins de pub : une avancée pour l’intelligence

    L’un des graves problèmes de la rentrée : la suppression de la pub sur la télé publique et la façon dont les Français vont désormais organiser leurs soirées. Les journaux papier, télévisés, web titrent sur ce fait majeur à grands coups d’enquêtes chez la ménagère de moins de 50 ans pour évaluer comment elle va vivre cette révolution. Mon Dieu quel dilemme !

  • La rapacité sans limites des forbans de la finance

    La rapacité sans limites des forbans de la finance

    Incroyable : pendant que le trader Kerviel faisait ses petites affaires à 5 milliards d’euros dans les comptes de la Société Générale l’été dernier, pendant que le trader Picano-Nacci faisait perdre 750 millions aux Caisses d’Epargne dans des spéculations hasardeuses en septembre, pendant que les patrons de banques encaissaient des bonus de dizaines de millions, pendant que papy Merckle spéculait à la baisse sur VW et perdait dans les 700 millions en décembre, pendant que les liquidateurs de Lehmann Brothers évaluaient les dégâts de la plus grande faillite bancaire de tous les temps, pendant que les contribuables du monde occidental engageaient des plans de centaines de milliards pour sauver le système financier international, eh bien un autre papy de 70 ans, Bernard Madoff battait le record planétaire de toutes catégories de l’escroquerie financière en avouant avoir détourné 50 milliards de dollars en roulant dans la farine des « investisseurs » divers et variés.

    Heu… comment dire ? Les bras vous en tombent. On ne réalise même pas ce que veut dire « détourner 50 milliards de dollars », comment est-ce matériellement possible ? Comment peut-il avoir fait cela tout seul, comment a-t-il pu berner autant de monde durant si longtemps ? C’est indicible. Jusqu’où irons-nous ? Jusqu’où l’avidité et la malhonnêteté nous conduira-t-elle ?

    Le capitalisme sans foi ni loi vous disait-on ! Et encore n’est-on pas même sûrs d’avoir touché le fond de l’amoralité.

  • Un peu moins de publicité abrutissante, une grande avancée pour l’humanité

    La télévision publique française s’achemine doucement vers la disparition de la publicité déclenchant un tohu-bohu parlementaire avec inversion des rôles comme seule la politique française sait en créer d’inextricables. La gauche s’élève contre cette atteinte à l’indépendance de la télévision et en appelle au marché comme défenseur des libertés. Certains députés de droite contestent cette réforme qui aboutit à la création de taxes nouvelles pour financer une partie du budget de la future télé sans pub.

    Les consommateurs modérés du petit écran ne se désoleront pas de cette réforme qui, il est vrai, n’était sans doute pas prioritaire, mais la forte contribution de la publicité à l’abrutissement des masses devrait faire de sa suppression une avancée pour le niveau intellectuel moyen des téléspectateurs.

  • Un forban financier pris à son propre piège

    Adolf Merckle, un milliardaire de 74 ans qui est à la tête de la cinquième fortune d’Allemagne (7,3 milliards d’euros), avait parié sur la baisse en Bourse de Volkswagen. Il a perdu. Beaucoup, on parle de 700 millions d’euros. Pas moins de quarante banques seraient actuellement en discussion afin de porter secours à VEM, sa société d’investissements d’Adolf Merckle.

    Quand Porsche a annoncé le 26 octobre détenir 74% du capital de VW, tous les investisseurs qui avaient des positions de vente à découvert sur le titre, c’est-à-dire qui pariaient sur la baisse du titre, parmi lesquels des hedge funds et des banques, ont dû chercher en catastrophe des titres pour respecter leurs engagements de vendre des actions qu’ils n’avaient pas encore achetées, amplifiant l’envolée du titre dans un marché où l’action Volkswagen était soudainement devenue une denrée rare. Ce fut l’explosion du cours de Bourse de VW. Le 28 octobre, l’action Volkswagen avait atteint en séance un plus haut de 1 005 euros alors qu’elle cotait 211 euros 4 jours plus tôt.

    Adolf Merckle s’est fait surprendre comme les autres. Désormais, c’est tout son empire qui est peut-être en danger. Un empire qui génère chaque année un chiffre d’affaires de 30 milliards d’euros. C’est un signe des temps qu’un conglomérat familial allemand spécialisé dans l’investissement de long terme se retrouve piégé par des manipulations boursières de court terme.

    Un vieux milliardaire allemand, en pleine crise financière planétaire, spécule sur la baisse d’un des paquebots de l’industrie allemande. Si mêmes les allemands rigoureux, à la limite du rigide en matière économique se mettent à spéculer contre leurs propres entreprises, où va-t-on ? C’est vraiment le capitalisme sans foi ni loi qui est en train de confectionner « la corde pour le pendre ».

  • Logique !

    Entendu sur les ondes ce commentaire frappé au coin du bon sens :

    C’est difficile de se sortir d’une crise de l’endettement en empruntant.

    A méditer, l’exemple de l’Islande qui s’était transformée en « hedge fund » et qui s’est écroulée en huit jours comme une vulgaire société à dé-responsabilité illimitée, illuminée par le mirage de la consommation sans fin financée par de la dette facile !

  • Petits arrangements entre amis

    Un cartel de 4 verriers est condamné par la Commission européenne à une amende de plus d’un milliard d’euros pour entente illégale et entrave à la concurrence. C’est rigolo car les apôtres du libre-marché ont souvent tendance à oublier que dès qu’on laisse les entreprises libres, elles ont tendance à vouloir s’entendre pour se partager le marché plutôt qu’à se déchirer pour le conquérir. Il n’y a qu’à regarder les prix des abonnements des fournisseurs d’internet pour s’en persuader. C’est aussi une des données de base du capitalisme.

  • Déstockage immobilier

    Lehman Brothers avait acheté en 2007 la tour Cœur de la Défense pour 2,1 milliards d’euros. La liquidation de la banque défunte serait en train de la revendre pour 1 milliard. Les propriétaires avoisinant du parvis de la Défense redoutent que la transaction se fasse car validerait ainsi le nouveau prix du marché immobilier de bureau dans ce quartier, les obligeant ainsi à comptabiliser des moins-values considérables. La bulle continue à se dégonfler en faisant des gros pffffffffffftttttttttt.

  • Mauvaise gestion des pays « club Méditerranée »

    Les Allemands toujours traumatisés par leur République de Weimar et la disparition du Deutsche Mark restent fatigués à l’idée de financer les cigales de l’Union européenne que sont les Français ou les Italiens qui n’arrivent pas à équilibrer leurs budgets depuis plus de 30 ans. Alors ils font la mauvaise tête et renâclent devant les leçons d’économie dispensées par Sarkozy. On peut les comprendre.

  • Le conseil économique

    En ces périodes d’incompétence des hommes politiques face aux phénomènes financiers qui les dépassent, on rappelle que Churchill disait : « quand je demande un conseil à 10 économistes, j’en reçois 11 car Keynes en donne 2 ! »

  • Les sauteries au FMI (suite)

    Dominique Strauss-Kahn (DSK), ci-devant directeur général du Fonds monétaire international (FMI), organisation multilatérale issue de l’après-guerre pour gérer le système financier mondial, installé à ce poste par la volonté de Sarko l’agité et potentiel candidat aux présidentielles contre Sarko en 2012, donc ledit DSK a couché avec une de ses employées. L’impétrante est mariée, comme lui d’ailleurs avec Anne Sinclair, journaliste plus ou moins connue du paysage audiovisuel français (PAF).

    Les Echos cette semaine ont titré : « Le FMI ébranlé » (il faut quand même l’écrire…)

    Toute cette affaire d’alcôve se passe aux Etats-Unis, qui plus est dans un machin multilatéral où les querelles nationalistes sont un véritable moteur de fonctionnement. Donc cela s’est su et DSK a du publiquement présenter ses excuses à ses employés, à sa maîtresse, à sa femme et à sa famille, tel Clinton expliquant devant les télévisions du monde entier il y a quelques années la différence entre une fellation et une relation sexuelle pour finalement convenir d’un acte « approprié ».

    – D’abord, je présente mes excuses et j’indique que je regrette beaucoup l’incident… [il] constitue une erreur de jugement de ma part dont je prends l’entière responsabilité

    – Je crois fermement que je n’ai pas abusé de ma position. Je vais évidemment suivre les indications du conseil d’administration sur la meilleure manière de résoudre ce problème.

    – Je veux présenter mes excuses à la personne concernée pour mon erreur en ayant débuté cette relation. Elle est une économiste talentueuse et une professionnelle avérée. Je reconnais la situation difficile créée pour elle. Je présente aussi mes excuses à ma femme et ma famille.

    – Beaucoup d’entre vous ont la sensation que je vous ai laissés tomber et je comprends cela.

    – Je vous demande aussi d’attendre que l’ensemble des faits émergent et de ne pas être distraits par des spéculations et rumeurs dans les jours à venir. Je suis déterminé à faire ce qui est juste pour l’institution et je souhaite sincèrement que le problème soit résolu aussi vite que possible.

    Anne Sinclair y va aussi de son petit mot sur son blog :

    Vous avez été nombreux à m’envoyer hier des messages très gentils après l’article du Wall Street Journal et l’écho qu’il a eu en France. Cela m’a touchée. Mon blog traite de l’actualité américaine mais je veux en profiter pour vous dire quelques mots de cette actualité un peu particulière. Il y a l’enquête interne au FMI. On attend sereinement sa conclusion. Cela devrait être rapide. Et il y a le reste, qui relève de notre vie privée, sur laquelle je n’ai pas l’intention de m’exprimer. Voici juste, avant que ne se propagent des rumeurs malveillantes, quelques éléments rapides : chacun sait que ce sont des choses qui peuvent arriver dans la vie de tous les couples ; pour ma part, cette aventure d’un soir est désormais derrière nous ; nous avons tourné la page. Puis-je ajouter pour conclure que nous nous aimons comme au premier jour. Voilà. Je ne reviendrai plus sur ce sujet. Et exceptionnellement, vous le comprendrez, je ne rendrai pas publics vos messages.

    Et ce samedi 25 octobre le conseil d’administration du FMI, statuant sur une enquête réalisée par un cabinet externe, que DSK n’a pas abusé de sa position mais était coupable d’une grave erreur de jugement :

    – The 24-member Executive Board of the International Monetary Fund (IMF) issued the following statement today:

    The IMF’s Executive Board, under the chairmanship of A. Shakour Shaalan, the Dean of the Board, has today concluded its inquiry into allegations of improper conduct involving the Managing Director of the IMF, Dominique Strauss-Kahn. In reaching its conclusions, the Board reviewed the findings of an independent inquiry carried out by external counsel, as well as an analysis of the standards of conduct applicable under the contract of the Managing Director. The Board is satisfied that the inquiry has been conducted in a thorough, independent, and expeditious manner, and would like to express its appreciation to the external counsel for his careful and exhaustive effort.

    In the interest of transparency, and following best practice on good governance, the Board has decided that both the external counsel’s report and the background note on applicable standards of conduct under the Managing Director’s contract should be made public.

    Based on the facts established by the external counsel’s report, and the advice provided by the General Counsel and the Ethics Officer regarding the applicable standards of conduct, the Board has concluded that there was no harassment, favoritism, or any other abuse of authority by the Managing Director.

    Nevertheless, the Executive Board noted that the incident was regrettable and reflected a serious error of judgment on the part of the Managing Director, as he has acknowledged and for which he has apologized. The Executive Board stressed that the personal conduct of the Managing Director sets an important tone for the institution and, as such, must be beyond reproach at all times.

    The Executive Board took note of the concluding observations by the external counsel with respect to best practices, and will take them into account in the work underway in the Fund to review the standards of conduct applicable to the Managing Director, the staff, and the members of the Executive Board.

    The Board would like to thank all those who have cooperated with this inquiry. It considers that this matter is now closed, and looks forward to continuing to work with the Managing Director and staff on the daunting challenges facing the membership.

    Le rapport de 9 pages du cabinet externe est publié sur le site web du FMI (MD = managing director = directeur général). On imagine les prochaines réunions à présider par DSK alors que tout le FMI aura bien entendu lu ce rapport détaillant ses exploits. Et on ne parle pas de sa dulcinée partie planter ses choux à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) à Londres.

    C’est affligeant, la dignité voudrait tout de même que ces grands personnages (i) ne couchent pas à tort et à travers avec leurs employés et (ii) que si malgré tout l’irréparable doit être commis, qu’ils tirent leur révérence plutôt que d’avoir à traîner ensuite de pareils boulets qui réduisent à rien leur autorité et leur légitimité.

  • Sauterie dans les institutions de Bretton-Woods

    Strauss-Kahn est sujet à une enquête en tant que patron du Fonds monétaire international. Il aurait couché avec une de ses cadres et pourrait l’avoir favorisée. Bon, il semble qu’un bureau à Washington titille le démon de midi de ces notables multilatéraux… Wolfowitz, ancien patron de la Banque Mondiale avait dû démissionner de son poste en 2007 suite à une affaire de népotisme concernant une de ses adjointes avec qui il entretenait une liaison.

  • Faux-jetonnerie et cie. à la Caisse d’Epargne

    Le communiqué de la Caisse d’Epargne du 17 octobre :

    Du fait de l’extrême volatilité des marchés et du krach boursier de la semaine du 6 octobre, le Groupe Caisse d’Epargne a connu un important incident de marché dans l’activité dérivés actions, qui s’est traduit par une perte de l’ordre de 600 millions d’euros. Cet incident a été décelé dans le cadre des procédures habituelles de contrôle.

    Cette perte concerne exclusivement la gestion en compte propre de la CNCE, c’est-à-dire une activité indépendante de sa trésorerie.

    Compte tenu de son niveau de fonds propres – plus de 20 milliards d’euros – et de son importante liquidité, cette perte n’affecte pas la solidité financière du Groupe et n’a aucune conséquence sur la clientèle.

    Les mesures nécessaires ont été immédiatement prises pour solder cette position et mettre fin à cette activité. Des sanctions ont été prononcées et les autorités de tutelle informées.

    Lire aussi : La caisse d’épargne dans la cour des forbans

    On trouve aussi le rappel des valeurs de cette compagnie sur son site web :

    Depuis son origine, la Caisse d’Epargne a toujours souhaité apporter sa contribution à une économie de marché humainement responsable. La volonté de concilier durablement la performance économique, l’équité sociale et la précaution environnementale est ainsi l’essence du positionnement du Groupe Caisse d’Epargne.

    Ambition, Confiance et Engagement, les valeurs du Groupe Caisse d’Epargne sont issues de ses origines et épousent les aspirations actuelles de ses clients, de ses collaborateurs et de ses sociétaires.

    Ambition : c’est l’énergie d’un Groupe qui sait relever tous les défis pour devenir la banque préférée des clients, tout en respectant son identité et ses racines.

    Confiance : valeur fondamentale du Groupe Caisse d’Epargne, elle inspire ses pratiques professionnelles et ses relations avec l’ensemble des parties prenantes : clients, collaborateurs, sociétaires, fournisseurs…

    Engagement : Fidèle à sa vision de progrès, le Groupe Caisse d’Epargne entretient un rapport actif au monde qui l’entoure à travers sa contribution au développement local et son action en faveur du développement durable.

    Le plus fascinant dans cette histoire est qu’elle se passe en pleine crise internationale alors que les banques s’écroulent et que les Etats ne savent plus comment faire pour colmater les voies d’eau. Elle montre une nouvelle fois que les banques elles-mêmes ne savent plus trop ce qui se passent dans leurs propres murs ni le niveau de risque qu’elles abritent dans leurs livres. C’est tout de même inquiétant. Au-delà on peut se demander s’il est vraiment nécessaire que la Caisse d’Epargne participe ainsi aux marchés spéculatifs ? A lire ses valeurs on n’en retire pas vraiment le sentiment que la spéculation relève de son objet social. Alors y a-t-elle été poussée parce que ses dirigeants voulaient briller dans les dîners en ville ou parce que ses actionnaires (les caisses d’épargne régionales) lui imposaient des niveaux de rentabilité que seule la spéculation pouvait offrir ?

    Il y a en tout cas un individu qui se frotte les mains de cette déroute financière planétaire, c’est Kerviel le trader-fraudeur. Pour lui dont le procès va bientôt commencer cela ne pouvait tomber mieux. Ses avocats rivalisent en déclaration de mauvaise foi pour démontrer que leur pauvre client a été victime su système et que sa perte de 5 milliards d’euros est finalement bien peu de choses par rapport aux milliards envolés dans les turpitudes du secteur. On le présente comme un petit bras, porte-flingue d’un top-management compromis dans des pratiques largement plus pernicieuses (et couteuses) que les dissimulations du petit Kerviel.

    Ce matin sur France Culture, l’équipe de l’Esprit Public bataille pour savoir si les plans de sauvetage bancaires en cours sont immoraux ou pas : vaste sujet !

  • La Caisse d’Epargne dans la cour des forbans

    Cette fois-ci c’est la Caisse d’Epargne, oui, celle qui gère nos petites économies, qui annonce ce matin avoir perdu 600 millions EUR dans une opération de marché la semaine dernière sans que ce noble établissement donne l’impression de vraiment comprendre comment il a pu perdre cette somme.

    Voilà qui va rassurer les citoyens : même à la Caisse d’Epargne, en principe parangon de vertu pour gérer en bon père de famille nos bas de laine, il y a des traders-divas qui au cœur d’une crise financière mondiale d’une ampleur jamais égalée, spécule tranquillement au centre de Paris et en plus se gourent de sens. On croit rêver mais nous sommes en plein dans l’économie occidentale du 21ème siècle.

  • Retour de flamme de la dette

    Abdoulaye Wade, président du Sénégal se moque gentiment de l’occident en minaudant sur les ondes de France Inter :

    Mais dîtes moi n’est-ce pas une crise de la dette que vous vivez là ? Une crise de riches sans doute, mais qui risque de générer une baisse de l’aide au développement…

    Bon, il n’a pas tout à fait tort notre camarade sénégalais, la preuve est faite qu’il n’y a pas que le tiers monde qui se laisse submerger par sa dette. En fait c’est une crise de pays vieux et riches. Cruel retour de flamme qui en annonce sans doute d’autres !

  • Cannibalisme financier

    L’Autorité des marchés financiers (AMF) française ouvre une enquête sur l’évolution douteuse à la baisse du cours de la banque NATIXIS durant la période de sa récente augmentation de capital pour combler ses pertes générées par le fait que sa direction a confondu casino et financement de l’économie. Le chef de l’AMF déclare dans Les Echos du 1er octobre :

    J’ai décidé d’ouvrir une enquête sur les conditions dans lesquelles certains grands acteurs ont contribué à la chute du titre Natixis lors de son augmentation de capital. Je dispose d’éléments précis sur des arbitrages forcenés réalisés dans des conditions suspectes et qui ont entraîné des suspens, c’est-à-dire l’impossibilité de livrer les titres à l’échéance, ce qui est strictement contraire à des règles françaises anciennes.

    Tout le jeu consiste à spéculer à la baisse et à diffuser des rumeurs malveillantes en même temps. Je vends aujourd’hui à terme 100 une action que je n’ai pas encore et que je devrais livrer en novembre. Comme je pense que l’action va baisser (et j’aide le mouvement en laissant courir des rumeurs de marché comme quoi la banque a des problèmes de trésorerie), en novembre je l’achèterai à 50 et encaisserait la vente de 100 : bénéfice 50. Pour sophistiquer le bazar j’achète un CDS (credit default swap) qui me garantit contre le risque de défaut de NATIXIS, la rumeur continuant à courir, le cours de mon CDS monte et je le refourgue à un autre spéculateur pour également encaisser un bénéfice.

    De grands acteurs sont soupçonnés d’avoir accéléré la dégringolade du titre. Si cela se confirme cela montrera que même au plein cœur d’une crise financière centenaire des divas de la finance continuent à jouer. Les faillites et les nationalisations de banques passent, les contribuables payent, la planète est aux abois, et des gamins mal élevés s’amusent. Il semble qu’il y ait un léger besoin de reprendre en main l’éducation de ces petits diables…

    Cannibale, on vous disait, cannibale ! L’économie financière est devenue cannibale et se déchire les dépouilles fumantes de ses propres congénères acculés à la faillite par la folie des apprentis sorciers issus de son sérail.